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Cronico Ristretto : Broken Limbs Excite No Pity - Bruce Lamont (2018)

Sept années après son fort remarqué premier effort solo [1], Feral Songs For The Epic Decline, Bruce Lamont mettait fin à ce long hiatus le 23 mars dernier avec la sortie de son deuxième album, Broken Limbs Excite No Pity, sur le label War Crime Recordings. Depuis Beyul (2012), dernier album en date de Yakuza, l'homme n'a pas pourtant pas chômé. Au contraire. Fort de sa participation à de multiples side-projects, de Corrections House, avec Scott Kelly (Neurosis), Mike IX Williams (Eyehategod) et Sanford Parker (Minsk), à Brain Tentacles, Bloodiest, en passant par son récréatif groupe de reprises Led Zeppelin 2 Live, cette figure de la scène underground chicagoienne, on l'aura compris, a plusieurs cordes à son arc. Dès lors, Broken Limbs Excite No Pity n'avait aucune raison de réfuter les expérimentations passées ou de cadenasser la versatilité de cet explorateur des genres et homme-orchestre [2]. Folk, drone, électro, ambient, jazz, noise, rock, etc., tous ont été conviés. Dont acte.
  

Cronico Ristretto : ATGCLVLSSCAP - Ulver (2016)

Douzième album d'Ulver, ATGCLVLSSCAP [1], sorti le 22 janvier dernier sur le label britannique House of Mythology, imprime une fois encore la direction prise par la formation norvégienne depuis 1998 et un certain Themes For William Blake – The Marriage Of Heaven And Hell, disque de Pandore qui avait vu cette ancienne formation de black metal (et leur brutal Aatte hymne til ulven i manden qui clôtura magistralement leur trilogie black une année plus tôt) s'émanciper et quitter son style originel pour naviguer désormais dans des eaux plus électroniques et expérimentales. Après leur précédente collaboration avec Sunn O))) ou leur messe avec l'orchestre de Tromsø, Ulver livre ici sans doute son album le plus ambitieux depuis Perdition City (2001). Sombre. Psychédélique. Progressif. Atmosphérique. Minimaliste. Hypnotique. Ambient. Labyrinthique. Les qualificatifs ne manquent pas tant ce disque de 80 minutes, principalement instrumental, multiplie les facettes, confirmant au besoin la place unique qu'à Ulver dans le paysage musical depuis deux décennies.

Fruit d'improvisations et de relectures captées lors d'une tournée européenne d'une douzaine de dates en février 2014, ATGCLVLSSCAP visait dès son origine à intégrer autant les expérimentations et improvisations que l'énergie et la spontanéité du live. Monté dans un premier temps chez Daniel O' Sullivan, membre d'Ulver depuis l'album Wars of the Roses (2011), le bassiste anglais fut en charge de « sculpter » ses heures d'enregistrements, avant que le reste du groupe, le batteur Anders Møller, le chanteur et leader Kristoffer Rygg et le claviériste Tore Ylwizaker (responsable de la mue électro de 1998) ne soit impliqué plus tard en studio à Oslo.

Cronico Ristretto : Sunn O))) & Ulver (2014) | John Zorn & Thurston Moore (2013)


Cinq (longues) années que Stephen O'Malley n'avait pas signé un disque du sceau de Sunn O))). L'homme n'a pourtant pas chômé depuis Monoliths & Dimensions. Occupé à enregistrer et à tourner [1] en solo ou avec ses divers side projects, dont les plus récents se nomment Ensemble Pearl (avec entre autres Atsuo de Boris) et Nazoranai (avec Oren Ambarchi et Keiji Haino), O'Malley est revenu en ce début du mois de février avec la reprise d'un ancien enregistrement de Sunn O))) datant de 2008, en association avec les norvégiens d'Ulver intitulé Terrestrials.

