The Deadliest Prey - David A. Prior (2013)

Mike Danton. Un nom qui résonne dans toutes les têtes, enfin si vous aimez les hommes, les vrais, ceux qui peuvent décimer une armée (de bras cassés) à mains nues. Adepte du mulet et du short ultra court durant ses jeunes années post-Vietnam, cet ancien soldat (le meilleur) inspirait autant l'admiration que la défiance de la part de ses ex-camarades de régiment. Trop beau, trop fort, pour son ancien supérieur, le colonel John Hogan, pourrait-on résumer, ou les prémices d'une tragédie en trois actes nommée Ultime combat, écrit, réalisé par David A. Prior et interprété par son cadet, Ted. Disparu le 16 août 2015, le réalisateur étasunien, auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés, était revenu (enfin) aux affaires courantes en 2012 avec Night Claws et son histoire de Big Foot sanguinaire. Une année plus tard, peut-être inspirés par le succès des films d'action à l'ancienne porté par Stallone, de son John Rambo à la franchise The Expendables, ou tout simplement l'envie de revenir à leur film le plus emblématique, les Prior bros. signaient le retour inattendu, voire inespéré, de Mike Danton dans la séquelle The Deadliest Prey.

Vingt-sept ans après les sinistres événements survenus aux alentours de Los Angeles, ou la découverte des chasses à l'homme orchestrées par le colonel Hogan (David Campbell), et la réponse punitive de Mike Danton (Ted Prior) qui fut enlevé par mégarde, l'ex-commando vit désormais avec sa femme Allison (Cat Tomeny) et son fils Michael (Michael Charles Prior, fils de Ted). Or Hogan, cette figure du passé qui hante encore les rêves de Danton, recouvre finalement la liberté après avoir purgé sa longue peine de prison. Mais ce dernier n'a qu'un souhait: se venger. En grand stratège nostalgique, l'officier psychotique fait kidnapper de nouveau Danton de bon matin, lors de la sortie des ordures ménagères, en souvenir de leur précédente rencontre. Secondé par la vénale Sophia (Tara Kleinpeter) et soutenu par de nouveaux investisseurs [1], dont le but est diffuser cette chasse à l'homme sur internet (la forêt est truffée de caméras), Hogan et son groupe de mercenaires sont désormais prêts à réécrire le passé...
   

Mad Love in New York - Josh & Benny Safdie (2014)

Présenté en avant-première lors de la section parallèle Horizons (Orizzonti) de la 71ème édition de la Mostra de Venise en 2014, le nouveau long métrage des frères Josh et Bennie Safdie, figures du cinéma indépendant new-yorkais, après les remarqués The Pleasure of Being Robbed (2008) et Lenny and the Kids (2009), arrive enfin, par les bons soins de Carlotta, dans les salles obscures françaises ce mercredi 3 février. Heaven Knows What, retitré Mad Love in New York du nom du roman dont il est tiré, est un film choc et rare sur un sujet difficile et douloureux : le quotidien d'une jeune droguée sans domicile fixe. Filmé sans artifice, dénué de tout pathos ou de complaisance malsaine, Mad Love in New York s'écarte du basique film sur la drogue, pour au contraire prendre la forme d'une fiction réaliste à la force émotionnelle poignante. Mais n'allons pas trop vite.

Harley (Arielle Holmes) est une jeune droguée sans-abri qui erre dans les rues de New York. Amoureuse d'Ilya (Caleb Landry Jones), sa relation avec son petit-ami prend un tour destructeur quand Harley décide de s'ouvrir les veines pour lui prouver son amour. Après sa tentative de suicide ratée et une bref séjour en hôpital psychiatrique, Harley reprend son quotidien de marginale, au côté de Mike (Buddy Duress), son ami et dealer. Tentant de survivre, faisant la manche pour obtenir de quoi acheter sa dose, la jeune femme recroise, quelque temps après sur son chemin, son grand amour et bourreau Ilya...
   

