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Petite fille - Sébastien Lifshitz (2020)

Après avoir mis en scène Les invisibles (2012), César du meilleur documentaire en 2013, Bambi (2013), Teddy Award du meilleur documentaire au festival de Berlin, et Les Vies de Thérèse (2016), sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs et lauréat de la Queer Palm, Sébastien Lifshitz consacrait de nouveau un documentaire à la communauté LGBTQI+ avec le dénommé Petite fille. Présenté et remarqué à la Berlinale de cette année, le long métrage suit la vie au quotidien d'une petite fille transgenre de sept ans nommée Sasha. Soutenue par sa famille, parents, frères et sœur, Sasha sera suivie durant une année par la caméra bienveillante de Sébastien Lifshitz, au cours de laquelle sa famille devra se battre afin de faire accepter la différence de cette petite fille fantastique. 

Enfin. Enfin, en 2020, un documentaire aborde le thème rare, sinon inédit, de la transidentité chez l'enfant, et qui devrait, espérons le, bousculer les certitudes et combattre l'ignorance d'un certain grand public. Bouleversant, Petite fille l'est, peut-il en être autrement ? Le regard de Sacha vaut tous les argumentaires. Sasha est une petite fille. Point. A toutes les personnes, enfants ou adultes, qui oseraient mettre en doute cette évidence, Sasha a cette réponse désarmante : "je suis une fille". 

Identités trans, au-delà de l'image - Sam Feder (2020)

Auteur d'un premier documentaire Boy I Am (2006) qui faisait le portait de trois jeunes hommes transgenres à New-York, Sam Feder signait cette année, présenté en avant-première au festival de Sundance, un nouveau documentaire, Identités trans, au-delà de l'image, dont le sujet était la représentation des transgenres par Hollywood et les médias étasuniens, et leurs impacts sur la vie des transgenres et sur la culture américaine. Vaste sujet tant ladite représentation est apparue aux origines du cinéma muet, quand le sinistre blackface côtoyait le travestissement. Véritable étude exhaustive où la parole donnée est volontairement et exclusivement offerte aux premier.e.s concerné.e.s, FTM et MTF [1]Disclosure: Trans Lives on Screen s'attache à décortiquer comment cette représentation, faussée, faut-il s'en étonner, a porté préjudice aux transgenres, tant dans la manière dont iels se percevaient et dans celle où le public les percevait. 

"Chaque personne trans porte en elle l'histoire de la représentation trans à travers ce qu'elle a vu" 
Jen Richards (actrice, autrice)

Cuadecuc, vampir - Pere Portabella (1971)

Producteur de cinéma à la fin des années 50 avec sa société Films 59, avec laquelle il produisit le troisième long métrage de Marco Ferreri, La petite voiture (1960), ou Viridiana de Luis Buñuel, scandaleuse Palme d'or en 1961 tournée en terres franquistes, Pere Portabella se lança dans la réalisation à la fin de la décennie suivante avec Nocturno 29 (1968). Première collaboration entre le natif de Figueras, le poète et auteur dramatique avant-gardiste Joan Brossa et le compositeur Carles Santos, son premier long métrage fut suivi par plusieurs documentaires, dont deux consacrés au peintre Joan Miró. Figure du cinéma catalan, partisan d'un cinéma contestataire, symbolisé par sa critique des conventions cinématographiques et son engagement politique, Pere Portabella présenta en 1971, lors de la Quinzaine des Réalisateurs, un documentaire unique, aboutissement de ses premières expérimentations formelles, nommé Cuadecuc, Vampir. Réalisé sur le tournage Des Nuits de Dracula du madrilène Jesús Franco, ce film hybride oscillant entre le making of expérimental et la fiction post-expressionniste s'inscrit, on l'aura compris, comme un indispensable objet filmique non identifié à découvrir, et édité depuis en Blu-ray par Second Run et par Severin Films [1]

De Palma - Noah Baumbach & Jake Paltrow (2015)

