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Live report : All Them Witches @ La Maroquinerie, Paris, 22 avril 2019

Annoncé complet bien avant la tenue dudit concert, le retour des étasuniens, from Nashville, All Them Witches, trois après leur première venue à La Maroquinerie [1], s'annonçait, sans surprise, sous les meilleurs hospices. Auteurs l'année dernière de l'album sobrement intitulé ATW, paru le 28 septembre 2018 sur le label New West Records, les musiciens entamaient ce 22 avril la huitième date de leur tournée européenne, débutée onze jours plus tôt à Helsinki, après une première tournée nord-américaine terminée, comme il se doit, à Nashville les 28 et 29 décembre.

Produit par leur guitariste Ben McLeod, ATW avait gommé les quelques réticences nées du précédent disque, la faute, avouons le, à une production trop tendre. Mieux, sans renier la qualité intacte de leur songwriting, le groupe quittait les routes un peu trop balisées de Sleeping Through The War. D'un retour apprécié aux sources bluesy et de chansons, on l'imagine, fruits de nombreuses jam sessions, le nouvel album se distinguait par son nombre de compositions tour à tour hypnotiques et minimalistes à l'image du désormais classique Diamond. Enfin, mention utile, peu de temps après l'ouverture de leur tournée nord-américaine, la formation, par la voix de leur chanteur et bassiste Charles Michael Parks, Jr, indiquait que, désormais, le groupe continuerait sous la forme d'un trio.

Live report : Pestilence @ Gibus, Paris, 28 février 2019

2008 avait sonné le réveil de Pestilence, après la séparation du groupe, quatorze ans plus tôt, et la tournée de leur controversé album Spheres. Trois albums plus tard et le retour du guitariste originel Patrick Uterwijk et du bassiste Jeroen Paul Thesseling, le leader Patrick Mameli avait de nouveau mis en pause sa formation, avant un deuxième come-back, et la sortie du dernier album studio en date Hadeon en janvier de l'année dernière. Faisant suite à leur précédente tournée 2018 intitulée "Fight the Plague" [1], Mameli sacrifiait cette année à la mode des tournées hommages au glorieux passé, en conviant la troupe des nostalgiques et autres quadragénaires à fêter le trentième anniversaire du deuxième album du groupe.

Cinq ans après leur dernier passage au Gibus, les néerlandais revenaient sur Paris, avec cet unique concert français de leur tournée européenne "Reduced to Ashes" de 29 dates, débutée à Glasgow sept jours plus tôt [2]. Accompagné des nouveaux membres, Calin Paraschiv à la guitare, Septimiu Hărşan à la batterie, et Edward Negrea à la basse, Patrick Mameli investit la scène du Gibus en terrain conquis, fort de l'aura culte de sa formation et de l'album qui allait concentrer la majeure partie de la setlist du concert, le non moins culte Consuming Impulse.

Auteur d'un disque fondateur du death metal made in Europe, quelques mois avant le séminal Left Hand Path des scandinaves Entombed, Pestilence avait signé avec ce deuxième album en 1989 un opus du même calibre que les récents Slowly We Rot et Altars of Madness de leurs pairs étasuniens Obituary et Morbid Angel, sans, détail notable, jouer les imitateurs. Produit par Harris Johns (Kreator, Sodom), Consuming Impulse se distinguait enfin pour être le dernier disque avec Martin Van Drunen au chant et à la basse, Mameli se chargeant par la suite (bon an, mal an) des vocaux.

Live report : David Murray feat. Saul Williams - 06 février 2018 Maisons-Alfort

Dans le cadre de la 27ème édition du festival Sons d'hiver, débutait le 6 février dernier la tournée européenne Blues for memo tour du jazzman David Murray. Accompagné du poète urbain Saul Williams et entouré de son Infinity Quartet (référence au groupe Black Music Infinity fondé par Stanley Lawrence Crouch), le saxophoniste ouvrait ainsi au Théâtre Claude Debussy, à Maisons-Alfort, le premier concert de ses onze dates à travers le vieux continent.