Cronico Ristretto : Asia | Urban Dance | Warpath - Boris (2015)

Après leur précédent album très rock Noise en 2014, dans la lignée de Attention Please et New Album, trois ans plus tôt, qui avait vus Boris s'offrir une nouvelle mue shoegaze et dream pop, avant d'aborder à leur manière un rock alternatif post-Sonicyouthien, la formation tokyoïte créa la surprise en annonçant fin avril 2015, via le réseau social Zuckerbergien, la sortie imminente et simultanée d'une trilogie le 2 mai. Asia, Urban Dance et Warpath, soit leur vingtième, vingt-et-unième et vingt-deuxième album, promettaient, en sus de confirmer les poussées créatrices du trio (1), le retour de leurs aspirations expérimentales, comme semblait indiquer le choix d'éditer ces trois disques sur leur propre label, Fangs Anal Satan.

Shocking Dark - Vincent Dawn (1990)

Dernier film de la diabolique association de malfaiteurs connue sous le pseudonyme Vincent Dawn, Shocking dark a.k.a Contaminator, a.k.a Alienators, a.k.a Terminator 2 (?!), a.k.a Spectres à Venise, acta la fin de la fructueuse collaboration (Virus Cannibale et Les rats de Manhattan en tête) entre le metteur en scène Bruno Mattei et le scénariste Claudio Fragasso, après leurs récents Nato per combattere (1989) et Tre pesci, una gatta nel letto che scotta (1990). Chant du cygne d'un savoir-faire Bis crapoteux qui connut ses derniers soubresauts jusqu'au début des années 90, cette production italo-philippine réalisée fin 1988 - début 1989 se distingue toutefois à plus d'un titre. Premier indice, et mise en bouche avant de développer plus loin notre propos, illustré par l'affiche ci-contre, le film fut exploité et présenté au départ, dans la plupart des pays (à l'exception notable des États-Unis), comme la séquelle des aventures de Sarah Connor [1]. De cette méthode de margoulin évoquant les plus belles heures du cinéma d'exploitation transalpin [2], notre duo précité ne se contenta néanmoins pas d'une simple désorientation nominative propre à tromper l'imprudent spectateur. Hérauts portnawak de la transgression des lois du copyright, Mattei et Fragasso puisèrent directement dans le scénario du second volet d'une autre franchise (d'où croyez-vous que vient le titre Alienators ?), mais n'allons pas trop vite...
   

Le Brady, cinéma des damnés - Jacques Thorens (2015)

Paru le 9 octobre dernier aux Editions Verticales, Le Brady, cinéma des damnés est un livre rare. Journal de bord du dénommé Jacques Thorens qui en fut, durant deux ans au début des années 2000, projectionniste-caissier (et guitariste en sus), cette « biographie de lieu » livre un témoignage émouvant et épique de cette salle, navire amarré à Paris, boulevard de Strasbourg, depuis presque soixante ans [1].

Racheté par le franc-tireur Jean-Pierre Mocky à partir de 1994 [2], Le Brady occupa une place unique dans le paysage des salles de la capitale. Longtemps vouée à disparaitre à l'instar de ses illustres consœurs dédiées au fantastique ou à l'horreur, comme Le Colorado, Le Midi-Minuit, Le Mexico ou Le Styx durant les années 80, la salle devint au fil du temps moins le dernier refuge de la faune bissophile parisienne, que l'abri diurne d'une tout autre clientèle à l'aspect visuel et olfactif déviants, et bien plus encore (mais n'allons pas trop vite). Figure anachronique, paradoxe temporel à l'heure de la normalisation des cinémas et autres fermetures des salles de quartier transformées en supermarchés ou fast-foods, celui qui fut surnommé « le Temple de l'épouvante » était ainsi le dernier à encore proposer du cinéma permanent, et des séances double programme en copies d'époque au début des années 2000.
    

Funky front covers Part IX

A l'heure de la traditionnelle dinde aux marrons et des cadeaux débordant par milliers, ouvrons notre boîte de Pandore annuelle, et célébrons (déjà) comme il se doit cette neuvième saison des Funky front covers ©, à la gloire du meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts des années 70 et 80.

En guise d'amuse-bouche avant de verser gaiement dans le stupre à paillette, offrons à notre lectorat une mise en abyme salvatrice en piochant dans le bac à vinyles du supposé sage jazzophile.

