Godspeed You Black Emperor! - Slow Riot

L'humeur sombre aidant, voici quelques news du front (bien barrées au passage, le décodeur étant en option, bon courage)... Les canards, non contents de représenter une certaine idée de la perfection chez David Lynch, auraient décidé après visionnage de Portés Disparus III de faire régner l'ordre et la discipline dans chaque plan d'eau... commander une gerboulade entre deux tranches de pain mou en Belgique peut s'avérer plus difficile qu'on ne le croit, si l'on ne parle pas couramment plus de trois langues vivantes... l'addiction supposée au Chou aurait des conséquences graves sur le système neurologique humain... est-ce que la découverte d'un nombre de Reynolds critique pour un corps d'Ahmed d'angle d'inclinaison de 25° peut influencer notablement les statistiques de l'ANPE?

Formé en 1994 à Montréal, le futur collectif canadien Godspeed You Black Emperor! (au départ on ne dénombrait en effet que Mauro Pezzente, Mike Moya et Efrim Menuck) sort la même année sur cassette leur démo All Lights on the Hairy Amp Drooling (on notera déjà leur goût pour des titres bien space), qui ne sera distribuée qu'à 33 exemplaires... Il faudra attendre 1997 pour que le collectif (on compte entre la période 95-96 le passage de pas moins de quatorze musiciens...) sort finalement son premier album F♯A♯∞, où l'influence d'un rock progressif se fait sentir quant à la construction des morceaux. Sur ce premier essai, qui connaîtra une réédition l'année suivante (agrémentée de deux titres et un album réarrangé pour l'occasion), on reconnaît déjà l'empreinte du groupe, à savoir une attirance pour les formats instrumentaux longs teintés de bruitisme et de lyrisme (qui a dit que ces deux là de toute façon étaient antagonistes? pas moi en tout cas!!) servis par les assauts saturés d'une guitare électrique et de l'apport de cordes (violon et violoncelle). L'admirateur de post-rock ou d'avant garde était ainsi désormais au courant qu'il se passait quelque chose à Montréal...

Fin 1998, le line-up se stabilise et neuf personnes font partie du noyau dur du collectif canadien anticapitaliste. Ces derniers en profitent pour enregistrer et sortir l'année suivante le EP Slow Riot for New Zero Kanada. Ce maxi, comprenant les deux titres Moya et Blaise Bailey Finnegan III, est en plus d'être considéré comme leur premier oeuvre marquante, va les faire sortir un peu plus de leur anonymat (John Peel, le fameux, leur ouvrant ses bras pour quelques sessions), et leur permet ainsi d'offrir au plus grand nombre durant leur tournée leur barnum multimédia.

Sur ce EP on retiendra le morceau Moya qui comme son nom l'indique porte le patronyme de Mike Moya qui quitta le collectif courant 1998. Définir le morceau en tant que tel est assez subjectif, on parlera de touches, d'impressions, tantôt sombre et mélancolique, tantôt lyrique et rageur. Bref les Sigur Ros, à l'écoute de leur (), ont du pas mal écouter et s'inspirer de ce EP selon moi.

En ce mardi, je vous propose une vidéo trouvée sur le net qui reprend en partie la dite chanson.




Joshua Shapira tribute

Pour les habitués de ce blog qui ne seraient pas encore touchés par Alzheimer, je me suis intéressé il y a quinze jours au film de David Lynch, Blue Velvet. Pour continuer sur ma lancée, aujourd'hui le billet aura pour thème un film sorti en 1995, couronné par le lion d'argent au festival de Venise, qui fut justement à l'époque présidé par le réalisateur d'Eraserhead. Ce film comme nous le montre l'affiche se nomme Little Odessa, premier long métrage d'un jeune cinéaste surdoué de 25 ans dénommé James Gray.

L'action du film, comme le laisse supposer le titre, se déroule à Little Odessa, quartier d'enfance du héros Joshua Shapira joué par Tim Roth, connu aussi pour être le quartier juif de la communauté russo-ukrainienne. Shapira, devenu tueur à gages, doit revenir à Brighton Beach (autre nom du quartier) exécuter une mission pour le moins délicate puisque des années auparavant ce dernier tua le fils du parrain local, Volkoff (alias Paul Guifoyle qu'on retrouva quelques années plus tard dans le rôle du Capt. Jim Brass dans CSI, pour les fans de série). Ces quelques lignes nous introduisent l'ambiance d'un film noir somme tout assez classique hormis l'aspect géographique et la particularité qu'il s'agit d'un des premiers films à dépeindre la mafia russe.

Mais James Gray a tout sauf oublié ses classiques et en tout bon admirateur d'opéra et de théâtre antique, va tisser autour de cette histoire de règlement de compte une tragédie familiale qui n'est pas sans nous rappeler quelques drames antiques. Joshua revenant sur les traces de son passé, aura l'occasion de revoir son jeune frère Reuben (Edward Furlong) et de renouer avec un amour de jeunesse (Moira Kelly, qui joua auparavant dans Twin Peaks, Fire walk with me de Lynch). Pour les autres retrouvailles, cela se fera dans la douleur, le père reniant ce fils assassin et la mère mourante (Vanessa Redgrave) est atteinte d'un cancer.

Pour un jeunot de 25 ans, James Gray étonne par tant de maîtrise, ne jouant à aucun moment la carte du pathos, il filme crûment et sans artifice cette famille en voie de décomposition, vouée à un destin tragique. De même, on reste bluffer par la performance des acteurs, soulignant un peu plus les qualités de direction de Gray. Tim Roth est en effet loin de tout cabotinage, sobre, froid, tout en retenu comme son personnage. Edward Furlong représente quant à lui l'archétype du jeune homme naïf adulant ce grand frère qu'il n'a pas suffisamment connu; ce dernier ayant réaliser le vœux du cadet, à savoir quitter la maison familiale et par extension le joug paternel. Dans le rôle de la mère, la grande actrice Vanessa Redgrave marque à jamais ce long métrage en dépit d'une présence assez courte. Irina Shapira reste le dernier lien indéfectible entre les membres de la famille, aimée par ses deux fils, sa mort n'aura d'autre effet que de faire voler en éclat le destin des survivants.

