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Cronico Ristretto : Terminal - Bongripper (2018)

Quatre années après l'ultra massif Miserable, Bongripper revenait le 6 juillet dernier avec un nouvel et septième album studio nommé Terminal. Formation culte en provenance de Chicago, les quatre musiciens cultivent depuis leur début un goût pour le doom instrumental à la croisée du sludge, du drone et du stoner. Sorti comme à l'accoutumé sur leur propre label The Great Barrier Records, Terminal amorce une légère évolution après un avant-dernier album des plus post-apocalyptiques. 

Enregistré, mixé et masterisé par Dennis Pleckham, guitariste de Bongripper, au Comatose Studio, le disque se compose en deux longues pistes pour un peu plus de quarante-trois minutes de musique tellurique. Une bande-son en somme idéale pour accompagner une lente mort, pour reprendre les noms des deux titres de l'album ? A peu de choses près, ou plutôt l'illustration sonore d'une lente décomposition, à l'image du bouc en putréfaction signé Sam Alcarez [1], car c'était sans compter également sans la présence et le parfum capiteux des fleurs fanées de ladite pochette. Mais n'allons pas trop vite.
 

Cronico Ristretto : Ubiquitous Falsehood - Cavernlord (2018)

Obscur. Ce side-project l'est assurément. A l'instar de son instigateur, le dénommé Nathaniel Leveck. De son auteur, nous devrons nous contenter d'une biographie officielle des plus succinctes. Né au milieu des années 70 dans le Midwest, et désormais résident au Wyoming depuis 2005, nous n'en saurons pas plus sur celui que se fait également appelé Namtaräum. Qu'importe. L'homme alterne depuis cinq années les différentes formations, toutes auto-produites, à un rythme soutenu, symptôme d'une schizophrénie stakhanoviste avec pas moins de trois groupes officiels, les black metal Natanas (d'obédience doom) et Telerumination (d'obédience dark ambient) et l'introspectif Uls De Tol, et une cohorte de side-projets, dont le noise Hydrogen Sulfide et celui qui nous intéresse, le sludge Cavernlord dont le récent Ubiquitous Falsehood vient de paraitre le 26 février dernier.

Deuxième véritable album après un disque éponyme sorti quasiment une année auparavant, et deux E.Ps sortis sur Vibrio Cholerae Records, l'évidence, du moins le réflexe premier, serait de s'arrêter sur cette expressive pochette tirée dont on ne sait quelle maison close crapoteuse du début du siècle dernier.

Live report : Bongripper + Suma + Ghold - Glazart, Paris, 30 mai 2016

Pour paraphraser Pierre Desproges, « Tout dans la vie est une affaire de choix ». Or un dilemme cornélien s'offrait au préposé docteur à la chronique le 30 mai sur Paris : le concert des chicagoans Bongripper, ou bien celui des montréalais Sunns dans le cadre du festival Villette Sonique. Les papes du doom instrumental ayant dégainé les plus vites, l'issue était prévisible, ce qui n'empêcha nullement une pointe d'amertume et une légère déception face à cette prise de décision arbitraire : préférer une formation n'ayant jamais posé auparavant un pied sur le sol français, au détriment des géniteurs de Hold-Still ou l'un des albums marquants de l'année 2016. Fort heureusement cette soirée au Glazart du 30 mai allait faire oublier cette mésaventure (1).

