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The Astro-Zombies - Ted V. Mikels (1968)

Magicien, acrobate, cracheur de feu, cascadeur et enfin auteur de documentaires éducatifs dans les années 50, Ted V. Mikels réalisa son premier long métrage fictionnel en 1963, Strike Me Deadly, suivi dans la foulée du bien nommé Dr. Sex (1964) signé du pseudonyme Theo Mikacecci puis du brûlot The Black Klansman [1] (1966). Chantre d'un cinéma d'exploitation indépendant, celui-ci fit son entrée dans le cercle très fermé des cinéastes cultes auprès du public bis par la sortie de son sixième long métrage The Astro-Zombies. Cette série Z, éditée depuis en Blu-ray en 2016 par Kino Lorber, est devenue au fil du temps l'un des parangons du cinéma supra-fauché de cette époque, assortie sur le sol étasunien de la réputation non moins flatteuse d'être l'un des pires films jamais réalisés [2]. Ajoutons au dossier à (dé)charge (?) que les Misfits de Glenn Danzig ont rendu hommage au long métrage dans leur non moins culte premier album Walk Among Us, en sus de la présence de la voluptueuse, et figure de la viragophilie chère à Noël Burch, Tura Satana au casting, il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité du préposé à la chronique. Mais n'allons pas trop vite. 

Alertée par la découverte de plusieurs cadavres mutilés, l'agent Hollman (Wendell Corey) de la CIA conclut rapidement que ces crimes sont signés par le docteur DeMarco (John Carradine), un ex-scientifique renvoyé de l'agence spatiale qui était en charge de créer le premier humanoïde astronaute téléguidé (?!). Secondé par son assistant Franchot (William Bagdad), DeMarco a toutefois a perdu le contrôle de sa création en substituant à son premier cobaye le cerveau d'un tueur psychopathe. Après le meurtre d'une femme travaillant dans l'ancien laboratoire de DeMarco, les agents Eric Porter (Tom Pace) et Chuck Edwards (Joseph Hoover) tendent un piège à la créature, espérant retrouver la trace du docteur...

The Satanist - Zoltan G. Spencer (1968)

Longtemps considéré comme perdu, The Satanist, long métrage de Spencer Crilly, plus connu sous le pseudonyme de Zoltan G. Spencer, fut exhumé et projeté un soir de juillet 2014 en clôture du Forgotten Film Festival de Philadelphie. Fort du succès de la projection, la société Garagehouse Pictures édita deux ans plus tard, en octobre 2016, le jour d'Halloween, une version inédite restaurée 4K en Blu-ray de cet obscur film déviant. Invisible auprès des initié.e.s depuis plus de quatre décennies, ce croisement sulfureux entre l'érotisme débridé de Russ Meyer et les préceptes prônés par Anton LaVey, fondateur de l'Église de Satan, avait tout pour attiser la curiosité du préposé. Mieux, en dépit de ses limites intrinsèques, The Satanist demeure une bonne surprise. Mais n'allons pas trop vite.

Un romancier, prénommé John, s'installe avec son épouse Mary (Mary Bauer) à la campagne, afin de se remettre de sa précédente dépression et quitter l'agitation urbaine. Un jour, par mégarde, au volant de sa voiture, John renverse une jeune femme à vélo, Shandra (Pat Barrington), qui n'est autre que la voisine du couple. Celle-ci, nullement rancunière, les invite à prendre un verre chez elle. Au cours de la soirée, Shandra qui se présente comme une "élève de l'occulte" offre à John un ancien livre sur la sorcellerie... 
  

Les Funérailles des roses - Toshio Matsumoto (1969)

Pionnier du cinéma expérimental nippon, auteur de plusieurs courts métrages documentaires depuis le mitan des années cinquante, Toshio Matsumoto réalisa à la fin de la décennie suivante son premier long métrage intitulé Les Funérailles des roses. Manifeste cinématographique, peinture brute de la contre-culture tokyoïte, document rare sur la communauté queer du quartier de Shinjuku, ce film, à la croisée des genres, s'est imposé comme une œuvre maîtresse de la Nouvelle Vague japonaise aux côtés, au hasard, des longs métrages sulfureux de Nagisa Oshima. Le film est à découvrir, pour la première fois en France, en copie restaurée 4K à partir du 20 février dans les salles.

