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Crash - David Cronenberg (1996)

Dix septième volume des attendus coffrets ultra collector édités par Carlotta, celui-ci consacré au film culte de David Cronenberg, Crash, adapté du roman éponyme de J.G. Ballard (1973), qui défraya la chronique Cannoise au mitan des années 90, ne pouvait que remporter les suffrages des cinéphiles exigeant.e.s. Prix Spécial du Jury pour « son audace, son sens du défi et son originalité », contre l'avis même du président dudit jury, Francis Ford Coppola, les polémiques stériles apparues, il y a déjà un quart de siècle, ont laissé la place à une réévaluation quasi unanime, tant ce douzième long métrage de David Cronenberg peut être considéré légitimement comme l'un des sommets artistiques du réalisateur canadien. Vénéneux, clinique, obsessionnel, déviant, malaisant, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce film d'horreur d'un autre genre désormais disponible dans sa version restaurée 4K depuis le 21 octobre en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray et DVD. 

James (James Spader) et Catherine Ballard (Deborah  Kara Unger) mènent une vie sexuelle très débridée. Suite à une grave collision avec le docteur Helen Remington (Holly Hunter) ayant entraîné la mort de son mari, James se lance dans l'exploration des rapports étranges qui lient danger, sexe et mort. Grâce à leur rencontre avec Vaughan (Elias Koteas), un étrange photographe fasciné par les accidents de la route, le couple Ballard va finir par trouver un chemin nouveau mais tortueux pour exprimer leur amour…
 

Le temps des gitans (Dom za vesanje) - Emir Kusturica (1988)

Lauréat en 1981, pour son premier long métrage, Te souviens-tu de Dolly Bell ?, du Lion d'or de la Première œuvre à La Mostra de Venise, puis de sa première Palme d'or à Cannes, à tout juste 30 ans, quatre ans plus tard, pour Papa est en voyage d'affairesEmir Kusturica, ancien étudiant de la prestigieuse Académie du film (FAMU) de Prague [1], revint en 1988 avec Le temps des gitans. En compétition officielle au Festival de Cannes l'année suivante, ce troisième long métrage, non content d'inscrire une nouvelle fois son nom au palmarès avec le Prix de la mise en scène, ouvrit cette fois-ci à Emir Kusturica les portes de la reconnaissance publique internationale. Pierre angulaire de son cinéma liant réalisme social et imaginaire débridé, Le temps des gitans est disponible depuis le 22 mai en Blu-ray et DVD.

Né d'un soldat slovène et d'une mère rom, Perhan (Davor Dujmovic) et sa jeune sœur infirme Danira (Elvira Sali) sont élevés par leur grand-mère maternelle Khaditza (Ljubica Adzovic) en périphérie de Skopje en Yougoslavie. Il aimerait épouser son amour d'enfance, Azra (Sinolicka Trpkova), mais la mère de la jeune fille s'y oppose fermement, Perhan n'ayant ni argent ni situation. Un jour, Ahmed (Bora Todorovic), qui a fait fortune en Italie, revient avec ses frères dans le bidonville. Pour avoir sauvé son jeune fils Roberto, Ahmed promet à Khaditza d'emmener Danira dans un hôpital à Ljubljana pour qu'elle se fasse soigner. Accompagnant sa sœur durant le trajet, Perhan se fait convaincre par Ahmed arrivé à destination de ne pas rester auprès de Danira à Ljubljana, mais de venir avec lui à Milan pour travailler...
  

The Dead Don't Die - Jim Jarmusch (2019)

L'annonce faite au détour d'une interview de Bill Murray, en printemps 2018, ressemblait à une (mauvaise) blague. Après s'être penché sur le mythe du vampire, avec (le mitigé) Only Lovers Left Alive (2013), Jim Jarmusch allait réaliser un nouveau film fantastique, autour d'une autre figure incontournable du cinéma d'horreur, à la mode depuis les années 2010's, celle du zombie. Doté d'un casting prestigieux, la majeure partie des actrices et acteurs ayant déjà collaboré [1] par le passé avec le réalisateur de Down by Law, le dénommé The Dead Don't Die était également annoncé en avril dernier comme le long métrage qui ferait l'ouverture, en compétition officielle, du Festival de Cannes 2019. Sorti en France simultanément à la première mondiale du film le 14 mai, les morts-vivants façon Jarmusch pouvaient débarquer dans les salles obscures hexagonales.