Apparu au mitan des années 2000 à Chicago, Bongripper (clin d'œil décalée au Dopesmoker de Sleep) sont devenus au fil du temps une référence en matière de metal lourd dans le milieu underground. En 2010, les quatre musiciens gagnent en popularité après la sortie de leur cinquième album, le très remarqué Satan Worshipping Doom (chroniqué par nos soins à l'époque ici), soit la synthèse de leur doom dronien avec un black metal originel. Mieux, le disque leur ouvre enfin les portes de l'Europe en étant à l'affiche pour deux concerts au festival néerlandais Roadburn du 14 au 15 avril 2012, où fut joué le premier jour l'intégralité de SWD, avant de retraverser l'Atlantique l'année suivante pour leur première tournée sur le seul sol britannique. Quatre ans plus tard, une éternité pour un groupe qui enregistra pas moins de quatre albums entre 2006 et 2008 (2), Bongripper sort en juillet leur dernier album en date, Miserable, confirmant autant leur statut culte que la quintessence de leur art doom (avec en sus un nouveau passage au Roadburn en 2015 pour deux dates et l'intégralité de Miserable). 2016, Bongripper débute dix ans après leur début sa première et véritable tournée européenne, huit dates passant par la France, la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas et enfin la Grande-Bretagne, du 29 mai à Nantes au 5 juin à Manchester.
           

Mike and the Melvins - Three Men and a Baby (2016)

En attendant Basses Loaded, le « nouvel » album des Melvins [1] qui devrait poindre désormais rapidement, soit le 3 juin prochain, toujours chez Ipecac Recordings, Buzz Osborne and co et le label Sub Pop se sont rappelés au bon souvenir d'un autre album, longtemps inachevé, débuté à la fin du siècle dernier, et finalisé l'année dernière : Three Men and a Baby. Un disque qui tend à confirmer, dans ce cas, l'adage populaire « mieux vaut tard que jamais ». Rappel des faits de ce nouveau retour vers le passé [2].

1999, orphelin de son groupe godheadSilo depuis la blessure de son batteur Dan Haugh l'année précédente, le bassiste Mike Kunka suit les Melvins en tournée, avant d'enregistrer avec King Buzzo et Dale Crover, accompagnés de leur nouveau bassiste Kevin Rutmanis [3], l'essentiel de ce qui adviendra l'album Three Men and a Baby. Mises en sommeil durant seize longues années, les bandes enregistrées à l'époque par Tim Green (producteur de la trilogie à suivre The Maggot/The Bootlicker/The Crybaby), ressortent des tiroirs, tandis que les musiciens retournent en studio, sous la houlette cette fois-ci de Toshi Kasai (guitariste de Big Business - on ne soulignera jamais assez l'aspect familial chez les Melvins), pour boucler ce qui aurait pu s'apparenter à un album maudit.

Live report : Pelican + Wiegedood - La Maroquinerie, Paris, 5 mai 2016

Trois années après leur passage parisien, (déjà) à La maroquinerie pour la sortie de leur dernier album, Forever Becoming, et au lendemain de leur concert à Tourcoing au Grand Mix, le groupe Pelican était de retour à la capitale. Figure tutélaire du genre post-metal depuis leur premier EP au début du millénaire, les quatre musiciens de l'Illinois ont débuté depuis le 28 avril dernier une mini-tournée européenne printanière qui se conclura le 13 mai prochain, en attendant un jour prochain (1) un nouvel album (le dernier enregistrement studio en date fut l'EP The Cliff en 2015, suivi en mars dernier par leur second live officiel Live at The Empty Bottle December 15, 2015 disponible gratuitement sur leur site bandcamp (2)).

Surprise de la programmation, à ceux mal informés qui pensaient devoir patienter (et ronger leur frein) devant un clone d'Isis ou Neurosis, en première partie du concert, la stupéfaction fut totale avec la présence de Wiegedood. Formation flamande de black metal en provenance de Gant, et auteur d'un premier album, De Doden Hebben Het Goed, sorti l'année dernière (en écoute également sur bandcamp), le groupe tire son patronyme néerlandophone du syndrome de la mort subite du nourrisson. Ambiance garantie. Bien en place, les trois musiciens livrèrent une prestation massive à l'image des longues compositions de leur répertoire (dix minutes de moyenne), alternant passage atmosphérique et brutalité old school des plus directes. A suivre.
  

