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Funky front covers - Part X

Jouez hautbois, résonnez musettes ! Elles sont de retour, chantons tous l'avènement de la dixième saison des Funky front covers ©, ou une fois encore, le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts des années 70 et 80.

Commençons en douceur, et offrons à notre lectorat féminin en guise d'apéritif quelques conseils avisés en matière de mode capillaire eighties :

  

Cronico Ristretto : Hold/Still - Suuns (2016)

Écrivons-le sans ambages et autres circonlocutions, le troisième album des montréalais Sunns [1], Hold/Still, qui sort ce 15 avril, s'inscrit dès à présent comme un des albums de l'année 2016. C'est dit. Et c'est un peu court. Alors développons.

Formé il y a presque une décennie, en 2007, par la paire originelle, les guitaristes Ben Shemie et Joe Yarmush, avant de s'adjoindre les services d'un batteur Liam O'Neill et d'un bassiste/claviériste Max Henry, Suuns revient aux affaires courantes en 2016, après leur précédente collaboration avec Radwan Ghazi Moumneh alias Jerusalem in My Heart l'année dernière. Et quelles affaires. Sombre. Froid. Dissonant. Mécanique. Présenté avant sa sortie comme le croisement réussi entre le minimalisme pervers des pionniers Throbbing Gristle et la radicalité pop du Kid A de Radiohead, Hold/Still avait de quoi sur le papier attirer l'attention du préposé docteur. Mais n'allons pas trop vite.
  

Cronico Ristretto : ATGCLVLSSCAP - Ulver (2016)

Douzième album d'Ulver, ATGCLVLSSCAP [1], sorti le 22 janvier dernier sur le label britannique House of Mythology, imprime une fois encore la direction prise par la formation norvégienne depuis 1998 et un certain Themes For William Blake – The Marriage Of Heaven And Hell, disque de Pandore qui avait vu cette ancienne formation de black metal (et leur brutal Aatte hymne til ulven i manden qui clôtura magistralement leur trilogie black une année plus tôt) s'émanciper et quitter son style originel pour naviguer désormais dans des eaux plus électroniques et expérimentales. Après leur précédente collaboration avec Sunn O))) ou leur messe avec l'orchestre de Tromsø, Ulver livre ici sans doute son album le plus ambitieux depuis Perdition City (2001). Sombre. Psychédélique. Progressif. Atmosphérique. Minimaliste. Hypnotique. Ambient. Labyrinthique. Les qualificatifs ne manquent pas tant ce disque de 80 minutes, principalement instrumental, multiplie les facettes, confirmant au besoin la place unique qu'à Ulver dans le paysage musical depuis deux décennies.

Fruit d'improvisations et de relectures captées lors d'une tournée européenne d'une douzaine de dates en février 2014, ATGCLVLSSCAP visait dès son origine à intégrer autant les expérimentations et improvisations que l'énergie et la spontanéité du live. Monté dans un premier temps chez Daniel O' Sullivan, membre d'Ulver depuis l'album Wars of the Roses (2011), le bassiste anglais fut en charge de « sculpter » ses heures d'enregistrements, avant que le reste du groupe, le batteur Anders Møller, le chanteur et leader Kristoffer Rygg et le claviériste Tore Ylwizaker (responsable de la mue électro de 1998) ne soit impliqué plus tard en studio à Oslo.

Live report : Renegades of Rhythm : DJ Shadow & Cut Chemist play Afrika Bambaataa au Trianon - 22 février 2015

Partenaires de longue date, souvenons-nous au hasard de Product Placement, témoignage sonore d'une prestation scénique commune au début du millénaire, Josh Davis et Lucas MacFadden, alias DJ Shadow et Cut Chemist, se sont de nouveau associés cette année pour rendre hommage à l'un de leurs pères spirituels et fondateur de la Zulu Nation : Afrika Bambaataa. Figure incontournable des jeunes années du hip-hop, Bambaataa fut à l'instar de son comparse Grandmaster Flash l'un des pionniers du mouvement en tant que DJ, les deux hommes ayant connu la même année en 1982 la consécration publique, le premier avec le hit interplanétaire Planet Rock et son phénoménal sample de Kraftwerk, le second avec l'hymne historique The Message.

