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Cronico ristretto : Lone Star - John Sayles (1996)

Figure méconnue du cinéma indépendant étasunien en France [1] ayant débuté auprès de Roger Corman, auteur depuis son premier film (autofinancé) Return of the Secaucus 7 en 1980 de dix-huit longs métrages protéiformes, John Sayles signa seize années plus tard Lone Star. Portrait intergénérationnel et multiethnique d'une communauté dans une petite ville texane proche de la frontière avec le Mexique, ce dixième long métrage ouvrit enfin à John Sayles les portes d'une double reconnaissance publique et critique, avec plusieurs nominations l'année suivante pour son scénario, aux Golden Globes, aux BAFTA et aux Oscars. 

Frontera, au Texas. Deux sergents découvrent un squelette sur un ancien champ de tir de l'armée. Natif de cette petite ville frontalière, le shérif Sam Deeds (Chris Cooper) apprend par le laboratoire médico-légal de San Marcos que les ossements retrouvés sont sans aucun doute ceux du shérif Charlie Wade (Kris Kristofferson) mystérieusement disparu trente-sept ans plus tôt. Sam doit replonger dans ce passé où le principal suspect n'est autre que son père, l'ancien shérif de Fontera, le respecté Buddy Deeds (Matthew McConaughey) auquel les notables de la ville ont décidé de rendre hommage.
 

La vengeance aux deux visages (One-Eyed Jacks) - Marlon Brando (1961)

En marge des productions sorties en 1961 [1], La vengeance aux deux visages, première et dernière réalisation de Marlon Brando, est un western unique en son genre. Le long métrage est l'adaptation du roman de Charles Neider, The Authentic Death of Hendry, publié cinq ans plus tôt, lui-même inspiré par la vie de Billy the Kid, à la demande du producteur Frank P. Rosenberg. D'un scénario confié à l'origine à Rod Serling (La quatrième dimension), le projet fut également proposé au jeune Stanley Kubrick, avant que son acteur principal ne s'occupe finalement de la mise en scène. Film réputé pour sa production difficile et chaotique, One-Eyed Jacks n'en demeure pas moins aujourd'hui un classique du western, annonçant de quelques années le courant révisionniste porté par le Nouvel Hollywood. Disponible en Édition prestige limitée et DVD depuis le 11 juillet en version restaurée.

Trois truands américains braquent une banque dans un village mexicain avant d'être pourchassés par la police locale. Le premier est abattu, tandis que les deux autres, Rio (Marlon Brandon) et Dad Longworth (Karl Malden), parviennent à s'enfuir avec deux sacs remplis d'or. Acculés par les fédéraux mexicains au sommet d'une colline, Longworth, parti chercher de l'aide, abandonne son camarade et s'échappe avec le magot. Cerné de toutes parts, Rio est arrêté. Cinq plus tard, Rio s'évade de prison et n'a qu'une seule idée en tête : se venger de son ancien acolyte. Dans un bar mexicain, Rio fait la connaissance du braqueur de banque Bob Amory (Ben Johnson). Il lui apprend que Dad est désormais shérif à Monterey...
  

Duel au soleil - King Vidor (1946)

Quatre mois après leur Coffret Ultra Collector consacré aux années Selznick d'Alfred Hitchcock, Carlotta édite une nouvelle édition luxueuse dédiée à l'autre production Selznick, après Autant en emporte le vent, rentrée dans la légende du cinéma, Duel au soleil. Film le plus onéreux jamais tourné à l'époque, tournage rocambolesque étalé sur près de deux années, etc., Duel au soleil et sa « monstrueuse » fabrication furent autant une entreprise démesurée, que la marque de la mégalomanie de son producteur. Triomphe commercial et critique à sa sortie, symbole d'un âge d'or hollywoodien qui connaissait alors ses derniers instants, Duel au soleil est désormais disponible pour la première fois dans sa version restaurée à partir du 21 mars prochain en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray et DVD [1].

