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Live report : Overkill - Trabendo, Paris, 3 avril 2016

Deux jours après leur venue en territoire lyonnais, ouvrant le début de leur mini-tournée européenne printanière (1), le groupe de thrash culte du New Jersey, Overkill, débarquait au Trabendo ce dimanche 3 avril. En attendant la sortie de leur dix-huitième album en octobre prochain (acté au 28 sur le label Nuclear Blast), le groupe profite de ces quatorze dates pour faire le plein de vibrations scéniques avant d'entrer en studio le mois suivant.

Leur précédent effort, White Devil Armory (2014), avait confirmé au besoin l'état de forme du groupe, souvent nommé à raison le Motörhead du thrash metal : inusable, infatigable, à l'image de la paire originelle formée du chanteur Bobby "Blitz" Ellsworth et du bassiste D.D. Verni. Fidèle à leurs influences punk/hardcore et heavy metal, la formation n'a ainsi jamais dévié d'un iota de leur ligne thrash initiale, que ce soit au gré des divers changements de guitaristes et batteurs (dont le fracassant départ du guitariste Bobby Gustafson en 1990) ou des diverses modes musicales du moment. Sortant à un rythme régulier un album quasiment tous les deux ans depuis le séminal Feel the Fire en 1985, si Overkill n'a jamais eu sa place auprès des grands noms du Big Four, ces artisans du thrash n'ont cependant jamais démérité au cours des 35 ans d'existence du groupe, signant au passage quelques disques que tout bon thrasher se doit de connaitre et d'apprécier (au hasard la triplette des jeunes années Under the Influence (1988) / The Years of Decay (1989) / Horrorscope (1991)).
          

Cronico Ristretto : Repentless - Slayer (2015)

Continuer ou arrêter, statu quo ou transition, telles étaient les possibilités qui s'offraient à Slayer, et à son duo originel, depuis la disparition de Jeff Hanneman. Le choix d'un remplaçant, Gary Holt, du vivant du guitariste blond et les certitudes de Kerry King après l'annonce du décès indiquaient, tout d'abord, en dépit des doutes premiers de Tom Araya, la volonté de ne pas mettre un terme au groupe trentenaire. Point plus délicat, l'absence d'Hanneman, compositeur principal de la plupart des classiques de Slayer, pouvait-elle être comblée ? En d'autre terme, leur musique n'allait-elle pas perdre de sa substance sachant que l'une des forces de la paire formée par Hanneman et King [1] était leur complémentarité. Moins probable, mais sous-jacente, était enfin l'évolution, du moins la direction, que prendrait Slayer compte tenu de la nouvelle position dominante de Kerry King. Autant de questions existentielles qui n'appelaient pas forcément de réponses immédiates avant l'annonce de la sortie (maintes fois repoussée) de Repentless, leur onzième album et premier signé sur le label allemand Nuclear Blast (après quasiment trois décennies passées chez American Recording), le 11 septembre dernier, soit la même date que... celle de God Hates Us All... en 2001 (mais n'allons pas trop vite).

Album du deuxième retour du batteur Paul Bostaph suite au renvoi médiatisé de Dave Lombardo, et premier disque avec le guitariste d'Exodus, l'écoute de Repentless inspirait autant une certaine crainte, le contractuel [2] World Painted Blood sorti six années plus tôt n'ayant pas laissé un souvenir mémorable (doux euphémisme), qu'elle pouvait susciter une curiosité plus ou moins malsaine pour l'auditeur (et le préposé docteur) du fait des précédentes interrogations.

Les cinq morceaux qui tournent en ce moment IV


Avon - Queens of the Stone Age [1998]

L'histoire est suffisamment connue pour ne pas être trop développée en ces lieux... 1996, création du groupe Gamma Ray par Josh Homme et sortie du single If Only. 1997, après un changement de patronyme, Kai Hansen appréciant modérément qu'un cuistre américain choisisse le même nom que sa grotesque formation, les Queens of the Stone Age et Kyuss publient un EP qui fera date dans le petit monde fermée du stoner, l'ancien et nouveau groupe de Josh Homme occupant chacun une face du split intitulé sobrement Kyuss/Queens of the Stone Age (1). L'année suivante, le premier album des QOTSA sort et le potentiel que laissait envisager le EP précédent donne la pleine mesure du talent de compositeur du grand rouquin.