Tokyo, fin des années 1960. Eddie (Peter) travaille le soir comme hôtesse au bar Genet, dont elle est devenue l'icône. Amante de Gonda (Yoshio Tsuchiya), trafiquant de drogue et propriétaire du bar, Eddie occupe ses journées en compagnie d'autres marginaux, dont son ami réalisateur d'avant-garde surnommé “Guevera”. Or la maîtresse de Gonda, Leda (Osamu Ogasawara), plus âgée et tenancière du bar, découvre la relation entre Eddie et Gonda...
  

Les producteurs - Mel Brooks (1967)

Premier long-métrage de Mel Brooks, le film Les Producteurs a fêté l'année dernière son cinquantième anniversaire. Lauréat de l'Oscar du meilleur scénario original en 1968, devant Stanley Kubrick et John Cassavettes, respectivement pour 2001, l'Odyssée de l'espace et Faces, Mel Brooks frappait un grand coup, tant sur le fond que sur la forme. Inspirée de son expérience passée dans le monde du spectacle, cette satire marquait un tournant dans l'univers comique étasunien. A l'éternelle question "peut-on rire de tout ?", Brooks répondait par l'affirmative repoussant à l'envie les limites du bon goût et du politiquement correct. À découvrir grâce à Carlotta dans sa nouvelle version restaurée au cinéma depuis le 22 août.

Jadis célèbre producteur à Broadway, Max Bialystock (Zero Mostel) est désormais contraint de soutirer de l'argent à de riches octogénaires libidineuses en faisant le gigolo. Un jour débarque le timide et névrosé Leo Bloom (Gene Wilder), chargé de vérifier ses comptes. Constatant certaines irrégularités, le comptable fait remarquer qu'il y aurait beaucoup d'argent à se faire en montant un spectacle qui s'avérerait être un flop immédiat. Les deux comparses décident de s'associer et tombent sur le projet parfait : une comédie musicale intitulée Le Printemps d'Hitler, écrite par un certain Franz Liebkind (Kenneth Mars), faisant l'apologie du Troisième Reich...
   

The Intruder - Roger Corman (1962)

Auteur du livre en 1990 intitulé How I Made a Hundred Movies in Hollywood and Never Lost a Dime [1], le cinéaste et producteur indépendant Roger Corman se rappelait au bon souvenir des classiques de la série B qu'il mit en scène, ou finança à moindre frais, pendant près de quatre décennies. Or un intrus, justement, se glisse dans cette liste qui compte L'attaque des crabes géants, La petite boutique des horreurs, The Trip ou Bloody Mama, un long métrage considéré aujourd'hui comme son meilleur film, et paradoxalement son seul revers commercial, The Intruder. Sorti la même année que L'enterré vivant, et un an avant le classique Le corbeau, nouvelle adaptation d'Edgar Allan Poe avec son acteur fétiche Vincent Price, Roger Corman s'écartait pour la première et dernière fois du film de genre, et tournait un film engagé, ancré dans son époque, évoquant la lutte pour les droits civiques. Autofinancé, The Intruder récolta d'excellentes critiques, en dépit d'un succès d'estime qui poussa Corman à revenir aux films d'exploitation. Pour la première fois dans les salles françaises en version restaurée le 15 août.

À Caxton, petite ville du sud des États-Unis, une loi vient de passer autorisant un quota d'élèves noirs à intégrer un lycée fréquenté par des Blancs. Arrivé par le bus, membre de l'organisation Patrick Henry, le dénommé Adam Cramer (William Shatner) enquête auprès des habitants afin de savoir ce qu'ils pensent de cette réforme controversée. Charismatique, beau parleur et dangereusement séducteur, Cramer sème rapidement le trouble dans la ville…
   

La vengeance aux deux visages (One-Eyed Jacks) - Marlon Brando (1961)

En marge des productions sorties en 1961 [1], La vengeance aux deux visages, première et dernière réalisation de Marlon Brando, est un western unique en son genre. Le long métrage est l'adaptation du roman de Charles Neider, The Authentic Death of Hendry, publié cinq ans plus tôt, lui-même inspiré par la vie de Billy the Kid, à la demande du producteur Frank P. Rosenberg. D'un scénario confié à l'origine à Rod Serling (La quatrième dimension), le projet fut également proposé au jeune Stanley Kubrick, avant que son acteur principal ne s'occupe finalement de la mise en scène. Film réputé pour sa production difficile et chaotique, One-Eyed Jacks n'en demeure pas moins aujourd'hui un classique du western, annonçant de quelques années le courant révisionniste porté par le Nouvel Hollywood. Disponible en Édition prestige limitée et DVD depuis le 11 juillet en version restaurée.

