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Le chevalier du monde perdu - David Worth (1983)

L'histoire est connue des initiés. Après le succès croisé d'Escape from New-York (1981) de l'américain John Carpenter et de Mad Max 2 (1981) de l'australien George Miller, tout un pan du cinéma d'exploitation, en particulier celui produit en Italie, copia, recycla jusqu'à l'usure l'univers de ces deux succès du cinéma mondial. Fort de ce mélange de science-fiction et d'aventures, ces diverses fictions dites post-apocalyptiques pouvaient également compter sur une bonne dose de délires foutraques en adéquation avec les maigres budgets qui leur étaient dévolus. A ce titre, 1983 peut être considérée comme l'année phare des productions made in Italy du genre avec 2019 après la chute de New York de Martin Dolman (Sergio Martino), Le gladiateur du futur de Steven Benson (Joe D'Amato), Les exterminateurs de l'an 3000 de Jules Harrison (Giuliano Carnimeo), Les nouveaux barbares d'Enzo G. Castellari, et enfin cette production italo-américaine, sans aucun doute celle que les amateurs auront à raison oublié de la liste, Le chevalier du monde perdu de David Worth, avec trois habitués du cinéma bis, Robert Ginty, Donald Pleasance et Fred Williamson. Mais n'allons pas trop vite.

"Dans un monde régi par la tyrannie et la violence", après les guerres atomiques et l'effondrement des nations, le Motard (Robert Ginty) sillonne les routes de la région interdite, le Wasteland, au guidon d'une moto ultramoderne supersonique dotée d'un super-ordinateur baptisé Einstein. Sauvé par un groupe de résistants vivant dans les montagnes, nommés les Anciens éclairés, il est désigné par ces derniers comme l'élu qui les aidera à combattre la Force Omega, aux ordres du tyran Prossor (Donald Pleasance). Accompagné de Nastasia (Persis Khambatta), le Motard s'infiltre dans la base de Prossor afin de libérer le père de la jeune femme et chef de la résistance, le professeur McWayne (Harrison Muller) ...

American Cyborg: Steel Warrior - Boaz Davidson (1993)

Compagnon de route des cousins Golan et Globus depuis la décennie 70's avec Lupo B'New York (1976) jusqu'au plus récent Salsa (1988) produit sous le sceau de la sacrosainte Cannon, Boaz Davidson signa au début des années 90 deux films post-apocalyptiques connus des seuls initiés : American Cyborg: Steel Warrior en 1993, et deux ans plus tard, Lunarcop avec Michael Paré.

Relecture à peine voilée de la précédente production Golan et Globus, à savoir Cyborg (1989) avec Jean-Claude Van Damme, ledit American Cyborg, au titre de dernière production des studios Cannon, pouvait compter en premier lieu sur les services d'un jeune acteur prometteur (NDLR : de trente-deux ans tout de même) dénommé Joe Lara, afin de pallier l'absence remarquée des Muscles from Brussels partis vers d'autres horizons plus lucratifs [1]. A charge dès lors pour l'interprète du téléfilm Tarzan à Manhattan de faire oublier aux amateurs de pirouettes pugilistes les performances de JCVD. Or c'était sans compter sur un scénario en béton en armé avec son quota de punks dégénérés, de vils mutants, et d'un méchant moustachu...

2020, après la guerre nucléaire qui dévasta la planète dix-sept ans plus tôt, un espoir renait en la personne de Mary (Nicole Hansen). Parmi cette population survivante et stérile dominée par les machines, la jeune femme incarne l'avenir de l'humanité en devenant la mère du premier enfant sain depuis l'apocalypse. Désormais en danger, Mary doit fuir au plus vite la cité. Pourchassée par un tueur cybernétique (John Saint Ryan), elle fait la rencontre du dénommé Austin (Joe Lara) ...
  

