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Cuadecuc, vampir - Pere Portabella (1971)

Producteur de cinéma à la fin des années 50 avec sa société Films 59, avec laquelle il produisit le troisième long métrage de Marco Ferreri, La petite voiture (1960), ou Viridiana de Luis Buñuel, scandaleuse Palme d'or en 1961 tournée en terres franquistes, Pere Portabella se lança dans la réalisation à la fin de la décennie suivante avec Nocturno 29 (1968). Première collaboration entre le natif de Figueras, le poète et auteur dramatique avant-gardiste Joan Brossa et le compositeur Carles Santos, son premier long métrage fut suivi par plusieurs documentaires, dont deux consacrés au peintre Joan Miró. Figure du cinéma catalan, partisan d'un cinéma contestataire, symbolisé par sa critique des conventions cinématographiques et son engagement politique, Pere Portabella présenta en 1971, lors de la Quinzaine des Réalisateurs, un documentaire unique, aboutissement de ses premières expérimentations formelles, nommé Cuadecuc, Vampir. Réalisé sur le tournage Des Nuits de Dracula du madrilène Jesús Franco, ce film hybride oscillant entre le making of expérimental et la fiction post-expressionniste s'inscrit, on l'aura compris, comme un indispensable objet filmique non identifié à découvrir, et édité depuis en Blu-ray par Second Run et par Severin Films [1]

Jesús Franco (1930-2013)

Il est des nouvelles qui touchent plus que d'autres, celle de la mort du réalisateur espagnol Jesús Franco en fait partie. Un an après le décès de sa muse, celui qui était plus connu sous le pseudonyme Jess Franco a donc rejoint Lina Romay ce 2 avril. A défaut d'écrire une sempiternelle biographie, le Rocky Horror Critic Show lui rendant un hommage perpétuel depuis la chronique de Doriana Gray, le préposé docteur vous propose plutôt un petit diaporama des différents rôles ou apparitions du génial cinéaste madrilène au cours de sa faramineuse filmographie (presque 200 films).
  

Crimes dans l'extase (Sie tötete in Ekstase) - Jess Franco (1970)

Dans la mesure où ces derniers temps, ce lieu de divagations culturelles tend à devenir le point de rencontres virtuelles des amateurs de la regrettée Susann Korda, plus connue sous son vrai patronyme Soledad Miranda, feuilletons de nouveau le livre de l'année 1970 avec Crimes dans l'extase, tourné dans le sillage de notre précédente chronique francienne, The Devil Came from Akasava

Le docteur Johnson (Fred Williams) est un jeune médecin attendant le verdict de ses pairs. Ceux-ci doivent lui accorder ou non la permission de poursuivre ses recherches et expériences sur les embryons humains. Mais l'ordre des médecins sous la voix du professeur Walker (Howard Vernon), le Dr Huston (Paul Muller), le Dr Crawford (Ewa Strömberg) et le Dr Donen (Jesus Franco) réfutent son travail, le considérant au mieux comme un charlatan, au pire comme un criminel blasphématoire en infraction avec le serment d'Hippocrate. Interdit à présent de pratiquer la médecine, humilié et banni, Johnson n'accepte pas ces récriminations et ces accusations. Hanté par les insultes lancés par ses anciens confrères, le jeune homme sombre rapidement dans la démence sous les yeux impuissants de son épouse (Soledad Miranda), au point de ne trouver qu'une seule alternative à son supplice : le suicide. Désormais, la jeune veuve n'aura qu'un seul but, se venger et faire payer le prix létal aux quatre médecins responsables selon elle de la mort son bien-aimé mari.

Der Teufel kam aus Akasava - Jess Franco (1970)

Pour continuer ce cycle consacré au réalisateur Jesús Franco, intéressons nous cette fois-ci à un film sinon inconnu de la majorité des bisseux, tout du moins en marge des thématiques habituellement franciennes qui feront date parmi les amateurs de cinéma bis : The Devil Came from Akasava. Ce long-métrage, sorti la même année que le culte Vampyros Lesbos, avec également l'inoubliable Soledad Miranda, s'éloigne de l'érotisme et de l'épouvante qui firent la renommée du cinéaste madrilène à l'orée des seventies pour proposer une autre facette du talent multi-disciplinaire de son auteur : le film d'espionnage décalé, mais n'allons pas trop vite... 

L'assistant du professeur Forrester trouve dans une caverne isolée une pierre radioactive, pierre extrêmement convoitée [1si on en croit les tirs de carabine qui accueillent celui-ci à la sortie de la grotte. De retour chez le professeur, gravement blessé, Forrester s'empresse de demander secours au docteur Thorrsen (Horst Tappert), la vie de son assistant ne tenant plus qu'à un fil. Mais en attendant l'arrivée du (bon?) docteur, l'archéologue découvre le cadavre irradié de son suppléant, et la disparition de la pierre... avant que ce dernier ne s'évanouisse également dans la nature. Or au même moment, à 9000 km de là, son bureau à Londres devient le théâtre d'un meurtre. Quelque temps plus tard, le dénommé Rex Forrester (Fred Williams), neveu du professeur, débarque à Akasava pour enquêter sur la mystérieuse disparition de son oncle, suivi de près par Jane Morgan (Soledad Miranda) et Tino Celli (Jesús Franco), tous deux agents secrets...
  

Les nuits de Dracula (Nachts, wenn Dracula erwacht) - Jess Franco (1969)

Dans les souvenirs du préposé, la seule et unique adaptation du roman de Bram Stocker n'était autre que la superproduction réalisée par Francis Ford Coppola, enfin tel que l'on nous l'avait affirmé lors de sa sortie en 1992 [1]. Or si cette dernière s'avère sans conteste la plus fidèle, parmi les innombrables (re)lectures du mythe vampirique, et ceci malgré les libertés prises sur le texte originel, à savoir une esthétique empreinte d'érotisme et un personnage principal désormais perçu comme un monstre amoureux (ce qu'avait déjà esquissé le Dracula de John Badham en 1979) ; vingt ans auparavant, Jesús Franco avait lui aussi filmé sa version du roman de Stocker : Les nuit de Dracula. Une adaptation méconnue et pourtant aussi l'une des plus fidèles, avec le duo Christopher Lee / Klaus Kinski ; si ce n'est la plus fidèle depuis le Nosferatu de Murnau et bien avant celle de Coppola.

Comme annoncé en introduction, le scénario reprend la trame originale du roman, celle de Jonathan Harker (Fred Williams) traversant la Roumanie pour y rencontrer un client, le vieux comte valaque Dracula (Christopher Lee), et venu lui faire signer les actes de propriété de sa nouvelle demeure en Angleterre. Mais le vieil aristocrate, tout comme pouvait le laisser supposer les avertissements des autochtones apeurés en découvrant la destination du jeune homme, s'avère être un vampire. Abandonnant Harker à son triste sort, Dracula quitte sa terre natale pour la Hongrie [2] et y recouvrer une nouvelle jeunesse...