  

Jess Franco ou les prospérités du Bis - Alain Petit (2015)

Une bible. Trois kilos trois cent grammes sur la balance. Sept cent cinquante-deux pages au compteur. Jess Franco ou les prospérités du Bis s'inscrit dès à présent comme un livre incontournable pour tous les amateurs de Cinéma Bis, et cinéphiles en général. Après le remarqué et non moins remarquable livre consacré au metteur en scène culte italien Joe D'Amato, le réalisateur fantôme signé Sébastien Gayraud, Artus Films continue de faire œuvre de salubrité Bis [1] en permettant à Alain Petit de publier officiellement son deuxième projet, les « Manacoa Files », après la sortie en début d'année, par ce même éditeur, de son fan-book intitulé 20 Ans de Western Européen. Publié originellement en six volumes, dans un premier temps via un appel à souscription au mitan des années 90, puis par une seconde édition dans les cultes « Ciné Zine Zone » de Pierre Charles, célèbre éditeur de fanzines français et grand soutien de la cause Bis, Jess Franco ou les prospérités du Bis allait ainsi autant profiter du regain d'intérêt pour le réalisateur madrilène depuis une dizaine d'années, sous la forme de divers hommages [2] et autres rééditions (dans des copies décentes) de ses films en DVD, que du réseau bissophile qui a su mettre à profit les opportunités offertes par internet [3]. En somme, vingt-cinq ans après avoir germé dans l'esprit de son auteur, le livre connait enfin une réédition sous une forme idéale telle que l'avait souhaité Alain Petit depuis son origine.

Cronico Ritretto : Y'aura t'il de la neige à Noël ? - Sandrine Veysset (1996)

Prix Louis Delluc 1996 [1], le premier film de Sandrine Veysset, Y'aura t'il de la neige à Noël ?, fit figure d'OFNI lors de sa sortie en décembre de la même année. Produit par Humbert Balsan, ce long métrage dépasse le simple cadre de la chronique rurale durant les années 70. Du quotidien d'une famille d'agriculteurs maraîchers dans le Sud de la France, inspiré par les souvenirs de jeunesse de la réalisatrice, Y'aura t'il s'en écarte à dessein pour mieux plonger dans l'univers du conte à travers le portait, au fil des saisons, de cette mère et de ses sept enfants. Atypique, rare, le film a bénéficié d'une nouvelle restauration 4K supervisée et approuvée par Sandrine Veysset, et est désormais disponible depuis le 2 décembre en Blu-Ray et DVD collector.
  
Dans une ferme provençale, une mère (Dominique Reymond) élève ses sept enfants en dépit d'un travail dur et d'une vie rude. Au mieux absent quand il n'est pas avec sa seconde et légitime famille, le père (Daniel Duval), patriarche à l'ancienne, autoritaire et violent, y fait régner une discipline de fer. Rythmé au gré des saisons et du travail de la terre, le quotidien de la famille n'a pour seule issue que l'amour protecteur et dévoué de cette mère courage, avant qu'un événement tragique ne laisse place au désenchantement...
 

Body Double - Brian De Palma (1984)

Dans le cadre de la rétrospective Brian De Palma menée par Carlotta depuis quelques années, par les ressorties successives de Pulsions, Blow Out, Obsession ou plus récemment Furie en copie restaurée, s'ouvre une nouvelle collection, intitulée coffret Ultra Collector dont le premier numéro est consacré au culte Body Double. Fraîchement accueilli à sa sortie par la critique et le public, le long métrage a gagné au fil des années ses galons de joyau DePalmien pour devenir un des films les plus adulés de ses admirateurs, mais n'allons pas trop vite... 

Acteur aux cachets aléatoires vivant à Los Angeles, Jack Scully (Craig Wasson) est victime de claustrophobie lors du tournage d'un film d'horreur dans lequel il joue un vampire. Renvoyé par le réalisateur (Dennis Franz), Jack rentre chez lui et surprend sa petite amie au lit avec un autre. A la rue, sans travail, il écume les castings de la ville quand il fait la connaissance de Sam Bouchard (Gregg Henry) lors d'un cours où le professeur de théâtre tente d'exorciser sa claustrophobie. Autour d'un verre, Jack confie à Sam ses déboires, tandis que celui-ci lui fait une proposition intéressante: garder la luxueuse demeure d'un ami durant son absence, car il a décroché un rôle dans la pièce Private Lives à Seattle. La seule contrepartie qui lui est demandée, est de s'occuper des quelques plantes vertes de la maison, et de profiter de la vue panoramique, et en particulier, des jeux érotiques de sa riche et charmante voisine Gloria Revelle (Deborah Shelton) auxquels elle se livre chaque soir. Mais le voyeurisme va se révéler une activité plus dangereuse qu'il n'y paraît quand Jack découvre qu'un mystérieux indien rode autour de la belle…
   

