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Les mémoires de l'oncle Jess - Jess Franco | Edgard Baltzer (2019)

Publiées une première fois en mai 2004, les mémoires originelles de Jesús Franco Manera, dit Jess Franco, sont enfin disponibles et traduites en France, depuis fin juin, grâce aux bons soins conjoints du traducteur Edgard Baltzer et de l'éditeur Serious Publishing. Mieux, annotées et complétées, elles sont loin d'être une simple traduction littérale de l'autobiographie du cinéaste espagnole, auteur de plus de deux cents films. Complémentaire à la Bible francienne écrite par Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis en 2015, ces mémoires incomplètes (on y reviendra) n'en demeurent pas moins une riche source d'informations, tant sur le fond que sur la forme, pour celui ou celle qui souhaiterait en découvrir davantage sur celui qui fut, il n'y a pas encore si longtemps, considéré, avant une réhabilitation cinéphile tardive au soir de sa vie, comme un « escroc doublé d'un vil pornographe ».

Cronico Ristretto : Pulsions graphiques - Jean-Marie Donat (2018)

Paru le 26 octobre dernier aux éditions Cernunnos, Pulsions graphiques, sous-titré Le meilleur du pire d'Elvifrance, est un ouvrage indispensable pour tout amateur de déviances dites graphiques. Maison d'édition culte qui publia entre 1970 et 1992 des milliers de bandes-dessinées érotiques, au format de poche et bon marché, traduites et importées d'Italie, Elvifrance a fourni à un public avide de mauvaises pulsions « du plaisir pour toutes les bourses ». Vampire lubrique, binoclard priapique, bidasses obsédés, extra-terrestres érotomanes, nymphomanes et autres savants fous, Elvifrance fut de toutes les luttes libidineuses. Lucifera, Goldboy, Karzan, Jacula, Sam Bot, Maghella, Shatane, Zara la vampire, Wallestein, Jungla la « vierge africaine », etc., tels étaient les noms de ces personnages transgressifs et héroïnes infernales qui se dressèrent contre la bienpensance et le bon goût à grand renfort de sexe, de violence et de rire gras.

Collectionneur de photos, auteur du recueil, Affreux Noël, ou collaborateur de l'anthologie Catch : l'âge d'or, 1920-1975 signé Christian-Louis Eclimont, Jean-Marie Donat a nourri ce projet depuis une dizaine d'années avant de pouvoir, enfin, mettre en œuvre le premier livre hommage à cette illustre société. Avec le soutien de Christophe Bier, le maître y signe une préface critique de 80 pages, narrant la saga de la maison d'édition et la figure tutélaire de Georges Bielec, des premiers succès aux premières publications interdites [1], des années dorées 70's à l'essoufflement 80's, jusqu'au dépôt de bilan en 1992. Riche d'une sélection de plus de 400 couvertures et pages intérieures, Pulsions graphiques dressent un catalogue quasi-exhaustif des fantasmes mâles les plus débridés et licencieux : tortures, nécrophilie, fétichismes et sadomasochisme ; Elvifrance défiait crânement les convenances.

Archives du vent - Pierre Cendors (2015)

  
Chronique précédemment publiée sur le site Fondu au Noir

Cinquième roman de Pierre Cendors, Archives du vent, créa l'événement lors de sa sortie en septembre 2015. A juste titre tant celui-ci apparaît des des plus singuliers. Thriller métaphysique, roman initiatique, Cendors aime brouiller les pistes, jouer avec les frontières, floues de préférence.
  
Inventeur d'une nouvelle technologie, le Movicône (pour  movie et icône), procédé d'archivage numérique qui permet de créer un film avec des acteurs disparus, le réalisateur Egon Storm cède à son ancien camarade d'étude et propriétaire du lunaire, obscur ciné-club de Munich, Karl Oska, le droit exclusif d'exploiter sa trilogie, dont le premier volet, Nebula, doit sortir le premier jour de l'équinoxe d'automne, suivi tous les cinq ans, à la même date, du deuxième et troisième volet, La septième solitude et Le rapport Usher. Retiré du monde, solitaire, habitant désormais dans le nord-ouest de l'Islande, Storm mentionne dans un ultime message l'existence d'un mystérieux Erland Solness, clé d'un inédit quatrième film...