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l'évènement le plus étrange et dangereux qui allait s'abattre sur Centerville : les morts sortent de leurs tombes et s'attaquent sauvagement aux vivants pour s'en nourrir ! La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

Retour à Howards End - James Ivory (1992)

Cinq et sept années après Chambre avec vue (1985) et Maurice (1987), le plus britannique des cinéastes étasuniens, James Ivory, adaptait pour la troisième fois un classique de l'écrivain E.M. Forster, Retour à Howards End, paru en 1910. Auréolé de plusieurs prix, dont celui du quarante-cinquième anniversaire du Festival de Cannes, trois Oscars, dont celui de la meilleure actrice pour Emma Thompson et de la meilleure adaptation pour Ruth Prawer Jhabvala, deux BAFTA, dont celui du meilleur film [1], cette vingtième collaboration entre le cinéaste et le producteur Ismail Merchant s'inscrit, on l'aura compris, comme l'un des incontournables de leur riche filmographie. En salles au cinéma en version restaurée depuis le 26 décembre 2018 par les bons soins de Carlotta.

Angleterre édouardienne, début du XXe siècle, suite à la liaison sans lendemain entre Helen Schlegel (Helena Bonham Carter) et l'un des fils de la famille Wilcox, riches industriels conservateurs, sa sœur ainée Margaret (Emma Thompson) fait la connaissance de Mme Wilcox (Vanessa Redgrave). Issue de la bourgeoisie intellectuelle londonienne, Margaret se lie d'amitié, en dépit de leurs différences sociales, avec l'épouse du patriarche, Henry Wilcox (Anthony Hopkins), directeur de l'Imperial West African Rubber. Juste avant de mourir, cette dernière décide de léguer à Margaret sa demeure de Howards End, propriété familiale léguée en son temps par son frère, mort aux Indes, à laquelle elle est très attachée. Heureusement pour les Wilcox, le document n'est pas officiel et la dernière volonté de la défunte ne sera pas respectée. Mais lorsque Henry Wilcox fait enfin la connaissance de Margaret, il tombe sous son charme… 
   

Les enchaînés (Notorious) - Alfred Hitchcock (1946)

1939, courtisé un temps par les majors MGM et RKO, Alfred Hitchcock, qui jouissait depuis plusieurs années Outre-Atlantique d'une flatteuse réputation de cinéaste, signait un contrat avec le célèbre producteur américain David O. Selznick. Malgré des longs-métrages au succès modéré depuis le début de la décennie 30's, ce choix de la part du producteur indépendant de King Kong et d'Autant en emporte le vent s'inscrivait dans sa démarche, et son ambition, de concurrencer directement les principaux grands studios en s'attachant les services de réalisateurs au style affirmé, à l'instar de King Vidor ou George Cukor. Découvreurs de talent, Selznick était ainsi bien plus qu'un simple producteur. Présent à toutes les étapes de la production, depuis l'écriture du scénario, au casting, en passant par le montage où il pouvait remodeler selon ses désirs ses créations cinématographiques, l'arrivée d'Alfred Hitchcock dans son giron pouvait laisser toutefois la place à quelques interrogations sur la capacité de l'anglais à s'adapter au système hollywoodien, alors à son apogée.

Mais les doutes furent rapidement levés, tant le réalisateur de L'homme qui en savait trop souhaitait faire ses preuves, et ceci en dépit d'un rythme peu compatible avec celui imposé par Selznick, ce dernier ne manquant pas de surveiller de très près le travail d'Hitchcock (ses fameux mémos sont rentrés dans la légende). De cette collaboration, la romance gothique Rebecca, seconde adaptation du britannique d'un roman de Daphné du Maurier [1], fut leur premier projet commun, et un premier succès suivi par le thriller psychanalytique La Maison du docteur Edwardes (1945), le film d'espionnage Les Enchaînés (1946) et enfin le thriller judiciaire Le Procès Paradine (1947). Réunis dans la septième édition des Coffrets Ultra Collector édité par Carlotta [2], ces quatre longs-métrages seront désormais disponibles en version restaurée à partir du 29 novembre prochain. A bons entendeurs.
  

