L'homme aux cent visages - Dino Risi (1960)

Premier film du duo le réalisateur Dino Risi / l'acteur Vittorio Gassman, L'homme aux cent visages, sorti en Italie en 1960, s'inscrit, de prime abord, dans le renouveau de la comédie italienne, initié quelques années plus tôt au début de la décennie précédente. De ses débuts de documentariste d'après-Guerre à son passage définitif à la fiction après 1953 et son long métrage Le chemin de l'espérance, Dino Risi se fit remarquer par la série des Pauvres mais beaux ou bien encore par Le signe de Vénus avec Sofia Loren et Vittorio De Sica [1]. En parallèle, son futur partenaire Vittorio Gassman consacrait essentiellement son temps au théâtre, prenant à la légère une carrière cinématographique débutée également après 1945, avant sa rencontre avec Mario Monicelli et le succès du film Le pigeon (1958). Dans le sillage du sarcastique La Grande Guerre signé Monicelli avec de nouveau Gassman, Risi signait avec Le veuf une de ses premières œuvres majeures, avant d'entamer l'année suivante son nouveau projet, Il Mattatore, coécrit avec Ettore Scola et Ruggero Maccari au scénario, et cette fois-ci l'une des figures de la comédie italienne et son futur acteur fétiche, Vittorio Gassman. A (re)découvrir dans les salles en version restaurée depuis le 14 juin.

Gerardo Latini (Vittorio Gassman) et sa femme Annalisa mènent depuis quelque temps une existence tranquille et sans histoire, au grand dam de celui-ci. Un jour, un homme sonne à leur porte pour essayer de leur vendre un chandelier. Gerardo sent rapidement l'arnaque, et pour cause : celui-ci était jadis expert en escroquerie en tout genre, surnommé Gerardo l'artiste pour sa capacité à incarner de multiples personnages dans le but d'extorquer les gens…

Pterodactyl Woman from Beverly Hills - Philippe Mora (1997)

Riche d'une filmographie des plus portnawak dans les années 80, l'homme est par exemple responsable (et coupable) au mitan de ladite décennie des navrants épisodes deux et trois de la franchise Hurlements [1], le réalisateur Philippe Mora marquait un retour sinon remarqué, du moins prolifique, durant la décennie suivante après une pause de cinq années. Entre 1994 et 1999, le réalisateur de Mad Dog Morgan [2] signait ainsi pas moins de huit long métrages, dont trois pour la seule année 1997, et en particulier celui qui nous intéresse, l'énigmatique (?) Pterodactyl Woman from Beverly Hills

Dernier film de Philippe Mora pour l'année 1997, après un Back in Business avec l'ancien footballeur US, qui était promis à faire carrière à Hollywood et qui fit un gros flop, Brian Bosworth [3], et la comédie (déjà) foutraque Snide and Prejudice (un psychiatre juif s'occupe de patients persuadés d'être de hauts dignitaires du troisième Reich), Pterodactyl Woman from Beverly Hills s'inscrit, on l'aura vite compris, dans la même veine, celle des productions fauchées flirtant allègrement avec la série Z, sans jamais y tomber à grand renfort d'autodérision. Pas étonnant donc que le film ait été par la suite distribué par le sémillant Lloyd Kaufman et sa société Troma. Mais n'allons pas trop vite... 
 
Dick Chandler (Brad Wilson), paléontologiste, accompagné de son collègue Janensch, découvre sur un ancien site sacré amérindien des fossiles uniques de ptérodactyles. Mis en garde par un mystérieux shaman, les deux hommes ne prennent nullement au sérieux la menace brandie par ce dénommé Salvador Dali (Brion James), avant que Janensch ne soit changé en lézard. Implorant vainement le pardon du sorcier, Dick apprend que son épouse, Pixie (Beverly D'Angelo), est désormais maudite, et va se transformer en ptérodactyle...
 

Insiang - Lino Brocka (1976)

Premier long métrage philippin sélectionné au Festival de Cannes lors de la Quinzaine des réalisateurs en 1978 [1], Insiang poursuit la peinture sans concession par Lino Brocka de la société philippine sous la dictature de Ferdinand Marcos. Nouvelle plongée dans les bas-fonds de Manille, ce réquisitoire à charge, envers la situation désastreuse qui existe dans les quartiers pauvres de la capitale, prend la forme d'un mélodrame familiale et de l'affrontement entre une mère tyrannique et sa fille. Présenté pour la première fois dans les salles dans sa version restaurée 4K en juin 2016, Insiang est désormais édité en Blu-ray et dans un coffret consacré à Lino Brocka incluant son chef d'œuvre Manille et un documentaire, Retour à Manille : le cinéma philippin, signé par Hubert Niogret.