Trois truands américains braquent une banque dans un village mexicain avant d'être pourchassés par la police locale. Le premier est abattu, tandis que les deux autres, Rio (Marlon Brandon) et Dad Longworth (Karl Malden), parviennent à s'enfuir avec deux sacs remplis d'or. Acculés par les fédéraux mexicains au sommet d'une colline, Longworth, parti chercher de l'aide, abandonne son camarade et s'échappe avec le magot. Cerné de toutes parts, Rio est arrêté. Cinq plus tard, Rio s'évade de prison et n'a qu'une seule idée en tête : se venger de son ancien acolyte. Dans un bar mexicain, Rio fait la connaissance du braqueur de banque Bob Amory (Ben Johnson). Il lui apprend que Dad est désormais shérif à Monterey...
  

Lucky, el intrépido - Jess Franco (1967)

Baptisé en France sous le mystérieux nom d'Operation Re Mida, Lucky, el intrépido [1] s'inscrit comme un cas d'école dans la bouillonnante filmographie du madrilène Jesús Franco. Considérée par son réalisateur comme l'un de ses films préférés, cette production italo-espagnole ne trouva pas son public à l'époque de son exploitation. Mal distribué, mal compris, Lucky fut rangé rapidement comme un produit inadapté appartenant, bon an mal an, à la catégorie Europsy. Une grave erreur d'appréciation tant celui-ci relevait, dans le sillage du Cartes sur table mis en scène par Franco l'année précédente avec Eddie Constantine, de la parodie. Mais pas seulement. Expliquant sans aucun doute l'embarras de ses commanditaires, Lucky, non content de jouer avec les codes du film d'espionnage, empruntait directement à la bande-dessinée son langage narratif. Un film hybride à classer entre La dixième victime d'Elio Petri et Danger Diabolik de Mario Bava. 

Lors d'une fête costumée, une femme déguisée en Cléopâtre (Teresa Gimpera) est poursuivie par des meurtriers. Sa mission est de conduire l'agent Lucky Mulligan (Ray Danton) à New York, où se trouve la loge secrète Archangel. Les membres le chargent d'enquêter sur l'apparition de faux dollars qui inondent les marchés du monde entier. A Rome, au « marché aux espions », Lucky accompagné de Michele (Dante Posani) apprend que l'usine où est fabriqué le papier est située en Albanie...

Picnic - Jordan Logan (1955) / Soudain l'été dernier - Joseph Mankiewicz (1960)

Adaptations hollywoodiennes de deux pièces de théâtre célèbres des années 50, la première du fait de son succès à Broadway, la seconde à cause du parfum de scandale qui s'en dégageait, Picnic et Soudain l'été dernier connaissent cette semaine une actualité récente. Écrites respectivement par deux dramaturges lauréats du Prix Pulitzer, William Inge [1] en 1953 pour cette même pièce, et Tennessee Williams deux fois en 1948 et 1955 pour Un tramway nommé Désir et La Chatte sur un toit brûlant, ces deux œuvres furent adaptées pour le grand écran par Jordan Logan et Joseph Mankiewicz, deux grands metteurs en scène reconnus respectivement pour leurs adaptations au théâtre et au cinéma. Logan dirigea en 1953 la première version théâtrale de Picnic [2], tandis que Mankiewicz adapta avec réussite plusieurs pièces et romans dont Jules César ou Eve.
  
Films traitant de manière différente le thème de la sexualité, Picnic par l'arrivée perturbatrice d'un mâle rustre dans une communauté rurale, alors que Soudain l'été dernier aborde d'autres sujets autrement plus périlleux pour l'époque (pédophilie, homosexualité, cannibalisme et inceste) dans la limite que pouvait tolérer le code Hays [3], il n'est guère étonnant que ces deux longs métrages, désormais érigés de nos jours au rang de classique, connurent un accueil à leur sortie diamétralement opposé. D'une réception extrêmement favorable pour le premier, celle du second fut sans surprise plus mitigé en dépit de son casting remarquable, la presse conservatrice goûtant peu les excès hérités de Williams. En version restaurée en DVD et Blu-Ray ce 23 août.
 
D'un scénario écrit par Daniel Taradash, Oscar l'année précédente pour le film de Fred Zinnemann, Tant qu'il y aura des hommes (1953), l'action de Picnic se situe dans une petite ville du Kansas le jour de la fête du Travail durant le pique-nique organisé chaque année à cette occasion. Débarquant le jour même par un train de marchandises, Hal Carter (William Holden), ancien camarade d'université d'Alan Benson (Cliff Robertson), fils du riche céréalier de la région, fait connaissance de la petite amie de ce dernier, Madge Owens (Kim Novak), la plus jolie fille du coin, et tombe immédiatement sous son charme... 
  