La fille du Nil (Ni luo he nu er) - Hou Hsiao-hsien (1987)

Présenté en 1988 à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes, La fille du Nil de Hou Hsiao-hsien marque une parenthèse dans la première partie de la filmographie du Taïwanais. Tourné juste après sa tétralogie autobiographique, Les garçons de Fengkuei (1983), Un été chez grand-père (1984), Un Temps pour vivre, un temps pour mourir (1985) et Poussières dans le vent (1986), ce neuvième long-métrage, dont l'action se déroule dans le Taipei contemporain des années 80's, peut également se situer, en préambule, comme une transition sociologique avant la trilogie historique [1] que réalisera Hou Hsiao-hsien entre 1989 et 1995. En écho avec la rétrospective initiée par Carlotta l'année dernière en août 2016, qui regroupait cinq œuvres de jeunesse du cinéaste en version restaurée, s'adjoint au coffret Blu-ray et DVD [2] qui sort ce 8 novembre, ce sixième film, La fille du Nil.

Suite aux décès conjoints de sa mère et de son grand frère, et à l'absence prolongée de son père, Hsiao-yang (Yang Lin) s'occupe seule de sa famille. Entre son petit boulot dans un fast-food et ses cours du soir, la jeune femme doit également veiller à l'éducation de sa jeune sœur. En parallèle, son frère Hsiao-fang (Jack Kao), délinquant depuis des années, a ouvert avec ses amis un restaurant, avec l'appui de la mafia locale. Face à la brutalité du monde qui l'entoure, Hsiao-yang aime se réfugier dans la lecture du manga La Fille du Nil
  

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon - Elio Petri (1970)

Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1970 et Oscar du meilleur film étranger en 1971, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon afficha un tournant dans la filmographie du cinéaste italien Elio Petri. Premier volet de sa « Trilogie de la névrose », née de la collaboration avec l'écrivain Ugo Pirro, avant La classe ouvrière va au paradis (« la névrose du travail ») et La Propriété, c'est plus le vol (« la névrose de l'argent »), ce long métrage dédié à la « névrose du pouvoir » s'inscrivait de manière plus large dans la dynamique politique prise par le cinéma italien, depuis les années 60, dans le sillage des œuvres de Francesco Rosi. Marqué par l'engagement politique de Petri, ce dernier considérant le cinéma aussi bien comme un espace de dénonciation, de confrontation et d'apprentissage, le film n'a rien perdu de son acerbe acuité et de sa clairvoyance plus de quatre décennies après sa sortie. Portrait corrosif et amer de la société italienne à l'orée des « années de plomb », Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon ressort dans sa version restaurée dans une nouvelle édition en Blu-ray et DVD le 12 juillet 2017 dans le cadre de la Collection cinéma italien [1] éditée par Carlotta.

Italie, au début des années 70, le chef de la brigade criminelle surnommé « le docteur » (Gian Maria Volontè) est nommé au poste de directeur de la section politique. Le jour de sa promotion, il égorge sa maîtresse Augusta Terzi (Florinda Bolkan) chez elle au cours de leurs joutes amoureuses. Persuadé que ses fonctions le placent au-dessus des lois, il met tout en œuvre pour prouver que personne n'aura l'intelligence, ni même l'audace, de le soupçonner et ainsi de troubler la bonne hiérarchie sociale...
   

Insiang - Lino Brocka (1976)

Premier long métrage philippin sélectionné au Festival de Cannes lors de la Quinzaine des réalisateurs en 1978 [1], Insiang poursuit la peinture sans concession par Lino Brocka de la société philippine sous la dictature de Ferdinand Marcos. Nouvelle plongée dans les bas-fonds de Manille, ce réquisitoire à charge, envers la situation désastreuse qui existe dans les quartiers pauvres de la capitale, prend la forme d'un mélodrame familiale et de l'affrontement entre une mère tyrannique et sa fille. Présenté pour la première fois dans les salles dans sa version restaurée 4K en juin 2016, Insiang est désormais édité en Blu-ray et dans un coffret consacré à Lino Brocka incluant son chef d'œuvre Manille et un documentaire, Retour à Manille : le cinéma philippin, signé par Hubert Niogret.

