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Crash - David Cronenberg (1996)

Dix septième volume des attendus coffrets ultra collector édités par Carlotta, celui-ci consacré au film culte de David Cronenberg, Crash, adapté du roman éponyme de J.G. Ballard (1973), qui défraya la chronique Cannoise au mitan des années 90, ne pouvait que remporter les suffrages des cinéphiles exigeant.e.s. Prix Spécial du Jury pour « son audace, son sens du défi et son originalité », contre l'avis même du président dudit jury, Francis Ford Coppola, les polémiques stériles apparues, il y a déjà un quart de siècle, ont laissé la place à une réévaluation quasi unanime, tant ce douzième long métrage de David Cronenberg peut être considéré légitimement comme l'un des sommets artistiques du réalisateur canadien. Vénéneux, clinique, obsessionnel, déviant, malaisant, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce film d'horreur d'un autre genre désormais disponible dans sa version restaurée 4K depuis le 21 octobre en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray et DVD. 

James (James Spader) et Catherine Ballard (Deborah  Kara Unger) mènent une vie sexuelle très débridée. Suite à une grave collision avec le docteur Helen Remington (Holly Hunter) ayant entraîné la mort de son mari, James se lance dans l'exploration des rapports étranges qui lient danger, sexe et mort. Grâce à leur rencontre avec Vaughan (Elias Koteas), un étrange photographe fasciné par les accidents de la route, le couple Ballard va finir par trouver un chemin nouveau mais tortueux pour exprimer leur amour…
 

Et mourir... de plaisir - Joe d'Amato (1978)

L'histoire a été mainte fois répétée en ces lieux. La courte mais prolifique période caribéenne du réalisateur bis Joe d'Amato marqua durablement l'inconscient du cinéma d'exploitation. Sesso nero, Hard Sensation, Exotic Love, Porno Holocaust, La nuit fantastique des morts-vivants, Orgasmo nero, etc., chacun de ces longs métrages a démontré, à des degrés divers, combien le cadre idyllique de Saint-Domingue offrait à Aristide Massaccesi, de son vrai nom, l'acmé de son art déviant.

Premier film officiel de la série de dizaine de productions tournées en République Dominicaine, Papaya dei Caraibi poursuivait ainsi la démarche entreprise par Joe D'Amato depuis Voluptueuse Laura, en cultivant son attirance pour le genre mondo. Egalement première incursion du réalisateur dans le culte vaudou, religion dont les rites imprégneront durablement les prochains films, le Romain trouvait finalement en cette île paradisiaque, les éléments déterminants pour parfaire sa réputation de spécialiste du cinéma exotique bis italien, qui le feront passer, deux ans plus tard, de l'érotisme soft à la pornographie avec Sesso Nero, premier film hard italien [1] avec Mark Shannon, Annj Goren et Lucia Ramirez.

De cette boîte de Pandore caribéenne éveillant faussement les fantasmes du mâle occidental venu se repaître de clichés, supposés émoustillants, Et mourir... de plaisir, dans sa version française, s'inscrit, on l'aura compris, enfin dans la continuité du cycle Black Emanuelle [2] qui permit à Joe D'Amato de parfaire à la fois sa popularité auprès d'un cercle d'initié.e.s déviant.e.s, et auprès d'une censure goûtant peu à ses excès formels. Mais n'allons pas trop vite.
 

Antiporno (Anchiporuno) - Sono Sion (2016)

Présenté en avant-première le 7 septembre 2016 lors de L'Étrange festival, l'habitué des lieux, le japonais Sono Sion, fit de nouveau sensation avec Antiporno. Commande nostalgique initiée par la Nikkatsu, déjà productrice des notables Cold Fish et Guilty of Romance, ce film, au même titre que les quatre autres commandes mises en scène par des réalisateurs de renom (divers) de l'archipel (Hideo 'The Ring' Nakata, Akihiko 'Harmful Insect' Shiota, Isao 'A Day on the Planet' Yukisada et Kazuya 'The Devil’s Path' Shiraishi), n'avait d'autre ambition que de faire revivre, par cet hommage, les grandes heures du cinéma d'exploitation nippon, et de fêter le quarante-cinquième anniversaire du premier Roman Porno de la Nikkatsu. Productrice au début de la décennie 70's de films érotiques dérivés du pinku eiga, ces films exploités à petits budgets [1] jusqu'à la fin de la décennie suivante se démarquaient autant par leurs thèmes, la sexualité des classes populaires (la série Apartment Wife) ou le sadomasochisme [2], que la relative liberté dont jouissaient les réalisateurs au cours de ces années 70. Finalement convaincu de participer à ce tribute, malgré ses nombreuses réticences au départ, Antiporno s'avère, non content d'être une réussite, une entreprise de sabordage de la part du frondeur Sono Sion, déboulonnant un projet supposé seulement sexy, au grand dam des dirigeants du studio. Film empreint du contexte social et politique du Japon de 2016, le long métrage n'aura jamais aussi bien porté son nom, antithèse du film pornographique, son auteur y dynamite, sinon pervertit, le genre pour mieux pointer du doigt, dixit son héroïne, "une société de merde et sa liberté de merde, ses hommes de merde qui dominent tout". Mais n'allons pas trop vite...

