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Shakti - Shakti with John McLaughlin (1976)

1975, le Mahavishnu Orchestra est à bout de souffle. Depuis 1971 et sa création par John McLaughlin avec Billy Cobham, Jerry Goodman, Jan Hammer et Rick Laird, ne reste plus que son leader guitariste. Si la seconde formation du groupe n'a pas sorti de disques foncièrement mauvais, la troisième et ultime expression, responsable de l'album Inner Worlds, affiche désormais un groupe fatigué, à l'instar du genre jazz-rock / fusion dont ils furent les grands initiateurs, soit quatre années seulement après le séminal The Inner Mounting Flame. En attendant la sortie officielle de ce dernier enregistrement début de l'année suivante, McLaughlin s'attelle déjà en 1975 à un nouveau projet, quitte à surprendre et dérouter les amateurs de jazz électrique pompier : Shakti.

Accompagné à présent de musiciens indiens, Zakir Hussain au tabla, L. Shankar (neveu de Ravi) au violon, R. Raghavan au mridangam et T.S. Vinayakaram au ghatam et mridangam, McLaughlin souhaite rendre hommage à la musique traditionnelle indienne. Délaissant sa célèbre guitare électrique à double manche, les préceptes du gourou Sri Chinmoy et son patronyme Mahavishnu, le gentleman anglais n'aura jamais été aussi proche de l'Orient.

Cronico Ristretto : Spaces - Larry Coryell (1970)

Guitariste reconnu par ses pairs comme un des plus influents de sa génération, Larry Coryell n'en reste pas moins peu familier du grand public. Pionnier du jazz rock avec son groupe The Eleventh House, il est toutefois dommage de cantonner l'homme à son seul passé seventies tant sa grande versatilité lui permit de côtoyer nombre de musiciens prestigieux dans des styles très différents. De ses débuts avec le quintet de Chico Hamilton au milieu des années 60, Coryell s'émancipe rapidement et signe un premier disque solo en 1968 intitulé Lady Coryell. L'année suivante, le guitariste rencontre la future crème du jazz électrique.

Pour ce nouveau album nommé Spaces, Larry Coryell s'adjoint en effet les services de sidemen dont les CV ont de quoi faire pâlir aujourd'hui : deux membres de la formation de Miles Davis, le guitariste John McLaughlin et le pianiste Chick Corea, plus un batteur prochainement recruté par l'ombrageux trompettiste, Billy Cobham, et enfin le bassiste prodige Miroslav Vitous [1]. Une dream team pour un jazz électrique de première qualité ? La réponse est foncièrement affirmative.

Infinite Search - Miroslav Vitous (1969)

Hasard du calendrier, après des journées entières d'interrogation à se demander sur qui, sur quoi, le préposé pourrait bien divaguer, ce dernier s'est rappelé au bon souvenir de l'année 1969 et de la nouvelle révolution Davisienne qui lança l'éclosion d'une nouvelle génération de musiciens.

Et parmi ces jeunes qui firent leurs gammes durant les 60’s avant que leur popularité n'explose la décennie suivante [1], le jeune tchèque Miroslav Vitous reste comme l'un, sinon, LE bassiste prodige des jeunes années du jazz-rock de la fin des années 60 au début des années 70, au sein du Weather Report (avec comme autres chefs de fil le saxophoniste Wayne Shorter et le claviériste Joe Zawinul).

Trio of Doom : McLaughlin/Pastorius/Williams (1979)

Des trios mythiques dans la musique, quand bien même il en existe bon nombre de surestimés (1), même mon agent comptable préféré vous dira que ce n'est pas ce qui manque. Maintenant, lorsque vous ajoutez comme nouveau paramètre des rencontres fantasmées voire totalement hypothétiques, le passionné de musique peut dès lors entrevoir une myriade de possibilités. Au début du mois par exemple, j'ai appris que Josh Homme accompagné de Dave Grohl et de John Paul Jones enregistreraient un album, tout du moins quelque chose qui ressemblerait à de la musique à Los Angeles (2). Le jazz aussi a connu de belles rencontres entre all-stars, qui plus est en trio, la première me venant à l'esprit étant le fameux trio Duke Ellington, Charles Mingus et Max Roach et leur Money Jungle de 1962. Concernant le jazz électrique, le format du trio pourrait en surprendre plus d'un si on garde à l'esprit les grands noms des 70's. Pourtant, on aurait tort d'omettre l'un des disques fondateurs du mouvement jazz-rock, Emergency du Lifetime de Tony Williams de 1969 qui déjà ne comptait que trois musiciens. Dix ans plus tard, on retrouve quasiment les mêmes, soit les deux tiers du trio originel, avec cette fois-ci en lieu et place de l'organiste Larry Young, l'étoile montante (et bientôt filante) de la basse électrique, Jaco Pastorius.

Aura (1985) : United colors of Miles Davis

Force est d'admettre, et au-delà de la formule qui pourrait aisément paraitre facile, les albums de Miles Davis des années 80 ont loin d'avoir la même fulgurance que ceux du passé. Décennie des plus paradoxales, à savoir celle du retour inespéré et de la starification, les disques 80's du ténébreux trompettiste souffrent de la comparaison. Or, Aura, son dernier album pour la Columbia enregistré en 1985 (on y reviendra), s'inscrit sans conteste comme l'un de ses disques les plus intéressants.

Après cinq ans de black out total, où encore aujourd'hui certains n'en ont pas encore fini de fantasmer sur cette période noire, Miles Davis revenait sur le devant de la scène avec son album The Man with the Horn. Bon gré mal gré, le mythe vivant poursuivait son chemin entouré d'une jeune garde allant du guitariste Mike Stern, du saxophoniste soprano Bill Evans [1] en passant par le fidèle Al Foster à la batterie, le bassiste Marcus Miller et le claviériste Robert Irving III. Pour le pire et pour le meilleur, ces deux derniers eurent une importance notable sur la production et les compositions de Davis durant ladite décennie. Toujours aussi versatile, humant l'air du temps, la fracture avec la jeune garde symbolisée par les Young Lions Marsalis s'amplifie. A une époque où le jazz revient vers un classicisme hérité du hard bop des 50's, Miles Davis lorgne de plus en plus vers la pop et le funk synthétique.