Habitante d'un bidonville de Manille, Insiang (Hilda Koronel) vit avec sa mère, la tyrannique Tonya (Mona Lisa). Les deux femmes hébergent la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maîtresse. Dans un quartier livré au chômage et à l'alcoolisme, la jeune femme tente de subsister malgré les brimades et les humiliations de Tonya. Un jour, les accusant de vivre à ses crochets, sa mère chasse sa belle-famille de chez elle. Le lendemain, Tonya invite son jeune amant, Dado (Ruel Vernal), le caïd du quartier, à emménager chez elle...
  

Cinquante nuances plus sombres - James Foley (2017)

Deux années. Deux longues années à patienter (?!) la suite de Cinquante nuances de Grey, soit l'un des plus beaux navets de 2015. Adaptation du deuxième volet de la série, Cinquante nuances plus sombres, promettait... que pouvait-il raisonnablement promettre ? Hormis autant de rentabilité pour ces producteurs, compte tenu du bouche-à-oreille catastrophique du premier chapitre, et d'un accueil critique toujours aussi unanimement peu favorable. Or la franchise pouvait fort heureusement compter sur la communauté des admiratrices de la trilogie, permettant à ces nuances plus sombres d'atteindre la septième place (à l'heure actuelle) du film le plus rentable de l'année en cours [1]. Fort d'une accroche propre à bouleverser nos réserves, "Chaque conte de fée a une face sombre", et d'un distributeur, Universal, dans son rôle de camelot prêt à tout pour nous fourguer sa marchandise frelatée, nous promettant ainsi plus de thriller, Cinquante nuances plus sombres s'annonçait donc sous les meilleurs auspices. Pouf pouf. Mais n'allons pas trop vite...
 
Convaincue de son incompatibilité avec Christian Grey (Jamie Dornan)Anastasia (Dakota Johnson), a débuté depuis sa rupture un travail d'assistante à la maison d'édition SPI. Lors de l'exposition de photos de son ami José, Ana apprend que les six portraits d'elle-même ont été vendus à un seul homme, Christian, car ce dernier lui explique qu'il n'aime pas que des étrangers la fixent. Christian l'invite à dîner, Ana accepte parce qu'elle a faim [2], lui indiquant qu'ils ne feront que parler. Au cours du tête-à-tête, Christian lui demande de renégocier les termes, acceptant l'idée avoir avec Ana une « relation vanille » [3], et de n'avoir plus de secrets entre eux. Tandis que leur liaison passionnée recommence, Ana découvre qu'elle est suivie par une mystérieuse jeune femme, une ancienne soumise de Christian... 
  

Back from the Dead - Obituary (1997)

Trois ans. Une éternité en somme que les floridiens n'avaient pas donné signe de vie, du moins n'étaient revenus d'entre les morts [1] depuis leur précédent World Demise. Album marqué par les expérimentations initiées par la paire Trevor Peres et Donald Tardy, ce disque, quoique inégal, s'inscrivait dans une démarche louable d'émancipation, au risque de perdre un auditoire conservateur davantage habitué aux sempiternelles recettes. Dont acte. A la vision de la pochette et du titre de l'album, force est de constater que l'envie de classer ce Back from the Dead comme un retour au bercail mortifère apparaîtrait comme une évidence. Or si ce cinquième album d'Obituary augurait un retour évident à leurs origines gore, ce disque n'en demeurait pas moins une fois encore, et pour la dernière fois, un opus atypique à l'image du choix du producteur, Jaime Locke, ayant précédemment fait ses armes du côté du hardcore new-yorkais.

Premier point. D'un premier album Slowly We Rot qui les voyait côtoyer le récent sludge louisanien [2] à un World Demise se rapprochant d'un hardcore mid-tempo, Obituary n'avait jamais caché son attrait pour un genre éloigné des habituelles considérations musicales de leurs pairs. Dès lors rien d'étonnant sur le papier de proposer le poste précédemment occupé au culte Scott Burns à Jaime Locke, ingénieur du son sur One Voice (1992) d'Agnostic Front et producteur du Set It Off (1994) et du Demonstrating My Style (1996) de Madball (pour marquer cette rupture, l'album, contrairement aux précédents, fut cette fois-ci enregistré au Criteria Recording de Miami et non au Morrisound Recording).

