Tentacules (Tentacoli) - Ovidio G. Assonitis (1977)

Le cas du réalisateur et producteur Ovidio Assonitis avait déjà été traité par le passé. Co-géniteur du hautement nanar Piranha II en 1981 [1], l'italien n'en restait pas moins au début de la décennie déjà responsable de plusieurs autres films tout aussi navrants, dont le point commun était l'opportunisme assumé de son créateur. Exploitant sans vergogne les récents succès hollywoodiens, Assonitis se fit connaitre mondialement en 1974 par sa première réalisation Beyond the Door (Le démon aux tripes) où ce dernier pompait allègrement le célèbre Exorciste de William Friedkin [2]. Trois années plus tard, l'odeur de soufre satanique cédant sa place à une horreur plus iodée cette fois-ci, le producteur né à Alexandrie revient sur le devant de la scène avec un casting géronto-étasunien, et une menace marinière prenant la forme non pas d'un Carcharodon carcharias mais d'une pieuvre géante dans (le mal nommé) Tentacules [3]...

La disparition d'un bébé, puis celle d'un vieux loup de mer nettoyant le pont de son trimaran laissent perplexe le sheriff Robards (Claude Akins) et le reporter Ned Turner (John Huston). La dernière victime, rongée jusqu'à la moelle et réduite à l'état de squelette, n'apporte aucun indice pouvant expliquer ce carnage ; nul animal connu ne pouvant réduire l'être humain à un tel état. Mais Turner trouve rapidement le coupable en la personne de monsieur Whitehead (Henry Fonda), président de la Trojan. Cette société, en charge de la construction d'un tunnel sous-marin voisin des lieux des drames, semble en effet rester bien mystérieuse et sa responsabilité apparaît de plus en plus évidente à mesure des récentes découvertes macabres. Or ces terribles évènements coïncident avec la régate à laquelle participe de nombreux enfants, dont Tommy, fils de Tillie Turner (Shelley Winters), et neveu de Ned...

Femmes en cage (Frauengefängnis) - Jess Franco (1975)

Parmi les différents sous genres qui définissent notre bien-aimé cinéma d'exploitation, le film de prison pour femmes (connu des initiés sous l'acronyme WIP pour Women In Prison) est sans aucun doute l'un des plus controversés. Une formule facile (de plus) me direz vous, mais qui cache une réalité certaine : la censure (britannique au hasard) goûta peu au libertinage lesbien en milieu carcéral, filmé, il est vrai, par quelques mâles libidineux, pour spectateurs en mal de voyeurisme et de dérives sadiques (en toc). Et parmi ses chefs de fil, faut-il s'étonner de voir figurer en première place le metteur en scène madrilène Jess Franco ? Véritable instigateur du mouvement [1] avec l'étasunien Lee Frost (Love Camp 7), ce Frauengefängnis, sept années après le séminal L'amour dans les prisons des femmes (99 Mujeres), signe de nouveau en 1975 son retour au genre après le précédent Quartier de femmes (Los amantes de la isla del diablo). Premier WIP de la fructueuse collaboration avec le producteur/réalisateur suisse Erwin C. Dietrich [2], Femmes en cage dans sa version française ne déroge pas à la règle : un long métrage foutraque au budget minimaliste pour une relecture malade. Les amateurs et amatrices du genre apprécieront.

Live report : Tindersticks à La cigale - 07/11/2012

Voir pour la première fois les Tindersticks s'annonçait une soirée riche en émotion, qui plus est à la découverte des nombreux obstacles qui apparurent lors de ce second concert parisien en support à leur dernier album, le très bon The Something Rain.

Arrivés trop tard pour apprécier les deux premiers groupes Mermonte et Daughter (laissons leur le bénéfice du doute), le préposé et sa dame eurent le loisir de profiter de la performance de la deuxième tête d'affiche de cette troisième soirée du Festival Inrocks, à savoir Lambchop... enfin subir serait plutôt le qualificatif approprié tant la formation étasunienne aura marqué nos esprits par une présence des plus pénibles, l'ambiance festive émanant des happy few offrant le seul contre point salvateur à cette purge pour cowboys neurasthéniques. Guidé par un Kurt Wagner collé à sa chaise, au morne charisme et la voix douteuse (imitant néanmoins avec un certain talent le grabataire radoteur), le set d'une heure seulement (?!) s’avéra sinon un supplice, tout du moins un passage obligé et douloureux avant l'entrée des élégants britanniques (1). Mais la soirée n'en avait pas fini avec son lot de déconvenues et de surprises...