Au final, un grand film qui compte bon nombre de scènes marquantes (la méchante rouste que prend le père Shapira par son fils ainé Joshua ou la dernière scène du film) et qui annonce le goût de Gray, dans son prochain film The Yards, pour les destinées tragiques du théâtre antique.
En bonus, voici la bande-annonce de Little Odessa.

Erykah Badu - Baduizm

Après un groupe de jeunes hollandais qui n'en veulent, voici le retour d'une musique plus sensuelle, surtout plus soul... et d'un chant des plus langoureux à l'occasion.

Le 30 Janvier dernier j'avais introduit la nu-soul par le premier album de D'Angelo, Brown Sugar, première pierre angulaire du mouvement datant de 1995. Aujourd'hui, place aux dames, avec un autre album tout aussi important de 1997, Baduizm, de la diva Erykah Badu. Repérée par le manager de D'Angelo, Kedar Massenburg, après avoir enregistrée une démo, la demoiselle se voit proposer la reprise de Precious Love en duo avec l'interprète de Shit, Damn, Motherfucker sur la bande originale du film Hign School High en 1996.

A partir de ce moment tout s'accélère puisque miss Badu va enregister dans la foulée son premier album et multiplier les participations chez des artistes aussi divers que Busta Rhymes, Outkast (faut dire qu'à l'époque elle était la compagne d'André 3000...), Common ou les Roots (sur le fameux You Got Me). Pour ce premier album, Erykah fut d'ailleurs plutôt bien entourée puisqu'on note la présence d'un certain Ron Carter (le mythique contrebassiste du second quintet de Miles qui comme son ancien leader garda un oeil sur la jeune garde dans les 90's, puisqu'il avait déjà collaboré avec les talentueux Tribe Called Quest) ou encore ?uestlove et les Roots à l'écriture et à la production. A cela, pour une fois, on constatera que le LP eu à la fois un succès critique et populaire (2ème au Billboard), ce qui ne gache rien...
Alors que reste t'il aujourd'hui de ce premier album, si l'on doit en garder quelque chose? Juste la découverte d'une chanteuse avec une forte personnalité qui a su créer un univers musical original... Ce qui caractérise aussi tout le bien fondé de ce premier album (et inégalé), c'est la capacité de la demoiselle à reprendre à son compte l'héritage soul des années 70 et hip-hop des 80's. On constate ainsi la présence de basses rondes, d'un groove typiquement urbain tout en restant organique mais aussi d'une sensualité qui n'est pas sans rappeler quelques chanteuses jazz d'antan.

Difficile en effet de faire l'impasse sur la voix fragile de miss Badu. On serait ainsi tenter de faire le raccourci Erykah Badu, la Billie Holiday soul des 90's? En plus d'être au final un peu trop facile et surtout réducteur, ce serait surtout maladroit... Les thèmes abordées par la demoiselle sont loin d'être aussi torturés que ceux chantés par Lady Day, on noterait au contraire cette fois ci l'influence d'une autre grande dame du jazz, Nina Simone, ou comment faire le lien entre le jazz et la musique populaire. Et puis à l'écoute de Baduizm, on reste dans un climat suffisament léger... alors qu'après Strange Fruit on est à la recherche d'anti-dépresseurs...

En ce mercredi, voici deux vidéos extraites d'un concert donné par la belle à Rome en 2001 (les deux chansons faisant parties du LP de '97).



Erykah Badu - Other side of the game (live Rome 2001)




Erykah Badu - On & On (live Rome 2001)

Malleus Maleficarum - Pestilence ou le marteau des sorcières

Depuis quelques semaines un des guitaristes les plus influents des 90's dans le petit monde fermé du death metal, Patrick Mameli, a fait un retour dans le music business avec la sortie du premier album de son nouveau projet C-187, qui permis à bon nombre de nostalgiques de se remémorer la glorieuses époques que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, à savoir l'histoire du groupe batave, Pestilence. Ceci dit, les vieux croulants ont dû être aussi surpris puisque le père Patrick s'éloigne fortement de ses racines musicales pour une musique qui s'est fortement hardcorisée...

Petit rappel des faits. Dans le milieu des années 80's, le metal extrême est en pleine ébullition. La révolution thrash fait parler d'elle depuis quelques années avec Slayer et Metallica, le black metal de Celtic Frost et Bathory sème ses mauvaises graines pour la génération future, et aux quatre coins du monde de jeunes formations de proto death metal apparaissent. Ainsi en 1986, une bande de jeunes bataves attirés par le tourbillon musical extrême, les guitaristes Patrick Mameli, Randy Meinhard et le batteur Marco Foddis, fondent Pestilence, rejoint rapidement par un certain Martin Van Drunen à la basse et au chant. A cette époque, le death metal en est encore à ses jeunes années, et même si désormais on peut mettre un nom sur ce genre depuis la sortie du EP de Possessed, Death Metal, il faudra attendre le premier album de Death, le fameux Scream Bloody Gore, pour obtenir une véritable pièce fondatrice du mouvement. La frontière entre death et thrash était encore suffisamment trouble, ce qui explique qu'à leur début bon nombre de formations de death ont débuté dans un thrash metal féroce annonciateur de quelque chose d'encore plus virulent.

Zeit: ça plane pour moi...