Le Fantôme d'Hollywood (A Graveyard for Lunatics) - Ray Bradbury (1990)


Chronique précédemment publiée sur le site Fondu au Noir.

Deuxième volet d'une série débutée par La solitude est un cercueil de verre, roman publié cinq ans plus tôt au mitan des années 80, Le Fantôme d'Hollywood poursuit la veine auto-fictionnelle de Ray Bradbury en s'inspirant, comme l'indique son titre français [1], de son passé, quand jeune auteur de nouvelles publiées dans des pulp magazines, celui-ci fut engagé comme apprenti-scénariste au début des années 50. 

Après Venice et une série de meurtres où l'écrivain débutant avait fait la connaissance de l'inspecteur Elmo Crumley, le narrateur est de nouveau au cœur d'une étrange affaire en plein cœur du studio Maximus Films. A la veille d'Halloween, à minuit, le narrateur est convié à un rendez-vous secret dans le cimetière mitoyen du studio. Il découvre sous une pluie battante un mannequin ressemblant à l'ancien grand patron du studio, le légendaire Arbuthnot mort dans un accident de voiture une vingtaine d'années auparavant...
 

Pédé, et c'est tout - Carla Benedetti | Giovanni Giovannetti (2017)

Le 2 novembre 1975, le cadavre du poète et réalisateur Pier Paolo Pasolini était découvert sur la plage d'Ostie, près de Rome. La thèse officielle attribue le meurtre à un jeune garçon de dix-sept ans dénommé Pino Pelosi « au cours d'une rixe de nature sexuelle », avec le soutien présumé de quelques fascistes homophobes. Pédé, et c'est tout, publié une première fois en 2012, de l'essayiste Carla Benedetti et du journaliste Giovanni Giovannetti s'accorde à remettre en cause cette thèse officielle âgée de quatre décennies, et confirmée depuis par une ordonnance de non-lieu en 2015.

Œuvre inachevée débutée en 1972, publié trente ans plus tard à titre posthume dans une version incomplète et tronquée, le dernier roman de Pasolini, Pétrole, cacherait selon ces auteurs les dessous de cet assassinat, et les commanditaires d'un meurtre que beaucoup ont voulu classer, sciemment ou non, dans la simple case des faits divers. D'un essai qu'on pourrait aisément taxer de conspirationniste, les auteurs réfutent au contraire cette dénomination pour mieux s'attacher à une stricte reconstitution des faits et une analyse minutieuse des documents mis à leur disposition. Benedetti et Giovannetti battent dès lors en brèche la thèse officielle et ses nombreuses contradictions, en affirmant que ce meurtre sordide cache en fait une exécution politique, où plane l'ombre d'un homme, Eugenio Cefis, successeur d'Enrico Mattei (ancien président de l'ENI disparu dans un attentat en 1962), dont les auteurs publie pour la première fois un de ses discours les plus significatifs, « Ma patrie s'appelle multinationale », prononcé à l'Académie militaire de Modène en 1972.
   

Brigitte Lahaie les films de culte - Cédric GrandGuillot Guillaume Le Disez (2016)

Résumé de l'épisode précédent : octobre 2015, assurés du soutien de Brigitte Lahaie, Cédric Grand Guillot et Guillaume Le Disez se lancent dans le projet inédit de raconter la carrière cinématographique de l'icône du cinéma d'exploitation hexagonal, de ses jeunes années X à sa carrière dans le bis européen de la fin des années 70 au mitan des années 2000. Après deux collectes réussies sur une plateforme de financement participatif (la seconde étant consacrée principalement à la réalisation de la nouvelle mouture du Disque de culte), et un passage remarqué au Forum des Images lors du Festival du Film de Fesses les 22 et 23 juin 2016, où un hommage à Brigitte Lahaie fut organisé par Cédric Grand Guillot et Guillaume Le Disez (1), le projet se concrétisa fin de l'année 2016 avec la sortie du livre tant attendu.