Toutefois comme le démontrèrent ce dimanche 22 février DJ Shadow et Cut Chemist, l'influence musicale d'Afrika Bambaataa dépasse largement ce succès populaire. Au contraire. Derrière les platines depuis les années 70, les block parties organisées par le DJ servirent de fondation au mouvement naissant avant de prêcher la bonne parole en dehors de son Bronx natal.

Third - Portishead (2008)

Onze années séparaient la sortie de leur éponyme deuxième album et Third. Premier constat, le trio Beth Gibbons / Geoff Barrow / Adrian Utley aura pris son temps [1]. Une décennie synonyme de pause ou de mis en suspens qui pouvait laisser planer le doute sur les intentions de Portishead, eut égard aux différents précédents qu'offrit la musique populaire ces quarante dernières années [2].

Or à l'instar de la pochette, le titre de l'album souligne un minimalisme bienvenu, et une sobriété finalement en accord avec la ligne de conduite à laquelle s'est toujours tenue la formation de Bristol. Enfin remarque annexe en guise de préambule, le titre Third fait irrémédiablement penser à un autre album, celui de Soft Machine. Et à défaut d'y voir une coïncidence, force est de constater dès à présent que ces deux disques s'ils n'ont que peu de points communs formels, se rejoignent sur le fond : l'intégrité des protagonistes et la remarquable qualité du dit album. Mais n'allons pas trop vite.

Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Cronico Ristretto : Depeche Mode - Tomahawk (2013)

   
Après un très décevant et fade Sounds of the Universe, deux choix possibles s'ouvraient au préposé docteur en apprenant la sortie prochaine du nouvel album de Depeche Mode : d'une part une indifférence teintée de résignation, d'autre part une curiosité (malsaine ?) héritée d'une déviance qu'il n'est plus besoin de justifier. Intitulé Delta Machine, ce disque a déjà une première particularité, celle d'être le premier album signé chez Columbia/Sony, DM ayant quitté après plus de trente ans de loyauté le label Mute [1]. Deuxième caractéristique, l'initié notera, après deux décennies d'absence, le retour de Flood (cantonné) au mixage. Enfin, dernière singularité (plus mesquine), cet album confirmera t-il l’existence d'une jurisprudence Exciter [2] ? Trois raisons légitimant finalement une écoute du DM de DM, non ?

Cronico Ristretto: Senior - Röyksopp (2010)

Après le foncièrement pop et printanier Junior (2009), le duo norvégien Röyksopp remet rapidement le couvert cette année avec son jumeau instrumental Senior, ou la face sombre du disque précédent ? N'allons pas trop vite...

Car autant Junior débordait de légèretés faisant la part belle au meilleur (?!) des musiques électroniques des vingt et trente dernières années, autant le dernier disque de la paire Berge & Brundtland, pourrait prétendre, à l'image de son titre, à être son versant sage,  croulant, voire soporifique ; enfin c'est ce pourrait prétendre l'adepte d'un "jeunisme" eighties.

A l'inverse, Junior pourrait se résumer par ses rythmes bondissants échevelés digne d'un Giorgio Moroder 2.0, son lot de chanteuses scandinaves ersatz d'Alison Goldfrapp [1], en somme un album de son (triste) temps synthétisant idéalement les errements de l'électropop putassier des 00's dont Senior se devait d'être dès lors le versant opposé. Match nul, balle au centre. Voici l'heure de faire les comptes.

Gotan Project - Tango 3.0 (2010)

