Je suis frigide... pourquoi ? - Max Pécas (1972)

Fausse séquelle de Je suis une nymphomane, sortie l'année précédente, Je suis frigide... pourquoi ? de l'inénarrable Max Pécas conte, de nouveau, les mésaventures érotiques d'une jeune provinciale, incarnée par la jeune Sandra Julien. Fort du succès de son premier conte moral [1], le réalisateur lyonnais récidivait et concluait son diptyque avec l'autre trouble sexuel ennemi du couple. Une œuvre salutaire, pédagogique et néanmoins divertissante, que le public Pompidolien put apprécier à sa juste mesure. A peu de chose près...

La jeune Doris (Sandra Julien) vit avec son père André (Georges Guéret) chez les Chambon, ce dernier étant le jardinier au service de ces notables du Sud de la France. Un jour, sous l'influence néfaste de sa sœur incestueuse, Carla (Marie-Georges Pascal), le fils de famille, Eric (Jean-Luc Terrade), viole l'innocente Doris dans la serre de la propriété. Afin d'éviter le scandale, la jeune femme est envoyée en pensionnat de jeunes filles. Réceptacle des pulsions sexuées de son entourage, son initiation forcée au saphisme par sa camarade de chambrée finit de rendre la demoiselle réfractaire à tout plaisir charnel. A la sortie de sa scolarité, Doris tombe rapidement amoureuse d'un metteur en scène de théâtre. Malheureusement pour la jeune femme, la frigidité dont elle souffre remet en cause sa relation avec la gent masculine...

The Wraith (Phantom) - Mike Marvin (1986)

Il est des films que leur interprète principal voudrait oublier. The Wraith, connu dans notre contrée par le patronyme Phantom, est sans aucun doute l'un des films dont Charlie Sheen se vante le moins. Sorti la même année que Platoon d'Oliver Stone, le film de Mike Marvin fait plutôt tâche dans la filmographie de ce "fils de" à la carrière prometteuse. Une erreur de parcours qui heureusement pour l'intéressé aura finalement peu de conséquence grâce au succès international des troisième et quatrième [1] longs métrages de Stone. Mais au-delà de cette satisfaction déviante de citer les ratés d'un ancien jeune premier, il est également de bon ton de se rappeler au bon souvenir d'une demoiselle brune, connue des initiés pour sa maîtrise dans le nouage de queue de cerise. Car avant de devenir un objet de fantasme pour le jeune mâle occidental au début de la décennie 1990, dans la série culte de David Lynch et Mark Frost, Twin Peaks, Sherilynn Fenn tourna, entre autres, dans ce sinistre essai de vigilantisme routier postmortem. De là à écrire que seule sa présence justifie le visionnage ce Phantom...

Obsession - Brian De Palma (1976)

Parmi les jeunes loups du Nouvel Hollywood, Brian De Palma fut sans doute celui qui prenait le plus à cœur cette envie de revisiter l'âge d'or du cinéma. L'un de ses précédents longs métrages, Sisters, se permettait ainsi de faire le lien entre le thriller Hitchcockien et un hommage aux maîtres de l'expressionnisme. Inspiré cette fois-ci uniquement par le grand Alfred, Obsession dépasse le simple hommage pour être la relecture entière de Vertigo. Mal perçu à l'époque, tant par le vieux cinéaste britannique que par ses admirateurs, le film fut décrit par ses détracteurs comme une vulgaire « resucée » de Sueurs froides. Un grief que le grand public ne retint pas, et qui permit à De Palma de signer à 36 ans son premier succès commercial. Métaphore du pouvoir obsessionnel du septième art, Carlotta nous propose de revoir cette œuvre trouble sur la culpabilité et le désir en version restaurée inédite ce mercredi  18 septembre au cinéma.