Live report - Om au Divan du monde, Paris, 22 novembre 2015

Heureuse coïncidence ou hasard des calendriers, se sont produit la même semaine et au même endroit, les deux formations nées des cendres du groupe culte Sleep : Om et High On Fire (1), soit respectivement la section rythmique et le guitariste chanteur des auteurs du monstrueux Dopesmoker. Mené désormais par le bassiste Al Cisneros, le batteur originel Chris Hakius s'étant retiré des affaires musicales, Om faisait escale à Paris dans le cadre d'une mini tournée européenne (débutée le 14 novembre en République Tchèque), soit trois ans et demi après leur dernière venue à La Maroquinerie en avril 2012, trois mois avant la sortie de leur dernier album, Advaitic Songs.

En guise de préambule, avant les mantras soniques d'Om, les belges de The Black Heart Rebellion, en provenance de Gant, avaient pour tâche de faire patienter un public venu en masse (concert complet) pour Cisneros and co. Venu présenter leur nouvel album, People, when you see the smoke, do not think it is fields they're burning sorti le 29 octobre dernier, la musique de TBHR s'inscrivait idéalement dans le sillage de leurs « grands frères » étasuniens par leur goût prononcé d'insuffler à leur post-rock des influences world depuis leur précédent disque de 2012, Har Nevo. Riche sans être pompier, la prestation augurait du meilleur, leurs derniers disques évoquant par moment les ambitions des derniers Master musicians of bukkake en plus rock. Las. Si les disques et le mixage arrivaient à cacher les faiblesses du chanteur, sa voix dans les conditions du live plomba durablement la prestation du groupe. Sans épaisseur ou relief, doté d'un charisme anonyme, avouons que leur musique pour éviter ce goût d'inachevé aurait mieux fait de rester au stade instrumental. Dommage.
   

Garçon d'honneur | Salé sucré - Ang Lee (1993-1994)

Avant d'entamer une carrière hollywoodienne couronnée de succès et commencée en 1995 par le très remarqué Raison et sentiments, ou l'adaptation d'un des classiques de l'auteure britannique Jane Austen, le réalisateur taïwanais Ang Lee débuta en 1992 par Pushing Hands, premier volet de sa trilogie sur la famille intitulée « Father Knows Best ». Ce cycle connait aujourd'hui une nouvelle actualité par la sortie le 25 novembre prochain, par les bons soins de Carlotta, du deuxième et troisième chapitre de cette trilogie, Garçon d'honneur et Salé sucré, en support Blu-ray et DVD collector.

Œuvres d'un réalisateur tardif [1], ces deux longs métrages n'ont rien de juvéniles. Mieux, dépassant le simple cadre de la comédie, elles permirent à Ang Lee de faire résonner sur grand écran les mutations de la société taïwanaise. Fil conducteur de ces évolutions sociétales, l'acteur Lung Sihung fut l'interprète pour ces trois films de la figure paternelle, témoin involontaire des évolutions des relations entre les parents, garants de la culture traditionnelle, et les jeunes générations. Premiers films de la durable collaboration entre Ang Lee et le scénariste James Schamus [2] (Ice Storm, Tigre et Dragon, Lust, Caution), Garçon d'honneur et Salé sucré révélèrent au public international un réalisateur prometteur, dont le talent à croquer avec finesse le portrait de ses personnages fut auréolé au festival de Berlin en 1993 par l'Ours d'or.

Comédie de mœurs abordant le thème de l'homosexualité, Garçon d'honneur retrace l'histoire de Wei-Tong (Winston Chao), taïwanais naturalisé américain, vivant à New York avec son compagnon Simon (Mitchell Lichtenstein). Suite aux multiples pressions de ses parents, le jeune homme, sur l'idée de Simon, décide d'épouser Wei-Wei (May Chin), sa locataire chinoise à la recherche d'une carte verte. Les choses se compliquent quand les parents de Wei-Tong débarquent à New-York...