Avant de revenir la semaine prochaine avec quelque chose de sans doute plus péchu, on va débuter le week-end par ma première rencontre avec le groupe d'Edgar Froese, Tangerine Dream, à savoir l'album Zeit.
On a plus ou moins à juste titre conspuée la musique de ce trio germanique... l'archétype de la space music, les instigateurs de la musique new age, pourtant à l'époque où Peter Baumann faisait encore parti du combo et que Froese ne se prenait pas pour Roger Waters (la deadline étant la sortie de Stratosfear en 1976 pour les curieux), leurs albums m'ont toujours touchés... Par contre pour les 80's, on pourra passer son chemin personnellement...
Ainsi en 1972 sort leur troisième album avec désormais un line-up stabilisé en la présence d'Edgar Froese, Peter Baumaunn et Chris Franke. Au passage pour l'anecdote, le premier album, Electronic Meditation, des Tangerine Dream ne s'inscrit pas dans une approche planante, au contraire, on se rapproche des expérimentations rock de leurs compatriotes issus de la scène dite krautrock. Alors on pourrait résumer facilement cet album, Zeit, par la place occupée des chansons sur chaque face de ce double LP... c'est à dire un titre par face, soit au final: 4 titres pour 74 minutes de musique... Ça annonce déjà la couleur ^^'. Mais c'est pas non plus une nouveauté puisque deux années plus tôt, je vous rappelle que Soft Machine sortait son chef d'oeuvre Third...
L'album est intéressant à plusieurs titres, premièrement sous des structures relativement classique, le trio (accompagné par Florian Fricke, Steve Schroyder et un quartet de violoncelles) se plonge sans retenu dans l'expérimentation sonore. C'est vrai qu'à cette époque, au regard des instruments utilisés, le bidouillage était de mise... Ainsi les musiciens décident de multiplier les touches sonores, de privilégier les ambiances (l'utilisation par Froese de la guitare électrique sur Nebulous Dawn) et ainsi se rapprocher le plus possible d'une certaine abstraction.
En parlant d'ambiance plus haut, je constate aussi qu'il s'agit de leur album avec Rubycon le plus opaque, sombre qu'il soit... Bien sûr la bande n'a jamais joué dans la même catégorie qu'un Jean-Jacques Perrey, par exemple à l'écoute de Phaedra, l'envie de tourner les serviettes ne devrait pas traverser les esprits... mais Zeit se démarque du lot tout de même. La chanson qui ouvre ce LP, Birth of the Liquid Plejades, est un modèle du genre, les cordes apportent un côté perturbant voire malsain des plus savoureux tout comme les textures aquatiques (ou battements, ça reste à déterminer :p) et autres ambiances fantomatiques sur Origin of Supernatural Probabilities. Cela dit dans ces cas là, encore faut il être réceptif à cet art contemplatif et ne pas conseiller l'écoute de cette oeuvre à quelqu'un qui décide de prendre le volant ^^'.
En conclusion pour ce week-end, je vous propose en écoute le morceau éponyme de l'album, Zeit, 17 minutes d'ambiance sépulcrale et promis la semaine prochaine on fera péter les BPM.

Walkin': le hard-bop selon moi...

Bon comme j'ai promis la semaine dernière à un tire-bouchon qui se fait le chantre de la résistance contre les oranges sanguines, je m'y colle... voici donc un léger aperçu de ce que fut la révolution hard-bop dans l'Histoire du jazz.

L'aube des années 40 a vu l'émergence d'une nouvelle grammaire jazz, le bebop, qui connut son explosion médiatique lors de l'arrêt de la seconde Grande Guerre... A noter qu'aux USA, le bebop fut essentiellement populaire sur la côte Est, la côte Ouest restant insensible à ce séisme créé par les Charlie Parker, Dizzie Gillespie, Bud Powell ou Thelonius Monk. L'onde sismique traversa ainsi l'Atlantique puisque les GI's exportèrent avec eux cette nouvelle musique (le film de Corneau Le nouveau monde en est un témoignage personnel). De même l'engouement du bebop provient sans nul doute des thèmes relativement enjoués et surtout dansants (enfin dans un premier temps)! Quoi de mieux au moment de la Libération pour la vieille Europe après ces années de plomb...

Au crépuscule des 40's, le cool jazz sous l'influence de musiciens prestigieux comme Miles Davis, Stan Getz ou Lester Young devient le nouveau style populaire. Un style fortement léché qui conviens mieux aux canons musicaux de la dite côte Ouest, le cool jazz devenant ainsi le West Coast jazz... Ceci dit, la côte pacifique eut beau jouer sa bêcheuse, traita comme un moins que rien Charlie Parker & co (le film d'Eastwood Bird transcrit cruellement l'incompréhension du public vis à vis du bebop... en avance sur son temps ce cher Charlie), mais céda finalement aux sirènes d'une nouvelle variation du bop, le hard-bop...

A la différence de son cousin plus ancien, le hard-bop qui ne se veut pas une réaction contre le cool jazz, ralentit son tempo et s'ouvre à d'autres genres musicaux comme le rhythm & blues, le gospel ou la musique latine. On note aussi une approche différente quant à la participation du pianiste ou du contrebassiste, la rythmique se voulant plus élastique. Par contre, les artistes gardent à l'esprit les expériences de leurs aînés du bop, à savoir la place et l'utilisation du solo (en particulier le souffleur) dans leur musique et aussi une plus grand place donnée à l'improvisation... moins de mélodie pour plus de fraîcheur et de folie en somme.

Le hard-bop connaît ainsi son apogée aussi bien populaire qu'artistique entre le milieu des années 50 jusqu'à la fin des années 60, où durant ces quinze années cette musique puisa bon nombre d'influence diverses (citées plus haut) et connu bon nombre d'adeptes prestigieux tel que Miles Davis, John Coltrane, Art Blakey, Horace Silver, Sonny Rollins, Dexter Gordon ou Charles Mingus (la liste est incroyablement longue en fait).

En ce jeudi, je vous propose la vidéo (en deux parties) de To Build a New World d'Art Blakey & the Jazz Messengers (sans doute le plus fidèle porte drapeau du hard-bop) jouée à Copenhague en 1968.




Art Blakey & the Jazz Messengers - To Build a New World pt1 & pt2

Cole Porter cover - Joe Henderson

J'étais parti cette semaine pour faire une petite thématique spéciale cover avec Undisputed Attitude de Slayer pour débuter, puis avec l'âge, les neurones et en particulier la mémoire en prennent pour leur grade... du coup hier, me souvenais plus ce que je voulais poster (suppose que le coup de fil en provenance de Laval a dû joué aussi...). Bref aujourd'hui, ça m'est revenu, je me souviens de cette fameuse cover du standard de Cole Porter, et ainsi vous faire découvrir ou tout du moins vous rappeler au bon souvenir d'un souffleur talentueux, monsieur Joe Henderson.

A vrai dire la première fois que j'ai entendu le souffle généreux d'Henderson, ce fut non pas sur un de ses nombreux disques en tant que leader mais comme sideman... ceci dit il ne s'agissait pas d'un LP mineur, au contraire! Le premier album d'Herbie Hancock signé chez Warner, à savoir Fat Albert Rotunda (avec Joe au sax ténor et à la flûte alto). Oui bon, ça fait élitiste de ma part, sauf que je suis pas le seul à être en admiration pour la fameuse trilogie d'Herbie sorti chez Warner d'abord! Là aussi au passage je n'ai encore point écrit de billet sur ces 3 chefs d'œuvre... Remarquez Joe avait déjà collaboré sur le précédent LP cette fois ci signé sur Blue Note The Prisoner, mais bon là justement, c'est le moins bon d'Herbie sorti sur ce label, alors on peut passer son chemin les enfants.

