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Cronico ristretto : Lone Star - John Sayles (1996)

Figure méconnue du cinéma indépendant étasunien en France [1] ayant débuté auprès de Roger Corman, auteur depuis son premier film (autofinancé) Return of the Secaucus 7 en 1980 de dix-huit longs métrages protéiformes, John Sayles signa seize années plus tard Lone Star. Portrait intergénérationnel et multiethnique d'une communauté dans une petite ville texane proche de la frontière avec le Mexique, ce dixième long métrage ouvrit enfin à John Sayles les portes d'une double reconnaissance publique et critique, avec plusieurs nominations l'année suivante pour son scénario, aux Golden Globes, aux BAFTA et aux Oscars. 

Frontera, au Texas. Deux sergents découvrent un squelette sur un ancien champ de tir de l'armée. Natif de cette petite ville frontalière, le shérif Sam Deeds (Chris Cooper) apprend par le laboratoire médico-légal de San Marcos que les ossements retrouvés sont sans aucun doute ceux du shérif Charlie Wade (Kris Kristofferson) mystérieusement disparu trente-sept ans plus tôt. Sam doit replonger dans ce passé où le principal suspect n'est autre que son père, l'ancien shérif de Fontera, le respecté Buddy Deeds (Matthew McConaughey) auquel les notables de la ville ont décidé de rendre hommage.
 

Futur immédiat, Los Angeles 1991 (Alien Nation) - Graham Baker (1988)

Lauréat du prix Saturn du meilleur film de science-fiction en 1988, Futur immédiat, Los Angeles 1991 de Graham Baker s'inscrit de prime abord, on l'aura vite compris, dans la longue liste des buddy movies mis en scène lors de la décennie 80. Se contentant à sa sortie d'un succès modeste, le long métrage gagna en popularité lors de son exploitation en vidéo, lui conférant un statut proche du culte, et justifiant, par la suite, les multiples dérivés télévisuels [1], comics et romans qui seront adaptés du scénario originel signé Rockne S. O'Bannon. À découvrir grâce à Carlotta, pour la première fois, en version Blu-ray (et DVD) le 26 septembre.

1991, Los Angeles. Trois ans auparavant, un vaisseau spatial, avec à son bord plus de 300 000 extraterrestres, atterrit dans le désert californien des Mojaves. Après avoir été placés en quarantaine, les Arrivants ont été accueillis par les États-Unis. Installés dans la région, ces derniers vivent toutefois à l'écart, ce qui n'est pas sans créer des tensions avec les autochtones. Suite à la mort brutale de son partenaire lors d'une attaque à main armée dans le quartier des Arrivants, Matthew Sykes (James Caan), en dépit des ressentiments qu'il éprouve envers ces nouveaux venus, demande à son supérieur de faire équipe avec le premier inspecteur extraterrestre, Sam Francisco (Mandy Patinkin). En charge d'enquêter sur la mort similaire d'un Arrivant nommé Warren Hubely, Sykes est persuadé qu'il pourra faire la lumière, en parallèle, sur la mort de son ancien partenaire et ami Bill Tuggle.
  

Le Fantôme d'Hollywood (A Graveyard for Lunatics) - Ray Bradbury (1990)


Chronique précédemment publiée sur le site Fondu au Noir.

Deuxième volet d'une série débutée par La solitude est un cercueil de verre, roman publié cinq ans plus tôt au mitan des années 80, Le Fantôme d'Hollywood poursuit la veine auto-fictionnelle de Ray Bradbury en s'inspirant, comme l'indique son titre français [1], de son passé, quand jeune auteur de nouvelles publiées dans des pulp magazines, celui-ci fut engagé comme apprenti-scénariste au début des années 50. 

Après Venice et une série de meurtres où l'écrivain débutant avait fait la connaissance de l'inspecteur Elmo Crumley, le narrateur est de nouveau au cœur d'une étrange affaire en plein cœur du studio Maximus Films. A la veille d'Halloween, à minuit, le narrateur est convié à un rendez-vous secret dans le cimetière mitoyen du studio. Il découvre sous une pluie battante un mannequin ressemblant à l'ancien grand patron du studio, le légendaire Arbuthnot mort dans un accident de voiture une vingtaine d'années auparavant...
 

Soleil vert - Richard Fleischer (1973)

Chronique précédemment publiée dans le numéro 30 de la revue L'Indic, Noir magazine.
  