Artiste indépendante renommée, Kyôko (Ami Tomite) est une écrivaine et peintre piégée par son propre succès. Hantée par le souvenir de sa défunte sœur Taeko, celle qui se définit comme une "pute, mais vierge", passe le plus claire de son temps enfermée dans son studio. Un matin, son assistante Noriko (Mariko Tsutsui), plus âgée qu'elle, vient lui présenter le programme de la journée, dont une interview par un célèbre magazine. Soumise aux humiliations et jeux pervers de Kyôko plongée en pleine névrose, les deux femmes sont soudainement interrompues par la voix d'un cinéaste criant "Coupez !". 
   

L'éventreur de Notre-Dame - Jess Franco (1974)

Produit par Eurociné, Lesoeur père et fils, L'éventreur de Notre-Dame se situe dans la longue liste des longs métrages réalisés par Jess Franco qui connurent autant de versions remontées, censurées, agrémentées de scènes pornographiques, que de titres différents. De l'explicite Sexorcisme, ledit film eut ainsi droit également comme titre à l'évocateur Expériences sexuelles au château des jouisseuses, et autre méphistophélique Exorcisme et messes noires. Dans la grande tradition des relectures franciennes, L'éventreur de Notre-Dame devint quelques années plus tard en 1979, sous la houlette du même Franco, à partir du matériau originel et avec de nouvelles séquences en sus, un autre long métrage prénommé cette fois-ci Le Sadique de Notre-Dame [1]. Enfin, grand admirateur de l'œuvre Sadienne, qui trouva un premier écho une dizaine d'année plus tôt avec le séminal Le sadique Baron Von Klaus (1962), Jess Franco marquait ainsi, au besoin, encore les esprits déviants au mitan de la décennie suivante, par sa capacité à filmer frénétiquement crimes sadiques et autres tortures théâtralisées pour le plus grand plaisir d'un public converti à sa cause depuis l'originel Horrible Docteur Orlof.

Paris, Mathis Vogel (Jess Franco), prêtre défroqué, écrit pour subvenir à ses besoins des récits sadomasochistes pour un magazine fétichiste publié par Pierre de Franval (Pierre Taylou). Doué pour décrire avec véracité les scènes de tortures inspirées par les exorcismes datant de l'Inquisition, Vogel cache en vérité un fanatique religieux qui kidnappe, torture et assassine des jeunes femmes afin de, selon son esprit dérangé, sauver leurs âmes en perdition. Peu de temps après, il découvre l'existence de messes noires organisées dans des sous-sols parisiens, et à laquelle participe l'assistante de Franval, Anne (Lina Romay). Persuadé que ces rites sataniques factices sont bien réels, Vogel se lance dans une nouvelle quête purificatrice...

Orgasmo nero - Joe D'Amato (1980)

Énième rappel des faits. A la fin de la décennie 70, Aristide Massaccesi, dit Joe D'Amato, accompagné de ses fidèles complices, en premier lieu le géant génois Luigi Montefiori, dit George Eastman, embarquait pour Saint-Domingue en République Dominicaine. Durant cette escale caribéenne, le réalisateur romain mit en scène plusieurs longs métrages qui marquèrent durablement le cinéma d'exploitation italien : Sesso neroHard Sensation, Exotic Love, Porno Holocaust, La nuit fantastique des morts-vivants et enfin, celui qui nous intéresse Orgasmo nero. Loin de l'image habituelle que l'on veut bien donner au cinéma Bis, et au premier intéressé, Joe D'Amato se démarquait de ses compères tant sur la forme que sur le fond. Adepte de la méthode forte, le réalisateur de Voluptueuse Laura savait mieux que quiconque que la provocation est la meilleure des publicités pour un film produit dans ce type de circuit, quitte à franchir les limites du bon goût et de la bienséance, au risque de devenir persona non grata auprès des censeurs du monde entier. Orgasmo Nero conforte ainsi, une fois encore, comme cité plus haut, la place unique de Joe D'Amato dans le paysage d'un cinéma d'exploitation européen qui connaissait ses dernières heures de gloire. Mieux, Orgasmo Nero constitue la preuve qu'Aristide Massaccesi, à son corps défendant [1], est un auteur, ce nouveau film constituant une nouvelle pierre dans l'édifice misandre de sa filmographie depuis le séminal Emmanuelle et Françoise (1975).

