Undisputed Attitude - Slayer : in punk we trust

Auteur du cultissime Reign in Blood, pierre angulaire du thrash metal, ou en 1986 l'un des albums les plus virulents jamais sortis, Slayer conclut cette mémorable décennie par les disques South of Heaven et Seasons in the Abyss, les trois albums précités complétant une trilogie thrash tout aussi culte.

1994, leur nouvel album prénommé Divine Intervention, avec pour la première fois en studio le batteur Paul Bostaph (intronisé durant leur concert au festival Monsters of Rock à Donington deux ans plus tôt), confirmait l'imperméabilité des quatre californiens en cette première moitié des années 90. Loin des appels du pied au grand public de leurs pairs Metallica et Megadeth, avec en sus de la part du guitariste Kerry King quelques propos plein de compassion et de gratitude envers Lars Ulrich ou Dave Mustaine, Slayer gardait le cap d'un thrash sans compromis.

Madball: NYHC

Dernièrement un collègue bloggeur s'amusait à tirer à vue ou plutôt réglait ses comptes avec les supposées erreurs de jeunesse, à savoir un album de Bad Religion sorti en pleine vague "punk" revival (les guillemets sont volontaires en passant... car classer the Offspring comme punk c'est comme mettre l'étiquette rock à Kyo).

Comme je faisais remarquer dans mon commentaire qui suivait ce savoureux post, ce combo représente l'archétype du punk de la côte Ouest selon moi, enfin celui que je n'aime pas, on est loin des DK, des Germs, de Fear, de Black Flag ou du premier LP des Suicidal Tendencies. Et finalement, la parenté de Bad Religion et des combos à la mode de l'époque n'est que légitime selon moi... maintenant le fait d'ajouter de la pop au punk n'a rien de putassier en un sens, mais c'est pas my cup of tea... Et puis bon, ça me rappelle mes années lycée, ceux qui faisaient les braves en écoutant du soit disant punk... mais qui ne connaissaient ni Anarchy in the UK ou White Riot... bonjour l'ambiance donc...

Ainsi aujourd'hui, intéressons nous au groupe de hardcore new-yorkais par excellence des 90's, ou comme la pochette l'indique (que j'aime beaucoup au passage), Madball. Alors pourquoi tout ce culte autour de ce groupe pourrais me dire le cuistre impertinent. A vrai dire, c'est déjà une affaire de famille, car NYC a connu dans les 80's l'émergence d'un groupe de hardcore au combien important, Agnostic Front avec comme leader le chanteur Roger Miret... et vous savez quoi? le chanteur de Madball, Freddy Cricien n'est autre que le frangin du garçon...

A l'origine Madball était une sorte d'échappatoire pour l'aîné, ce dernier tenant le rôle de bassiste, avec son cadet au chant, Vinnie Stigma à la guitare et Will Shepler à la batterie. Le groupe reprenait essentiellement des chansons du répertoire d'Agnostic Front plus quelques compos originales. Parallèlement à la sortie de plusieurs maxis (Ball of Destruction et Droppin' Many Suckers) nos quatre garçons vont écumer les scènes de la région et ainsi consolider leur réputation scénique. En 1991 le line-up se stabilise avec un nouveau guitariste Matt Henderson et le remplacement de Roger Miret à la basse par Hoya Roc de Dmize.

En 1994 sort leur premier LP signé sur le label Roadrunner Records (le même qu'un certain Biohazard) l'excellent Set It Off. Alors comme toujours, quid de cet album? A la différence d'autres groupes de hardcore, le son du combo se veut plus ample et épais... ceci dit à la différence du quarteron mené par Evan Seinfeld, on reste en territoire punk, même si Madball a signé sur un label metal et que ce dernier use de grosses guitares, on ne s'acoquine pas avec le thrash par exemple. Et puis autre particularité, les chansons ne se caractérisent pas par la célèbre maxime "à fond à fond à fond"... non Madball sait aussi ralentir son propos, et on s'aperçoit qu'ils excellent aussi dans le format mid-tempo, ce qui ne les empêchent pas d'écrire quelques pépites concises durant moins d'une minute. Hormis ça, les paroles sont dans la grande tradition du NYHC, à savoir engagées et brutes de décoffrage, tout en finesse en somme.

En bonus, une vidéo live de Set it Off trouvée sur Youtube, qui a défaut d'avoir une qualité irréprochable, nous montre le moshpit et l'ambiance d'un concert de nos amis new-yorkais.



Power of Soul - Idris Muhammad (1974)

Continuons dans l'éclectisme musical propre à ce blog, avec back to the 70's pour un des albums jazz que tout le monde devrait avoir écouté au moins une fois dans sa vie.