Deux kilos deux cent trente grammes sur la balance, trois cent cinquante-deux pages au compteur pour plus de cinq cent photos (2), Brigitte Lahaie, les films de culte a tout d'une bible. D'un contenu centré sur l'icône Brigitte Lahaie, le livre n'en demeure pas moins un précieux témoignage d'une époque à jamais révolu, que l'on soit fan ou non de la dame. Actrice de plus d'une centaine de films, dame Brigitte imposa sa sculpturale présence dans à peu près tous les genres que comptaient le cinéma d'exploitation des années 70-80, en marge des grosses productions, la sexploitation bien évidemment hard ou softcore, mais également le cinéma fantastique en devenant la muse du réalisateur Jean Rollin (on y reviendra), plus d'autres apparitions diverses et variées comme sa collaboration avec la société familiale Eurociné de Marius Lesoeur (3), sa parenthèse policier hard boiled dans L'exécutrice (1985) de Michel Caputo (4), sans oublier sa rencontre avec René Château, qui produira Les prédateurs de la nuit (1988) réalisé par Jess Franco.   

Kikobook - Gérard Kikoïne (2016)

Livre de souvenirs d'une époque à jamais révolue, quand la liberté sexuelle post-soixante-huit ouvrit la voie à l'âge d'or du cinéma pornographique français, le Kikobook de Gérard Kikoïne poursuit avec humour, et un brin de nostalgie, la précédente et glorieuse entreprise compilatoire menée par Christophe Bier et son indispensable Dictionnaire des longs métrages français pornographiques et érotiques en 16 et 35 mm. Petit rappel des faits. Acteur et spectateur privilégié « des dessus et des dessous » de cette période dorée, Gérard Kikoïne, « Kiko » pour les intimes, lançait début mars 2015 son projet culte sur la plate-forme de financement participatif Ulule, afin de pouvoir payer l'impression des premiers exemplaires. Près d'une année passée, le réalisateur de Parties fines sortait le jour de la Saint Valentin, son tant attendu « livre d'Amour » de ses « films d'Amour » aux Éditions de l'œil.

Livre appelé à devenir, n'en doutons pas, un précieux témoignage des débuts hexagonaux du genre, le Kikobook est autant, donc, un livre de souvenirs personnels où se croisent nombre de joyeuses anecdotes, qu'un inventaire des secrets de production et de réalisation des films signés Kiko durant sa brève carrière dans le X entre 1977 et 1982. Richement doté d'une collection de photographies de tournage parcourant ces six années, dont plus d'une cinquantaine in-situ inédites, celles-ci apportent, en sus des divers confidences qui closent le Kikobook, un regard éclairant sur cet artisanat (disparu) de la fesse (rieuse) sur pellicule, dont Kikoïne fut l'un des dignes représentants. Culte on vous a dit. Mais n'allons pas trop vite.

Le Brady, cinéma des damnés - Jacques Thorens (2015)

Paru le 9 octobre dernier aux Editions Verticales, Le Brady, cinéma des damnés est un livre rare. Journal de bord du dénommé Jacques Thorens qui en fut, durant deux ans au début des années 2000, projectionniste-caissier (et guitariste en sus), cette « biographie de lieu » livre un témoignage émouvant et épique de cette salle, navire amarré à Paris, boulevard de Strasbourg, depuis presque soixante ans [1].

Racheté par le franc-tireur Jean-Pierre Mocky à partir de 1994 [2], Le Brady occupa une place unique dans le paysage des salles de la capitale. Longtemps vouée à disparaitre à l'instar de ses illustres consœurs dédiées au fantastique ou à l'horreur, comme Le Colorado, Le Midi-Minuit, Le Mexico ou Le Styx durant les années 80, la salle devint au fil du temps moins le dernier refuge de la faune bissophile parisienne, que l'abri diurne d'une tout autre clientèle à l'aspect visuel et olfactif déviants, et bien plus encore (mais n'allons pas trop vite). Figure anachronique, paradoxe temporel à l'heure de la normalisation des cinémas et autres fermetures des salles de quartier transformées en supermarchés ou fast-foods, celui qui fut surnommé « le Temple de l'épouvante » était ainsi le dernier à encore proposer du cinéma permanent, et des séances double programme en copies d'époque au début des années 2000.
    