D'une première rencontre en 2014, lors des funérailles d'Amiri Baraka où Saul Williams implorait dans un poème le militant des droits civiques à « sortir de son cercueil » et à continuer la lutte, le souffleur originaire d'Oakland, impressionné par la faconde du poète, invita dans un premier temps Williams à venir sur scène auprès de lui. Deuxième acte de cette collaboration, les deux hommes enregistrèrent à Istanbul un album commun, le dénommé Blues for Memo (sortie le 16 février sur le label Motéma Music), hommage au producteur turc Mehmet 'Memo' Uluğ et à d'autres mentors de David Murray, tels les musiciens Lawrence «Butch» Morris et Sun Ra, ou encore à l'auteur Ishmael Reed, auquel le jazzman emprunte le texte Red Summer qui revient sur la tuerie à Charleston en 2015 dans un temple méthodiste noir.


Live report : Benjamin Booker @ La Maroquinerie, Paris, 10 novembre 2017

Révélation de l'année 2014 avec son premier album éponyme sorti aux USA sur ATO Records [1] et en Europe sur Rough Trade Records, Benjamin Booker est revenu cette année avec un deuxième album dénommé Witness. Un disque attendu, objet de curiosité, tant le jeune compositeur s'inscrivait d'une certaine manière, dès son premier opus, comme le petit cousin de feu Jeffrey Lee Pierce du Gun Club. Guitariste influencé par le blues d'un Blind Willie Johnson sans toutefois renoncer aux fulgurances du garage-punk, Booker signait en juin dernier un deuxième disque sinon surprenant, du moins plus ambitieux. Marqué par la montée en puissance du mouvement antiracisme Black Lives Matter, son écriture gagnait en maturité, et un engagement politique qui ne pouvait dès lors que renvoyer le musicien vers sa passion pour les musiques afro-américaine, du gospel, à la soul, en passant bien évidemment par l'éternel blues et le R&B.


Live report : All Them Witches - Trabendo, Paris, 29 septembre 2017

Auteurs en 2015 de l'excellent Dying Surfer Meets His Maker, les All Them Witches revenaient en février de cette année avec un quatrième album, le dénommé Sleeping Through the War. Moins bluesy que leur précédent essai, le disque produit par Dave Cobb, spécialisé dans la country et l'americana [1], ouvrait une nouvelle voie, sinon plus consensuelle, du moins plus mélodieuse (démarche convaincant dès lors timidement le préposé à la chronique...). En concert outre-Atlantique depuis le 3 mars dernier jusqu'au 17 juin, en attendant une seconde vague à partir du 3 novembre, les quatre musiciens en provenance de Nashville entamaient leur tournée sur le sol européen le 7 juillet dernier aux Eurockéennes de Belfort. Quasiment une année après leur précédent concert parisien à La Maroquinerie le 10 octobre 2016, les All Them Witches débarquaient cette fois-ci au Trabendo, dans l'espoir non feint pour le préposé, que le concert du soir fasse taire les quelques doutes nés d'un dernier album à la production un peu trop propre.

En première partie de la formation étasunienne depuis le 20 septembre, le duo texan The Ghost Wolves, ouvrit la soirée. Formé d'une chanteuse/guitariste et d'un batteur, le groupe a sorti cette année un deuxième album TEXA$ PLATINUM en avril dernier. Adepte d'un rock nourri à l'urgence, The Ghost Wolves convainc, sans surprise, davantage en live que sur disque. Mieux, la prestation brute prit un virage bien plus mordant et saignant quand la dame à la voix fluette changea sa six cordes pour une guitare monocorde.

Live Report : Peter Erskine & Dr. Um Band @ Sunset-Sunside 11 juillet 2017

Dans le cadre de la vingt-sixième édition de l'American Jazz Festiv'Halles, le batteur Peter Erskine et son quartette, le Dr. Um Band, faisaient escale pour deux dates au club parisien le Sunset / Sunside.

L'histoire est connue, après des débuts dans le Big Band de Stan Kenton puis auprès du trompettiste Maynard Ferguson au début des années 70, le jeune batteur incorpora, alors au fait de leur notoriété, le Weather Report de Joe Zawinul et Wayne Shorter, avant de suivre leur bassiste démissionnaire Jaco Pastorius vers d'autres horizons musicaux, et une décennie 80 riche en collaborations diverses dont sa participation au groupe Steps Ahead mené par le vibraphoniste Mike Mainieri, et enfin le trio du guitariste John Abercrombie à partir de la seconde moitié de ladite décennie. Fort d'un curriculum vitae impressionnant à la mesure de la versatilité du musicien [1], Peter Erskine débuta en parallèle ses premiers pas en tant que leader. D'un premier album éponyme en 1982 sur le label californien Contemporary, le batteur poursuivit l'aventure sur le label japonais Denon, puis enregistra quatre albums notables pour Manfred Eicher et ECM avec le trio composé du pianiste John Taylor et du contrebassiste Palle Danielsson [2]. Enfin depuis le milieu des années 90, l'homme est le propriétaire du label Fuzzy Music, lui permettant de produire sa propre musique au gré de ses envies, à l'image de sa nouvelle formation, le Dr. Um Band, créé en 2016 au côté du claviériste John Beasley et du saxophoniste Bob Sheppard.