Après une brève parenthèse britannique en 1971 qui l'avait vu traverser l'Atlantique pour mettre en scène les thrillers remarqués L'étrangleur de Rillington Place avec Richard Attenborough et Terreur aveugle Mia Farrow, puis un retour sur les terres étasuniennes avec deux longs métrages interprétés par l'acteur George C. Scott (Les complices de la dernière chance et Les Flics ne dorment pas la nuit), Richard Fleischer se lançait dans la libre adaptation du roman de Harry Harrison, Make Room! Make Room!, publié en 1966. Cinéaste versatile, aussi bien auteur de polars, de films de guerre ou de films historiques, le réalisateur du Voyage fantastique retournait ainsi de nouveau à la science-fiction avec, cette fois-ci, un récit dystopique. Mieux, le dénommé Soylent Green, de par les thématiques abordées (crises démographique et écologique), ne faisait nulles ambages des aspirations sociétales qui égrainent de manière prémonitoire les grands films de Fleischer. Dont acte.

New-York, 2022, 40 millions d'habitants. Le Détective Robert Thorn (Charlton Heston) enquête sur la mort de William Simonson (Joseph Cotten), un des dirigeants de la société agroalimentaire Soylent. Présenté comme un cambriolage crapuleux qui aurait mal tourné, ce meurtre survenu dans une tour sécurisée des beaux quartiers de Chelsea éveille les soupçons du policier : son garde du corps Tab Fielding (Chuck Connors) s'était absenté, le système d'alarme était en panne tandis que rien n'a été dérobé durant ce supposé vol...

Police fédérale, Los Angeles (To Live and Die in L.A.) - William Friedkin (1985)

Fin d'année chargée pour Carlotta qui, une semaine après le coffret Collector consacré aux années Selznick d'Alfred Hitchcock, sort une semaine plus tard un huitième coffret dédié, cette fois-ci, à un des sommets de la carrière du terrible William Friedkin, son long-métrage emblématique des années 80's, Police fédérale, Los Angeles. Cinq années après le sulfureux et polémique Cruising, le réalisateur de French Connection revenait aux affaires cinématographiques [1] avec un film faussement ancré dans l'esthétique du cinéma d'action de ladite décennie. Police fédérale, Los Angeles marque toujours les esprits, trois décennies plus tard, tant celui-ci dynamite les codes, du policier hard-boiled au buddy-movie, avec en toile de fond une critique au scalpel du Reaganisme triomphant. Film au succès honorable sur le sol étasunien, compte tenu de son absence de vedettes, l'accueil critique, à l'instar de sa réception à l'international, fut au contraire des plus mitigés, valant au long-métrage une réévaluation progressive au fil du temps. Fort d'une nouvelle restauration, Police fédérale, Los Angeles sort conjointement en coffret, DVD et Blu-ray ce mercredi 6 décembre.

Agents des services secrets, Richard Chance (William Petersen) et Jimmy Hart (Michael Greene) sont affectés à la lutte contre la contrefaçon. Dans leur ligne de mire, les deux policiers recherchent le faux-monnayeur Rick Masters (Willem Dafoe) qui règne sur Los Angeles. A trois jours de sa retraite, Hart retrouve la trace de Masters, et décide de mener seul l'opération, avant d'être abattu de sang-froid par Masters. Dévasté par le chagrin, Chance jure de venger celui qu'il considérait comme son meilleur ami. Tête brûlée, obsédé par son désir de retrouver Masters, Chance n'hésitera pas à franchir les limites de la légalité, entraînant avec lui dans sa chute son nouveau coéquipier John Vukovich (John Pankow) …
  

Chien enragé (Nora inu) - Akira Kurosawa (1949)

Après une première rétrospective en mars de l'année dernière, qui voyait le passage en salle de pas moins de huit films en version restaurée [1] du maître japonais Akira Kurosawa, dont les classiques Le château de l'araignée (1957), Les salauds dorment en paix (1960) et Yojimbo (1961), Carlotta complète ce premier cycle entamé avec huit nouveaux films [2] couvrant de nouveau trois décennies, des inédits Le plus dignement (1944) et Un merveilleux dimanche (1947) à Barberousse (1965).

