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Cronico Ristretto : Fouth - Lento (2017)

Cinq longues années sans nouvel album de la part de nos romains préférés. Une éternité tant leurs trois premiers disques, en sus du tellurique Supernaturals record one enregistré de concert avec leurs compatriotes d'Ufomammut, avaient marqué nos esprits amateurs de déflagrations soniques. Et cinq longues années synonymes également de remise à plat pour cette formation instrumentale. Du line-up originel qui comptait trois guitares en 2004, Lento est désormais un trio. Un changement et une formule première sinon salutaires, qui apportent du moins aux italiens un certain renouveau dans l'approche de leur musique hybride, après leur complexe et avant-dernier effort, Anxiety Despair Languish [1], dernier disque signé sur le label Denovali Records.

Enregistré et mixé par le guitariste Lorenzo Stecconi à Rome entre octobre 2016 et février 2017, le nouveau disque Fourth se distingue, on l'aura vite deviné, par sa maturité, l'écriture des compositions ayant débuté, deux ans plus tôt, à partir de décembre 2014. Un disque donc mûrement réfléchi qui profite toutefois des possibilités offertes par la trinité rock guitare-basse-batterie. Plus direct, moins sophistiqué que leur précédent opus, ce quatrième album marque une nouvelle étape dans leur discographie.

Live report : Pelican + Wiegedood - La Maroquinerie, Paris, 5 mai 2016

Trois années après leur passage parisien, (déjà) à La maroquinerie pour la sortie de leur dernier album, Forever Becoming, et au lendemain de leur concert à Tourcoing au Grand Mix, le groupe Pelican était de retour à la capitale. Figure tutélaire du genre post-metal depuis leur premier EP au début du millénaire, les quatre musiciens de l'Illinois ont débuté depuis le 28 avril dernier une mini-tournée européenne printanière qui se conclura le 13 mai prochain, en attendant un jour prochain (1) un nouvel album (le dernier enregistrement studio en date fut l'EP The Cliff en 2015, suivi en mars dernier par leur second live officiel Live at The Empty Bottle December 15, 2015 disponible gratuitement sur leur site bandcamp (2)).

Surprise de la programmation, à ceux mal informés qui pensaient devoir patienter (et ronger leur frein) devant un clone d'Isis ou Neurosis, en première partie du concert, la stupéfaction fut totale avec la présence de Wiegedood. Formation flamande de black metal en provenance de Gant, et auteur d'un premier album, De Doden Hebben Het Goed, sorti l'année dernière (en écoute également sur bandcamp), le groupe tire son patronyme néerlandophone du syndrome de la mort subite du nourrisson. Ambiance garantie. Bien en place, les trois musiciens livrèrent une prestation massive à l'image des longues compositions de leur répertoire (dix minutes de moyenne), alternant passage atmosphérique et brutalité old school des plus directes. A suivre.
  

Live report - Om au Divan du monde, Paris, 22 novembre 2015

Heureuse coïncidence ou hasard des calendriers, se sont produit la même semaine et au même endroit, les deux formations nées des cendres du groupe culte Sleep : Om et High On Fire (1), soit respectivement la section rythmique et le guitariste chanteur des auteurs du monstrueux Dopesmoker. Mené désormais par le bassiste Al Cisneros, le batteur originel Chris Hakius s'étant retiré des affaires musicales, Om faisait escale à Paris dans le cadre d'une mini tournée européenne (débutée le 14 novembre en République Tchèque), soit trois ans et demi après leur dernière venue à La Maroquinerie en avril 2012, trois mois avant la sortie de leur dernier album, Advaitic Songs.

En guise de préambule, avant les mantras soniques d'Om, les belges de The Black Heart Rebellion, en provenance de Gant, avaient pour tâche de faire patienter un public venu en masse (concert complet) pour Cisneros and co. Venu présenter leur nouvel album, People, when you see the smoke, do not think it is fields they're burning sorti le 29 octobre dernier, la musique de TBHR s'inscrivait idéalement dans le sillage de leurs « grands frères » étasuniens par leur goût prononcé d'insuffler à leur post-rock des influences world depuis leur précédent disque de 2012, Har Nevo. Riche sans être pompier, la prestation augurait du meilleur, leurs derniers disques évoquant par moment les ambitions des derniers Master musicians of bukkake en plus rock. Las. Si les disques et le mixage arrivaient à cacher les faiblesses du chanteur, sa voix dans les conditions du live plomba durablement la prestation du groupe. Sans épaisseur ou relief, doté d'un charisme anonyme, avouons que leur musique pour éviter ce goût d'inachevé aurait mieux fait de rester au stade instrumental. Dommage.
   