Live report : The Jon Spencer Blues Explosion - La Gaîté lyrique, Paris, 04 novembre 2015

Réapparu après un long hiatus au début des années 2010, d'abord par la sortie discrète du EP Black Betty enregistré conjointement avec Buzz Osborne et the Melvins, puis par celle de leur nouvel album Meat + Bone en 2012, huit années après leur précédent LP, le trio The Jon Spencer Blues Explosion signait cette année avec Freedom Tower: No Wave Dance Party 2015, un retour remarqué en mars dernier. Disque hommage à leur ville originelle New-York, l'album s'éloignait définitivement des orientations Stoniennes époque Plastic Fang (2002) pour revenir à l'énergie brute de leur début : un rock primal à l'urgence salvatrice. Mieux, jamais en studio les trois musiciens ne s'étaient tant rapprochés sur la forme de l'intensité qui caractérise leurs performances publiques. De quoi pousser aisément le préposé à la chronique à se déplacer à la Gaîté lyrique, et trouver par la même occasion la réponse à une des questions existentielles qui taraudent le rock critic aujourd'hui: est-il possible de pratiquer encore en 2015 du rock'n'roll en mocassins blancs ? Mais n'allons pas trop vite.
  
 
   

Cronico Ristretto : Within the Woods - Sam Raimi (1978)

Œuvre culte, Evil Dead a gagné rapidement ses galons de film d'horreur référentiel à classer aux côtés de Massacre à la tronçonneuse ou La nuit des morts-vivants. Savant cocktail de gore et d'humour noir, le premier long métrage de Sam Raimi marqua une nouvelle étape dans la production cinématographique à l'ère de la VHS. Ce que l'on sait moins, c'est que ce premier volet de la franchise fut précédé par un court métrage intitulé Within the Woods, dont le but était de permettre à lever suffisamment de fonds pour en financer un long. Produit par le trio Bruce Campbell, Sam Raimi et Rob 'RIP' Tapert pour la modique somme de 1 600 $, cette version de travail ne fut jamais officiellement éditée [1] et encore moins réellement exploitée dans les salles obscures [2]. Toutefois, magie des internets, des copies pirates de ce « prototype » sont disponibles sur la toile...

Deux couples d'étudiants passent leur weekend dans une cabane perdue dans les bois. Tandis que Shelly (Mary Valenti) et Scotty (Scott Spiegel) jouent au Monopoly, leurs amis Bruce (Bruce Campbell) et Ellen (Ellen Sandweiss) partent pique-niquer. Chemin faisant, Bruce indique à sa dulcinée qu'ils vont déjeuner dans un cimetière indien maudit (?!). Or quelque temps plus tard, malgré sa propre mise en garde, le jeune homme profane la tombe d'un sorcier et y déterre un poignard, au risque de réveiller les mauvais esprits environnants. Après manger, le couple s'endort. A son réveil, seule, Ellen décide de rejoindre ses amis pensant y retrouver Bruce. Mais le weekend vire au cauchemar quand celle-ci découvre dans la forêt le cadavre mutilé de son compagnon. Poursuivie par une présence maléfique, Ellen retourne, tant bien que mal, à la cabane...

Friedkin connection - William Friedkin (2013)

Des réalisateurs estampillés Nouvel Hollywood, William Friedkin est sans conteste le plus controversé, tant par les films qu'il a réalisé que par les histoires qui entourent leurs productions. Riche d'une filmographie où se côtoient de nombreuses œuvres emblématiques (réévaluées pour certaines avec le temps), le cinéaste a publié en 2013 ses mémoires intitulées Friedkin connection (éditées en France en 2014 par les Éditions de la Martinière). En omettant ses souvenirs les plus intimes, ce qui aurait de son propre aveu interdit le livre aux moins de dix-huit ans, Friedkin revient sur sa carrière de réalisateur : sa famille, ses débuts à la télévision, ses (rares) succès, mais également les périodes difficiles qui suivirent. Comme présenté par l'éditeur en dos de couverture, gloire, disgrâce, et renaissance sont au menu de cette autobiographie sans concessions.