Shocking Dark - Vincent Dawn (1990)

Dernier film de la diabolique association de malfaiteurs connue sous le pseudonyme Vincent Dawn, Shocking dark a.k.a Contaminator, a.k.a Alienators, a.k.a Terminator 2 (?!), a.k.a Spectres à Venise, acta la fin de la fructueuse collaboration (Virus Cannibale et Les rats de Manhattan en tête) entre le metteur en scène Bruno Mattei et le scénariste Claudio Fragasso, après leurs récents Nato per combattere (1989) et Tre pesci, una gatta nel letto che scotta (1990). Chant du cygne d'un savoir-faire Bis crapoteux qui connut ses derniers soubresauts jusqu'au début des années 90, cette production italo-philippine réalisée fin 1988 - début 1989 se distingue toutefois à plus d'un titre. Premier indice, et mise en bouche avant de développer plus loin notre propos, illustré par l'affiche ci-contre, le film fut exploité et présenté au départ, dans la plupart des pays (à l'exception notable des États-Unis), comme la séquelle des aventures de Sarah Connor [1]. De cette méthode de margoulin évoquant les plus belles heures du cinéma d'exploitation transalpin [2], notre duo précité ne se contenta néanmoins pas d'une simple désorientation nominative propre à tromper l'imprudent spectateur. Hérauts portnawak de la transgression des lois du copyright, Mattei et Fragasso puisèrent directement dans le scénario du second volet d'une autre franchise (d'où croyez-vous que vient le titre Alienators ?), mais n'allons pas trop vite...
   

Les gladiateurs de l'an 3000 - Allan Arkush|Nicholas Niciphor (1978)

1975. Non sans talent et opportunisme, Roger Corman devance de quelques mois le Rollerball de Norman Jewison pour sortir Death Race 2000, série B d'anticipation inspirée par le thème du sport futuriste ultraviolent. Avec à l'affiche David Carradine, tout droit sorti de la série à succès Kung Fu, et accompagné d'un dénommé Sylvester Stallone, cette Course à la mort de l'an 2000 avait le précieux avantage de gagner en transgression et en satire, là où Rollerball se perdait en conjecture prétentieuse. Fort de ce succès et de celui d'un blockbuster sorti en 1977 (mais n'allons pas trop vite), le fameux producteur remet le couvert trois ans plus tard. De par son titre, Deathsport, et la présence de sa vedette télévisuelle [1], celui-ci pourrait résolument se présenter comme une séquelle du précédent, or il n'en est rien. De cette classique méthode de margoulin, qui revient à semer la confusion dans l'esprit quelque peu embrumé des amateurs de bisseries, faisons abstraction, et soulignons au contraire la perspicacité du roi de la série B. Ébauche de ce qui constituera au début de la décennie suivante un genre à part entière après la sortie de Mad Max 2 et de New York 1997, repris à la chaîne par bon nombre de sympathiques tâcherons transalpins, Les gladiateurs de l'an 3000 [2] annonce avec quatre ans d'avance le raz-de-marée post-apocalyptique eighties. De quoi nous faire oublier les nombreuses défauts de Deathsport ? Faut voir...

Mille années après la grande guerre nucléaire, le monde connu se résume à de vastes étendus sauvages semi-désertiques d'où submergent de grandes cités, derniers vestiges de l'ancienne civilisation disparue. Le sort de l'humanité se divise entre s'entasser dans des cités surpeuplées, telle Helix City dirigée par le dictateur Lord Zirpola (David Mclean), ou bien errer sur cette terre, inhospitalière et contaminée, peuplée de mutants anthropophages. Devenu fou, le maléfique Zirpola demande à son bras droit, et âme damnée, Ankar Moor (Richard Lynch) de capturer les guides mystiques Kaz Oshay (David Carradine) et Deneer (Claudia Jennings) qu'ils considèrent comme une menace. Emprisonnés et torturés dans un premier temps, les deux rebelles sont condamnés à participer au Deathsport : dans une arène, ils devront combattre jusqu'à la mort les redoutables Death machines.

Hardware - Richard Stanley (1990)

Dans les souvenirs du préposé, Hardware pouvait se résumer à une jaquette VHS, synonyme de ses errements adolescents dans les rangées des vidéos clubs à l'orée des années 90 [1] : un crâne cybernétique menaçant, flanqué de la bannière étoilée, et ce ciel rougeoyant irradiant un monde post-apocalyptique. Auréolée de la mention "Prix des effets spéciaux" à l'époque où le festival d'Avoriaz faisait briller les yeux des jeunes amateurs de fantastique, il aura pourtant fallu attendre deux décennies au préposé avant de se jeter à l'eau, et découvrir cette honnête série B, autant connu des initiés pour sa bande-originale, que par son ambiance mixant allègrement Terminator, Blade Runner et Mad Max.