Prétendre que la formation argentino-franco-suisse Gotan Project ne laisse pas indifférent semble un peu présomptueux. Certes, le jeune cadre dynamique pourra toujours mettre en avant la post-modernité de la démarche du trio, au grand dam des traditionalistes, admirateurs fervent du grand Astor Piazzolla. De même, le succès non démenti des disques du Gotan Project peut servir aussi à juste titre d'argumentation aux habitués des ambiances lounge dont la rhétorique creuse n'auraient d'égal que leur manque de personnalité, et pourtant... Force est d'admettre après l'exposition médiatique et les ventes qui suivirent leur premier album, l'efficace La Revancha del Tango, la nouvelle coqueluche des parvenus asexués aurait très bien pu disparaître et finir aux oubliettes de la branchitude telle l'étoile filante St Germain, ou au mieux rester un témoignage sonore de cette décennie (qui poussa le recyclage sonore dans ces derniers retranchements) à travers ses quelques apparitions dans diverses séries télé ou publicités. Mais Lunático, leur deuxième essai, après cinq années d'absence, tendait sinon à contredire la défiance des cyniques et autres désabusés, avait au moins le mérite d'offrir une alternative crédible au succès légitime de l'album précédent, un disque riche, mélancolique, plus acoustique, la danse cédant sa place à la contemplation, à l'image de leur relecture décharnée du thème de Paris, Texas de Ry Cooder. Quatre ans, quasiment jour pour jour, sort le nouvel album du Gotan Project, Tango 3.0, soit une troisième version de leur musique électro mâtinée de tango. Aux auditeurs de considérer si'l sagit d'une mise à jour pertinente avec nombre de plugins originaux ou juste une resucée boiteuse du passé.

subHuman - Recoil (2007)

Comme le faisait remarquer judicieusement un médecin de garde helvétique de la blogosphère, je cite: "le hip hop est issu du blues et de la soul, et pourtant rares auront été les tentatives de mêler ces genres musicaux". Et un constat sinon amer, en tout cas regrettable, qui s'applique finalement pour d'autres courants musicaux. "S'éloigner de ses racines, c'est un peu comme tuer son père" me confiait un verre de Muscadet à la main et le coude vissé au comptoir, un des nombreux piliers de bar que compte la même blogosphère d'obédience éthylo-rock'n'rollesque. "En musique, c'est presque vital de toute façon, [...], et encore, j'te cause pas des paternels qui te foutent la honte, mais seulement des jeunes qui veulent se démarquer de leurs glorieux ancêtres" lança t-il d'un geste de la main majestueux en guise de conclusion. Sur l'avant-dernier point, notre musicophile, certes bourru mais néanmoins généreux [1], avait loin d'avoir tort. C'est sans doute même l'un des points essentiels concernant l'un des sous-genres du rock de la première moitié des 70's à savoir le rock progressif. Si on doit au moins remercier ces monuments de finesse que sont Emerson, Lake & Palmer ou Yes, c'est bien d'avoir, non pas engendrés des générations de mélomanes eugénistes jouant les victimes au gré des sarcasmes de la plèbe rock, mais celui, d'avoir été l'une des causes de la réaction do it yourself par la génération punk et tous ses turbulents avatars. Bref, mettons de côté ces digressions futiles, et revenons à la première citation. A la question existe t-il des tentatives afin de faire marier cette fois-ci deux styles opposés, sans filiation aucune, à savoir le le blues et l'électro, subHuman de Recoil se pose en parfait exemple.
     

Depeche Mode ou les mikados multicolores

Il faut admettre qu'en général je ne suis pas du genre à attendre grand chose des nouveaux disques sortis par les groupes qui viennent de fêter leurs 30 ans d'existence (1). Le nouveau Cure, le nouveau U2? Un peu de sérieux. A moins d'avoir oublié tout sens du raisonnable, défendre mordicus des groupes qui ont perdu lentement (mais surement) toute crédibilité au cours de ces 15-20 dernières années (2) relève de la pathologie, tout du moins du sacerdoce voire du sacrifice, à vous faire passer pour la nouvelle Sainte Rita. Concernant Depeche Mode, je dois avouer que depuis la douche froide Exciter (3), je suis loin de jouer les midinettes en attendant le cœur serré les nouveaux râles de Dave Gahan. Dès lors, même si Playing the Angel m'avait réconcilié avec l'ancien groupe de garçons coiffeurs, contrairement à certains admirateurs encore nombreux, j'étais loin de piaffer en attendant la sortie de leur nouvelle offrande au titre faussement arrogant, Sounds of the Universe.

Comme je l'annonçais dans mon introduction et contrairement à ce qu'on serait tenté de penser dans mon entourage, la question de savoir si Depeche était encore capable de sortir un album valable me parait suffisamment louable, qui plus est après trois décennies dans les pattes. Leur avant-dernier album ayant été une bonne surprise, un album qui rassura en grande partie les fans, les qualités de songwriter de Martin Gore étant de retour (4). Néanmoins, ma nature méfiante restait tout de même sur ses gardes concernant le nouveau Sounds of the Universe. Gore pourrait-il maintenir le cap?