Dans le cadre de la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française du 31 mai au 4 juillet prochain, Carlotta édite ce mercredi en Blu-ray et DVD le documentaire éponyme, De Palma, signé par Noah Baumbach (Frances Ha) et Jake Paltrow (Young Ones). Réalisateur virtuose, figure du Nouvel Hollywood, compagnon de route de Scorsese, Lucas ou Spielberg, héritier d'Alfred Hitchcock, cinéaste politique, découvreur de Robert De Niro, chantre du voyeurisme sur pellicule, la liste pourrait s'allonger presque indéfiniment, tant Brian De Palma s'inscrit, telle une évidence, comme l'un des grands noms du cinéma de ces cinquante dernières années. Auteurs de multiples chefs-d'œuvre, et autres longs-métrages incontournables, qui ont ouvert à la cinéphilie nombre de jeunes passionnés, le réalisateur de Pulsions revient au cours de ce documentaire éponyme, en un peu moins de deux heures, sur sa filmographie, de ses débuts de cinéaste indépendant, à sa place particulière dans le système hollywoodien à partir des 70's, jusqu'à sa nouvelle position d'électron libre depuis une dizaine d'années [1].

Tournée pendant une semaine au cours de l'année 2010, dans le salon de Jake Paltrow, cette série d'entretiens est, on l'aura compris, à conseiller en premier lieu aux aficionados de Brian De Palma tant le fond prime sur la forme [2]. Leçon de cinéma illustrée par de nombreux extraits de ses œuvres, ce documentaire retrace chronologiquement comment ce jeune nerd provenant de la Columbia University fut happé par le cinéma après son passage au Sarah Lawrence College.

Cronico Ristretto : Jean Douchet, l'enfant agité (2017)

Rédacteur en chef-adjoint aux Cahiers du Cinéma entre 1958 et 1963 au côté d'Éric Rohmer, Jean Douchet occupe depuis une cinquantaine d'années une place importante dans la cinéphilie française. Auteur de quelques ouvrages dont Alfred Hitchcock en 1967, ou plus récemment Nouvelle Vague en 2004, enseignant à l'IDHEC, cinéaste occasionnel, Jean Douchet est, non content d'être également un critique de cinéma influent, « un des derniers grands sages du cinéma ». De leur première rencontre, alors lycéens, lors de son premier ciné-club au Centre des Arts d'Enghien-les-Bains en 2008, le jeune trio de réalisateurs, Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Haasser, lui a consacré l'année dernière un documentaire hommage. Jean Douchet, l'enfant agité est en salles depuis le 24 janvier 2018.

Portrait intimiste rythmé par différentes rencontres avec ses anciens disciples, ce documentaire s'inscrit à mesure par sa forme comme un voyage initiatique, au cours duquel Jean Douchet joue autant le rôle de fil conducteur, que de guide pour les spectateurs et son jeune trio de cinéastes. De ses débuts aux Cahiers et sa relation particulière avec Rohmer, à leur éviction de la revue [1] et le début de son périple à travers divers ciné-clubs hexagonaux à partir du mitan des années 60, se dessine rapidement la figure d'un homme de cinéma curieux, ouvert et altruiste.
  

Gimme Danger - Jim Jarmusch (2016)

Deux décennies après Year of the Horse (1997) consacré au loner Neil Young, Jim Jarmusch, cinéaste empreint de contre-culture, revenait en 2016 sous la forme documentaire à ses premiers émois rock adolescents. D'une amitié née il y a une vingtaine d'années, au gré de ses diverses collaborations avec James Osterberg, dit Iggy Pop, leurs chemins se sont de nouveau croisés [1] courant 2013 (après le tournage du précédent long-métrage de Jarmusch, Only Lovers Left Alive) afin de recueillir les confidences et autres souvenirs du dernier membre vivant de la formation culte nommé The Stooges. Présenté hors compétition au Festival de Cannes lors des séances de minuit, Gimme Danger [2] retrace ainsi, et pour la première fois, l'histoire d'un des plus influents groupes de rock. De leur début en 1967 à leur séparation en 1974, jusqu'à leur reformation officielle en 2003. Rien de moins.