Jess Franco ou les prospérités du Bis - Alain Petit (2015)

Une bible. Trois kilos trois cent grammes sur la balance. Sept cent cinquante-deux pages au compteur. Jess Franco ou les prospérités du Bis s'inscrit dès à présent comme un livre incontournable pour tous les amateurs de Cinéma Bis, et cinéphiles en général. Après le remarqué et non moins remarquable livre consacré au metteur en scène culte italien Joe D'Amato, le réalisateur fantôme signé Sébastien Gayraud, Artus Films continue de faire œuvre de salubrité Bis [1] en permettant à Alain Petit de publier officiellement son deuxième projet, les « Manacoa Files », après la sortie en début d'année, par ce même éditeur, de son fan-book intitulé 20 Ans de Western Européen. Publié originellement en six volumes, dans un premier temps via un appel à souscription au mitan des années 90, puis par une seconde édition dans les cultes « Ciné Zine Zone » de Pierre Charles, célèbre éditeur de fanzines français et grand soutien de la cause Bis, Jess Franco ou les prospérités du Bis allait ainsi autant profiter du regain d'intérêt pour le réalisateur madrilène depuis une dizaine d'années, sous la forme de divers hommages [2] et autres rééditions (dans des copies décentes) de ses films en DVD, que du réseau bissophile qui a su mettre à profit les opportunités offertes par internet [3]. En somme, vingt-cinq ans après avoir germé dans l'esprit de son auteur, le livre connait enfin une réédition sous une forme idéale telle que l'avait souhaité Alain Petit depuis son origine.

Friedkin connection - William Friedkin (2013)

Des réalisateurs estampillés Nouvel Hollywood, William Friedkin est sans conteste le plus controversé, tant par les films qu'il a réalisé que par les histoires qui entourent leurs productions. Riche d'une filmographie où se côtoient de nombreuses œuvres emblématiques (réévaluées pour certaines avec le temps), le cinéaste a publié en 2013 ses mémoires intitulées Friedkin connection (éditées en France en 2014 par les Éditions de la Martinière). En omettant ses souvenirs les plus intimes, ce qui aurait de son propre aveu interdit le livre aux moins de dix-huit ans, Friedkin revient sur sa carrière de réalisateur : sa famille, ses débuts à la télévision, ses (rares) succès, mais également les périodes difficiles qui suivirent. Comme présenté par l'éditeur en dos de couverture, gloire, disgrâce, et renaissance sont au menu de cette autobiographie sans concessions.

Avec en introduction la liste de ses plus mémorables erreurs de jugement, tel son manque de discernement vis à vis de ses jeunes comparses nommés George Lucas et Steven Spielberg [1], qui le fit refuser la proposition de devenir l'un des producteurs de Star Wars [2], la mise à la benne d'une œuvre offerte par un anonyme admirateur nommé Jean-Michel Basquiat, ou encore sa fin de non recevoir de la demande d'un jeune auteur-compositeur-interprète, Prince, le sollicitant à tourner le clip d'une de ses chansons pour la juvénile MTV, William Friedkin met rapidement les pieds dans le plat en pointant son incapacité à avoir su prendre la mesure du talent des autres à cause de sa « vision disproportionnée ». Autobiographie autant qu'autocritique, Friedkin connection dresse le bilan d'un cinéaste dont l'ego et les erreurs passées lui firent manquer plusieurs occasions notables, sans toutefois, l'empêcher de tourner paradoxalement, compte tenu de ses nombreux échecs, le plus cinglant étant son adaptation du Salaire de la peur. Mais n'allons pas trop vite.