1959, Michael et Elizabeth Courtland (Cliff Robertson et Geneviève Bujold) célèbrent dans leur grande maison leur dixième anniversaire de mariage avec plusieurs notables de la Nouvelle Orléans, dont l'associé de Michael, Robert Lasalle (John Lithgow). Mais cette soirée tourne au drame après le kidnapping de la femme et de la fille de Courtland. Sa seule chance de les revoir est de payer la rançon de 500 000 dollars. Désemparé, l'homme d'affaire fait appel à la police. On lui propose de ne pas payer. En échange de la somme demandée, la police souhaite déposer, en plus de faux billets, un émetteur dans la valise afin de retrouver la trace des otages. Or la tentative de sauvetage se solde par un drame : encerclés, les kidnappeurs s'enfuient avec leurs victimes, et meurent dans un accident de voiture. Aucun cadavre n'est retrouvé. Courtland, rongé par la culpabilité, fait ériger sur le terrain qui devait symboliser sa récente réussite professionnelle une stèle gigantesque en guise de mémorial. Seize années plus tard, au cours d'un voyage d'affaire à Florence en Italie avec son associé Robert Lassalle, Michael découvre dans la même église, où il avait fait la rencontre d'Elizabeth, une jeune italienne ressemblant trait pour trait à sa défunte épouse...

Mud - Sur les rives du Mississippi - Jeff Nichols (2012)

En compétition l'année dernière au Festival de Cannes, Mud de Jeff Nichols concluait la sélection officielle comme elle avait débuté, par un récit initiatique, après l'excellent et touchant Moonrise Kingdom de Wes Anderson, en ouverture de ce grand raout. Exit la Nouvelle-Angleterre et cette histoire d'amour entre deux adolescents, pour les rives poisseuses du Mississippi dans ce rough South étasunien en compagnie de white trash de l'Arkansas.

Ellis (Tye Sheridan) vit dans une maison flottante avec ses parents Mary Lee (Sarah Paulson) et Senior (Ray McKinnon) sur les bords du Mississippi. Un matin à l'aube, l'adolescent s'éclipse pour rejoindre Neckbone (Jacob Lofland), son meilleur ami qui vit seul avec son oncle Galen (Michael Shannon), pêcheur de perles. Le jeune garçon a trouvé sur une île du fleuve une épave de bateau perchée dans un arbre, « comme tombée du ciel », fruit de la rencontre entre une ancienne inondation et la forêt sauvage environnante. Décidés à en faire leur repaire, Ellis et Neckbone déchantent rapidement en découvrant parmi le capharnaüm de cette cabane de fortune des empreintes et de la nourriture. De retour sur la rive, ils rencontrent l'occupant de cette étrange embarcation suspendue. L'homme se prénomme Mud (Matthew McConaughey). Il vit caché sur l'île déserte, en attendant son amour de jeunesse Juniper (Reese Witherspoon), qui devrait le rejoindre très bientôt, avant de partir vers d'autres horizons. Les deux adolescents sympathisent rapidement avec cet inconnu superstitieux et tatoué, et grand amateur d'haricots en boite que lui donne volontiers Ellis. Le lendemain, Ellis et Neckbone reconnaissent, dans un supermarché de la ville, Juniper. De retour sur l'île, Mud leur demande alors de lui transmettre un message. Or la belle est surveillée par Carver (Paul Sparks), frère de l'ancien compagnon de Juniper, que Mud a abattu il y a peu...

Runaway Train - Andrei Konchalovsky (1985)

Second long métrage étasunien d'Andrei Konchalovsky, après Maria's Lovers (1984) avec Nastassja Kinski, et six ans après le remarqué Sibériade qui lui valut le Grand prix au Festival de Cannes en 1979, Runaway Train marque la première collaboration du russe avec la (sacro-sainte) Cannon de la paire Menahem Golan et Yoram Globus [1]. Intégrant les rêves de grandeur et de respectabilité des deux cousins, qui les firent produire l'année précédente Love Streams de John Cassavetes, et en 1985 Fool for Love de Robert Altman [2], ce long métrage d'action à petit budget (9 M$) s'éloigne grandement, on l'aura compris, des productions maison en adaptant un scénario original d'Akira Kurosawa [3]. Dans les salles le 4 septembre, Carlotta nous propose désormais une nouvelle copie restaurée de cette fuite désespérée dans l'enfer blanc.