D'un classicisme formel assumé, loin, très loin du chaos et maelstrom associés à la formation d'Ann Arbor, Gimme danger n'a nulle vocation première à jouer les trouble-fête en matière de documentaire. Soucieux de réaliser un hommage sincère aux Stooges, Jarmusch fait débuter son documentaire en 1973, lors de leur dernière tournée étasunienne, quand les Stooges en perdition et en mode autodestructeur écumaient les clubs, contre un public hostile de bikers, avant l'arrêt définitif l'année suivante, Iggy et la fratrie Asheton retournant chez leurs parents respectifs. En aparté, on ne saurait trop conseiller à ce titre aux néophytes et aux autres de tendre une oreille sur le pirate semi-officiel Metallic K.O. qui regroupent des extraits des concerts apocalyptiques au Michigan Palace de Detroit du 6 octobre 1973 et du 9 février 1974 (dernier concert des Stooges avant leur reformation de 2003).
 

A Fuller Life - Samantha Fuller (2013)

En parallèle à la rétrospective consacrée au grand Samuel Fuller (1912-1997) par la Cinémathèque française jusqu'au 15 février, Carlotta édite en blu-ray et DVD le 3 janvier, jour de l'ouverture de cette rétrospective, le documentaire A fuller life signé par Samantha, la propre fille du réalisateur [1]. Père spirituel du Nouvel Hollywood, cinéaste protégeant farouchement son indépendance et sa liberté de création, Samuel Fuller incarne, on ne peut mieux, l'image du réalisateur franc-tireur au sein de l'industrie cloisonnée hollywoodienne des années 50. Journaliste, militaire, dans la première division d'infanterie étasunienne, la Big Red One, durant la Seconde Guerre mondiale, avant d'entamer par la suite sa carrière, de metteur en scène, Fuller a enrichi, dès le début, son oeuvre cinématographique de ses propres expériences biographiques, de Violences à Park Row (1952) à Au-delà de la gloire (1980). 

Tiré des mémoires du cinéaste, A Fuller Life conte la vie hors norme de l'artiste en conviant quinze réalisateurs et acteurs, amis, admirateurs ou collaborateurs : de Joe Dante à William Friedkin, de Tim Roth à Mark Hamill. Prêtant leur voix, jouant le jeu du mimétisme, avec cigare en supplément, chacune des personnalités récite à la manière et avec les propres mots de Samuel Fuller un épisode marquant du cinéaste.

Le Complexe de Frankenstein - Alexandre Poncet et Gilles Penso (2015)

Respectivement producteur et réalisateur du documentaire Ray Harryhausen : Le Titan des effets spéciaux (2012), Alexandre Poncet et Gilles Penso, anciens collaborateurs aux magazines Mad Movies et L'Écran fantastique, sont allés pour leur projet suivant, Le Complexe de Frankenstein, à la rencontre des artistes qui se cachent derrière les monstres qui marquèrent l'histoire du cinéma fantastique des quarante dernières années, ceux que les premiers intéressés nomment l'âge d'or des effets spéciaux, situé entre Star Wars (1977) et Jurassic Park (1994).

Des premiers entretiens de Phil Tippett et Steven Chiodo, datant de février à mars 2013 [1], à la dernière entrevue donnée en 2015 par Rick Baker, Le Complexe de Frankenstein offre ainsi à ses créateurs d'exception, et à quelques réalisateurs emblématiques tels Joe Dante, John Landis et Guillermo Del Toro, la parole et le soin de décrire leur métier, des premiers essais en costumes aux effets spéciaux de maquillage, de l'animatronique aux images de synthèse. En Blu-ray et DVD à partir du 27 septembre. 

