Guy Marchand - A Guy in blue

Voici presque un an et demi, je criais mon admiration pour le talentueux et tellement mâle Guy Marchand, de manière certes maladroite, mais que voulez vous quand l'affectif parle... La semaine dernière après mon périple de 4 heures dans les transports en commun, j'eus la surprise de recevoir en cadeau le dernier album de l'interprète de Tout en dansant la rumba, quelle ne fut pas mon émotion!

Ainsi Guy Marchand, après des albums tels que Emilio ou Nostalgitan pour ses dernières sorties où son amour pour les musiques latines, en particulier le tango, ressurgissait (on n'oubliera pas tout de même sa collaboration en 1975 avec le très grand Astor Piazzolla et la reprise de son célèbre thème Libertango sur Moi je suis tango), décide d'enregistrer enfin un véritable album de jazz gorgé de blues (pour rappel, Guy est clarinettiste de jazz de formation mais n'allons pas trop vite pour reprendre une expression chère à X).

Pour se faire notre homme est accompagné par André Charlier et Benoît Sourisse dont le CV a dû rassurer Guy sur les intentions du duo (John Scofield, Michel Portal, Mike Stern, Michel Petrucciani, Martial Solal, Didier Lockwood ou Jean-Jacques Miltau... on a vu pire). Ainsi, A Guy in blue voit notre pimpant jeune septuagénaire s'adonner à sa passion, d'un côté une formation réduite de jazz aguerrie et inspiré, de l'autre Guy jouant le rôle du crooner gouailleur.

Évidemment, à la première écoute le style vocal de monsieur Marchand a de quoi déstabiliser, bien qu'il reste suffisamment dans un registre sobre par moment, ce dernier ne peut s'empêcher de jouer quelques personnages, forçant le trait (Maudit Blues), le titi parisien faisant ainsi surface.

Hormis ce détail qui pourrait donc freiner quelques personnes, je reste abasourdi par la qualité de la musique (Facile à s'en rappeler, Si tu m'abandonnes), Guy Marchand est véritablement secondé par un groupe de première catégorie. On est très loin du cahier des charges inhérent à la variété française dans tout ce qu'elle a de plus méprisable. La musique de l'album oscille donc entre un jazz vocal lorgnant aussi bien du côté du blues, du bop que du jazz New Orleans, nous offrant même une petite escapade plus latine sur Dolorès (on se refait pas...) voire même funky (Fermé pour cause) par l'apport de ce bon vieil orgue Hammond cher à Jimmy Smith. On retiendra que l'album se clôt par la chanson très New Orleans, Mon Héritage, où Guy reprends sa clarinette le temps d’un chorus...

Au final, un album qui fera plaisir à ses admirateurs. Un grand monsieur ce Guy.





Is There Anybody out There? Merci Roger...

Au risque de passer pour quelqu'un qui a décidé de régler certains comptes, finalement quand on veut chasser le naturel, ce dernier vous revient toujours en pleine figure... Dès lors alors que vous aviez choisi de porter le masque de la zenitude (ou celui de l'hypocrisie, ça dépends aussi du tempérament de chacun), vous vous retrouvez avec ce bon vieux couteau aiguisé (et prêt à servir) entre les dents (je peux toujours même ça sur le dos de l'atavisme, mon grand-père paternel ayant été communiste...). Bref, ayant envie ces derniers temps de décider de me border de fiel, c'est reparti pour une chronique plutôt tiédasse.

Comme chacun sait ou devrait savoir, en 1979, le groupe de Roger Waters (Pink Floyd) publie son deuxième plus grand succès, The Wall, un concept album ô combien mégalomane... à l'image de son auteur vous pourriez ajouter. J'éviterai de faire la critique de cet album, enfin sa partie studio j'entends, n'étant premièrement pas le propos de ce billet et deuxièmement si je voulais mettre les formes il s'agirait de faire comme à l'école une belle thèse et antithèse, The Wall ayant les défauts de ses qualités (et au final doit sans doute avoir autant d'admirateurs que de détracteurs).

Non dans ce post, nous allons émettre quelques doutes (bel euphémisme) quant aux qualités de l'album live issu de la tournée de The Wall nommé: Is There Anybody out There? Tout d'abord, de quand date la sortie de cette merveille (quel mauvais esprit...)? A peu près vingt ans après l'enregistrement, soit en avril 2000. Dès lors, vous m'excuserez mais déjà personnellement ça sent pas bon. Bien sur on pourra toujours me rétorquer qu'un album live sorti vingt ans ou un an après son enregistrement ne change finalement pas grand chose, ça reste une chouette opération commerciale dans le but de mettre un peu de beurre dans les épinards à moindre frais dans la poche des producteurs et de la maison de disque. Il faut avouer qu'on cherche pour bon nombre de disques de ce genre l'utilité artistique. Sentiment qui aujourd'hui peut facilement s'amplifier étant donné avec quelle facilité on peut trouver désormais des bootlegs soundboard de très bonne qualité gratuitement sur la toile (comme sur les quelques liens que je propose sur ce blog).

Il n'empêche, grâce à Roger Waters, celui qui perdit le procès qu'il ne fallait pas perdre dans les années 80 (contre ses anciens meilleurs amis pour rappel David Gilmour et Nick Mason... Waters ayant forcé Rick Wright à vendre ses parts fin 70's), nous voici avec le disque live de la tournée The Wall (ironiquement les mauvais esprits pourront à juste titre ajouter qu'après le live de 90 à Berlin du père Waters, on en demandait pas tant...). Tournée qui d'ailleurs fut assez particulière puisqu'il y eut très peu de dates (LA, NYC, en Allemagne et à Londres à Earls Court il me semble), la logistique ne permettant pas une pléthore de dates (ce qui collait aussi avec le propos de l'album, Waters ayant l'idée d'écrire ce concept album après son écœurement des tournées gigantesques dans les stades).

Oui mais que reproches tu à cet album live hormis le fait d'être un enregistrement public? Déjà comme je l'ai écrit plus haut, en fait ce n'est pas tant la nature du disque qui me gène, il existe plusieurs disques live incontournables (le Live Dead du Grateful Dead ou l'apocalyptique Decade of Aggression de Slayer par exemple), certains faisant même office de meilleurs disques tout support confondu (comme le No Sleep 'Til Hammersmith de Motörhead encore que le débat reste ouvert pour ma part). Non le vrai problème c'est que ce disque (fournit dans un coffret qui de mémoire, comme le reste de la discographie de Pink Floyd d'ailleurs, coute bonbon) est plat, ce disque n'apporte rien, aussi bien au niveau de l'interprétation (que c'est mou...) que de la prise de risque. Certes pour cette dernière, le disque ne se prêtait pas à des improvisations, il n'empêche, sans compter que le côté pêchu soit aux abonnés absents, l'émotion aussi est en berne. J'en veux pour preuve les deux extraits sonores d'aujourd'hui, à savoir Don't Leave me Now et The Trial. Autant dans la version studio, on cherchait l'oxygène, le désespoir étant de mise pour Don't Leave me Now autant là... plouf plouf... Ok à l'écoute du morceau on ne fera pas tourner les serviettes pour autant mais où est la folie originelle? Et The Trial n'est pas en reste, quand on connait la version studio, cette fois ci on touche le fond, Waters se démenant comme un beau diable, mais est ce suffisant?