Alaska, quartier de haute sécurité de Stonehaven. Oscar 'Manny' Manheim (Jon Voight), a passé ses trois dernières années en cellule d'isolement. Au terme d'une procédure judiciaire, ce prisonnier multirécidiviste, présenté par le gardien-chef Ranken (John P. Ryan) comme un animal, gagne le droit de rejoindre ses codétenus. Après avoir évité une attaque mortelle ourdie par Ranken, ce dernier n'ayant pas accepté cette décision de justice qui remet en cause son autorité, Manny décide de s'évader avec l'aide de Buck (Eric Roberts), le champion de boxe de la prison [4]. Une fois à l'extérieur, les deux fugitifs se dirigent vers une gare de dépôt, et montent à bord d'un train. Mais le conducteur, victime d'une crise cardiaque, chute du train, le laissant dès à présent seul, lancé à toute allure...

Mes funérailles à Berlin (Funeral in Berlin) - Guy Hamilton (1966)

Personnage créé à l'origine sans nom par Len Deighton, puis prénommé pour le cinéma Harry Palmer, celui-ci fut présenté il y a cinq décennies comme la version antagoniste du héros de Ian Fleming. Moins fantaisiste que Fleming, et plus proche d'un Le Carré, Deighton a dépeint à travers ses quatre romans publiés dans les années 1960 (dont trois furent adaptés pour le grand écran durant la même décennie) un espion aux antipodes de son célèbre homologue. Pourtant Palmer n'en demeure pas moins, par divers aspects, liés au matricule 007. A l'époque où l'espionnage à caractère sexotique était dans l'air du temps, l'apparition sur papier de cet anti-héros, la même année que les exploits de James Bond contre Dr No dans les salles, passe difficilement pour être une simple coïncidence. Une vision plus réaliste du métier qui paradoxalement intéressera également le producteur de la franchise à double zéro, Harry Saltzman. Trois ans après la publication de The Ipcress File, Michael Caine incarne le rôle d'Harry Palmer sur grand écran. Le réalisateur Sidney J. Furie en signe l'adaptation, accompagné du monteur de la franchise et du compositeur John Barry. L'année suivante, Saltzman enchaîne avec Funeral in Berlin avec aux commandes, rien de moins, que le metteur en scène de Goldfinger, Guy Hamilton [1] !

La femme des sables (Suna no onna) - Hiroshi Teshigahara (1964)

Les années 1960 ou la décennie de la Nouvelle Vague ? Des Nouvelles Vagues plutôt. A l'instar de son homologue français, le cinéma japonais connut en parallèle un courant novateur à la fin des années 1950, porté en grande partie par le studio Shōchiku et le réalisateur Nagisa Oshima. Nommée en référence au courant de Jean-Luc Godard et consorts, cette nūberu bāgu permit de même l'émergence de nouveaux réalisateurs, et de thèmes rarement évoqués par le cinéma traditionnel japonais : marginalité, sexe, critique sociale, racisme. Si Nagisa Oshima et Shōhei Imamura sont les deux cinéastes ayant le plus marqué ce renouveau artistique au cours des décennies suivantes, le réalisateur Hiroshi Teshigahara, peu connu du grand public de nos jours, aura néanmoins été l'un de ceux qui a le plus apporté au courant, et un des artisans principaux pour la reconnaissance mondiale de cette autre Nouvelle Vague au cours des années 1960.

La femme des sables (Suna no onna) d'Hiroshi Teshigahara n'est pas un film anodin. Primé à Cannes lors de sa sortie en recevant le Prix du jury, ce film japonais eut la primeur d'être, sinon récompensé, du moins nommé par ses pairs étasuniens en 1964 et 1965 pour le prix du meilleur film étranger et du meilleur réalisateur [1] aux Oscars. Si la postérité n'a pas retenu Hiroshi Teshigahara pour ces deux catégories, le premier revenant au transalpin Vittorio De Sica pour Hier, aujourd'hui et demain et le second à Robert Wise pour La mélodie du bonheur, la présence d'un film d'avant-garde provenant de l'archipel nippon dans ce temple de l'entertainment américain tend cependant à affirmer le caractère exceptionnel de ce long-métrage. 

Live report : Jello Biafra au Glazart Paris 13 août 2013

Assister à un concert de Jello Biafra pouvait-il sérieusement s'apparenter à une sinécure aujourd'hui en 2013 ? Il aurait fallu être très mal informé pour croire que l'ancien chanteur des Dead Kennedys s'était calmé. Après quelques années de flottements, plus divers featurings semés au cours des deux dernières décennies, Jello su retrouver son mordant musical dans un premier temps en 2004 au près de Buzz Osborne et des Melvins. De quoi lui redonner envie de former depuis les DK un véritable groupe, the Guantanamo School of Medicine, et d'enregistrer dans la foulée un premier album en 2009 : The Audacity of Hype.

