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China Gate - Samuel Fuller (1957)

Premier long métrage ayant pour sujet le conflit indochinois, et, par extension, premier film étasunien pré-Viêt Nam, China Gate de Samuel Fuller compte parmi les films de guerre majeurs de la riche filmographie du cinéaste. Second film réalisé pour le compte de la 20th Fox de Darryl F. Zanuck avec Quarante tueurs en 1957, en sus du Jugement des flèches pour la RKO, China Gate s'inscrit dans la droite lignée des classiques J'ai vécu l'enfer de Corée et Baïonnette au canon!. Interdit en France [1] lors de sa sortie, le film est désormais disponible chez Carlotta en version restaurée en en Blu-Ray et DVD depuis le 12 juin dernier.

1954, à la fin de la guerre d'Indochine, un commando de la Légion étrangère s'apprête à effectuer une dernière mission : détruire les tunnels renfermant le stock d'armes des combattants communistes menés par le commandant Cham (Lee Van Cleef). Pour cela, ils font appel à une séduisante Eurasienne surnommée Lucky Legs (Angie Dickinson). Ayant mis en place un trafic d'alcool dans la région et connaissant bien Cham, elle seule peut les aider à mener à bien leur mission. Mais la présence de son ex-mari, le sergent Brock (Gene Bary), va créer de nombreuses tensions au sein du groupe…
 

Combat Shock - Buddy Giovinazzo (1984)

1984, tourné en 16 mm avec un budget de 40 000 $, le jeune new-yorkais Buddy Giovinazzo a écrit, produit, monté et dirigé son premier long-métrage intitulé American Nightmares. Dérive urbaine d'un vétéran de la guerre du Vietnam dans les rues ravagées de Staten Island, le film gagna rapidement en notoriété auprès de l'underground lors de ses passages dans les festivals. Distribuée par Troma par la suite sous le titre Combat Shock, et amputée de huit minutes, cette peinture au vitriol d'un New York en perdition gagna, au fil des années, ses galons de film culte outre-Atlantique. Réédité en DVD en 2009 par la société de Lloyd Kaufman, avec les deux versions disponibles à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du long métrage, Severin Films a sorti le 22 juin 2018 une version restaurée 2K, supervisée par Buddy Giovinazzo, et incluse dans un coffret collector limité à 2 000 exemplaires désormais épuisé. Culte !
 
Frankie Dunlan (Ricky Giovinazzo) vit avec son épouse enceinte de six mois Cathy (Veronica Stork) dans un appartement situé dans le quartier le plus défavorisé de Staten Island. Parents d'un nourrisson handicapé, suite à l'exposition de Frankie à l'Agent orange, le jeune homme est depuis son retour frappé de cauchemars le faisant irrémédiablement revivre le bourbier Vietnamien. Sans argent, sans emploi, sur le point d'être expulsés, lui et sa famille, Frankie va passer, une fois de plus, la journée à errer dans la rue...
 

La chute des aigles - Jess Franco (1989)

Fort du succès de leurs deux précédentes productions Dark Mission et Esmeralda bay, réalisées chacune par Jess Franco, Eurociné et son emblématique patron Marius Lesoeur décidèrent de battre le fer pendant qu'il est encore chaud en produisant leur superproduction, celle qui devait asseoir l'essor de la société domiciliée au 33 Champs-Elysées, La chute des aigles, avec, excusez du peu, Christopher Lee, Mark Hamill et... Ramon Estevez, fils de Martin Sheen, et cadet de la fratrie. Or ce changement d'ambition notable se solda par un échec cuisant, marquant la fin de l'aventure eurocinéenne trois décennies après sa création. Pire, ce film maudit qui précipita la « Chute de la maison Eurociné » [1] fut également responsable d'une brouille durable entre le réalisateur madrilène et la famille Lesoeur. Une triste fin, en somme, à l'image de ce film démodé, éloigné des fondamentaux de la société, qui produisit Le Lac des morts vivants, son plus grand succès. Mais n'allons pas trop vite...