Mais ne chargeons pas trop la barque non plus. A vrai dire la comparaison avec l'album studio surproduit par Ezrin ne pouvait forcément ne pas tourner en la faveur d'Is There Anybody out There?, l'atmosphère si particulière de The Wall étant difficile à reproduire en public. Dans ce cas il aurait été préférable de non pas sortir ceci en disque mais de nous montrer le spectacle filmé, la pilule aurait été sans doute plus facile à avaler... sachant que pendant presque la moitié du set le groupe et ses musiciens additionnels jouent derrière un mur de briques factices (ceci dit selon les morceaux Waters et Gilmour réapparaissaient). Et puis pas certain que cela aurait fait double emploi avec le film d'Alan Parker... Dans les plus, on constate l'ajout de deux nouvelles chansons: What Shall We Do Now? et The Last Few Bricks, sauf qu'elles n'apportent pas grand chose (ok l'une d'entre elles permettaient surtout aux roadies de faire leurs petites sur la scène... la belle affaire)

En conclusion, un disque qui ne pourra plaire qu'aux fans die-hard du groupe, la durée de vie d'un tel objet étant très très limité. Quitte à écouter The Wall, autant jeter son dévolu sur la version originale studio.

New-York Noise: Big Apple sound 1978-1983

Loin d'être un fan des compilations (faut dire que ces dernières servent surtout de passe-plats, les majors les utilisant pour nous refourguer leur camelote pas fraîche...), on pourrait de prime abord commencer à émettre quelques réticences sur la dite compil, pourtant même avant de jeter une oreille sur le contenu, le mélomane curieux à la lecture des informations qui circulent autour du disque devrait commencer à avoir les yeux qui pétillent. Ainsi, le titre de cette compilation qui annonce déjà du lourd s'il on en croit la pochette: New York Noise: Dance Music from the New York Underground 1978-1983, compil ne provenant non pas d'une major mais d'un "petit" label Soul Jazz records, dont l'un des spécialités est justement de rééditer via des compilations des chansons disparues faisant parties d'un patrimoine musical plus ou moins underground (dub, post-punk, jungle, etc...).

Le propos de New York Noise (accrocheur comme patronyme, n'est ce pas?) est ainsi de nous présenter un panel des groupes obscurs officiant dans un mélange de genres des plus savoureux : NYC punk, funk, no wave, disco underground, post punk et autres courants expérimentaux.

Parmi les artistes redécouverts, le disque s'ouvre par le morceau Optimo des Liquid Liquid, qui officièrent de 1980 à 1983 dans un post punk groovy influencé par le dub et le funk. Et ma foi, le fan des Talking Heads devrait retrouver ses petits à l'écoute du bébé, une basse qui ne tient pas en place et des rythmes dansants rappelant les préférences world du David Byrne band. L'apparenté avec les géniteurs d'I Zimbra continue de plus belle avec le Baby Dee de Konk et sa géniale section de cuivres (de toute façon avant l'écoute du disque on savait l'importance des "têtes parlantes" sur la scène new yorkaise, mais la, ça en devient bluffant, comme sur Do dada de The Dance), un pont entre l'afro beat (Felaaaaaaaaaaaaaaaa!), le hip-hop, le funk et le post punk. A noter que la compil fait les choses bien puisque autour des deux groupes cités plus haut, gravitaient souvent les ESG ou Bush Tetras, et justement ils y sont! Les Bush Tetras nous proposant un rock dansant (plus j'écoute New York Noise et plus je repense au buzz des dernières années concernant les groupes de New York justement officiant dans le registre d'un rock dansant, je pouffe...) tandis que ESG sont surtout connus pour avoir été samplés par Big Daddy Kane, les Beastie Boys, Jay Dee ou Gang Starr (ah ouais quand même!).

Puis vient le premier All Star band on serait tenter de lancer, à savoir Material avec rien que moins Bill Laswell à la basse et Robert Quine à la guitare (toujours dans les bons coups celui là) pour un Reduction qui montre qu'un morceau peut être très bien à la fois funky et abstrait (une sorte de My Life in the Bush of Ghosts mais funk donc). Puis vient sur sa lancer un autre combo mené par un musicien loin d'être inconnu, DNA d'Arto Lindsay pour un 5:30 court mais dissonant annonçant par la même occasion la future trilogie des 80's de Sonic Youth, ce que va confirmer la 9ème piste Lesson No.1 for Electric Guitar de Glenn Branca (Thurston Moore et Lee Ronado ayant collaborés lors de leurs jeunes années avec le compositeur d'avant-garde), qu'on croirait tout droit sorti d'un Daydream Nation!

Histoire de ne pas oublier que New York est la ville qui nous offrit le mouvement hip-hop, le 7ème morceau nous gratifie d'un bon vieux rap old school (Sugarhill Gang and co...) Beat Bop emmené par Rammelzee et K.Rob, chanson inclue dans le documentaire culte de la culture hip-hop, Style Wars de 1983. Bref 10 minutes qui permettent aussi de constater que les Beastie Boys ont du être suffisamment bercés par ce morceau pour en reprendre certains gimmicks vocaux.

Parmi les autres artistes présents sur cette joyeuse compilation, on retiendra aussi Clean On Your Bean #1 de Dinosaur L alias Arthur Russel et la chanson clôturant le disque et qui donne son nom au groupe : Defunkt. Russel ayant la particularité d'avoir été compositeur et violoncelliste, d'avoir collaboré avec Philipp Glass ou David Byrne et par conséquent d'être aussi à l'aise dans les musiques dites populaires ou bien plus élitistes. De ce fait, Clean On Your Bean #1 nous convie à une musique qu'on pourrait toujours située dans le sillage d'un post punk mais très connoté funky le tout saupoudré de rythmes latins. Quant à Defunkt, groupe mené par Joseph Bowie, la chanson éponyme représente l'archétype d'un funk raide, bref collant parfaitement avec l'atmosphère dégagée par les groupes précédents.

Au final, une compilation qui est certes loin d'être indispensable mais qui devrait intéresser tous les aficionados de la musique new yorkaise de cette période et les curieux en général.



Extrait d'un concert de Defunkt jouant le morceau Avoid the Funk datant de 1981 live au Berlin Jazz festival

Mercenary for justice - Don E. FauntLeRoy (2006) | Out For Kill - Michael Oblowitz (2003)

Enchainer deux films des années 2000 avec Steven Seagal, telle était la mission dangereuse du préposé docteur à la chronique. Une mission risquée mais non dénuée d'intérêt pour l'amateur.

Commençons notre périlleux périple par le dantesque Mercenary for justice. Enfin dantesque, c'est vide dit. Point de nanar des familles, mais plutôt un gros navet pur jus (comme c'est souvent le cas chez l'ami Steven). Voici Steven chef d'un commando de mercenaires. En 2006 ? Qui peut y croire encore ? Autant dans Ultime décision (ou  le seul film qui arrive à faire arracher des larmes à ses fans, Steven se sacrifiant au bout d'une trentaine de minutes), sa carrure athlétique faisait encore illusion, autant désormais, même son regard trahit sa nature bovine. Terrible. Ne pas s'étonner dès lors de le voir surtout jouer du fusil mitrailleur, sa majesté n'étant pas d'humeur à casser les membres inférieurs des méchants qui oseraient croiser son chemin. Le strict minimum syndical.


Entombed - Wolverine Blues : Death ‘n’ Roll Attitude (1993)

1990, une bande de gamins suédois jettent un pavé dans la mare. Premier méfait d'Entombed, Left Hand Path, enregistré l'année précédente, redéfinit d'un seul trait le métal extrême européen, créant par la même occasion à la fois un nouveau son et initiant une nouvelle scène. Alternative crédible à la vague death metal floridienne naissante, tant au niveau des structures que du son (création des désormais fameux studio Sunlight), les cinq scandinaves allaient marquer durablement la décennie.