Après un Enhanced Methods of Questioning datant de 2011, Jello revenait donc sur Paris défendre le dernier né sorti en mars White People & the Damage Done. A l'époque des festivals et des vacances d'été, on aurait pu croire, un peu trop vite, que l'affluence un soir de 13 août aurait été des plus mesurées. Au contraire. Le Glazart allait autant vibrer aux décharges électriques du GSoM que du public turbulent venu en masse.  

Fedora - Billy Wilder (1978)

« Le sujet de ce film, ce n'est pas la mort, c'est le désir de finir sa vie en beauté : toute légende est faite pour se perpétuer » confiait le réalisateur Billy Wilder à propos de son avant-dernier long métrage Fedora. Entre deux comédies avec son compère Jack Lemon, et le retour du duo formé avec Walter Matthau [1], l'auteur de Sunset Boulevard revenait, vingt-huit ans après, aux sources du mythe hollywoodien, et concluait, entre nostalgie et irrévérence, sa déconstruction d'un cinéma désormais révolu. Prochainement dans les salles le 21 août, Carlotta nous propose en copie restaurée ce film méconnu du grand public et longtemps resté invisible au cinéma.

La grande star hollywoodienne Fedora (Marthe Keller), qui vivait depuis de nombreuses années non loin de Corfou, met mystérieusement fin à ses jours à la gare de Mortcerf en France, après s'être jetée sous un train. Le producteur Barry 'Dutch' Detweiler (William Holden), présent lors des funérailles à Paris, se remémore sa dernière rencontre et les raisons qui ont pu causer un tel drame. Deux semaines auparavant, il avait traversé l'Atlantique dans le but de lui confier le rôle titre de son adaptation d'Anna Karénine. Mais l'entreprise s’avéra des plus difficiles. Fedora vivait recluse dans la villa Calypso de de la comtesse Sobryanski (Hildegard Knef), accompagnée du docteur Vando (José Ferrer) et de son assistante Miss Balfour (Frances Sternhagen), depuis qu'elle avait abandonné le tournage d'un film à Londres avec l'acteur Michael York. Par un concours de circonstances, Dutch réussit à la croiser sur l'île. Or si le temps ne semblait pas avoir de prise sur la star, celle-ci apparaissait extrêmement perturbée et paranoïaque...

Viol en première page - Marco Bellocchio (1972)

Figure du cinéma politique italien à l'orée des années 70, pour ses interprétations remarquées dans La classe ouvrière va au paradis (1971) d'Elio Petri et L'affaire Mattei (1972) de Francesco Risi, qui valurent à ces deux films la Palme d'or ex-æquo en 1972, Gian Maria Volontè tourna également la même année un autre brûlot : le méconnu Viol en première page. A l'origine, ce film devait être réalisé par le scénariste, Sergio Donati, notamment connu pour ses collaborations avec Sergio Leone. Malade, il céda sa place au cinéaste d'Au nom du père réalisé la même année, Marco Bellocchio, connu dès son premier long métrage, Les Poings dans les poches, pour son cinéma politiquement engagé. 

1972, Milan. Le climat politique transalpin est des plus tendus. Des jeunes manifestants, en marge d'un rassemblement commémorant la mémoire d'un camarade mort, prennent à partie le siège du journal conservateur Il Giornale. Affichés en une du journal, ces débordements satisfont son rédacteur en chef Bizanti (Gian Maria Volontè). Ils lui permettent de porter le discrédit sur ses adversaires, et en particulier ceux qui accusent le propriétaire de son journal de financer des groupes néo-fascistes. Ce dernier, Montelli (John Steiner), à l'instar de ses amis, souhaitent en effet maintenir la tension actuelle en vue des prochaines élections. Mais un fait divers, l'assassinat et le viol de Maria Grazia, lycéenne issue de la bourgeoisie milanaise, vient bouleverser les plans manipulatoires de Bizanti. Un meurtre aussi médiatique peut être garant de voix, si on se donne la peine de trouver un coupable : "on peut monter l'affaire, même si l'assassin... n'est pas le type idéal". Menée par le débutant Roveda (Fabio Garriba), et accompagné par le plus expérimenté Lauri (Jacques Herlin), l'enquête, dirigée en sous main par le machiavélique Bizanti, indique que la jeune femme avait comme amant, un gauchiste prénommé Mario Boni (Corrado Solari). 