Sepultura: Under Siege (Live in Barcelona)

Formé autour de l'ossature fraternel des Cavalera, Igor et Max, Sepultura nait en 1984 à Belo Horizonte alors que les deux frangins n'ont même pas encore 15 ans. Ainsi après des débuts fortement influencé par Hellhammer, Venom ou Sodom, le jeune groupe propose un thrash metal des plus véloces, et ceci jusqu'au début des années 90. Et il est vrai qu'à la différence des groupes américains de thrash, en particulier la fameuse scène de la Bay Area, Sepultura se distingue par des rythmes plus brutaux ou une voix écorchée. Dès lors, bien que restant dans un domaine purement thrash, le groupe de Belo Horizonte reste souvent affilié à la scène death US. Parallèle appuyé s'il en est, leur album Beneath The Remains et Arise étant produit par l'un des producteurs incontournables de la scène death en provenance de Floride, Scott Burns.

Après donc le coup de massue Beneath The Remains qui permit à Sepultura de se faire connaitre sur la scène internationale, avec en point d'orgue une participation marquante au Dynamo Open Air d'Eindhoven, les quatre brésiliens reviennent deux ans plus tard avec Arise en 1991. Album plus mature et mieux produit qui marque encore un peu plus la patte de Sepultura avec leur style à la contrée du thrash et du death. Néanmoins quelques évolutions musicales pointent à l'horizon, un léger virage expérimental qui aboutira au phénoménal Chaos A.D. Ainsi, Sepultura s'ouvre un peu plus à la musique industrielle et a la judicieuse idée d'ajouter quelques percussions, mettant à jour (sommairement certes) leur identité brésilienne. Mais Arise, c'est aussi une tournée dantesque de deux ans, où pas moins de 39 pays eurent droit aux assauts des Cavalera and co. Pays, il faut le souligner pour un groupe de metal ou de rock, ne se résumant pas seulement aux pays occidentaux.

C.O.C. : Animosity Against Conformity (1985)

Formé au début des 80's en Caroline du Nord, Corrosion of Conformity n'a pas toujours officié dans un registre metal sudiste. Bien au contraire. En 1983, à l'instar des Suicidal Tendencies ou des Dirty Rotten Imbeciles (D.R.I.), C.O.C. enregistrait son premier album Eye for an Eye avec comme line-up : Eric Eycke au chant, le bassiste Mike Dean, Woody Weatherman à la guitare et Reed Mullin à la batterie. Musicalement, l'album évoquait les débuts de D.R.I, un hardcore agressif conjuguant rapidité avec durée expéditive.

En 1985, le bien nommé Animosity montrait un Corrosion au rang serré, Dean se plaçant derrière le micro pour les vocaux, avec Mullin en appui, Eric Eycke ayant quitté la jeune formation. Désormais en trio, C.O.C. a paradoxalement étoffé sa musique, ou plutôt épaissi celle-ci. La nouvelle scène extrême de la côte ouest ni étant sans nul doute étrangère, Animosity surprend immédiatement par sa nouvelle approche sonique. Dès les premières secondes, l'influence d'un Kill'em All parait ainsi évidente. Or si le morceau d'ouverture Loss For Words rappelle le son abrasif du premier Metallica, C.O.C. restait ancré toutefois dans un hardcore des plus féroces, en somme un des meilleurs représentants du crossover naissant, loin des griefs habituels que laissent poindre ce sous-genre par définition bâtard (soit une formation masquant ses lacunes par un mur de guitares thrashy).

South of Heaven - Slayer (1988) : Au Sud, rien de nouveau ?