Habitante d'un bidonville de Manille, Insiang (Hilda Koronel) vit avec sa mère, la tyrannique Tonya (Mona Lisa). Les deux femmes hébergent la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maîtresse. Dans un quartier livré au chômage et à l'alcoolisme, la jeune femme tente de subsister malgré les brimades et les humiliations de Tonya. Un jour, les accusant de vivre à ses crochets, sa mère chasse sa belle-famille de chez elle. Le lendemain, Tonya invite son jeune amant, Dado (Ruel Vernal), le caïd du quartier, à emménager chez elle...
  

Cris et chuchotements - Ingmar Bergman (1972)

Présenté hors compétition au festival de Cannes en 1973, Cris et chuchotements d'Ingmar Bergman marqua durablement les esprits lors de sa sortie sur la scène internationale. Glanant de nombreuses récompenses durant ses trois premières années, du Grand prix technique à Cannes, à l'Oscar de la meilleure photographie pour le chef opérateur Sven Nykvist l'année suivante [1], au David di Donatello du meilleur film étranger accompagné d'un prix spécial pour la performance de ses quatre actrices, le long métrage soulignait, une fois encore, la place unique tenue par le cinéaste au-delà même des frontières suédoises. Portait brut de quatre femmes hantées par la mort, Bergman abordait dans Cris et chuchotements plusieurs de ses thèmes de prédilection avec un sens inégalé de l'esthétisme. Dans les salles depuis le 21 décembre dans une nouvelle version restaurée 2K, la ressortie du film offre un avant-goût de la prochaine rétrospective Bergman qui se tiendra à partir du 4 janvier 2017, où pas moins de douze longs métrages [2] du maître seront à (re)découvrir en version restaurée au cinéma.

Fin du 19ème siècle en Suède, quatre femmes sont réunies dans le manoir familial où l'une d'elle, Agnès (Harriet Andersson), se meurt d'un cancer. Entourée de ses deux sœurs, Karin (Ingrid Thulin) et Maria (Liv Ullman) qui se succèdent à son chevet, Agnès ne trouve qu'un semblant d'apaisement auprès de sa servante Anna (Kari Sylwan), avec qui elle entretient une relation privilégiée. La proximité qui s'est installée entre les femmes fait resurgir en chacune d'elles de vieux souvenirs…

Panique à Needle Park - Jerry Schatzberg (1971)

Après un premier coffret consacré au Body Double de Brian De Palma, puis un deuxième dédié à L'Année du dragon de Michael Cimino en mars dernier, Carlotta poursuit sa remarquable collection ultra Collector avec, cette fois-ci, le deuxième film de Jerry Schatzberg, Panique à Needle Park, film qui propulsa la carrière de son jeune acteur principal, Al Pacino [1], et offrit à sa partenaire, Kitty Winn, le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1971. Un classique disponible le 22 juin prochain en version restaurée, supervisée et approuvée par le metteur en scène.

New-York, Helen (Kitty Winn) vient de subir un avortement clandestin. Dans l'appartement de son petit ami Marco (Raul Julia), elle fait la rencontre de Bobby (Al Pacino). Victime d'hémorragies, Helen est hospitalisée, où elle reçoit la visite surprise de Bobby, qui l'attendra peu après à sa sortie. Ils passent un après-midi ensemble dans les rues de New-York, c'est le coup de foudre. Bobby lui propose de s'installer avec lui non loin de la 72ème rue et de Broadway, près de Sherman Square, lieu de rencontre interlope des toxicomanes et dealers new-yorkais baptisé Needle Park. Helen y découvre la vie de son compagnon, accro à l'héroïne depuis de longues années, un quotidien fait de rapines, d'addictions, et de panique, quand l'héroïne vient à manquer.
   

A Touch of Zen - King Hu (1971)

Premier film chinois récompensé au Festival de Cannes en 1975, par l'obtention du Prix de la Commission supérieure technique, A Touch of Zen valut à son réalisateur King Hu une reconnaissance internationale, tout en faisant découvrir au monde le wu xia pan, ou le film de sabre chinois, soit l'illustre parent du film de kung-fu déjà popularisé quelques années auparavant à travers le globe par un certain Bruce Lee. Œuvre magistrale dont l'influence n'aura de cesse d'inspirer la jeune génération (Tsui Hark [1] et Ang Lee pour les plus connus), ce long métrage dont le tournage fut étalé sur plus de trois ans faillit pourtant connaitre un autre dessein. Tronqué lors de son exploitation, échec considérable lors de sa (première) sortie [2] à Taïwan, A Touch of Zen dut toutefois son salut à la ténacité du français Pierre Rissient, déterminé à reconstituer une copie entière du film, avant de le proposer au festival susmentionné, et de lui offrir par extension une nouvelle sortie sur ses terres en juillet 1975. Pour la première fois en version intégrale restaurée 4K, le film distribué par Carlotta ressort sur grand écran à l'occasion des quarante ans de sa projection cannoise.