Nourri des expérimentations du précédent LP, Sunn O))) enrichit de nouveau sa musique en continuant d'élargir sa palette instrumentale. S'éloignant des rives du drone originel pour celles du post-rock, le duo O'Malley / Anderson suit en quelque sorte la dernière mue d'Ulver et leur dernier album, Messe I.X-VI.X. Accompagnés des invités Ole-Henrik Moe et Kari Rønnekleiv au violon et à l'alto, et Stig Espen Hundsnes à la trompette, la double formation étasuno-scandinave propose trois longues plages abstraites au pouvoir mélancolique et mystérieux non feint. Terrestrials s'ouvre par le lent crescendo Let There Be Light, morceau qui se conclut par la basse menaçante d'Anderson et les percussions de Tomas Pettersen. Si Western Horn se démarque peu du premier titre et des dernières productions de Sunn O))), la dernière plage Eternal Return apparaît à la fois être le titre phare de l'album, et finalement la seule chanson où l'univers d'Ulver transparaît (enfin) [2], encore que le croisement attendu n'a pas véritablement lieu, la première partie d'Eternal sonnant comme du Sunn O))), et la seconde comme du Ulver (guidée par la voix Kristoffer Rygg).

Cronico Ristretto : Jodis / John Coltrane / Rakim


L'année 2012 aura été riche pour Aaron Turner et son ancien groupe moribond Isis : une compilation, Temporal, contenant diverses démos et autres versions alternatives, et un disque live, le sixième du nom, Live VI, sorti uniquement en vinyle avec des enregistrements datant de la tournée de l'avant dernier album studio In the Absence of Truth. Ajoutons à cette actualité passéiste également (et surtout) quatre albums en 2012 via ses nombreux side-projects : No de Old Man Gloom, l'éponyme de Split Cranium, le split de Mamiffer et Locrian Bless Them That Curse You et enfin Black Curtain de Jodis, en somme une production débordante où l'ancien frontman d'Isis donne libre court à ses nombreuses envies.

Strange meeting III - Klimperei & Voxfazer (2012)

L'action se passe un jour de Noël. En 2010. Le préposé docteur reçoit une invitation originale de la part d'une vieille connaissance, le dénommé Voxfazer : chroniquer son futur album, en cours d'enregistrement à ce moment, en ayant une totale liberté de ton, ou l'acte signé d'un masochiste ignorant encore la portée véritable de ces quelques mots écrits à l'heure des bons vœux ? 

L'album se prénomme Strange meeting III, et est le fruit du duo KlimpereiVoxfazer. La paire séparée de 500 km communique depuis 2005 par divers échanges musicaux, puis décida après leur troisième rencontre (1) de travailler à un projet commun : un album.

De Klimperei, le préposé ne connaissait rien, ou très peu avant cet album. De Voxfazer, le préposé avait au fil des années patiemment noirci un dossier à charge (qui trouve aujourd'hui son utilité). Photographe et musicien autodidacte, monsieur Rezafxov poste depuis novembre 2010 sur son Audioblog ses diverses compositions et improvisations dont on retiendra en particulier ses illustrations sonores pour la revue D'ici là et sa tétralogie enregistrée à l'église de la Chapelle St Robert.

Cronico Ristretto: Icon - Lento (2011)


Attendu depuis l'année dernière, le nouvel album de Lento est sorti en début d'année dans l'indifférence quasi totale. A charge pour le préposé d'activer de nouveau ses réseaux et son lobbying intensif...

Neurosis instrumental atmosphérique: l'expression avait été proposée en guise de raccourci pour définir cette musique paradoxale à la croisée d'un sludge massif, d'un ambient psychédélique et d'un hardcore des plus saturés.

Mars 2011, Icon le nouvel album des transalpins annonce une nouvelle mue, les influences du passé disparaissent pour laisser s'échapper une musique plus mature et réfléchie. Au delà de la formule bateau précédente, les romains auront passé une année dans leur studio pour y créer ce nouvel opus.
  