Live report : Public Image Ltd. - Le Trianon, Paris, 06 octobre 2015

Dans le cadre de leur nouvelle tournée en soutien à leur dixième et nouvel album, What the World Needs Now..., John Lydon et son Public Image Limited étaient de passage à Paris en automne. Pouf pouf. De leur deuxième disque faisant suite à leur reformation de 2009, un constat s'était rapidement imposé, Lydon avait fait le deuil de ses jeunes années chaotiques post-punk symbolisées par le triptyque  First Issue, Metal Box, et The Flowers of Romance. Dont acte. Si la musique se veut plus proche sur le fond de la production de la fin des années 80, à l'image du guitariste barbu Lu Edmonds et du batteur Bruce Smith présents à cette époque, reste pour PiL aujourd'hui un capital sympathie globalement intact, et de pair, un discours corrosif non dénué d'humour toujours aussi pertinent.

 

Zombie Birdhouse - Iggy Pop lost in Port-Au-Prince (1982)

Présenté sous l'étiquette forcée d'album culte, Zombie Birdhouse n'en demeure pas moins aujourd'hui, comme tant d'autres albums solo du chanteur des Stooges, un disque attachant. Foncièrement déglingué et suffisamment éloigné de ses précédentes productions new-wave, cet énième échec commercial n'a pourtant rien de la pépite cachée ou du chef-d'œuvre incompris. Plus proche du diamant brut sans en avoir forcément l'éclat, le disque appartient à la catégorie rare des œuvres dont les défauts et maladresses apportent paradoxalement un capital sympathie. Une exquise œuvre malade en quelque sorte ? Oui, mais n'allons pas trop vite...

Remercié manu militari par Arista Records après trois disques (New Values en 1979, Soldier en 1980 et Party en 1981), la fin de l'année s'avérait des plus difficiles pour Iggy Pop : sans label, quasiment à la rue, et en sus une addiction à l'héroïne persistante pour vous tenir compagnie les soirs d'hiver. La tête dans le caniveau, l'iguane accumule les tares : persona non grata et has been. Or, une fois encore, et en attendant le retour de l'ange blond nommé Bowie en 1983, l'histoire se répète. Iggy croise sur son chemin un vieux fan nommé Chris Stein, tête pensante de Blondie et propriétaire depuis peu d'un label indépendant, Animal Records. Passant dès lors les premiers mois de l'année suivante à New-York, Stein lui offre toute la latitude pour enregistrer un successeur à sa précédente trilogie, et tirer ainsi un trait sur l'image qu'il, ou son ancien label, voulait bien donner.

Cronico Ristretto : Sunn O))) & Ulver (2014) | John Zorn & Thurston Moore (2013)


Cinq (longues) années que Stephen O'Malley n'avait pas signé un disque du sceau de Sunn O))). L'homme n'a pourtant pas chômé depuis Monoliths & Dimensions. Occupé à enregistrer et à tourner [1] en solo ou avec ses divers side projects, dont les plus récents se nomment Ensemble Pearl (avec entre autres Atsuo de Boris) et Nazoranai (avec Oren Ambarchi et Keiji Haino), O'Malley est revenu en ce début du mois de février avec la reprise d'un ancien enregistrement de Sunn O))) datant de 2008, en association avec les norvégiens d'Ulver intitulé Terrestrials.

Nourri des expérimentations du précédent LP, Sunn O))) enrichit de nouveau sa musique en continuant d'élargir sa palette instrumentale. S'éloignant des rives du drone originel pour celles du post-rock, le duo O'Malley / Anderson suit en quelque sorte la dernière mue d'Ulver et leur dernier album, Messe I.X-VI.X. Accompagnés des invités Ole-Henrik Moe et Kari Rønnekleiv au violon et à l'alto, et Stig Espen Hundsnes à la trompette, la double formation étasuno-scandinave propose trois longues plages abstraites au pouvoir mélancolique et mystérieux non feint. Terrestrials s'ouvre par le lent crescendo Let There Be Light, morceau qui se conclut par la basse menaçante d'Anderson et les percussions de Tomas Pettersen. Si Western Horn se démarque peu du premier titre et des dernières productions de Sunn O))), la dernière plage Eternal Return apparaît à la fois être le titre phare de l'album, et finalement la seule chanson où l'univers d'Ulver transparaît (enfin) [2], encore que le croisement attendu n'a pas véritablement lieu, la première partie d'Eternal sonnant comme du Sunn O))), et la seconde comme du Ulver (guidée par la voix Kristoffer Rygg).

Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Speak Like A Child (1968) | Anxiety Despair Languish (2012)


Sixième et avant dernier album pour Blue Note, trois années séparent ce Speak Like A Child de son prédécesseur, le populaire Maiden Voyage : une éternité en somme pour le prodige Herbie Hancock qui enregistra pas moins de cinq albums entre 1962 et 1965. Si les nombreuses tournées du célèbre second quintet de Miles Davis peuvent un temps expliquer ce hiatus [1], il faut plus y voir pour le jeune pianiste un besoin vital de se renouveler, et dépasser ce qui s'apparentait déjà comme un des sommets de son œuvre.