Anthropologue, Paul (Richard Harrison) étudie les coutumes d'une tribu qui peuplent une île des Caraïbes. Rejoint par son épouse, Helen (Nieves Navarro), Paul vit mal à l'incapacité du couple à pouvoir avoir un enfant. Sur l'île, Helen se rapproche de la jeune autochtone Haini (Lucia Ramirez), leur amitié naissante cédant la place rapidement à une idylle entre les deux femmes. Occupé par ses recherches, Paul, qui ignore tout de la relation saphique de son épouse, propose à Helen d'inviter Haini dans leur résidence à Saint-Domingue...
 

Emanuelle et les filles de Madame Claude - Joe D'Amato (1978)

Cinquième long métrage de la série Black Emanuelle mis en scène par Joe D'AmatoEmanuelle et les filles de Madame Claude marqua la fin des aventures de l'héroïne créée, trois ans plus tôt, par Bito Albertini. D'un premier épisode inspiré par le phénoménal succès du film réalisé par Just Jaeckin, ce dernier volet fermait le ban des exploits érotiques de la belle photo-reporter en reprenant à son compte, en guise de clin d'œil opportuniste, le personnage principal du dernier long métrage du cinéaste français, Madame Claude sorti l'année précédente. La boucle était ainsi bouclée comme le veut l'adage.

En reportage à Nairobi, Emanuelle (Laura Gemser) désire obtenir l'interview de Giorgio Rivetti (Venantino Venantini), gangster italien retiré en Afrique pour affaires. Avec l'aide de son amie Susan Towers (Ely Galleani), celle-ci parvient à obtenir les confidences de Rivetti par l'entremise du Prince Arausani (Pierre Marfurt). Au cours son escale kényane, Emanuelle est intriguée par le mystérieux Francis Harley (Gabriele Tinti) rencontré à l'aéroport en compagnie d'une jeune femme handicapée. De retour à New-York, son collègue journaliste Walter lui apprend que Harley loue des jeunes femmes à de riches hommes d'affaires en quête de distractions...

Blood for Dracula - Paul Morrissey (1974)

Réalisateur incontournable du milieu underground New-yorkais depuis sa rencontre au mitan des années 60 avec Andy Warhol, le cinéaste Paul Morrissey se fit, au départ, connaitre par sa trilogie Flesh (1968), Trash (1970) et Heat (1972) avec l'égérie warholienne nommée Joe Dalessandro. L'année suivante, Morrissey rejoignait le vieux continent afin de réaliser, à l'origine, un seul long métrage produit par la paire Andrew Braunsberg / Carlo Ponti. La suite est désormais connue. D'un premier film, Flesh for Frankenstein, revisitant le mythe du Prométhée moderne créé de l'imaginaire de Mary Shelley, Paul Morrissey tournait dans la foulée, avec les mêmes acteurs principaux, Udo Kier, Joe Dallesandro et Arno Juerging, sa vision toute personnelle du vampirisme avec Blood for Dracula. Dont acte.

Malade, sur le point de mourir, le Comte Dracula (Udo Kier) doit boire du sang de jeunes femmes vierges pour survivre. Trop connu en Roumanie, et sur les conseils de son serviteur Anton (Arno Juerging), il décide de partir chasser en Italie. Sur place, il fait la rencontre des Di Fiore, une famille aristocrate désargentée. Sous le prétexte de chercher une nouvelle épouse, le comte et Anton sont invités à séjourner chez eux, où Dracula pourra choisir parmi les quatre filles...

Emanuelle chez les cannibales - Joe D'Amato (1977)

Avant-dernier long métrage des Black Emanuelles réalisées par Joe D'Amato, Emanuelle chez les cannibales marque une nouvelle étape dans la longue liste des films produits depuis le premier volet de la série créée par Bito Albertini. Fort du succès du Dernier monde cannibale de son compatriote Ruggero Deodato, et assisté désormais au scénario de Romano Scandariato, scénariste de La mort a souri à l'assassin (ou l'un des rares longs métrages qu'il signe de son vrai nom, Aristide Massaccesi), Joe D'Amato, passé maître dans l'hybridation bis (mention extrême) depuis son retentissant Black Emanuelle en Amérique, se distingue l'année suivante par un nouveau coup d'éclat. Mieux, de cette rencontre improbable entre le cinéma érotique et le film de cannibales, ce quatrième épisode mis scène par D'Amato s'inscrit comme le premier fait d'arme 100 % gore d'un réalisateur, qui se fera connaitre par la suite pour sa capacité à dépasser les limites du genre avec sa trilogie composée de Blue Holocaust, Anthropophagous et Horrible.