Feral Songs For The Epic Decline - Bruce Lamont (2011)

Doit-on avouer non sans une certaine gêne que le dernier album des chicagoiens Yakuza, nommé Of Seismic Consequence et sorti en 2010, n'aura laissé que peu de souvenirs au préposé, à tel point qu'il ne sait plus si ce nouvel opus eut droit au moins à une écoute ou non [1]. Un oubli de prime abord quasi injuste tant le souvenir de leur disque Samsara (2006) avait mis en lumière le potentiel de cette formation, mais aussi, par la suite, un anonymat fruit d'un tassement avéré de leur part, les espoirs passés s'étant vite dissipés... Soit le moment propice pour le frontman de Yakuza de publier son premier album solo ?

Le réflexe premier serait de jouer la carte de la suspicion dès que le chanteur d'un groupe de rock lambda enregistre un album solo [2]. La jurisprudence (et les nombreux exemples qui en découlent) s'accorde en effet à minimiser l'intérêt qualitatif de ces disques, et par conséquent à les ignorer (voire à les railler quand l'anecdotique se mue par exemple en création prétentieuse). Alors s'agissant d'un groupe à consonance métallique, et sa cohorte de clichés lui collant aux basques tel le premier Phtirius inguinalis, peut-on blâmer le préposé ou l'auditeur innocent à remettre en cause son droit à l'information, et à vouloir ignorer tout disque solo provenant de n'importe quel brailleur [3] ?

Les sept morceaux qui tournent en ce moment III


Pyramid of The Moon - Shrinebuilder [2009]

2009 aura vu l'une des belles surprises du doom metal et apparenté, un casting de luxe pour un supergroupe qui ô joie n'enquille pas les déceptions et autres désillusions à grand renfort de publicités ravageuses. Cela dit, qui à part un amateur de riff rampant peut s'émerveiller de voir Scott "Wino" Weinrich des cultes St Vitus/The Obsessed, Scott Kelly le leader de Neurosis, le bassiste de Om/Sleep Al Cisneros et rien de moins que le batteur des Melvins, Dale Crover au sein d'une même formation? Un casting de luxe, pour un album réjouissant, mise en boîte en seulement trois jours, où chacun apporte sa touche personnelle à des compositions bien plus inspirées que les dernières productions des dits musiciens: tel Wino et sa science stoner, baroudeur d'un psychédélisme mal embouché ou Cisneros nous conviant le temps d'un Pyramid of The Moon à une de ses transes stoner dont il a le secret. Shrinebuilder ou l'exception confirmant la règle que quelquefois, supergroupe ne rime pas avec baudruche. Le 20 avril à La Maroquinerie sur Paris.

In Sadness, Silence and Solitude - Raison d'être : tristesse, silence et solitude

Restons sur la même ligne directrice que précédemment, à savoir une musique dédicacée à tous les consommateurs de prozac insomniaque, le dark ambient de Raison d'être, le projet d'un seul homme, monsieur Peter Andersson.

En 1997 sort ce qui doit être le quatrième album de mister Andersson, le bien nommé In Sadness, Silence and Solitude. Raison d'être officie dans le dark ambient, dès lors point de surprises, format long, musique sombre ou éthérée selon l'envie de l'auteur, mais aussi froide (pour un suédois, quelle surprise vous pourriez me dire) et contemplative (pour continuer dans les clichés, avec les paysages et la neige propre à la Scandinavie, quoi de plus normal).

