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Live report : All Them Witches @ La Maroquinerie, Paris, 22 avril 2019

Annoncé complet bien avant la tenue dudit concert, le retour des étasuniens, from Nashville, All Them Witches, trois après leur première venue à La Maroquinerie [1], s'annonçait, sans surprise, sous les meilleurs hospices. Auteurs l'année dernière de l'album sobrement intitulé ATW, paru le 28 septembre 2018 sur le label New West Records, les musiciens entamaient ce 22 avril la huitième date de leur tournée européenne, débutée onze jours plus tôt à Helsinki, après une première tournée nord-américaine terminée, comme il se doit, à Nashville les 28 et 29 décembre.

Produit par leur guitariste Ben McLeod, ATW avait gommé les quelques réticences nées du précédent disque, la faute, avouons le, à une production trop tendre. Mieux, sans renier la qualité intacte de leur songwriting, le groupe quittait les routes un peu trop balisées de Sleeping Through The War. D'un retour apprécié aux sources bluesy et de chansons, on l'imagine, fruits de nombreuses jam sessions, le nouvel album se distinguait par son nombre de compositions tour à tour hypnotiques et minimalistes à l'image du désormais classique Diamond. Enfin, mention utile, peu de temps après l'ouverture de leur tournée nord-américaine, la formation, par la voix de leur chanteur et bassiste Charles Michael Parks, Jr, indiquait que, désormais, le groupe continuerait sous la forme d'un trio.

Live report : All Them Witches - Trabendo, Paris, 29 septembre 2017

Auteurs en 2015 de l'excellent Dying Surfer Meets His Maker, les All Them Witches revenaient en février de cette année avec un quatrième album, le dénommé Sleeping Through the War. Moins bluesy que leur précédent essai, le disque produit par Dave Cobb, spécialisé dans la country et l'americana [1], ouvrait une nouvelle voie, sinon plus consensuelle, du moins plus mélodieuse (démarche convaincant dès lors timidement le préposé à la chronique...). En concert outre-Atlantique depuis le 3 mars dernier jusqu'au 17 juin, en attendant une seconde vague à partir du 3 novembre, les quatre musiciens en provenance de Nashville entamaient leur tournée sur le sol européen le 7 juillet dernier aux Eurockéennes de Belfort. Quasiment une année après leur précédent concert parisien à La Maroquinerie le 10 octobre 2016, les All Them Witches débarquaient cette fois-ci au Trabendo, dans l'espoir non feint pour le préposé, que le concert du soir fasse taire les quelques doutes nés d'un dernier album à la production un peu trop propre.

En première partie de la formation étasunienne depuis le 20 septembre, le duo texan The Ghost Wolves, ouvrit la soirée. Formé d'une chanteuse/guitariste et d'un batteur, le groupe a sorti cette année un deuxième album TEXA$ PLATINUM en avril dernier. Adepte d'un rock nourri à l'urgence, The Ghost Wolves convainc, sans surprise, davantage en live que sur disque. Mieux, la prestation brute prit un virage bien plus mordant et saignant quand la dame à la voix fluette changea sa six cordes pour une guitare monocorde.

Live report : All Them Witches - La Maroquinerie, Paris, 10 octobre 2016

Chroniqué en janvier dernier, le troisième album des All Them Witches, Dying Surfer Meets His Maker, demeure, près d'un an après sa sortie le 30 octobre 2015, l'un des coups de cœur de l'année passée du RHCS. Auteurs d'un album conciliant feeling blues et groove stoner rock, les quatre musiciens originaires de Nashville étaient de nouveau de passage à Paris après leur précédent concert, le 8 mars dernier, à La mécanique ondulatoire. Dans le cadre de leur nouvelle tournée européenne de 17 dates, du 2 octobre à Bristol au 21 octobre à Anvers, faisant donc suite à leur précédente tournée sur le vieux continent en début d'année (1), ATW fit escale le 10 octobre à La Maroquinerie, pour un concert annoncé une fois encore complet, à l'instar de la majorité des dates de ladite tournée.