Révolutionner un courant musical quand l'âge moyen des protagonistes dépasse de peu celui de la majorité, l'étiquette aurait pu être dure à porter. Deux possibilités s'offraient aux suédois : creuser le même sillon jusqu'à la caricature, ou aller de l'avant afin d'éviter une mort lente. Si ce genre de remise en cause peut apparaît à terme, Entombed embraye la seconde aussi vite que Left Hand Path était apparu. Une année après la sortie de leur premier album, Entombed prouve que le surplace n'est point de mise et enregistre Clandestine, un album plus compact et technique, avec toutefois comme fil conducteur le fameux son Sunlight.

666 - Aphrodite's Child (1972)

Pour ceux qui l'ignoraient, sachez vils brigands qu'il ne faut pas réduire certaines personnes à leurs casseroles. On peut très bien vivre de nos jours en ayant une affection particulière pour les synthés bontempi et David Hasselhoff, mais il serait dommage de réduire l'interprète de Quand je t'aime à ses autres niaiseries. Ceci dit, même si Demis Roussos (car c'est de lui dont il s'agit) attire sans difficulté une sympathie toute naturelle du fait de sa bonhomie (ça doit venir du syndrome du gros barbu), vous aurez toutefois toutes les difficultés lors d'un quelconque dîner des plus mondains de convaincre votre interlocuteur (qui ne sera sans doute ni gros, ni barbu) sinon un retour en grâce, du moins un nouveau regard sur ce chanteur bassiste ventripotent hellénique. Et pourtant.

Fin 60's, les Aphrodite's Child de passage à Paris (quelques pavés volant au dessus du quartier latin...), ces derniers s'y installent et rencontrent Boris Bergman. Il leur écrit les paroles de leur premier tube Rain and Tears, viendront ensuite d'autres 45 tours comme It's five o'clock ou I Want To Live qui permirent aux quatre musiciens grecs de surfer sur la vague du patchouli pop. Mais assez rapidement Vangelis, le compositeur principal du groupe, décide de voir plus loin, et décide de composer un concept album comme il était de bon ton en cette année 1969. Histoire de ne pas suivre les aventures d'un garçon sourd et muet champion de flipper, Papathanassiou décide ni une ni deux (ni trois) de s'atteler à un projet démentiel, ô combien mégalomane, l'Apocalypse du père Jeannot (rien que ça...) sur leur prochain album, 666.

Comme pour un opéra, Vangelis demande ainsi au poète Costa Ferris de s'occuper des paroles, qui s'inspirent aussi bien de l'Evangile de Jean que de la culture des 60's (la tragédie d'Altamont, la Guerre du Vietnam, la télévision...). Pendant ce temps Vangelis va rester cloîtrer pendant 3 ans dans un studio pour écrire ce magma sonore. En plus des musiciens habituels, Demis Roussos au chant et à la basse, Lucus Sideras à la batterie et Silver Koulouris à la guitare, viennent se greffer Michel Ripoche et Harris Halikitis au sax ténor et percussions mais aussi les acteurs Vannis Tsarouchis et Irene Papas (pour une performance qui restera dans les annales). Au final, voici un album dantesque, un psychédélisme brutal (résultat d'un mauvais trip ?), du rock progressif mystique mal embouché, qui remue les tripes sans jamais verser dans les travers du style (Emerson Lake and Palmer ou les futurs albums de Yes). L'album est en effet extrêmement versatile et complexe, passant d'un morceau pop, à une plage expérimentale à de la musique traditionnelle, voire du hard-rock 70's. De même certaines personnes seraient tentées de ne retenir que le morceau Infinity pour son côté bordélique et pour la prestation d'Irene Papas (un orgasme de six minutes), mais quand bien même ce titre s'insère parfaitement dans ce concept casse-gueule, il serait dommage d'occulter la maîtrise des musiciens et l'unité de la dite oeuvre.

Pour la petite histoire, le LP eu quelques soucis de distribution. Mercury Records n'appréciant guère les divagations orgasmiques d'Irene Papas, le bébé fut dirigé vers la filiale Vertigo. De même, on demanda à Vangelis de couper les quelques minutes choquantes du joyeux disque. La morale resta sauve pendant encore un an, le disque ne sortant qu'en 1972 officiellement. Sinon commercialement, le disque fut un bouillon... étonnant, non ?


Saint Tony Williams priez pour nous

Décidément on va penser que je passe mes journées à Delft à regarder la TV... (et attendez de voir la prochaine chronique). Dimanche matin, en attendant la messe, je suis tombé sur une de ces délicieuses publicités que seul le cable ou le satellite peuvent nous offrir, à savoir les compilations proposées par Timelife. Mais petit rappel des faits, ouvrons la boîte à souvenirs! (mode journal intime mode ON) A l'époque où j'avais droit de me délecter des programmes télévisuels en provenance du satellite ASTRA (raaaaaah les bonnes émissions de variété allemande, le téléachat US doublé en allemand (mmmh le Chef Tony et ses supers couteaux, "là voyez vous ça sert à rien (juste à épater la sauterelle à l'oeil vitreux et au sourire "ultrabrite" qui lui sert de complice) mais avec ce couteau je peux trancher une boîte de conserve" (j'avais l'air moqueur envers la potiche blonde (le premier qui me sort que c'est un pléonasme n'a qu'a voir les programmes de la Rai pour se persuader que la greluche qui sert de faire valoir pourrait tout aussi bien être brune, ce qui pour une italienne semblerait plus facile à trouver j'en conviens) mais cette dernière était tout sauf malpolie, une vraie professionnelle, appelons la Cindy, puisqu'elle n'a à aucun moment voulu casser la baraque à notre chef cuistot américano-italien de seconde zone, et lui avouer que pour ouvrir une boîte de conserve, il aurait été plus judicieux d'utiliser un ouvre-boîte... sauf que dans ce cas, ses couteaux il les met où notre Tony s'il ne peut même pas les refourguer à la ménagère germanique?).

Bref, à cette époque je savourais déjà les délices des réclames pour les compilations Timelife, en particulier celle qui étaient présenté par mon ami Bobby Vinton, l'immortel interprète de Blue Velvet. Et comble du bonheur, ce dimanche matin (en attendant la messe je vous le rappelle), je suis tombé sur la même mise en scène surannée (mais sans les bougies, la cheminée et le piano cette fois ci, dommage...). Pour se faire, vous prenez un ancien chanteur prêt à cachetonner pour n'importe quoi, une greluche (encore! bah oui je sais bien mais j'y suis pour rien moi, je ne fais que reporter les faits) qui va nous jouer à la fois sa fan et servir de passe-plats car il va falloir la vendre la tambouille, et c'est pas gagné, va y'avoir du taf! Les dites compilations suivent toujours une thématique pré-établie, pour Bobby, nous avions droit à un florilège des chansons romantiques des 50's-60's, et aujourd'hui et bien une spéciale "power ballads" made in 70's-80's, en résumé quand le rocker (tatoué ou permanenté, rayez la mention inutile) se fait romantique (méééeuh partez pas tout de suite!).

