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Voluptueuse Laura (Eva nera) - Joe D'Amato (1976)

Indissociable d'Aristide Massaccesi, plus connu sous le pseudonyme Joe D'Amato, Laura Gemser, avant de devenir l'une des égéries du réalisateur de La nuit fantastique des morts-vivants, fut découverte aux yeux des initiés pour son rôle de masseuse dans la séquelle du long métrage de Just Jaeckin, Emmanuelle: L'antivierge (1975) de Francis Giacobetti. Choisie quasiment dans la foulée pour incarner le personnage qui la rendra célèbre dans le monde entier, la sublime interprète de Black Emanuelle de Bitto Albertini, fut à l'affiche l'année suivante, dans trois films réalisés par Joe D'Amato, marquant ainsi ses débuts auprès du cinéaste transalpin : Vœu de chasteté, le film qui nous intéresse Voluptueuse Laura, et enfin Black Emanuelle en Orient.

Eva (Laura Gemser) débarque à Hong Kong où elle fit la rencontre durant son vol de l'homme d'affaire Jules Carmichael (Gabriele Tinti). Danseuse, elle invite Jules à sa première qui se tient le soir même dans un night-club. Peu enclin à l'accompagner au départ, Judas (Jack Palance) se laisse convaincre par son frère, avant que l'ainé de fratrie tombe sous le charme, subjugué par la performance de la jeune femme, dansant à moitié nue avec un python. Judas l'invite le lendemain à déjeuner dans son restaurant préféré, puis chez lui, où cet homme fortuné lui présente un surprenant marché : sans rien attendre d'Eva, il lui propose de vivre dans son grand appartement et de lui offrir tout ce qu'elle désire...

In the Land of the Cannibals - Martin Miller (Bruno Mattei) (2003)

Après plusieurs années de disette qui virent Bruno Mattei, dernier pape du cinéma bis transalpin, auteur des mémorables Virus Cannibale et Rats de Manhattan, réaliser des films érotiques aseptisés, évoquant le meilleur du pire de l'esthétisme télévisuel, l'année 2003 allait sonner le réveil des bissophiles les plus déviants avec la production simultanée de longs métrages tournés aux Philippines. Mieux, non content de faire revivre les restes anachroniques d'un cinéma d'exploitation à jamais mort et enterré, Bruno Mattei, derrière le pseudonyme Martin Miller, mettait en scène, sur les traces d'un Ruggero Deodato (Cannibal Holocaust) et Umberto Lenzi (Cannibal Ferox), un des rares genres qu'il n'avait jamais abordé durant sa décennie dorée avec son acolyte Claudio Fragasso, après les morts-vivants ou le post-apocalyptique, le film de cannibales. Dont acte.

Au cœur de l'Amazonie, un commando, mené par le lieutenant Wilson (Lou Randall), est envoyé afin de retrouver Sara Armstrong (Cindy Jelic Matic), fille d'un sénateur étasunien, après la disparition de la précédente équipe de recherche. Aidé par Romero (Claudio Morales), qui connait les us et coutumes des tribus cannibales qui peuplent la jungle, Wilson et ses hommes font rapidement face aux dangers et à l'horreur tapie dans la forêt...
  

Shocking Dark - Vincent Dawn (1990)

Dernier film de la diabolique association de malfaiteurs connue sous le pseudonyme Vincent Dawn, Shocking dark a.k.a Contaminator, a.k.a Alienators, a.k.a Terminator 2 (?!), a.k.a Spectres à Venise, acta la fin de la fructueuse collaboration (Virus Cannibale et Les rats de Manhattan en tête) entre le metteur en scène Bruno Mattei et le scénariste Claudio Fragasso, après leurs récents Nato per combattere (1989) et Tre pesci, una gatta nel letto che scotta (1990). Chant du cygne d'un savoir-faire Bis crapoteux qui connut ses derniers soubresauts jusqu'au début des années 90, cette production italo-philippine réalisée fin 1988 - début 1989 se distingue toutefois à plus d'un titre. Premier indice, et mise en bouche avant de développer plus loin notre propos, illustré par l'affiche ci-contre, le film fut exploité et présenté au départ, dans la plupart des pays (à l'exception notable des États-Unis), comme la séquelle des aventures de Sarah Connor [1]. De cette méthode de margoulin évoquant les plus belles heures du cinéma d'exploitation transalpin [2], notre duo précité ne se contenta néanmoins pas d'une simple désorientation nominative propre à tromper l'imprudent spectateur. Hérauts portnawak de la transgression des lois du copyright, Mattei et Fragasso puisèrent directement dans le scénario du second volet d'une autre franchise (d'où croyez-vous que vient le titre Alienators ?), mais n'allons pas trop vite...
   

Scalps - Werner Knox (Bruno Mattei & Claudio Fragasso) (1987)

Homonyme d'un des premiers films de Fred Olen Ray réalisé quatre ans plus tôt, ce Scalps signé par un mystérieux Werner Knox est, comme le signale magistralement l'affiche ci-contre, un western aux arguments solides, sinon prometteurs. Sans plus attendre, dévoilons l'identité secrète du, ou plutôt, des metteurs en scène qui se cachent derrière ce pseudonyme aux accents germano-anglophones, un duo qui marqua de son empreinte la décennie 80 par leur foi inébranlable dans le cinéma et le portnawak, en signant [1] des œuvres aussi subversives que Virus Cannibale ou Les rats de Manhattan : Bruno Mattei / Claudio Fragasso. Davantage réputés pour leur opportunisme et la qualité controversée de leurs productions, nos deux compères, responsables d'un précédent western nommé Bianco Apache sorti également en 1987, déjouent les pronostics cette année-ci avec un diptyque inattendu. Mieux, à une époque où le western spaghetti est mort et enterré depuis bien longtemps, Scalps devance de quelques mois, sans évidemment l'éclipser, le retour du personnage culte interprété par Franco Nero dans la séquelle Django 2: il grande ritorno, en proposant une héroïne vengeresse sachant manier l'arc et les flèches explosives. Tout un programme.