Accompagnant les étasuniens au cours de ce périple européen, les israéliens de The Great Machine avaient la charge d'ouvrir la soirée. Formation en provenance de Tel Aviv, le trio a à son actif trois disques, deux EPs, un premier sorti en mai 2013, un second en avril de cette année, et un album éponyme datant de décembre 2014. Adepte d'un stoner débridé, à l'image du look bigarré des frangins Omer et Aviran Haviv, guitariste et bassiste/chanteur, la musique de TGM évoque par moment le Mondo Generator de Nick Oliveri, entre desert rock, poussées punk et riffs plombés. Une bonne mise en bouche.
 

Cronico Ristretto : Dying Surfer Meets His Maker - All Them Witches (2015)

Jeune formation en provenance de Nashville, All Them Witches aura été sans nul doute l'une des révélations stoner de l'année passée (leur concert parisien le 8 mars prochain à La mécanique ondulatoire est annoncé complet depuis plusieurs semaines [1]). Auteurs d'un troisième album confirmant les espoirs entrevus par leurs deux premiers disques dont le séminal et bien nommé Our Mother Electricity, les quatre musiciens étasuniens, menés par le bassiste et chanteur Charles Michael Parks, Jr, ont signé avec Dying Surfer Meets His Maker, sorti le 30 octobre dernier, un pas important vers une reconnaissance méritée.

Après en 2013 un Lightning At The Door fortement teinté de blues et de folk, la signature de ATW sur le label sudiste New West Records en début d'année 2015 leur offrit, en sus de la ressortie de LATD (originalement auto-produit), matière à approfondir leur association originale de volutes psychédéliques et lourdeurs métalliques. Enregistré live durant six jours dans une cabane en plein Tennessee, avant d'y ajouter par la suite divers overdubs et la participation de l'harmoniciste texan Mickey Raphael [2] sur le morceau This Is Where It Falls Apart, ce troisième opus indique clairement dès l'introductif et acoustique Call Me Star la qualité de ce disque appelé à devenir un classique du genre.   

Live report - Om au Divan du monde, Paris, 22 novembre 2015

Heureuse coïncidence ou hasard des calendriers, se sont produit la même semaine et au même endroit, les deux formations nées des cendres du groupe culte Sleep : Om et High On Fire (1), soit respectivement la section rythmique et le guitariste chanteur des auteurs du monstrueux Dopesmoker. Mené désormais par le bassiste Al Cisneros, le batteur originel Chris Hakius s'étant retiré des affaires musicales, Om faisait escale à Paris dans le cadre d'une mini tournée européenne (débutée le 14 novembre en République Tchèque), soit trois ans et demi après leur dernière venue à La Maroquinerie en avril 2012, trois mois avant la sortie de leur dernier album, Advaitic Songs.

En guise de préambule, avant les mantras soniques d'Om, les belges de The Black Heart Rebellion, en provenance de Gant, avaient pour tâche de faire patienter un public venu en masse (concert complet) pour Cisneros and co. Venu présenter leur nouvel album, People, when you see the smoke, do not think it is fields they're burning sorti le 29 octobre dernier, la musique de TBHR s'inscrivait idéalement dans le sillage de leurs « grands frères » étasuniens par leur goût prononcé d'insuffler à leur post-rock des influences world depuis leur précédent disque de 2012, Har Nevo. Riche sans être pompier, la prestation augurait du meilleur, leurs derniers disques évoquant par moment les ambitions des derniers Master musicians of bukkake en plus rock. Las. Si les disques et le mixage arrivaient à cacher les faiblesses du chanteur, sa voix dans les conditions du live plomba durablement la prestation du groupe. Sans épaisseur ou relief, doté d'un charisme anonyme, avouons que leur musique pour éviter ce goût d'inachevé aurait mieux fait de rester au stade instrumental. Dommage.
   

Earth - Black Spirituals - Don McGreevy & Roger Smal Duo à La Maroquinerie - Limbo Festival, Paris 23 janvier 2015

Précurseurs du drone metal au début des années 90, soit bien avant l'exposition médiatique du genre conduite par leurs admirateurs, le duo Stephen O'Malley / Greg Anderson alias Sunn O))), Earth et son leader Dylan Carlson étaient revenus sur le devant au mitan de la décennie suivante [1]. Porté par l'influence de l'Americana au cours des dix années écoulées, le nouvel et huitième album, l'excellent Primitive and Deadly sorti en septembre 2014 opérait un léger coup dans le rétroviseur avec le retour remarqué du chant et un recentrage plus rock.