Il faut dire que Joe Henderson avant d'embrasser une carrière en tant que leader, et comme tout jazzmen qui se respecte a fait ses gammes parmi des leaders renommés durant les 60's. Ainsi en plus d'enregistrer pour bons nombres de sessions pour Blue Note, ce dernier joua pour Kenny Dorham entre '62 et '63 (cf Abbey is blue), mais aussi Horace Silver entre '64 et '66. D'autre part dans les 50's, Joe étudia à la Wayne State University où il côtoya et non des moindres un certain Yusef Lateef et Donald Byrd.

Parmi les grandes influences, Lester Young (l'ami de Lady Day), Stan Getz et Charlie Parker eurent une grande importance durant ces premières années... puis vint la révolution Trane... A ce propos, au niveau du jeu on retrouve effectivement la même rondeur et la chaleur qu'on peut retrouver chez un Sonny Rollins ou un Stan Getz.

En 1967, Joe Henderson enregistre son deuxième LP, Tetragon, pour le label Milestone en compagnie de deux quartets, à savoir Kenny Baron ou Don Friedman au piano, l'inamovible Ron Carter (il a dû jouer sur la moitié des disques de jazz sortis dans les 60's, il est partout celui-là lol) et Louis Hayes ou Jack DeJohnette à la batterie. Avec cette formation, Joe nous gratifie d'un solide LP de post-Bop propre à cette période (fin des 60's) où l'on retiendra comme moment fort le titre éponyme, I've got you under my skin, ainsi que le morceau qui ouvre cet album, Invitation (standard repris plus tard par Jaco Pastorius avec son big-band le Word of Mouth).

Aujourd'hui je vous propose donc la reprise du standard de Cole Porter I've got you under my skin ainsi que la vidéo d'un morceau légendaire du jazz , Cantaloupe Island, composé par Herbie Hancock avec parmi les musiciens durant ce concert, Herbie au piano, Joe et Ron Carter, Freddie Hubbard à la trompette (très en verve) et Tony Williams derrière les fûts... soit le fameux VSOP sans Wayne Shorter... de l'ambroisie donc... Enjoy!



Undisputed Attitude - Slayer : in punk we trust

Auteur du cultissime Reign in Blood, pierre angulaire du thrash metal, ou en 1986 l'un des albums les plus virulents jamais sortis, Slayer conclut cette mémorable décennie par les disques South of Heaven et Seasons in the Abyss, les trois albums précités complétant une trilogie thrash tout aussi culte.

1994, leur nouvel album prénommé Divine Intervention, avec pour la première fois en studio le batteur Paul Bostaph (intronisé durant leur concert au festival Monsters of Rock à Donington deux ans plus tôt), confirmait l'imperméabilité des quatre californiens en cette première moitié des années 90. Loin des appels du pied au grand public de leurs pairs Metallica et Megadeth, avec en sus de la part du guitariste Kerry King quelques propos plein de compassion et de gratitude envers Lars Ulrich ou Dave Mustaine, Slayer gardait le cap d'un thrash sans compromis.

Madball: NYHC

Dernièrement un collègue bloggeur s'amusait à tirer à vue ou plutôt réglait ses comptes avec les supposées erreurs de jeunesse, à savoir un album de Bad Religion sorti en pleine vague "punk" revival (les guillemets sont volontaires en passant... car classer the Offspring comme punk c'est comme mettre l'étiquette rock à Kyo).

Comme je faisais remarquer dans mon commentaire qui suivait ce savoureux post, ce combo représente l'archétype du punk de la côte Ouest selon moi, enfin celui que je n'aime pas, on est loin des DK, des Germs, de Fear, de Black Flag ou du premier LP des Suicidal Tendencies. Et finalement, la parenté de Bad Religion et des combos à la mode de l'époque n'est que légitime selon moi... maintenant le fait d'ajouter de la pop au punk n'a rien de putassier en un sens, mais c'est pas my cup of tea... Et puis bon, ça me rappelle mes années lycée, ceux qui faisaient les braves en écoutant du soit disant punk... mais qui ne connaissaient ni Anarchy in the UK ou White Riot... bonjour l'ambiance donc...

Ainsi aujourd'hui, intéressons nous au groupe de hardcore new-yorkais par excellence des 90's, ou comme la pochette l'indique (que j'aime beaucoup au passage), Madball. Alors pourquoi tout ce culte autour de ce groupe pourrais me dire le cuistre impertinent. A vrai dire, c'est déjà une affaire de famille, car NYC a connu dans les 80's l'émergence d'un groupe de hardcore au combien important, Agnostic Front avec comme leader le chanteur Roger Miret... et vous savez quoi? le chanteur de Madball, Freddy Cricien n'est autre que le frangin du garçon...

A l'origine Madball était une sorte d'échappatoire pour l'aîné, ce dernier tenant le rôle de bassiste, avec son cadet au chant, Vinnie Stigma à la guitare et Will Shepler à la batterie. Le groupe reprenait essentiellement des chansons du répertoire d'Agnostic Front plus quelques compos originales. Parallèlement à la sortie de plusieurs maxis (Ball of Destruction et Droppin' Many Suckers) nos quatre garçons vont écumer les scènes de la région et ainsi consolider leur réputation scénique. En 1991 le line-up se stabilise avec un nouveau guitariste Matt Henderson et le remplacement de Roger Miret à la basse par Hoya Roc de Dmize.

En 1994 sort leur premier LP signé sur le label Roadrunner Records (le même qu'un certain Biohazard) l'excellent Set It Off. Alors comme toujours, quid de cet album? A la différence d'autres groupes de hardcore, le son du combo se veut plus ample et épais... ceci dit à la différence du quarteron mené par Evan Seinfeld, on reste en territoire punk, même si Madball a signé sur un label metal et que ce dernier use de grosses guitares, on ne s'acoquine pas avec le thrash par exemple. Et puis autre particularité, les chansons ne se caractérisent pas par la célèbre maxime "à fond à fond à fond"... non Madball sait aussi ralentir son propos, et on s'aperçoit qu'ils excellent aussi dans le format mid-tempo, ce qui ne les empêchent pas d'écrire quelques pépites concises durant moins d'une minute. Hormis ça, les paroles sont dans la grande tradition du NYHC, à savoir engagées et brutes de décoffrage, tout en finesse en somme.