Avec en introduction la liste de ses plus mémorables erreurs de jugement, tel son manque de discernement vis à vis de ses jeunes comparses nommés George Lucas et Steven Spielberg [1], qui le fit refuser la proposition de devenir l'un des producteurs de Star Wars [2], la mise à la benne d'une œuvre offerte par un anonyme admirateur nommé Jean-Michel Basquiat, ou encore sa fin de non recevoir de la demande d'un jeune auteur-compositeur-interprète, Prince, le sollicitant à tourner le clip d'une de ses chansons pour la juvénile MTV, William Friedkin met rapidement les pieds dans le plat en pointant son incapacité à avoir su prendre la mesure du talent des autres à cause de sa « vision disproportionnée ». Autobiographie autant qu'autocritique, Friedkin connection dresse le bilan d'un cinéaste dont l'ego et les erreurs passées lui firent manquer plusieurs occasions notables, sans toutefois, l'empêcher de tourner paradoxalement, compte tenu de ses nombreux échecs, le plus cinglant étant son adaptation du Salaire de la peur. Mais n'allons pas trop vite.

Cronico Ristretto : Repentless - Slayer (2015)

Continuer ou arrêter, statu quo ou transition, telles étaient les possibilités qui s'offraient à Slayer, et à son duo originel, depuis la disparition de Jeff Hanneman. Le choix d'un remplaçant, Gary Holt, du vivant du guitariste blond et les certitudes de Kerry King après l'annonce du décès indiquaient, tout d'abord, en dépit des doutes premiers de Tom Araya, la volonté de ne pas mettre un terme au groupe trentenaire. Point plus délicat, l'absence d'Hanneman, compositeur principal de la plupart des classiques de Slayer, pouvait-elle être comblée ? En d'autre terme, leur musique n'allait-elle pas perdre de sa substance sachant que l'une des forces de la paire formée par Hanneman et King [1] était leur complémentarité. Moins probable, mais sous-jacente, était enfin l'évolution, du moins la direction, que prendrait Slayer compte tenu de la nouvelle position dominante de Kerry King. Autant de questions existentielles qui n'appelaient pas forcément de réponses immédiates avant l'annonce de la sortie (maintes fois repoussée) de Repentless, leur onzième album et premier signé sur le label allemand Nuclear Blast (après quasiment trois décennies passées chez American Recording), le 11 septembre dernier, soit la même date que... celle de God Hates Us All... en 2001 (mais n'allons pas trop vite).

Album du deuxième retour du batteur Paul Bostaph suite au renvoi médiatisé de Dave Lombardo, et premier disque avec le guitariste d'Exodus, l'écoute de Repentless inspirait autant une certaine crainte, le contractuel [2] World Painted Blood sorti six années plus tôt n'ayant pas laissé un souvenir mémorable (doux euphémisme), qu'elle pouvait susciter une curiosité plus ou moins malsaine pour l'auditeur (et le préposé docteur) du fait des précédentes interrogations.

Live report : Public Image Ltd. - Le Trianon, Paris, 06 octobre 2015

Dans le cadre de leur nouvelle tournée en soutien à leur dixième et nouvel album, What the World Needs Now..., John Lydon et son Public Image Limited étaient de passage à Paris en automne. Pouf pouf. De leur deuxième disque faisant suite à leur reformation de 2009, un constat s'était rapidement imposé, Lydon avait fait le deuil de ses jeunes années chaotiques post-punk symbolisées par le triptyque  First Issue, Metal Box, et The Flowers of Romance. Dont acte. Si la musique se veut plus proche sur le fond de la production de la fin des années 80, à l'image du guitariste barbu Lu Edmonds et du batteur Bruce Smith présents à cette époque, reste pour PiL aujourd'hui un capital sympathie globalement intact, et de pair, un discours corrosif non dénué d'humour toujours aussi pertinent.

