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Cronico Ristretto : The End Complete - Obituary (1992)

Un peu plus d'un an et demi après la sortie de leur précédent album, le désormais classique Cause of Death, qui fut suivi par une première tournée mondiale avec en point d'orgue leur participation au non moins culte Dynamo Open Air [1], Obituary signait son grand retour en avril 1992 avec The End Complete. Mieux, non content de compter dans ses rangs, de nouveau, le guitariste soliste Allen West, ce troisième disque devenait l'un des grands succès commerciaux du genre death metal de l'année, avec plus de 500 000 copies vendus en ce bas monde, confirmant, au besoin, leur statut de leaders de la scène mondiale, aux côtés de leurs compatriotes Death, Morbid Angel et Deicide

Enregistré à la maison, à Tampa, au Morrisound Recording et produit par Scott Burns, devenu entretemps, depuis ses débuts avec Sepultura et Obituary, trois ans plus tôt, l'une des figures incontournables de la scène floridienne et étasunienne (au même titre que le studio des frères Jim et Tom Morris) [2], The End Complete augurait du meilleur. Or, près d'un quart de siècle plus tard, force est de constater que son notable succès commercial est davantage le fruit d'un heureux concours de circonstances.

Cronico Ristretto : Dead - Obituary (1998)

Unique disque live d'Obituary, le bien, et ironiquement, nommé Dead s'inscrivait lors de sa sortie, de prime abord, comme le témoignage sonore tardif d'une formation réputée depuis ses débuts pour la qualité de ses prestations scéniques. D'un public parti vers d'autres horizons plus noirs depuis le mitan de la décennie, à un groupe dont certains membres ne cachaient plus leur lassitude, la mention dudit album tendait à indiquer paradoxalement que les floridiens n'étaient finalement pas encore totalement décédés. Auteurs d'un récent et (toutefois) convaincant Back from the Dead qui présentait, bon an mal an, une formation portée à bout de bras par le guitariste Trevor Peres, Obituary débutait quelques semaines avant la sortie officielle de ce cinquième album studio leur nouvelle tournée européenne par l'Allemagne, suivie quatre mois plus tard par son pendant nord-américain. Deux ans après Entangled in Chaos [1] de Morbid Angel, et six mois avant la sortie de When Satan Lives de Deicide, Dead se présentait en somme comme un nouveau testament live d'un des groupes majeurs de la scène death metal US du début de la décennie 90.   
 

Back from the Dead - Obituary (1997)

Trois ans. Une éternité en somme que les floridiens n'avaient pas donné signe de vie, du moins n'étaient revenus d'entre les morts [1] depuis leur précédent World Demise. Album marqué par les expérimentations initiées par la paire Trevor Peres et Donald Tardy, ce disque, quoique inégal, s'inscrivait dans une démarche louable d'émancipation, au risque de perdre un auditoire conservateur davantage habitué aux sempiternelles recettes. Dont acte. A la vision de la pochette et du titre de l'album, force est de constater que l'envie de classer ce Back from the Dead comme un retour au bercail mortifère apparaîtrait comme une évidence. Or si ce cinquième album d'Obituary augurait un retour évident à leurs origines gore, ce disque n'en demeurait pas moins une fois encore, et pour la dernière fois, un opus atypique à l'image du choix du producteur, Jaime Locke, ayant précédemment fait ses armes du côté du hardcore new-yorkais.

Premier point. D'un premier album Slowly We Rot qui les voyait côtoyer le récent sludge louisanien [2] à un World Demise se rapprochant d'un hardcore mid-tempo, Obituary n'avait jamais caché son attrait pour un genre éloigné des habituelles considérations musicales de leurs pairs. Dès lors rien d'étonnant sur le papier de proposer le poste précédemment occupé au culte Scott Burns à Jaime Locke, ingénieur du son sur One Voice (1992) d'Agnostic Front et producteur du Set It Off (1994) et du Demonstrating My Style (1996) de Madball (pour marquer cette rupture, l'album, contrairement aux précédents, fut cette fois-ci enregistré au Criteria Recording de Miami et non au Morrisound Recording).