 

Live Report : Tindersticks présente "Minute Bodies" - Cité de la Musique, 2 juillet 2017

Dans le cadre de la huitième édition du festival Days Off du 30 juin au 10 juillet prochain, les Tindersticks présentaient le dimanche 2 juillet au public parisien, à la Cité de la Musique, leur nouvelle création, le ciné-concert Minute Bodies. Présenté quelques mois plus tôt, en avant-première en février, lors du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand, avant de parcourir avec parcimonie l'Europe [1], Minute Bodies rend un hommage au naturaliste et documentariste Percy Smith. D'un montage signé par le chanteur Stuart Staples à partir de divers courts métrages réalisés par l'un des pionniers de la photographie « accélérée » ou time-lapse et du micro-cinématographe (The Birth of a Flower en 1910), produits pour le British Instructional Films entre les années 20 et le mitan des années 40, le ciné-concert avait l'occasion de montrer une fois encore une nouvelle facette du talent unique de la formation originaire de Nottingham.
 
 
Ciné-concert joué en deux représentations le même jour, une première en fin d'après-midi (celle à laquelle nous assistâmes) puis une seconde en début de soirée, chacun des deux sets se virent également suivi en guise de seconde partie par un concert des Tindersticks d'un peu moins d'une heure.

Live report : Napalm Death + Brujeria + Lockup @ Glazart, Paris, 13 mai 2017

Inoxydable. Imputrescible. Insubmersible. Immortel ? Ok, pause, c'est fini. Au-delà de cette série d'adjectifs emphatiques, Napalm Death n'en demeure pas moins un des rares groupes de rock, au sens généraliste du terme, à ne pas connaître les ouvrages néfastes du temps. Ou si peu. Trois décennies après la sortie du séminal Scum, acte de naissance du grindcore, le groupe britannique continue d'enregistrer des disques à un rythme quasi-régulier, avec une rigueur jusqu'au-boutiste et une absence de compromis forçant le respect, sinon l'admiration. Auteur en janvier 2015 d'un seizième album, l'excellent Apex Predator – Easy Meat, qui synthétisait au mieux leur abécédaire punk death métallique, la formation culte multiplie depuis deux ans et demi les dates à travers la planète prêchant la bonne parole grind. A l'affiche de l'actuel Campaign for Musical Destruction tour, Napalm Death traverse le vieux continent depuis le 25 avril dernier en compagnie des joyeux drilles Brujeria, des thrashers Power Trip, et enfin de Lock Up, side-project du bassiste Shane Embury. Le 13 mai, ces quatre groupes faisaient escale à Paris au Glazart. Mais n'allons pas trop vite...

Comptant désormais au micro Kevin Sharp, ex-Brutal Truth, après non des moindres Peter Tägtgren (Hypocrisy) et Tomas Lindberg (At The Gates), Lock Up version 2017 ouvrait ainsi la dix-septième date de cette « campagne pour la destruction musicale ». En support à leur dernier disque, Demonization, six années après leur troisième album, ce premier set servit autant de tour de chauffe aux spectateurs parisiens venu chercher leur dose d'adrénaline qu'à l'endurant Shane Embury, ce dernier n'enquillant rien de moins que trois sets par soirée au cours de cette tournée (il joue également avec Brujeria sous le délicieux sobriquet de Hongo). Complété par l'imposant batteur Nicholas Barker et le guitariste Anton Reisenegger, le supergroupe offrit comme on pouvait s'y attendre une prestation carrée, et bien plus marquante que les disques finalement anecdotiques enregistrés par Lock Up depuis 1999. Mention spéciale au nouveau venu, Kevin Sharp, pieds nus, impressionnant de maîtrise et à un Shane Embury qui lançait sous les meilleurs augures son marathon destructeur.