Face à un sujet aussi vaste, les deux réalisateurs prennent le parti du didactisme. En guise de préambule, le documentaire introduit ainsi la place des monstres dans l'histoire de l'humanité, ces derniers incarnant dès leurs origines autant la représentation du Mal que le reflet des peurs primales de des premiers hommes, avant d'évoquer une autre naissance, celle provenant de l'imaginaire de ces créateurs, du dessin à la sculpture ou maquette. A travers plusieurs images de tournage inédites, dont celles de La mouche de David Cronenberg, Steve Abyss Johnson rappelle que le « maquillage spécial » date des années 70-80, dans le sillage du père des maquillages modernes, Dick The Exorcist Smith (il fut à l'époque le premier à utiliser par exemple des lentilles de contact), bien après les pionniers nommés Lon Chaney Sr (Le Fantôme de l'Opéra) et Jack Pierce (Frankenstein) qui furent les premiers à faire le pont entre la performance de l'acteur et l'art du maquilleur.

Général Idi Amin Dada, Autoportrait - Barbet Schroeder (1974)

Collaborateur aux Cahiers du Cinéma, fondateur de la société de production Les films du losange à seulement 22 ans, réalisateur de deux premiers longs métrages emblématiques de la culture hippie mis en musique par Pink Floyd, More et La Vallée, Barbet Schroeder surprit une fois de plus en 1974. Sur une idée du producteur Jean Pierre Rassam désirant produire pour la télévision une série de documentaire sur des chefs d'État, le cinéaste Suisse décidait de mettre en scène un film sur le récent président à vie autoproclamé ougandais, le Général Idi Amin Dada. Fasciné par ce personnage au pouvoir depuis son coup d'État en 1971, Barbet Schroeder contacta le dirigeant ougandais, se mettant de ses propres mots "à son service" afin de réaliser un autoportrait du Général, tout en lui cachant bien la nature réelle de l'entreprise, montrer implicitement le caractère dictatorial et grotesque de son régime. Ce documentaire unique est de nouveau dans les salles depuis le 21 avril dans le cadre de la rétrospective du réalisateur au Centre Pompidou, et en DVD et Blu-Ray dans le coffret collector [1] sorti le 26 avril dernier.
   

The Endless Summer - Bruce Brown (1966)

Documentaire emblématique de la culture surf outre-Atlantique, The Endless Summer ressort dans les salles françaises en version restaurée inédite ce mercredi 10 août après une première sortie hexagonale, on l'imagine forcément en catimini, il y a quarante-huit ans. Projet initié par un jeune californien passionné de surf, le dénommé Bruce Brown eut l'idée de suivre avec sa caméra 16 mm le voyage de deux compatriotes surfeurs à la recherche de la vague parfaite au cours d'un « été sans fin ». Munis de leur seul planche de surf, d'un maillot de bain, et d'un pansement au besoin, Robert August et Mike Hynson, 18 et 21 ans au début de l'aventure en hiver 1963, avaient pour destination l'Afrique, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Tahiti puis Hawaï.

Doté d'un budget de 50 000 dollars, Bruce Brown, déjà réalisateur de nombreux documentaires sur le surf depuis la fin des années 50 dont le séminal Slippery When Wet (1958), souhaitait cette fois-ci s'écarter de ses précédents films en quittant la côte Ouest des États-Unis. Songeant au départ tourner uniquement en Afrique du Sud (on y reviendra), Brown décida par la suite de prolonger cet « été sans fin » en Afrique subsaharienne (Sénégal, Ghana et Liberia) et en Océanie. Au final, 15 km de bobine aux images d'une rare beauté.