New-York. En immersion dans un hôpital psychiatrique pour un de ses reportages, Emanuelle (Laura Gemser) assiste à un cas unique d'anthropophagie : une jeune femme internée a mangé le sein d'une des infirmières. Découverte en Amazonie, son tatouage sur son pubis indique qu'elle aurait été élevée par une tribu cannibale. Emanuelle contacte le Professeur Mark Lester (Gabriele Tinti), conservateur du Museum d'Histoires naturelles afin de le convaincre de monter une expédition... Arrivés au Brésil, les deux amants retrouve Wilkes, une veille connaissance de Lester. Le lendemain, accompagnés de sœur Angela (Annamaria Clementi), d'Isabelle (Mónica Zanchi), la fille de Wilkes, et de deux guides, Emanuelle et Mark doivent rejoindre la mission du père Morales...
 

Black Emanuelle autour du monde - Joe D'Amato (1977)

Quatrième long métrage mettant en scène l'héroïne créée par Bito Albertini, Black Emanuelle autour du monde se présente, sans aucun doute, comme le volet le plus déstabilisant des cinq films réalisés par Joe D'Amato. Tournée dans la foulée de Black Emanuelle en Amérique, cette suite directe convie une fois encore le spectateur à suivre les aventures de la célèbre photo-reporteur globetrotteuse du sexe à travers le globe. Salué comme il se doit par les censeurs du monde entier, ce troisième chapitre signé D'Amato se démarque toutefois davantage par sa radicalité intrinsèque, que par ses excès formels hérités des précédents épisodes. Mieux, le réalisateur romain confortait, depuis le séminal Emmanuelle et Françoise [1] deux ans plus tôt, sa position unique de moraliste du cinéma bis. Mais n'allons pas trop vite.

San Francisco. De retour d'une île déserte, Emanuelle (Laura Gemser) rencontre dans un hôtel son amie journaliste Cora (Karin Schubert) qui rédige un article dont le sujet est la violence à l'égard des femmes. Dans sa chambre, Emanuelle est victime d'une tentative de viol, mais est sauvée par Malcolm Robertson (Ivan Rassimov), président d'un comité d'aide au Tiers monde pour les Nations-Unis. En dépit de leurs engagements professionnels respectifs, Emanuelle et le Dr Robertson se promettent de se revoir de nouveau, quand Emanuelle est envoyée par son directeur en Inde pour interviewer un gourou (George Eastman), qui prétend avoir découvert le secret de l'orgasme infini...

The Satanist - Zoltan G. Spencer (1968)

Longtemps considéré comme perdu, The Satanist, long métrage de Spencer Crilly, plus connu sous le pseudonyme de Zoltan G. Spencer, fut exhumé et projeté un soir de juillet 2014 en clôture du Forgotten Film Festival de Philadelphie. Fort du succès de la projection, la société Garagehouse Pictures édita deux ans plus tard, en octobre 2016, le jour d'Halloween, une version inédite restaurée 4K en Blu-ray de cet obscur film déviant. Invisible auprès des initié.e.s depuis plus de quatre décennies, ce croisement sulfureux entre l'érotisme débridé de Russ Meyer et les préceptes prônés par Anton LaVey, fondateur de l'Église de Satan, avait tout pour attiser la curiosité du préposé. Mieux, en dépit de ses limites intrinsèques, The Satanist demeure une bonne surprise. Mais n'allons pas trop vite.

Un romancier, prénommé John, s'installe avec son épouse Mary (Mary Bauer) à la campagne, afin de se remettre de sa précédente dépression et quitter l'agitation urbaine. Un jour, par mégarde, au volant de sa voiture, John renverse une jeune femme à vélo, Shandra (Pat Barrington), qui n'est autre que la voisine du couple. Celle-ci, nullement rancunière, les invite à prendre un verre chez elle. Au cours de la soirée, Shandra qui se présente comme une "élève de l'occulte" offre à John un ancien livre sur la sorcellerie... 
  