Maciste contre la reine des Amazones - Clifford Brown (1973)

Faut-il avoir des valeurs étriquées et un manque flagrant de recul pour considérer l'entière filmographie de l'espagnol Jesús Franco comme une foire aux mauvais films dont seul émergerait le culte Horrible docteur Orlof ? Peut-on raisonnablement penser que l'homme n'avait pas conscience des avantages, mais aussi des limites que pouvait lui offrir les productions Bis ? Car la question n'est pas de remettre en cause l'existence de ses films ratés, Franco en a réalisé de nombreux, il le savait. On notifiera simplement aux cuistres rigolards que la plupart de ces mauvais films sympathiques sont avant tout, sinon des commandes, tout du moins des films impersonnels où l'univers du réalisateur de La comtesse noire n'apparaît pas ou très peu. A l'image de ce Maciste contre la reine des Amazones signé par son pseudo Clifford Brown et produit par Robert de Nesle ? Pas exactement, en partie du moins, mais n'allons pas trop vite.

Dans une auberge, à l'époque de la Renaissance, un dénommé Pindar (Robert Woods) narre à son ami Maciste (Wal Davis) son dernier voyage qui l'a vu traverser l'Atlantique, et pénétrer le nouveau continent pour y rencontrer les mythiques Amazones. Capturé et devenu l'objet sexuel de ses sauvageonnes aux seins nus et à la croupe légère, Pindar était voué à connaitre un funeste destin une fois effectuée sa mission reproductrice. Sauvé in-extremis, devant son salut et sa libération à l'amour d'une jeune Amazone prénommée Marcia, il put finalement quitter les lieux sain et sauf. De ce récit, Pindar convainc son compagnon à la force surhumaine de l'accompagner de nouveau chez ces dangereuses Amazones afin de trouver leur trésor. Bien que plus intéressé par l'aventure que par les joyaux promis, Maciste accepte le voyage. Mais une fois sur place, Maciste, Pindar et Marcia se font rapidement capturer. La Reine des Amazones leur a tendu une embuscade (Alice Arno). Malheureusement pour Yuka (Lina Romay), protégée de la reine et prêtresse de cette petite communauté saphique, sa maîtresse royale s'éprend du très viril Maciste...

Live report : Ron Carter Golden Striker trio New Morning Paris - 19 juillet 2013

Rares sont les musiciens pouvant concilier humilité, CV prestigieux et gigantesque discographie. Ron Carter est de ceux là. Celui qui fut le sideman le plus demandé durant la deuxième moitié du 20ème siècle, intégrant nombres de formations de classe mondiale, dont le légendaire second quintette de l'ombrageux Miles Davis [1], n'est autre que le contrebassiste ayant le plus enregistré de disques dans l'histoire de la musique. Avec un millier d'albums (minimum) à son actif, l'homme outrepasse fort heureusement cette simple statistique. Doté d'une technique prodigieuse et d'une élégance naturelle, Ron Carter dépasse le statut premier et générique du musicien rythmique de second plan, tel que peut le laisser supposer son instrument. Véritable pilier mélodique que toute formation rêve et rêverait d'avoir, le contrebassiste reste toujours aussi actif du haut de ses 76 printemps, 2013 coïncidant avec la sortie de son album enregistré en public (à) San Sebastian avec son Golden Striker trio, et d'un featuring amical sur le Magnetic du trompettiste Terence Blanchard.

Avoir l'opportunité de rencontrer un tel musicien de légende se représentant finalement peu, le préposé docteur à la chronique ne s'est donc pas fait prier pour découvrir ce trio original : contrebasse, guitare et piano. De cette formation, on retiendra en préambule que celle-ci existe depuis une dizaine d'année depuis l'album studio éponyme The Golden Striker chez Blue Note en 2003, avec déjà Russell Malone à la six cordes et le regretté Mulgrew Miller disparu au mois de mai dernier.