Avant de commencer, petit hommage à Creed Taylor qui non content d'avoir travaillé pour Verve et fondé d'un des plus fabuleux label jazz du XXeme siècle : Impulse (J. & A. Coltrane, A. Shepp, P. Sanders, Sun Ra, M. Brecker, A. Ayler...), fut aussi à l'origine d'un autre label certes moins prestigieux mais tout aussi important CTI (pour Creed Taylor Incorporated).

La force du label fut de concilier ces deux principes antagonistes succès critique et commercial. Pour se faire, Taylor signe des musiciens capables de rester fidèles à la grammaire jazz tout en allant de l'avant, enfin vers quelque chose qui soit plus dans l'air du temps, soit plus funky ou soul. Ainsi des jazzmen tels que Freddie Hubbard, George Benson, Antonio Carlos Jobim, Stanley Turrentine ou Grover Washington Jr (via la filière Kudu) vont graver les meilleures réalisations de CTI.

Mais en 1974, un certain Idris Muhammad batteur de son état grave un disque culte, d'une fluidité et d'une saveur incomparable, un disque qui mettra très (trop) longtemps à être réédité et qui influencera la musique urbaine des deux prochaines décennies, Power of Soul. Il faut dire que ce brave garçon a le rythme dans la peau, batteur pro dès l'âge de 16 ans, Idris jouera avec des pointures du R&B et du jazz funky et soul, comme Sonny Stitt, Lou Donaldson, Rusty Bryant ou Grant Green. Monsieur Muhammad tâtera aussi au mouvement libertaire en proposant son groove imparable à Pharoah Sanders sur Jewels of Thought en 1969. Au début de la décennie 70's, en plus d'avoir sorti ses deux premiers albums sur le label Prestige et en attendant de graver son premier abum pour CTI, Idris joue les sidemen pour deux figures du label, Stanley Turrentine et Grover Washington Jr.

Power of Soul, titre qui au passage devrait rappeler quelques bons souvenirs aux admirateurs de la dernière formation de Jimi Hendrix, à savoir son Band of Gypsys. Pour mener à bien son entreprise, la formation d'Idris aura dans ses rangs, le souffleur Grover Washington Jr, le guitariste Joe Beck, le trompettiste Randy Brecker, aux claviers et aux arrangements Bob James et enfin le percussionniste Ralph MacDonald.

Alors comment résumer ce disque ? Comme je le disais plus haut, l'un des aspects fascinants de cet album est la façon dont les musiciens ont rendu évidente, fluide, une musique qui justement est de prime abord complexe. On navigue donc dans un jazz gracieux entre funk échevelé, groove de première catégorie et une émotion propre aux meilleurs soulmen. A noter que deux années plus tard, Idris remettra le couvert avec House of the Rising Sun, mais ça, c'est une autre histoire...

Joe Zawinul 1932-2007

Décidément, ce blog ressemble de plus en plus à la rubrique des chiens écrasés... Et aujourd'hui, la faucheuse nous a pris qui? Et bien encore un grand jazzman qui a laissé son empreinte dans la musique du XXeme siècle, à savoir, monsieur Joe Zawinul.

A froid, on doit à ce pianiste de renom deux grandes contributions, la création d'un des grands groupes de jazz-fusion des 70's avec son accolyte Wayne Shorter, le Weather Report, et aussi rien que ça, d'avoir été musicien et compositeur pour les deux oeuvres jazz ultimes de l'année 1969, In a silent way et Bitches Brew pour Miles Davis.

Né en Autriche en 1932, il s'intéresse très tôt à la musique, apprenant l'accordéon à 6 et le piano à 12 ans. Déjà influencé par le jazz, il décide de rejoindre les USA fin 50's où il intègre la prestigieuse Berklee School. Il commence dès lors à se faire connaître par des musiciens de jazz de premier ordre tel que Maynard Ferguson, Dinah Washington et surtout le fameux joueur de saxophone alto, monsieur Cannonball Adderley. Avec ce dernier, en plus de composer pour son leader quelques uns de ses plus grands succès tel que Mercy, Mercy, Mercy ou Country Preacher, il va aussi suivre justement l'évolution que la jazz va vivre durant les 60's, à savoir la place de plus en plus importante que va avoir la soul sur le jazz, mais surtout l'arrivée de la fée électricité dans l'orchestration. En effet, Joe fit parti des premiers jazzmen à jouer du piano électrique dans les sixties, et d'aborder ainsi ce nouveau son et les nouvelles possibilités qu'apporte cet instrument.
Fin de cet décennie, un certain Miles Davis toujours à l'affût musicalement, découvrant Hendrix et le rock de la nouvelle génération, décide de débaucher ce fameux pianiste, histoire de graver les deux pierres angulaires du jazz-rock. On retiendra donc sa patte sur le morceau éponyme In a Silent Way ainsi que sur le morceau qui ouvre Bitches Brew, le mystérieux Pharaoh's Dance. Puis en 1970, Joe avec un autre ancien sideman de Miles, Wayne Shorter, fonde le Weather Report, groupe référence et pourtant atypique selon moi dans le paysage jazz-fusion des années 70. Tout comme Miles, on saluera le talent de Joe pour s'entourer, incroyable le nombre de musiciens talentueux qui graviteront autour du bulletin météo, les bassistes Miroslav Vitous, Alphonso Johnson, Victor Bailey et Jaco Pastorius, les batteurs Alphonse Mouzon et Peter Erskine, les percussionnistes Mino Cinelu et Airto Moreira.