Cronico Ristretto : Asia | Urban Dance | Warpath - Boris (2015)

Après leur précédent album très rock Noise en 2014, dans la lignée de Attention Please et New Album, trois ans plus tôt, qui avait vus Boris s'offrir une nouvelle mue shoegaze et dream pop, avant d'aborder à leur manière un rock alternatif post-Sonicyouthien, la formation tokyoïte créa la surprise en annonçant fin avril 2015, via le réseau social Zuckerbergien, la sortie imminente et simultanée d'une trilogie le 2 mai. Asia, Urban Dance et Warpath, soit leur vingtième, vingt-et-unième et vingt-deuxième album, promettaient, en sus de confirmer les poussées créatrices du trio (1), le retour de leurs aspirations expérimentales, comme semblait indiquer le choix d'éditer ces trois disques sur leur propre label, Fangs Anal Satan.

Live report : Eyehategod • Herder • Joe Buck Yourself - Glazart, Paris, 30 juin 2015

Depuis leur précédent passage parisien au Glazart en première partie d'Orange Goblin en août 2013 (photos sur notre tumblr), le retour de la formation culte et originaire de la Nouvelle Orléans, Eyehategod, était des plus attendus. Un retour sur scène d'autant plus espéré depuis la sortie, l'année dernière, de leur album éponyme, nouveau disque mettant un terme à un hiatus discographique (1) long de quatorze années depuis leur précédent effort studio, Confederacy of Ruined Lives. Une éternité.

Dans le cadre des Stoned Gatherings, et en support à la tournée européenne des louisianais, du 6 juin au 4 juillet, la soirée parisienne du 30 juin s'annonçait ainsi des plus chaudes, en sus des températures caniculaires qui frappaient la capitale : pas moins de quatre groupes allaient ainsi précédés la venue tardive d'Eyehategod.

Une fois n'est pas coutume, l'horaire annoncé sur le billet disait vrai. A 19h tapante, non loin de la scène extérieure LaPlage, le psychobilly de Tony Bones / Joe Buck aka Viva Le Vox ouvrit les hostilités, suivi dans la foulée par le trio rock'n'roll bluesy Hooten Hallers. Si la seconde formation convainquit à moitié, la faute à un saxophone baryton timide et à un chanteur trop porté à imiter Tom Waits, le premier duo n'eut pas son pareil pour faire vivre ce délicieux mélange de rockabilly originel et d'attitude punk. Le temps de rejoindre la salle de concert, et Joe Buck pouvait investir les lieux, délaissant sa contrebasse pour une guitare et son étui faisant office de grosse caisse.

 
Joe Buck Yourself 

Cronico Ristretto : Melvins - Tres Cabrones / Deicide - In the Minds of Evil


2013 fut des plus riches pour Buzz Osborne et sa bande : des concerts se rappelant au bon souvenir de la première moitié des années 1990, dont une double escale parisienne chroniquée ici-même, et la sortie d'une (première) compilation de reprises intitulée Everybody Loves Sausages en avril dernier. Et en guise bilan pour cette fin d'année, King Buzzo et Dale Crover remettent le couvert avec Tres Cabrones, seconde compilation regroupant cette fois-ci plusieurs anciens réenregistrements dont des titres rares datant des débuts de la formation de Montesano. Pour ce retour aux sources, le duo a convié le batteur originel des Melvins, Mike Dillard (et accessoirement batteur intérimaire de Fecal Matter, premier groupe de Kurt Cobain), à venir célébrer les 30 ans du trio, intitulé pour l'occasion Los Melvins.

Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Live report : The Melvins au Trabendo Paris - 10 et 11 mai 2013

En préambule et en avant-première du festival Villette Sonique qui se tiendra du 23 au 26 mai prochain [1], était convié le groupe culte the Melvins a rejoué en intégralité plusieurs albums (et autres E.Ps) fondateurs enregistrés durant la première moitié des 90's : Eggnog (1991), Lysol (1992), Houdini (1993) le vendredi, et Bullhead (1991) et Stonerwitch (1994) le samedi. 