De passage à Paris, en attendant leur seconde date française le lendemain à L'épicerie moderne à Lyon, Dylan Carlson et consorts se présentaient en compagnie de deux formations en première partie, Black Spirituals et Don Mcgreevy & Roger Smal Duo, qui comme l'indique la dernière, avaient la particularité d'être composés à chaque fois de seulement deux musiciens.

Live report : Radio Moscow • Black Bombaim • Black Willows au Glazart - 4 juin 2014

Découvert en 2010 lors de la sortie de leur formidable Saturdays and Space Travels, le trio lusitanien Black Bombaim a fait escale à Paris mercredi dernier accompagné des suisses Black Willows, et en première partie ce soir là à la tournée européenne des étasuniens Radio Moscow. Une affiche sous le signe du psychédélisme au Glazart, qui aura prouvé une fois encore que l'acid rock sous toutes ses formes a encore de beaux restes en 2014.

Venus de Lausanne, les trois musiciens de Black Willows ouvrirent le bal stoner à grand renfort de riffs plombés et d'atmosphères planantes. Le trio présent offrit une prestation marquante d'une quarantaine de minutes, et cela en dépit de l'absence de leur second guitariste Mélanie Renaud. Formation à suivre depuis la sortie de leur album Haze l'année dernière, la musique des suisses évoque autant les envolées méditatives des premiers Om que les instrumentaux kyussiens de Colour Haze.

 
Mister Aleister Crowley

Live report : The Melvins au Trabendo Paris - 10 et 11 mai 2013

En préambule et en avant-première du festival Villette Sonique qui se tiendra du 23 au 26 mai prochain [1], était convié le groupe culte the Melvins a rejoué en intégralité plusieurs albums (et autres E.Ps) fondateurs enregistrés durant la première moitié des 90's : Eggnog (1991), Lysol (1992), Houdini (1993) le vendredi, et Bullhead (1991) et Stonerwitch (1994) le samedi. 

Batteries au centre de la scène, Buzz paré de son habituelle robe de mage à gauche et le doux dingue Tevor Dunn dans son habit de super-héros en carton et bouteilles en plastique en sus [2], les quatre sets au total [3], comme pouvait le laisser présager le contenu des disques proposés, allaient brosser les différentes et multiples palettes soniques des Melvins : du drone au noise dans un premier temps, à une décharge rock métallique dans un grand raout punk, stoner et grunge pour les derniers albums en date.

Un anniversaire bruyant [4], massif, loin de l'idée d'un jubilé tranquille pour nostalgiques en charentaises, où le quatuor démontra sans grand difficulté, à une foule acquise à leur cause, leur pertinence tellurique et bruitiste après trois décennies d'existence.

Cronico Ristretto : Dead Can Dance / Om / The Melvins


Sept ans après leur brève réunion le temps d'une tournée mondiale, la paire Lisa Gerard / Brendan Perry remet cette fois-ci le couvert avec un nouvel album après le très bon Spiritshaser, déjà vieux de seize ans (glurps). Au delà de l'émoi que pourrait conférer ce genre d’évènement (leur prochain concert au Grand Rex cet automne, le 27 septembre, est complet depuis quasiment la publication des dates), l'écoute des précédents albums solo des deux protagonistes tend malheureusement à relativiser la portée de la dite réunion. La diva world aurait-elle eu pitié de son ancien comparse après son pathétique Ark (2010) pour relancer le macchabée (tiroir-caisse), ainsi fut la première impression du cuistre préposé. Mauvais esprit ?

Cronico Ristretto: Brotherhood Of Sleep - Dark As Light (2011)

Il aura fallu attendre assez peu de temps [1] pour qu'apparaisse ce qui s'apparente déjà comme l'album stoner de l'année : le deuxième album des grecs de Brotherhood of Sleep intitulé Dark As Light. Une conclusion en guise d'introduction ? Par moment, le préposé déborde d'émotion, et a par conséquent du mal à contenir ses effusions passionnées.