En bonus, une vidéo live de Set it Off trouvée sur Youtube, qui a défaut d'avoir une qualité irréprochable, nous montre le moshpit et l'ambiance d'un concert de nos amis new-yorkais.



Power of Soul - Idris Muhammad (1974)

Continuons dans l'éclectisme musical propre à ce blog, avec back to the 70's pour un des albums jazz que tout le monde devrait avoir écouté au moins une fois dans sa vie.

Avant de commencer, petit hommage à Creed Taylor qui non content d'avoir travaillé pour Verve et fondé d'un des plus fabuleux label jazz du XXeme siècle : Impulse (J. & A. Coltrane, A. Shepp, P. Sanders, Sun Ra, M. Brecker, A. Ayler...), fut aussi à l'origine d'un autre label certes moins prestigieux mais tout aussi important CTI (pour Creed Taylor Incorporated).

La force du label fut de concilier ces deux principes antagonistes succès critique et commercial. Pour se faire, Taylor signe des musiciens capables de rester fidèles à la grammaire jazz tout en allant de l'avant, enfin vers quelque chose qui soit plus dans l'air du temps, soit plus funky ou soul. Ainsi des jazzmen tels que Freddie Hubbard, George Benson, Antonio Carlos Jobim, Stanley Turrentine ou Grover Washington Jr (via la filière Kudu) vont graver les meilleures réalisations de CTI.

Mais en 1974, un certain Idris Muhammad batteur de son état grave un disque culte, d'une fluidité et d'une saveur incomparable, un disque qui mettra très (trop) longtemps à être réédité et qui influencera la musique urbaine des deux prochaines décennies, Power of Soul. Il faut dire que ce brave garçon a le rythme dans la peau, batteur pro dès l'âge de 16 ans, Idris jouera avec des pointures du R&B et du jazz funky et soul, comme Sonny Stitt, Lou Donaldson, Rusty Bryant ou Grant Green. Monsieur Muhammad tâtera aussi au mouvement libertaire en proposant son groove imparable à Pharoah Sanders sur Jewels of Thought en 1969. Au début de la décennie 70's, en plus d'avoir sorti ses deux premiers albums sur le label Prestige et en attendant de graver son premier abum pour CTI, Idris joue les sidemen pour deux figures du label, Stanley Turrentine et Grover Washington Jr.

Power of Soul, titre qui au passage devrait rappeler quelques bons souvenirs aux admirateurs de la dernière formation de Jimi Hendrix, à savoir son Band of Gypsys. Pour mener à bien son entreprise, la formation d'Idris aura dans ses rangs, le souffleur Grover Washington Jr, le guitariste Joe Beck, le trompettiste Randy Brecker, aux claviers et aux arrangements Bob James et enfin le percussionniste Ralph MacDonald.

Alors comment résumer ce disque ? Comme je le disais plus haut, l'un des aspects fascinants de cet album est la façon dont les musiciens ont rendu évidente, fluide, une musique qui justement est de prime abord complexe. On navigue donc dans un jazz gracieux entre funk échevelé, groove de première catégorie et une émotion propre aux meilleurs soulmen. A noter que deux années plus tard, Idris remettra le couvert avec House of the Rising Sun, mais ça, c'est une autre histoire...

Joe Zawinul 1932-2007

Décidément, ce blog ressemble de plus en plus à la rubrique des chiens écrasés... Et aujourd'hui, la faucheuse nous a pris qui? Et bien encore un grand jazzman qui a laissé son empreinte dans la musique du XXeme siècle, à savoir, monsieur Joe Zawinul.

A froid, on doit à ce pianiste de renom deux grandes contributions, la création d'un des grands groupes de jazz-fusion des 70's avec son accolyte Wayne Shorter, le Weather Report, et aussi rien que ça, d'avoir été musicien et compositeur pour les deux oeuvres jazz ultimes de l'année 1969, In a silent way et Bitches Brew pour Miles Davis.

Né en Autriche en 1932, il s'intéresse très tôt à la musique, apprenant l'accordéon à 6 et le piano à 12 ans. Déjà influencé par le jazz, il décide de rejoindre les USA fin 50's où il intègre la prestigieuse Berklee School. Il commence dès lors à se faire connaître par des musiciens de jazz de premier ordre tel que Maynard Ferguson, Dinah Washington et surtout le fameux joueur de saxophone alto, monsieur Cannonball Adderley. Avec ce dernier, en plus de composer pour son leader quelques uns de ses plus grands succès tel que Mercy, Mercy, Mercy ou Country Preacher, il va aussi suivre justement l'évolution que la jazz va vivre durant les 60's, à savoir la place de plus en plus importante que va avoir la soul sur le jazz, mais surtout l'arrivée de la fée électricité dans l'orchestration. En effet, Joe fit parti des premiers jazzmen à jouer du piano électrique dans les sixties, et d'aborder ainsi ce nouveau son et les nouvelles possibilités qu'apporte cet instrument.
Fin de cet décennie, un certain Miles Davis toujours à l'affût musicalement, découvrant Hendrix et le rock de la nouvelle génération, décide de débaucher ce fameux pianiste, histoire de graver les deux pierres angulaires du jazz-rock. On retiendra donc sa patte sur le morceau éponyme In a Silent Way ainsi que sur le morceau qui ouvre Bitches Brew, le mystérieux Pharaoh's Dance. Puis en 1970, Joe avec un autre ancien sideman de Miles, Wayne Shorter, fonde le Weather Report, groupe référence et pourtant atypique selon moi dans le paysage jazz-fusion des années 70. Tout comme Miles, on saluera le talent de Joe pour s'entourer, incroyable le nombre de musiciens talentueux qui graviteront autour du bulletin météo, les bassistes Miroslav Vitous, Alphonso Johnson, Victor Bailey et Jaco Pastorius, les batteurs Alphonse Mouzon et Peter Erskine, les percussionnistes Mino Cinelu et Airto Moreira.