Le Lauréat (The Graduate) - Mike Nichols (1967)

Long métrage qui a révélé au grand public un dénommé Dustin HoffmanLe lauréat reste, cinquante ans tout juste après sa sortie, un incontournable du cinéma étasunien des années 60. Réalisé par le débutant Mike Nichols, qui avait fait ses premières armes l'année précédente en tant que metteur en scène en signant l'adaptation de la pièce de théâtre Qui a peur de Virginia Woolf? avec le couple mythique Elizabeth Taylor / Richard Burton, le film sorti fin décembre 1967 récolta autant de critiques positives qu'il fut un succès massif auprès du public. Satire de l'american way of life des classes moyennes de la côte Ouest, Le Lauréat marque encore les esprits de nos jours par sa capacité à décrire avec justesse et acidité cet instant transitionnel de l'histoire des États-Unis. À découvrir pour son cinquantième anniversaire dans sa nouvelle version restaurée au cinéma depuis le 12 juillet.

Âgé de vingt et un ans, Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) revient chez ses parents après avoir obtenu sa licence où ses derniers ont organisé une soirée afin de fêter son diplôme. En dépit de sa réussite, le jeune homme n'en demeure pas moins mal à l'aise quand ses parents et leurs invités le questionnent sur son avenir, ce dernier préférant s'éclipser. Au calme dans sa chambre, Benjamin fait la connaissance de Mme Robinson (Anne Bancroft) qui le séduit et en fait rapidement son amant. Les parents de Benjamin, qui ignorent tout de cette relation, incitent leur fils à sortir avec Elaine (Katharine Ross), la fille des Robinson. D'abord réticent, souhaitant mettre fin rapidement à ce rendez-vous, Benjamin réalise au cours de la soirée qu'il a des sentiments pour l'étudiante…
   

La dixième victime - Elio Petri (1965)

Cinquième long métrage du cinéaste transalpin Elio Petri [1], La Dixième Victime pourrait facilement faire figure d'OFNI dans la filmographie de l'auteur d'Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon. Appartenant au genre de l'anticipation ou, plus précisément, de la dystopie, ce long métrage tendrait à s'écarter frontalement des précédentes réalisations de l'italien. Mis en scène par Pietri après deux comédies, Il Maestro di Vigevano et le segment Peccato nel pomeriggio du film à sketches Haute fidélité, plus sa participation au scénario des Monstres, monument de la comédie à l'italienne signé Dino Risi, La Dixième Victime marquait en premier lieu le retour de l'acteur Marcello Mastroianni, interprète principal de son premier long métrage L'assassin, et du grand Tonino Guerra, scénariste de ses deux premiers films « Antonioniens » [2]. Nourri de ces diverses expériences, avec plus ou moins de succès (en particulier Il Maestro di Vigevano dont Pietri fut insatisfait) dans le genre comique, Petri surprit donc en décidant d'adapter la nouvelle La Septième Victime de l'Américain Robert Sheckley. Transposé dans le futur, l'univers de la nouvelle recouvrait toutefois certains traits propres au cinéma de l'italien, dont sa nécessité de questionner les évolutions de la société italienne, livrant ainsi une satire sociale aux accents résolument « pop ». À découvrir dans sa version restaurée 2K depuis le 12 juillet en DVD et Blu-ray dans le cadre de la Collection cinéma italien éditée par Carlotta. Mais n'allons pas trop vite...

Dans un futur proche, pour abolir les guerres et canaliser la violence humaine, le meurtre a été légalisé à l'échelle mondiale pour les candidats qui participent à la Grande Chasse. Le principe : un chasseur et une victime, désignés au hasard, doivent s'entre-tuer. Règle n° 1 : chaque membre devra participer à 10 chasses, 5 comme chasseur et 5 comme victime en alternance. Règle n° 2 : le chasseur connaît l'identité de sa victime, son nom, son adresse, ses habitudes. Règle n° 3 : la victime ignore l'identité de son chasseur. Règle n° 4 : le vainqueur de chaque chasse gagnera de l'argent. Celui qui sera encore en vie après sa dixième chasse sera proclamé Décaton et recevra un million de dollars. En cours de remporter sa dixième victoire consécutive, l'Américaine Caroline Meredith (Ursulla Andress) apprend que sa dernière victime est l'Italien Marcello Poletti (Marcello Mastroianni)...