Le cousin Jules - Dominique Benicheti (1973)

Film qui n'a jamais été distribué en son temps, Le cousin Jules est par définition un document(aire) rare. Tourné entre avril 1968 et mars 1973, l'œuvre du jeune réalisateur Dominique Benicheti, vingt-cinq ans au début de cette aventure, se démarque tant par son sujet que par les moyens qui ont été mis en œuvre pour capter ce portrait atypique d'un cousin éloigné. Filmer le quotidien d'’un couple d'octogénaires dans leur petite ferme isolée, voici l'ambition de Benicheti. Rien de plus. De ce point de départ minimaliste, faisant écho avec trois décennies d'avance à la trilogie de Raymond Depardon Profils paysans (L'Approche - 2001 ; Le Quotidien - 2005 et La Vie moderne - 2008), l'ancien élève de l’IDHEC, et futur enseignant à l'Université d'Harvard, adopte néanmoins une approche radicale par les moyens techniques employés : tourner en Cinémascope et enregistrer en stéréo ; le documentaire se fait fort d'utiliser les outils modernes du cinéma pour mieux capter l'intimité de ce monde rural voué à disparaître après la mort de ces derniers représentants.

Restaurée à partir de 2011 par Benicheti à partir du négatif original, Le cousin Jules, après une première distribution américaine en 2013, sort à partir du mercredi 15 avril dans les salles d'art et essai françaises, toutes désormais équipées pour projeter le film dans son format d'origine en son stéréo (soit une des raisons principales de son absence en 1973 en dépit de plusieurs présentations remarquées dans les festivals de l'époque : Locarno - Prix spécial du jury, Moscou ou dans les universités étasuniennes).

Thelonious Monk : Straight, No Chaser - Charlotte Zwerin (1988)

Coréalisatrice avec les frères Maysles du documentaire culte Gimme Shelter évoquant la tournée US des Rolling Stone en 1969, et en particulier le concert tragique à Altamont, soit le début de la fin des illusions hippie, Charlotte Zwerin est également connu des amateurs de jazz comme la réalisatrice d'un autre précieux documentaire musical, Thelonious Monk : Straight, No Chaser. Portait rare de ce génie du be-bop, le film doit beaucoup à Clint Eastwood, producteur exécutif, qui aida la paire Charlotte Zwerin / Bruce Ricker à terminer ce projet via sa société Malpaso Productions. Sorti la même année que la biographie de Charlie Parker, Bird, signée par Eastwood lui-même, Thelonious Monk : Straight, No Chaser, sous-titré du nom d'un des nombreux standards que composa le pianiste [1], invite le spectateur à découvrir plusieurs extraits de la tournée européenne de Monk de 1967, entrecoupés d'images d'archives et d'interviews de ses proches.

Considéré à juste titre par le jazz critique Martin Williams comme un des premiers compositeurs de jazz du 20ème siècle, et de pair un des plus influents, Thelonious Monk, bien que précurseurs du be-bop, attendit la fin des années 50 pour embrasser enfin le début d'une véritable reconnaissance publique et critique. A partir de Brilliant Corners (1957), celui qui débuta treize ans plus tôt aux côtés du saxophoniste Coleman Hawkins devient ainsi l'une des nouvelles figures marquantes du jazz ; son style unique, sa technique non conformiste et son écriture singulière en font un musicien à part, à la fois dans et en marge des révolutions musicales qui bousculent le jazz de ces années. Dans la foulée, les années 60 deviennent la décennie de sa consécration avec la signature sur la major Columbia, et la couverture du Time Magazine le 28 février 1964.

Jodorowsky's Dune - Frank Pavich (2013)

Présenté à La Quinzaine des réalisateurs, le documentaire de Frank Pavich, Jodorowsky's Dune, fut l'un des événements de l'avant dernier Festival de Cannes. Gravé dans l'inconscient collectif comme un chef d'oeuvre inachevé, resté à l'état d'embryon faute de financement supplémentaire, l'adaptation du roman culte de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky aura suscité et nourri nombre de fantasmes depuis quatre décennies. Pouvait-il en être autrement compte tenu de l'ambition démesurée du chilien, du casting retenu et des personnes impliquées dans ce projet bigger than life pour reprendre l'expression anglophone ? A charge pour Frank Pavich, déjà auteur à l'âge de 22 ans du documentaire N.Y.H.C retraçant l'histoire du hardcore new-yorkais, de nous conter à partir des interviews des protagonistes de l'époque, cette aventure humaine commencée en 1973.