De cette impressionnante filmographie débutée à l'âge de 25 ans au titre d'assistant-réalisateur pour la Toho, Chien enragé, second film de Kurosawa réalisé en 1949, fut longtemps considéré comme un classique oublié. Sorti deux ans avant le début de sa reconnaissance internationale avec le Lion d'or à la Mostra de Venise pour son film suivant, Rashōmon, ce film noir teinté de néoréalisme s'inscrit aujourd'hui ni plus, ni moins comme son premier chef d'œuvre. A (re)découvrir dans les salles à partir du 25 janvier.
  
Japon, été 1949. Le jeune inspecteur Murakami (Toshirô Mifune) se fait voler son arme de service par un pickpocket dans un autobus. Rongé par la culpabilité, il donne sa démission à son supérieur qui la refuse. Murakami décide dès lors d'enquêter lui-même en traînant dans les bas-fonds de Tokyo, où il découvre l'existence d'un trafic d'armes volées. Apprenant que son colt a servi à tuer une femme innocente, il est chargé par son supérieur d'assister le commissaire Sato (Takashi Shimura) en charge de retrouver le coupable. En interrogeant un trafiquant d'armes, ils apprennent que le criminel qu'ils recherchent n'est autre qu'un ancien soldat démobilisé dénommé Yusa (Isao Kimura)...

Les flics ne dorment pas la nuit - Richard Fleischer (1972)

Chronique sur le quotidien d'une brigade de nuit de Los Angeles, librement adaptée du premier roman éponyme de Joseph Wambaugh [1] publié en 1971, The New Centurions, traduit en français par le pertinent Les flics ne dorment pas la nuit (on y reviendra), est sorti en DVD et Blu-Ray le 9 novembre dernier dans le cadre du coffret que lui consacrait Carlotta (accompagné de L'étrangleur de Rillington Place et Terreur aveugle). Mise en scène dans la foulée des deux films précités, ces derniers appartenant à sa brève parenthèse britannique, ce polar urbain situé au cœur des quartiers défavorisés de Los Angeles se présente aujourd'hui comme une des œuvres majeures du réalisateur de Soleil vert. Mais n'allons pas trop vite...

Roy Felher (Stacy Keach), Gus Plebesly (Scott Wilson) et Sergio Duran (Erik Estrada), trois nouvelles recrues, rejoignent la police de Los Angeles. Le premier, étudiant en droit, le second, père de famille, et enfin le dernier, ancien membre d'un gang, sont chacun affectés à un collègue expérimenté qui vont leur apprendre les ficelles du métier. Dans les forces de l'ordre depuis près d'un quart de siècle, Andy Kilvinski (George C. Scott), associé à Roy, a acquis une connaissance inégalée du terrain, appliquant ce qu'il appelle la loi de Kilvinski. Happé par ces nuits de ronde, Roy devient obsédé par ce métier, au détriment de son entourage, négligeant son couple et sa petite fille...

Blue-Jean Cop - James Glickenhaus (1988)

Comme l'avait indiqué dans un épisode précédent, le préposé à la chronique, le cinquième film du réalisateur James Glickenhaus, Shakedown, connu en France et à l'international sous le nom de Blue Jean Cop, sort en Blu-ray et DVD le 6 juillet prochain, dans le cadre de la Midnight Collection éditée par Carlotta. Un long métrage en forme de retour aux sources en quelque sorte pour ce metteur en scène originaire de New-York où, huit années après The Exterminator, Glickenhaus retrouvait la jungle urbaine de la Big Apple, après un précédent détour à Hong-Kong dans The Protector (1985) avec Jackie Chan [1].

Avocat au barreau de New-York, Roland Dalton (Peter Weller) prend la défense du dealer Michael Jones (Richard Brooks), accusé du meurtre de l'officier de police Patrick O'Leary. Au cours de son enquête, Dalton découvre avec l'aide du policier Richie Marks (Sam Elliott) que la version de son client, acte de légitime défense face à un officier en civil qui cherchait à le racketter, est corroborée par l'existence d'un réseau de corruption au sein des forces de l'ordre. Alors qu'il s'agit de sa dernière affaire pour l'aide judiciaire, avant de rejoindre Wall Street au côté de son futur beau-père, Dalton réalise que le nouveau procureur en charge du dossier n'est autre que Susan Cantrell (Patricia Charbonneau), son ex-compagne...