Nu Bop - Matthew Shipp (2002)

Longtemps réduit à la scène norvégienne avec comme figures de proue : Nils Petter Molvær, Bugge Wesseltoft, Eivind Aarset ou Audun Kleive,  le croisement jazz et musiques électroniques a toutefois trouvé d'autres émules au début du millénaire, à l'image du pianiste étasunien Matthew Shipp et son album Nu Bop. Annoncé comme le nouveau Cecil Taylor, du fait de son jeu dense au piano et percussif à ses débuts, le jazzman eut droit à une autre filiation à la sortie de ce Nu Bop en 2002 : Herbie Hancock.

Matthew Shipp décrit Nu Bop par ces mots: “Je sais qu’il existe un nouveau monde à explorer entre le free-jazz et les rythmes programmés qui semblaient deux choses impossibles à associer. Mais il s’agit du même contexte urbain“. Finalement comme ses aînés, Shipp s'inspire des musiques actuelles pour broder autour, tel Miles Davis en son temps. Cela dit, pour en revenir à Mr Hands, Nu Bop par certains aspects rappelle plus l'album expérimental d'Hancock Sextant que son hymne au jazz funk de 1973... car, expérimental, Nu Bop l'est assurément. Et Shipp s'en donne aussi les moyens. Entouré par des musiciens free-jazz ayant souvent joués ensemble, et indissociables de la scène new-yorkaise tels que William Parker à la contrebasse (compagnon de route de Cecil Taylor (finalement on y revient...) mais aussi de Shipp sur des précédents albums) et le souffleur (flûte & saxophone) Daniel Carter. A cela s'ajoute le batteur Guillermo E. Brown et un certain Flam aux synthétiseurs et à la programmation (qu'on retrouvera plus tard comme ingénieur du son pour DJ Spooky).

Tricky: Paranoia is the key

Dernier post avant une nouvelle expatriation. Et quoi de mieux que du Tricky pour sonder mon humeur du moment.

Après des débuts prometteur chez Massive Attack, Tricky Kid sort en 1995 son fameux Maxinquaye, disque phare de ce qu'on appellera trip-hop. Ce premier album en dépit d'être une des meilleurs créations de son auteur n'était finalement que le premier chapitre des peurs de Tricky. On ira jusqu'à dire que Maxinquaye est le disque le plus lumineux (enfin le moins sombre) de Tricky première période (le Tricky junkie en somme). Ses albums à venir étant en effet de plus en plus épais, rampants, malsains, sombres avec en point d'orgue l'étouffant Angels With Dirty Faces (si je vous dis que ce dernier est mon préféré, ça vous étonne?).

Ainsi un an après Maxinquaye, sort déjà son troisième LP Pre-Millennium Tension, album gentiment paranoïaque s'il en est, mais pas seulement. L'album fut enregistré en partie en Jamaïque au Grove Studios, du coup forcément, ce périple va influencer son écriture tant au niveau des paroles que musicalement. On ne sort pas en effet impunément "Here comes the Nazarene, look good in that magazine, Haile Selassie, they look after I" (Tricky Kid). De même comme son nom peut l'indiquer Ghetto Youth n'est autre qu'un ragga (à la sauce Tricky!). Et puis les habitués du petit bonhomme, en dépit d'écrire des albums de moins en moins accessibles, pourront toujours avoir quelques repères telle que la participation de la chanteuse Martina Topley-Bird comme sur le chatoyant Makes Me Wanna Die. Et puis les amateurs d'ambiance torturée devrait aussi trouver leur quota quotidien de noirceur, Vent, chanson ouvrant le LP étant un agréable hors d'oeuvre.

Au final un bon album de transition avant le cauchemardesque Angels With Dirty Faces.


Tricky - Christiansands

1987: bilan d'une année musicale

Non parce que bon, qui dit fin d'année, dit bilan toussa... Du coup tout le petit monde fermé des blogueurs va nous pondre (enfin je dis ça, tous les vendeurs de papier vont faire de même) son best of de l'année 2007. Refusant de faire comme tout le monde, histoire de faire mon intéressant et ayant une réputation de c****** à tenir (encore que ces derniers temps, ça serait plutôt une réputation de psychopathe), voici donc non pas un bilan forcément subjectif de l'année musicale passée, mais plutôt un petit coup de rétroviseur sur l'année 1987 (tout aussi subjectif en passant puisque je ne retiens que ce que je veux! sinon allez sur wikipedia et me bavez pas sur les rouleaux).