Puis après la dissolution du Weather Report en 1985, Joe continua ses expérimentations entre la musique du monde et le jazz avec son fameux Zawinul Syndicate. Pour finir, Zawinul disait de son groupe Weather Report en parlant de son jeu avec le saxophoniste Wayne Shorter:" Chaque note compte... Nous tissons des mélodies et nous enflammons la scène". Tout est dit...
Pour les curieux, je ne vais pas vous proposer une chanson du Weather Report, mais plutôt l'enregistrement d'un concert du groupe donné durant le Montreux Jazz Festival en 1976 (avec donc le demi-dieu de la basse, Jaco Pastorius!!!) via un lien sur l'excellent site Mixdelux et pis une vidéo de 1978 d'un concert au Stadthalle Offenbach où l'un des morceaux les plus connus du Weather est joué, Birdland.



Weather Report - Live at Montreux Jazz Festival 1976

101.5 FM en deuil

Triste nouvelle ce matin, Jean-François Bizot le papa du magazine Actuel et de surtout la radio parisienne Nova (la seule qui compte à mes yeux et surtout à mes oreilles), est mort hier... le crabe a eu raison de lui...
Un grand merci à ce monsieur.
RIP.

Eyehategod: Sludge Metal from NOLA

Samedi dernier en lisant un post consacré à Fantômas, ça m'a fait penser aux Melvins, le groupe du guitariste de ces deux formations à savoir le touffu Buzz Osborne. Or mon cerveau vagabond a tout suite fait la corrélation avec un genre musical qui doit justement beaucoup au combo de King Buzzo...

En effet, il serait dommageable de résumer la musique rock provenant du Sud des USA par celle produite fin 60's-70's, avec comme fer de lance les excellents Allman Brothers band et les dispensables Lynyrd Skynyrd ou ZZ Top... Car fin 80's, de jeunes rednecks vont poindre leur nez et nous créer ce qui se fait de plus poisseux et rampant qui soit, le sludge, miam miam...

Alors quid de cette nouvelle étiquette musicale? Oh rien de bien très compliqué ma bonne dame, on pourrait résumer cette chimère par l'accouplement du doom metal pour la lenteur, la lourdeur et le désespoir, et le hardcore pour les vocaux criards et sa rugosité. Résultat des courses? Musique cynique, hautement misanthropique, voir totalement étouffante car chez certains, les traces d'humanité ont disparu depuis belle lurette...

Parmi les dignes représentants du style biberonné à Black Sabbath, Black Flag et les Melvins, on retiendra les gros bébés de Crowbar, Corrosion of Conformity et ceux qui nous intéressent aujourd'hui, l'un des plus extrêmes et torturés, Eyehategod.

Nos joyeux drilles se sont formés à la Nouvelle Orléans fin 80's avec comme assise le guitariste Jimmy Bower et le batteur Joey LaCaze. En 1990, nos 5 rednecks enregistrent la démo Lack of almost everything et signe en 1992 leur premier LP, le gentillet In the name of suffering. N'ayant eu qu'un budget minimal pour enregistrer leur première galette, le son est des plus crus... ce qui pourrait être des plus dommageables, un son primaire et abrasif, va finalement être un avantage pour leur style musical. Alors que doit on retenir de ce premier opus? Une saturation omniprésente, un style poisseux et maladif qui se voit transcendé par les vocaux torturés et les cris de notre bon Mickael Williams. On constate aussi à la différence de leurs récents albums plus stoner que le côté hardcore se veut plus présent par la présence de certaines accélérations bien senties. Bref, si vous êtes curieux, amateurs de crust, de doom ou de musique extrême en général, à écouter!

Et puis en attendant une prochaine chronique du combo, voici un clip tout aussi délicieux d'Anxiety Hangover de leur chef d'œuvre de 1996 Dopesick.


Let Love In: Nick Cave et la main droite

Méfions nous, je vous le dis, non pas de la main gauche sauvage et baladeuse mais de la droite plus perverse et toute rouge si l'on en croit le ténébreux Nick Cave...

Bref après un Henry's Dream lorgnant vers les bords d'un rock cabaret des plus insalubres, l'australien décide d'écrire un album débordant d'amour... Ouais enfin, on parle de Nick Cave précisément, donc ne vous attendez pas à la sensualité musicale d'un Julio Iglesias.

Alors quoi de neuf par rapport au précédent LP? Bah en fait, pas grand chose, hormis un côté encore plus léché (mais pas aseptisé!), il est vrai que cette fois-ci, l'évolution n'est pas flagrante. Ceci dit, ce stand-by artistique n'est pas une mauvaise chose en soi, car on a entre les mains l'un de ses meilleurs albums, et en tout cas l'un des plus accessibles, à conseiller fortement pour quelqu'un qui voudrait justement découvrir l'oeuvre du monsieur.

L'album s'ouvre et se clôt par un classique de Nick Cave, Do you love me? morceaux bouleversants s'il en est, avec une préférence nette pour la partie 2, plus épurée et mélancolique que jamais. On appréciera aussi au passage la qualité mélodique des morceaux joués au piano tel que Nobody's baby now ou la chanson qui donne son titre à l'album Let love in. Comme je le disais plus haut, Cave et sa bande nous offre surtout un florilège de leur savoir-faire, on a droit ainsi à quelques chansons rock bien relevées et crasseuses comme Jangling Jack ou Thirsty Dog. En parlant aussi précédement de non évolution, j'ai un peu menti car en fait le dramatique Ain’t gonna rain anymore nous annonce finalement l'ambiance du prochain album de Nick et de ses mauvaises graines, à savoir un recueil de balades macabres. Et puis comment ne pas oublier non plus l'hypnotique Red right hand où Cave nous narre une rencontre cauchemardesque et l'apocalyptique Loverman (qui sera repris plus tard par un certain Martin L. Gore et même Metallica).

En prime, deux clips celui de Loverman et celui de Do you love me? nous montrant qu'en plus de manier efficacement l'humour noir, Cave sait aussi jouer de l'auto dérision (ça me rappelle d'ailleurs le clip d'It's no good de DM dans un sens sorti en 1997 soit 3 ans après Let love in).





Soriba, virtuose de la Kora

Ça fait quelques temps que ce blog ne s'est pas intéressé à la musique africaine, honte à moi... ça commençait à manquer d'éclectisme musical dites moi, à sentir le renfermé en somme... Je serais tenté de me faire griffer ou fouetter en guise de punition... mais pas certain que ma réaction soit en accord avec les attentes du tortionnaire.