Là où le pays nous avait surtout habitué dans les 90's a nous proposer des groupes de death metal atypique (Septic Flesh et Nightfall), débarque en provenance de la capitale hellénique au milieu des 00's un trio chantre du stoner instrumental du nom de la confrérie du sommeil tiré (sans nul doute) du John Carpenter's Prince of Darkness. Après un premier album éponyme sorti en 2009 où les trois musiciens (le guitariste Georges G., le batteur Serafim G. et le bassiste Danny A) faisaient déjà preuve d'une maîtrise indéniable, Dark As Light leur album datant du début d'année apparaît déjà comme l'album marquant de cette année. Après les danois de Causa Sui en 2009, les portugais de Black Bombaim l'année suivante, l'international stoner en 2011 s'offre de nouveau des ambassadeurs européens.

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part Two


Dire que le messie doom Jus Osborn était attendu au tournant depuis le très passable Witchcult Today (2007) serait exagéré, tant le joyau sombre de son groupe Electric Wizard, Dopethrone, date déjà d'une décennie. Dix ans qui auront vu un solide album (We Live (2004)) coincé entre deux autres LP plus inconsistants (et inconstants), Let Us Pray (2002) et donc celui de 2007. Dès lors ce Black Masses allait-il sinon remettre en selle le dit sorcier, chantre des ambiances fumeuses et d'un psychédélisme noir où règne de main de maître la guitare hypnotique de son leader (amis de la formule ampoulée, bonsoir)? Electric Wizard, si on en croit les milieux informés, ceux là même champions dans l'art de sortir des expressions préconçues, serait l'un des, sinon, le groupe le plus heavy qui soit. Derrière ce superlatif stérile, véritable ligne de conduite à brasser de l'air propre aux metalheads de toute chevelure, se cache néanmoins une vérité. Le Wizard est doté d'un exceptionnel son épais, massif et ample, capable de remplir l'espace dès les premières notes, avec l'avantage certain de ne jamais verser dans la surproduction ou l’esbroufe sonore. Or Black Masses pourra en déconcerter plus d'un, tant le nouvel album se garde bien de creuser le sillon qui fit en partie la réputation de l'électrique sorcier. Osborn a regoûté à sa substantifique moelle, propose un son certes moins imposant, mais retourne à l'essentiel avec des compositions de nouveau inspirées, où les ambiances sales, nocturnes et incantatoires prévalent, l'album se clôturant comme il se doit par un instrumental menaçant, Crypt of Drugula.

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part One

A l'heure où les classements de toutes sortes commencent à fleurir sur la toile (1) et dans la presse, comme il fut convenu il y a quelque temps lors d'un échange avec Diane Cairn, voici la première partie de mon classement sans ordre (d'où le terme bilan) des albums doom et apparenté sortis en 2010 autres que le Eve des italiens d'Ufommamut (album metal de l'année), le Satan Worshipping Doom de Bongripper ou encore le dernier Monster Magnet. Une première partie consacrée à de jeunes formations où le psychédélisme aura le maître mot...

Cronico Ristretto: Mastermind - Monster Magnet (2010)

Dans la série des raccourcis rapides, laissons la place à une autre plaie du chroniqueur musical, les conséquences malheureuses que pourraient provoquer l'écoute distraite d'un album. En d'autre terme, s'il ne faut jamais (totalement) se fier aux idées préconçues, il en va de même pour la première écoute d'un album et du sentiment mitigé qu'il peut engendrer, qui plus est lorsque vous gardez en mémoire les premiers méfaits de la formation, sans tenir compte de l'évolution du dit groupe, évolution que vous n'avez de toute façon pas suivi depuis belle lurette.