Batteries au centre de la scène, Buzz paré de son habituelle robe de mage à gauche et le doux dingue Tevor Dunn dans son habit de super-héros en carton et bouteilles en plastique en sus [2], les quatre sets au total [3], comme pouvait le laisser présager le contenu des disques proposés, allaient brosser les différentes et multiples palettes soniques des Melvins : du drone au noise dans un premier temps, à une décharge rock métallique dans un grand raout punk, stoner et grunge pour les derniers albums en date.

Un anniversaire bruyant [4], massif, loin de l'idée d'un jubilé tranquille pour nostalgiques en charentaises, où le quatuor démontra sans grand difficulté, à une foule acquise à leur cause, leur pertinence tellurique et bruitiste après trois décennies d'existence.

Speak Like A Child (1968) | Anxiety Despair Languish (2012)


Sixième et avant dernier album pour Blue Note, trois années séparent ce Speak Like A Child de son prédécesseur, le populaire Maiden Voyage : une éternité en somme pour le prodige Herbie Hancock qui enregistra pas moins de cinq albums entre 1962 et 1965. Si les nombreuses tournées du célèbre second quintet de Miles Davis peuvent un temps expliquer ce hiatus [1], il faut plus y voir pour le jeune pianiste un besoin vital de se renouveler, et dépasser ce qui s'apparentait déjà comme un des sommets de son œuvre.

Enregistré en mars 1968, Speak Like A Child est intimement (et doublement) lié à la discographie de Miles. Parmi les six compositions originelles, celles-ci ont toutes été écrites par Hancock, à l'exception de First Trip, composée par l'inamovible Ron Carter, contrebassiste du quintet de Miles. Or trois titres ont déjà été joués par ce même quintet auparavant : le morceau éponyme quelques semaines plus tôt en janvier (mais qui ne sera disponible que sur le coffret The Complete Studio Recordings of The Miles Davis Quintet 1965–1968), et The Sorcerer et Riot disponibles respectivement l'année précédente sur l'album éponyme et Nefertiti de Miles.

Cronico Ristretto : Dead Can Dance / Om / The Melvins


Sept ans après leur brève réunion le temps d'une tournée mondiale, la paire Lisa Gerard / Brendan Perry remet cette fois-ci le couvert avec un nouvel album après le très bon Spiritshaser, déjà vieux de seize ans (glurps). Au delà de l'émoi que pourrait conférer ce genre d’évènement (leur prochain concert au Grand Rex cet automne, le 27 septembre, est complet depuis quasiment la publication des dates), l'écoute des précédents albums solo des deux protagonistes tend malheureusement à relativiser la portée de la dite réunion. La diva world aurait-elle eu pitié de son ancien comparse après son pathétique Ark (2010) pour relancer le macchabée (tiroir-caisse), ainsi fut la première impression du cuistre préposé. Mauvais esprit ?

Cronico Ristretto : Kosmograd - Kosmograd (2011)

A défaut d'avoir conclu 2011 par la chronique d'un album de sludge, entamons la nouvelle année et corrigeons cette bévue par le premier album éponyme de Kosmograd sorti en septembre dernier. Et débutons cette chronique serrée par une question qui ne laissera planer aucun doute sur la santé mentale des protagonistes et le bien fondé de leur dernière livraison : quand vos centres d'intérêt se limitent à la vie, aux dinosaures, à l'espace et en particulier à la vie des dinosaures dans l'espace [1], un groupe peut-il être foncièrement mauvais ?

Formation basée à Toronto depuis 2009, les quatre musiciens, après diverses démos égrenées en 2010, enregistrent l'année suivante un premier album de cinq titres fleurant bon le sludge et plus si affinités. Variant autant les rythmes et les ambiances que les durées, avec un goût néanmoins prononcé pour les formats longs, les Kosmograd combinent volontiers leur sludge avec un heavy épique, une bonne dose de psychédélisme et bien sûr du grooooove en veux-tu en voilà...