Déjà comme on peut le laisser supposer, nous situant dans les 80's, aucun album des anciennes gloires des 70's n'a réussi à créer quelque chose qui marquera les esprits. Dans les demi-surprises, Carlos Santana sortira un Blues for Salvador honorable hormis cette satanée production made in 80's... Pour le reste, Bowie nous gratifie de Never Let Me Down, Neil Young de Life et le Pink Floyd de David Gilmour d'A Momentary Lapse of Reason... Bref merci pour ce tiercé gagnant, mais ça sent le sapin.

Pour continuer dans le mauvais esprit, j'ai voulu regarder parmi les grands succès de cette année (ouais là je fais mon snob...), bah là aussi c'est du bon, on retiendra Los Lobos et leur La Bamba et Rick Astley et son fumeux Never Gonna Give You Up (à froid je ne me rappelais pas de ce truc... après un passage éclair via deezer, j'ai compris ma douleur... Je connais ce machin qui attaque méchamment les neurones!!). Sinon il parait que U2 aurait cassé la baraque avec un With or Without You issu d'un certain The Joshua Tree, mais moi ça me dit rien (mauvais esprit mais aussi de mauvaise foi...).

1987 rime surtout avec l'apparition de deux classiques du rap (les vieux comme moi n'oublieront pas d'ajouter la mention "old school"...), à savoir le Paid in Full d'Eric B & Rakim (ce dernier ayant un flow d'une "coolitude" exceptionnelle) et le premier méfait de Public Enemy Yo! Bum Rush the Show. Au rayon musique groovy, difficile aussi de faire l'impasse sur le Sign 'O' the Times du nain pourpre, qui même si personnellement la production datée fait partie des points faibles du disque de Prince, reste parmi les plus belles réussite de la pop des 80's. Au rayon funk à vocation plus punchy et histoire de rajouter une couche sur l'autel de la snob attitude, on écrasera une larme sur le dernier album enregistré par Hillel Slovak (et accessoirement le dernier album des Red Hot Chili Peppers qui m'intéresse, quel snob je fais).

En parlant de musique punchy, ceci me permet de faire le lien sur ce qui fut une bonne année en matière de musique pop/rock à forte valeur ajoutée en saturation et assimilés. 1987 voit ainsi l'émergence des Pixies avec leur premier LP Surfer Rosa mais aussi les confirmations avec les seconds albums des Jesus & Mary Chain, Darklands, ou celui des Hüsker Dü, Warehouse: Songs and Stories. Du côté de NYC, la bande à Thurston Moore n'est pas en reste puisque Sister, second volet d'une trilogie entamée l'année suivante par Evol, est l'un des meilleurs albums enregistrés par Sonic Youth. De même, Jello Biafra and co offre, en 1987 en guise de conclusion à une des meilleures formations punk US qui soient, les Dead Kennedys, une excellente compilation gavée d'inédits, Give Me Convenience or Give Me Death. Et puis après la causticité des textes de Jello, ne pas oublier aussi les fous en provenance du Texas, les classieux Butthole Surfers et leur Locust Abortion Technician, un album qui mixe allégrement le punk, le rock psychédélique, des rythmes déconstruits et quelques riffs métalliques (si à la lecture de ceci vous vous dites que ça annonce Mr Bungle, vous n'avez pas tord!).

Le niveau de virulence ayant monté d'un cran, intéressons nous à ce qu'il convient d'appeler la musique des jeunes qui voudraient se faire passer pour des méchants... Finalement, on serait tenté de dire que 1987 fut une petite année comparée à 1986. Faut dire que lorsque la même année, on nous gratifie d'un Master of Puppets et d'un Reign in Blood, difficile s'il en est de faire aussi bien. Néanmoins, il reste encore quelques petites rognures à grignoter, et non des moindres pour l'amateur de musique extrême! A commencer déjà par la première véritable pierre angulaire du death metal, le premier album de Death, Scream Bloody Gore, et aussi le premier monument du grindcore par les jeunots de Napalm Death, Scum. On soulignera aussi l'album des suisses Celtic Frost, Into the Pandemonium, avec la fameuse pochette issu d'un tableau de Jérome Bosch. Album qui à défaut d'avoir franchement bien vieilli, montre que l'on peut être l'un des pères du black metal et s'intéresser au gothique ou à l'électro.