Si à une époque bénite [1], le groupe de Dave Wyndorf avait réussi à conjuguer les plages space rock d'un Hawkind avec la pesanteur d'un Black Sabbath sur l'excellent Tab (1991), ou d'avoir signé l'un des meilleurs albums de heavy rock des 90's (Spine of God) , la trajectoire de la formation après les derniers tours de vis marquants prénommés Dopes to Infinity (1995) et Powertrip (1998) s'était quelque peu brouillée, tout du moins diluée au cours du temps, pour ne proposer "que" de bons albums... à l'image du side-project du même Wyndorf, The Atomic Bitchwax. En somme, les plus sévères auront eu à cœur de ne retenir au cours des années 2000 que les rééditions des deux premiers albums précités, la flamboyance du Monster Magnet des débuts, comme d'autres pairs, s'étant à mesure dissipée.

Or faut-il le souligner de nouveau en attendant le nouvel an, 2010 reste l'année (par défaut) des musiques intemporelles. Soit le moment propice et idéal pour un nouvel album d'un des derniers dinosaures du stoner rock en activité [2], Mastermind des Monster Magnet.

Les cinq morceaux qui tournent en ce moment IV


Avon - Queens of the Stone Age [1998]

L'histoire est suffisamment connue pour ne pas être trop développée en ces lieux... 1996, création du groupe Gamma Ray par Josh Homme et sortie du single If Only. 1997, après un changement de patronyme, Kai Hansen appréciant modérément qu'un cuistre américain choisisse le même nom que sa grotesque formation, les Queens of the Stone Age et Kyuss publient un EP qui fera date dans le petit monde fermée du stoner, l'ancien et nouveau groupe de Josh Homme occupant chacun une face du split intitulé sobrement Kyuss/Queens of the Stone Age (1). L'année suivante, le premier album des QOTSA sort et le potentiel que laissait envisager le EP précédent donne la pleine mesure du talent de compositeur du grand rouquin.

TunnelVision Brilliance - Scott Reeder (2006)

L'homme de prime abord est des plus sympathiques, et le fait d'être l'ancien bassiste de Kyuss ne joue, bien au contraire, pas en sa défaveur. Or contrairement à ces anciens camarades de jeu (le guitariste Josh Homme au sein des désormais célèbres Queens of the Stone Age, le chanteur John Garcia voire même le batteur Brant Bjork), Scott Reeder aura confirmé indirectement l'adage populaire qui veut que le bassiste de rock est par définition un homme effacé. Dès lors, avant de publier un album solo ou de créer son propre groupe après l'arrêt de la formation culte de Palm Desert, l'ancien remplaçant de Nick Oliveri allait-il multiplier les diverses apparitions louant ses services et son groove stoner ? La demande étant des plus faibles [1], Reeder se fit plutôt la main en produisant quelques albums appartenant ou non à cette sainte chapelle [2], en attendant la suite.

Après avoir composé dans son coin durant presque deux décennies son propre répertoire, Reeder sortit finalement en 2006 son premier et unique album solo intitulé TunnelVision Brilliance. A juste titre, au vu de la carte de visite du bassiste, l'amateur de rock pouvait s'attendre à un énième disque de stoner, classique, certes, mais sans surprise, Reeder invitant ici ou là quelques connaissances et amis comme souvent en pareil cas. C'était bien vite omettre la nature effacée (?) de notre homme, Reeder enregistrant l'archétype même de l'album solo, ce dernier s'occupant aussi bien seul, de la production, de la composition et de l'interprétation.

Summer Sessions Vol.1-3 - Causa Sui (2008-2009)

Question triviale en guise d'amuse-bouche, faut-il être né : 1/ dans le désert (depuis trop longtemps?) pour avoir une quelconque crédibilité musicale en matière de stoner rock d'obédience kyussienne 2/ au bord de la San Francisco Bay Area pour arborer fièrement un apparat psychédélique de bon aloi ? A la première interrogation, on pourra déjà sortir de son chapeau la formation munichoise Colour Haze qui depuis plus d'une dizaine d'années nous gratifie d'un stoner inspiré des plus kyussiens. Quant à la seconde, le vieux continent n'a pas attendu longtemps avant de s'enivrer des vapeurs artificielles et des senteurs patchouliennes, le Summer of Love de 1967 étant le parfait exemple et la preuve que la patrie du Grateful Dead n'avait pas le monopole du psychédélisme.