Cronico Ristretto: Icon - Lento (2011)


Attendu depuis l'année dernière, le nouvel album de Lento est sorti en début d'année dans l'indifférence quasi totale. A charge pour le préposé d'activer de nouveau ses réseaux et son lobbying intensif...

Neurosis instrumental atmosphérique: l'expression avait été proposée en guise de raccourci pour définir cette musique paradoxale à la croisée d'un sludge massif, d'un ambient psychédélique et d'un hardcore des plus saturés.

Mars 2011, Icon le nouvel album des transalpins annonce une nouvelle mue, les influences du passé disparaissent pour laisser s'échapper une musique plus mature et réfléchie. Au delà de la formule bateau précédente, les romains auront passé une année dans leur studio pour y créer ce nouvel opus.
  

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part Two


Dire que le messie doom Jus Osborn était attendu au tournant depuis le très passable Witchcult Today (2007) serait exagéré, tant le joyau sombre de son groupe Electric Wizard, Dopethrone, date déjà d'une décennie. Dix ans qui auront vu un solide album (We Live (2004)) coincé entre deux autres LP plus inconsistants (et inconstants), Let Us Pray (2002) et donc celui de 2007. Dès lors ce Black Masses allait-il sinon remettre en selle le dit sorcier, chantre des ambiances fumeuses et d'un psychédélisme noir où règne de main de maître la guitare hypnotique de son leader (amis de la formule ampoulée, bonsoir)? Electric Wizard, si on en croit les milieux informés, ceux là même champions dans l'art de sortir des expressions préconçues, serait l'un des, sinon, le groupe le plus heavy qui soit. Derrière ce superlatif stérile, véritable ligne de conduite à brasser de l'air propre aux metalheads de toute chevelure, se cache néanmoins une vérité. Le Wizard est doté d'un exceptionnel son épais, massif et ample, capable de remplir l'espace dès les premières notes, avec l'avantage certain de ne jamais verser dans la surproduction ou l’esbroufe sonore. Or Black Masses pourra en déconcerter plus d'un, tant le nouvel album se garde bien de creuser le sillon qui fit en partie la réputation de l'électrique sorcier. Osborn a regoûté à sa substantifique moelle, propose un son certes moins imposant, mais retourne à l'essentiel avec des compositions de nouveau inspirées, où les ambiances sales, nocturnes et incantatoires prévalent, l'album se clôturant comme il se doit par un instrumental menaçant, Crypt of Drugula.

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part One

A l'heure où les classements de toutes sortes commencent à fleurir sur la toile (1) et dans la presse, comme il fut convenu il y a quelque temps lors d'un échange avec Diane Cairn, voici la première partie de mon classement sans ordre (d'où le terme bilan) des albums doom et apparenté sortis en 2010 autres que le Eve des italiens d'Ufommamut (album metal de l'année), le Satan Worshipping Doom de Bongripper ou encore le dernier Monster Magnet. Une première partie consacrée à de jeunes formations où le psychédélisme aura le maître mot...

Supernaturals - Ufomammut & Lento / Earthen - Lento (2007)

A l'heure où Lento est en train d'enregistrer son nouvel album (intitulé Icon), le préposé vous propose un éclairage et une remise à niveau de votre abécédaire musical avec les deux premiers disques d'une formation qui mériterait amplement plus de reconnaissance.

Compatriote d'Ufommamut (on y reviendra), Lento se forme à Rome en 2004 sur les traces laissées par des pairs nommés Neurosis, Isis, Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor. A l'image du collectif canadien, Lento joue dès leur début une musique purement instrumentale, l'apport de paroles étant perçu par les italiens comme inappropriés, sinon propices à dénaturer leur musique. Fin 2005, Lento stabilise son line-up composé de trois guitares, d'une basse et d'une batterie. Début 2007, les romains signent sur le même label que leurs compatriotes doomsters, Ufomammut.