L'homme aux cent visages - Dino Risi (1960)

Premier film du duo le réalisateur Dino Risi / l'acteur Vittorio Gassman, L'homme aux cent visages, sorti en Italie en 1960, s'inscrit, de prime abord, dans le renouveau de la comédie italienne, initié quelques années plus tôt au début de la décennie précédente. De ses débuts de documentariste d'après-Guerre à son passage définitif à la fiction après 1953 et son long métrage Le chemin de l'espérance, Dino Risi se fit remarquer par la série des Pauvres mais beaux ou bien encore par Le signe de Vénus avec Sofia Loren et Vittorio De Sica [1]. En parallèle, son futur partenaire Vittorio Gassman consacrait essentiellement son temps au théâtre, prenant à la légère une carrière cinématographique débutée également après 1945, avant sa rencontre avec Mario Monicelli et le succès du film Le pigeon (1958). Dans le sillage du sarcastique La Grande Guerre signé Monicelli avec de nouveau Gassman, Risi signait avec Le veuf une de ses premières œuvres majeures, avant d'entamer l'année suivante son nouveau projet, Il Mattatore, coécrit avec Ettore Scola et Ruggero Maccari au scénario, et cette fois-ci l'une des figures de la comédie italienne et son futur acteur fétiche, Vittorio Gassman. A (re)découvrir dans les salles en version restaurée depuis le 14 juin.

Gerardo Latini (Vittorio Gassman) et sa femme Annalisa mènent depuis quelque temps une existence tranquille et sans histoire, au grand dam de celui-ci. Un jour, un homme sonne à leur porte pour essayer de leur vendre un chandelier. Gerardo sent rapidement l'arnaque, et pour cause : celui-ci était jadis expert en escroquerie en tout genre, surnommé Gerardo l'artiste pour sa capacité à incarner de multiples personnages dans le but d'extorquer les gens…

Goto, l'île d'amour - Walerian Borowczyk (1968)

Après s'être fait remarqué en France à partir de la fin des années 50 par ses courts métrages d'animations, dont plusieurs reçurent des prix dans divers festivals internationaux, dont Rosalie lauréat de l'Ours d'Argent à Berlin en 1966, et un premier long métrage d'animation, Théâtre de Monsieur & Madame Kabal en 1967, le polonais Walerian Borowczyk se lançait l'année suivante dans la réalisation de son premier long métrage en prise de vues réelles, Goto, l'île d'amour. Œuvre à l'image de ses précédents métrages, le dénommé Goto se distinguait par sa singularité, tant formelle que thématique, dépassant ainsi la seule critique évidente du totalitarisme (le film fut interdit à la fois par la Pologne communiste et par l'Espagne de Franco). A redécouvrir dans les salles à partir du 24 février en ouverture de la rétrospective Walerian Borowczyk qui se tiendra au Centre Pompidou, et en DVD dans le coffret collector [1] qui sort ce 22 février. 

Condamné à mort pour avoir volé la paire de jumelles du Lieutenant Gono (Jean-Pierre Andréani), Grozo (Guy Saint-Jean) est gracié par Goto III (Pierre Brasseur), gouverneur-dictateur de Goto, île coupée du monde depuis le terrible tremblement de terre de 1887 au cours duquel sa superficie fut réduite à 90 %, et sa population décimée à 99 % dont la famille royale. Désormais préposé au cirage des chaussures du gouverneur et de son épouse Glossia (Ligia Branice), à l'extermination des mouches et au soins du chenil, Grozo ne rêve que de posséder la belle Glossia, mais celle-ci aime Gono...

Barberousse - Akira Kurosawa (1965)

Deuxième volet de sa trilogie dite « de la misère », après Les Bas-Fonds (1957) et avant Dodes'ka-den (1970), Barberousse signe la fin de la collaboration entre Akira Kurosawa et son acteur fétiche Toshirô Mifune, long métrage pour lequel Mifune remporta la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra, quatre années après sa première récompense à Venise en 1961 pour Yojimbo également réalisé par Kurosawa. Adaptation du roman éponyme de l'écrivain Shûgorô Yamamoto [1] et de Humiliés et offensés de l'écrivain russe Dostoïevski, ou l'une des influences majeures du cinéaste japonais, Barberousse parachève la fin d'un cycle initié vingt ans auparavant, le film marquant l'arrêt d'une période d'intense productivité pour Akira Kurosawa, le réalisateur japonais tournant quasiment au rythme d'un film par an depuis La Légende du grand judo en 1943 (vingt-quatre films en vingt-deux ans). A (re)découvrir dans les salles en copie restaurée depuis le 25 janvier.    