L'année du Dragon - Michael Cimino (1985)

Dans le cadre de leur nouvelle collection des coffrets Ultra Collector [1], et après la version intégrale du précédent long métrage de Michael Cimino, La porte du Paradis, Carlotta poursuit son hommage au réalisateur new-yorkais avec la sortie en version restaurée de son quatrième film, L'année du dragon, le 9 mars 2016 [2]. Cinq ans après son controversé western révisionniste, le cinéaste retourne aux affaires, avec l'aide du producteur italien Dino De Laurentiis. Or loin d'être assagi, Cimino délivre, sous la forme d'un polar situé en plein cœur du Chinatown new-yorkais, une nouvelle « métaphore des États-Unis », ou le dernier volet, du propre aveu du réalisateur, d'une trilogie initiée sept ans plus tôt avec Voyage au bout de l'enfer [3].

Vétéran du Vietnam, le capitaine Stanley White (Mickey Rourke) est muté dans le quartier de Chinatown à New-York, suite à l'assassinat de Jackie Wong, représentant de la communauté chinoise, et feu à la tête d'une Triade secrète. Déterminé, revanchard et traumatisé par l'échec américain au Vietnam, l'officier de police part en guerre contre la corruption et le crime organisé, malgré les mises en garde de ses supérieurs hiérarchiques, dont son ami Louis Bukowski (Raymond J. Barry), qui nient l'existence d'une telle organisation au sein de Chinatown. Désormais parti en croisade, brisant la fragile trêve qui existait entre les Triades et les forces de l'ordre, et tandis que la guerre des gangs fait rage dans le quartier, Stanley White met tout en œuvre pour faire tomber Joey Tai (John Lone), le nouveau chef de la mafia chinoise.

Body Double - Brian De Palma (1984)

Dans le cadre de la rétrospective Brian De Palma menée par Carlotta depuis quelques années, par les ressorties successives de Pulsions, Blow Out, Obsession ou plus récemment Furie en copie restaurée, s'ouvre une nouvelle collection, intitulée coffret Ultra Collector dont le premier numéro est consacré au culte Body Double. Fraîchement accueilli à sa sortie par la critique et le public, le long métrage a gagné au fil des années ses galons de joyau DePalmien pour devenir un des films les plus adulés de ses admirateurs, mais n'allons pas trop vite... 

Acteur aux cachets aléatoires vivant à Los Angeles, Jack Scully (Craig Wasson) est victime de claustrophobie lors du tournage d'un film d'horreur dans lequel il joue un vampire. Renvoyé par le réalisateur (Dennis Franz), Jack rentre chez lui et surprend sa petite amie au lit avec un autre. A la rue, sans travail, il écume les castings de la ville quand il fait la connaissance de Sam Bouchard (Gregg Henry) lors d'un cours où le professeur de théâtre tente d'exorciser sa claustrophobie. Autour d'un verre, Jack confie à Sam ses déboires, tandis que celui-ci lui fait une proposition intéressante: garder la luxueuse demeure d'un ami durant son absence, car il a décroché un rôle dans la pièce Private Lives à Seattle. La seule contrepartie qui lui est demandée, est de s'occuper des quelques plantes vertes de la maison, et de profiter de la vue panoramique, et en particulier, des jeux érotiques de sa riche et charmante voisine Gloria Revelle (Deborah Shelton) auxquels elle se livre chaque soir. Mais le voyeurisme va se révéler une activité plus dangereuse qu'il n'y paraît quand Jack découvre qu'un mystérieux indien rode autour de la belle…
   

Friedkin connection - William Friedkin (2013)

Des réalisateurs estampillés Nouvel Hollywood, William Friedkin est sans conteste le plus controversé, tant par les films qu'il a réalisé que par les histoires qui entourent leurs productions. Riche d'une filmographie où se côtoient de nombreuses œuvres emblématiques (réévaluées pour certaines avec le temps), le cinéaste a publié en 2013 ses mémoires intitulées Friedkin connection (éditées en France en 2014 par les Éditions de la Martinière). En omettant ses souvenirs les plus intimes, ce qui aurait de son propre aveu interdit le livre aux moins de dix-huit ans, Friedkin revient sur sa carrière de réalisateur : sa famille, ses débuts à la télévision, ses (rares) succès, mais également les périodes difficiles qui suivirent. Comme présenté par l'éditeur en dos de couverture, gloire, disgrâce, et renaissance sont au menu de cette autobiographie sans concessions.