Chine du XIVème siècle, durant la Dynastie des Ming, Gu Shengzai (Shih Chun), trentenaire vivant encore avec sa mère, exerce la profession de peintre et d'écrivain public, au grand désespoir de cette dernière, celle-ci aspirant à le voir devenir fonctionnaire et marié. Habitant à côté d'une vieille citadelle, Gu craint depuis peu qu'elle ne soit hantée, avant d'apprendre par sa mère la venue d'une nouvelle voisine Yang Huizhen (Hsu Feng). Si la jeune femme ne laisse pas indifférent Gu, il apprend également qu'il n'est pas malheureusement le seul à s'y intéresser. Yang n'est autre que la fille d'un dissident du mouvement Donglin assassiné par la police politique du grand eunuque Wei, et depuis recherchée pour trahison par Ouyang Nin (Tien Peng), capitaine de la sinistre Chambre de l'Est...

Le prince de Hombourg - Marco Bellocchio (1997)

Depuis son adaptation [1] d'Enrico IV de Luigi Pirandello en 1984, Le Prince de Hombourg, d'après la pièce homonyme de Heinrich von Kleist [2], signait après treize ans d'absence le grand retour du cinéaste italien Marco Bellocchio au Festival de Cannes. En compétition officielle, le film ne fut pourtant jamais distribué dans l'hexagone. Une injustice, du moins un oubli, enfin réparée grâce à Carlotta qui distribue une œuvre majeure du maître italien, après un long sommeil de presque deux décennies, ce mercredi 1er juillet. 

A la veille de la bataille de Fehrbellin, entre la Suède et le Brandebourg, le Prince de Hombourg (Andrea Di Stefano) est surpris en pleine crise de somnambulisme dans le jardin d'un château. A son réveil, il découvre dans sa main le gant de Nathalia (Barbora Bobulova), nièce de l'Électeur (Toni Bertorelli). Encore troublé par ce rêve devenu réalité, le Prince écoute distraitement le lendemain les instructions dictées par l’Électeur, chef de l'État et de l'armée. Il lui est ordonné de ne pas attaquer avant les ordres, sa fougue ayant déjà faire perdre auparavant deux victoires. Durant la bataille, le jeune commandant de la cavalerie brandebourgeoise apprend la mort de l'Électeur. Il décide de devancer l'ordre en attaquant l'infanterie suédoise, et remporte la victoire. Or l'oncle de sa future fiancée n'est pas mort, et souhaite que son indiscipline, malgré la victoire, soit punie en le mettant aux arrêts, avant que celui-ci ne soit jugé par une cour martiale. 

Sacco et Vanzetti - Giuliano Montaldo (1971)

Ancien assistant de l'engagé Gillo Pontecorvo pour Kapò et La bataille d'Alger, le cinéaste et scénariste italien Giuliano Montaldo s'attela à mettre en scène pour son sixième long métrage un sujet controversé, en échos aux sinistres « années de plomb » que traversèrent la péninsule italienne à l'orée des années 70 : la controverse judiciaire qui vit condamner à mort pour meurtres et vol à mains armées, cinq décennies plus tôt, deux anarchistes italiens en raison de leurs convictions politiques. Incarnés par Riccardo Cucciolla, qui remporta le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1971, et par la figure du cinéma politique italien des années 70, Gian Maria Volontè [1]Sacco et Vanzetti retrace le destin tragique de ces deux hommes. A redécouvrir en salle ce mercredi en copie restaurée. 