Live report : Napalm Death + Brujeria + Lockup @ Glazart, Paris, 13 mai 2017

Inoxydable. Imputrescible. Insubmersible. Immortel ? Ok, pause, c'est fini. Au-delà de cette série d'adjectifs emphatiques, Napalm Death n'en demeure pas moins un des rares groupes de rock, au sens généraliste du terme, à ne pas connaître les ouvrages néfastes du temps. Ou si peu. Trois décennies après la sortie du séminal Scum, acte de naissance du grindcore, le groupe britannique continue d'enregistrer des disques à un rythme quasi-régulier, avec une rigueur jusqu'au-boutiste et une absence de compromis forçant le respect, sinon l'admiration. Auteur en janvier 2015 d'un seizième album, l'excellent Apex Predator – Easy Meat, qui synthétisait au mieux leur abécédaire punk death métallique, la formation culte multiplie depuis deux ans et demi les dates à travers la planète prêchant la bonne parole grind. A l'affiche de l'actuel Campaign for Musical Destruction tour, Napalm Death traverse le vieux continent depuis le 25 avril dernier en compagnie des joyeux drilles Brujeria, des thrashers Power Trip, et enfin de Lock Up, side-project du bassiste Shane Embury. Le 13 mai, ces quatre groupes faisaient escale à Paris au Glazart. Mais n'allons pas trop vite...

Comptant désormais au micro Kevin Sharp, ex-Brutal Truth, après non des moindres Peter Tägtgren (Hypocrisy) et Tomas Lindberg (At The Gates), Lock Up version 2017 ouvrait ainsi la dix-septième date de cette « campagne pour la destruction musicale ». En support à leur dernier disque, Demonization, six années après leur troisième album, ce premier set servit autant de tour de chauffe aux spectateurs parisiens venu chercher leur dose d'adrénaline qu'à l'endurant Shane Embury, ce dernier n'enquillant rien de moins que trois sets par soirée au cours de cette tournée (il joue également avec Brujeria sous le délicieux sobriquet de Hongo). Complété par l'imposant batteur Nicholas Barker et le guitariste Anton Reisenegger, le supergroupe offrit comme on pouvait s'y attendre une prestation carrée, et bien plus marquante que les disques finalement anecdotiques enregistrés par Lock Up depuis 1999. Mention spéciale au nouveau venu, Kevin Sharp, pieds nus, impressionnant de maîtrise et à un Shane Embury qui lançait sous les meilleurs augures son marathon destructeur.

Maîtresse - Barbet Schroeder (1976)

Après son documentaire remarqué consacré au dictateur ougandais Général Idi Amin Dada, Autoportrait, Barbet Schroeder revenait à la fiction pour son film suivant avec un sujet de nouveau propre à en dérouter plus d'un : le sadomasochisme. Or si le cinéma s'y était déjà intéressé de manière sporadique et anecdotique, à quelques exceptions près, Maîtresse bousculait les codes autant sur le fond que sur la forme. Jamais cette pratique n'avait été filmée aussi frontalement. Inspiré par les confidences d'une dominatrice professionnelle, le scénario signé par Barbet Schroeder et Paul Voujargol s'éloignait des précédentes incursions et lieux communs du cinéma d'exploitation pour explorer une facette alors méconnue du masochisme. Cousine éloignée de Belle de jour de Luis Buñuel, Maîtresse brosse ainsi le portrait d'une romance non conventionnelle entre une jeune professionnelle, qui exerce principalement sa domination sur la gent masculine, et un jeune provincial découvrant cet univers jusqu'alors inconnu. Offrant un nouveau point de vue sur ces hommes et ces femmes devenus par choix objets soumis à leurs plaisirs et à celui de leur maîtresse, ce film provocateur est dans les salles dans une nouvelle restauration depuis le 21 avril dans le cadre de la rétrospective du réalisateur au Centre Pompidou, et en DVD et Blu-Ray dans le coffret collector sorti le 26 avril dernier.