Études sur Paris - André Sauvage (1928)

Sorti le 10 octobre dernier en DVD chez Carlotta, Études sur Paris appartient à une catégorie rare, celle d'être la seule oeuvre rescapée d'un artiste maudit : André Sauvage. Le qualificatif apparaît abusif tant il fut utilisé à tort et à raison. Pourtant, l'un des pères du documentaire d'avant-garde ou « nouvelle vague documentaire » française, ne laissa à la postérité que des bribes de sa maigre, car écourtée, filmographie : perte des négatifs de ses premiers films documentaires, problèmes techniques sur Pivoine déménage [1], puis mise à l'écart du montage de La croisière jaune d'André Citroën, signant ainsi son retrait définitif du monde des arts (pour celui des champs). Or Études sur Paris offre aux spectateurs une vision inédite, cinq portraits lyriques où la poésie d'André Sauvage capte la mue de la capitale française, entre naturalisme et modernité, à la veille du grand chambardement capitaliste.

Artiste total, cinéaste, écrivain et peintre, André Sauvage signe en 1923 avec son premier documentaire La traversée du Grépon un modèle du genre. Véritable exploit technique et physique, le cinéaste accompagné d'une équipe réduite escalade et filme Le Grépon, sommet rocheux s'élevant à 3 482 mètres au dessus de Chamonix. Quatre années plus tard, Sauvage visite la Grèce, armé de sa seule caméra afin de réaliser « un film de voyage ». Déjà remarqué par son précédent long métrage, Sauvage s'impose avec Portrait de la Grèce, tel Jean Vigo un peu plus tard, comme l'un des poètes d'un nouveau cinéma. Mais à l'instar du Grépon, l'intégralité de ce périple hellénique, comportant des vues d'Athènes, des montagnes de Météores et des îles de Délos, Santorin, etc., est également perdu, ne reste plus de nos jours que des coupes et autres rushes (restaurés à partir des notes de l'auteur et disponibles en guise de suppléments sur le DVD [2]).

Les maîtresses du Docteur Jekyll - Jess Frank (1964)

Sortie deux années après L'horrible Docteur Orlof, sa mémorable relecture du classique de Georges Franju, Jesús Franco convie de nouveau les amateurs d'horreur gothique avec cette supposée séquelle intitulée Les maîtresses du Docteur Jekyll... qui cache en fait la première relecture (non officielle) de son précédent film, soit l'une des vieilles marottes du réalisateur de La comtesse noire et Doriana Gray  [1].

Le docteur Orloff sur son lit de mort confie à son meilleur disciple le docteur Conrad Jekyll (Marcelo Arroita-Jáuregui) la formule secrète qui « fait bouger les êtres inanimées ». Peu de temps après, sa nièce Mélissa (Agnes Spaak), fille de son défunt frère, se présente à la propriété familiale pour passer les fêtes de Noël auprès de son oncle et sa tante. Mais ces derniers lui offrent un accueil des plus étranges : Jekyll est un homme froid et distant, trop occupé par ses secrètes expérimentations, et sa tante, femme délaissée et brisée, se noie dans l'alcool [2]. De ce triste constat et morne séjour en perspective, la jeune femme décide une nuit d'explorer les lieux et découvre Andros (Hugo Blanco), mort ambulant dont les traits évoquent mystérieusement ceux de son père disparu...

L'étrange créature du lac noir - Jack Arnold (1954)

La sortie en salles de L’Étrange Créature du lac noir dans une copie restaurée et en 3D par Carlotta, le 7 novembre, est un évènement à ne pas manquer pour les nostalgiques du cinéma de genre, mais aussi pour la nouvelle génération de spectateurs.

Alors que le téléchargement incite le public à déserter les salles de cinéma, la 3D [1] est peut-être la solution au retour des spectateurs, comme ce fut le cas dans les années 50.