La transition est donc toute choisi pour cette partie, vous l'aurez deviné! 1987 présente ainsi le premier chef d'œuvre du duo Gerrard/Perry à savoir Dead Can Dance et leur fabuleux Within the Realm of a Dying Sun, une œuvre intemporelle. Du côté de chez les allemands aussi les musiques nouvelles ont le vent en poupe puisque les papes de la musique industrielle, Einsturzende Neubauten, nous gratifie d'un Fünf Auf Der Oben Offenen Richterskala mémorable, plus implicite, plus froid et mélodique. En guise de mélodie et d'électro/pop, 1987 voit l'ascension de plus en plus irrésistible de Depeche Mode avec Music for the Masses qui depuis leur sombre album précédent et l'apport visuel de Corbijn efface définitivement les errements des jeunes années.

Pour finir et sans transition aucune, en cette année apparait un hommage sincère à Lady Day par l'une de ses plus grandes admiratrices, Abbey Lincoln, avec son Abbey sings Billie. Au rayon jazz mainstream, Pat Metheny signe un Still Life (Talking) certes grand public mais bluffant, ce dernier ayant assimilé magnifiquement l'apport de la musique brésilienne.



Zeit: ça plane pour moi...

Avant de revenir la semaine prochaine avec quelque chose de sans doute plus péchu, on va débuter le week-end par ma première rencontre avec le groupe d'Edgar Froese, Tangerine Dream, à savoir l'album Zeit.
On a plus ou moins à juste titre conspuée la musique de ce trio germanique... l'archétype de la space music, les instigateurs de la musique new age, pourtant à l'époque où Peter Baumann faisait encore parti du combo et que Froese ne se prenait pas pour Roger Waters (la deadline étant la sortie de Stratosfear en 1976 pour les curieux), leurs albums m'ont toujours touchés... Par contre pour les 80's, on pourra passer son chemin personnellement...
Ainsi en 1972 sort leur troisième album avec désormais un line-up stabilisé en la présence d'Edgar Froese, Peter Baumaunn et Chris Franke. Au passage pour l'anecdote, le premier album, Electronic Meditation, des Tangerine Dream ne s'inscrit pas dans une approche planante, au contraire, on se rapproche des expérimentations rock de leurs compatriotes issus de la scène dite krautrock. Alors on pourrait résumer facilement cet album, Zeit, par la place occupée des chansons sur chaque face de ce double LP... c'est à dire un titre par face, soit au final: 4 titres pour 74 minutes de musique... Ça annonce déjà la couleur ^^'. Mais c'est pas non plus une nouveauté puisque deux années plus tôt, je vous rappelle que Soft Machine sortait son chef d'oeuvre Third...
L'album est intéressant à plusieurs titres, premièrement sous des structures relativement classique, le trio (accompagné par Florian Fricke, Steve Schroyder et un quartet de violoncelles) se plonge sans retenu dans l'expérimentation sonore. C'est vrai qu'à cette époque, au regard des instruments utilisés, le bidouillage était de mise... Ainsi les musiciens décident de multiplier les touches sonores, de privilégier les ambiances (l'utilisation par Froese de la guitare électrique sur Nebulous Dawn) et ainsi se rapprocher le plus possible d'une certaine abstraction.
En parlant d'ambiance plus haut, je constate aussi qu'il s'agit de leur album avec Rubycon le plus opaque, sombre qu'il soit... Bien sûr la bande n'a jamais joué dans la même catégorie qu'un Jean-Jacques Perrey, par exemple à l'écoute de Phaedra, l'envie de tourner les serviettes ne devrait pas traverser les esprits... mais Zeit se démarque du lot tout de même. La chanson qui ouvre ce LP, Birth of the Liquid Plejades, est un modèle du genre, les cordes apportent un côté perturbant voire malsain des plus savoureux tout comme les textures aquatiques (ou battements, ça reste à déterminer :p) et autres ambiances fantomatiques sur Origin of Supernatural Probabilities. Cela dit dans ces cas là, encore faut il être réceptif à cet art contemplatif et ne pas conseiller l'écoute de cette oeuvre à quelqu'un qui décide de prendre le volant ^^'.
En conclusion pour ce week-end, je vous propose en écoute le morceau éponyme de l'album, Zeit, 17 minutes d'ambiance sépulcrale et promis la semaine prochaine on fera péter les BPM.