Le premier titre, Reflecting in Shadows, s'ouvre par des infra basses grondantes au fur et à mesure que le morceau s'étire, la claustrophobie n'étant jamais loin du fait de l'utilisation de sons aquatiques (provenant d'une voûte, d'une grotte ?), quand soudain on distingue une lumière un court instant, des chants grégoriens (enfin assimilé) fantomatiques font leur apparition. Pour le second titre, In Absence of Light, sous un climat lourd joué par des nappes de claviers planants se greffent une légère rythmique tribale. The Well of Sadness rappelle le titre d'ouverture, une ambiance sombre où s'intègre parfaitement un chant féminin sorti de nulle part lors de la première partie du morceau pour ensuite nous offrir quelques minutes de sérénité, le temps d'un moment. Deep Enshroudred comme son nom l'indique fait quant à lui la part belle à une partition très sombre, les ambiances profondes et répétitives soulignant un peu plus l'oppression qui se dégage du titre. L'album se clôt par Passing Inner Shield, où durant les 13 minutes de la dite ritournelle, Andersson nous convie à nous reposer l'esprit, nous proposant ainsi sa partition la plus planante.

Âmes sensibles s'abstenir.

Zeit: ça plane pour moi...

Avant de revenir la semaine prochaine avec quelque chose de sans doute plus péchu, on va débuter le week-end par ma première rencontre avec le groupe d'Edgar Froese, Tangerine Dream, à savoir l'album Zeit.
On a plus ou moins à juste titre conspuée la musique de ce trio germanique... l'archétype de la space music, les instigateurs de la musique new age, pourtant à l'époque où Peter Baumann faisait encore parti du combo et que Froese ne se prenait pas pour Roger Waters (la deadline étant la sortie de Stratosfear en 1976 pour les curieux), leurs albums m'ont toujours touchés... Par contre pour les 80's, on pourra passer son chemin personnellement...
Ainsi en 1972 sort leur troisième album avec désormais un line-up stabilisé en la présence d'Edgar Froese, Peter Baumaunn et Chris Franke. Au passage pour l'anecdote, le premier album, Electronic Meditation, des Tangerine Dream ne s'inscrit pas dans une approche planante, au contraire, on se rapproche des expérimentations rock de leurs compatriotes issus de la scène dite krautrock. Alors on pourrait résumer facilement cet album, Zeit, par la place occupée des chansons sur chaque face de ce double LP... c'est à dire un titre par face, soit au final: 4 titres pour 74 minutes de musique... Ça annonce déjà la couleur ^^'. Mais c'est pas non plus une nouveauté puisque deux années plus tôt, je vous rappelle que Soft Machine sortait son chef d'oeuvre Third...
L'album est intéressant à plusieurs titres, premièrement sous des structures relativement classique, le trio (accompagné par Florian Fricke, Steve Schroyder et un quartet de violoncelles) se plonge sans retenu dans l'expérimentation sonore. C'est vrai qu'à cette époque, au regard des instruments utilisés, le bidouillage était de mise... Ainsi les musiciens décident de multiplier les touches sonores, de privilégier les ambiances (l'utilisation par Froese de la guitare électrique sur Nebulous Dawn) et ainsi se rapprocher le plus possible d'une certaine abstraction.
En parlant d'ambiance plus haut, je constate aussi qu'il s'agit de leur album avec Rubycon le plus opaque, sombre qu'il soit... Bien sûr la bande n'a jamais joué dans la même catégorie qu'un Jean-Jacques Perrey, par exemple à l'écoute de Phaedra, l'envie de tourner les serviettes ne devrait pas traverser les esprits... mais Zeit se démarque du lot tout de même. La chanson qui ouvre ce LP, Birth of the Liquid Plejades, est un modèle du genre, les cordes apportent un côté perturbant voire malsain des plus savoureux tout comme les textures aquatiques (ou battements, ça reste à déterminer :p) et autres ambiances fantomatiques sur Origin of Supernatural Probabilities. Cela dit dans ces cas là, encore faut il être réceptif à cet art contemplatif et ne pas conseiller l'écoute de cette oeuvre à quelqu'un qui décide de prendre le volant ^^'.
En conclusion pour ce week-end, je vous propose en écoute le morceau éponyme de l'album, Zeit, 17 minutes d'ambiance sépulcrale et promis la semaine prochaine on fera péter les BPM.