Avril 1920, Massachusetts. Deux employés d'une manufacture de chaussures située à South Braintree perdent la vie suite à un braquage. La police trouve rapidement une piste du côté d'un réseau d'anarchistes italiens. Nicola Sacco (Riccardo Cucciolla) et Bartolomeo Vanzetti (Gian Maria Volontè), respectivement cordonnier et marchand de poissons ambulant, deviennent les principaux suspects de ce double meurtre. Soupçonnés sans aucune preuve de leur implication directe, les deux hommes assistent impuissants à leur procès. Il sont condamnés à la peine capitale. Or les nouvelles de preuves et les approximations des témoins découvertes par leurs avocats pourraient basculer leur prochain appel en leur faveur...

Jodorowsky's Dune - Frank Pavich (2013)

Présenté à La Quinzaine des réalisateurs, le documentaire de Frank Pavich, Jodorowsky's Dune, fut l'un des événements de l'avant dernier Festival de Cannes. Gravé dans l'inconscient collectif comme un chef d'oeuvre inachevé, resté à l'état d'embryon faute de financement supplémentaire, l'adaptation du roman culte de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky aura suscité et nourri nombre de fantasmes depuis quatre décennies. Pouvait-il en être autrement compte tenu de l'ambition démesurée du chilien, du casting retenu et des personnes impliquées dans ce projet bigger than life pour reprendre l'expression anglophone ? A charge pour Frank Pavich, déjà auteur à l'âge de 22 ans du documentaire N.Y.H.C retraçant l'histoire du hardcore new-yorkais, de nous conter à partir des interviews des protagonistes de l'époque, cette aventure humaine commencée en 1973.

« Je voulais faire un film qui donnerait aux personnes les hallucinations du LSD sans en prendre. [...] je voulais fabriquer les effets de la drogue. [...] Ce que je voulais c'était créer un prophète ».

Une introduction qui en dit long sur la vision de Jodorowsky. Dune devait lui permettre d'aller encore plus loin que ces précédents longs métrages. Désireux à la fois d'ouvrir de nouvelles perspectives, et de toucher au sacré par la venue de ce dieu artistique, la tâche du réalisateur d'El Topo s'avérait ardue et allait prendre la forme d'un combat.

A Touch of Sin (Tian Zhu Ding) - Jia Zhang-ke (2013)

Cinq années après son dernier film, 24 City, le réalisateur chinois Jia Zhang-ke revenait sur le devant de la scène, après plusieurs documentaires et courts métrages, en 2013. Un retour d'autant plus marquant et inattendu que le nouveau long métrage nommé A Touch of Sin, prix du scénario au festival de Cannes, s'avère l'essai le plus sombre du cinéaste. Loin du lyrisme de ses précédentes œuvres, et s'inspirant de récents faits divers extrêmement violents qui se sont déroulés en Chine, Zhang-ke signait un métrage critique et radical, dont on ne sait par quel miracle, celui-ci a réussi à passer à travers les filets de la censure.

Scindé en quatre histoires indépendantes situées dans quatre régions différentes, A Touch of Sin relate les mésaventures de personnages en marge de cette nouvelle société chinoise consumériste. A l'exception du deuxième chapitre qui met en scène la variation la plus cynique (et moins réussie), quand l'acte de résistance d'un travailleur migrant prend la forme d'une terreur armée et arbitraire, les trois autres épisodes narrent davantage le portrait d'humiliés aux prises avec une fatalité d'origine sociale dans cette Chine néo-capitaliste et individualiste.

Je t'aime je t'aime - Alain Resnais (1968)

L'affaire était entendue. Comme l'avait souligné dans un passé récent le préposé, la rencontre entre le Fantastique et le cinéma français a souvent pris la forme d'un rendez-vous fortuit. Si l'histoire a retenu quelques contre exemples mémorables, force est de constater que ces pépites trahissaient davantage le goût éphémère d'un cinéaste pour une aventure surnaturelle ou science-fictionnelle, qu'un véritable désir d'inscrire son œuvre dans l'univers fantastique. Un attrait momentané à défaut d'une attirance durable que l'on retrouva paradoxalement en France dans le cinéma d'auteur, à l'image d'un Godard ou d'un Truffaut, réalisateurs au milieu des années 1960 de deux classiques de l'anticipation : Alphaville et l'adaptation de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury [1]. Or d'une Nouvelle vague à un Nouveau cinéma, il n'y a qu'un pas. Il est dès lors peu étonnant de voir apparaître dans cette liste des cinéastes français ayant touché au Fantastique le nom d'Alain Resnais. Souvent teinté de surréalisme et d'onirisme, sa filmographie reste marquée par un essai de pur science-fiction, scénarisé par un spécialiste du genre, l'auteur de nouvelles Jacques Sternberg : Je t'aime je t'aime.

