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A Fuller Life - Samantha Fuller (2013)

En parallèle à la rétrospective consacrée au grand Samuel Fuller (1912-1997) par la Cinémathèque française jusqu'au 15 février, Carlotta édite en blu-ray et DVD le 3 janvier, jour de l'ouverture de cette rétrospective, le documentaire A fuller life signé par Samantha, la propre fille du réalisateur [1]. Père spirituel du Nouvel Hollywood, cinéaste protégeant farouchement son indépendance et sa liberté de création, Samuel Fuller incarne, on ne peut mieux, l'image du réalisateur franc-tireur au sein de l'industrie cloisonnée hollywoodienne des années 50. Journaliste, militaire, dans la première division d'infanterie étasunienne, la Big Red One, durant la Seconde Guerre mondiale, avant d'entamer par la suite sa carrière, de metteur en scène, Fuller a enrichi, dès le début, son oeuvre cinématographique de ses propres expériences biographiques, de Violences à Park Row (1952) à Au-delà de la gloire (1980). 

Tiré des mémoires du cinéaste, A Fuller Life conte la vie hors norme de l'artiste en conviant quinze réalisateurs et acteurs, amis, admirateurs ou collaborateurs : de Joe Dante à William Friedkin, de Tim Roth à Mark Hamill. Prêtant leur voix, jouant le jeu du mimétisme, avec cigare en supplément, chacune des personnalités récite à la manière et avec les propres mots de Samuel Fuller un épisode marquant du cinéaste.

The Deadliest Prey - David A. Prior (2013)

Mike Danton. Un nom qui résonne dans toutes les têtes, enfin si vous aimez les hommes, les vrais, ceux qui peuvent décimer une armée (de bras cassés) à mains nues. Adepte du mulet et du short ultra court durant ses jeunes années post-Vietnam, cet ancien soldat (le meilleur) inspirait autant l'admiration que la défiance de la part de ses ex-camarades de régiment. Trop beau, trop fort, pour son ancien supérieur, le colonel John Hogan, pourrait-on résumer, ou les prémices d'une tragédie en trois actes nommée Ultime combat, écrit, réalisé par David A. Prior et interprété par son cadet, Ted. Disparu le 16 août 2015, le réalisateur étasunien, auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés, était revenu (enfin) aux affaires courantes en 2012 avec Night Claws et son histoire de Big Foot sanguinaire. Une année plus tard, peut-être inspirés par le succès des films d'action à l'ancienne porté par Stallone, de son John Rambo à la franchise The Expendables, ou tout simplement l'envie de revenir à leur film le plus emblématique, les Prior bros. signaient le retour inattendu, voire inespéré, de Mike Danton dans la séquelle The Deadliest Prey.

Vingt-sept ans après les sinistres événements survenus aux alentours de Los Angeles, ou la découverte des chasses à l'homme orchestrées par le colonel Hogan (David Campbell), et la réponse punitive de Mike Danton (Ted Prior) qui fut enlevé par mégarde, l'ex-commando vit désormais avec sa femme Allison (Cat Tomeny) et son fils Michael (Michael Charles Prior, fils de Ted). Or Hogan, cette figure du passé qui hante encore les rêves de Danton, recouvre finalement la liberté après avoir purgé sa longue peine de prison. Mais ce dernier n'a qu'un souhait: se venger. En grand stratège nostalgique, l'officier psychotique fait kidnapper de nouveau Danton de bon matin, lors de la sortie des ordures ménagères, en souvenir de leur précédente rencontre. Secondé par la vénale Sophia (Tara Kleinpeter) et soutenu par de nouveaux investisseurs [1], dont le but est diffuser cette chasse à l'homme sur internet (la forêt est truffée de caméras), Hogan et son groupe de mercenaires sont désormais prêts à réécrire le passé...
   