Après l'exécution de son père, condamné à mort pour avoir tué sa femme indienne et son amant, la jeune Pearl Chavez (Jennifer Jones) part s'installer chez les McCanles, de riches cousins éloignés vivant au Texas. Sa peau métissée lui vaut de connaître l'hostilité du patriarche (Lionel Barrymore), et sa beauté d'attiser les tensions familiales, notamment entre les deux frères Jesse (Joseph Cotten) et Lewt (Gregory Peck). Car l'aîné, brillant diplômé en droit, est aussi pondéré et droit que le cadet, jeune voyou sans foi ni loi, est impulsif et passionné. Entre ces deux frères rivaux, Pearl va devoir choisir…
  

Little Big Man - Arthur Penn (1970)

Après un premier long métrage et une première incursion dans le genre du western en 1958, dans Le gaucher avec Paul Newman dans le rôle de Billy The Kid, qui se solda par une expérience des plus mitigées, tant critique que public, plus des premiers rapports difficiles avec une major [1], la Warner Bros., le cinéaste Arthur Penn, fort du succès de Bonnie et Clyde, trois ans plus tôt, revint en 1970 au genre avec l'adaptation du roman éponyme de Thomas Berger, Little Big Man (Mémoires d'un visage pâle dans sa version française). Entreprise de démystification de l'histoire des Etats-Unis, tant sur la forme que sur le fond, le long métrage s'inscrivit comme le premier acte de films remettant en cause la conquête de l'Ouest, et les velléités des colons blanc en abordant la question amérindienne [2], avant l'année suivante du Soldat bleu de Ralph Nelson [3] ou Jeremiah Johnson de Sydney Pollack. Un classique désormais de retour au cinéma le 20 juillet 2016 dans une version restaurée inédite.

Dans un hôpital, Jack Crabb (Dustin Hoffman), 121 ans, est le dernier survivant de la bataille de Little Bighorn qui vit la victoire des Indiens sur les troupes du général Custer (Richard Mulligan). Il raconte à un journaliste sa vie, du massacre de ses parents par les Indiens Pawnees, à son adoption par les Cheyennes, où il reçut le surnom de Little Big Man par son grand-père adoptif Peau de la Vieille Hutte (Dan George), puis son retour parmi les Blancs, jusqu'à son enrôlement dans l'armée de Custer durant les guerres indiennes…

Scalps - Werner Knox (Bruno Mattei & Claudio Fragasso) (1987)

Homonyme d'un des premiers films de Fred Olen Ray réalisé quatre ans plus tôt, ce Scalps signé par un mystérieux Werner Knox est, comme le signale magistralement l'affiche ci-contre, un western aux arguments solides, sinon prometteurs. Sans plus attendre, dévoilons l'identité secrète du, ou plutôt, des metteurs en scène qui se cachent derrière ce pseudonyme aux accents germano-anglophones, un duo qui marqua de son empreinte la décennie 80 par leur foi inébranlable dans le cinéma et le portnawak, en signant [1] des œuvres aussi subversives que Virus Cannibale ou Les rats de Manhattan : Bruno Mattei / Claudio Fragasso. Davantage réputés pour leur opportunisme et la qualité controversée de leurs productions, nos deux compères, responsables d'un précédent western nommé Bianco Apache sorti également en 1987, déjouent les pronostics cette année-ci avec un diptyque inattendu. Mieux, à une époque où le western spaghetti est mort et enterré depuis bien longtemps, Scalps devance de quelques mois, sans évidemment l'éclipser, le retour du personnage culte interprété par Franco Nero dans la séquelle Django 2: il grande ritorno, en proposant une héroïne vengeresse sachant manier l'arc et les flèches explosives. Tout un programme.