Avant de débuter ce pathétique réquisitoire (et inutile?), rien que la mention "power ballads" mériterait à elle seule la rédaction d'un mémoire... à voir dans un prochain post si Alzheimer ne m'atteint pas encore. Ainsi donc, en espérant d'avoir réveillé la curiosité de quelques lecteurs, vous vous demandez tous (je met au pluriel, je mise sur au moins deux personnes... soyez chic quoi) mais après Bobby Vinton, qui Timelife a choisi pour nous vendre cette compilation indispensable et abordable (80 euros les 150 chansons, sic...). Attention... je lâche le morceau... roulement de tambours... le chanteur des célèbres: REO Speedwagon of course!!! (bon avec la photo c'était plus facile, d'ailleurs je ne sais même pas s'ils ont eu droit à vendre leur soupe dans notre jolie(?!) contrée ces yankees).

Bref, tout est l'avenant après ça. Quand vous avez un "has been" qui fait la réclame pour une compilation invendable (même le grand Pierrot se casserait les dents c'est vous dire), à quoi pouvons nous nous attendre en terme de chansons proposées? Réponse: au meilleure du pire du rock FM anglophone de ces deux décennies. Alors pour changer, étant donné qu'à l'origine ce genre de compil est destinée aux publics américains on a droit à tous ses groupes qui bien qu'ayant eu une carrière longue ne sont finalement reconnus que par un tube, ouvrez votre porte-monnaie pour entendre Kansas, Boston, Chicago, Styx (ça me rappelle un épisode de That 70's Show ) ou REO Speedwagon (vous doutiez qu'on échappe à eux sérieusement?). Enfin je dis ça, les demoiselles sont aussi à l'honneur, toi le ou la fan de Bonnie Tyler, Pat Benatar ou Elton John (oui elle est facile et de mauvais goût...) régalez vous! Le pire c'est que cette publicité doit durer dans les quinze minutes, les cochons vous passent en boucle en effet les mêmes extraits de chansons (bien calés sur le refrain, histoire de pas louper le coche) et histoire d'en remettre une couche, on a droit à l'intervention de comédiens (oui je sais, allez peut-être que ce sont des vrais gens comme dans les micros trottoirs de JP Pernaut) pour nous assurer de la qualité du truc. Au bout de 5 minutes, la bave (ou un rire nerveux ou choix) commence ainsi à apparaître, mais comme tout bon produit toxique, c'est à la fin qu'on savoure le plus la chose... Un peu de courage que diable!

Vous aurez compris, ne pas s'attendre à des grands noms dans la compilation, ça doit pas rentrer dans le budget de nos amis... Une chose est sure, la chanson d'aujourd'hui (issue de leur premier album) ne fait pas partie de la dite compilation (remarquez ça fait partie des rares chansons que j'apprécie des toxic twins). Et puis en épilogue, je tiens à signaler qu'à cause d'eux j'ai aussi loupé la messe (crédible?).


en bonus: Bobby Vinton - Blue Velvet

Qui veut sentir mon gant?

Y'a quelques temps, je m'étais amusé à inclure dans un billet à but totalement lucratif (par moment il ne m'en faut pas beaucoup en matière d'amusement, je concède, ceci dit ces temps ci ma bonne dame, hein bon... enfin je me comprends...), la fausse photo promotionnelle des non moins artificiels Spinal Tap pour leur nouveau album au titre qui sent bon la sueur, le mâle, le vrai, avec des poils, bref Smell My Glove.

Je ne me lancerai pas dans la chronique complète de ce film (ma rigueur m'en empêcherai voyez vous, n'ayant vu que la seconde moitié du faux documentaire de Rob Reiner), mais il est à noter tout de même que toute ressemblance avec des groupes de heavy metal qui ont sévit dans les 70's-80's et qui continueront à sévir lors des prochaines décennies est plus que judicieuse (des noms, des noms! ... patience!). Ce qui est assez marrant c'est qu'à la sortie du film en 1984, les toxic twins (Steven Tyler et Joe Perry d'Aerosmith surnommés aussi affectueusement les "avions renifleurs"...) qui étaient bien dans le creux de la vague (allez les gars encore deux ans avant le retour en grâce par Run DMC) se sentir visés par cette pochade. Pas parano nos deux gaillards. Pourtant..
.

Disons que cette fausse tournée de reformation d'un groupe britannique de hard rock qui accumule les galères en plus d'être filmé sous l'oeil de la comédie, pointe les travers et autres caricatures de ce mouvement musical. Petite déception tout de même, j'aurai aimé voir un peu plus de cuir ou l'arrivée d'une moto sur scène (oui je suis fan du look de Judas Priest), mais ne gâchons pas notre plaisir, on a droit à un moustachu qui porte virilement la peau de bête (Manowar poussera le concept encore plus loin puisque ces derniers penseront à huiler leurs corps de mâles... MMMMmmmmmmhhhhhhhHHHH). Puis pour les décors de scène, une mention spéciale pour les faux cocons (quand ils veulent bien s'ouvrir) ou la scénographie en hommage à Stonehenge (deux nains qui dansent autour d'une pierre de 45 cm de haut...ridicule? pfff mééé non c'est la magie celte!). Sur ce point, ça m'a fait penser aux décors gigantesques utilisés par Iron Maiden lors du World Slavery Tour (inspirés par l'Egypte Antique avec momie de 3 mètres de haut qui se balade lors du morceau Powerslave) ou pour leur tournée en support à leur disque Seventh Son of the Seventh Son (cette fois ci la scène ressemble à un immense glacier). Bref vive la démesure... sauf que chez nos amis les Tap, ça sent le sapin, faute de moyens... L'amateur de black metal pourra toujours émettre quelques réticences, on peut très bien avoir une scénographie attractive avec peu de moyens. Il est vrai que certains scandinaves n'hésitent pas à cracher du feu (Immortal), empaler des têtes de cochons (Dark Funeral) ou le fin du fin, mettre à disposition de son public quelques rats morts (certifiés AOC je précise) en tête de gondole (qu'on hésitera pas à balancer en fin de set dans le public).


Pour finir mention spéciale aux solos joués par l'un des guitaristes, qui en plus de jouer dans la catégorie prisée des branleurs de manche (une espèce qui est loin d'être en voix de disparition dans le heavy metal classique), réussit à jouer simultanément sur une deuxième guitare avec ses bottes mais aussi et surtout, se sert d'un violon comme archer (oui parce que Jimmy Page n'a pas poussé le concept assez loin, quel petit joueur ce Jimmy...)
.

Tricky: Paranoia is the key

Dernier post avant une nouvelle expatriation. Et quoi de mieux que du Tricky pour sonder mon humeur du moment.

Après des débuts prometteur chez Massive Attack, Tricky Kid sort en 1995 son fameux Maxinquaye, disque phare de ce qu'on appellera trip-hop. Ce premier album en dépit d'être une des meilleurs créations de son auteur n'était finalement que le premier chapitre des peurs de Tricky. On ira jusqu'à dire que Maxinquaye est le disque le plus lumineux (enfin le moins sombre) de Tricky première période (le Tricky junkie en somme). Ses albums à venir étant en effet de plus en plus épais, rampants, malsains, sombres avec en point d'orgue l'étouffant Angels With Dirty Faces (si je vous dis que ce dernier est mon préféré, ça vous étonne?).

Ainsi un an après Maxinquaye, sort déjà son troisième LP Pre-Millennium Tension, album gentiment paranoïaque s'il en est, mais pas seulement. L'album fut enregistré en partie en Jamaïque au Grove Studios, du coup forcément, ce périple va influencer son écriture tant au niveau des paroles que musicalement. On ne sort pas en effet impunément "Here comes the Nazarene, look good in that magazine, Haile Selassie, they look after I" (Tricky Kid). De même comme son nom peut l'indiquer Ghetto Youth n'est autre qu'un ragga (à la sauce Tricky!). Et puis les habitués du petit bonhomme, en dépit d'écrire des albums de moins en moins accessibles, pourront toujours avoir quelques repères telle que la participation de la chanteuse Martina Topley-Bird comme sur le chatoyant Makes Me Wanna Die. Et puis les amateurs d'ambiance torturée devrait aussi trouver leur quota quotidien de noirceur, Vent, chanson ouvrant le LP étant un agréable hors d'oeuvre.