Avec en introduction la liste de ses plus mémorables erreurs de jugement, tel son manque de discernement vis à vis de ses jeunes comparses nommés George Lucas et Steven Spielberg [1], qui le fit refuser la proposition de devenir l'un des producteurs de Star Wars [2], la mise à la benne d'une œuvre offerte par un anonyme admirateur nommé Jean-Michel Basquiat, ou encore sa fin de non recevoir de la demande d'un jeune auteur-compositeur-interprète, Prince, le sollicitant à tourner le clip d'une de ses chansons pour la juvénile MTV, William Friedkin met rapidement les pieds dans le plat en pointant son incapacité à avoir su prendre la mesure du talent des autres à cause de sa « vision disproportionnée ». Autobiographie autant qu'autocritique, Friedkin connection dresse le bilan d'un cinéaste dont l'ego et les erreurs passées lui firent manquer plusieurs occasions notables, sans toutefois, l'empêcher de tourner paradoxalement, compte tenu de ses nombreux échecs, le plus cinglant étant son adaptation du Salaire de la peur. Mais n'allons pas trop vite.

Flic ou ninja - Godfrey Ho (1986)

S'il est communément admis que feu Menahem Golan fut a l'initiative de la mode du film de ninja dans les années 80 à partir de L'implacable ninja (1981) avec Franco Nero [1], force est de constater, et ceci en dépit de ses louables efforts et de sa franchise American Ninja et ses quintuples volets, que le genre trouva à Hong Kong une réponse encore plus paroxystique en la personne du duo Joseph Lai / Godfrey Ho, respectivement producteur et réalisateur du film qui nous intéresse, Flic ou ninja. Prenant comme toile de fond le même schéma, à savoir une intrigue tournant autour d'un occidental rompu aux arts martiaux, ou « la revanche du petit blanc » pour reprendre les termes de Jean-François Rauger pour décrire ces séries B destinées au public occidental, le genre va pourtant connaitre un sérieux ravalement de la part des deux hongkongais pré-cités.

Adeptes de méthodes de production éprouvées, en recyclant au besoin plusieurs parties d'anciens films pour en créer un nouveau, Lai et Ho apportèrent par leur audace un vent nouveau au cinéma d'exploitation. Ecrit par un Godfrey Ho qui ne ménagea pas, comme à l'accoutumée, ses efforts, la richesse de Flic ou ninja en éblouira encore aujourd'hui plus d'un, tant le scénario aime à brouiller les pistes. Faire cohabiter deux histoires qui à l'origine n'ont aucun rapport peut déjà apparaître comme une gageure, mais quand celles-ci appartiennent à deux films différents, on touche au génie! Certes, certains esprits chagrins pourront toujours rétorquer qu'un tel procédé a ses limites, et qu'il s'agit de méthodes de margoulins, toutefois tout ceci n'est que peccadilles et autres billevesées de la part de cuistres incapables de reconnaître les améliorations stylistiques apportées par le cinéma bis.

Héros (Hero and the Terror) - William Tannen (1988)

Il serait sans doute exagéré d'affirmer que les héros musclés made in USA des années 80 négocièrent un net virage dans leur filmographie à la fin de la dite décennie. Constatons toutefois que du trio Schwarzenegger / Stallone / Norris, chacune de ses stars du cinéma d'action tourna dans au moins un long métrage où leur image de tough guy s'édulcora, momentanément, à l'heure du reaganisme vieillissant. Des trois défenseurs du monde libre, le géant autrichien fut sans conteste celui qui s'en tira le mieux en 1988 avec la comédie d'Ivan Reitman, Jumeaux, un succès qui le conforta, pour le pire, à rempiler à deux reprises dans le genre, quelques années plus tard, avec le même réalisateur. Bien moins conseillé, le glissement de Stallone vers la comédie pourrait quant à lui se résumer à chaque fois par de mauvais choix : du méconnu New York Cowboy [1] avec Dolly Parton en 1984, à L'embrouille est dans le sac (remake d'Oscar avec De Funès), et Arrête, ou ma mère va tirer !, dans la foulée du simili accident industriel nommé Rocky 5 au début des 90's. Pire, boulimique, bipolaire, etc., Sly s'essaya, en parallèle au succès phénoménal de ses deux franchises, à de nombreux genres, devant ou derrière la caméra [2], enquillant par exemple entre 1986 et 1987 un film d'action policier supra-réac', Cobra, suivi de près par un hybride sportivolarmoyant, mélange subtil de sueur et de larmes, nommé Over the Top. Or détail qui n'en est pas vraiment un, ces deux navets pur jus furent produits par la sacrosainte Cannon, celle qui donna ses lettres de noblesse à celui qui nous intéresse : Chuck Norris.
 