Alors aujourd'hui, je vous présente un grand compositeur et joueur de Kora monsieur Soriba Kouyaté. Alors quid de la kora? Cet instrument traditionnel est joué principalement en Afrique de l'ouest (Sénégal, Mali, Gambie et Guinée), proche d'une harpe-luth à cordes pincées, ce dernier était réservé habituellement aux griots. Soriba comme la majorité des virtuoses a appris précocement à jouer de la Kora, à l'âge de 5 ans par son père, qui fut un temps griot du grand président sénégalais Léopold Sédar Senghor.

En suivant son père à travers le monde, Soriba s'imprègne de différentes sonorités et n'hésite pas à se frotter à différents styles musicaux plus ou moins éloignés de la tradition musicale propre à son instrument (blues, jazz, funk, reggae ou musique orientale). Ce virtuose se fit ainsi connaître parmi les plus grands musiciens de la scène mondiale, tel que Dizzy Gillespie, Salif Keita, Paolo Fresu ou Peter Gabriel, tout de même!

En 2003 sort son album live au célèbre festival de jazz de Montreux avec comme sidemen le trompettiste Matthieu Michel plus milesdavisien que jamais, le bassiste Linley Marthe et le percussioniste Jöel Allouche. Au cours de ce concert magique le quartet reprends différents thèmes issus de la musique traditionnelle de l'Afrique de l'ouest, deux compositions originales ainsi que deux standards Autumn Leaves (c'est à dire les feuilles mortes de Prévert/Kosma) et le célèbre All Blues de Miles Davis sorti sur l'ultime Kind of Blue.

En ce mardi, je vous propose comme extrait sonore le titre Bani qui clôt ce concert, chant traditionnel mandingue qui narre la guerre entre les Peulhs musulmans et le roi païen N'Kaabu à la fin du XIXeme siècle à travers la figure héroïque du roi Janké Wali (rien que ça ^^'). En cadeau, un extrait vidéo (bien trop court) d'un concert du maître avec Paolo Fresu lors du festival Rio Loco.


Bad Moon Rising - Sonic Youth


Après un Confusion is Sex bruitiste et radical à souhait, Sonic Youth sort son nouveau LP en 1985, et contrairement à ce que j'ai pu lire sur un site, ce nouveau disque est loin d'être anecdotique, ne verse pas dans le bruitisme primaire. A croire que les premières œuvres du groupe ne sont connues que grâce à leurs disques postérieurs plus pop. Remarquez j'ai souvenir d'un article de ces derniers datant début des 90's qui classaient la jeunesse sonique comme du heavy metal... Sic.

Bref, à la différence de Confusion is Sex ce nouvel album des Sonic Youth est moins opaque, mais ne croyez pas qu'on perd en radicalité, au contraire on gagne en subversion :p. De plus, le groupe montre son goût pour les textures, la saturation oui, mais au profit des ambiances hypnotiques (alors l'histoire du bruitisme primaire hein...). A ce propos, lors de la réédition Geffen eut l'idée de rajouter le EP Flower, on ne peut que les remercier vu la qualité du bébé... raaaaaah Satan is Boring... Mais pour cette chro, je me focaliserai seulement sur le LP original car Flower mérite une chronique à lui tout seul...

L'album s'ouvre par le morceau Intro... étonnant, non? Mais qui fait parfaitement le lien musicalement avec la chanson Brave Men Run et sa fausse mélodie pop avec au chant Kim Gordon avant de se terminer sous quelques larsens amenant le ténébreux Society is a Hole. On note que pour l'introduction du fabuleux I love her all the time la bande à Thurston Moore rend encore un hommage au groupe d'Iggy Pop, puisque cette fois ci, on a droit à un sample du Not Right du premier album des Stooges. Ce morceau montre aussi justement le savoir faire du groupe à installer des mélodies torturées sous couvert de saturation... d'autant plus qu'on s'attend à juste titre à une pluie de larsens durant les quelques breaks du morceau, alors qu'en fait, non... me sentirais presque frustré moi... si c'était pas si bien fait. Pour l'instant donc, le bruitisme primaire se fait toujours attendre.

Puis comme son nom l'indique, viens le fantomatique Ghost Bitch et sa longue plage instrumentale introductive, qui fait la part belle à un dark ambient joué par des guitares abrasives. La fin de l'album se veut légèrement différente avec un I'm Insane presque industriel et son final délicieusement saturé. L'album se clôt par le culte Death Valley '69 (Charles Manson n'étant pas si loin) avec en guest la non moins cultissime Lydia Lunch.



Pink Floyd: You Gotta Be Crazy

Encore plus que pour le clip de mardi dernier, à moins de n'y connaître que dalle en musique, l'album avec le prisme et le spectre de la lumière, appelé plus communément Dark Side of the Moon doit dire quelque chose à pas mal de monde... Album de la démesure, qui permis du jour au lendemain de rendre les membres du groupe millionnaires, Dark Side restant même 15 ans dans le billboard! Certes, il serait regrettable de ne retenir que les chiffres de vente de cet album (30 millions, ava...) mais en même temps, n'étant pas mon album préféré du Floyd, loin de moi l'idée de faire une tonne de compliments...

Album qui définie le mieux le Floyd nous dirons, le plus convenable aussi, le meilleur pour tester les qualités d'une chaîne hi-fi surtout... et à part ça? Mouais, la dernière remarque est volontairement provocante et de mauvaise foi.

Bref durant l'année 74/75, le groupe tourne à plein régime et au lieu de surfer complètement sur quelque chose de prévisible, les Pink Floyd décident d'entamer leur concert chaque soir par presque une heure de musique inédite. La set-list restant toujours la même, les concerts s'articulent en deux parties, la première inédite, avec dans l'ordre de passage les chansons suivantes: Raving & Drooling; You Gotta Be Crazy; Shine on You Crazy Diamond part 1; Have a Cigar et Shine on You Crazy Diamond part 2. La seconde partie étant la plus attendue du public à savoir, l'intégralité de l'album Dark Side of the Moon, puis en rappel le classique Echoes, mais cette fois ci contrairement aux versions studio ou live antérieures, le saxophone est de la partie (rappelant ainsi finalement le son de l'album de 1973).