Au final un bon album de transition avant le cauchemardesque Angels With Dirty Faces.


Tricky - Christiansands

Cheval-Mouvement: le 1er Burger solo

Prouvant une fois de plus (encore que je n'avais point besoin d'une autre preuve de mon délabrement moral) que je suis bien à la ramasse ces temps ci (et vous ne subissez pas mes lamentations égocentriques nocturnes), j'ai appris en début de semaine que Rodolphe Burger venait de sortir un album solo. Certes, pas de quoi faire tourner les serviettes pour le commun des mortels, n'empêche le petit noyau d'admirateurs qui gravite autour du bonhomme a du se sentir plutôt soulagé.

Dix ans qu'on attendait un nouvel album solo, ce n'est pas rien. Cela dit, cette décennie fut loin d'être vide artistiquement... au contraire! Rodolphe a simplement multiplié les collaborations (James Blood Ulmer, Alain Bashung, Olivier Cadiot...), fondé une maison de disque, Dernière Bande, produit nombres d'artistes via son label (Fred Poulet, Alain Bashung, Chloé Mons, Jeanne Balibar...) ou pas (Jacques Higelin, Françoise Hardy). Et voici que No sport fait enfin son apparition. Mais aujourd'hui, pour changer, on va regarder dans le rétroviseur et s'intéresser au premier effort de Rodolphe Burger, lorsque ce dernier faisait encore parti du groupe Kat Onoma.

En 1993 Burger enregistre ainsi à Bruxelles son premier album solo Cheval-mouvement. LP qui se distingue des précédents efforts de son groupe (en particulier l'excellent Billy the Kid), ce dernier étant profondément minimaliste et principalement acoustique. L'une des forces du disque provient de son ambiance crépusculaire (The Shape of the Ground ouvrant l'album) appuyé par la belle voix grave de Burger. De même, en disant plus haut que Cheval-mouvement était majoritairement acoustique, ceci ne signifie pas que Burger suit la grammaire folk classique, ce qui sur le fond pourrait le rapprocher d'un Will Oldham alias Bonnie "Prince" Billy. De même, Burger n'oublie pas de brancher les amplis, histoire d'ajouter quelques couches de distorsions (Sing).

Au niveau des textes, les habitués de Kat Onoma ne seront pas non plus déstabilisés puisque Burger chante sur des textes d'Olivier Cadiot, Thomas Lago ou Jack Spicer. De même, comme il nous le prouvera sur ces prochains LP solo, nous avons droit à une reprise, et en attendant celle des Stones sur Meteor Show, Burger s'attelle à un des classiques de l'Iguane Iggy Pop, The Passenger (à noter que la vidéo d'aujourd'hui propose un rendu plus électrique que la version de l'album). Et puis il faut aussi noter que la chanson qui donne son nom à l'album en plus de faire parti des meilleurs créations de son auteur, n'est pas sans rappeler l'approche d'un John Coltrane via son My Favourite Things, Burger sur ses prochains disques n'hésitera pas ainsi à la ré-écrire totalement.

Cronico Ristretto : Breeding of Mind - O'Donel Levy (1972)

Présenté précédemment lors du premier volet des Funky front covers, les premiers habitués se souviendront peut-être de l'album Everything I Do Gonna Be Funky, du moins de sa pochette et de sa non moins mémorable paire des fesses couvées par de chaleureuses mains protectrices. Deux années auparavant, l'auteur de cet attentat fessier signait Breeding of Mind, qui à défaut d'émoustiller le regard, flattait les oreilles des amateurs de jazz funky.

Contrairement au disque précité, la pochette de cet album se veut sobre, ce qui ne l'empêche pas d'être terriblement groovy et chaleureux. Pour se faire O'Donel travailla avec le talentueux arrangeur Manny Albam (qui a sur son CV tout de même des collaborations avec Stan Getz, Count Basie ou Dizzy Gillespie). En suivant le canevas du jazz funky (très populaire à cette époque), ces derniers s'inspirèrent de diverses influences dont la pop baroque, mais également une production soul qui n'est pas sans rappeler les disques enregistrés par le label CTI.

Degradation Trip - Jerry Cantrell : post Alice in Chains year zero

Deux mois après la mort de Layne Staley, son ancien camarade de jeu d'Alice in Chains, Jerry Cantrell, sortait son deuxième effort solo. Or bien que l'album fut écrit avant le décès de Layne, en connaissant un peu le dossier AiC, il est vrai que plus grand monde se faisait d'illusion sur une quelconque « reformation » du groupe de Seattle. Dès lors pour l'admirateur d'un Would ? ou d'un Grind, à défaut d'être considéré comme une nouvelle véritable offrande, ce nouvel LP du compositeur principal d'AiC pouvait décemment faire office de madeleine.

Premier point au crédit de Degradation Trip, et contrairement à son précédent effort solo, Boggy Depot, Jerry s'entoure d'un véritable groupe avec des musiciens qui ont fait leur preuve à savoir Mike Bordin (ex-Faith No More) et Robert Trujillo (ex-Suicidal Tendencies, ex-Infectious Grooves et futur Metallica). Mais qu'en est-il du songwriting ?

Deuxième bon point à l'écoute du disque, Cantrell semble s'être fait plaisir, le monsieur passant en revue ce qu'il sait faire de mieux : du riff bien gras et poisseux à la ballade acoustique (sans forcément conter fleurette et sortir son petit bouquet d'églantines sur une quelconque colline).

En guise de hors d'œuvre, le LP s'ouvre sur Psychotic Break, titre efficace prouvant et rassurant sur sa capacité à encore composer des chansons au charme trouble. Avis qui se prolonge sur le rampant Bargain Basement Howard Hughes. Mais le constat reste par moment cruel, la voix d'ange déchu de Staley fait malheureusement défaut sur Spiderbite. L'un des points forts d'AiC était justement cette balance juste et fragile entre cette voix écorchée et les mélodies de Cantrell. Ne boudons cependant pas notre plaisir, car si reproche il y a, ce manque se distingue davantage sur les chansons les plus tordues de l'album. Angel Eyes est à ce titre parfait avec son refrain accrocheur.

A défaut d'avoir écrit un chef d'œuvre, Cantrell nous propose donc un album agréable, loin d'être transcendant mais qui contient tout de même plusieurs chansons excellentes. Très peu de déchets pour un album dont on  n'attendait finalement pas grand chose. Certes Cantrell aurait pu réduire le nombre de titres : du dispensable Mother's Spinning in Her Grace, au champêtre Give It A Name, en passant par la terrible faute de goût She Was My Girl. On s'amusera par contre de l'hommage déguisé à Peter Frampton sur Locked On...

Contrat rempli.




Funky front covers

Histoire de nous dérider un peu avant le week-end (ou en attendant la mort, c'est une question de point de vue), j'en profite pour lancer une nouvelle rubrique dans ce blog, à savoir intéressons nous de plus prêt à quelques pochettes méconnues qui feraient encore leur petit effet si elles sortaient de nos jours.

Pour ramener du people, il existe un terme porteur, non pas le sexe bande de pervers, mais bien sur, la musique funk (rah la feinte de la mort qui tue sa race).