 

L'autre enfer (L'altro inferno - The other Hell) - Bruno Mattei (1980)

Étrangement, il aura fallu attendre plusieurs années au préposé docteur à la chronique avant d'écrire sur le cas Bruno Mattei. Connu sous le sévère sobriquet d'Ed Wood italien, le cinéaste méritait pourtant qu'on s'y attarde, tant ce dernier s'inscrit dans un cinéma Bis désormais révolu. Capable du pire comme... du pire, le transalpin traîna au cours de sa filmographie, non sans raison, la sévère réputation d'être uniquement un réalisateur de séries Z. A l'instar de son homologue Joe D'Amato, Mattei signa de ses nombreux pseudonymes (le plus connu étant celui de Vincent Dawn) un panel conséquent de films de genre occupant les salles de quartier de l'époque. Appartenant au cercle des followers bisseux européens, Mattei suivit méticuleusement le mouvement des modes et succès venus d'outre-Atlantique, pour mieux les copier à sa façon [1].

Après des débuts de monteur des 60's jusqu'au début des 70's, lui faisant croiser la route de l'espagnol Jesus Franco pour la version italienne de L'amour dans les prisons des femmes (99 women) ou bien la fidèle adaptation du roman de Bram Stocker Les nuits de Dracula, l'homme commença par la suite une carrière de réalisateur en mettant en scène quelques documentaires et films de nazisploitation, en attendant son âge d'or la décennie suivante. Le romain réalisa pas moins de onze films entre 1980 et 1984, du zombie miteux au cannibales férocement cheap, du WIP (avec l'égérie de JDA, la sublime Laura Gemser) à la nunsploitation, en passant par le péplum érotique et, le post-nuke et son chef d'œuvre  Les rats de Manhattan. Enfin, passé deux western spaghetti de bonne facture et quelques soubresauts guerriers à la fin des 80's, Mattei se plia dans les 90's à la mode du thriller érotique [2], avant de revenir au crépuscule de sa vie dans les années 2000 à ses premiers amours gore fauchés. L'autre enfer sorti en Italie en 1981 contredit d'une certaine mesure cette filmographie rapidement et crapoteusement attachée au dit nanar. Mais n'allons pas trop vite.

Galaxina - William Sachs (1980)

L'affaire est entendue (bis). L'humour et la science-fiction ont rarement fait bon ménage au cinéma. A l'exception du cas Dark Star (1974) de John Carpenter, notable comédie science-fictionnelle - le scénariste Dan O'Bannon (Alien) et le réalisateur de The Fog ayant l'idée saugrenue d'écrire un film de SF inspiré par l'absurde En attendant Godot de Samuel Beckett - de quoi décontenancer et refroidir le nerd venu réclamer sa pitance hebdomadaire, rares auront été finalement les récits ayant réussi à jouer sur ces deux tableaux (supposés antagonistes). Longtemps cantonné à une fonction subalterne, tel George Lucas dans le cadre restreint d'un comique bon enfant [1], l'humour profitera paradoxalement des récents succès populaires et commerciaux de la fin de décennie 70's. A l'instar des ZAZ [2], la Science-Fiction pouvait enfin s'ouvrir à la parodie et à son flot irrémédiable d'hommages détournés. Or si La folle histoire de l'espace de Mel Brooks passe pour être la référence 80's de ce genre, un ancien de l'écurie Corman et responsable du dégoulinant Monstre qui vient de l'espace [3], prénommé William Sachs, réalisa sept années auparavant, ce qui s'apparente comme être la première parodie SF post-Star Wars [4]. Malheureusement, si Galaxina est passée à une certaine postérité, ce sont plus à cause des circonstances tragiques du décès de son interprète féminine [5], ancienne playmate Playboy, que par les qualités intrinsèques du long métrage, mais n'allons pas trop vite...

Le temps de mourir - André Farwagi (1970)

L'affaire est entendue. Le cinéma français et le film de genre ont rarement fait bon ménage. Entre le film d'auteur hérité de la Nouvelle Vague [1] et les productions populaires à gros budget, le constat est amer : le cinéma fantastique n'a pas eu le soutien financier et artistique qu'il méritait. Le made in France a ainsi toujours eu du mal à trouver sa place dans ce paysage hexagonal passablement cartésien. Et hormis les fruits de quelques franc-tireurs (Alain Jessua, George Franju, Jean Rollin, Jean-Pierre Mocky) et grands noms (Jean Cocteau, Jean Renoir) voulant se frotter de près ou de loin au surnaturel, rares auront été les cinéastes français à aborder frontalement le Fantastique. Et si l'idée première du RHCS n'est pas de chroniquer en particulier ces films français, force est de constater que la découverte du film d'André Farwagi, Le temps de mourir, vient enrichir de nouveau une liste de longs métrages [2] pour l'amateur de curiosité.