Arrivé à Paris, Olivier (Gérard Depardieu) rejoint, non loin de la gare d'Austerlitz, Mario qui vend des livres d'art en porte-à-porte. Accompagnant son ami au cours de ses prospections, les deux hommes font la connaissance d'Ariane (Bulle Ogier) qui leur promet d'acheter tous leurs livres s'ils arrêtent l'inondation de sa salle de bain. Lui indiquant qu'elle ferait mieux de prévenir les propriétaires de l'appartement du dessous, Mario et Olivier apprennent que le quatrième étage est bien inoccupé comme le laissait transparaître les volets fermés depuis la cour de l'immeuble. La même nuit, les deux hommes reviennent pour le cambrioler. Mais le butin s'avère décevant. Pire, ils se retrouvent face à Ariane, vêtue d'une tenue de cuir. Elle les libère, moyennant un petit « service » de la part d'Olivier…
   

Général Idi Amin Dada, Autoportrait - Barbet Schroeder (1974)

Collaborateur aux Cahiers du Cinéma, fondateur de la société de production Les films du losange à seulement 22 ans, réalisateur de deux premiers longs métrages emblématiques de la culture hippie mis en musique par Pink Floyd, More et La Vallée, Barbet Schroeder surprit une fois de plus en 1974. Sur une idée du producteur Jean Pierre Rassam désirant produire pour la télévision une série de documentaire sur des chefs d'État, le cinéaste Suisse décidait de mettre en scène un film sur le récent président à vie autoproclamé ougandais, le Général Idi Amin Dada. Fasciné par ce personnage au pouvoir depuis son coup d'État en 1971, Barbet Schroeder contacta le dirigeant ougandais, se mettant de ses propres mots "à son service" afin de réaliser un autoportrait du Général, tout en lui cachant bien la nature réelle de l'entreprise, montrer implicitement le caractère dictatorial et grotesque de son régime. Ce documentaire unique est de nouveau dans les salles depuis le 21 avril dans le cadre de la rétrospective du réalisateur au Centre Pompidou, et en DVD et Blu-Ray dans le coffret collector [1] sorti le 26 avril dernier.
   

La vierge des tueurs - Barbet Schroeder (1999)

Dans le cadre de la rétrospective Barbet Schroeder qui se tient au Centre Pompidou du 21 avril au 11 juin 2017, Carlotta édite le 26 avril prochain un coffret collector DVD & Blu-Ray consacré au cinéaste suisse incluant cinq longs métrages, réalisés entre 1974 et 1999 : Général Idi Amin Dada, Autoportrait, Maîtresse, Koko, le gorille qui parle, Tricheurs et celui qui nous intéresse, La vierge des tueurs dans une version restaurée. Ajoutons à ce coffret la sortie simultanée, des Charles Bukowski Tapes (pour la première fois en DVD) ou l'intégralité des cinquante entretiens réalisés par Barbet Schroeder avec l'auteur Des contes de la folie ordinaire, trois années avant leur projet commun, le désormais classique Barfly (1987).

Après trente ans d'absence, l'écrivain Fernando Vallejo (Germán Jaramillo) qui a perdu le goût de vivre revient à Medellín pour y mourir. Dans un bordel de garçons tenu par une de ses plus anciennes connaissances, il rencontre Alexis (Anderson Ballesteros), un adolescent de seize ans issu des quartiers pauvres. Une relation d'amour s'établit immédiatement entre le vieil écrivain et le jeune homme. Dernier survivant d'un gang dont tous les membres ont été éliminés, désormais condamné à mort par une bande rivale d'un autre quartier, la vie d'Alexis à l'instar de celle de Fernando est en sursis. Ils s'installent ensemble chez Fernando, passant leurs journées à déambuler dans la ville gangrenée par la violence. Malgré les protestations de Fernando, Alexis tue plusieurs fois pour le défendre, le poussant irrémédiablement vers une spirale morbide à l'issue fatale…

Live report : Shabaka & the Ancestors @ La Maroquinerie, Paris, 28 mars 2017

2017 l'année Shabaka Hutchings ? Sans nul doute, tant le saxophoniste britannique, figure de proue du renouveau de la scène jazz londonienne, après avoir multiplié les apparitions remarquées auprès de grands musiciens (Anthony Joseph, Sun Ra Arkestra, les Heliocentrics), alterne désormais à un rythme effréné les formations, les styles différents et les concerts en qualité de leader avec Sons of Kemet, The Comet is coming et Shabaka & the Ancestors [1]

Bref retour en arrière. Découvert par le préposé à la chronique un soir de février 2015 où il accompagnait le susmentionné poète Trinidadien Anthony Joseph, la puissance et le souffle free de Hutchings avait déjà à l'époque fait forte impression et marqué les esprits. Cumulant depuis les expériences et les brassages culturels en tout genre, ce natif de Birmingham enregistrait cette même année à Johannesburg en Afrique du Sud l'album (en une journée) Wisdom of the Elders, premier de la formation Shabaka & the Ancestors, composé exclusivement de musiciens du cru. Psaume en neuf parties, fruit du voyage immersif du saxophoniste à travers le riche héritage musical du pays, Wisdom of the Elders s'inscrivait comme un des albums marquants de 2016. Rien de moins.