Enregistré en mars 1968, Speak Like A Child est intimement (et doublement) lié à la discographie de Miles. Parmi les six compositions originelles, celles-ci ont toutes été écrites par Hancock, à l'exception de First Trip, composée par l'inamovible Ron Carter, contrebassiste du quintet de Miles. Or trois titres ont déjà été joués par ce même quintet auparavant : le morceau éponyme quelques semaines plus tôt en janvier (mais qui ne sera disponible que sur le coffret The Complete Studio Recordings of The Miles Davis Quintet 1965–1968), et The Sorcerer et Riot disponibles respectivement l'année précédente sur l'album éponyme et Nefertiti de Miles.

Cronico Ristretto : Jodis / John Coltrane / Rakim


L'année 2012 aura été riche pour Aaron Turner et son ancien groupe moribond Isis : une compilation, Temporal, contenant diverses démos et autres versions alternatives, et un disque live, le sixième du nom, Live VI, sorti uniquement en vinyle avec des enregistrements datant de la tournée de l'avant dernier album studio In the Absence of Truth. Ajoutons à cette actualité passéiste également (et surtout) quatre albums en 2012 via ses nombreux side-projects : No de Old Man Gloom, l'éponyme de Split Cranium, le split de Mamiffer et Locrian Bless Them That Curse You et enfin Black Curtain de Jodis, en somme une production débordante où l'ancien frontman d'Isis donne libre court à ses nombreuses envies.

Cronico Ristretto: Icon - Lento (2011)


Attendu depuis l'année dernière, le nouvel album de Lento est sorti en début d'année dans l'indifférence quasi totale. A charge pour le préposé d'activer de nouveau ses réseaux et son lobbying intensif...

Neurosis instrumental atmosphérique: l'expression avait été proposée en guise de raccourci pour définir cette musique paradoxale à la croisée d'un sludge massif, d'un ambient psychédélique et d'un hardcore des plus saturés.

Mars 2011, Icon le nouvel album des transalpins annonce une nouvelle mue, les influences du passé disparaissent pour laisser s'échapper une musique plus mature et réfléchie. Au delà de la formule bateau précédente, les romains auront passé une année dans leur studio pour y créer ce nouvel opus.
  

Supernaturals - Ufomammut & Lento / Earthen - Lento (2007)

A l'heure où Lento est en train d'enregistrer son nouvel album (intitulé Icon), le préposé vous propose un éclairage et une remise à niveau de votre abécédaire musical avec les deux premiers disques d'une formation qui mériterait amplement plus de reconnaissance.

Compatriote d'Ufommamut (on y reviendra), Lento se forme à Rome en 2004 sur les traces laissées par des pairs nommés Neurosis, Isis, Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor. A l'image du collectif canadien, Lento joue dès leur début une musique purement instrumentale, l'apport de paroles étant perçu par les italiens comme inappropriés, sinon propices à dénaturer leur musique. Fin 2005, Lento stabilise son line-up composé de trois guitares, d'une basse et d'une batterie. Début 2007, les romains signent sur le même label que leurs compatriotes doomsters, Ufomammut.

Subsets of Sets - Jakob (2001)

Dans la série groupe exotique, après avoir mis en lumière un trio danois chantre du stoner rock, faut-il s'étonner de noter la présence d'un trio néo-zélandais adepte de post-rock en ces lieux ? Ami.e.s du tropisme musical rock'n'rollesque, bienvenue !

Jakob nous vient de Napier, ville dont le patronyme ravira sans aucun doute les admirateurs de Russ Meyer [1]. Le trio formé en 1998 par le guitariste Jeff Boyle, le bassiste Maurice Beckett et le batteur Jason Johnston profita de ses jeunes années pour faire la tournée des pubs de la région et ainsi assoir sa réputation au niveau local [2], profitant de ce tremplin pour sortir un premier EP éponyme l'année suivante. Après un single intitulé Erfo début 2000, le trio enregistre son premier album Subsets of Sets fin de la même année avant sa sortie au mois d'août 2001.
 

Ninth Moon Black - Ninth Moon Black (2008)

Pour ceux qui l'ignoraient encore (les bienheureux?), le préfixe post pour définir une musique [1] peut très bien s'accommoder à toutes les sauces... même les plus épicées. Et en matière de rock' n' roll [2], le punk fut sans doute le premier à avoir eut droit à ce sobriquet gentiment foutraque. Le post-punk ayant même la délicate attention de pousser du pied son ainé avant même que ce dernier n'eut le temps de pousser son dernier soupir [3]. Le début des hostilités ayant été sifflés, vinrent à la pelle comme on ramasse les feuilles mortes, le post-rock, le post-hardcore et certains poussant même le vice à créer l'étiquette post-grunge... Jamais avare à imaginer une nouvelle branche à son arbre déjà bien garni, le metal, sous la houlette des groupes précurseurs tels que les Melvins, Godflesh et surtout Neurosis, vit ainsi l'émergence courant 90's du post-metal, genre métallique faisant ainsi le lien entre le post-rock et le metal... tout en n'oubliant pas d'incorporer des influences aussi diverses que l'ambient, le drone, l'industriel ou le hardcore pour les plus gourmands/aventureux, avec comme figures tutélaires les précédemment cités Neurosis, Isis ou Pelican. Voici pour les présentations d'usage.