1986, le jeune thrash metal étasunien accouche de trois monstres, Peace Sells… But Who’s Buying de Megadeth, Master of Puppets de Metallica et enfin celui qui nous intéresse le terrible Reign in Blood de Slayer [1]. Album culte, Reign in Blood s'inscrit comme un des rares albums de metal de cette décennie, tous genres confondus, ayant su éviter autant les outrages du temps que les fautes de goût.

Deux ans après ce coup de tonnerre, Araya, Hanneman, King et Lombardo revenaient avec le dénommé South of Heaven. Première remarque, Larry Carroll signait de nouveau la pochette (comme celle du prochain disque, Seasons In The Abyss, clôturant ainsi la trilogie). Deux choix s'offraient à Slayer lors de l'enregistrement de l'attendu successeur de Reign in Blood : la redite ou aller de l'avant. Loin de répondre par la facilité, qui voudrait proposer un disque encore plus rapide ou heavy (gimmick délicieux que la plupart des groupes de metal nous servent en interview à chaque fois avant la sortie d'un nouvel album), les quatre californiens choisirent une autre alternative, la contre allée : ralentir le tempo (une première pour le groupe), y incorporer quelques (vicieuses) mélodies (Tom Araya se mettant à véritablement chanter sur quelques chansons - sacrilège) et, mieux, amplifier les atmosphères malsaines.

Malleus Maleficarum - Pestilence ou le marteau des sorcières

Depuis quelques semaines un des guitaristes les plus influents des 90's dans le petit monde fermé du death metal, Patrick Mameli, a fait un retour dans le music business avec la sortie du premier album de son nouveau projet C-187, qui permis à bon nombre de nostalgiques de se remémorer la glorieuses époques que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, à savoir l'histoire du groupe batave, Pestilence. Ceci dit, les vieux croulants ont dû être aussi surpris puisque le père Patrick s'éloigne fortement de ses racines musicales pour une musique qui s'est fortement hardcorisée...

Petit rappel des faits. Dans le milieu des années 80's, le metal extrême est en pleine ébullition. La révolution thrash fait parler d'elle depuis quelques années avec Slayer et Metallica, le black metal de Celtic Frost et Bathory sème ses mauvaises graines pour la génération future, et aux quatre coins du monde de jeunes formations de proto death metal apparaissent. Ainsi en 1986, une bande de jeunes bataves attirés par le tourbillon musical extrême, les guitaristes Patrick Mameli, Randy Meinhard et le batteur Marco Foddis, fondent Pestilence, rejoint rapidement par un certain Martin Van Drunen à la basse et au chant. A cette époque, le death metal en est encore à ses jeunes années, et même si désormais on peut mettre un nom sur ce genre depuis la sortie du EP de Possessed, Death Metal, il faudra attendre le premier album de Death, le fameux Scream Bloody Gore, pour obtenir une véritable pièce fondatrice du mouvement. La frontière entre death et thrash était encore suffisamment trouble, ce qui explique qu'à leur début bon nombre de formations de death ont débuté dans un thrash metal féroce annonciateur de quelque chose d'encore plus virulent.

Undisputed Attitude - Slayer : in punk we trust

Auteur du cultissime Reign in Blood, pierre angulaire du thrash metal, ou en 1986 l'un des albums les plus virulents jamais sortis, Slayer conclut cette mémorable décennie par les disques South of Heaven et Seasons in the Abyss, les trois albums précités complétant une trilogie thrash tout aussi culte.

1994, leur nouvel album prénommé Divine Intervention, avec pour la première fois en studio le batteur Paul Bostaph (intronisé durant leur concert au festival Monsters of Rock à Donington deux ans plus tôt), confirmait l'imperméabilité des quatre californiens en cette première moitié des années 90. Loin des appels du pied au grand public de leurs pairs Metallica et Megadeth, avec en sus de la part du guitariste Kerry King quelques propos plein de compassion et de gratitude envers Lars Ulrich ou Dave Mustaine, Slayer gardait le cap d'un thrash sans compromis.