Live report : Shabaka & the Ancestors @ La Maroquinerie, Paris, 28 mars 2017

2017 l'année Shabaka Hutchings ? Sans nul doute, tant le saxophoniste britannique, figure de proue du renouveau de la scène jazz londonienne, après avoir multiplié les apparitions remarquées auprès de grands musiciens (Anthony Joseph, Sun Ra Arkestra, les Heliocentrics), alterne désormais à un rythme effréné les formations, les styles différents et les concerts en qualité de leader avec Sons of Kemet, The Comet is coming et Shabaka & the Ancestors [1]

Bref retour en arrière. Découvert par le préposé à la chronique un soir de février 2015 où il accompagnait le susmentionné poète Trinidadien Anthony Joseph, la puissance et le souffle free de Hutchings avait déjà à l'époque fait forte impression et marqué les esprits. Cumulant depuis les expériences et les brassages culturels en tout genre, ce natif de Birmingham enregistrait cette même année à Johannesburg en Afrique du Sud l'album (en une journée) Wisdom of the Elders, premier de la formation Shabaka & the Ancestors, composé exclusivement de musiciens du cru. Psaume en neuf parties, fruit du voyage immersif du saxophoniste à travers le riche héritage musical du pays, Wisdom of the Elders s'inscrivait comme un des albums marquants de 2016. Rien de moins.

 

Live report : Thurston Moore - 12 String Acoustic Set @ La Maroquinerie, Paris, 11 mars 2017

Moins de cinq mois après sa dernière venue dans l'hexagone, en première partie de Dinosaur Jr à l'Élysée Montmartre le 31 octobre 2016, Thurston Moore revenait en France pour une série de deux concerts en solo, le 11 mars à La Maroquinerie et le lendemain au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux. Annoncé comme un concert acoustique, où l'ex-leader et fondateur de Sonic Youth allait réviser son répertoire actuel à la douze-cordes, le set proposé ce samedi soir fut loin de se limiter qu'aux seuls accents folk. Au contraire. Mais n'allons pas trop vite.

Live report : All Them Witches - La Maroquinerie, Paris, 10 octobre 2016

Chroniqué en janvier dernier, le troisième album des All Them Witches, Dying Surfer Meets His Maker, demeure, près d'un an après sa sortie le 30 octobre 2015, l'un des coups de cœur de l'année passée du RHCS. Auteurs d'un album conciliant feeling blues et groove stoner rock, les quatre musiciens originaires de Nashville étaient de nouveau de passage à Paris après leur précédent concert, le 8 mars dernier, à La mécanique ondulatoire. Dans le cadre de leur nouvelle tournée européenne de 17 dates, du 2 octobre à Bristol au 21 octobre à Anvers, faisant donc suite à leur précédente tournée sur le vieux continent en début d'année (1), ATW fit escale le 10 octobre à La Maroquinerie, pour un concert annoncé une fois encore complet, à l'instar de la majorité des dates de ladite tournée.

Accompagnant les étasuniens au cours de ce périple européen, les israéliens de The Great Machine avaient la charge d'ouvrir la soirée. Formation en provenance de Tel Aviv, le trio a à son actif trois disques, deux EPs, un premier sorti en mai 2013, un second en avril de cette année, et un album éponyme datant de décembre 2014. Adepte d'un stoner débridé, à l'image du look bigarré des frangins Omer et Aviran Haviv, guitariste et bassiste/chanteur, la musique de TGM évoque par moment le Mondo Generator de Nick Oliveri, entre desert rock, poussées punk et riffs plombés. Une bonne mise en bouche.
 

Live report : John Surman - Théâtre du Châtelet, Paris, 8 octobre 2016

Dans le cadre du festival Jazz sur Seine, du 7 au 22 octobre prochain, le saxophoniste britannique John Surman était convié lors d'une carte blanche à jouer au Théâtre du Châtelet. Étaient invités à cette soirée plusieurs musiciens et collaborateurs de longue date dont le contrebassiste Chris Laurence, la chanteuse norvégienne Karin Krog, le quatuor à cordes Trans4mation String Quartet et Jack DeJohnette, ancien batteur de Miles Davis et compagnon de route pendant trente ans du trio du pianiste Keith Jarrett.