Un jeune homme prénommé Claude Ridder (Claude Rich) est à l'hôpital après une tentative de suicide. A sa sortie, celui-ci est approché par deux inconnus qui lui proposent de venir une journée au centre de recherche de Crespel. N'ayant rien à perdre, Ridder accepte. Ce dernier a été sélectionné par ces scientifiques pour participer à une expérience hors du commun : voyager dans le temps, car comme le déclare lucidement Ridder lui-même, sa qualité de « volontaire qui ne tient plus à la vie » fait de lui « le cobaye idéal ». En guise de première étape, les physiciens vont le transporter d'une année dans le passé durant une seule minute, le jeune homme devant revenir normalement soixante secondes plus tard, le 5 septembre 1966 à 16 h. Mais l'expérience ne se déroule pas comme convenu. Un dysfonctionnement lui fait revivre des moments aléatoires de son passé sous forme de flashbacks : de sa rencontre avec son ex-petite amie Catrine (Olga Georges-Picot) jusqu'à son suicide provoqué par la mort accidentelle de Catrine.

Les salauds - Claire Denis (2013)

Fraîchement accueilli par la critique française, en mai dernier à Cannes pour la sélection officielle Un Certain Regard et cet été lors de sa sortie nationale, Les salauds de Claire Denis n'a pas laissé indifférent. Soit. Une habitude ou une demie surprise en quelque sorte tant la réalisatrice de Trouble Every Day s'éloigne des attendus prérequis et d'un cinéma aseptisé. Films à la mise en scène atmosphérique proche de l'abstraction, portés par des récits tout autant nébuleux, ses œuvres cinématographiques en ont fait un des auteurs du 7ème art les plus singuliers des vingt dernières années. Une originalité et une vision personnelle qui minimisent les récents reproches reçus par Claire Denis et ses Salauds, ces incompréhensions traduisant (et trahissant après visionnage) davantage une méconnaissance de son art, qu'un film outrancier aux défauts rédhibitoires comme il a pu être écrit.

Commandant d’un supertanker, Marco Silvestri (Vincent Lindon) abandonne le navire dont il a la charge en apprenant le suicide de son beau-frère (Laurent Grevill). De retour sur terre, Marco découvre l'étendu du drame. L'entreprise familiale de fabrication de chaussures reprise par sa sœur Sandra (Julie Bataille) et son mari est en faillite. Sa nièce Justine (Lola Creton) est hospitalisée dans une clinique après avoir été retrouvée errant nue dans la nuit, la jeune femme ayant subie une agression sexuelle des plus violentes. Un coupable est rapidement désigné par Sandra, il s'agirait de l'homme d’affaires Edouard Laporte (Michel Subor). Animé par une vengeance irrépressible, Marco s'installe au dernier étage de l’immeuble de Laporte où vit également sa maîtresse Raphaëlle (Chiara Mastroianni) et leur fils. Cependant rien ne se passe exactement comme avait prévu Marco...

Mud - Sur les rives du Mississippi - Jeff Nichols (2012)

En compétition l'année dernière au Festival de Cannes, Mud de Jeff Nichols concluait la sélection officielle comme elle avait débuté, par un récit initiatique, après l'excellent et touchant Moonrise Kingdom de Wes Anderson, en ouverture de ce grand raout. Exit la Nouvelle-Angleterre et cette histoire d'amour entre deux adolescents, pour les rives poisseuses du Mississippi dans ce rough South étasunien en compagnie de white trash de l'Arkansas.