World Demise - Obituary (1994)

Milieu des années 90, le metal dit extrême est à un tournant de sa brève existence. Face à la surenchère de mise et à l'effet de mode qui commence à se dissiper, l'hégémonie du death metal vacille et connait ses dernières heures. Victime à la fois d'une certaine usure et d'une lassitude du public, le metal mortuaire allait céder sa place lors de la deuxième moitié de la décennie aux velléités black metal en provenance de l'Europe du Nord. Seul choix possible pour nombre de groupes à cette époque : tenir bon la barque, évoluer et/ou disparaître (momentanément) tel Obituary après la sortie de leur quatrième album, World Demise.

Après le succès de leur précédent effort, The End Complete, soit leur disque le plus vendu et un des best-sellers du genre (un peu plus d'un demi-million de copies à travers le monde), la formation de Tampa aurait sans doute gagné à jouer la facilité, le statu-quo et enclencher le pilotage automatique. Grave erreur. C'était sans compter la participation du guitariste Trevor Peres et du batteur Donald Tardy, l'année passée, au side-project de Mitch Harris (Napalm Death) nommé Meathook Seed. Témoins privilégiés des expérimentations d'Harris lors de l'enregistrement d'Embedded, les deux principaux compositeurs d'Obituary furent sans conteste marqués par cette aventure, et désireux de suivre ce même élan qui s'inscrivait également dans la même dynamique que suivaient d'autres formations de leur label, Roadrunner, et de manière plus générale certains groupes de death metal européen, en particulier le death'n'roll d'Entombed sur Wolverine Blues (1993) ou les premières aspirations industrielles de Napalm Death sur Fear, Emptiness, Despair (1994).

Cause of Death - Obituary (1990)

Auréolé du succès de leur remarqué premier album sorti une année plus tôt, Slowly we rot, le nouveau disque d'Obituary était sans conteste un des plus attendus par le petit, et néanmoins turbulent, monde du death metal. Pouvait-il en être autrement ? Propulsés nouveaux hérauts du genre en cette fin de la décennie 80, nos cinq rednecks en provenance de Tampa avaient, à forte raison, marqué les esprits. En poussant d'un cran l'extrémisme metal [1], les floridiens devinrent dès leur premier opus l'un des leaders naturels de cet émergent et bruyant genre musical, Cause of Death devant dès lors confirmer les espoirs nécrologiques portés en eux.

Or la tâche pouvait s'avérer sinon ardue, du moins apparaître compliquée, le groupe perdant coup sur coup deux de ses membres avant l'enregistrement de ce deuxième album : leur bassiste Daniel Tucker parti on ne sait où, et plus grave, leur guitariste soliste Allen West. Pour les remplacer, le trio central du groupe, formé par les frères Tardy et Tevor Peres, jette leur dévolu sur le bassiste Frank Watkins et sur le guitariste James Murphy, à savoir l'étoile filante du death, tout juste remercié par le parrain Chuck Schuldiner après Spiritual Healing.

Slowly We Rot - Obituary (1989)

Du premier album d'Obituary, le préposé se souvient de cette introduction lugubre, de ce soupir malsain plongeant immédiatement l'auditeur dans l'univers sonore d'un film gore eighties ; avant ce choc, cette voix unique et écorchée sortie d'outre tombe. Découvert en retard, soit cinq années après sa sortie en 1989, ce disque au titre fleurant bon la décomposition, Slowly We Rot, fut le billet d'entrée du préposé pour le death metal, ou l'un des mouvements musicaux les plus bouillonnants que connut la musique underground à la fin des années 80 - début des années 90.

Détail pittoresque pour présenter cette époque turbulente, ce metal mortuaire adolescent trouve son berceau en un lieu précis, terre d'accueil des retraités étasuniens et plus populaire pour son soleil et son climat subtropical que pour sa musique extrême : La Floride. La ville de Tampa fut ainsi de manière surprenante à la fois le point de concentration de nombre de formations de ce mouvement naissant : Death, Obituary, Morbid Angel, Deicide, Nocturnus, Malevolent Creation, Atheist, Massacre [1], et également le point de ralliement de la scène nationale puis internationale avec les studios Morrisound Recordings des frères Morris, véritable architecte sonore des premiers enregistrements du genre.