Pour débuter voici donc (de gauche à droite), la pochette du groupe the Fatback Band, Night Fever sorti en 1976. Les connaisseurs pourront constater qu'on reste en terrain connu, la pochette du précédent LP, Yum Yum (tout est dans le titre) nous faisait en effet voir une jolie demoiselle s'amusant avec une sucette et portant un T-Shirt fortement humidifié... Cette fois-ci, en émettant l'hypothèse ô combien courageuse, qu'il s'agit toujours de la même demoiselle, on constatera que cette dernière reste toujours autant mouillée... C'est une question de feeling dirons nous... Sans doute la formation de funk se posait des questions sur les méfaits du body painting...

Anthony Hamilton: Soul man

La semaine dernière je faisais amende honorable, décevant encore un peu plus les amateurs de tripes et autres boucheries sonores (ceci dit, z'avaient qu'à aller sur mon autre blog...). Et bien aujourd'hui, je vais vous confier que décidément l'amateur de terrorisme sonore n'est pas à la fête ici mais qui plus est, l'auteur de ses lignes eu une grave désillusion hier en faisant quelques recherches sur la toile.

Depuis le temps que ça trottait dans mon crâne de piaf, j'ai décidé que je devais enfin chercher la réponse à une question que l'humanité avait trop longtemps ignoré. Réponse qui au cas échéant pourrait empêcher l'extinction de bon nombre d'espèces animales, et permettre de résoudre enfin les problèmes d'impuissance que connaît la population mâle de l'Extrême-Orient. Bref, le suspense est à son paroxysme, attention je lache le morceau... L'échalote est elle aphrodisiaque?

Et bien comme pouvait le laisser supposer ma réaction au début de ce post, je dois malheureusement vous annoncer qu'aucune étude ne démontre un quelconque pouvoir de la part de cette sympathique alliacée sur les corps caverneux de la gente masculine. Bref, la poudre issue de cornes de rhinocéros, d'os de tigre ou autre bile d'ours et soupe de nids d'hirondelles (pour les plus fortunés vous avez aussi la soupe de pénis de tigre) ont encore de beau reste... C'est ballot tout de même, cultiver des échalotes restait moins dangereux et plus facile, bref amère déception n'est il pas?

Après cette introduction, une fois de plus tirée par les cheveux (le pire c'est qu'on m'y encourage), quoi de mieux comme transition qu'un peu de musique sensuelle (si je n'avais pas encore perdu les quelques bouchers durant l'intro, clair que cette fois ci, ils vont disparaître). Bref, petit coup de projecteur sur un chanteur de soul qui finalement est surtout connu aux USA, et c'est bien dommage, réparons donc cette injustice (à défaut de résoudre les autres problèmes).

Les quelques habitués du blog savent que j'apprécie fortement Bill Withers, or il y a quelque temps j'eu la chance de découvrir un artiste qui fut présenté comme le pont manquant entre l'interprète de Hope She'll Be Happier et Bobby Womack (remember Across 110th Street la chanson qui ouvre Jackie Brown de Tarantino). Bref Anthony Hamilton mérite t'il ces comparaisons flatteuses?

Avant de répondre, il faut déjà noter que le garçon a collectionné quelques revers. Après avoir quitté Charlotte pour rejoindre NYC en 1993, Hamilton signe pour le label Uptown Records. Mais son premier LP ne sortira jamais, le label ayant mis la clé sous la porte... 3 ans après sort enfin son album XTC signé chez MCA, LP apprécié par la critique, mais qui ressemble encore au début d'une traversée du désert, puisqu'il lui faudra attendre encore 6 ans pour sortir un nouvel album solo. Entre temps, Hamilton se fait reconnaître par ses pairs et collabore ainsi avec D'Angelo lors de sa tournée, le "Voodoo Tour" en 2000. A noter qu'à cette époque, Hamilton avait signé avec le label Soulife, mais cette fois ci encore, son album n'a jamais eu droit à une sortie... le label faisant faillite (on appelle ça, la lose?).

Enfin bon la roue va plutôt tourner en son sens ensuite, après une nomination pour un Grammy pour sa collaboration avec le groupe Nappy Roots en 2003, Hamilton signe pour le label So So Def. La même année, il collabore avec le RH factor de Roy Hargrove sur son fameux Hard Groove où ce dernier fait appel à la crême de la soul contemporaine (Erykah Badu, D'Angelo...). Aux dernières nouvelles, un nouvel album devrait sortir prochainement. Au final, le père Hamilton méritait il ces comparaisons? Au regard du passé, et de la production actuelle, on peut effectivement admettre que tout ceci est finalement tout sauf putassier. A découvrir pour les amateurs de soul contemporaine.

Aujourd'hui un extrait sonore, Fallin in Love Again, et une vidéo, Magnolia's Room, issus d'une compilation, Southern Comfort, datant d'Avril 2007 qui permit à l'artiste de sortir des chansons rares ou inédites (vu les déboires qu'il a eu, certain qu'il doit en avoir pas mal encore sous le coude...).



The Thing - John Carpenter : Who Goes There ?

"We found something in the ice... we found something... we found something..."

En 1982, le box office a fait des yeux doux à un extra-terrestre qui contrairement à la majorité des immigrés (enfin l'image négative véhiculée par ces derniers, à croire qu'on quitte son pays natal le cœur léger) veut rentrer à la maison (remarquez vu le prix du coup de téléphone en PCV qu'il vient d'infliger à ses nouveaux amis, pas étonnant que la demie portion veuille retrouver ses pénates en passant). Bref, tonton Steven avait de nouveau cassé la baraque avec sa vision "Oui-Oui est un alien". Du coup, les vrais réalisateurs, ceux qui en ont dans le pantalon, et qui pensent fièrement que tout ce qui vient d'ailleurs est une menace, ont pris un bouillon au box office cette année là.

Cependant John Carpenter ne fait pas parti heureusement de cette catégorie: réalisateur réactionnaire, ce qui n'empêcha pas un succès très mitigé à sa sortie de son nouveau long métrage en 1982, The Thing. Certes, comme je le laissai supposer, sa vision en surface du thème de l'"alien from the space" allait à cent lieux de celle du gentil ET (encore que deux années après, Carpenter réalisa Starman...) et il faut croire que les masses n'avaient pas envie à cette époque de jouer avec ses propres peurs.

Papayou en deuil

Quoi qu'est ce que j'apprends? Jean-Chrysostome Dolto vient de mourir d'un cancer foudroyant! Petit rappel des faits, enfin disons plutôt remettons en ordre les premiers souvenirs que j'ai du garçon dans un premier temps.

Je crois que le premier véritable souvenir que j'ai de Carlos c'est son look bon enfant en provenance d'une quelconque île paradisiaque: une barbe fleurie, une chemise hawaïenne (ceci dit dans ce cas présent je garde une préférence pour Thomas Magnum) et une dégaine de bon vivant. Je me souviens aussi que dans les années 80 on voyait Carlos faire la réclame pour une boisson à base d'orange avec le fameux jingle "Oasis, Oasis, c'est bon, c'est bon". Quoi de mieux pour faire vendre ce breuvage une tête de gondole que les gamins apprécient (après tout y'a bien une chaîne de restauration rapide qui a demandé à un décérébré de TF1 de faire de la pub pour son tout nouveau burger, qui portait le nom du guignol au passage... savent brosser dans le sens du poil les responsables marketing).

