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Le Noise - Neil Young (2010)

Doit-on avouer avoir suivi de (bien trop) loin les dernières sorties du Loner ? Trop occupé à écouter les premiers volumes de ses Archives, les (faux) arguments ne manquaient pas. Certes, les dernières sorties n'avaient rien de déshonorantes. Et l'admiration portée à l'intemporel compositeur de Hey Hey, My My, ne s'est d'ailleurs pas émoussée au fil des années. Sans aucun doute que productivité un peu trop "active" (1) du Loner a participé à ce progressif désintérêt, conforté à la lecture des critiques mitigées de son désormais avant dernier effort, Fork in the Road. Mais Rock and roll can never die... De quoi se laisser porter par l'émoi de certains admirateurs par la sortie de Le Noise ?

Pour débuter de manière triviale, contrairement au précédent disque qui avait poussé le concept du je-m'en-foutiste jusqu'à son paroxysme, la pochette du nouvel album eut un pouvoir d'attraction certain, Neil Young offrant l'un de ses plus beaux présentoirs depuis le crépusculaire Tonight's The Night (2). Quant au titre de l'album, ce dernier était suffisant intriguant pour taquiner le chroniqueur amateur de déflagration sonore, de même que le nom du producteur, Daniel Lanois, pouvait lui aussi susciter la curiosité des classic rockers restants (3). Encore que les esprits taquins s'interrogeaient sur le bien fondé d'une telle entreprise. Le compatriote producteur pouvait-il une fois encore apporter au vieux routard Young une nouvelle "fraicheur", comme ce fut le cas par le passé avec un autre illustre patriarche du folk-rock nord-américain, Bob Dylan (4) ?
  

Time Fades Away - Neil Young (1973)

L'abandon, geste cruel n'est-ce pas? Et pourtant, en dépit de joyeux moments passés ensemble, quelques personnes sans scrupules n'hésitent pas à se rendre coupable d'une telle lâcheté. Certes, ces individus à la morale légère ont toujours une excuse valable, "tu as toujours été bon et loyal avec moi, mais six années, c'est la fin d'un cycle, vois-tu", "et puis, je ne t'abandonne pas, je t'offre une nouvelle vie chez un nouveau propriétaire" ou pire " non mais ça ne vient pas de toi, c'est de ma faute...". Mais au fond, on sait pertinemment que si elle se sépare de nous c'est parce qu'on lui fait honte. Alors on se persuade qu'il vaut mieux effectivement quitter ce cocon, où les bons souvenirs sont légions, en sachant qu'on sera prochainement remplacé par plus jeune que nous. Partir avant de s'entendre dire une horreur du genre: "de toute façon, c'est fini entre nous, t'es trop gros et tu pues le vieux". Pour ne pas tout gâcher, on tente de profiter au maximum de ces quelques jours avec celle qui partagea notre existence durant ces six belles et heureuses années, se souvenir lorsqu'elle se blottissait contre nous et se languissait à nos côtés. Puis on espère au plus profond de notre mousse en polyuréthane, que cette vaine chimère de finir ces jours chez un étranger ne va pas se conclure honteusement par un misérable et pitoyable ramassage par ces sinistres encombrants. Car toi qui me lis, sache que la vie d'un canapé-lit n'est pas si facile.