 

La taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn) - Alfred Hitchcock (1939)

Dernier film d'Alfred Hitchcock réalisé sur le sol anglais avant son départ pour Hollywood, La taverne de la Jamaïque est un cas à part dans la riche filmographie du maître britannique. Première adaptation d'un roman de Daphné du Maurier, avant Rebecca l'année suivante puis Les Oiseaux deux décennies plus tard, le grand Alfred surprenait en s'écartant de ses précédents longs métrages, du thriller Jeune et innocent au récit d'espionnage Une femme disparaît, pour mettre en scène un film d'aventures en costumes. A l'initiative de l'acteur Charles Laughton qui acheta les droits du roman et produisit le film par sa nouvelle société Mayflower Pictures, La taverne de la Jamaïque souffre depuis du statut, peu enviable, de film mineur hitchcockien, en dépit d'un réel succès public à sa sortie. Une mauvaise réputation somme toute exagérée qu'il conviendra de modérer à l'occasion des 75 ans du film, et de sa ressortie en version restaurée 4K dans les salles à partir du 15 octobre prochain.

Abandonnant son Irlande natale pour les Cornouailles depuis la mort de sa mère, Mary Yellard (Maureen O'Hara) part rejoindre sa tante Patience (Marie Ney) et son mari Joss (Leslie Banks). En chemin, Mary apprend que la taverne, dont son oncle par alliance est le tenancier, est un repaire de brigands. Nullement découragée, celle-ci requiert l'aide du juge Pengallan (Charles Laughton) afin de pouvoir s'y rendre dans les plus brefs délais. Une fois arrivée, Mary constate rapidement que la sinistre notoriété du lieu n'a rien d'usurpé. Au cours de cette soirée riche en désillusions, la jeune orpheline sauve la vie d'un des malfrats, Jem Trehearne (Robert Newton), accusé d'avoir volé une part de leur dernier butin. Tout deux parviennent néanmoins à s'échapper et trouvent refuge chez l'excentrique juge, qui n'est autre que le véritable responsable des naufrages et chef des pilleurs d'épaves.

Yor, le chasseur du futur - Anthony M. Dawson (1983)

Mis en scène par Antonio Margheriti, dissimulé sous son immuable pseudonyme Anthony M. Dawson, Yor, le chasseur du futur s'inscrit, de prime abord, dans le sillage des nombreuses productions bis italiennes, dont le premier but était de suivre les modes du moment. A un détail près. Adaptation d'une bande dessinée argentine, Henga, el cazador, éditée au mitan des années 70 et signée par la paire Juan Zanotto / Ray Collins, l'œuvre originelle dépassait, déjà, la simple retranscription d'une préhistoire fantaisiste, pour plonger son personnage principal dans un univers science-fictionnel. Pas étonnant, dès lors, en dépit du fait que sa sortie ne soit pas étrangère au succès de La guerre du feu ou de Conan le Barbare, que le film soit dirigé par l'italien Antonio Margheriti, cinéaste ayant démontré maintes fois par le passé son goût pour l'hybridation des genres (au hasard La brute, le colt et le karaté). Hélas, pour le réalisateur, et sans déflorer trop vite le contenu de ce film devenu rapidement culte pour de mauvaises raisons, si Yor, le chasseur du futur fut, d'après le propre fils de Margheriti, un succès inattendu Outre-Atlantique, celui-ci se fit surtout à son détriment, à l'image des trois nominations reçues lors de la quatrième cérémonie des Razzie Awards [1].

Grand, blond et musclé, Yor (Reb Brown) vit dans un monde préhistorique. Arborant un mystérieux médaillon doré, cet étranger sauve des griffes d'un vorace dinosaure herbivore la belle et jeune Ka-Laa (Corinne Cléry) et son protecteur Pag (Luciano Pigozzi). Accueilli et célébré comme un héros par leur village, la fête tourne court après l'apparition d'hommes des cavernes qui massacrent les habitants. Capturée lors de sa fuite, Ka-Laa est conduite vers le chef de la tribu, mais Yor réussit à s'introduire dans la grotte et la libère. Ka-Laa et Pag décident alors d'accompagner Yor et de le suivre à la recherche de ses origines...