XXIème siècle, la surface de la Terre n'est plus qu'un immense désert au niveau de radioactivité mortellement dangereux. Les humains sont entassés dans des bidonvilles, où le chômage et la violence sont le lot quotidien des survivants. Seule porte de sortie offerte par le gouvernement en place : suivre la campagne de la stérilisation de rigueur. Dans ce monde « propice et fécond », Moses "Hard Mo" Baxter (Dylan McDermott), soldat en permission, achète à un nomade les restes d'un robot trouvé dans la zone interdite, pièces détachées robotiques faisant office de cadeau de noël pour sa petite amie Jill (Stacey Travis). De cette carcasse cybernétique, la jeune femme en crée une sculpture y incorporant divers éléments récupérés. Cependant, ce qui s'apparentait à un androïde hors d'usage, cache en fait une machine à tuer appelée Mark 13, tel le chapitre 13 de l'évangile du même nom : « nulle chair ne sera épargnée »...

Malevil - Christian de Chalonge (1981)

Répudié par Robert Merle, auteur du roman éponyme originel, Malevil, le film, est l'adaptation « inspiré librement », dixit l'affiche et le générique du quatrième long métrage de Christian de Chalonge, de ce roman d'anticipation paru en 1972. De cette polémique à l'accueil mitigé qu'il reçut lors de sa sortie, Malevil aura surtout été la proie d'un malentendu qui perdure encore de nos jours en pareil cas lorsque quelques esprits sinon bornés, du moins rigides, veulent comparer stricto sensu un livre avec son adaptation cinématographique. Chronique paysanne post-apocalyptique située en plein Larzac, Malevil n'en demeure pas moins un OFNI dans le paysage hexagonal.

Emmanuel Comte (Michel Serrault), châtelain, viticulteur et maire de la commune de Malevil, s'apprête à embouteiller une de ses cuvées lorsqu'il reçoit la visite de plusieurs de ses adjoints dont son ami Colin (Jacques Dutronc) venus régler la question cruciale de l'emplacement du lampadaire jouxtant la pharmacie Bouvreuil. Une fois l'apothicaire calmé (et conforté dans sa petitesse), en gentilhomme du terroir, Comte propose à l'assemblée de déguster un peu de son vin lorsqu'une panne d'électricité survient, une panne s'apparentant plus à un black-out, la radio de Momo (Jacques Villeret) étant elle aussi étrangement réduit au silence... apparaît sous la porte une lumière intense, accompagnée d'un grondement assourdissant, et une chaleur étouffante, interminable. L'apocalypse nucléaire vient de s'abattre. Après un moment d'attente, de crainte, les premiers sortent et découvrent un nouveau monde, indescriptible ("Mais qu'est-ce que vous avez vu?"), en ruines, crépusculaire, pour seule présence, un épais brouillard de cendres. Les sept survivants devront dès lors s'unir et lutter contre cet environnement, se réadapter à une vie néolithique et se défendre contre les pillards et les autres humains...

La Jetée - Chris Marker (1962)

La Jetée du français Chris Marker [1] aura marqué le cinéma mondial... à ceci près qu'il ne s'agit pas véritablement d'un film, et encore moins d'un long-métrage. Œuvre influente depuis un demi-siècle, son sujet et son traitement radical auront ainsi inspiré nombre de cinéastes. Mieux, on aurait tort, une fois n'est pas coutume, de ne pas ajouter à ce chef d'œuvre la mention culte, tant La Jetée fut, il n'y a pas encore si longtemps, une œuvre marquante, mais adressée à un public d'initiés [2].

« Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande Jetée d'Orly quelques années avant le début de la Troisième Guerre Mondiale ». Un dimanche en famille, un soleil fixe, un décor planté au bout de la Jetée et un visage, celui d'une femme, voici le dernier souvenir de l'homme. « Dernière image d'un temps de paix ayant traversé un temps de guerre ». Puis un bruit soudain, un corps qui bascule... « plus tard il comprit qu'il avait vu la mort d'un homme ».