« Je voulais faire un film qui donnerait aux personnes les hallucinations du LSD sans en prendre. [...] je voulais fabriquer les effets de la drogue. [...] Ce que je voulais c'était créer un prophète ».

Une introduction qui en dit long sur la vision de Jodorowsky. Dune devait lui permettre d'aller encore plus loin que ces précédents longs métrages. Désireux à la fois d'ouvrir de nouvelles perspectives, et de toucher au sacré par la venue de ce dieu artistique, la tâche du réalisateur d'El Topo s'avérait ardue et allait prendre la forme d'un combat.

Eurociné 33 Champs-Elysées - Christophe Bier (2013)

« La vie amoureuse de l’homme invisible, Des filles dans une cage doréeDeux espionnes avec un petit slip à fleur, [...], Panther squad, ces films rapidement tournés, à très faible coût, exploités jusqu'au déclin des salles de quartier au milieu des années 80, ne sont pas plus exotiques pour nous qu'A bout de souffle et Les enfants du Paradis. Ce sont des œuvres françaises [...] produites par une seule firme : EUROCINÉ ». C'est par cette brillante introduction que le bienveillant Christophe Bier ouvre ce documentaire, qui fera date chez tous les amateurs de cinéma Bis. Diffusé en avant-première lors d'une des inénarrables soirées Cinéma Bis à la Cinémathèque française, et dans le cadre d'un double programme [1] consacré à cette sacro-sainte société de production hexagonale, Eurociné 33 Champs-Elysées n'est rien de moins qu'une œuvre de salut public, ou l'histoire de ce singulier studio français au rayonnement international. 

En complément à une précédente chronique, il était en effet grand temps que le préposé docteur s'attarde un moment sur le cas Eurociné, et son fameux fondateur Marius Lesoeur. Et si l'envie l'avait déjà titillée lors de la diffusion du dit documentaire, en présence de son auteur et de Daniel Lesoeur, un soir de mars 2013 (le 22 pour être précis), il aura néanmoins fallu sa publication en support DVD chez RDM Edition pour le pousser enfin à écrire ces quelques lignes. 

Until The Light Takes Us - Aaron Aites / Audrey Ewell (2009)

Documentaire tourné par la paire étasunienne Aaron Aites et Audrey Ewel, Until The Light Takes Us, titre tiré d'une traduction volontairement erronée du quatrième album de Burzum, Hvis lyset tar oss [1], s'intéresse à l'histoire du black metal du début des années 90, en suivant tout particulièrement deux musiciens ayant contribué à l'essor et à la naissance du mouvement : Gylve 'Fenriz' Nagell de Darkthrone et le très controversé Varg 'Count Grishnackh' Vikernes de Burzum. Tourné en immersion, le duo ayant vécu deux ans en Norvège pour les besoins du tournage, le film revient également sur les évènements extra-musicaux, faits divers tragiques, qui ont secoué la Norvège à cette époque à travers les témoignages d'une partie des protagonistes de cette période.

Amateurs de la scène expérimentale Lo-Fi, Aites et Ewel ont découvert sur le tard le black metal norvégien. Mention utile à préciser en préambule tant les deux américains font, volontairement ou non, nullement mention aux premiers précurseurs du genre à savoir Hellhammer / Celtic Frost et Bathory [2]. Until The Light Takes Us n'a pas l'ambition de retracer précisément l'historique du genre. Les plus pointilleux pourront dès lors regretter l'absence de plusieurs groupes notoires ou la faible participation d'autres (Immortal par exemple). Encore que ces oublis ou figurations peuvent aisément s'expliquer : on doute que Samoth d'Emperor veuille revenir sur un passé peu glorieux et ses années d'emprisonnement (pour incendie d'église), quant à Olve 'Abbath' Eikemo et Harald 'Demonaz' Nævdal d'Immortal, bien qu'ayant côtoyé Vikernes lors de leur début death metal (sous le nom d'Old Funeral), le duo a toujours été en marge de la scène locale ou des errements dudit Inner circle