A cette époque, les premières émissions télévisées en couleurs menacent la suprématie du grand écran américain, pourtant le public retourne dans les salles pour découvrir une étrange créature poisseuse aux larges mains griffues sortant de l'écran pour les attraper... Cette créature rejoignit par la suite le club très fermé des monstres les plus adulés du cinéma fantastique. Son nom ? L’Étrange Créature du lac noir, me répondrez-vous. Perdu, elle s'appelle Le Gillman (L’Homme branchie).

Hardware - Richard Stanley (1990)

Dans les souvenirs du préposé, Hardware pouvait se résumer à une jaquette VHS, synonyme de ses errements adolescents dans les rangées des vidéos clubs à l'orée des années 90 [1] : un crâne cybernétique menaçant, flanqué de la bannière étoilée, et ce ciel rougeoyant irradiant un monde post-apocalyptique. Auréolée de la mention "Prix des effets spéciaux" à l'époque où le festival d'Avoriaz faisait briller les yeux des jeunes amateurs de fantastique, il aura pourtant fallu attendre deux décennies au préposé avant de se jeter à l'eau, et découvrir cette honnête série B, autant connu des initiés pour sa bande-originale, que par son ambiance mixant allègrement Terminator, Blade Runner et Mad Max.

XXIème siècle, la surface de la Terre n'est plus qu'un immense désert au niveau de radioactivité mortellement dangereux. Les humains sont entassés dans des bidonvilles, où le chômage et la violence sont le lot quotidien des survivants. Seule porte de sortie offerte par le gouvernement en place : suivre la campagne de la stérilisation de rigueur. Dans ce monde « propice et fécond », Moses "Hard Mo" Baxter (Dylan McDermott), soldat en permission, achète à un nomade les restes d'un robot trouvé dans la zone interdite, pièces détachées robotiques faisant office de cadeau de noël pour sa petite amie Jill (Stacey Travis). De cette carcasse cybernétique, la jeune femme en crée une sculpture y incorporant divers éléments récupérés. Cependant, ce qui s'apparentait à un androïde hors d'usage, cache en fait une machine à tuer appelée Mark 13, tel le chapitre 13 de l'évangile du même nom : « nulle chair ne sera épargnée »...

Evil Toons - Fred Olen Ray (1992)

La déviance pour les nuls : chapitre 14.

[...] La déviance est un combat, une lutte, une quête de chaque instant. Néanmoins méfiez vous des faux semblants ; car derrière telle affiche ou telle accroche facile peuvent se cacher de cruelles déceptions. A charge pour l'initié de trier le mauvais grain sympathique de l'ivraie [...].

« En premier ils vous déshabillent. Puis ils vous possèdent ! ». Evil Toons avait tout pour séduire, plus ce démon-loup Tex-Averien à la langue bien pendue sur l'épaule de cette petite brune au look 80's. La présence aux commandes de Fred Olen Ray n'indiquait pas non plus mal qui vaille. Enfin presque. Certes le réalisateur-catcheur (ça ne s'invente pas) est un habitué des productions ultra cheap depuis les années 80, mais ce fétichiste du bikini [1] avait toutes les clefs en main pour offrir aux amateurs une comédie horrifique sexy. Las ?

Quatre jeunes femmes sont employées pour nettoyer une vieille maison avant l'arrivée des nouveaux propriétaires. Le soir même, un homme mystérieux (David Carradine) leur donne un colis, qui se trouve être un ancien livre d'incantations maléfiques. Par mégarde, elles ramènent à la vie sous la forme d'un toon un des démons du grimoire. Or celui-ci a besoin de sang frais s'il veut recouvrer une forme plus réelle...

Je suis une nymphomane - Max Pécas (1971)

Sévissant chaque été sur les chaines hertziennes, avant d'être bassement reléguée sur le câble, l'œuvre de Max Pécas n'en reste pas moins dramatiquement méconnue du grand public. Pouf pouf. N'est-il pas regrettable que seuls les amateurs des dernières gaudrioles (Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu ou encore On se calme et on boit frais à Saint-Tropez) aient l'unique droit de se repaître du talent bancal et racoleur de ce maître es navet ? Car vous qui lisez ces quelques lignes, sachez bien que tout un pan de sa filmographie reste (encore) à découvrir. Et réduire l'art de Pécas aux seules comédies navrantes réalisées lors de ses dix dernières années d'activité [1] pourrait facilement être considéré comme un crime de lèse-majesté pour l'apprenti.e-déviant.e (ou curieu.x.se de passage). Fidèles (ou non) des saillies cinématographiques faussement branchées (à St Tropez ou d'ailleurs), il est dès lors grand temps de corriger cette erreur en visionnant Je suis une nymphomane, et réparer par conséquent ces décennies d'offense oublieuse des vilains et autres cuistres diffuseurs télévisuels. Encore que... mais n'allons pas trop vite.