 

Phantom of the Paradise - Brian De Palma (1974)

Décembre 2015, Carlotta initiait sa collection coffret Ultra Collector avec Body Double. Avril 2017, le 12, la sixième édition se penche de nouveau sur le cas du réalisateur d'Obsession avec son Phantom of the Paradise dans une nouvelle version restaurée 2K. Fraîchement accueilli à sa sortie par la critique et le public, à l'exception notable de Winnipeg au Canada [1] et de la France, où il remporta le grand prix au Festival d'Avoriaz en 1975 restant à l'affiche à Paris une dizaine d'années consécutives, ce long métrage a gagné au fil des années ses galons de film culte, mention ô combien galvaudé qui trouve, toutefois, cette fois-ci, tout son sens ici, mais n'allons pas trop vite...

Jeune compositeur inconnu, Winslow Leach (William Finley), est repéré par le plus grand producteur de musique de tous les temps, Swan (Paul Williams), lors de l'entracte d'un concert des Juicy Fruits, groupe pop à la mode et dernière création lucrative de Swan. Séduit par sa cantate "Faust", Swan veut cette musique pour inaugurer le Paradise, son Palais du Rock, et demande à son bras droit Arnold Philbin (George Memmoli) de voler la partition de Leach sous couvert de vouloir le produire. Un mois plus tard, Winslow se rend au siège du label de Swan, Death Records, et se fait éconduire brutalement. Il décide alors de s'introduire déguisé en femme au domicile de Swan où une audition est organisée pour les postes de choristes. Il y rencontre Phoenix (Jessica Harper), une apprentie chanteuse, qu'il considère parfaite pour sa musique, mais celle-ci est exclue des sélections ayant refusé de coucher avec Philbin. Repéré par Swan et expulsé par ses hommes de main, Winslow est condamné, Swan ayant acheté le juge, à vingt ans de prison pour possession de stupéfiant. Six mois plus tard, Winslow entend à la radio les Juicy Fruits chanter l'une de ses chansons. Il parvient à s'échapper bien décidé à se rendre de nouveau au siège de Death Records...
    

Dr Jekyll et les femmes - Walerian Borowczyk (1981)

Dernier volet de notre cycle consacré à Walerian Borowczyk, Dr Jekyll et les femmes, connu sous le nom premier Le cas étrange du Dr Jekyll et Miss Osbourne en référence au livre de Stevenson et à sa supposée version originelle, est sans conteste l'un des films du réalisateur polonais les plus perturbants, ou du moins celui qui se rapproche le plus du cinéma déviant célébré en ces lieux. De cette adaptation de la première version du roman, qui aurait été brûlée par la femme de Robert Louis Stevenson, celle-ci ne supportant pas son sulfureux contenu, Borowczyk livre un hommage personnel en accord avec ses propres obsessions. Lauréat du prix de la mise en scène en 1981 au Festival international du film de Catalogne, le film est désormais disponible en DVD et Blu-Ray dans le coffret collector [1] sorti le 22 février dernier.

Londres, époque victorienne. Le brillant Docteur Henry Jekyll (Udo Kier), qui vient de publier un essai sur la médecine transcendante, organise une cérémonie pour ses fiançailles avec la belle Fanny Osbourne (Marina Pierro). Les proches et les amis de la haute société, dont le Docteur Lanyon (Howard Vernon), le Général Danvers (Patrick Magee) accompagné de sa fille Charlotte et le Révérend Donald Regan (Clément Harari) sont invités dans la demeure familiale, qui lui sert de laboratoire à ses mystérieuses expérimentations. Après le souper, la réception tourne à l'horreur après la découverte du cadavre de la jeune Victoria violée par un inconnu.

Live report : Thurston Moore - 12 String Acoustic Set @ La Maroquinerie, Paris, 11 mars 2017

Moins de cinq mois après sa dernière venue dans l'hexagone, en première partie de Dinosaur Jr à l'Élysée Montmartre le 31 octobre 2016, Thurston Moore revenait en France pour une série de deux concerts en solo, le 11 mars à La Maroquinerie et le lendemain au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux. Annoncé comme un concert acoustique, où l'ex-leader et fondateur de Sonic Youth allait réviser son répertoire actuel à la douze-cordes, le set proposé ce samedi soir fut loin de se limiter qu'aux seuls accents folk. Au contraire. Mais n'allons pas trop vite.