Pour les présentations d'usage, indiquons qu'en plus d'être une figure de proue du jazz européen via le label ECM durant près de quatre décennies, John Surman peut se targuer d'être un souffleur atypique, doublé d'un explorateur à la recherche de nouveaux horizons sonores. Pour cela il suffit d'écouter par exemple son utilisation personnelle des boucles de synthétiseurs ou du re-recording (overdubbing en anglais) [1] sur Westering Home (1972) et Road to Saint Ives (1990). Concert scindé en deux parties bien distinctes, chacun de ces volets avait la tâche de mettre en lumière une des nombreuses facettes protéiformes de cet improvisateur, passé maitre dans l'art de la clarinette basse et du saxophone soprano et baryton.


Live report : Bongripper + Suma + Ghold - Glazart, Paris, 30 mai 2016

Pour paraphraser Pierre Desproges, « Tout dans la vie est une affaire de choix ». Or un dilemme cornélien s'offrait au préposé docteur à la chronique le 30 mai sur Paris : le concert des chicagoans Bongripper, ou bien celui des montréalais Sunns dans le cadre du festival Villette Sonique. Les papes du doom instrumental ayant dégainé les plus vites, l'issue était prévisible, ce qui n'empêcha nullement une pointe d'amertume et une légère déception face à cette prise de décision arbitraire : préférer une formation n'ayant jamais posé auparavant un pied sur le sol français, au détriment des géniteurs de Hold-Still ou l'un des albums marquants de l'année 2016. Fort heureusement cette soirée au Glazart du 30 mai allait faire oublier cette mésaventure (1).

Apparu au mitan des années 2000 à Chicago, Bongripper (clin d'œil décalée au Dopesmoker de Sleep) sont devenus au fil du temps une référence en matière de metal lourd dans le milieu underground. En 2010, les quatre musiciens gagnent en popularité après la sortie de leur cinquième album, le très remarqué Satan Worshipping Doom (chroniqué par nos soins à l'époque ici), soit la synthèse de leur doom dronien avec un black metal originel. Mieux, le disque leur ouvre enfin les portes de l'Europe en étant à l'affiche pour deux concerts au festival néerlandais Roadburn du 14 au 15 avril 2012, où fut joué le premier jour l'intégralité de SWD, avant de retraverser l'Atlantique l'année suivante pour leur première tournée sur le seul sol britannique. Quatre ans plus tard, une éternité pour un groupe qui enregistra pas moins de quatre albums entre 2006 et 2008 (2), Bongripper sort en juillet leur dernier album en date, Miserable, confirmant autant leur statut culte que la quintessence de leur art doom (avec en sus un nouveau passage au Roadburn en 2015 pour deux dates et l'intégralité de Miserable). 2016, Bongripper débute dix ans après leur début sa première et véritable tournée européenne, huit dates passant par la France, la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas et enfin la Grande-Bretagne, du 29 mai à Nantes au 5 juin à Manchester.
           

Kamasi Washington à la Cité de la Musique, Villette Sonique, Paris, 1er juin 2016

Dans le cadre de l'édition 2016 de Villette Sonique, le saxophoniste étasunien Kamasi Washington venait conclure le festival parisien par un concert des plus attendus à la Cité de la Musique. Annoncé complet quelque temps avant le jour J, la venue du jazzman d'Inglewood, avortée une première fois suite aux attentats du 13 novembre (1), draina comme on pouvait s'en douter une foule nombreuse et hétéroclite, alléchée par la musique de ce disciple et nouvel ambassadeur de la Great Black Music. Révélation jazz de l'année passée, Washington fut l'auteur d'un monumental album solo, The Epic, triple disque sorti chez Brainfeeder Records, le label de Flying Lotus (alias Steven Ellison - neveu d'Alice Coltrane), dont Washington collabora sur son remarqué You're Dead ! en 2014. Fruit d'une monstrueuse session d'un mois avec les membres du collectif West Coast Get Down, The Epic allait enfin rayer d'un trait toutes ces années de frustration, limité au seul rôle de sideman et collaborateur de luxe (2), pour mieux permettre à l'ancien saxophoniste des Young Jazz Giants de prendre définitivement et durablement son envol. 