Morgane et ses nymphes - Bruno Gantillon (1971)

Il est des films mineurs qui resteront à jamais gravés dans les mémoires. Non par leurs qualités artistiques à même d'éveiller l'esthète (déviant) qui sommeille en chacun de nous (tout du moins du préposé docteur), mais par le souvenir d'avoir su jouer les entremetteurs, et instigateurs d'une belle rencontre, tel ce joliment intitulé Morgane et ses nymphes et sa révélation, l'acteur Alfred Baillou. Car l'interprète du seul personnage masculin [1] du long métrage (traduit en anglais par un suggestif Girl Slaves of Morgana Le Fay) justifie à lui seul le visionnage de ce film, au-delà de son érotisme onirique à l'atmosphère délicieusement surannée. Mais n'allons pas trop vite, n'est-ce pas ?

Librement inspirée des légendes arthuriennes et de la fée Morgane, le long métrage narre les mésaventures d'Anna (Michèle Perello) et de Françoise (Mireille Saunin), deux jeunes femmes en vacances dans la campagne auvergnate. Celles-ci s'arrêtent un temps dans une auberge, mais le propriétaire leur suggère de partir rapidement et de faire demi-tour sans autre explication, sous les yeux d'un bien étrange petit personnage, Gurth (Alfred Baillou). La nuit tombée, désormais perdues, elles trouvent refuge dans une grange abandonnée. Cédant aux douces caresses et aux baisers d'Anna, Françoise s'endort dans ses bras. Au réveil, Françoise constate la disparition de son amie. Gurth, le mystérieux nain bossu rencontré la veille propose de le suivre, vers un château bordé d'un lac. Accueillie par trois jeunes femmes en mousseline transparente, Françoise fait la connaissance de la maîtresse des lieux, Morgane (Dominique Delpierre).

Lepke le caïd - Menahem Golan (1974)

Découvert lors d'une soirée hommage au réalisateur et producteur israélien Menahem Golan (1), Lepke le caïd appartient à une époque méconnue, celle datant d'avant le rachat par la paire Golan/Globus de la (sacrosainte) Cannon (en 1979). Le film comme peut le laisser présumer son affiche et sa date de sortie se situe dans le sillage du Parrain de Coppola (on y reviendra). En bon artisan du film de genre, Golan suit désormais à cette époque la mode du film de gangsters avec cette biographie d'un des plus célèbres mafieux de New-York de l'entre deux guerres (et le seul à être mort sur la chaise électrique). Cette modeste série B est également le premier long-métrage à lui ouvrir les (grandes) portes du marché international en passant par Hollywood. Si par le passé le futur réalisateur de L'implacable ninja (2) avait déjà tâté de l'international en ouvrant ses castings à plusieurs acteurs européens (George Sanders dans La malle du Caire, Norman Wisdom dans What's Good for the Goose, ou Pierre Brasseur dans La fille de la mer morte), Lepke vise un marché bien plus large avec en haut de l'affiche une (ex-)star d'Hollywood, Tony Curtis, avec une coproduction étasunienne à la clef (3).

Louis Buchalter dit "Lepke" fut l'une des grandes figures du crime organisé des années 20 et 30. Golan de manière classique détaille les grandes étapes de la vie du chef mafieux appartenant à la Yiddish Connection, de son adolescence en préambule et ses premiers séjours carcéraux, de ses débuts dans la mafia à sa prospérité au sein du Syndicat du crime, puis finalement à sa chute et son exécution à la prison de Sing Sing. Le récit s'attache également en parallèle à la vie personnelle du truand incarné par Tony Curtis et en particulier à son idylle avec son grand amour Bernice Meyer (Anjanette Comer).