Friedkin connection - William Friedkin (2013)

Des réalisateurs estampillés Nouvel Hollywood, William Friedkin est sans conteste le plus controversé, tant par les films qu'il a réalisé que par les histoires qui entourent leurs productions. Riche d'une filmographie où se côtoient de nombreuses œuvres emblématiques (réévaluées pour certaines avec le temps), le cinéaste a publié en 2013 ses mémoires intitulées Friedkin connection (éditées en France en 2014 par les Éditions de la Martinière). En omettant ses souvenirs les plus intimes, ce qui aurait de son propre aveu interdit le livre aux moins de dix-huit ans, Friedkin revient sur sa carrière de réalisateur : sa famille, ses débuts à la télévision, ses (rares) succès, mais également les périodes difficiles qui suivirent. Comme présenté par l'éditeur en dos de couverture, gloire, disgrâce, et renaissance sont au menu de cette autobiographie sans concessions.

Avec en introduction la liste de ses plus mémorables erreurs de jugement, tel son manque de discernement vis à vis de ses jeunes comparses nommés George Lucas et Steven Spielberg [1], qui le fit refuser la proposition de devenir l'un des producteurs de Star Wars [2], la mise à la benne d'une œuvre offerte par un anonyme admirateur nommé Jean-Michel Basquiat, ou encore sa fin de non recevoir de la demande d'un jeune auteur-compositeur-interprète, Prince, le sollicitant à tourner le clip d'une de ses chansons pour la juvénile MTV, William Friedkin met rapidement les pieds dans le plat en pointant son incapacité à avoir su prendre la mesure du talent des autres à cause de sa « vision disproportionnée ». Autobiographie autant qu'autocritique, Friedkin connection dresse le bilan d'un cinéaste dont l'ego et les erreurs passées lui firent manquer plusieurs occasions notables, sans toutefois, l'empêcher de tourner paradoxalement, compte tenu de ses nombreux échecs, le plus cinglant étant son adaptation du Salaire de la peur. Mais n'allons pas trop vite.

Jodorowsky's Dune - Frank Pavich (2013)

Présenté à La Quinzaine des réalisateurs, le documentaire de Frank Pavich, Jodorowsky's Dune, fut l'un des événements de l'avant dernier Festival de Cannes. Gravé dans l'inconscient collectif comme un chef d'oeuvre inachevé, resté à l'état d'embryon faute de financement supplémentaire, l'adaptation du roman culte de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky aura suscité et nourri nombre de fantasmes depuis quatre décennies. Pouvait-il en être autrement compte tenu de l'ambition démesurée du chilien, du casting retenu et des personnes impliquées dans ce projet bigger than life pour reprendre l'expression anglophone ? A charge pour Frank Pavich, déjà auteur à l'âge de 22 ans du documentaire N.Y.H.C retraçant l'histoire du hardcore new-yorkais, de nous conter à partir des interviews des protagonistes de l'époque, cette aventure humaine commencée en 1973.

« Je voulais faire un film qui donnerait aux personnes les hallucinations du LSD sans en prendre. [...] je voulais fabriquer les effets de la drogue. [...] Ce que je voulais c'était créer un prophète ».

Une introduction qui en dit long sur la vision de Jodorowsky. Dune devait lui permettre d'aller encore plus loin que ces précédents longs métrages. Désireux à la fois d'ouvrir de nouvelles perspectives, et de toucher au sacré par la venue de ce dieu artistique, la tâche du réalisateur d'El Topo s'avérait ardue et allait prendre la forme d'un combat.

A Touch of Sin (Tian Zhu Ding) - Jia Zhang-ke (2013)

Cinq années après son dernier film, 24 City, le réalisateur chinois Jia Zhang-ke revenait sur le devant de la scène, après plusieurs documentaires et courts métrages, en 2013. Un retour d'autant plus marquant et inattendu que le nouveau long métrage nommé A Touch of Sin, prix du scénario au festival de Cannes, s'avère l'essai le plus sombre du cinéaste. Loin du lyrisme de ses précédentes œuvres, et s'inspirant de récents faits divers extrêmement violents qui se sont déroulés en Chine, Zhang-ke signait un métrage critique et radical, dont on ne sait par quel miracle, celui-ci a réussi à passer à travers les filets de la censure.