Études sur Paris - André Sauvage (1928)

Sorti le 10 octobre dernier en DVD chez Carlotta, Études sur Paris appartient à une catégorie rare, celle d'être la seule oeuvre rescapée d'un artiste maudit : André Sauvage. Le qualificatif apparaît abusif tant il fut utilisé à tort et à raison. Pourtant, l'un des pères du documentaire d'avant-garde ou « nouvelle vague documentaire » française, ne laissa à la postérité que des bribes de sa maigre, car écourtée, filmographie : perte des négatifs de ses premiers films documentaires, problèmes techniques sur Pivoine déménage [1], puis mise à l'écart du montage de La croisière jaune d'André Citroën, signant ainsi son retrait définitif du monde des arts (pour celui des champs). Or Études sur Paris offre aux spectateurs une vision inédite, cinq portraits lyriques où la poésie d'André Sauvage capte la mue de la capitale française, entre naturalisme et modernité, à la veille du grand chambardement capitaliste.

Artiste total, cinéaste, écrivain et peintre, André Sauvage signe en 1923 avec son premier documentaire La traversée du Grépon un modèle du genre. Véritable exploit technique et physique, le cinéaste accompagné d'une équipe réduite escalade et filme Le Grépon, sommet rocheux s'élevant à 3 482 mètres au dessus de Chamonix. Quatre années plus tard, Sauvage visite la Grèce, armé de sa seule caméra afin de réaliser « un film de voyage ». Déjà remarqué par son précédent long métrage, Sauvage s'impose avec Portrait de la Grèce, tel Jean Vigo un peu plus tard, comme l'un des poètes d'un nouveau cinéma. Mais à l'instar du Grépon, l'intégralité de ce périple hellénique, comportant des vues d'Athènes, des montagnes de Météores et des îles de Délos, Santorin, etc., est également perdu, ne reste plus de nos jours que des coupes et autres rushes (restaurés à partir des notes de l'auteur et disponibles en guise de suppléments sur le DVD [2]).

Ils étaient les brigades rouges 1969-1978 - Mosco Levi Boucault (2011)

Disponible en DVD depuis le 21 septembre, le documentaire Ils étaient les brigades rouges 1969-1978 (1), comme son nom l'indique, s'attache à retracer la première décennie de l'organisation révolutionnaire italienne, de ces débuts dans les grandes villes industrielles du Nord de la péninsule à l'enlèvement puis l'assassinat du président de la Démocratie Chrétienne, Aldo Moro, en mai 1978. Avec l'appui des documents d'époque, Mosco Levi Boucault revient sur ces "années de plomb" avec le témoignage de quatre membres du commando qui a enlevé Aldo Moro.

Dans une première partie intitulée Le vote ne paie pas, prenons le fusil, le documentaire revient pas à pas sur les raisons qui ont poussées une certaine jeunesse italienne à quitter le giron du parti communiste, dans lequel ils ne se reconnaissaient plus, pour une lutte politique basée sur l'affrontement, avant de glisser dans la seconde partie, La révolution n'est pas un dîner mondain (2), vers la lutte armée et le meurtre. Le film décrit par les témoignages de Raffaele Fiore, Prospero Gallinari, Valerio Morucci et Mario Moretti, chef du commando Moro, comment à l'automne 69 les tensions sociales, l'incompréhension des syndicats et du PCI envers cette jeunesse ouvrière, puis l'attentat de la Piazza Fontana à Milan (16 morts, 88 blessés) (3) perpétré par des néo-fascistes en décembre de la même année, donneront naissance à divers groupuscules d'extrême-gauche et en particulier les Brigades Rouges (Brigate Rosse). Avec suffisamment de recul, les quatre hommes relatent clairement de manière quasi didactique l'origine du mouvement et sans remords le point de départ de leur dérive criminelle.