 
 

Live report : Pelican + Wiegedood - La Maroquinerie, Paris, 5 mai 2016

Trois années après leur passage parisien, (déjà) à La maroquinerie pour la sortie de leur dernier album, Forever Becoming, et au lendemain de leur concert à Tourcoing au Grand Mix, le groupe Pelican était de retour à la capitale. Figure tutélaire du genre post-metal depuis leur premier EP au début du millénaire, les quatre musiciens de l'Illinois ont débuté depuis le 28 avril dernier une mini-tournée européenne printanière qui se conclura le 13 mai prochain, en attendant un jour prochain (1) un nouvel album (le dernier enregistrement studio en date fut l'EP The Cliff en 2015, suivi en mars dernier par leur second live officiel Live at The Empty Bottle December 15, 2015 disponible gratuitement sur leur site bandcamp (2)).

Surprise de la programmation, à ceux mal informés qui pensaient devoir patienter (et ronger leur frein) devant un clone d'Isis ou Neurosis, en première partie du concert, la stupéfaction fut totale avec la présence de Wiegedood. Formation flamande de black metal en provenance de Gant, et auteur d'un premier album, De Doden Hebben Het Goed, sorti l'année dernière (en écoute également sur bandcamp), le groupe tire son patronyme néerlandophone du syndrome de la mort subite du nourrisson. Ambiance garantie. Bien en place, les trois musiciens livrèrent une prestation massive à l'image des longues compositions de leur répertoire (dix minutes de moyenne), alternant passage atmosphérique et brutalité old school des plus directes. A suivre.
  

Live report : Tindersticks - Théâtre des Bouffes du Nord, Paris, 20 avril 2016

Du mardi 19 au jeudi 21 avril, les Tindersticks faisaient escale à Paris au théâtre des Bouffes du Nord, dans le cadre de leur tournée européenne (1) en soutien à leur dixième album, The Waiting Room, sorti le 22 janvier dernier. Salué par la critique internationale, le nouveau disque avait, avouons-le, quelque peu déçu le préposé lors des premières écoutes ; quitte à le laisser de côté, en attendant le concert du 20 avril, et ainsi pouvoir le réévaluer dans de meilleures conditions. A la sortie de la salle inscrite au monument historique, le constat était sans appel, The Waiting Room méritait bien une seconde chance. Mais n'allons pas trop vite, comme le veut l'adage...

De leur collaboration avec la réalisatrice Claire Denis, depuis le long métrage Nénette et Boni en 1996, pour lequel les Tindersticks signèrent la musique (tirée majoritairement de leur second album éponyme), le cinéma aura très souvent inspiré ces gentlemen du rock, nombre de leurs chansons pouvant à juste titre est considéré comme la bande originale d'un film imaginaire. De ce constat, il n'est dès lors pas étonnant d'apprendre que le groupe, pour ce Waiting Room, fut à l'initiative d'un projet en collaboration avec le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand : proposer pour chaque titre de l'album un film mis en scène par un réalisateur différent (2). Mieux, ce Waiting Room Film Project qui n'avait nulle vocation à jouer bassement les utilitaires promotionnelles, allait offrir une immersion inédite en tant qu'élément scénique.
 

Live report : Overkill - Trabendo, Paris, 3 avril 2016

Deux jours après leur venue en territoire lyonnais, ouvrant le début de leur mini-tournée européenne printanière (1), le groupe de thrash culte du New Jersey, Overkill, débarquait au Trabendo ce dimanche 3 avril. En attendant la sortie de leur dix-huitième album en octobre prochain (acté au 28 sur le label Nuclear Blast), le groupe profite de ces quatorze dates pour faire le plein de vibrations scéniques avant d'entrer en studio le mois suivant.

Leur précédent effort, White Devil Armory (2014), avait confirmé au besoin l'état de forme du groupe, souvent nommé à raison le Motörhead du thrash metal : inusable, infatigable, à l'image de la paire originelle formée du chanteur Bobby "Blitz" Ellsworth et du bassiste D.D. Verni. Fidèle à leurs influences punk/hardcore et heavy metal, la formation n'a ainsi jamais dévié d'un iota de leur ligne thrash initiale, que ce soit au gré des divers changements de guitaristes et batteurs (dont le fracassant départ du guitariste Bobby Gustafson en 1990) ou des diverses modes musicales du moment. Sortant à un rythme régulier un album quasiment tous les deux ans depuis le séminal Feel the Fire en 1985, si Overkill n'a jamais eu sa place auprès des grands noms du Big Four, ces artisans du thrash n'ont cependant jamais démérité au cours des 35 ans d'existence du groupe, signant au passage quelques disques que tout bon thrasher se doit de connaitre et d'apprécier (au hasard la triplette des jeunes années Under the Influence (1988) / The Years of Decay (1989) / Horrorscope (1991)).
          