Scindé en quatre histoires indépendantes situées dans quatre régions différentes, A Touch of Sin relate les mésaventures de personnages en marge de cette nouvelle société chinoise consumériste. A l'exception du deuxième chapitre qui met en scène la variation la plus cynique (et moins réussie), quand l'acte de résistance d'un travailleur migrant prend la forme d'une terreur armée et arbitraire, les trois autres épisodes narrent davantage le portrait d'humiliés aux prises avec une fatalité d'origine sociale dans cette Chine néo-capitaliste et individualiste.

Eurociné 33 Champs-Elysées - Christophe Bier (2013)

« La vie amoureuse de l’homme invisible, Des filles dans une cage doréeDeux espionnes avec un petit slip à fleur, [...], Panther squad, ces films rapidement tournés, à très faible coût, exploités jusqu'au déclin des salles de quartier au milieu des années 80, ne sont pas plus exotiques pour nous qu'A bout de souffle et Les enfants du Paradis. Ce sont des œuvres françaises [...] produites par une seule firme : EUROCINÉ ». C'est par cette brillante introduction que le bienveillant Christophe Bier ouvre ce documentaire, qui fera date chez tous les amateurs de cinéma Bis. Diffusé en avant-première lors d'une des inénarrables soirées Cinéma Bis à la Cinémathèque française, et dans le cadre d'un double programme [1] consacré à cette sacro-sainte société de production hexagonale, Eurociné 33 Champs-Elysées n'est rien de moins qu'une œuvre de salut public, ou l'histoire de ce singulier studio français au rayonnement international. 

En complément à une précédente chronique, il était en effet grand temps que le préposé docteur s'attarde un moment sur le cas Eurociné, et son fameux fondateur Marius Lesoeur. Et si l'envie l'avait déjà titillée lors de la diffusion du dit documentaire, en présence de son auteur et de Daniel Lesoeur, un soir de mars 2013 (le 22 pour être précis), il aura néanmoins fallu sa publication en support DVD chez RDM Edition pour le pousser enfin à écrire ces quelques lignes. 

Cronico Ristretto : The Witch-hunt - Master (2013)

Apôtre d'un metal intemporel (et passéiste), le faisant aisément passer pour le dernier des mohicans du proto-death metal, Paul Speckmann et son groupe Master sont réapparus l'année dernière pour une double actualité. Délivrant à un rythme soutenu des disques depuis la stabilisation de son line-up slave [1], la formation originaire de Chicago, que nous avions affectueusement désigné comme le « corned-beef du death metal » lors de la chronique de leur premier album, fêtait, déjà, en 2013 son trentième anniversaire. Du souvenir de l'époque séminale où le metal extrême US poussait ses premiers cris primaux, tonton Speckmann sonnait de nouveau le tocsin, et le rappel des troupes nostalgiques, le 27 septembre dernier en les conviant à une chasse à la sorcière sur le nouvel album intitulé The Witch-hunt

Comme énoncé lors du précédent billet, la musique du trio composé désormais de Paul Speckmann au chant et à la basse, d'Alex Nejezchleba à la guitare et de Zdeneck Pradlovsky à la batterie, n'a pas vocation à se distinguer par son originalité. Figé au contraire à l'état originel, aux frontières du thrash metal et des premières velléités death-métalliques du milieu des années 1980, Master fait fi des évolutions des trois dernières décennies. Tel un Motörhead du death metal, la voix éraillée de Speckmann évoquant au passage celle du patriarche Lemmy, le trio envoie la sauce, pied au plancher et la tête dans le guidon. En somme, la recette ayant été maintes fois éprouvée, Master mise davantage sur l'efficacité de ses compositions que sur une quelconque ambition emphatique. Dont acte.