Non content d'avoir donné un essor notable à la carrière internationale de notre karatéka moustachu au mitan des années reaganiennes [3], les cousins Menahem Golan et Yoram Globus furent ensuite les initiateurs d'un léger changement de direction dans sa filmographie. Pas de quoi remettre en cause les élans patriotiques droitiers et son envie de mettre les pieds où bon lui semble, mais plutôt le désir d'élargir le public de leur poulain en montrant une facette moins rigide. Film d'aventure portnawak directement pompé sur la série des Indiana Jones, Le temple d'or offrit au mieux à Norris un contre-emploi récréatif ; à l'inverse le déstabilisant Héros mit à mal son légendaire flegme martial en le transformant en personnage vulnérable. Un crime de lèse-majesté qui sera sanctionné par le retour en grâce de Scott McCoy deux ans plus tard. Mais n'allons pas trop vite...

El siniestro doctor Orloff - Jess Franco (1982)

Cinéaste de l'obsession, Jess Franco œuvra toute sa vie à la perpétuelle relecture de sa filmographie. L'horrible docteur Orlof qui était déjà lui même une réappropriation des Yeux sans visage de George Franju, fut ainsi l'acte premier de cet immuable mouvement récréatif dès 1961. Loin d'être synonyme de facilité, ces révisions attestèrent au contraire, dans leur grande majorité, de la vitalité d'un réalisateur à la recherche d'une nouvelle forme, entre abstraction et frénésie érotomane, à l'image du Portrait de Doriana Gray, relecture contemplative et hallucinée de La comtesse noire mise en scène deux années plus tôt en 1973.

Nouvelle décennie, nouvelle donne, les années 80 sonnèrent le retour de Jess Franco sur ses terres natales. Affranchie du poids de la censure, l'Espagne lui offrait désormais un espace de liberté qui l'incita à revisiter quelques uns de ses films fondateurs. En 1981, il mettait ainsi en scène l'hallucinatoire et hypnotique Macumba Sexual, relecture de son culte Vampyros Lesbos, avec Lina Romay et Ajita Wilson. L'année suivante, entre deux films érotiques et autres bisseries, le madrilène sortait de sa retraite son torturé docteur [1], accompagné cette fois-ci de son fils tout aussi tourmenté, interprété respectivement par Howard Vernon et Antonio Mayans.

Le sadique Baron Von Klaus - Jess Frank (1962)

C'est en 1961 que Jesús Franco réalise pour le compte de la société de Marius Lesoeur, Eurociné, le premier film d'horreur gothique espagnol, L'Horrible Docteur Orlof. Par son post-expressionnisme, son histoire teintée d'érotisme et librement inspirée Des yeux sans visage de Georges Franju, le long métrage (et par extension son auteur) devient une référence dans le petit monde du fantastique au début de la décennie 1960. L'année suivante, Franco sous le pseudonyme Jess Franck convie ses initié.e.s à découvrir son nouveau film d'horreur : Le sadique Baron Von Klaus. Le réalisateur y cultive le même goût pour les ambiances mystérieuses, les meurtres pervers, et de nouveau dans le rôle titre, celui qui deviendra l'un de ses plus vieux complices : Howard Vernon.

Le meurtre d'une jeune femme et la disparition d'une seconde viennent troubler la bourgade d'Holfen, paisible village d'Allemagne. L'inspecteur Borowsky (Georges Rollin) est dépêché sur les lieux afin de faire la lumière sur ces troublants événements. Assisté par son ami et journaliste Karl Steiner (Fernando Delgado), le manque d'indices après la découverte de la seconde victime ne facilite pas la tâche du policier. Or les regards des autochtones se portent sur la famille Von Klaus dont les ancêtres ont depuis le 17ème siècle la sinistre réputation d'être de sanguinaires assassins. Sans porter crédit à ces superstitions et à la rumeur d'un fantôme meurtrier, Borowsky confesse que de toute façon les deux héritiers mâles ont chacun un alibi sérieux. L'actuel baron, Max Von Klaus (Howard Vernon) était au chevet de sa sœur malade le soir du dernier meurtre, tandis que son neveu Ludwig (Hugo Blanco) étaient en voyage avec sa fiancée (Paula Martel) à 300 km. A l'auberge du village, l'adjoint de l'inspecteur lui informe que l'arme utilisée par l'assassin est un poignard damasquiné à lame incurvée qui daterait au plus tard du 18ème siècle...