Black Emanuelle en Amérique - Joe D'Amato (1976)

Deuxième long métrage de la série mis en scène par Joe D'Amato, Black Emanuelle en Amérique est, à la fois, l'épisode le plus connu, et celui qui a fait couler le plus d'encre (CQFD). Pouvait-il en être autrement tant le réalisateur Romain s'affranchit, dans ce troisième volet, encore un peu plus, d'une bienséance qui n'a pas sa place, et d'un bon goût qui n'a pas lieu d'exister. Mieux, non content d'avoir subi précédemment, déjà, les affres de la censure avec Black Emanuelle en Orient, D'Amato comprend qu'il n'est pas allé assez loin dans la transgression, et dépasse définitivement les bornes en frappant, à dessein, du sceau de l'infamie un film qui n'aurait pu être, au départ, que le troisième chapitre des aventures érotiques de sa belle héroïne. Mais n'allons pas trop vite.

New-York. Voyageant à travers le monde en quête de scoops, Emanuelle (Laura Gemser) suit à la fois une carrière de photo-reporter à succès et de photographe de charme. A la sortie d'une séance, celle-ci est prise en otage par le petit ami puritain d'une de ses modèles, Janet, qui l'accuse de l'avoir promise à la damnation. Après avoir désamorcé la menace en séduisant le jeune homme, Emanuelle se prépare pour sa nouvelle enquête, infiltrer le harem du milliardaire Eric Van Darren (Lars Bloch), composé de douze femmes, chacune correspondant à un signe zodiacal. Or Il lui manque depuis peu une Vierge...

Black Emanuelle en Orient - Joe D'Amato (1976)

Première séquelle officielle du long métrage Black Emanuelle [1] mis en scène une année plus tôt par le transalpin Bitto Albertini, Black Emanuelle en Orient fut le premier volet de la série réalisé par celui qui allait lui donner ses lettres de noblesse supra-déviante, Joe D'Amato. Produit dans la foulée de Voluptueuse Laura, Laura Gemser y reprenait son rôle de journaliste hédoniste, concluant par la même occasion pour la seule année 1976, sa troisième collaboration avec l'auteur des quatre futurs autres épisodes [2] (Black Emanuelle en Amérique, Black Emanuelle autour du monde, Emanuelle chez les cannibales ou Emanuelle et les filles de Madame Claude). Mieux, et comme pouvait le laisser supposer les deux précédents longs métrages réalisés par Aristide Massaccesi, de son vrai nom, ces nouvelles aventures sensuelles de la belle Emanuelle noire allaient recevoir les félicitations des censeurs du monde entier. Mais n'allons pas trop vite.

Quittant Venise, Emanuelle (Laura Gemser), accompagnée de son ami et archéologue Roberto (Gabriele Tinti), se rend à Bangkok, en Thaïlande, dans le but d'interviewer et de photographier le Roi. Sur place, elle rencontre le Prince Sanit (Ivan Rassimov), cousin du Roi, qui l'initie au plaisir de la relaxation orientale. Devenu amie avec sa masseuse Gee, Emanuelle fait la connaissance par l'intermédiaire de Roberto d'un couple d'américains, Jimmy (Giacomo Rossi Stuart) et Frances (Ely Galleani). Tandis que son ami quitte l'Asie pour de nouvelles fouilles près de Casablanca, Emanuelle reçoit des nouvelles du Prince qui lui a arrangé un rendez-vous avec la première maîtresse du Roi qui vit désormais dans un temple abandonné...
 

Voluptueuse Laura (Eva nera) - Joe D'Amato (1976)

Indissociable d'Aristide Massaccesi, plus connu sous le pseudonyme Joe D'Amato, Laura Gemser, avant de devenir l'une des égéries du réalisateur de La nuit fantastique des morts-vivants, fut découverte aux yeux des initiés pour son rôle de masseuse dans la séquelle du long métrage de Just Jaeckin, Emmanuelle: L'antivierge (1975) de Francis Giacobetti. Choisie quasiment dans la foulée pour incarner le personnage qui la rendra célèbre dans le monde entier, la sublime interprète de Black Emanuelle de Bitto Albertini, fut à l'affiche l'année suivante, dans trois films réalisés par Joe D'Amato, marquant ainsi ses débuts auprès du cinéaste transalpin : Vœu de chasteté, le film qui nous intéresse Voluptueuse Laura, et enfin Black Emanuelle en Orient.

Eva (Laura Gemser) débarque à Hong Kong où elle fit la rencontre durant son vol de l'homme d'affaire Jules Carmichael (Gabriele Tinti). Danseuse, elle invite Jules à sa première qui se tient le soir même dans un night-club. Peu enclin à l'accompagner au départ, Judas (Jack Palance) se laisse convaincre par son frère, avant que l'ainé de fratrie tombe sous le charme, subjugué par la performance de la jeune femme, dansant à moitié nue avec un python. Judas l'invite le lendemain à déjeuner dans son restaurant préféré, puis chez lui, où cet homme fortuné lui présente un surprenant marché : sans rien attendre d'Eva, il lui propose de vivre dans son grand appartement et de lui offrir tout ce qu'elle désire...