Cronico Ristretto : Sunn O))) & Ulver (2014) | John Zorn & Thurston Moore (2013)


Cinq (longues) années que Stephen O'Malley n'avait pas signé un disque du sceau de Sunn O))). L'homme n'a pourtant pas chômé depuis Monoliths & Dimensions. Occupé à enregistrer et à tourner [1] en solo ou avec ses divers side projects, dont les plus récents se nomment Ensemble Pearl (avec entre autres Atsuo de Boris) et Nazoranai (avec Oren Ambarchi et Keiji Haino), O'Malley est revenu en ce début du mois de février avec la reprise d'un ancien enregistrement de Sunn O))) datant de 2008, en association avec les norvégiens d'Ulver intitulé Terrestrials.

Nourri des expérimentations du précédent LP, Sunn O))) enrichit de nouveau sa musique en continuant d'élargir sa palette instrumentale. S'éloignant des rives du drone originel pour celles du post-rock, le duo O'Malley / Anderson suit en quelque sorte la dernière mue d'Ulver et leur dernier album, Messe I.X-VI.X. Accompagnés des invités Ole-Henrik Moe et Kari Rønnekleiv au violon et à l'alto, et Stig Espen Hundsnes à la trompette, la double formation étasuno-scandinave propose trois longues plages abstraites au pouvoir mélancolique et mystérieux non feint. Terrestrials s'ouvre par le lent crescendo Let There Be Light, morceau qui se conclut par la basse menaçante d'Anderson et les percussions de Tomas Pettersen. Si Western Horn se démarque peu du premier titre et des dernières productions de Sunn O))), la dernière plage Eternal Return apparaît à la fois être le titre phare de l'album, et finalement la seule chanson où l'univers d'Ulver transparaît (enfin) [2], encore que le croisement attendu n'a pas véritablement lieu, la première partie d'Eternal sonnant comme du Sunn O))), et la seconde comme du Ulver (guidée par la voix Kristoffer Rygg).

Cronico Ristretto : Melvins - Tres Cabrones / Deicide - In the Minds of Evil


2013 fut des plus riches pour Buzz Osborne et sa bande : des concerts se rappelant au bon souvenir de la première moitié des années 1990, dont une double escale parisienne chroniquée ici-même, et la sortie d'une (première) compilation de reprises intitulée Everybody Loves Sausages en avril dernier. Et en guise bilan pour cette fin d'année, King Buzzo et Dale Crover remettent le couvert avec Tres Cabrones, seconde compilation regroupant cette fois-ci plusieurs anciens réenregistrements dont des titres rares datant des débuts de la formation de Montesano. Pour ce retour aux sources, le duo a convié le batteur originel des Melvins, Mike Dillard (et accessoirement batteur intérimaire de Fecal Matter, premier groupe de Kurt Cobain), à venir célébrer les 30 ans du trio, intitulé pour l'occasion Los Melvins.

Les salauds - Claire Denis (2013)

Fraîchement accueilli par la critique française, en mai dernier à Cannes pour la sélection officielle Un Certain Regard et cet été lors de sa sortie nationale, Les salauds de Claire Denis n'a pas laissé indifférent. Soit. Une habitude ou une demie surprise en quelque sorte tant la réalisatrice de Trouble Every Day s'éloigne des attendus prérequis et d'un cinéma aseptisé. Films à la mise en scène atmosphérique proche de l'abstraction, portés par des récits tout autant nébuleux, ses œuvres cinématographiques en ont fait un des auteurs du 7ème art les plus singuliers des vingt dernières années. Une originalité et une vision personnelle qui minimisent les récents reproches reçus par Claire Denis et ses Salauds, ces incompréhensions traduisant (et trahissant après visionnage) davantage une méconnaissance de son art, qu'un film outrancier aux défauts rédhibitoires comme il a pu être écrit.