Live report - Om au Divan du monde, Paris, 22 novembre 2015

Heureuse coïncidence ou hasard des calendriers, se sont produit la même semaine et au même endroit, les deux formations nées des cendres du groupe culte Sleep : Om et High On Fire (1), soit respectivement la section rythmique et le guitariste chanteur des auteurs du monstrueux Dopesmoker. Mené désormais par le bassiste Al Cisneros, le batteur originel Chris Hakius s'étant retiré des affaires musicales, Om faisait escale à Paris dans le cadre d'une mini tournée européenne (débutée le 14 novembre en République Tchèque), soit trois ans et demi après leur dernière venue à La Maroquinerie en avril 2012, trois mois avant la sortie de leur dernier album, Advaitic Songs.

En guise de préambule, avant les mantras soniques d'Om, les belges de The Black Heart Rebellion, en provenance de Gant, avaient pour tâche de faire patienter un public venu en masse (concert complet) pour Cisneros and co. Venu présenter leur nouvel album, People, when you see the smoke, do not think it is fields they're burning sorti le 29 octobre dernier, la musique de TBHR s'inscrivait idéalement dans le sillage de leurs « grands frères » étasuniens par leur goût prononcé d'insuffler à leur post-rock des influences world depuis leur précédent disque de 2012, Har Nevo. Riche sans être pompier, la prestation augurait du meilleur, leurs derniers disques évoquant par moment les ambitions des derniers Master musicians of bukkake en plus rock. Las. Si les disques et le mixage arrivaient à cacher les faiblesses du chanteur, sa voix dans les conditions du live plomba durablement la prestation du groupe. Sans épaisseur ou relief, doté d'un charisme anonyme, avouons que leur musique pour éviter ce goût d'inachevé aurait mieux fait de rester au stade instrumental. Dommage.
   

Live report : The Jon Spencer Blues Explosion - La Gaîté lyrique, Paris, 04 novembre 2015

Réapparu après un long hiatus au début des années 2010, d'abord par la sortie discrète du EP Black Betty enregistré conjointement avec Buzz Osborne et the Melvins, puis par celle de leur nouvel album Meat + Bone en 2012, huit années après leur précédent LP, le trio The Jon Spencer Blues Explosion signait cette année avec Freedom Tower: No Wave Dance Party 2015, un retour remarqué en mars dernier. Disque hommage à leur ville originelle New-York, l'album s'éloignait définitivement des orientations Stoniennes époque Plastic Fang (2002) pour revenir à l'énergie brute de leur début : un rock primal à l'urgence salvatrice. Mieux, jamais en studio les trois musiciens ne s'étaient tant rapprochés sur la forme de l'intensité qui caractérise leurs performances publiques. De quoi pousser aisément le préposé à la chronique à se déplacer à la Gaîté lyrique, et trouver par la même occasion la réponse à une des questions existentielles qui taraudent le rock critic aujourd'hui: est-il possible de pratiquer encore en 2015 du rock'n'roll en mocassins blancs ? Mais n'allons pas trop vite.
  
 
   

Live report : Public Image Ltd. - Le Trianon, Paris, 06 octobre 2015

Dans le cadre de leur nouvelle tournée en soutien à leur dixième et nouvel album, What the World Needs Now..., John Lydon et son Public Image Limited étaient de passage à Paris en automne. Pouf pouf. De leur deuxième disque faisant suite à leur reformation de 2009, un constat s'était rapidement imposé, Lydon avait fait le deuil de ses jeunes années chaotiques post-punk symbolisées par le triptyque  First Issue, Metal Box, et The Flowers of Romance. Dont acte. Si la musique se veut plus proche sur le fond de la production de la fin des années 80, à l'image du guitariste barbu Lu Edmonds et du batteur Bruce Smith présents à cette époque, reste pour PiL aujourd'hui un capital sympathie globalement intact, et de pair, un discours corrosif non dénué d'humour toujours aussi pertinent.