Cronico Ristretto : Pulsions graphiques - Jean-Marie Donat (2018)

Paru le 26 octobre dernier aux éditions Cernunnos, Pulsions graphiques, sous-titré Le meilleur du pire d'Elvifrance, est un ouvrage indispensable pour tout amateur de déviances dites graphiques. Maison d'édition culte qui publia entre 1970 et 1992 des milliers de bandes-dessinées érotiques, au format de poche et bon marché, traduites et importées d'Italie, Elvifrance a fourni à un public avide de mauvaises pulsions « du plaisir pour toutes les bourses ». Vampire lubrique, binoclard priapique, bidasses obsédés, extra-terrestres érotomanes, nymphomanes et autres savants fous, Elvifrance fut de toutes les luttes libidineuses. Lucifera, Goldboy, Karzan, Jacula, Sam Bot, Maghella, Shatane, Zara la vampire, Wallestein, Jungla la « vierge africaine », etc., tels étaient les noms de ces personnages transgressifs et héroïnes infernales qui se dressèrent contre la bienpensance et le bon goût à grand renfort de sexe, de violence et de rire gras.

Collectionneur de photos, auteur du recueil, Affreux Noël, ou collaborateur de l'anthologie Catch : l'âge d'or, 1920-1975 signé Christian-Louis Eclimont, Jean-Marie Donat a nourri ce projet depuis une dizaine d'années avant de pouvoir, enfin, mettre en œuvre le premier livre hommage à cette illustre société. Avec le soutien de Christophe Bier, le maître y signe une préface critique de 80 pages, narrant la saga de la maison d'édition et la figure tutélaire de Georges Bielec, des premiers succès aux premières publications interdites [1], des années dorées 70's à l'essoufflement 80's, jusqu'au dépôt de bilan en 1992. Riche d'une sélection de plus de 400 couvertures et pages intérieures, Pulsions graphiques dressent un catalogue quasi-exhaustif des fantasmes mâles les plus débridés et licencieux : tortures, nécrophilie, fétichismes et sadomasochisme ; Elvifrance défiait crânement les convenances.

Cinquante nuances plus claires - James Foley (2018)

Pour le meilleur et pour le pire, et surtout le pire. Une année après le deuxième épisode de la franchise Essémobluettopouet-pouet, qui s'était conclue par les fiançailles du sémillant couple, Christian Grey et Anastasia Steele, l'heure est venue de faire les comptes. Tourné dans la foulée des nuances dites plus sombres, Cinquante nuances plus claires ne déroge pas à la réputation des précédentes adaptations des best-sellers d'E. L. James. Nullement handicapé par un énième accueil critique assassin, ce troisième film se distingue de nouveau par sa rentabilité, confortant une fois encore la recette éprouvée de l'adaptation cinématographique d'une série à succès. Fort d'une accroche fleurant bon le double sens faussement sulfureux (Don't miss the climax [1]), Cinquante nuances plus claires n'avait d'autre finalité que de renverser les codes du premier volet (l'affiche répond de manière opposée à celle des Cinquante nuances de Grey) en offrant à notre pervers narcissique (et plus si affinité) les joies de la parentalité en guise de dénouement. Courage, le calvaire est bientôt terminé.
 
Jeunes mariés, Christian (Jamie Dornan) et Ana (Dakota Johnson) profitent pleinement de leur lune de miel en France quand celle-ci est interrompu. Un incendie criminel dans les locaux de Grey Enterprises, dont l'auteur n'est autre que Jack Hyde (Eric Johnson), l'ancien patron d'Ana, sonne la fin de leur voyage de noce sur la Côte d'Azur. Alors qu'Anastasia commence tout juste à s'adapter à son nouveau rôle de Madame Grey et que Christian s'ouvre finalement à elle, cette nouvelle menace met en péril leur vie commune avant même qu'elle n'ait débuté...

Brigitte Lahaie, L'amour c'est son métier : 1976 - 1980


Chronique précédemment publiée dans le numéro 28 de la revue L'Indic, Noir magazine.