Cronico Ristretto : Dead Can Dance / Om / The Melvins


Sept ans après leur brève réunion le temps d'une tournée mondiale, la paire Lisa Gerard / Brendan Perry remet cette fois-ci le couvert avec un nouvel album après le très bon Spiritshaser, déjà vieux de seize ans (glurps). Au delà de l'émoi que pourrait conférer ce genre d’évènement (leur prochain concert au Grand Rex cet automne, le 27 septembre, est complet depuis quasiment la publication des dates), l'écoute des précédents albums solo des deux protagonistes tend malheureusement à relativiser la portée de la dite réunion. La diva world aurait-elle eu pitié de son ancien comparse après son pathétique Ark (2010) pour relancer le macchabée (tiroir-caisse), ainsi fut la première impression du cuistre préposé. Mauvais esprit ?

La servante (Hanyo) - Kim Ki-young (1960)

Restaurée par le Korean Film Archive et avec le soutien de la World Cinema Foundation de Martin Scorsese, Carlotta propose le mercredi 15 août la ressortie en numérique de La servante de Kim Ki-Young. Connu seulement en Occident par une frange d'initiés, Hanyo fut rangé originellement dans la case film de genre. Considéré désormais comme l'un des véritables classiques du cinéma d'auteur sud-coréen, ce long métrage réalisé en 1960 est à l'image de son auteur : indépendant, inédit, provocateur, en un mot un film choc, fondateur et influent, pour la génération des Park Chan-wook (Old Boy, Lady Vengeance) ou Bong Joon-ho (The Host).

Dong-sik, un père de famille, est professeur de musique [1] dans une usine pour femmes. Lui et sa famille emménagent dans une grande maison neuve. Afin de soulager son épouse, celle-ci travaillant à la machine à coudre pour subvenir aux nouveaux besoins familiaux, ce dernier engage une servante sur les recommandations d'une ouvrière à qui il donne des cours particuliers. La jeune femme simplette révèle rapidement un comportement ambigu. Elle espionne le père, avant de le séduire et d'entamer une relation adultère avec lui. Tombée enceinte, la servante n'est pas décidée à partager son amant avec quiconque...

Strange meeting III - Klimperei & Voxfazer (2012)

L'action se passe un jour de Noël. En 2010. Le préposé docteur reçoit une invitation originale de la part d'une vieille connaissance, le dénommé Voxfazer : chroniquer son futur album, en cours d'enregistrement à ce moment, en ayant une totale liberté de ton, ou l'acte signé d'un masochiste ignorant encore la portée véritable de ces quelques mots écrits à l'heure des bons vœux ? 

L'album se prénomme Strange meeting III, et est le fruit du duo Klimperei / Voxfazer. La paire séparée de 500 km communique depuis 2005 par divers échanges musicaux, puis décida après leur troisième rencontre (1) de travailler à un projet commun : un album.

De Klimperei, le préposé ne connaissait rien, ou très peu avant cet album. De Voxfazer, le préposé avait au fil des années patiemment noirci un dossier à charge (qui trouve aujourd'hui son utilité). Photographe et musicien autodidacte, monsieur Rezafxov poste depuis novembre 2010 sur son Audioblog ses diverses compositions et improvisations dont on retiendra en particulier ses illustrations sonores pour la revue D'ici là et sa tétralogie enregistrée à l'église de la Chapelle St Robert.

Live report : Christian Scott quartet au New Morning - Paris 21/07/2012

Le jazz n'est pas mort. Voilà c'est dit, pouf pouf. Et une formule facile, inutile et stérile (1), répétée à l'envie depuis... depuis combien de temps d'ailleurs ? Peu importe en fait tant la dite formule peut se greffer à n'importe quel genre musical (2) dès qu'un effet de mode ou un essoufflement (vérifié ou non) se fait sentir. Et donc ? Et bien, plus de cent ans d'existence et toujours aussi vert ce vieux jazz. Car si la jeunesse ne se compte pas aux poids des années, on aurait néanmoins tort de résumer cette musique à celle des (arrières) grand-pères de renom (venus jouer les cautions dans des festivals qui n'ont plus de jazz que de nom). Suffisamment alerte pour encore évoluer et muer ; ne méritant donc pas sa place au musée des traditions, en dépit des efforts de certains jazzmen, certes talentueux, mais juste bon à lustrer du vieux cuivre et à rappeler les fantômes du bop. En conclusion, oui il est encore frais et bien portant merci pour lui (merci pour nous). Et la preuve en est avec ce jeune musicien surdoué prénommé Christian Scott en provenance de La Nouvelle Orléans (CQFD) venu un soir de juillet à Paris présenter son ambitieux nouvel album Christian aTunde Adjuah (3) lors du festival « All Stars » du New Morning et sa stretch music.