Tandis que la fin de la Guerre de Sécession signe la défaite des états confédérés, l'irréductible colonel texan Connor (Alberto Farnese) et sa poignée de soldats perdus résistent encore et toujours à l'envahisseur yankee. Dirigeant d'une main de fer son camp et les contrées aux alentours, le colonel brûle d'avoir une nouvelle maîtresse à ses côtés en la personne de Yari (Mapi Galán), fille aînée du chef indien Aigle noir (Charly Bravo). Pour se faire, ils demandent à ses hommes d'aller récupérer, de gré ou de force, l'objet de son désir en échange de quelques bouteilles de whisky, fusils et autres munitions. Las, devant le refus et l'obstination des autochtones, les soldats obéissent aux ordres reçus, et massacrent la tribu Comanche afin de leur rappeler, une toute dernière fois, qui est le maître des lieux. Désormais prisonnière, Yari est sur le point d'être conduite à son futur amant psychotique, quand celle-ci réussit à s'échapper et trouve refuge dans le ranch de Matt (Vassili Karis), un ancien soldat confédéré qui voue une haine envers les indiens depuis la mort de son épouse...

Dragon Inn - King Hu (1967)

Première production taïwanaise de King Hu, après son départ de Hong Kong et le contrat qui le liait à la Shaw Brothers, Dragon Inn est le second wu xia pan de son auteur et son premier grand succès en Asie. Libre de toutes contraintes artistiques, Hu profita de l'autonomie que lui offrait la compagnie taïwanaise Union Film pour révolutionner, rien de moins, le film de sabre en cette année 1967 [1]. Deux semaines après la ressortie remarquée de A Touch of Zen, ce second long métrage de King Hu distribué par Carlotta ressort pour la première fois en version intégrale restaurée 4K. 

Chine du XVème siècle, durant la Dynastie des Ming, le loyal Yu Qian, précepteur du Prince et Ministre de la défense, est victime d'un complot et accusé à tort d'avoir aidé des étrangers. Yu Qian condamné à mort par Cao Shaoqin (Bai Ying), chef des eunuques qui se sont emparés du pouvoir à la Cour, ses trois enfants sont bannis à l'exil près de la frontière mongolienne. Mais celui qui contrôle la police secrète a d'autres plans, il prévoit en réalité de les exterminer en chemin. Sauvés une première fois par un inconnu, Shaoqin ordonne à ses deux fidèles commandants de préparer une embuscade à l'Auberge du dragon. L'endroit, habituellement désert en la saison, est bientôt envahi par les membres de la police secrète et par de mystérieux combattants…

La porte du paradis (Heaven's Gate) - Michael Cimino (1980)

Rares sont les films qui ont su être le réceptacle de tant d'hostilités : honni par la critique, fuit comme la peste par le public, et paradoxalement peu soutenu par son studio, La porte du paradis reste un cas d'école plus de trois décennies après sa sortie. Film de tous les records et de tous les excès, Heaven's Gate eut le néfaste privilège de signer la banqueroute d'un studio United Artists, de symboliser l'arrêt du nouvel Hollywood, et, enfin, de briser la carrière de son auteur Michael Cimino. Œuvre marquante du 7ème art, mais désastre financier, à laquelle nous convie Carlotta pour la ressortie en version intégrale et restaurée le 27 février prochain. 

Présenté dès 1971 à United Artists, le projet du jeune scénariste Michael Cimino, basé sur la guerre qui embrasa le comté de Johnson, aura finalement mis plus de huit ans pour trouver désormais un écho favorable aux yeux des (nouveaux) décideurs du studio. Profitant du succès critique du cinéaste à la veille de son triomphe aux Oscars pour Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter), Cimino avait dès à présent carte blanche pour réaliser son western épique, crépusculaire et révisionniste, ou l’extermination à la fin du XIXème siècle d’une communauté d’immigrés de l’Europe de l’Est par une association de grands propriétaires... avec l'aval de Washington.