Rooty: To my green fairy

En attendant les joies d'admirer une mer grise-bleue demain, petite ode à toutes les cinglées, celles qui ont un grain, dont une en particulier...

Deux ans après un Remedy détonnant dans la planète house, le duo Ratcliffe & Buxton nous sort enfin une suite, Rooty, en 2001. Même si le précédent avait vocation à plaire aux clubbers, ce second LP est encore plus destiné à faire la fête... ce qui explique peut-être pourquoi j'ai eu plus de difficulté à rentrer dedans contrairement à Kish Kash au début. Mais bon, toussa n'enlève rien aux qualités de la dite galette, bien au contraire, car comme toujours chez cette paire de DJs producteurs, on a droit à un album diversifié.
Ainsi musicalement, Ratcliffe & Buxton nous gratifient toujours autant de musique profondément sexy tels que SFM, le bien nommé Jus 1 Kiss ou l'obsédant et moite Get me off. Comme sur Remedy, on a droit à quelques interludes toujours aussi bien senties en guise d'avant propos comme Kissalude et Freakalude en intro de l'acid house Crazy girl. Le duo n'oublie pas non plus de sampler quelques musiciens plus ou moins obscures pour la jeune génération, tel que Kenny Baron sur Do your thing ou les Tijuana Brass (si vous voulez briller dans les dîners mondains, sachez que le leader de cette formation, Herb Alpert, n'est autre que l'un des fondateurs du label A&M, vous savez maintenant d'où vient le "A" ;)) sur Broken Dreams. Finalement, comme sur le précédent LP, Basement Jaxx clot le disque sur une chanson calme, histoire de refaire tomber un peu la vapeur, avec le minimaliste et excellent All I Know.

On notera aussi le grand soin apporté par le duo à leurs clips, tel que le groovy Romeo et sa parodie des productions made in Bollywood ou celui d'un de leurs plus gros tubes Where's Your Head At? et ses petites expérimentations sur nos amis les primates...
En ce mardi, en guise de dédicace pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète, le clip de l'énorme Where's Your Head At? basé sur un sample de Gary Numan.


Nils Petter Molvær: un bistouri, des bivalves et Miami...

Décidément les séries US inspirent mes posts... ou c'est l'inverse, n'ayant plus d'inspiration je me raccroche à mon quotidien de raté.

Alors après mettre penché sur le cas, "je résous des affaires vieilles de plus de cinquante ans, rah la vache on est trop fort à Philadelphie", changeons de registre voulez vous... Maintenant, à nous le soleil, les bimbos, le luxe, Sony Crockett (zut c'est pas la bonne série ^^'), non je voulais dire le duo improbable, l'étalon Christian Troy et le boy-scout Sean McNamara... bref la série Nip/Tuck... En effet, lors de l'épisode de la semaine dernière, v'la t'y pas que j'entends la musique d'un trompettiste norvégien... Déjà, la saison 4 vaut son pesant de cacahuètes, il nous manque plus qu'une touche de fantastique et on pourrait bien se retrouver à Sunset Beach avec ma copine, la méchante Annie...

Bref, lors du dit épisode, j'eus le plaisir d'entendre deux morceaux de Nils Petter Molvær issus de son premier album en tant que leader pour ECM, l'excellent Khmer de 1997. Alors pourquoi cet intérêt pour ce musicien de jazz scandinave?