Tyrannosaurus Azteca (Aztec Rex) - Brian Trenchard-Smith (2007)

Qui peut prétendre avoir tout vu en matière de bestiaire de troisième zone ? Cette interrogation peut faire sourire les lecteurs de passage, pourtant celle-ci n'a rien d'innocente tant l'imagination des industrieux du cinéma nous a prouvé par le passé une audace des plus « étonnantes » [1]. Or si les réelles surprises tendent à s'amenuiser au fil du temps, force est de constater que les rencontres improbables font encore le sel et les beaux jours des productions dites décalées. Faites réunir deux personnages historiques de haut rang appartenant à deux périodes distinctes, jouer de l'anachronisme et vous obtiendrez un met, certes, indigeste mais ô combien roboratif.  Soit à ma droite l'un des plus sinistres et célèbres conquistadors du XVIème siècle, Hernán Cortés, et à ma gauche la terreur du Crétacé, le dénommé Tyrannosaure Rex, de quoi titiller facilement une déviance qui n'en demandait pas tant, n'est-ce pas ?

En 1521, le capitaine Hernán Cortés à la tête d'une armée de conquistadors espagnols triompha de l'empire aztèque et conquit le Mexique. Cependant, oublié de l'histoire, voici le récit du tout premier voyage de Cortés vers ces terres hostiles, et du combat qu'il mena contre un ennemi sanguinaire et terrifiant... 

Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! - Michel Caputo (1979)

Faut-il être né à Rouen comme Pierre Corneille pour subir un tel outrage à la vision de la première comédie du pornocrate Michel Caputo Qu'il est joli garçon l'assassin de papa [1], ou la libre adaptation du Cid par le cinéaste du non moins fameux (?!) Embrochez-moi par les deux trous et par le producteur de La chatte sur un doigt brûlant [2] ? Réputez comme étant l'un des pires films que la comédie franchouillarde ait pu produire ces quarante dernières années, Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! [3], le long de ses 70 minutes, demeure, aujourd'hui encore, une agression perpétuelle pour la santé mentale de ses victimes consentantes. Un film dont le pouvoir de nuisance pourra évoquer par moment aux plus résistants les meilleures pages cinématographiques d'un Philippe Clair, mais n'allons pas trop vite... 

12 juillet 1083, l'Espagne est envahie par les Maures. La situation est grave. Le roi de Castille commence à maigrir. Ça lui fait des oreilles immenses sous sa casquette. On dirait des ailerons. Bref il a la trouille. Il s'est retranché dans son palais avec Rodrigue, le Cid, le héros, pour attendre les hordes de Moctadir. 
Pendant ce temps là, l'infante d'Espagne, qui a une araignée au plafond et de la surchauffe dans la crinoline tellement elle est amoureuse du Cid, se consacre à son sport favori qui consiste à réciter des vers dans le supermarché voisin...

Terreur extraterrestre (Without warning) - Greydon Clark (1980)

Toujours rester sur ses gardes et miser sur la méfiance aurait dû être le réflexe du préposé. Était-ce une grossière erreur de débutant que de faire confiance sans le moindre recul aux premiers échos positifs lu sur la toile? Après la découverte de la bande-annonce (française, détail important) au lendemain du malheureux visionnage, ce manque de discernement apparait révélateur d'une cruelle naïveté, ou disons d'un simple oubli des fondamentaux pour reprendre le vocabulaire en bois du sportif. De là à penser en avant propos que cette Terreur extraterrestre pouvait espérer gagner le titre de perle oubliée, le docteur n'en attendait pas autant, tout juste quelques bonnes idées et un casting intriguant. Ceci pouvait (aurait dû ?) suffire à classer cette Terreur parmi la catégorie des bons petits films. Las, la récolte fut loin d'atteindre les minima attendus... et alors finalement ?