Scalps - Werner Knox (Bruno Mattei & Claudio Fragasso) (1987)

Homonyme d'un des premiers films de Fred Olen Ray réalisé quatre ans plus tôt, ce Scalps signé par un mystérieux Werner Knox est, comme le signale magistralement l'affiche ci-contre, un western aux arguments solides, sinon prometteurs. Sans plus attendre, dévoilons l'identité secrète du, ou plutôt, des metteurs en scène qui se cachent derrière ce pseudonyme aux accents germano-anglophones, un duo qui marqua de son empreinte la décennie 80 par leur foi inébranlable dans le cinéma et le portnawak, en signant [1] des œuvres aussi subversives que Virus Cannibale ou Les rats de Manhattan : Bruno Mattei / Claudio Fragasso. Davantage réputés pour leur opportunisme et la qualité controversée de leurs productions, nos deux compères, responsables d'un précédent western nommé Bianco Apache sorti également en 1987, déjouent les pronostics cette année-ci avec un diptyque inattendu. Mieux, à une époque où le western spaghetti est mort et enterré depuis bien longtemps, Scalps devance de quelques mois, sans évidemment l'éclipser, le retour du personnage culte interprété par Franco Nero dans la séquelle Django 2: il grande ritorno, en proposant une héroïne vengeresse sachant manier l'arc et les flèches explosives. Tout un programme.

Tandis que la fin de la Guerre de Sécession signe la défaite des états confédérés, l'irréductible colonel texan Connor (Alberto Farnese) et sa poignée de soldats perdus résistent encore et toujours à l'envahisseur yankee. Dirigeant d'une main de fer son camp et les contrées aux alentours, le colonel brûle d'avoir une nouvelle maîtresse à ses côtés en la personne de Yari (Mapi Galán), fille aînée du chef indien Aigle noir (Charly Bravo). Pour se faire, ils demandent à ses hommes d'aller récupérer, de gré ou de force, l'objet de son désir en échange de quelques bouteilles de whisky, fusils et autres munitions. Las, devant le refus et l'obstination des autochtones, les soldats obéissent aux ordres reçus, et massacrent la tribu Comanche afin de leur rappeler, une toute dernière fois, qui est le maître des lieux. Désormais prisonnière, Yari est sur le point d'être conduite à son futur amant psychotique, quand celle-ci réussit à s'échapper et trouve refuge dans le ranch de Matt (Vassili Karis), un ancien soldat confédéré qui voue une haine envers les indiens depuis la mort de son épouse...

Ultime combat (Deadly Prey) - David A. Prior (1987)

Disparu le 16 août durant la post-production de son dernier long métrage Assassin's Fury, le réalisateur étasunien David A. Prior aura laissé une trace indélébile dans le cinéma bis. Davantage connu outre-Atlantique, l'homme fut pourtant l'un des artisans du genre, ou plutôt des genres. A partir de la moitié des années 80 et pendant une décennie, ce passionné, sous la multi casquette de scénariste réalisateur (voire producteur), fut l'auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés qui occupent la majeure partie de cette filmographie au service d'une série B louchant vers le Z. Si Prior dirigea au cours de sa vie plusieurs figures récurrentes et abonnés aux productions déviantes : Michael Ironside, Joe Spinell, William Smith, David Carradine, Charles Napier, Richard Lynch, Robert Z'Dar, Jan-Michael Vincent, Traci Lords et même Pamela Anderson, le réalisateur reste toutefois indissociable de son cadet, Ted, qui aidera jusqu'à cette triste fin son frère, à la fois devant et derrière la caméra. 

Longtemps inédit en DVD (le Blu-Ray sort aux USA le 13 octobre prochain), Ultime combat est sans conteste le film le plus marquant de la fratrie Prior, ce dernier ayant même droit, vingt-cinq ans plus tard, à une séquelle toujours signée par Prior, nommée Deadliest Prey, avec de nouveau la paire Ted Prior et David Campbell dans leur rôle respectif (l'année 2013 sonnant son grand retour après une timide réapparition dans les années 2000). A l'instar de Strike Commando mis en scène par l’inénarrable Bruno Mattei, et sorti la même année avec le sémillant Reb Brown, Ultime combat puise son inspiration du côté de la franchise Rambo, tout en y apportant une once d'originalité (osons le l'écrire), le scénario lorgnant également vers le classique des années 30, La chasse du comte Zaroff (1), ou quand un Rambo blond devient la proie de méchants mercenaires commandés par un colonel tout aussi sinistre. Mais n'allons pas trop vite.