Dead Heat (Flic ou zombie) - Mark Goldblatt (1988)

Les genres hybrides ont souvent fait florès dans le bis, le cinéma d'exploitation nippon nous ayant montré il y a peu sa vitalité en matière de croisement hétéroclite. Réalisé en 1988 par Mark Goldblatt [1], Dead Heat ne déroge pas à la règle et s'inscrit dans l'un des genres qui caractérise le mieux cette décennie 80 : le buddy movie policier [2], avec comme parangon L'arme fatale dont il s'inspire directement [3]. Et comme l'indique explicitement son titre français [4], le premier long métrage de Goldblatt lorgne également vers les créatures moribondes chères à George Romero, pour créer rien de moins et sans aucun doute le premier (et seul ?) policier zombiesque. Enrobez le tout avec un soupçon de comédie fantastique qui firent les grandes heures du cinéma populaire étasunien durant cette même décennie, et Flic ou zombie apparaît vite comme l'archétype du produit typiquement eighties. Pour le meilleur et surtout pour le pire, mais n'allons pas trop vite.

Les détectives Roger Mortis (Treat Williams) et Doug Bigelow (Joe Piscopo) de la police de Los Angeles sont chargés d'enquêter sur une série de vols de bijoux aussi violente qu'énigmatique. Lors de la dernière attaque, les deux voleurs, bien que touchés mortellement, semblaient aussi invincibles qu'insensibles aux balles des policiers. Au cours de l'autopsie d'un des criminels, le médecin légiste Rebecca Smythers (Clare Kirkconnell) annonce qu'elle a déjà autopsié ce corps par le passé. Seul indice, la présence en forte quantité dans le tissu cutané des cadavres de sulfathiazole. Remontant cette piste, Mortis et Bigelow se rendent au siège de la compagnie pharmaceutique, Dante Laboratoire, et sont rapidement accueillis par un service d'ordre hostile, musclé et surtout mort-vivant. Malheureusement Mortis trouve la mort au cours de cette opération. Son coéquipier avec l'aide de sa collègue Smythers découvrent l'existence, dans les locaux de la compagnie, d'une machine pouvant ramener à la vie les morts. Bigelow décide de l'utiliser pour faire revivre son partenaire. Cependant si Mortis revient d'entre les morts, la machine ne peut éviter la décomposition inévitable de sa chair. Il a désormais moins de douze heures pour découvrir qui sont les responsables de son décès.

L'assassin (L'assassino) - Elio Petri (1961)

A l'occasion ce mercredi de la ressortie dans les salles par les éditions Carlotta de L'assassin d'Elio Petri, intéressons nous au premier long-métrage d'un des maitres du cinéma politique transalpin. Film malicieusement interprété par Marcello Mastroianni (mais n'allons pas trop vite), son réalisateur a su y mêler de manière brillante atmosphère kafkaïenne et comédie de l'absurde. Car si les grinçants et contestataires Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) ou La classe ouvrière va au paradis (1971) sont par voie de fait les œuvres de Petri les plus connues, les bases de son cinéma y sont déjà posées dans ce premier film où son analyse de la société italienne garde encore une certaine fraicheur, avant de se teinter d'une profonde amertume [1] la décennie suivante, au gré des sinistres années de plomb qui ensanglantèrent sa péninsule...

Alfredo Martelli (Marcello Mastroianni), jeune antiquaire romain, est arrêté à son domicile et emmené au poste de police sans aucune explication. Dans l'attente d'être interrogé, celui-ci croit dans un premier temps être accusé d'une simple plainte dans le cadre d'une vente frauduleuse. Or une fois reçu par le commissaire Palumbo (Salvo Randone), Martelli apprend l'impensable, son ancienne maitresse et ex-associée Adalgisa De Matteis (Micheline Presle) a été retrouvée morte au matin dans sa villa. Bouleversé et désigné désormais comme le suspect numéro un, l'homme se remémore son passé récent tout en tentant vainement de se disculper ; mais le poids de sa culpabilité ne fait aucun doute aux yeux de la police...