Une jeune femme (Anna Karina) à cheval fuit un danger. Échappant à une menace sans nom, sa course effrénée s'achève brutalement devant un curieux arbre pétrifié. La boîte circulaire qu'elle tenait précieusement dans sa main tombe alors au sol, et roule jusqu'à un homme qui dort dans la clairière d'une forêt voisine. Ce dernier, un dénommé Marco (Daniel Moosmann), travaille pour l'énigmatique et puissant Max Topfer (Bruno Cremer). Les deux hommes découvrent une bobine de film dans cette boîte apparue d'on ne sait où. Il s'agit du meurtre de Topfer, assassiné à l'arme à feu par un inconnu (Jean Rochefort). Frappée d'amnésie, la jeune femme est recueillie par l'homme d'affaire, tandis que les premiers éléments de l'enquête épaississent davantage l'origine de ce film : la référence de la bobine indique que la bande n'a jamais existé...

Warm Bodies - Jonathan Levine (2013)

Adapté du roman éponyme (Vivants dans sa version française) d'Isaac Marion, Warm Bodies n'indiquait pas forcément aux yeux du préposé docteur une bienveillance certaine. Le mélange entre le fantastique et une romance adolescente ayant fourni au gré de la décennie passée le nadir de la création artistique [1], les doutes, ou tout du moins une méfiance légitime, pouvaient sembler justifiés à la découverte d'un tel projet. Enfin, remplacer des vampires mormons par des zombies au grand cœur, à l'heure où le mort-vivant est devenu à la mode en envahissant la télévision étasunienne [2], pouvait en soit anéantir les quelques morceaux d'indulgence restants. Oui, mais...

Suite à une apocalypse ayant pris la forme d'un virus mortifère, la quasi totalité de la population mondiale a été transformée en zombie. Un groupe de survivants vit tant bien que mal derrière des fortifications de fortune, sous la tutelle autoritaire du chef militaire Grigio (John Malkovich). Entourés de ces cadavres affamés de chair fraîche et de savoureux cerveaux (mais n'allons pas trop vite), les rescapés doivent néanmoins quitter leur forteresse quand le besoin en produits de premières nécessités se fait sentir. A cette occasion, Julie (Teresa Palmer), fille de Grigio, accompagnée d'autres jeunes compagnons, dont son petit-ami Perry (Dave Franco), sortent afin de récupérer des médicaments. Lors de cette expédition, les adolescents se font attaquer par une horde de zombies dont fait partie un dénommé "R" (Nicholas Hoult). Or ce mort-vivant est différent de ces congénères. Capable de réflexion, voire même de prononcer quelques borborygmes faisant office de mots, "R" n'en demeure pas moins être un amateur de cervelles, comme celle de Perry, qu'il s'empresse de dévorer lors de sa rencontre avec l'escouade de Julie. Tombé mystérieusement sous le charme de la jeune femme, "R" la protège de ses semblables zombies lors de l'attaque, et décide de la garder en sécurité dans l'avion abandonné lui servant de refuge. Peu à peu, "R" se métamorphose à ses côtés, retrouvant une part de son humanité perdue...

Live report : Peter Murphy au Trabendo Paris - 5 juin 2013

Annoncé début mars par le chanteur sur son site internet, le Mr. Moonlight tour [1], fêtant les 35 ans de son ancien groupe Bauhaus, s'apparentait rapidement comme un immanquable pour le préposé docteur. N'ayant pu assister aux deux reformations des géniteurs de Bela Lugosi's Dead, et encore moins aux concerts en solo de Peter Murphy par le passé, cet anniversaire avait l'avantage en une seule soirée de combler les diverses frustrations et attentes accumulées au cours des deux dernières décennies (ou la découverte marquante d'un groupe culte à l'écoute de la compilation Crackle sortie en 1998).