Master Class de Joe Dante - 4 mars 2017, Cinémathèque française, Paris

Joe Dante est-il l'un des réalisateurs américains les plus sous-estimés d'Outre-Atlantique ? Si la Master Class à laquelle le cinéaste participa de bon gré ne répondit pas ouvertement à cette question, les presque quatre-vingt minutes passées en compagnie du réalisateur avec Jean-François Rauger, l'après-midi du samedi 4 mars, confirma toutefois clairement une affirmation qui apparaissait déjà comme une évidence : Joe Dante est l'un des cinéastes les plus importants de sa génération.

Né en 1947, le cinéaste originaire du New-Jersey s'est nourri à l'instar des enfants des années 50 d'une cinéphilie provenant essentiellement du petit écran (Joe Dante souligna qu'à cette époque diffuser des films était la programmation la moins coûteuse pour les chaines de télévision). De ses débuts dans l'écurie de Roger Corman, Joe Dante commença au titre de monteur de bandes annonces, avant de co-réaliser avec Allan Arkush Hollywood Boulevard en 1976. Vraie école du cinéma de ses propres mots, les productions Corman lui permirent d'apprendre toutes les ficelles du métier. Lui qui n'avait jamais vu auparavant une table de montage apprit, avec les maigres moyens mis à sa disposition (en clin d'œil à sa parcimonie légendaire, Roger Corman interprète dans The Second Civil War le directeur de News Net qui refuse de payer toutes heures supplémentaires de ses employés), comment utiliser au mieux la lumière, à poser un rail, etc. Cet apprentissage sur le tas permit ainsi à ce débutant, au même titre que d'autres illustres inconnus passés chez Corman (Francis Ford Coppola, Jonathan Kaplan, Martin Scorsese, etc.) à devenir le plus efficace possible, ces leçons pouvant par la suite être justement réutilisées dans des films à plus grand budget.
  

The Second Civil War - Joe Dante (1997)

Parrain de la cinquième édition du Festival international du film restauré, le réalisateur Joe Dante Film était invité à la Cinémathèque française ce samedi à revenir sur ses films et sur sa carrière le temps de la Master Class qui lui était consacrée. En préambule, le cinéaste avait souhaité la projection d'un de ses films les plus rares, The Second Civil War (1997). Satire politique visionnaire (mais n'allons pas trop vite comme le veut la formule), ce téléfilm produit par la chaine du câble HBO, mérite amplement d'être réévaluée, à l'instar de l'entière filmographie de son auteur.

Dans un futur proche, après l'explosion nucléaire d'une bombe envoyée par l'Inde sur le Pakistan, une agence américaine non-gouvernementale décide d'amener des orphelins pakistanais en Idaho. Le gouverneur de l'État, Jim Farley (Beau Bridges), décide de fermer les frontières de l'Idaho contre l'avis du Président étasunien (Phil Hartman), afin d'empêcher l'arrivée de ces jeunes réfugiés. En réaction, le Président réunit à la Maison Blanche ses ministres et ses conseillers dont le lobbyiste Jack Buchan (James Coburn). Décidé à avoir une attitude ferme envers ce gouverneur sécessionniste, le Président lui impose un ultimatum avant que l'US Army n'intervienne. Témoin de ces débordements, la chaine d'information continue News Net relate les évènements de la manière la plus sensationnaliste jusqu'à influer sur les relations entre les deux adversaires.

Contes immoraux - Walerian Borowczyk (1974)

Premier succès commercial de Walerian Borowczyk en France, Contes immoraux marqua une étape notable dans la filmographie du réalisateur de Goto, l'île d'amour. Sur une idée d'Anatole Dauman, producteur de son premier court métrage français (Les Astronautes) en 1959, celui-ci lui proposa de profiter de l'assouplissement de la censure cinématographique, qui précéda l'élection giscardienne, en mettant en scène son premier long métrage explicitement érotique. Film constitué d'une série de courts métrages ayant le sexe comme sujet central [1], et inspiré sans nul doute par le succès de la « trilogie de la vie » [2] de Pier Paolo Pasolini, Contes immoraux est à considérer avant tout comme le prolongement naturel des thématiques du réalisateur. Débutant par l'une des Maximes de La Rochefoucauld : "L'amour, tout agréable qu'il est, plaît encore plus par les manières dont il se montre que par lui-même", ce film à sketches avait donc vocation à explorer le sexe sous ses aspects les plus subversifs : l'initiation à la fellation d'une jeune cousine, la découverte des plaisirs solitaires d'une jeune fille dévote, le lesbianisme sanglant de la Comtesse Bathory et enfin les relations incestueuses des Borgia (la zoophilie ayant été finalement retirée de la carte des réjouissances, mais n'allons pas trop vite). Auréolé du titre de second film érotique au box-office hexagonal de l'année 1974, loin derrière le phénomène Emmanuelle, Contes immoraux est désormais dans les salles depuis le 24 février dans le cadre de la rétrospective Walerian Borowczyk au Centre Pompidou, et en DVD et Blu-Ray dans le coffret collector [3] sorti le 22 février dernier.