Lone Wolf McQuade (Œil pour œil) - Steve Carver (1983)

N'en déplaise aux (anciens jeunes) mécréants ne retenant de lui que ses anciennes aventures digestivo-dominicales, ses jeans moulants et son omnipotence (toutefois maintes fois démontrée), il fut un temps où les mots Chuck et Norris faisaient frémir d'effroi les cuistres, la racaille communiste et les terroristes barbus en tout genre. Rappelons nous, Chuck Norris était le dernier rempart du monde libre "combattant la haine... par passion de la vie" [1]. Soit un temps béni et révolu évoquant, aux aficionados de l'époque, la supériorité manifeste de notre rouquin barbu préféré. Or, si la formule parait (aisément) exagérée, le cinéphile déviant, fan des productions eighties de la sacro-sainte Cannon, pourra toutefois revoir sa copie, et mettre un temps en veille ses quelques rires sardoniques, après le visionnage de cet estimable Lone Wolf McQuade (Œil pour œil)... étonnant, non ?

Ce film signé Steve Carver, à qui l'on devait déjà deux années plus tôt An Eye for an Eye (Dent pour dent) toujours avec Chuck Norris [2], est en effet loin d'être la plante potagère que laissait trivialement supposer l'affiche de cette, finalement, divertissante série B. Sorti une année avant l'exploitation golano-globussienne [3], le film apparaît comme un véritable mélange des genres où se croiseront des influences hétéroclites provenant aussi bien du western spaghetti, du policier et bien évidemment du film d'arts martiaux... ajoutez à cela une femme fatale avec romance en option, Oeil pour œil s'affirme comme un véritable fourre-tout où la présence de Chuck Norris devient finalement assez surprenante.

Cronico Ristretto: Joe Kidd - John Sturges (1972)

Western réalisé à l'aube des 70's par le non moins réputé John Sturges [1] avec en haut de l'affiche, excusez du peu, Clint Eastwood et Robert Duvall, Joe Kidd n'en demeure pas moins un long métrage peu connu. A raison ? 

Joe Kidd (Clint Eastwood), ancien pisteur et chasseur de primes réputé, désormais à la retraite dans son ranch, fait un crochet par la prison du shérif de Sinola dans le Nouveau-Mexique après avoir été arrêté pour troubles à l'ordre public sous l'influence de l'alcool et braconnage dans une réserve indienne. Lors de sa comparution devant le juge le lendemain matin, l'homme de loi est pris à partie par des mexicains réclamant la remise en cause des terres appartenant aux nouveaux propriétaires gringos. Si cette révolte paysanne menée par Luis Chama (John Saxon) laisse de marbre Kidd, celle-ci est loin d'arranger les plus gros propriétaires terriens de la région tel l'omnipotent Frank Harlan (Robert Duvall).

Un colt pour trois salopards (Hannie Caulder) - Burt Kennedy (1971)

Pourquoi ne pas s'attarder un instant sur le dénommé Hannie Caulder, ou l'une des sources (méconnues) ayant inspiré les aventures vengeresses de la vénéneuse Beatrix Kiddo de Quentin Tarantino ?

Les frères Clemens, aussi crasseux que bas du front forment de piètres hors-la-loi, mais n'en restent pas moins de dangereux bandits malgré leurs maigres butins récoltés au gré de leurs attaques toutes plus claudicantes les unes que les autres. Ce trio, qui a la caractéristique de partager un cerveau pour les deux ainés, Emmett (Ernest Borgnine) et Frank (Jack Elam), les quelques synapses restantes étant l'usufruit du dénommé Rufus Clemens [1], fuit l'armée mexicaine après un énième échec à mains armées. Pourchassés par les soldats, les Clemens s'arrêtent à un relais pony express pour y voler des chevaux. Fraîchement accueilli par le propriétaire, Rufus (Strother Martin) tue ce dernier et est réquisitionné pour récupérer quelques victuailles lorsqu'en ouvrant la porte du relais postal Rufus découvre... le décolleté de Mme Caulder (Raquel Welch).