Berlin, 3 septembre 1939. Le banquier Walter Strauss (Christopher Lee) organise une réception pour fêter l'anniversaire de sa fille unique Lilly (Alexandra Ehrlich). Épris par Peter (Mark Hamill), brillant officier, et Karl (Ramon Estevez), musicien et compositeur, Lilly choisit le jeune artiste, leur amour de la musique étant plus fort que les diatribes de Karl envers l'idéologie du parti au pouvoir. Tenu en haute estime par les dirigeants nazis, les officiers présents lors de l'anniversaire annoncent à l'assistance, dans l'allégresse, la bonne nouvelle tant attendue, la France et le Royaume-Uni viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne. Mobilisé sur le front d'Afrique du Nord, Peter n'a d'autre choix que de s'engager...

Le scorpion rouge - Joseph Zito (1988)

1988. Tandis que les États-Unis connaissaient les dernières heures d'un Reaganisme en phase pré-Alzheimer, le cinéma d'action 80's US se trouva fort dépourvu quand la fin prochaine de la Guerre froide fut venue. Une période de transition en somme, à laquelle les stratèges d'Hollywood trouvèrent des solutions adaptées ou non : d'un côté, les pragmatiques qui lorgnèrent vers une virile coexistence pacifique telle la Double détente de Walter Hill, et les autres, garants ad vitam æternam des saintes valeurs du monde libre. Sorti quelques mois après Rambo III, qui voyait le pré-retraité John Rambo prêter mains fortes à de courageux moudjahidines contre la vile armée soviétique (qui avait eu la mauvaise idée de retenir prisonnier son cher et tendre Colonel Trautman), Le scorpion rouge suivait une direction similaire, soit mettre en lumière une dernière fois le vrai visage de « l'empire du mal » dixit le cowboy de la Maison blanche. Fort de sa prestation marquante en qualité de boxeur russe dans le rôle du glacial Ivan Drago dans le déjà fort Reaganien Rocky IV, le suédois Dolph Lundgren rangeait momentanément son costume de superhéros [1], pour enfiler, non pas les gants mais, l'uniforme d'un soldat soviétique. Film fleurant bon la testostérone, symptomatique d'un cinéma d'action stéréotypé typique des années 80, Le scorpion rouge est désormais disponible depuis le 6 juillet en Blu-ray et DVD dans le cadre de la Midnight collection éditée par Carlotta.

Nikolai Petrovitch Rachenko (Dolph Lundgren) est un Spetsnaz, soldat d'élite de l'armée soviétique dépêché en Afrique pour aider un pays ami en proie à une rébellion, dont le leader Ango Sundata menace le régime communiste en place. Sa mission : assassiner ce chef rebelle. Afin d'infiltrer le camp ennemi, Nikolai sème le trouble dans un bar. Arrêté, il partage la même cellule que celle du rebelle Kallunda Kintash (Al White) ainsi que celle du reporter américain Dewey Ferguson (M. Emmet Walsh). D'abord sur leurs gardes, le soldat gagne la confiance des deux hommes après les avoir aidés à s'échapper et à rejoindre le campement de Sundata. La nuit venue, Nikolaï tente d'assassiner sa cible, mais le leader se méfait de ce nouvel allié nouvellement rallié...

Zone Troopers - Danny Bilson (1985)

Réalisateur, producteur et propriétaire de la société Empire Pictures, Charles Band est à l'initiative de nombreux films fantastiques indépendants depuis le mitan des années 70, dont le mésestimé Laserblast qui fut l'une de ses premières productions en 1978. En marge des majors, Band est ainsi devenu au fil du temps l'une des figures marquantes du cinéma d'exploitation étasunien de par la quantité de films produits [1]. Rapidement catalogué, non sans raison, grand maître du film fauché nazebroque (au hasard sa production Parasite avec la débutante Demi Moore en 1982), l'homme quitta, momentanément, la fange au milieu des années 80 à la fois par sa réalisation Trancers (a.k.a. Future Cop) en 1984 avec la jeune Helen Hunt, et par le non moins fameux From beyond: Aux portes de l'au-delà de Stuart Gordon qu'il produisit en 1986, sans néanmoins remettre en cause sa frénésie productive (pas moins de onze longs métrages produits en 1986 et en 1987) et la nature nanar des films produits (officiellement ou non) sous la bannière Empire Pictures. Dans ce contexte, 1985 apparait comme une année charnière, tant par le nombre limité de sortie, que par le film qui nous intéresse : Zone Troopers. Entre deux mutations et autres sauvages aventures, Charles Band et Danny Bilson, qui signait ici son premier long métrage après avoir été assistant et scénariste pour plusieurs productions Empire Pictures, sortirent des sentiers battus d'Empire en rendant cette fois-ci un hommage appuyé à la Science-Fiction des années 30-40.