Maintenant, il serait dommage de retenir que ces bribes, car finalement ce qu'on retient de Carlos ce n'est pas son amour pour la pêche au gros, mais sa carrière de chanteur. Celle ci débuta par un duo avec Sylvie Vartan, Deux minutes trente cinq de bonheur (à l'écoute du bousin, je me demande ce qu'ils ont pris pour oser annoncer un truc pareil...). Heureusement, par la suite Carlos gratifia la France franchouillarde de quelques hymnes durant les 70's et 80's. Bref Patrick Sébastien lui doit tout, avouons le!

En allant sur le site Bide et Musique et en tapant Carlos, vous pourrez voir le nombre élevé de chansons qu'a pu faire le bonhomme... 46! Et j'ai honte de le dire, mais je n'en connais même pas la moitié... trop zaraf! N'empêche, les nostalgiques du 1D20 se souviendront la larme à l'oeil des Tout nu, tout bronzé ("on fait trempette chez les mouettes...", du Tirelipimpon et de son délicat refrain ("Tirelipimpon sur le Chihuahua, Tirelipimpon avec la tête avec les bras, Tirelipimpon un coup en l'air un coup en bas, Touche mes castagnettes moi je touche à tes ananas!") ou du fameux Papayou (la vidéo du jour).

Salut l'artiste!


My Dying Bride: Le chant du cygne

Pour le retour (momentané?) du blog, quoi de mieux qu'un peu de musique guillerette? Et les joyeux bardes britanniques en provenance d'Halifax que sont My Dying Bride font partis des chantres de la musique festive à forte valeur ajoutée métallique...

Formé en 1990 avec en leur sein le chanteur (neurasthénique?) Aaron Stainthorpe, les guitaristes (cyclothymiques?) Andrew Craighan et Calvin Robertshaw et le batteur (bipolaire?) Rick Miah, MDB (pour les intimes) fait parti comme je l'avais souligné dans un post précédent des réformateurs du doom metal issu de la scène death de la Perfide Albion. Après une démo désormais culte Towards the Sinister (chansons qui seront rééditées ultérieurement sur les compilations Meisterwerk 1 & 2 ou l'indispensable Trinity), le combo va sortir son premier EP sur le tout jeune label français Listenable, God is Alone. Le buzz commençant à se faire sentir au niveau de la scène underground (le EP étant rapidement sold out), MDB signe sur le label anglais Peaceville.

Enregistré en 1991 mais sorti en mars 1992, le tout nouvel EP Symphonaire Infernus et Spera Empyrium (avec désormais un certain Adrian Jackson au poste de bassiste) s'impose déjà comme une pièce incontournable de la nouvelle scène doom metal. MDB a en effet un atout maître, un nouveau membre, Martin Powell, de formation classique faisant office de violoniste. Cet apport va permettre ainsi au combo d'accentuer la tristesse, le romantisme noir qui feront la marque de fabrique ( l'AOC en quelque sorte) du sextette britannique. Ceci dit, le groupe étant encore à ses jeunes années, ce dernier n'a pas encore totalement digéré l'influence du death metal. Certains titres comme De Sade Soliloquay ont encore une rythmique ou des blasts typiquement issus du death... et c'est sans compter aussi la présence certes minoritaire d'un ou deux solos de guitare.

Ce qui devait arriver, arriva...1992 voit aussi la sortie du premier LP de MDB, As the Flower Withers. Tout comme sur l'EP précédent, le groupe se cherche encore, et alterne les ambiances morbide plus ou moins lente (la future voie du groupe donc) Sear Me, The Bitterness And The Bereavement, les brûlots The Forever People, Vast Choirs voire un mix des deux The Return of the Beautiful.
En ce lundi, je vous propose une vidéo live de Sear Me.



Un peu de poésie pour débuter l'année

Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par un petit bilan de mes stats, à savoir parmi les mots clés utilisés quels sont ceux qui flatteraient ma perversion (supposé). Je note que la "soupe à l'oignon" ramène pas mal de monde, 5 personnes! Vous me direz, où est la perversion, la dedans? A vrai dire, j'en vois pas, mais disons que faire des recherches sur la dite soupe à l'oignon et atterrir sur mon blog m'a quelque peu surpris! D'autant plus que je n'ai pas souvenir d'avoir déjà évoqué ce sujet (ah si le 9 mars dernier...).

Bref recentrons le débat: de la fesse, de la fesse... et encore de la fesse! Ainsi j'ai eu droit à ces divers mots clés, régalez vous, ça se passe de commentaire (encore que...) : "africaine porno", "baise punk", "bondage vierge", "changer de sexe par la magie", "clips punitions au fouet", "décolletés osés", "docteur baise", "docteur paillard", "sex ultra gore", "blog sexe extrême", "ode au sadomasochisme", "sex cul vierge", "vierge découvre orgasme"...

En remerciant au passage tout de même ces internautes lubriques (ou curieux!), voici une chanson au titre tout aussi évocateur Cocks 'N' Asses. Morceau sorti à l'origine en guise de face B au single de The Weeping Song de Nick Cave & the Bad Seeds en 1990. Titre qui a la particularité d'être un instrumental (excepté quelques râles de Cave) et de comporter une boîte à rythme guidée par Victor Van Vught, Cave jouant du piano et Harvey à la guitare.

A l'écoute de la chose, on comprend finalement que le morceau fasse office de face B, pas mauvais en soi, le côté artificiel de la drum machine expliquant en partie la non présence du titre sur l'album The Good Son. Ceci y'a pas de quoi non plus casser des briques non plus... Un morceau d'ambiance plus ou moins malsaine qui prouve une fois de plus l'intérêt des faces B, permettre à l'artiste de tester des nouvelles formules qui n'ont pas leur place sur un album.

1987: bilan d'une année musicale

Non parce que bon, qui dit fin d'année, dit bilan toussa... Du coup tout le petit monde fermé des blogueurs va nous pondre (enfin je dis ça, tous les vendeurs de papier vont faire de même) son best of de l'année 2007. Refusant de faire comme tout le monde, histoire de faire mon intéressant et ayant une réputation de c****** à tenir (encore que ces derniers temps, ça serait plutôt une réputation de psychopathe), voici donc non pas un bilan forcément subjectif de l'année musicale passée, mais plutôt un petit coup de rétroviseur sur l'année 1987 (tout aussi subjectif en passant puisque je ne retiens que ce que je veux! sinon allez sur wikipedia et me bavez pas sur les rouleaux).

Déjà comme on peut le laisser supposer, nous situant dans les 80's, aucun album des anciennes gloires des 70's n'a réussi à créer quelque chose qui marquera les esprits. Dans les demi-surprises, Carlos Santana sortira un Blues for Salvador honorable hormis cette satanée production made in 80's... Pour le reste, Bowie nous gratifie de Never Let Me Down, Neil Young de Life et le Pink Floyd de David Gilmour d'A Momentary Lapse of Reason... Bref merci pour ce tiercé gagnant, mais ça sent le sapin.

Pour continuer dans le mauvais esprit, j'ai voulu regarder parmi les grands succès de cette année (ouais là je fais mon snob...), bah là aussi c'est du bon, on retiendra Los Lobos et leur La Bamba et Rick Astley et son fumeux Never Gonna Give You Up (à froid je ne me rappelais pas de ce truc... après un passage éclair via deezer, j'ai compris ma douleur... Je connais ce machin qui attaque méchamment les neurones!!). Sinon il parait que U2 aurait cassé la baraque avec un With or Without You issu d'un certain The Joshua Tree, mais moi ça me dit rien (mauvais esprit mais aussi de mauvaise foi...).