Tandis que la fin de la Guerre de Sécession signe la défaite des états confédérés, l'irréductible colonel texan Connor (Alberto Farnese) et sa poignée de soldats perdus résistent encore et toujours à l'envahisseur yankee. Dirigeant d'une main de fer son camp et les contrées aux alentours, le colonel brûle d'avoir une nouvelle maîtresse à ses côtés en la personne de Yari (Mapi Galán), fille aînée du chef indien Aigle noir (Charly Bravo). Pour se faire, ils demandent à ses hommes d'aller récupérer, de gré ou de force, l'objet de son désir en échange de quelques bouteilles de whisky, fusils et autres munitions. Las, devant le refus et l'obstination des autochtones, les soldats obéissent aux ordres reçus, et massacrent la tribu Comanche afin de leur rappeler, une toute dernière fois, qui est le maître des lieux. Désormais prisonnière, Yari est sur le point d'être conduite à son futur amant psychotique, quand celle-ci réussit à s'échapper et trouve refuge dans le ranch de Matt (Vassili Karis), un ancien soldat confédéré qui voue une haine envers les indiens depuis la mort de son épouse...

L'autre enfer (L'altro inferno - The other Hell) - Bruno Mattei (1980)

Étrangement, il aura fallu attendre plusieurs années au préposé docteur à la chronique avant d'écrire sur le cas Bruno Mattei. Connu sous le sévère sobriquet d'Ed Wood italien, le cinéaste méritait pourtant qu'on s'y attarde, tant ce dernier s'inscrit dans un cinéma Bis désormais révolu. Capable du pire comme... du pire, le transalpin traîna au cours de sa filmographie, non sans raison, la sévère réputation d'être uniquement un réalisateur de séries Z. A l'instar de son homologue Joe D'Amato, Mattei signa de ses nombreux pseudonymes (le plus connu étant celui de Vincent Dawn) un panel conséquent de films de genre occupant les salles de quartier de l'époque. Appartenant au cercle des followers bisseux européens, Mattei suivit méticuleusement le mouvement des modes et succès venus d'outre-Atlantique, pour mieux les copier à sa façon [1].

Après des débuts de monteur des 60's jusqu'au début des 70's, lui faisant croiser la route de l'espagnol Jesus Franco pour la version italienne de L'amour dans les prisons des femmes (99 women) ou bien la fidèle adaptation du roman de Bram Stocker Les nuits de Dracula, l'homme commença par la suite une carrière de réalisateur en mettant en scène quelques documentaires et films de nazisploitation, en attendant son âge d'or la décennie suivante. Le romain réalisa pas moins de onze films entre 1980 et 1984, du zombie miteux au cannibales férocement cheap, du WIP (avec l'égérie de JDA, la sublime Laura Gemser) à la nunsploitation, en passant par le péplum érotique et, le post-nuke et son chef d'œuvre  Les rats de Manhattan. Enfin, passé deux western spaghetti de bonne facture et quelques soubresauts guerriers à la fin des 80's, Mattei se plia dans les 90's à la mode du thriller érotique [2], avant de revenir au crépuscule de sa vie dans les années 2000 à ses premiers amours gore fauchés. L'autre enfer sorti en Italie en 1981 contredit d'une certaine mesure cette filmographie rapidement et crapoteusement attachée au dit nanar. Mais n'allons pas trop vite.

Les nuits de Dracula (Nachts, wenn Dracula erwacht) - Jess Franco (1969)

Dans les souvenirs du préposé, la seule et unique adaptation du roman de Bram Stocker n'était autre que la superproduction réalisée par Francis Ford Coppola, enfin tel que l'on nous l'avait affirmé lors de sa sortie en 1992 [1]. Or si cette dernière s'avère sans conteste la plus fidèle, parmi les innombrables (re)lectures du mythe vampirique, et ceci malgré les libertés prises sur le texte originel, à savoir une esthétique empreinte d'érotisme et un personnage principal désormais perçu comme un monstre amoureux (ce qu'avait déjà esquissé le Dracula de John Badham en 1979) ; vingt ans auparavant, Jesús Franco avait lui aussi filmé sa version du roman de Stocker : Les nuit de Dracula. Une adaptation méconnue et pourtant aussi l'une des plus fidèles, avec le duo Christopher Lee / Klaus Kinski ; si ce n'est la plus fidèle depuis le Nosferatu de Murnau et bien avant celle de Coppola.

Comme annoncé en introduction, le scénario reprend la trame originale du roman, celle de Jonathan Harker (Fred Williams) traversant la Roumanie pour y rencontrer un client, le vieux comte valaque Dracula (Christopher Lee), et venu lui faire signer les actes de propriété de sa nouvelle demeure en Angleterre. Mais le vieil aristocrate, tout comme pouvait le laisser supposer les avertissements des autochtones apeurés en découvrant la destination du jeune homme, s'avère être un vampire. Abandonnant Harker à son triste sort, Dracula quitte sa terre natale pour la Hongrie [2] et y recouvrer une nouvelle jeunesse...