1944, quelque part en Italie. Un sergent (Tim Thomerson) et sa patrouille sont coincés derrière les lignes ennemies. Tandis que le caporal Mittens (Art La Fleur) et le correspondant de guerre Dolan (Biff Manard) se font capturer par les nazis, le sergent et le soldat Joey (Timothy Van Patten) découvrent un vaisseau spatial qui s'est écrasé près d'un bois. Or les nazis, dont Hitler en personne, sont également à la recherche de la navette et de ses occupants...
   

The Deadliest Prey - David A. Prior (2013)

Mike Danton. Un nom qui résonne dans toutes les têtes, enfin si vous aimez les hommes, les vrais, ceux qui peuvent décimer une armée (de bras cassés) à mains nues. Adepte du mulet et du short ultra court durant ses jeunes années post-Vietnam, cet ancien soldat (le meilleur) inspirait autant l'admiration que la défiance de la part de ses ex-camarades de régiment. Trop beau, trop fort, pour son ancien supérieur, le colonel John Hogan, pourrait-on résumer, ou les prémices d'une tragédie en trois actes nommée Ultime combat, écrit, réalisé par David A. Prior et interprété par son cadet, Ted. Disparu le 16 août 2015, le réalisateur étasunien, auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés, était revenu (enfin) aux affaires courantes en 2012 avec Night Claws et son histoire de Big Foot sanguinaire. Une année plus tard, peut-être inspirés par le succès des films d'action à l'ancienne porté par Stallone, de son John Rambo à la franchise The Expendables, ou tout simplement l'envie de revenir à leur film le plus emblématique, les Prior bros. signaient le retour inattendu, voire inespéré, de Mike Danton dans la séquelle The Deadliest Prey.

Vingt-sept ans après les sinistres événements survenus aux alentours de Los Angeles, ou la découverte des chasses à l'homme orchestrées par le colonel Hogan (David Campbell), et la réponse punitive de Mike Danton (Ted Prior) qui fut enlevé par mégarde, l'ex-commando vit désormais avec sa femme Allison (Cat Tomeny) et son fils Michael (Michael Charles Prior, fils de Ted). Or Hogan, cette figure du passé qui hante encore les rêves de Danton, recouvre finalement la liberté après avoir purgé sa longue peine de prison. Mais ce dernier n'a qu'un souhait: se venger. En grand stratège nostalgique, l'officier psychotique fait kidnapper de nouveau Danton de bon matin, lors de la sortie des ordures ménagères, en souvenir de leur précédente rencontre. Secondé par la vénale Sophia (Tara Kleinpeter) et soutenu par de nouveaux investisseurs [1], dont le but est diffuser cette chasse à l'homme sur internet (la forêt est truffée de caméras), Hogan et son groupe de mercenaires sont désormais prêts à réécrire le passé...
   

Ultime combat (Deadly Prey) - David A. Prior (1987)

Disparu le 16 août durant la post-production de son dernier long métrage Assassin's Fury, le réalisateur étasunien David A. Prior aura laissé une trace indélébile dans le cinéma bis. Davantage connu outre-Atlantique, l'homme fut pourtant l'un des artisans du genre, ou plutôt des genres. A partir de la moitié des années 80 et pendant une décennie, ce passionné, sous la multi casquette de scénariste réalisateur (voire producteur), fut l'auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés qui occupent la majeure partie de cette filmographie au service d'une série B louchant vers le Z. Si Prior dirigea au cours de sa vie plusieurs figures récurrentes et abonnés aux productions déviantes : Michael Ironside, Joe Spinell, William Smith, David Carradine, Charles Napier, Richard Lynch, Robert Z'Dar, Jan-Michael Vincent, Traci Lords et même Pamela Anderson, le réalisateur reste toutefois indissociable de son cadet, Ted, qui aidera jusqu'à cette triste fin son frère, à la fois devant et derrière la caméra. 