Commandant d’un supertanker, Marco Silvestri (Vincent Lindon) abandonne le navire dont il a la charge en apprenant le suicide de son beau-frère (Laurent Grevill). De retour sur terre, Marco découvre l'étendu du drame. L'entreprise familiale de fabrication de chaussures reprise par sa sœur Sandra (Julie Bataille) et son mari est en faillite. Sa nièce Justine (Lola Creton) est hospitalisée dans une clinique après avoir été retrouvée errant nue dans la nuit, la jeune femme ayant subie une agression sexuelle des plus violentes. Un coupable est rapidement désigné par Sandra, il s'agirait de l'homme d’affaires Edouard Laporte (Michel Subor). Animé par une vengeance irrépressible, Marco s'installe au dernier étage de l’immeuble de Laporte où vit également sa maîtresse Raphaëlle (Chiara Mastroianni) et leur fils. Cependant rien ne se passe exactement comme avait prévu Marco...

Live report : Rabih Abou-Khalil au New Morning Paris - 12 novembre 2013

C'est sous un triste ciel pluvieux que le musicien Rabih Abou-Khalil est venu défendre mardi soir son dernier album Hungry People, premier disque signé sur le label World Village après plus de deux décennies sur le label munichois Enja Records. A charge pour le jovial libanais et sa formation de réchauffer le cœur du public parisien refroidi par cette météo automnale. Bilan de la soirée : mission accomplie, haut la main.

Entouré d'un « quintet méditerranéen » aguerri, avec des musiciens qui accompagnent le joueur d'oud depuis plus de dix ans, dont Michel Godard au tuba et à la basse électrique, camarade de route depuis The Sultan's Picnic en 1994, Rabih Abou-Khalil a offert une prestation complète. Scindé en deux sets de quarante-cinq minutes environ, avec deux rappels en sus, le concert fit la part belle à Hungry People.

 

Live report : Jello Biafra au Glazart Paris 13 août 2013

Assister à un concert de Jello Biafra pouvait-il sérieusement s'apparenter à une sinécure aujourd'hui en 2013 ? Il aurait fallu être très mal informé pour croire que l'ancien chanteur des Dead Kennedys s'était calmé. Après quelques années de flottements, plus divers featurings semés au cours des deux dernières décennies, Jello su retrouver son mordant musical dans un premier temps en 2004 au près de Buzz Osborne et des Melvins. De quoi lui redonner envie de former depuis les DK un véritable groupe, the Guantanamo School of Medicine, et d'enregistrer dans la foulée un premier album en 2009 : The Audacity of Hype.

Après un Enhanced Methods of Questioning datant de 2011, Jello revenait donc sur Paris défendre le dernier né sorti en mars White People & the Damage Done. A l'époque des festivals et des vacances d'été, on aurait pu croire, un peu trop vite, que l'affluence un soir de 13 août aurait été des plus mesurées. Au contraire. Le Glazart allait autant vibrer aux décharges électriques du GSoM que du public turbulent venu en masse.  

Live report : Ron Carter Golden Striker trio New Morning Paris - 19 juillet 2013

Rares sont les musiciens pouvant concilier humilité, CV prestigieux et gigantesque discographie. Ron Carter est de ceux là. Celui qui fut le sideman le plus demandé durant la deuxième moitié du 20ème siècle, intégrant nombres de formations de classe mondiale, dont le légendaire second quintette de l'ombrageux Miles Davis [1], n'est autre que le contrebassiste ayant le plus enregistré de disques dans l'histoire de la musique. Avec un millier d'albums (minimum) à son actif, l'homme outrepasse fort heureusement cette simple statistique. Doté d'une technique prodigieuse et d'une élégance naturelle, Ron Carter dépasse le statut premier et générique du musicien rythmique de second plan, tel que peut le laisser supposer son instrument. Véritable pilier mélodique que toute formation rêve et rêverait d'avoir, le contrebassiste reste toujours aussi actif du haut de ses 76 printemps, 2013 coïncidant avec la sortie de son album enregistré en public (à) San Sebastian avec son Golden Striker trio, et d'un featuring amical sur le Magnetic du trompettiste Terence Blanchard.