Cronico Ristretto : Marco Perrin - Jérémy Kaplan (2011)

Rares sont les occasions de pouvoir chroniquer l'oeuvre d'un de ses plus vieux lecteurs : un documentaire mais aussi et surtout le fruit d'une aventure humaine et d'une obstination, celle d'un jeune passionné de cinéma décidé à rendre hommage à l'un des seconds rôles oubliés du cinéma français, Marco Perrin.

Figure récurrente du cinéma populaire hexagonale des années 60 jusqu'au début des années 80, Jean Marco Markovitch dit Marco Perrin comme bon nombre de ses pairs habitués aux rôles mineurs (1), aura marqué l'inconscient collectif par sa bonhomie et son accent méditerranéen. Cet homme de théâtre compte ainsi une filmographie gargantuesque, de la figuration la plus improbable (Les Vikings de Richard Fleischer), à des seconds rôles plus consistants (Les Valseuses, Comme la lune de Joel Séria) et une ribambelle de navets croisés nanar qui ferait déborder d'émotions le premier préposé déviant à la chronique venu, c'est à dire moi (Prends ta rolls et va pointer, Belles, blondes et bronzées, Le gendarme et les extra-terrestres). Mais en 1983, frappé d'hémiplégie, Marco fut contraint et forcé de mettre un terme à sa carrière...

Cronico Ristretto: Berlin 1885, la ruée sur l'Afrique - Joël Calmettes (2011)

Si l'existence de la conférence de Berlin (qui débuta le 15 novembre 1884 pour se conclure le 26 février de l'année suivante) est connue des spécialistes, son histoire et son déroulement le sont beaucoup moins. Quatre mois au cours duquel les grandes puissances européennes, ainsi que l'Empire Ottoman et les États-Unis, conviées par le chancelier allemand Bismarck, vont décider du sort d'un continent: l'Afrique. Si des comptoirs et territoires côtiers africains furent déjà annexés avant cette date par la France, le Portugal ou le Royaume-Uni, la conférence aura le privilège néfaste de codifier la future main mise ou l'exploitation de cette terra incognita, et bien sûr (les bienfaits de) sa mission civilisatrice (sic), sans qu'aucun africain ne soit invité à cette conférence...

Voilà environ un quart de siècle que l'idée trottait dans la tête du réalisateur Joël Calmettes, s'intéresser à cette page méconnue dont l'influence et les conséquences tragiques sont encore palpables aujourd'hui [1]. Or, si l'on connait bien la résultante de cette conférence, les débats et autres négociations restaient quant à eux introuvables. Calmettes se mit dès lors à la recherche des archives diplomatiques, trouvées à Coblence par des documentalistes. Le voile de l'histoire pouvait enfin tomber.

Cronico Ristretto : Inside Deep Throat - Fenton Bailey & Randy Barbato (2005)

1972, un cataclysme secoue l'Amérique bien pensante de Richard Nixon, Deep Throat de Gerard Damiano débarque dans les salles obscures. Un petit film indépendant d'un budget misérable de 20 000 dollars tourné en moins d'une semaine dans un hôtel miteux de Floride qui deviendra l'un des plus gros succès du cinéma étasunien.

Un peu plus de trois décennies après sa sortie en salle, la chaine HBO eut l'idée judicieuse de produire un documentaire intitulé Inside Deep Throat, évoquant la création et le tournage de ce succès surprise, véritable pilier de l'âge d'or de la pornographie 70's. Une genèse à l'intérêt étonnamment mineur, disons moindre, comparée aux volets suivants, se focalisant sur l'hystérie et la véhémence disproportionnée des opposants, puritains en particulier, auxquelles le long métrage a dû faire face. Un documentaire divertissant (dans la grande tradition américaine des vingt dernière années ?) qui, néanmoins, n'hésite pas à souligner les zones d'ombre que cachait ce film, sa connexion et son financement mafieux, mais aussi et surtout le destin des protagonistes loin d'être préparés à tant de remous médiatiques... et judiciaires.