Tokyo, quartier de Koishikawa, début du 19ème siècle. Le jeune docteur Noboru Yasumoto (Yûzô Kayama) vient de finir de brillantes études de médecine dans une école hollandaise à Nagasaki, et se prépare à être affecté au poste prestigieux de médecin personnel du Shogun. Contre toute attente, il est nommé dans un dispensaire d'un quartier défavorisé de la capitale tenu par le docteur Kyojio Niide (Toshirô Mifune), surnommé Barberousse à cause de la couleur de sa barbe. Se sentant rabaissé, Yasumoto refuse dans un premier temps d'exercer la médecine dans l'espoir d'être renvoyé. Mais la personnalité de Barberousse, un homme à l'apparence sévère mais plein de compassion et entièrement dévoué à ses patients, et les patients qu'il va croiser, tous victimes de la misère sociale et humaine, lui ouvrent les yeux et remettent en question ses aspirations et sa responsabilité de médecin...

Une femme dans la tourmente (Midareru) - Mikio Naruse (1964)

Inédit en salles en France jusqu'à sa récente exploitation en décembre dernier, quelques mois après la rétrospective consacrée à son réalisateur, Mikio Naruse, à la Maison de la culture du Japon à Paris en avril 2015 [1], Une femme dans la tourmente sort pour la première fois en DVD dans le cadre du coffret L'âge d'or du cinéma japonais (1935-1975) édité par Carlotta qui sort ce 14 octobre.

Plus discret et secret que ses pairs Akira Kurosawa ou Kenji Mizoguchi, Mikio Naruse (1905-1969) est devenu à l'instar de Yasujiro Ozu l'un des témoins privilégiés des bouleversements de la société nippone d'après-guerre. Réalisateur de 89 films entre le début des années 30 et la fin des années 60, Mikio Naruse a pratiqué plusieurs genres différents, avec toujours la même constante au niveau du récit qui se résume toujours par « une quête de bonheur matériel ou sentimental dans laquelle les personnages se lancent au mépris des convenances morales, quête toujours entamée mais jamais aboutie », comme le souligne Eléonore Mahmoudian dans le Dictionnaire en 101 cinéastes japonais inclus dans ledit coffret. Et Une femme dans la tourmente ne déroge pas à ce constat. Au contraire, ce mélodrame, récompensé en 1964 au festival de Locarno par le prix d'interprétation féminine pour Hideko Takamine, actrice préférée de Naruse, narre l'amour impossible et la passion refoulée de deux êtres stoppée par les conventions sociales de l'époque. Mais n'allons pas trop vite.

Au Japon, la récente ouverture d'un supermarché met à mal la santé financière des petits commerçants d'un quartier d'une petite ville de province. Veuve de guerre, Reiko (Hideko Takamine) s'occupe seule depuis dix-huit ans de l'épicerie appartenant à sa belle-famille, quand son beau-frère, d'une dizaine d'années son cadet, Koji (Yûzô Kayama), revient dans le giron familial après avoir quitté son emploi à Tokyo. Alors que sa famille attend de lui la reprise du magasin, celui-ci mène au contraire une vie oisive et dissolue, entre jeux d'argent, alcool et filles [2]. Or la belle-famille de Reiko qui a d'autres projets pour l'épicerie...
 

Propriété privée - Leslie Stevens (1960)

Protégé d'Orson Welles à ses débuts [1], dramaturge puis scénariste pour le cinéma (il adapta la pièce de Gore Vidal, Le gaucher, pour Arthur Penn), producteur et réalisateur, dont une majeure partie de son travail fut consacré au petit écran (il est le créateur de la série de science-fiction Au-delà du réel entre 1963 et 1965), le prolifique Leslie Stevens, à l'instar de son illustre Pygmalion, dût rapidement composer avec une industrie cinématographique, rarement conciliante avec les créateurs épris d'indépendance. Écrit à une époque où le puissant code Hays régissait encore la production des films aux États-Unis, le premier film de Stevens, Propriété privée, n'eut d'autre choix d'être produit sans l'appui des grandes majors hollywoodiennes. Thriller aux références sexuelles explicites et au voyeurisme revendiqué, condamné par la Ligue pour la vertu, l'odeur de soufre laissée par Propriété privée dispensa sans surprise en 1960 un parfum de scandale. Film noir longtemps considéré comme perdu, invisible depuis sa sulfureuse sortie, Propriété privée ressort dans les salles ce 7 septembre 2016 dans une version restaurée en haute définition 4K. 

