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Mud - Sur les rives du Mississippi - Jeff Nichols (2012)

En compétition l'année dernière au Festival de Cannes, Mud de Jeff Nichols concluait la sélection officielle comme elle avait débuté, par un récit initiatique, après l'excellent et touchant Moonrise Kingdom de Wes Anderson, en ouverture de ce grand raout. Exit la Nouvelle-Angleterre et cette histoire d'amour entre deux adolescents, pour les rives poisseuses du Mississippi dans ce rough South étasunien en compagnie de white trash de l'Arkansas.

Ellis (Tye Sheridan) vit dans une maison flottante avec ses parents Mary Lee (Sarah Paulson) et Senior (Ray McKinnon) sur les bords du Mississippi. Un matin à l'aube, l'adolescent s'éclipse pour rejoindre Neckbone (Jacob Lofland), son meilleur ami qui vit seul avec son oncle Galen (Michael Shannon), pêcheur de perles. Le jeune garçon a trouvé sur une île du fleuve une épave de bateau perchée dans un arbre, « comme tombée du ciel », fruit de la rencontre entre une ancienne inondation et la forêt sauvage environnante. Décidés à en faire leur repaire, Ellis et Neckbone déchantent rapidement en découvrant parmi le capharnaüm de cette cabane de fortune des empreintes et de la nourriture. De retour sur la rive, ils rencontrent l'occupant de cette étrange embarcation suspendue. L'homme se prénomme Mud (Matthew McConaughey). Il vit caché sur l'île déserte, en attendant son amour de jeunesse Juniper (Reese Witherspoon), qui devrait le rejoindre très bientôt, avant de partir vers d'autres horizons. Les deux adolescents sympathisent rapidement avec cet inconnu superstitieux et tatoué, et grand amateur d'haricots en boite que lui donne volontiers Ellis. Le lendemain, Ellis et Neckbone reconnaissent, dans un supermarché de la ville, Juniper. De retour sur l'île, Mud leur demande alors de lui transmettre un message. Or la belle est surveillée par Carver (Paul Sparks), frère de l'ancien compagnon de Juniper, que Mud a abattu il y a peu...

Speak Like A Child (1968) | Anxiety Despair Languish (2012)


Sixième et avant dernier album pour Blue Note, trois années séparent ce Speak Like A Child de son prédécesseur, le populaire Maiden Voyage : une éternité en somme pour le prodige Herbie Hancock qui enregistra pas moins de cinq albums entre 1962 et 1965. Si les nombreuses tournées du célèbre second quintet de Miles Davis peuvent un temps expliquer ce hiatus [1], il faut plus y voir pour le jeune pianiste un besoin vital de se renouveler, et dépasser ce qui s'apparentait déjà comme un des sommets de son œuvre.

Enregistré en mars 1968, Speak Like A Child est intimement (et doublement) lié à la discographie de Miles. Parmi les six compositions originelles, celles-ci ont toutes été écrites par Hancock, à l'exception de First Trip, composée par l'inamovible Ron Carter, contrebassiste du quintet de Miles. Or trois titres ont déjà été joués par ce même quintet auparavant : le morceau éponyme quelques semaines plus tôt en janvier (mais qui ne sera disponible que sur le coffret The Complete Studio Recordings of The Miles Davis Quintet 1965–1968), et The Sorcerer et Riot disponibles respectivement l'année précédente sur l'album éponyme et Nefertiti de Miles.

Cronico Ristretto : Jodis / John Coltrane / Rakim


L'année 2012 aura été riche pour Aaron Turner et son ancien groupe moribond Isis : une compilation, Temporal, contenant diverses démos et autres versions alternatives, et un disque live, le sixième du nom, Live VI, sorti uniquement en vinyle avec des enregistrements datant de la tournée de l'avant dernier album studio In the Absence of Truth. Ajoutons à cette actualité passéiste également (et surtout) quatre albums en 2012 via ses nombreux side-projects : No de Old Man Gloom, l'éponyme de Split Cranium, le split de Mamiffer et Locrian Bless Them That Curse You et enfin Black Curtain de Jodis, en somme une production débordante où l'ancien frontman d'Isis donne libre court à ses nombreuses envies.

Live report : Tindersticks à La cigale - 07/11/2012

Voir pour la première fois les Tindersticks s'annonçait une soirée riche en émotion, qui plus est à la découverte des nombreux obstacles qui apparurent lors de ce second concert parisien en support à leur dernier album, le très bon The Something Rain.

Arrivés trop tard pour apprécier les deux premiers groupes Mermonte et Daughter (laissons leur le bénéfice du doute), le préposé et sa dame eurent le loisir de profiter de la performance de la deuxième tête d'affiche de cette troisième soirée du Festival Inrocks, à savoir Lambchop... enfin subir serait plutôt le qualificatif approprié tant la formation étasunienne aura marqué nos esprits par une présence des plus pénibles, l'ambiance festive émanant des happy few offrant le seul contre point salvateur à cette purge pour cowboys neurasthéniques. Guidé par un Kurt Wagner collé à sa chaise, au morne charisme et la voix douteuse (imitant néanmoins avec un certain talent le grabataire radoteur), le set d'une heure seulement (?!) s’avéra sinon un supplice, tout du moins un passage obligé et douloureux avant l'entrée des élégants britanniques (1). Mais la soirée n'en avait pas fini avec son lot de déconvenues et de surprises...