Brigitte Lahaie : céder à la tentation de vouloir résumer ses cinq années dans le cinéma X par le titre du film de l'iconoclaste José BenazerafL'amour c'est son métier, est des plus séduisantes. Mais si l'amour pouvait prendre diverses formes sur grand écran chez cette icône du cinéma d'exploitation, les métiers exercés par la belle l'étaient tout autant. A charge pour le rédacteur de ce billet de répertorier, consciencieusement, les professions fantasmatiques (du moins présentées comme telle) pratiquées par celle qui imposa, avec grâce, sa sculpturale présence dans les productions Alpha France et consorts, de ses premiers pas en 1976 à son arrêt du X en 1980.

Cinquante nuances plus sombres - James Foley (2017)

Deux années. Deux longues années à patienter (?!) la suite de Cinquante nuances de Grey, soit l'un des plus beaux navets de 2015. Adaptation du deuxième volet de la série, Cinquante nuances plus sombres, promettait... que pouvait-il raisonnablement promettre ? Hormis autant de rentabilité pour ces producteurs, compte tenu du bouche-à-oreille catastrophique du premier chapitre, et d'un accueil critique toujours aussi unanimement peu favorable. Or la franchise pouvait fort heureusement compter sur la communauté des admiratrices de la trilogie, permettant à ces nuances plus sombres d'atteindre la septième place (à l'heure actuelle) du film le plus rentable de l'année en cours [1]. Fort d'une accroche propre à bouleverser nos réserves, "Chaque conte de fée a une face sombre", et d'un distributeur, Universal, dans son rôle de camelot prêt à tout pour nous fourguer sa marchandise frelatée, nous promettant ainsi plus de thriller, Cinquante nuances plus sombres s'annonçait donc sous les meilleurs auspices. Pouf pouf. Mais n'allons pas trop vite...
 
Convaincue de son incompatibilité avec Christian Grey (Jamie Dornan)Anastasia (Dakota Johnson), a débuté depuis sa rupture un travail d'assistante à la maison d'édition SPI. Lors de l'exposition de photos de son ami José, Ana apprend que les six portraits d'elle-même ont été vendus à un seul homme, Christian, car ce dernier lui explique qu'il n'aime pas que des étrangers la fixent. Christian l'invite à dîner, Ana accepte parce qu'elle a faim [2], lui indiquant qu'ils ne feront que parler. Au cours du tête-à-tête, Christian lui demande de renégocier les termes, acceptant l'idée avoir avec Ana une « relation vanille » [3], et de n'avoir plus de secrets entre eux. Tandis que leur liaison passionnée recommence, Ana découvre qu'elle est suivie par une mystérieuse jeune femme, une ancienne soumise de Christian... 
  

Contes immoraux - Walerian Borowczyk (1974)

Premier succès commercial de Walerian Borowczyk en France, Contes immoraux marqua une étape notable dans la filmographie du réalisateur de Goto, l'île d'amour. Sur une idée d'Anatole Dauman, producteur de son premier court métrage français (Les Astronautes) en 1959, celui-ci lui proposa de profiter de l'assouplissement de la censure cinématographique, qui précéda l'élection giscardienne, en mettant en scène son premier long métrage explicitement érotique. Film constitué d'une série de courts métrages ayant le sexe comme sujet central [1], et inspiré sans nul doute par le succès de la « trilogie de la vie » [2] de Pier Paolo Pasolini, Contes immoraux est à considérer avant tout comme le prolongement naturel des thématiques du réalisateur. Débutant par l'une des Maximes de La Rochefoucauld : "L'amour, tout agréable qu'il est, plaît encore plus par les manières dont il se montre que par lui-même", ce film à sketches avait donc vocation à explorer le sexe sous ses aspects les plus subversifs : l'initiation à la fellation d'une jeune cousine, la découverte des plaisirs solitaires d'une jeune fille dévote, le lesbianisme sanglant de la Comtesse Bathory et enfin les relations incestueuses des Borgia (la zoophilie ayant été finalement retirée de la carte des réjouissances, mais n'allons pas trop vite). Auréolé du titre de second film érotique au box-office hexagonal de l'année 1974, loin derrière le phénomène Emmanuelle, Contes immoraux est désormais dans les salles depuis le 24 février dans le cadre de la rétrospective Walerian Borowczyk au Centre Pompidou, et en DVD et Blu-Ray dans le coffret collector [3] sorti le 22 février dernier.