1987 rime surtout avec l'apparition de deux classiques du rap (les vieux comme moi n'oublieront pas d'ajouter la mention "old school"...), à savoir le Paid in Full d'Eric B & Rakim (ce dernier ayant un flow d'une "coolitude" exceptionnelle) et le premier méfait de Public Enemy Yo! Bum Rush the Show. Au rayon musique groovy, difficile aussi de faire l'impasse sur le Sign 'O' the Times du nain pourpre, qui même si personnellement la production datée fait partie des points faibles du disque de Prince, reste parmi les plus belles réussite de la pop des 80's. Au rayon funk à vocation plus punchy et histoire de rajouter une couche sur l'autel de la snob attitude, on écrasera une larme sur le dernier album enregistré par Hillel Slovak (et accessoirement le dernier album des Red Hot Chili Peppers qui m'intéresse, quel snob je fais).

En parlant de musique punchy, ceci me permet de faire le lien sur ce qui fut une bonne année en matière de musique pop/rock à forte valeur ajoutée en saturation et assimilés. 1987 voit ainsi l'émergence des Pixies avec leur premier LP Surfer Rosa mais aussi les confirmations avec les seconds albums des Jesus & Mary Chain, Darklands, ou celui des Hüsker Dü, Warehouse: Songs and Stories. Du côté de NYC, la bande à Thurston Moore n'est pas en reste puisque Sister, second volet d'une trilogie entamée l'année suivante par Evol, est l'un des meilleurs albums enregistrés par Sonic Youth. De même, Jello Biafra and co offre, en 1987 en guise de conclusion à une des meilleures formations punk US qui soient, les Dead Kennedys, une excellente compilation gavée d'inédits, Give Me Convenience or Give Me Death. Et puis après la causticité des textes de Jello, ne pas oublier aussi les fous en provenance du Texas, les classieux Butthole Surfers et leur Locust Abortion Technician, un album qui mixe allégrement le punk, le rock psychédélique, des rythmes déconstruits et quelques riffs métalliques (si à la lecture de ceci vous vous dites que ça annonce Mr Bungle, vous n'avez pas tord!).

Le niveau de virulence ayant monté d'un cran, intéressons nous à ce qu'il convient d'appeler la musique des jeunes qui voudraient se faire passer pour des méchants... Finalement, on serait tenté de dire que 1987 fut une petite année comparée à 1986. Faut dire que lorsque la même année, on nous gratifie d'un Master of Puppets et d'un Reign in Blood, difficile s'il en est de faire aussi bien. Néanmoins, il reste encore quelques petites rognures à grignoter, et non des moindres pour l'amateur de musique extrême! A commencer déjà par la première véritable pierre angulaire du death metal, le premier album de Death, Scream Bloody Gore, et aussi le premier monument du grindcore par les jeunots de Napalm Death, Scum. On soulignera aussi l'album des suisses Celtic Frost, Into the Pandemonium, avec la fameuse pochette issu d'un tableau de Jérome Bosch. Album qui à défaut d'avoir franchement bien vieilli, montre que l'on peut être l'un des pères du black metal et s'intéresser au gothique ou à l'électro.

La transition est donc toute choisi pour cette partie, vous l'aurez deviné! 1987 présente ainsi le premier chef d'œuvre du duo Gerrard/Perry à savoir Dead Can Dance et leur fabuleux Within the Realm of a Dying Sun, une œuvre intemporelle. Du côté de chez les allemands aussi les musiques nouvelles ont le vent en poupe puisque les papes de la musique industrielle, Einsturzende Neubauten, nous gratifie d'un Fünf Auf Der Oben Offenen Richterskala mémorable, plus implicite, plus froid et mélodique. En guise de mélodie et d'électro/pop, 1987 voit l'ascension de plus en plus irrésistible de Depeche Mode avec Music for the Masses qui depuis leur sombre album précédent et l'apport visuel de Corbijn efface définitivement les errements des jeunes années.

Pour finir et sans transition aucune, en cette année apparait un hommage sincère à Lady Day par l'une de ses plus grandes admiratrices, Abbey Lincoln, avec son Abbey sings Billie. Au rayon jazz mainstream, Pat Metheny signe un Still Life (Talking) certes grand public mais bluffant, ce dernier ayant assimilé magnifiquement l'apport de la musique brésilienne.



Le corps et l'âme selon Trane & Lady Day

Depuis aujourd'hui, j'ai récupéré une fameuse vidéo pirate de Led Zeppelin datant d'un concert de 1977 à Seattle. Alors vous ajoutez les quelques commentaires de soutien que j'ai reçu et le concert de Page, Plant, Jones et Bonzo, ça écarte un moment mon vague à l'âme (faut être réaliste, du mal à croire que ça se ne repointe pas assez rapidement quand même...).

Bref ce concert à Seattle m'a rappelé au bon souvenir d'un disque live de Trane enregistré dans cette même ville un soir de 30 Septembre 1965. Il faut tout de même se remémorer que 1965 fut l'année riche pour Trane et son quartet. Certes, 1964 aussi, pourra me rétorquer à juste titre le connaisseur. En effet, difficile de faire l'impasse sur cette mythique année puisqu'est paru en 1964 l'un des plus beaux disques qui soit, A Love Supreme.

Or justement, que ce soit dans la famille du jazz ou d'un point de vue plus restreint, à savoir Trane et ses musiciens, il y a eu et il y aura toujours un avant et un après A Love Supreme. Maladroitement, on serait même tenté de parler de fuite en avant, Trane a découvert quelque chose de si grandiose qu'il ne peut plus reculer désormais. Aller encore plus loin, se remettre en cause perpétuellement. Dès lors, ses musiciens auront toutes les difficultés à le suivre, en particulier le batteur Elvin Jones et le pianiste McCoy Tyner, mais là je vais un peu trop vite en besogne...

Ainsi en 1965 entre les disques sortis cette année où ceux qui furent enregistrés cette même année mais qui sortiront un peu plus tard, on dénombre pas moins de 11 albums environ. Une année riche dirons nous. On retiendra son attirance pour la musique africaine sur Kulu Sé Mama (amour qu'il avait déjà avoué sur des disques précédents comme Africa/Brass en 1961) avec l'intervention du chanteur percussionniste Juno Lewis, disque qui permet aussi d'agrandir pour l'occasion le quartet de Trane et d'inviter d'autres musiciens. 1965 voit aussi naître l'autre manifeste du free jazz, Ascension, un monstre, 40 minutes de musique sans aucun compromis où chaque invité (et non des moindres: Archie Shepp, Marion Brown, Freddie Hubbard, Dewey Johnson, John Tchicai et le fils prodigue Pharoah Sanders) a droit à son espace de liberté (Trane n'y joue en effet qu'un seul solo de sax).

Mais comme je le disais plus haut avec cet amour effréné pour la découverte, les sidemen de Trane ont quelques difficultés à suivre les traces du maître. Faut dire que ce dernier est loin, très loin... Entre un Meditation en studio qui en remet une couche (Trane s'adjoint les services d'un deuxième batteur Raschied Ali) et des performances live toujours plus proche de l'abstraction, McCoy et Elvin jetteront définitivement l'éponge...

Aujourd'hui, enfin cette nuit, rapport aussi à une thématique soulevée par Thom, voici donc le titre Body & Soul joué par Trane et son quartet (plus le clarinettiste Donald Rafael Garrett et Pharoah Sanders au sax ténor) ainsi que la version intemporelle de 1940 chantée par Lady Day (là je soupire... un ange passe comme dirait l'autre), miss Billie Holiday.