Lone Wolf McQuade (Œil pour œil) - Steve Carver (1983)

N'en déplaise aux (anciens jeunes) mécréants ne retenant de lui que ses anciennes aventures digestivo-dominicales, ses jeans moulants et son omnipotence (toutefois maintes fois démontrée), il fut un temps où les mots Chuck et Norris faisaient frémir d'effroi les cuistres, la racaille communiste et les terroristes barbus en tout genre. Rappelons nous, Chuck Norris était le dernier rempart du monde libre "combattant la haine... par passion de la vie" [1]. Soit un temps béni et révolu évoquant, aux aficionados de l'époque, la supériorité manifeste de notre rouquin barbu préféré. Or, si la formule parait (aisément) exagérée, le cinéphile déviant, fan des productions eighties de la sacro-sainte Cannon, pourra toutefois revoir sa copie, et mettre un temps en veille ses quelques rires sardoniques, après le visionnage de cet estimable Lone Wolf McQuade (Œil pour œil)... étonnant, non ?

Ce film signé Steve Carver, à qui l'on devait déjà deux années plus tôt An Eye for an Eye (Dent pour dent) toujours avec Chuck Norris [2], est en effet loin d'être la plante potagère que laissait trivialement supposer l'affiche de cette, finalement, divertissante série B. Sorti une année avant l'exploitation golano-globussienne [3], le film apparaît comme un véritable mélange des genres où se croiseront des influences hétéroclites provenant aussi bien du western spaghetti, du policier et bien évidemment du film d'arts martiaux... ajoutez à cela une femme fatale avec romance en option, Oeil pour œil s'affirme comme un véritable fourre-tout où la présence de Chuck Norris devient finalement assez surprenante.

Cronico Ristretto: Jarmusch - Herzog - Boorman


Peut-on s'émouvoir du peu de retentissement médiatique du dernier Jarmusch ? The Limits of Control aurait-il le privilège (risible) de faire partie des films incompris et injustement boudés par la critique et le public? Après les presque deux heures de visionnage, la réponse est sans appel... le cinéaste de Down by Law vient de réaliser son plus mauvais film. Son envie de continuer à rendre hommage au cinéma de Melville, The Limits of Control narrant l'histoire d'un tueur à gage (Isaach de Bankolé) solitaire et énigmatique à travers l'Espagne, pouvait sembler sinon louable, tout du moins attiser la curiosité. Las... à moins que Jarmusch ait décidé avec ce long-métrage de lorgner vers le comique décalé voire surréaliste, or l'ennui et le ridicule sont à la croisée des chemins. Le personnage principal, quasi muet, marche dans les rues de Madrid, rode dans les musées, aime le flamenco, boit du café et rencontre des personnages incongrus faisant office de contact [1]. Ils s'échangent des boites d'allumettes, celles-ci détenant un message codé indiquant le prochain lieu de rendez-vous, en attendant de rejoindre le lieu du dit contrat. Que retenir finalement de The Limits ?
 

The Keeper – Keoni Waxman (2009)

A l'heure où des blogueurs émettent des paris quant à savoir quand un hypothétique revival musical nineties poindra son nez, il est bon pour le cinéphile déviant de se rappeler au bon souvenir d'un Casey Ryback, ou celui qui illumina de son empreinte la dite décennie par sa science du désossage d'épaule à main nue, le tout en cinq secondes, montre en main. Mais que reste t'il deux décennies après ? Steven Seagal enfile avec autant de maestria les navets direct-to-video que les kilos hyperflus depuis plus de dix ans (et s'interroger,  comment notre pugiliste au visage bouffi arrive encore à trouver des amateurs prêt à payer pour une dose d'action aussi molle du genou ?). Et la dernière production de Seagal en date, Le prix du sang (VO : Driven to Kill) ne risquait pas d'infirmer la trajectoire prise [1]. Dès lors, que pouvait-on attendre de The Keeper, nullement un sursaut d'orgueil, juste mesurer la taille et les dimensions de cette nouvelle perle potagère fraichement déterrée et cultivée avec amour par notre bon Steven.