La Scandinavie avait déjà montré la voie durant les 90's avec quelques belles formations tels que les Spiritual Beggars de l'ex-Carcass Michael Amott et leur Another Way to Shine aux grandes oreilles. Dès lors, apprendre la nationalité danoise de Causa Sui, pays certes plus reconnu par une certaine frange comme celui qui a vu naitre un ancien anti-napster primaire ou un castrat maquillé en épouvantail lugubre, ne doit pas enfreindre la curiosité des amateurs de riffs hypnotiques et d'ambiances planantes tout en n'omettant pas, par moment, une lourdeur metallo-pachydermique bien sentie. Et puis pour faire taire les premiers récalcitrants, un groupe de rock qui cite comme influences Soft Machine, Jimi Hendrix et John Coltrane peut-il être foncièrement mauvais ?

Après un premier album sorti en 2005 puis un deuxième deux ans plus tard, le trio composé de Jonas Munk aux guitares, claviers et effets électroniques, de Jess Kahr à la basse et de Jakob Skøtt à la batterie sort à partir d'aout 2008 le premier volet de leur Summer Sessions, se concluant en juin de l'année suivante par les deux derniers volumes. Au-delà du titre de l'album composé en trois volets, hommage déguisé ou non aux sessions désertiques de Josh Homme, ces séances estivales s'en détachent suffisamment pour ne risquer à aucun moment une quelconque comparaison malheureuse, les trois volumes, comme pouvait le laisser apparaitre les trois noms cités plus haut, lorgnant plus vers la musique de la fin des 60's-début 70's qu'une vulgaire resucée stoner anémique.

Le premier volume des Summer Sessions de Causa Sui joue parfaitement son rôle d'initiateur à vrai dire. De leur récent passé de formation krautrock, le trio garde un goût évident pour les rythmiques hypnotiques et répétitives sur la suite de 25 minutes en ouverture intitulée Visions of Summer, Jonas Munk ayant autant assimilé les débuts de Amon Dull II que les longues plages instrumentales propre à l'acid-rock des 60's, avec néanmoins un goût prononcé pour les solos cristallins et pour les fins orgiaques où l'ombre d'un Santana n'est jamais bien loin. Ce premier volet résume avant tout les diverses influences de la formation dont deux des plus réjouissantes, annonçant un volume deux des plus exaltants, soit faire côtoyer le temps de Portixeddu le groove d'un Carlos Santana et la folie d'un Pharoah Sanders [1], ou Soul Sacrifice revisité par Fun House. Finalement, le disque se clôt par un Soledad aux réminiscences kyussiennes, soit la porte d'entrée vers un futur Summer Sessions Vol. 3.

Dès lors, si le premier album a un objectif déguisé, c'est bien celui de mettre en appétit l'auditeur lui offrant un panel du savoir-faire causa suien. Le Volume 2 s'ouvre ainsi sur le court Sun Prayer, nous rappelant au bon souvenir du mélodique Oasis de Pat Metheny issu de son Watercolors. Interlude contemplative où comment prendre le contrepied en découvrant le reste du disque, la référence jazz précédente permettant de souligner avant toute chose la teinte primordiale de ce dernier, à savoir un savoureux mélange de stoner mâtiné d'une bonne louche de psychédélique sous la houlette d'un formidable saxophone rugissant (Rip Tide) joué par le dénommé Johan Riedenlow, et secondé par le claviériste danois Rasmus Rasmussen [2]. Puis vient déjà le plat de résistance de la face B de l'album [3] passé un Cinecittá des plus légers, Tropic Of Capricorn, où de nouveau Jonas Munk fait étalage de tout son feeling pour une jam session des plus débridées entre un clavier vintage caravanseraien durant la première partie et un Johan Riedenlow toujours aussi impérial durant la seconde. Summer Sessions Vol. 2 ou le volet le plus aventureux.

Comme annoncé précédemment, le dernier volume est sans doute celui qui offre le moins de surprise, tout du moins le plus kyussien comme ce bien nommé Red Valley qu'on croirait tout droit sorti de Welcome to Sky Valley de la bande à Homme, avec néanmoins une approche plus atmosphérique et toujours ce saxophone tourbillonnant (Santa Sangre et Eugenie). Une Summer Sessions Vol. 3 à la fois donc plus lourde, mais aussi plus mélodique (Venice By The Sea) et plus cadrée, soit moins portée sur les très longues plages instrumentales improvisées [4].