Adaptation de « La marée », d'après le récit homonyme écrit par André Pieyre de Mandiargues dans son recueil Les mascarets, ce premier conte s'ouvre par la citation « Julie, ma cousine, avait seize ans, j'en avais vingt, et cette petite différence d'âge la rendait docile à mes commandements. », ou l'histoire d'André (Fabrice Luchini), qui sous couvert d'expliquer à sa cousine de quatre ans (Lise Danvers) sa cadette le mécanisme des marées, l'initie à l'art de la fellation au rythme de la marée montante sur une plage de Normandie. Premier volet d'un catalogue d'une sexualité transgressive, « La marée » se démarque en premier lieu par le thème récurrent de l'enfermement. Prise au piège par la mer, Julie n'a qu'une seule issue, celle de s'abandonner à la sexualité et savourer le plaisir que lui offre son cousin faussement autoritaire. Une soumission libératrice en quelque sorte.
 

La Bête - Walerian Borowczyk (1975)

Dans le cadre de la rétrospective Walerian Borowczyk qui se tiendra au Centre Pompidou du 24 février au 19 mars 2017, Carlotta édite le 22 février prochain un coffret collector [1] 8 DVD & 3 Blu-Ray consacré au cinéaste polonais incluant sept longs métrages en version restaurée 2K, réalisés entre 1967 et 1981 : Théâtre de Monsieur & Madame Kabal (avec en sus douze de ses courts métrages, Goto, l'île d’amour, Blanche, Contes Immoraux, Histoire d'un péché, Docteur Jekyll et les femmes et celui qui nous intéresse, La Bête

Sans aucun doute son film le plus scandaleux (il faudra attendre 2001 pour que la censure britannique autorise finalement l'exploitation en salles de la version intégrale) et le plus populaire (ce fut tant un succès critique que commercial en France), La bête faisait suite au virage explicitement érotique de Walerian Borowczyk initié l'année suivante avec le déjà subversif Contes immoraux. Initialement conçu comme cinquième épisode des dits contes sous le nom "La véritable histoire de la Bête du Gévaudan" [2], le volet fut intégré à La Bête sous la forme d'une séquence onirique désormais passée à la postérité. Mais n'allons pas trop vite.

Pierre de l'Espérance (Guy Tréjan) veut redorer le blason de sa famille en mariant son fils Mathurin (Pierre Benedetti) à la jeune et belle Lucy Broadhurst (Lisbeth Hummel), riche héritière américaine. Seule condition exigée par le défunt père de Lucy notifiée dans son testament, l'union doit être célébrée par l'oncle de Pierre, le cardinal Joseph do Balo. Mais les rêves érotiques et bestiaux de la jeune femme inspirée par l'histoire de Romilda de l'Espérance (Sirpa Lane), aïeul de la famille qui aurait eu une relation sexuelle avec une bête deux siècles auparavant, vont ébranler ce mariage arrangé en révélant un terrible secret de famille…
   

Brigitte Lahaie les films de culte - Cédric GrandGuillot Guillaume Le Disez (2016)

Résumé de l'épisode précédent : octobre 2015, assurés du soutien de Brigitte Lahaie, Cédric Grand Guillot et Guillaume Le Disez se lancent dans le projet inédit de raconter la carrière cinématographique de l'icône du cinéma d'exploitation hexagonal, de ses jeunes années X à sa carrière dans le bis européen de la fin des années 70 au mitan des années 2000. Après deux collectes réussies sur une plateforme de financement participatif (la seconde étant consacrée principalement à la réalisation de la nouvelle mouture du Disque de culte), et un passage remarqué au Forum des Images lors du Festival du Film de Fesses les 22 et 23 juin 2016, où un hommage à Brigitte Lahaie fut organisé par Cédric Grand Guillot et Guillaume Le Disez (1), le projet se concrétisa fin de l'année 2016 avec la sortie du livre tant attendu.

Deux kilos deux cent trente grammes sur la balance, trois cent cinquante-deux pages au compteur pour plus de cinq cent photos (2), Brigitte Lahaie, les films de culte a tout d'une bible. D'un contenu centré sur l'icône Brigitte Lahaie, le livre n'en demeure pas moins un précieux témoignage d'une époque à jamais révolu, que l'on soit fan ou non de la dame. Actrice de plus d'une centaine de films, dame Brigitte imposa sa sculpturale présence dans à peu près tous les genres que comptaient le cinéma d'exploitation des années 70-80, en marge des grosses productions, la sexploitation bien évidemment hard ou softcore, mais également le cinéma fantastique en devenant la muse du réalisateur Jean Rollin (on y reviendra), plus d'autres apparitions diverses et variées comme sa collaboration avec la société familiale Eurociné de Marius Lesoeur (3), sa parenthèse policier hard boiled dans L'exécutrice (1985) de Michel Caputo (4), sans oublier sa rencontre avec René Château, qui produira Les prédateurs de la nuit (1988) réalisé par Jess Franco.