Avoir l'opportunité de rencontrer un tel musicien de légende se représentant finalement peu, le préposé docteur à la chronique ne s'est donc pas fait prier pour découvrir ce trio original : contrebasse, guitare et piano. De cette formation, on retiendra en préambule que celle-ci existe depuis une dizaine d'année depuis l'album studio éponyme The Golden Striker chez Blue Note en 2003, avec déjà Russell Malone à la six cordes et le regretté Mulgrew Miller disparu au mois de mai dernier.

 

Warm Bodies - Jonathan Levine (2013)

Adapté du roman éponyme (Vivants dans sa version française) d'Isaac Marion, Warm Bodies n'indiquait pas forcément aux yeux du préposé docteur une bienveillance certaine. Le mélange entre le fantastique et une romance adolescente ayant fourni au gré de la décennie passée le nadir de la création artistique [1], les doutes, ou tout du moins une méfiance légitime, pouvaient sembler justifiés à la découverte d'un tel projet. Enfin, remplacer des vampires mormons par des zombies au grand cœur, à l'heure où le mort-vivant est devenu à la mode en envahissant la télévision étasunienne [2], pouvait en soit anéantir les quelques morceaux d'indulgence restants. Oui, mais...

Suite à une apocalypse ayant pris la forme d'un virus mortifère, la quasi totalité de la population mondiale a été transformée en zombie. Un groupe de survivants vit tant bien que mal derrière des fortifications de fortune, sous la tutelle autoritaire du chef militaire Grigio (John Malkovich). Entourés de ces cadavres affamés de chair fraîche et de savoureux cerveaux (mais n'allons pas trop vite), les rescapés doivent néanmoins quitter leur forteresse quand le besoin en produits de premières nécessités se fait sentir. A cette occasion, Julie (Teresa Palmer), fille de Grigio, accompagnée d'autres jeunes compagnons, dont son petit-ami Perry (Dave Franco), sortent afin de récupérer des médicaments. Lors de cette expédition, les adolescents se font attaquer par une horde de zombies dont fait partie un dénommé "R" (Nicholas Hoult). Or ce mort-vivant est différent de ces congénères. Capable de réflexion, voire même de prononcer quelques borborygmes faisant office de mots, "R" n'en demeure pas moins être un amateur de cervelles, comme celle de Perry, qu'il s'empresse de dévorer lors de sa rencontre avec l'escouade de Julie. Tombé mystérieusement sous le charme de la jeune femme, "R" la protège de ses semblables zombies lors de l'attaque, et décide de la garder en sécurité dans l'avion abandonné lui servant de refuge. Peu à peu, "R" se métamorphose à ses côtés, retrouvant une part de son humanité perdue...

Live report : Peter Murphy au Trabendo Paris - 5 juin 2013

Annoncé début mars par le chanteur sur son site internet, le Mr. Moonlight tour [1], fêtant les 35 ans de son ancien groupe Bauhaus, s'apparentait rapidement comme un immanquable pour le préposé docteur. N'ayant pu assister aux deux reformations des géniteurs de Bela Lugosi's Dead, et encore moins aux concerts en solo de Peter Murphy par le passé, cet anniversaire avait l'avantage en une seule soirée de combler les diverses frustrations et attentes accumulées au cours des deux dernières décennies (ou la découverte marquante d'un groupe culte à l'écoute de la compilation Crackle sortie en 1998).

En préambule à l'arrivée sur scène du dandy anglais, et passé le mix post-punk que nous délivra un DJ inspiré pendant quatre-vingt-dix (longues) minutes, l'assistance fut informée de la sortie prochaine de Lion, nouvel album de Murphy à paraître pour l'automne et produit par Youth (bassiste de Killing Joke). Après quelques extraits et projection de vidéos en support à ce futur album qui s'annonce dès à présent plus électronique que le précédent Ninth (2009), Peter Murphy et ses musiciens pouvaient enfin jouer. 

Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Live report : The Melvins au Trabendo Paris - 10 et 11 mai 2013

En préambule et en avant-première du festival Villette Sonique qui se tiendra du 23 au 26 mai prochain [1], était convié le groupe culte the Melvins a rejoué en intégralité plusieurs albums (et autres E.Ps) fondateurs enregistrés durant la première moitié des 90's : Eggnog (1991), Lysol (1992), Houdini (1993) le vendredi, et Bullhead (1991) et Stonerwitch (1994) le samedi. 

Batteries au centre de la scène, Buzz paré de son habituelle robe de mage à gauche et le doux dingue Tevor Dunn dans son habit de super-héros en carton et bouteilles en plastique en sus [2], les quatre sets au total [3], comme pouvait le laisser présager le contenu des disques proposés, allaient brosser les différentes et multiples palettes soniques des Melvins : du drone au noise dans un premier temps, à une décharge rock métallique dans un grand raout punk, stoner et grunge pour les derniers albums en date.

Un anniversaire bruyant [4], massif, loin de l'idée d'un jubilé tranquille pour nostalgiques en charentaises, où le quatuor démontra sans grand difficulté, à une foule acquise à leur cause, leur pertinence tellurique et bruitiste après trois décennies d'existence.

Live report : Pharoah Sanders quartet au New Morning Paris - 6 mai 2013

Annoncée l'année dernière, puis annulée quelques semaines avant, se tenait hier (enfin) le retour du fils prodigue, Pharoah Sanders, à Paris au New Morning. Concert paradoxal où la magie expressionniste du disciple de Trane aura eu quelques ratés... la faute à un leader saxophoniste quelque peu récalcitrant et grognon !

Pourtant la playlist et son introduction annonçait une prestation inoubliable : ouverture progressiste tirée de ses disques fin 60's - début 70's, puis en deuxième entrée, un hors d'oeuvre post-bop soutenu par un quartet de qualité. Et pause saxophonique après seulement vingt minutes de musique. Mécontent de l'intensité des retours, le saxophoniste quittera longuement la scène une première fois, avant de revenir par intermittence le temps de lancer le standard de Cole Porter Everytime we say goodbye, puis une première version de son classique The creator has a master plan en guise de conclusion à ce premier set fantomatique. Fort heureusement, le trio restant su, sinon faire oublier son leader taciturne, tout du moins s'accaparer de manière probante l'espace désormais laissé vacant. Le pianiste William Henderson, vieux compagnon de route de Sanders depuis une dizaine d'années, mena ainsi en l'absence de son souffleur en chef, un set alternatif remarquable, où ses camarades Oli Hayhurst à la contrebasse et Gene Calderazzo à la batterie purent montrer à l'assistance leur maîtrise instrumentale et leurs improvisations inspirées.

Live report : Supuration au Divan du monde Paris - 5 avril 2013

Après leur première date à domicile, au Splendid de Lille, le 24 février dernier, la tournée en support à CU3E de Supuration prit donc escale vendredi dernier au Divan du monde.

Les échos lillois, les informations postées par le groupe sur leur page facebook et enfin la discussion avec le guitariste Fabrice Loez en dédicace avec les trois autres membres à Gibert en mars dernier, annonçaient un concert parisien marquant à plus d'un titre : 1/ synthèse scénique de la trilogie, 2/ intégralité du premier album et culte The Cube, et 3/ le retour sur scène d'un groupe rare (1). Trois raisons évidentes pour aller donc les voir.

Jesús Franco (1930-2013)

Il est des nouvelles qui touchent plus que d'autres, celle de la mort du réalisateur espagnol Jesús Franco en fait partie. Un an après le décès de sa muse, celui qui était plus connu sous le pseudonyme Jess Franco a donc rejoint Lina Romay ce 2 avril. A défaut d'écrire une sempiternelle biographie, le Rocky Horror Critic Show lui rendant un hommage perpétuel depuis la chronique de Doriana Gray, le préposé docteur vous propose plutôt un petit diaporama des différents rôles ou apparitions du génial cinéaste madrilène au cours de sa faramineuse filmographie (presque 200 films).