Au final, une des découvertes de 2009 et un des coups de cœur tardifs pour un groupe adepte de stoner-kraut-psych-jazz rock [5].



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[1] Quoi de plus normal me direz-vous, ces deux derniers étant tous les deux dévoués au génie de Coltrane.

[2] Ça ne s'invente pas un tel patronyme, plus danois que ça...

[3] Les 3 volumes étant sortis au départ au format vinyle, et donc pensés comme tel.

[4] Encore que Red Valley avoisine les 10 minutes... et Santa Sangre ou Eugenie les 8 minutes...

[5] Menu certes roboratif mais tout à fait digeste, comme quoi...

A la recherche de Fu Manchu

C'est pas pour dire mais s'entendre dire qu'on se complait volontairement dans une attitude snob du fait de son manque d'attrait pour la pop music, ça laisse dubitatif...

Forcément, il est de bon ton et surtout facile de se moquer ou conspuer l'œuvre entière de Coldplay ou la dernière offrande du plus grand groupe du monde... U2 (ce qui n’enlève en rien aux quelques critiques que j’ai pu lire fort constructives… rien à voir avec l’énorme blague publiée par les Inrocks sous la plume du très "objectif" Michka Assayas...). Au passage, y'a pas à dire, qu'ils s'agissent de ces irlandais ou d'un quelconque groupe remplissant les stades, j'adore les superlatifs de ce genre... C'est constructif et ça ne mange pas de pain ma bonne dame. Le genre de formule basique qu'on croirait tout droit sorti d'une chronique musicale d'un journal télévisé franchouille (ou faussement branchouille comme le Grand Journal...). Et qu'on ne me sorte pas encore l'argument post-attardé que tout vient d'un rejet de la musique commerciale (combien de fois j'ai pu l'entendre celle-là:"ah ouais t'aime pas les groupes commerciaux" sic...). Mais toute musique est en soit commerciale, hormis la parenthèse du téléchargement dit illégal, un disque n'est pas gratuit. Qu'un disque se vende à plusieurs millions d'exemplaires ne détermine ni ses qualités (argument souvent sorti par certains pour décrédibiliser les artistes qui vendent peu... un argument qu'on ne doit pas seulement aux fans de Toto ou de Dire Straits pour faire taire leurs contradicteurs, faut-il le rappeler) ni ses défauts ("ouais tu comprends coco, depuis qu'ils ont vendu leur dernier album par palette entière sont devenus des vendus, tu vois..."), au mieux les chiffres de vente donne une impression. Et un exemple qui me vient à l'esprit pour les fans de boursouflure, le groupe The Wallflowers mené par Jakob Dylan (fils de Bob) a vendu plus de disques sur le territoire US que son paternel. Pourtant, en laissant de côté les qualités de Wallflowers, il me semble que l'empreinte laissée par Dylan est d'un tout autre niveau...

Muchas Gracias Kyuss

En novembre 2000, Elektra Records eu l'idée de sortir un supposé florilège de Kyuss au nom évocateur Muchas Gracias: The Best of Kyuss... supposé car il s'agit surtout plus d'une compilation que d'un greatest hits (notez que la motion hits aurait été amusante, eut égard aux chiffres de vente des précédents albums de nos californiens... encore que 4AD a bien sorti ironiquement une compilation intitulée Hits pour The Birthday Party...). De prime abord, difficile de ne pas froncer les sourcils à l'évocation de la sortie d'un best of... qui plus est lorsque le dit groupe n'a en son actif que quatre LPs. Elektra Records souhaiterait-elle surfer sur le petit buzz qui régnait autour de Kyuss, comme géniteur du style stoner rock?

A vrai dire, même si le premier des capitalistes vous avouera qu'un petit profit reste un profit, les ventes de Muchas Gracias: The Best of Kyuss n'ont pas dû atteindre non plus des sommets... Et pourquoi me direz-vous? On a beau distiller un suspense digne des plus belles productions de la Cannon, il convient d'éclaircir la situation.