Ellis (Tye Sheridan) vit dans une maison flottante avec ses parents Mary Lee (Sarah Paulson) et Senior (Ray McKinnon) sur les bords du Mississippi. Un matin à l'aube, l'adolescent s'éclipse pour rejoindre Neckbone (Jacob Lofland), son meilleur ami qui vit seul avec son oncle Galen (Michael Shannon), pêcheur de perles. Le jeune garçon a trouvé sur une île du fleuve une épave de bateau perchée dans un arbre, « comme tombée du ciel », fruit de la rencontre entre une ancienne inondation et la forêt sauvage environnante. Décidés à en faire leur repaire, Ellis et Neckbone déchantent rapidement en découvrant parmi le capharnaüm de cette cabane de fortune des empreintes et de la nourriture. De retour sur la rive, ils rencontrent l'occupant de cette étrange embarcation suspendue. L'homme se prénomme Mud (Matthew McConaughey). Il vit caché sur l'île déserte, en attendant son amour de jeunesse Juniper (Reese Witherspoon), qui devrait le rejoindre très bientôt, avant de partir vers d'autres horizons. Les deux adolescents sympathisent rapidement avec cet inconnu superstitieux et tatoué, et grand amateur d'haricots en boite que lui donne volontiers Ellis. Le lendemain, Ellis et Neckbone reconnaissent, dans un supermarché de la ville, Juniper. De retour sur l'île, Mud leur demande alors de lui transmettre un message. Or la belle est surveillée par Carver (Paul Sparks), frère de l'ancien compagnon de Juniper, que Mud a abattu il y a peu...

La femme des sables (Suna no onna) - Hiroshi Teshigahara (1964)

Les années 1960 ou la décennie de la Nouvelle Vague ? Des Nouvelles Vagues plutôt. A l'instar de son homologue français, le cinéma japonais connut en parallèle un courant novateur à la fin des années 1950, porté en grande partie par le studio Shōchiku et le réalisateur Nagisa Oshima. Nommée en référence au courant de Jean-Luc Godard et consorts, cette nūberu bāgu permit de même l'émergence de nouveaux réalisateurs, et de thèmes rarement évoqués par le cinéma traditionnel japonais : marginalité, sexe, critique sociale, racisme. Si Nagisa Oshima et Shōhei Imamura sont les deux cinéastes ayant le plus marqué ce renouveau artistique au cours des décennies suivantes, le réalisateur Hiroshi Teshigahara, peu connu du grand public de nos jours, aura néanmoins été l'un de ceux qui a le plus apporté au courant, et un des artisans principaux pour la reconnaissance mondiale de cette autre Nouvelle Vague au cours des années 1960.

La femme des sables (Suna no onna) d'Hiroshi Teshigahara n'est pas un film anodin. Primé à Cannes lors de sa sortie en recevant le Prix du jury, ce film japonais eut la primeur d'être, sinon récompensé, du moins nommé par ses pairs étasuniens en 1964 et 1965 pour le prix du meilleur film étranger et du meilleur réalisateur [1] aux Oscars. Si la postérité n'a pas retenu Hiroshi Teshigahara pour ces deux catégories, le premier revenant au transalpin Vittorio De Sica pour Hier, aujourd'hui et demain et le second à Robert Wise pour La mélodie du bonheur, la présence d'un film d'avant-garde provenant de l'archipel nippon dans ce temple de l'entertainment américain tend cependant à affirmer le caractère exceptionnel de ce long-métrage. 

Cronico Ristretto : Hors Satan - Bruno Dumont (2011)

Présenté à « Un certain regard » lors du festival de Cannes 2011, Hors Satan de Bruno Dumont n'est pas le cri d'un prêtre exorciste mais la profession de foi sur pellicule d'un homme de cinéma... à 24 images par seconde.

Un gars, un ermite priant au milieu de la nature, un mystique ? La mer, des paysages, une lumière. L'homme, sans domicile, erre dans la campagne. Il dort à travers les dunes, vit de la générosité des habitants du village voisin. Exorciste, il chasse le démon du corps des jeunes filles et des femmes trop entreprenantes. Ange exterminateur, il tue, rosse les hommes dangereux et la protège. Elle, lui donne à manger, prie avec lui, le suit, avant que tout ne bascule...

Déjà à l'esprit du cinéaste lors de son premier long métrage, La vie de Jésus, cette étrange histoire d'ermite, continue de s'inscrire, bien qu'assumée timidement par son auteur, dans une filiation post-Bressonienne [1], comme pouvait l'être son précédent film, Hadewijch. Ainsi comme d'autres par le passé, Dumont s'éloigne du Christianisme et d'un quelconque prosélytisme pour se focaliser sur le sacré, un  mysticisme athée, aux portes du fantastique.