Adaptation de « La marée », d'après le récit homonyme écrit par André Pieyre de Mandiargues dans son recueil Les mascarets, ce premier conte s'ouvre par la citation « Julie, ma cousine, avait seize ans, j'en avais vingt, et cette petite différence d'âge la rendait docile à mes commandements. », ou l'histoire d'André (Fabrice Luchini), qui sous couvert d'expliquer à sa cousine de quatre ans (Lise Danvers) sa cadette le mécanisme des marées, l'initie à l'art de la fellation au rythme de la marée montante sur une plage de Normandie. Premier volet d'un catalogue d'une sexualité transgressive, « La marée » se démarque en premier lieu par le thème récurrent de l'enfermement. Prise au piège par la mer, Julie n'a qu'une seule issue, celle de s'abandonner à la sexualité et savourer le plaisir que lui offre son cousin faussement autoritaire. Une soumission libératrice en quelque sorte.
 

Goto, l'île d'amour - Walerian Borowczyk (1968)

Après s'être fait remarqué en France à partir de la fin des années 50 par ses courts métrages d'animations, dont plusieurs reçurent des prix dans divers festivals internationaux, dont Rosalie lauréat de l'Ours d'Argent à Berlin en 1966, et un premier long métrage d'animation, Théâtre de Monsieur & Madame Kabal en 1967, le polonais Walerian Borowczyk se lançait l'année suivante dans la réalisation de son premier long métrage en prise de vues réelles, Goto, l'île d'amour. Œuvre à l'image de ses précédents métrages, le dénommé Goto se distinguait par sa singularité, tant formelle que thématique, dépassant ainsi la seule critique évidente du totalitarisme (le film fut interdit à la fois par la Pologne communiste et par l'Espagne de Franco). A redécouvrir dans les salles à partir du 24 février en ouverture de la rétrospective Walerian Borowczyk qui se tiendra au Centre Pompidou, et en DVD dans le coffret collector [1] qui sort ce 22 février. 

Condamné à mort pour avoir volé la paire de jumelles du Lieutenant Gono (Jean-Pierre Andréani), Grozo (Guy Saint-Jean) est gracié par Goto III (Pierre Brasseur), gouverneur-dictateur de Goto, île coupée du monde depuis le terrible tremblement de terre de 1887 au cours duquel sa superficie fut réduite à 90 %, et sa population décimée à 99 % dont la famille royale. Désormais préposé au cirage des chaussures du gouverneur et de son épouse Glossia (Ligia Branice), à l'extermination des mouches et au soins du chenil, Grozo ne rêve que de posséder la belle Glossia, mais celle-ci aime Gono...

La Bête - Walerian Borowczyk (1975)

Dans le cadre de la rétrospective Walerian Borowczyk qui se tiendra au Centre Pompidou du 24 février au 19 mars 2017, Carlotta édite le 22 février prochain un coffret collector [1] 8 DVD & 3 Blu-Ray consacré au cinéaste polonais incluant sept longs métrages en version restaurée 2K, réalisés entre 1967 et 1981 : Théâtre de Monsieur & Madame Kabal (avec en sus douze de ses courts métrages, Goto, l'île d’amour, Blanche, Contes Immoraux, Histoire d'un péché, Docteur Jekyll et les femmes et celui qui nous intéresse, La Bête

Sans aucun doute son film le plus scandaleux (il faudra attendre 2001 pour que la censure britannique autorise finalement l'exploitation en salles de la version intégrale) et le plus populaire (ce fut tant un succès critique que commercial en France), La bête faisait suite au virage explicitement érotique de Walerian Borowczyk initié l'année suivante avec le déjà subversif Contes immoraux. Initialement conçu comme cinquième épisode des dits contes sous le nom "La véritable histoire de la Bête du Gévaudan" [2], le volet fut intégré à La Bête sous la forme d'une séquence onirique désormais passée à la postérité. Mais n'allons pas trop vite.