The Bride Screamed Murder - Melvins (2010)

Et voici que déboule cette année The Bride Screamed Murder le nouvel album des inoxydables Melvins soit le groupe du non moins increvable King Buzzo accompagné, comme il se doit, par son marteleur de futs en chef, Dale Crover, et secondé pour la troisième fois depuis quatre ans par l'assise rythmique du trio Big Business (Jared Warren et Coady Willis).

Hormis quelques fans purs et durs, difficile d'admettre que les Melvins n'ont pas connu une parenthèse flottante après leur excellent Stag (1996), leur signature sur le label de Mike Patton n'ayant seulement en partie résorbé ce « passage à vide » avec l'apparition de leur trilogie expérimentale The Maggot/The Bootlicker/The Cry Baby sortie à l'orée du nouveau millénaire (1999-2000). Et si affirmer que, durant le début du nouveau millénaire, la bande à Buzzo avait perdu de sa superbe parait exagéré, les fulgurances ne manquant pas, force est de constater que la dispersion était de mise, à l'image des collaborations avec Jello Biafra ou Lustmord. Bref, les Melvins ressemblaient de moins en moins au groupe efficace de la première moitié des 90's pour devenir un groupe expérimental proche de l'inconstance. Or 2006 allait sonner le réveil du groupe après une longue pause de quatre ans.
 

Cronico Ristretto: Boris At Last - Feedbacker (2003)

A défaut d'être comme l'Iguane, de croire que le fait d'être exposé aux amplis et aux guitares électriques peut modifier l'alchimie d'un corps [1], la saturation ou autres riffs bruitistes ont depuis très longtemps provoqué un attrait particulier chez ma personne... pas tant guidé par un désir inavouable d'acouphénïte aiguë mais le sentiment paradoxal d'une certaine quiétude face à ces assauts saturés, une extase hautement sensorielle pouvant paradoxalement offrir un large panel de couleurs, riches à l'écoute de The Diamond Sea des Sonic Youth ou froides et déshumanisées chez Godflesh (Pure II). Une alternance de chaud et froid à l'image du Feedbacker des japonais Boris.

Si sur leur premier album (Absolutego), la formation en provenance de Tokyo menée par Atsuo (batterie/chant), Wata (guitare) et Takeshi (basse/guitare) se fondait clairement dans le moule d'un metal drone, trivialement une version kamikaze de Earth s'acoquinant avec les secousses telluriques d'un Sleep, le patronyme du groupe ne laissait que peu de place aux mystères, leur principale influence ou prochaine ligne de conduite se prénommait The Melvins.

Eve - Ufomammut (2010)

Lors d'une chronique précédente, j'avais émis l'hypothèse qu'il ne fallait jamais se fier aux cris d'orfraie du rock-critic. Celui-ci en plus d'avoir un goût immodéré pour les boissons alcoolisées à base de malt (et les lunettes noires), a cependant d'autres points communs avec le joueur de poker qui cacherait dans l'une de ses manches un jeu de cartes supplémentaire, déjouant ainsi au besoin une déveine momentanée ou un art du bluff aux confins de la médiocrité. Car le rock-critic est toujours prompt à changer d'attitude au gré du vent et des marées, passé maître dans l'art du contre-argument péremptoire, lui valant ainsi le respect d'une plèbe rock à la mémoire courte... au détriment d'une certaine sagacité qui lui fera toujours défaut. Sortir comme carte maîtresse un poncif éculé n'est jamais handicapant pour lui, tout bon bluffeur sait qu'il s'agit avant tout de savoir manier la conviction, et lorsque cette dernière peut-être accompagnée de morgue et d'une certaine attitude (1), le rock-critic parviendra nul doute à son but: créer la confusion pour les plus audacieux ou suivre le mouvement pour les plus opportunistes. Dès lors, faut-il s'étonner de lire chez certains, le supposé manque d'innovation et d'inspiration chez les italiens d'Ufommamut, adeptes d'un doom psychédélique des plus intemporels?