De petites créatures volantes s'apparentant au croisement improbable entre un frisbee organique et une pizza carnivore provoquent une série d'attaques meurtrières en plein Mid-Ouest. Après avoir boulotté un père (Cameron Mitchell) et son fils venus chasser, ces adorables bestioles ajoutent à leur tableau... un chef scout (Larry Storch). Au même moment, Tom (David Caruso), Greg, Beth et Sandy décident, en dépit des avertissements du propriétaire de la station service du coin (Jack Palance) d'aller profiter du lac voisin (et plus si affinités). Mais Tom et Beth disparaissent mystérieusement après la baignade. Partis à leur recherche, Greg et Sandy découvrent une cabane isolée où se trouvent les cadavres de leurs compagnons. Sous le choc,  les deux jeunes gens s'échappent et se font attaquer sur la route par l'une de ces créatures (précision : finissant collée sur le pare-brise de leur van). Trouvant refuge dans un bar peuplé d'une faune locale des plus rustiques, seul le vétéran Fred 'Sarge' Dobbs (Martin Landau) à la santé mentale quelque peu défaillante croit en leur histoire...

L'assassin (L'assassino) - Elio Petri (1961)

A l'occasion ce mercredi de la ressortie dans les salles par les éditions Carlotta de L'assassin d'Elio Petri, intéressons nous au premier long-métrage d'un des maitres du cinéma politique transalpin. Film malicieusement interprété par Marcello Mastroianni (mais n'allons pas trop vite), son réalisateur a su y mêler de manière brillante atmosphère kafkaïenne et comédie de l'absurde. Car si les grinçants et contestataires Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) ou La classe ouvrière va au paradis (1971) sont par voie de fait les œuvres de Petri les plus connues, les bases de son cinéma y sont déjà posées dans ce premier film où son analyse de la société italienne garde encore une certaine fraicheur, avant de se teinter d'une profonde amertume [1] la décennie suivante, au gré des sinistres années de plomb qui ensanglantèrent sa péninsule...

Alfredo Martelli (Marcello Mastroianni), jeune antiquaire romain, est arrêté à son domicile et emmené au poste de police sans aucune explication. Dans l'attente d'être interrogé, celui-ci croit dans un premier temps être accusé d'une simple plainte dans le cadre d'une vente frauduleuse. Or une fois reçu par le commissaire Palumbo (Salvo Randone), Martelli apprend l'impensable, son ancienne maitresse et ex-associée Adalgisa De Matteis (Micheline Presle) a été retrouvée morte au matin dans sa villa. Bouleversé et désigné désormais comme le suspect numéro un, l'homme se remémore son passé récent tout en tentant vainement de se disculper ; mais le poids de sa culpabilité ne fait aucun doute aux yeux de la police...

Crimes dans l'extase (Sie tötete in Ekstase) - Jess Franco (1970)

Dans la mesure où ces derniers temps, ce lieu de divagations culturelles tend à devenir le point de rencontres virtuelles des amateurs de la regrettée Susann Korda, plus connue sous son vrai patronyme Soledad Miranda, feuilletons de nouveau le livre de l'année 1970 avec Crimes dans l'extase, tourné dans le sillage de notre précédente chronique francienne, The Devil Came from Akasava. 

Le docteur Johnson (Fred Williams) est un jeune médecin attendant le verdict de ses pairs. Ceux-ci doivent lui accorder ou non la permission de poursuivre ses recherches et expériences sur les embryons humains. Mais l'ordre des médecins sous la voix du professeur Walker (Howard Vernon), le Dr Huston (Paul Muller), le Dr Crawford (Ewa Strömberg) et le Dr Donen (Jesus Franco) réfutent son travail, le considérant au mieux comme un charlatan, au pire comme un criminel blasphématoire en infraction avec le serment d'Hippocrate. Interdit à présent de pratiquer la médecine, humilié et banni, Johnson n'accepte pas ces récriminations et ces accusations. Hanté par les insultes lancés par ses anciens confrères, le jeune homme sombre rapidement dans la démence sous les yeux impuissants de son épouse (Soledad Miranda), au point de ne trouver qu'une seule alternative à son supplice : le suicide. Désormais, la jeune veuve n'aura qu'un seul but, se venger et faire payer le prix létal aux quatre médecins responsables selon elle de la mort son bien-aimé mari.