Pierre de l'Espérance (Guy Tréjan) veut redorer le blason de sa famille en mariant son fils Mathurin (Pierre Benedetti) à la jeune et belle Lucy Broadhurst (Lisbeth Hummel), riche héritière américaine. Seule condition exigée par le défunt père de Lucy notifiée dans son testament, l'union doit être célébrée par l'oncle de Pierre, le cardinal Joseph do Balo. Mais les rêves érotiques et bestiaux de la jeune femme inspirée par l'histoire de Romilda de l'Espérance (Sirpa Lane), aïeul de la famille qui aurait eu une relation sexuelle avec une bête deux siècles auparavant, vont ébranler ce mariage arrangé en révélant un terrible secret de famille…
   

Barberousse - Akira Kurosawa (1965)

Deuxième volet de sa trilogie dite « de la misère », après Les Bas-Fonds (1957) et avant Dodes'ka-den (1970), Barberousse signe la fin de la collaboration entre Akira Kurosawa et son acteur fétiche Toshirô Mifune, long métrage pour lequel Mifune remporta la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra, quatre années après sa première récompense à Venise en 1961 pour Yojimbo également réalisé par Kurosawa. Adaptation du roman éponyme de l'écrivain Shûgorô Yamamoto [1] et de Humiliés et offensés de l'écrivain russe Dostoïevski, ou l'une des influences majeures du cinéaste japonais, Barberousse parachève la fin d'un cycle initié vingt ans auparavant, le film marquant l'arrêt d'une période d'intense productivité pour Akira Kurosawa, le réalisateur japonais tournant quasiment au rythme d'un film par an depuis La Légende du grand judo en 1943 (vingt-quatre films en vingt-deux ans). A (re)découvrir dans les salles en copie restaurée depuis le 25 janvier.    

Tokyo, quartier de Koishikawa, début du 19ème siècle. Le jeune docteur Noboru Yasumoto (Yûzô Kayama) vient de finir de brillantes études de médecine dans une école hollandaise à Nagasaki, et se prépare à être affecté au poste prestigieux de médecin personnel du Shogun. Contre toute attente, il est nommé dans un dispensaire d'un quartier défavorisé de la capitale tenu par le docteur Kyojio Niide (Toshirô Mifune), surnommé Barberousse à cause de la couleur de sa barbe. Se sentant rabaissé, Yasumoto refuse dans un premier temps d'exercer la médecine dans l'espoir d'être renvoyé. Mais la personnalité de Barberousse, un homme à l'apparence sévère mais plein de compassion et entièrement dévoué à ses patients, et les patients qu'il va croiser, tous victimes de la misère sociale et humaine, lui ouvrent les yeux et remettent en question ses aspirations et sa responsabilité de médecin...

La forteresse cachée - Akira Kurosawa (1958)

Dans le cadre de la seconde rétrospective [1] consacrée à Akira Kurosawa débutée le 25 janvier dernier, il est désormais possible de (re)voir sur grand écran en copie restaurée La forteresse cachée, premier film au format panoramique du cinéaste, et lauréat de l'Ours d'argent du meilleur réalisateur au festival de Berlin en 1959. Succès critique et populaire lors de sa sortie, le film laissait le cinéaste quitter momentanément l'univers sombre et pessimiste de ses précédentes adaptations qui lui valurent des échecs commerciaux, Le château de l'araignée et Les Bas-Fonds [2], pour aborder un sujet plus léger et à grand spectacle de son propre aveu. D'une histoire originale se situant dans le Japon féodal du 16ème siècle, La forteresse cachée eut un impact notable sur le cinéma mondial tant sa réalisation et le traitement de son sujet étaient novateurs, une influence qui dépassa les frontières et les époques, à l'instar d'un certain George Lucas qui s'en inspira pour créer sa trilogie Star Wars. A (re)découvrir.
 
Japon, 16ème siècle. La guerre opposant les clans Yamana et Akizuki s'est conclue par la défaite de ce dernier. Tahei (Minoru Chiaki) et Matashichi (Kamatari Fujiwara), deux paysans pauvres et querelleurs cherchent à contourner la ligne de front pour retourner chez eux. Après s'être échappés du château des Akizuki où ils étaient emprisonnés et forcés à retrouver le trésor de 5 000 pièces d'or du clan vaincu, les deux hommes découvrent dans une rivière un morceau d'or dans une branche d'arbre. Peu de temps après, ils font la rencontre d'un homme dont ils ignorent la véritable identité, qui n'est autre que le général Rokurota Makabe (Toshirô Mifune), l'un des derniers survivants des Akizuki, et en charge de la protection de la Princesse Yuki Akizuki (Misa Uehara), héritière du clan...