Émergeant d'une plage longeant l'océan pacifique, deux vagabonds nommés Duke (Corey Allen) et Boots (Warren Oates) font escale dans une station-service de la Pacific Coast Highway. Ils y font la connaissance d'Ed Hogate (Jerome Cowan) venu faire le plein de sa rutilante Buick Skylark. De la même manière qu'ils l'avaient fait avec le patron de la station-service, les deux marginaux intimident le directeur commercial. Or peu de temps après, ils remarquent une élégante femme blonde (Kate Manx) dans une belle auto blanche. Ils obligent le représentant de commerce, sous la menace de leurs couteaux, à suivre la jeune femme jusqu'à une villa cossue dans les hauteurs de Los Angeles. Sur place, ils découvrent que la maison d'à côté est inhabitée. Ils décident alors de s'y installer incognito pour épier leur nouvelle voisine, Ann, qui passe ses journées au bord de la piscine à attendre son mari...
 

The Endless Summer - Bruce Brown (1966)

Documentaire emblématique de la culture surf outre-Atlantique, The Endless Summer ressort dans les salles françaises en version restaurée inédite ce mercredi 10 août après une première sortie hexagonale, on l'imagine forcément en catimini, il y a quarante-huit ans. Projet initié par un jeune californien passionné de surf, le dénommé Bruce Brown eut l'idée de suivre avec sa caméra 16 mm le voyage de deux compatriotes surfeurs à la recherche de la vague parfaite au cours d'un « été sans fin ». Munis de leur seul planche de surf, d'un maillot de bain, et d'un pansement au besoin, Robert August et Mike Hynson, 18 et 21 ans au début de l'aventure en hiver 1963, avaient pour destination l'Afrique, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Tahiti puis Hawaï.

Doté d'un budget de 50 000 dollars, Bruce Brown, déjà réalisateur de nombreux documentaires sur le surf depuis la fin des années 50 dont le séminal Slippery When Wet (1958), souhaitait cette fois-ci s'écarter de ses précédents films en quittant la côte Ouest des États-Unis. Songeant au départ tourner uniquement en Afrique du Sud (on y reviendra), Brown décida par la suite de prolonger cet « été sans fin » en Afrique subsaharienne (Sénégal, Ghana et Liberia) et en Océanie. Au final, 15 km de bobine aux images d'une rare beauté.

Dragon Inn - King Hu (1967)

Première production taïwanaise de King Hu, après son départ de Hong Kong et le contrat qui le liait à la Shaw Brothers, Dragon Inn est le second wu xia pan de son auteur et son premier grand succès en Asie. Libre de toutes contraintes artistiques, Hu profita de l'autonomie que lui offrait la compagnie taïwanaise Union Film pour révolutionner, rien de moins, le film de sabre en cette année 1967 [1]. Deux semaines après la ressortie remarquée de A Touch of Zen, ce second long métrage de King Hu distribué par Carlotta ressort pour la première fois en version intégrale restaurée 4K. 

Chine du XVème siècle, durant la Dynastie des Ming, le loyal Yu Qian, précepteur du Prince et Ministre de la défense, est victime d'un complot et accusé à tort d'avoir aidé des étrangers. Yu Qian condamné à mort par Cao Shaoqin (Bai Ying), chef des eunuques qui se sont emparés du pouvoir à la Cour, ses trois enfants sont bannis à l'exil près de la frontière mongolienne. Mais celui qui contrôle la police secrète a d'autres plans, il prévoit en réalité de les exterminer en chemin. Sauvés une première fois par un inconnu, Shaoqin ordonne à ses deux fidèles commandants de préparer une embuscade à l'Auberge du dragon. L'endroit, habituellement désert en la saison, est bientôt envahi par les membres de la police secrète et par de mystérieux combattants…

Ikarie XB 1 - Jindrich Polák (1963)

Adaptation d'un roman de Stanisław Lem, le long métrage tchécoslovaque Ikarie XB-1, d'après Le nuage Magellan (Obłok Magellana), est un film unique dans la production science-fictionnelle des années 60. Pouvait-il en être autrement ? Pourtant rien n'indiquait au départ une telle singularité, à l'instar de la première adaptation de Lem, sévèrement critiquée par l'écrivain polonais, L'Étoile du silence (Der schweigende Stern) [1], d'après Astronauci (1951) et mise en scène trois années plus tôt en 1960 par l'est-allemand Kurt Maetzigpar. Or si le futur auteur de Solaris [2] fut connu, sauf l'exception Przekładaniec (1968) signée par son compatriote Andrzej Wajda, pour ses positions intransigeantes vis à vis de ses histoires transposées [3], admettons qu'Ikarie XB 1 a le premier mérite de se démarquer du caractère naïf (et propagandiste) qui prédominait dans la science-fiction de l'époque. A considérer à juste titre comme l'un des premiers films adultes de SF. Rien de moins.