Les quelques connaisseurs du Floyd reconnaîtront que dans la première partie inédite, on aperçoit deux chansons qui apparaîtront dans Wish You Were Here, LP qui sortira en Septembre de l'année 1975. Ceci dit, les deux autres titres apparaîtront aussi dans un autre album du Floyd le mésestimé Animals sorti deux années plus tard (à l'origine ils devaient aussi faire partie du LP de '75). Sauf qu'entre temps, les paroles de Raving & Drooling et You Gotta Be Crazy vont changer (tout comme leurs titres, Sheep et Dogs), pour s'inscrire dans la thématique du roman de George Orwell, La ferme des animaux. D'ailleurs, passage à la trappe qui ne sera pas du goût du guitariste David Gilmour... et si vous ajoutez à cela le despotisme de Waters, ça commence à sentir la discorde (ou le paté selon les affinités du lecteur) au sein du groupe...

Rooty: To my green fairy

En attendant les joies d'admirer une mer grise-bleue demain, petite ode à toutes les cinglées, celles qui ont un grain, dont une en particulier...

Deux ans après un Remedy détonnant dans la planète house, le duo Ratcliffe & Buxton nous sort enfin une suite, Rooty, en 2001. Même si le précédent avait vocation à plaire aux clubbers, ce second LP est encore plus destiné à faire la fête... ce qui explique peut-être pourquoi j'ai eu plus de difficulté à rentrer dedans contrairement à Kish Kash au début. Mais bon, toussa n'enlève rien aux qualités de la dite galette, bien au contraire, car comme toujours chez cette paire de DJs producteurs, on a droit à un album diversifié.
Ainsi musicalement, Ratcliffe & Buxton nous gratifient toujours autant de musique profondément sexy tels que SFM, le bien nommé Jus 1 Kiss ou l'obsédant et moite Get me off. Comme sur Remedy, on a droit à quelques interludes toujours aussi bien senties en guise d'avant propos comme Kissalude et Freakalude en intro de l'acid house Crazy girl. Le duo n'oublie pas non plus de sampler quelques musiciens plus ou moins obscures pour la jeune génération, tel que Kenny Baron sur Do your thing ou les Tijuana Brass (si vous voulez briller dans les dîners mondains, sachez que le leader de cette formation, Herb Alpert, n'est autre que l'un des fondateurs du label A&M, vous savez maintenant d'où vient le "A" ;)) sur Broken Dreams. Finalement, comme sur le précédent LP, Basement Jaxx clot le disque sur une chanson calme, histoire de refaire tomber un peu la vapeur, avec le minimaliste et excellent All I Know.

On notera aussi le grand soin apporté par le duo à leurs clips, tel que le groovy Romeo et sa parodie des productions made in Bollywood ou celui d'un de leurs plus gros tubes Where's Your Head At? et ses petites expérimentations sur nos amis les primates...
En ce mardi, en guise de dédicace pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète, le clip de l'énorme Where's Your Head At? basé sur un sample de Gary Numan.


Horace Andy: un rasta, une reprise et un soleil couchant

Pour clore cette thématique, quoi de mieux que la chanson qui vient immédiatement à l'esprit quand on vous susurre à l'oreille le mot "sunshine"... oui la fameuse chanson de Bill Withers, Ain't no Sunshine. Sauf qu'il aurait été trop facile de vous proposer l'original, connu par toutes les personnes de bon goût (quota provocation ^^'), donc intéressons nous à un artiste qui en fit une reprise dans les années 70, Horace Andy, deux après la sortie de l'original, en 1973 sur son album You are my Angel.
A vrai dire, et je ne dois pas être le seul je suppose, j'ai entendu parler d'Horace Andy quand ce dernier fit parti des guests sur les albums du collectif de Bristol, Massive Attack. Ceci dit, pour les autres, aficionados du reggae roots, Horace est loin d'être un inconnu. Déjà, la particularité qui marque le plus l'auditeur, c'est justement l'organe vocal du garçon, une sorte de Jimmy Scott en provenance de Kingston en somme.
Horace Andy commence dans la musique relativement jeune puisqu'il commence à enregistrer son premier single à l'âge de 16 ans en 1967. Mais il faudra attendre 1971 pour qu'Andy fasse son trou grace au producteur Coxsone Dodd (c'est même ce dernier qui lui donna le patronyme "Andy" pour se démarquer du cousin d'Horace, le chanteur de ska, Justin Hinds, et rendre un hommage indirecte à l'ancien chanteur des Paragons, Bob Andy).

Max Roach RIP

Bon je viens d'apprendre une triste nouvelle, le monde du jazz est en deuil, monsieur Max Roach vient de mourrir. snif... Après le géant qu'était Elvin Jones, voici donc l'un des batteurs les plus talentueux et charismatiques qui vient de tirer sa révérence.

Parmi le CV de ce géant, on retiendra qu'il joua à ses débuts avec les étoiles du bop, comme Charlie "Bird" Parker ,Thelonius Monk ou Dizzy Gillespie. Puis ce génie de la percussion joua ensuite avec la valeur montante de la jeune génération, Miles Davis, pour qui il enregistra le culte Birth of the cool, puis ensuite le suivi ainsi que les musiciens qui graviteront plus ou moins autour, dans ce qu'il deviendra le hard bop tel que Sonny Rollins.

Pis Max cultivait l'éclectisme, jouant ainsi avec des jazzmen tel que Stan Getz, Charles Mingus, Duke Ellington ou Clifford Brown. En 1958, sa conscience politique se montre au grand jour en s'engageant activement pour la défense des droits civiques des afro-américains, à ce titre on retiendra son manifeste We insist! Freedom Now Suite en 1960, brûlot montrant son intérêt pour la toute jeune scène free jazz. Puis après son mariage avec la sublime Abbey Lincoln, Max joua avec les musiciens d'avant-garde Archie Shepp, Cecil Taylor ou Anthony Braxton dans les 70's et forma aussi M'Boom, une formation entièrement comprise de percussions. Ce génie toujours à la recherche de nouvelle expérience tenta ainsi la rencontre entre un quartet jazz avec celui d'un quatuor à corde dans les 80's.
Max Roach est mort dans son sommeil à l'âge de 83 ans des suites d'un cancer...

RIP.