Longtemps inédit en DVD (le Blu-Ray sort aux USA le 13 octobre prochain), Ultime combat est sans conteste le film le plus marquant de la fratrie Prior, ce dernier ayant même droit, vingt-cinq ans plus tard, à une séquelle toujours signée par Prior, nommée Deadliest Prey, avec de nouveau la paire Ted Prior et David Campbell dans leur rôle respectif (l'année 2013 sonnant son grand retour après une timide réapparition dans les années 2000). A l'instar de Strike Commando mis en scène par l’inénarrable Bruno Mattei, et sorti la même année avec le sémillant Reb Brown, Ultime combat puise son inspiration du côté de la franchise Rambo, tout en y apportant une once d'originalité (osons le l'écrire), le scénario lorgnant également vers le classique des années 30, La chasse du comte Zaroff (1), ou quand un Rambo blond devient la proie de méchants mercenaires commandés par un colonel tout aussi sinistre. Mais n'allons pas trop vite.

L'abîme des morts-vivants - A.M. Frank (1981)

L'histoire nous avait appris que pour une querelle (d'argent ?) avec Eurociné, le réalisateur espagnol Jess Franco s'était désisté de la mise en scène du désormais culte Lac des morts-vivants, cédant sa place à un mystérieux J.A. Lazer (qui cachait en fait Jean Rollin). Rapidement réconcilié avec la famille Lesoeur, dont la société reste indissociable de la filmographie du madrilène, pour le meilleur, L'horrible docteur Orlof, et pour le pire, au hasard Mondo cannibale, le réalisateur ibérique accepta cette nouvelle commande, pour le bonheur des amateurs de friandises miteuses sur pelloches. De cette production au nom fleurant bon l'effroi made in France, L’abîme des morts-vivants aura toutefois davantage marqué l'inconscient collectif international avec un titre anglophone avant-gardiste, osant mêler l'horreur et l'exotisme le plus échevelé : Oasis of the zombies / Living-Dead [1].

1943, en pleine seconde Guerre Mondiale, un commando allemand transportant un chargement de 6 milliards or en plein désert saharien est intercepté par les alliés dans une oasis. De cette bataille d'une rare violence, un seul homme survit, le capitaine Blabert (Javier Maiza). Cet officier de la couronne britannique est très rapidement recueilli par l'une de ses anciennes connaissances, le cheikh local (Antonio Mayans) régnant sur cette contrée aussi belle qu'hostile. Soigné, Blabert profite comme il se doit de l'hospitalité des hommes du désert en tombant amoureux (et plus si affinités) d'Aisha, la fille du cheikh. Puis la guerre enfin terminée, Blalbert rejoint finalement celle qui lui a donné son cœur et par extension sa vie, car Aisha est morte en couche, laissant seul et désemparé son père le cheikh et désormais captain Blabert...

Croix de fer (Cross of Iron) - Sam Peckinpah (1977)

Cantonnés au seul registre héroïque, les films de guerre produits durant les années 50 et 60 n'avaient pas, à de très rares exceptions, vocation à mettre en avant l'absurdité de ladite guerre, qui plus est au sortir de la Seconde guerre mondiale. L'heure n'était pas encore à la remise en cause. Combien de Dr Folamour [1] face à la cohorte de films (patriotiques), au scénario calqué sur le même schéma : une opération suicide avec son lot de stars en guise de têtes de gondole, du moins avant la fracture post-Vietnam, avec les chefs d'œuvre de Francis Ford Coppola et Michael Cimino, Apocalypse Now et Voyage au bout de l’enfer, ou encore Johnny s’en va t’en guerre de Dalton Trumbo qui traitait du premier conflit mondial. Or un autre réalisateur américain de renom, quoiqu'un peu borderline et en dehors du système (ceci expliquant sans doute cela), réalisa lui aussi un film de guerre "divergeant" : Sam Peckinpah et son méconnu Croix de fer [2].

Deux années après son raté Tueur d’élite et une overdose à la cocaïne, Peckinpah revenait au cinéma avec un nouveau sujet, s'atteler à la réalisation d'un film de guerre, adapté du roman de Willi Heinrich, La peau des hommes, ou un épisode du front de l'Est relaté du point de vue allemand. 1943, lors de la retraite de la péninsule de Kouban vers la Crimée, un officier aristocrate allemand (Maximilian Schell), se targuant d'être issu d'une grande famille prussienne, rentre en conflit avec l'un de ses sous-officiers, le sergent Steiner (James Coburn). Le capitaine Stransky, conforté par ses succès en France et son illustre extraction, convoite, quel qu'en soit le prix à payer pour ses subalternes, l'une des distinctions militaires suprêmes, la croix de fer.