Comme d'autres musiciens compatriotes tels que Audun Kleive, Eivind Aarset ou Bugge Wesseltoft, Nils Petter jette un pont entre le jazz et la musique électronique. J'eusse pu utiliser le terme qui fut en vogue il y a quelques années d'electro-jazz... mais en fait non. En effet, à cette définition, qui n'est finalement pas plus putassière que jazz-rock par exemple, il faut différencier le jazzman qui utilise des effets électroniques tout en restant dans un approche jazz, et le musicien issu de la scène électro, un DJ en somme, qui va sampler ou même faire appel à quelques jazzmen pour mener à bien son entreprise... Que Blue Note signe finalement St Germain, y'a pas de honte en soi, enfin y'en a plus, ils ont bien signé Norah Jones, donc de toute façon..., puis ils risquent plus de retrouver leur aura légendaire qu'ils avaient dans les années 50-60, de ce fait autant mettre du beurre dans les épinards... Et ils nous avaient déjà fait le coup dans les 90's avec US3 donc...

Enfin tout ce gloubi-boulga pseudo-élististe, pour appeler un chat, un chat... donc Nils ne joue pas dans la catégorie, jazz-house, mais fait bien du jazz, certes pas très académique, mais qui s'en soucie?

Parmi les trompettistes de jazz, difficile de faire l'impasse sur l'influence d'un Miles, et c'est ce qu'on très bien compris Molvær ou Truffaz. Attention, je ne parle point de la manière de jouer, même si forcément il y a des similitudes, non comme le prince of darkness, ces deux jazzmen savent humer l'ère du temps, non par opportunisme mais juste pour ne pas s'engluer dans la routine, pour aller de l'avant! Ainsi, à la différence d'un Truffaz qui va incorporé des rythmes drum & bass dans sa musique (mais qui seront joués en live par le batteur Marc Erbetta, aucune boîte à rythme je précise), Molvær n'hésite pas à utiliser l'art du sample dans sa musique et y incorporer ainsi des éléments issus de l'ambient, de la house mais aussi du hip-hop (en live on verra ainsi un DJ lors de ses prestations scéniques). Et c'est vrai que l'apparition de Khmer sur ECM fut tout de même une surprise, agréable voire même surprenante, autant pour l'artiste que pour le label en passant, prouvant ainsi qu'ECM n'était pas que le label où jouait Keith Jarrett...
Pour continuer de jouer avec le sable, voici donc en ce mercredi l'un des extraits qui est passé dans Nip/Tuck, Access - Song of the Sand I, où le travail du guitariste Eivind Aarset n'est pas sans rappeler au bon souvenir d'un Robert Fripp à l'époque où ce dernier s'acoquinait avec un certain Brian Eno...

Avant Hard: Alison avant Felt Mountain

J'avais promis de l'électro, certes, mais je n'avais point défini de quel genre, à savoir du roots de chez roots, de l'analogique!

Certaines personnes, moi le premier, sont assez irritées de constater le succès de certaines personnes qui pompent allègrement leurs aînés en misant sur l'inculture de leurs jeunes auditeurs. Ca fait pédant de dire ça? vieux con diront certains? C'est vrai, ceci dit s'inspirer de ses anciennes influences pour créer quelque chose de neuf est plus que louable, alors que si c'est pour nous servir du copier-coller, perso, j'ai du mal à avaler...

Et justement, aujourd'hui, le groupe ADD N' TO (X) va à l'encontre de cette idée (réactionnaire?). Comme je l'écrivais en préambule, ces derniers officient dans un genre qui rappelle les débuts de l'électro, à l'époque où d'ailleurs ce dernier n'avait encore point de nom, mais si l'époque du tout analogique, Robert Moog & co!

L'originalité de ADD N' TO (X) est justement de reprendre les bons vieux bidouillages de papa et donc les instruments de l'époque et d'accommoder le tout avec une vision musicale actuelle (entre le trip-hop et la dénomination fourre-tout post-rock). Le trio formé en 1994 par Barry Smith, Ann Shenton et Steven Claydon s'inspirent ainsi des expériences du rock libertaire allemand de la grande époque (Faust, Can, Neu! voire même Kraftwerk, de toute façon, difficile de faire l'impasse sur les géniteurs d'Autobahn) mais aussi bien des maîtres de la musique contemporaine comme Xenakis. Au final, on a droit à un mélange détonnant. La première fois que j'ai écouté le groupe, je fus relativement décontenancé, on frôle le kitch sans jamais y mettre la tête dedans, dans un sens, proche du côté néo-vieillot du duo Air, mais alors ce serait la version sous acide.