2163, le vaisseau spatial Ikarie XB-1 et son équipage international constitué de quarante scientifiques ont pour mission de découvrir des traces de vies dans le système de l'étoile Alpha du Centaure. Tandis que la vie de cette petite ville spatiale s'organise, l'équipage croise le chemin d'un autre vaisseau spatial d'apparence primitive : une ancienne fusée terrienne. Deux cosmonautes y sont dépêchés et découvrent à bord des membres à l'apparence endormie, empoisonnés par un gaz toxique datant de la fin du XXème siècle. Mais les deux hommes périssent en déclenchant accidentellement l'explosion d'un des nombreux missiles nucléaires dont la navette est équipée. Peu de temps après, l'équipage se voit exposer au rayonnement mystérieux d'une étoile noire qui cause la somnolence de la plupart des membres, les deux membres ayant été directement exposé aux radiations à l'extérieur du vaisseau souffre quant à eux de graves troubles mentaux.

L'invention de Morel - Claude-Jean Bonnardot (1967)

Adapté du roman argentin du même nom, La invención de Morel, édité en 1940 et signé par l'auteur Adolfo Bioy Casares, L'invention de Morel s'inscrit comme un cas relativement unique dans le paysage culturel français. Produit et réalisé pour la télévision, ce film diffusé en décembre 1967, non content d'être un des tout premiers tournés en couleur, fait figure d'OTNI (Objet Télévisuel Non Identifié) tant son contenu s'éloigne des usuelles fictions produites par jadis l'ORTF. Edité en DVD par l'INA depuis 2012 sous la collection Les inédits fantastiques [1]L'invention de Morel n'est pas sans évoquer les autres essais fantastiques et science-fictionnelles qui seront réalisés quelques années après par d'autres auteur français à l'instar du Je t'aime je t'aime d'Alain Resnais ou Le temps de mourir d'Alain Farwagi. Mais n'allons pas trop vite.

11 janvier 1935. Débarqué depuis la veille, Luis (Alain Saury) est venu se cacher sur une île lointaine, Villings, dans l'archipel des Ellice. L'île est désormais abandonnée de tous, et nul ne s'y approche depuis que l'équipage et les passagers d'un bateau furent retrouvés morts, atteints d'une « maladie mystérieuse qui tue de la surface vers le dedans ». Dans cette île déserte subsiste néanmoins d'anciens vestiges modernes ; s'y dresse au nord, non loin d'un oasis, un hôtel particulier qualifié de « musée » avec piscine construit en 1925. Prisonnier et seul, n'ayant plus aucun moyen de repartir, Luis s'adapte tant bien que mal à cette nouvelle vie. Deux semaines après son arrivée, il découvre par surprise la présence de visiteurs. Habillés de vêtements semblables à ceux que l'on portait dix ans plutôt, ces derniers ne lui prêtent aucune attention. Invisible aux yeux de tous, Luis s'éprend au fil du temps d'une jeune femme, Faustine (Juliette Mills). Mais celle-ci, à l'instar de ses compagnons, ne le voit pas. Détail encore plus troublant, les faits et gestes de ses visiteurs se répètent et se déroulent de manière identique chaque semaine. Un soir, le maître des lieux, le dénommé Morel (Didier Conti), avoue lors d'un dîner avoir créé une machine qui enregistre la vie dans toutes ses dimensions...
   

Cronico Ristretto : Monk's Dream - Thelonious Monk (1963)

L'histoire a été mentionnée précédemment ici-même. Jazzman singulier, Thelonious Monk dut, contrairement aux autres précurseurs du be-bop, Bird ou Gillespie en tête, attendre la fin des 50's pour obtenir le début d'une véritable reconnaissance publique et critique. Mieux, la nouvelle décennie lui offrira enfin la consécration attendue en le plaçant au panthéon des pianistes. Petit rappel des faits.

1962, Monk rejoint Columbia, label de son ancien comparse et bref sparring-partner musical [1], Miles Davis, avec lequel il enregistra une unique et mémorable session un 24 décembre 1954 (regroupée sur les deux albums essentiels Miles Davis and the Modern Jazz Giants et Bags' Groove). Détail amusant autour de ces deux illustres jazzmen aux caractères bien trempés, si l'ombrageux trompettiste enregistra pour le label Prestige une première version de 'Round Midnight, Davis intitula néanmoins son premier album pour la major du même nom que le standard de Monk en 1957. Fin de l'aparté.