En préambule à l'arrivée sur scène du dandy anglais, et passé le mix post-punk que nous délivra un DJ inspiré pendant quatre-vingt-dix (longues) minutes, l'assistance fut informée de la sortie prochaine de Lion, nouvel album de Murphy à paraître pour l'automne et produit par Youth (bassiste de Killing Joke). Après quelques extraits et projection de vidéos en support à ce futur album qui s'annonce dès à présent plus électronique que le précédent Ninth (2009), Peter Murphy et ses musiciens pouvaient enfin jouer. 

Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Des diamants pour l'enfer (Women Behind Bars) - Rick Deconnink (1975)

Nouvelle (et dernière ?) visite du préposé dans l'univers merveilleux du Women in Prison francien, Des diamants pour l'enfer signé par un énigmatique patronyme flamand Rick Deconnink (pour les besoins de cette co-production franco-belge) aura à l'instar de Frauen für Zellenblock 9 davantage marqué les esprits des prudes censeurs britanniques du BBFC (British Board of Film Censors) que le grand public. Grave erreur se targuera de souligner le cinéphile déviant tant ce Women Behind Bars apporte un éclairage original, à la fois sur l'oeuvre du cinéaste madrilène, et sur son association avec le producteur Daniel Lesoeur et Eurociné. Film de transition en attendant des lendemains encore plus excessifs avec l’helvète Erwin C. Dietrich, ce long métrage propose toutefois moult détails qui rassureront les amateurs du genre : production fauchée, jeunes femmes nues et tortionnaires sadiques en toc. A-t-on dès lors besoin d'ajouter la présence du duo francien, Lina Romay et Martine Stedil, pour convaincre les derniers récalcitrants ?

Quelque part en Amérique Centrale, trois hommes masqués, dont Perry Mendoza (Raymond Hardy), volent dans une jonque chinoise une valise contenant une grande quantité de diamants. Peu désireux de partager ce trésor, Mendoza abat froidement sur une plage ses comparses, puis part rejoindre sa petite amie, Shirley Fields (Lina Romay) dans leur nightclub. Découvrant la disparition des diamants de la mallette  la jeune femme tue à son tour son compagnon, et avoue dans l'instant son méfait à la police par téléphone (?!). Condamnée à six ans pour crime passionnel, Shirley est envoyée dans la prison dirigée par le colonel Carlo de Bries (Ronald Weiss). Rapidement accueillie par le directeur des lieux, celui-ci ayant eu vent des circonstances de la mort de Mendoza, de Bries n'a qu'un but : découvrir par tous les moyens nécessaires où les diamants ont été cachés. Il demande dans un premier temps à sa maîtresse, et détenue (interprétée par Martine Stedil), de sympathiser avec Shirley afin de lui soutirer des informations, tout en n'hésitant pas à passer à des méthodes plus coercitives si besoin. Pendant ce temps, Milton Warren (Roger Darton) qui travaille pour une compagnie d'assurances, cherche également la trace de ses précieuses pierres...

Live report : The Melvins au Trabendo Paris - 10 et 11 mai 2013

En préambule et en avant-première du festival Villette Sonique qui se tiendra du 23 au 26 mai prochain [1], était convié le groupe culte the Melvins a rejoué en intégralité plusieurs albums (et autres E.Ps) fondateurs enregistrés durant la première moitié des 90's : Eggnog (1991), Lysol (1992), Houdini (1993) le vendredi, et Bullhead (1991) et Stonerwitch (1994) le samedi. 

Batteries au centre de la scène, Buzz paré de son habituelle robe de mage à gauche et le doux dingue Tevor Dunn dans son habit de super-héros en carton et bouteilles en plastique en sus [2], les quatre sets au total [3], comme pouvait le laisser présager le contenu des disques proposés, allaient brosser les différentes et multiples palettes soniques des Melvins : du drone au noise dans un premier temps, à une décharge rock métallique dans un grand raout punk, stoner et grunge pour les derniers albums en date.

Un anniversaire bruyant [4], massif, loin de l'idée d'un jubilé tranquille pour nostalgiques en charentaises, où le quatuor démontra sans grand difficulté, à une foule acquise à leur cause, leur pertinence tellurique et bruitiste après trois décennies d'existence.