Cronico Ristretto : Dead Can Dance / Om / The Melvins


Sept ans après leur brève réunion le temps d'une tournée mondiale, la paire Lisa Gerard / Brendan Perry remet cette fois-ci le couvert avec un nouvel album après le très bon Spiritshaser, déjà vieux de seize ans (glurps). Au delà de l'émoi que pourrait conférer ce genre d’évènement (leur prochain concert au Grand Rex cet automne, le 27 septembre, est complet depuis quasiment la publication des dates), l'écoute des précédents albums solo des deux protagonistes tend malheureusement à relativiser la portée de la dite réunion. La diva world aurait-elle eu pitié de son ancien comparse après son pathétique Ark (2010) pour relancer le macchabée (tiroir-caisse), ainsi fut la première impression du cuistre préposé. Mauvais esprit ?

Strange meeting III - Klimperei & Voxfazer (2012)

L'action se passe un jour de Noël. En 2010. Le préposé docteur reçoit une invitation originale de la part d'une vieille connaissance, le dénommé Voxfazer : chroniquer son futur album, en cours d'enregistrement à ce moment, en ayant une totale liberté de ton, ou l'acte signé d'un masochiste ignorant encore la portée véritable de ces quelques mots écrits à l'heure des bons vœux ? 

L'album se prénomme Strange meeting III, et est le fruit du duo KlimpereiVoxfazer. La paire séparée de 500 km communique depuis 2005 par divers échanges musicaux, puis décida après leur troisième rencontre (1) de travailler à un projet commun : un album.

De Klimperei, le préposé ne connaissait rien, ou très peu avant cet album. De Voxfazer, le préposé avait au fil des années patiemment noirci un dossier à charge (qui trouve aujourd'hui son utilité). Photographe et musicien autodidacte, monsieur Rezafxov poste depuis novembre 2010 sur son Audioblog ses diverses compositions et improvisations dont on retiendra en particulier ses illustrations sonores pour la revue D'ici là et sa tétralogie enregistrée à l'église de la Chapelle St Robert.

Live report : Christian Scott quartet au New Morning - Paris 21/07/2012

Le jazz n'est pas mort. Voilà c'est dit, pouf pouf. Et une formule facile, inutile et stérile (1), répétée à l'envie depuis... depuis combien de temps d'ailleurs ? Peu importe en fait tant la dite formule peut se greffer à n'importe quel genre musical (2) dès qu'un effet de mode ou un essoufflement (vérifié ou non) se fait sentir. Et donc ? Et bien, plus de cent ans d'existence et toujours aussi vert ce vieux jazz. Car si la jeunesse ne se compte pas aux poids des années, on aurait néanmoins tort de résumer cette musique à celle des (arrières) grand-pères de renom (venus jouer les cautions dans des festivals qui n'ont plus de jazz que de nom). Suffisamment alerte pour encore évoluer et muer ; ne méritant donc pas sa place au musée des traditions, en dépit des efforts de certains jazzmen, certes talentueux, mais juste bon à lustrer du vieux cuivre et à rappeler les fantômes du bop. En conclusion, oui il est encore frais et bien portant merci pour lui (merci pour nous). Et la preuve en est avec ce jeune musicien surdoué prénommé Christian Scott en provenance de La Nouvelle Orléans (CQFD) venu un soir de juillet à Paris présenter son ambitieux nouvel album Christian aTunde Adjuah (3) lors du festival « All Stars » du New Morning et sa stretch music.

Hommage à Lina Romay (1954-2012)

Pouvait-il en être autrement depuis l'annonce officielle d'hier soir. Comment ne pas rendre un hommage, même humble, à Lina Romay, l'éternelle Comtesse noire du cinéma bis qui nous a quittés le 15 février dernier. Muse et compagne du prolifique Jesús Franco, Lina fut sans conteste l'une des grandes figures du cinéma d'exploitation des années 70. Coïncidence anecdotique, le préposé apprit la triste nouvelle hier soir de la bouche de sa dame bottée, quelques minutes après avoir mis à jour justement la chronique la plus populaire du RHCS, celle de Doriana Grey.

Apparue comme dans un rêve aux dires de Franco, la jeune Rosa Maria Almirall surgit dans la vie du réalisateur ibère à une époque où il connu deux terribles évènements personnels : la mort accidentelle de sa première muse, la poupée psychédélique Soledad Miranda (Vampyros Lesbos, Les nuits de Dracula, Eugénie de Sade) en 1970, et la fin de son premier mariage. Une période de solitude et de tristesse qui cédera sa place à une histoire d'amour, une collaboration et une symbiose artistique où les deux amants deviendront indissociables, indivisibles [1] redéfinissant à eux seuls la notion de partage et de création.