Puis après la dissolution du Weather Report en 1985, Joe continua ses expérimentations entre la musique du monde et le jazz avec son fameux Zawinul Syndicate. Pour finir, Zawinul disait de son groupe Weather Report en parlant de son jeu avec le saxophoniste Wayne Shorter:" Chaque note compte... Nous tissons des mélodies et nous enflammons la scène". Tout est dit...
Pour les curieux, je ne vais pas vous proposer une chanson du Weather Report, mais plutôt l'enregistrement d'un concert du groupe donné durant le Montreux Jazz Festival en 1976 (avec donc le demi-dieu de la basse, Jaco Pastorius!!!) via un lien sur l'excellent site Mixdelux et pis une vidéo de 1978 d'un concert au Stadthalle Offenbach où l'un des morceaux les plus connus du Weather est joué, Birdland.



Weather Report - Live at Montreux Jazz Festival 1976

101.5 FM en deuil

Triste nouvelle ce matin, Jean-François Bizot le papa du magazine Actuel et de surtout la radio parisienne Nova (la seule qui compte à mes yeux et surtout à mes oreilles), est mort hier... le crabe a eu raison de lui...
Un grand merci à ce monsieur.
RIP.

Eyehategod: Sludge Metal from NOLA

Samedi dernier en lisant un post consacré à Fantômas, ça m'a fait penser aux Melvins, le groupe du guitariste de ces deux formations à savoir le touffu Buzz Osborne. Or mon cerveau vagabond a tout suite fait la corrélation avec un genre musical qui doit justement beaucoup au combo de King Buzzo...

En effet, il serait dommageable de résumer la musique rock provenant du Sud des USA par celle produite fin 60's-70's, avec comme fer de lance les excellents Allman Brothers band et les dispensables Lynyrd Skynyrd ou ZZ Top... Car fin 80's, de jeunes rednecks vont poindre leur nez et nous créer ce qui se fait de plus poisseux et rampant qui soit, le sludge, miam miam...

Alors quid de cette nouvelle étiquette musicale? Oh rien de bien très compliqué ma bonne dame, on pourrait résumer cette chimère par l'accouplement du doom metal pour la lenteur, la lourdeur et le désespoir, et le hardcore pour les vocaux criards et sa rugosité. Résultat des courses? Musique cynique, hautement misanthropique, voir totalement étouffante car chez certains, les traces d'humanité ont disparu depuis belle lurette...

Parmi les dignes représentants du style biberonné à Black Sabbath, Black Flag et les Melvins, on retiendra les gros bébés de Crowbar, Corrosion of Conformity et ceux qui nous intéressent aujourd'hui, l'un des plus extrêmes et torturés, Eyehategod.

Nos joyeux drilles se sont formés à la Nouvelle Orléans fin 80's avec comme assise le guitariste Jimmy Bower et le batteur Joey LaCaze. En 1990, nos 5 rednecks enregistrent la démo Lack of almost everything et signe en 1992 leur premier LP, le gentillet In the name of suffering. N'ayant eu qu'un budget minimal pour enregistrer leur première galette, le son est des plus crus... ce qui pourrait être des plus dommageables, un son primaire et abrasif, va finalement être un avantage pour leur style musical. Alors que doit on retenir de ce premier opus? Une saturation omniprésente, un style poisseux et maladif qui se voit transcendé par les vocaux torturés et les cris de notre bon Mickael Williams. On constate aussi à la différence de leurs récents albums plus stoner que le côté hardcore se veut plus présent par la présence de certaines accélérations bien senties. Bref, si vous êtes curieux, amateurs de crust, de doom ou de musique extrême en général, à écouter!

Et puis en attendant une prochaine chronique du combo, voici un clip tout aussi délicieux d'Anxiety Hangover de leur chef d'œuvre de 1996 Dopesick.


Let Love In: Nick Cave et la main droite

Méfions nous, je vous le dis, non pas de la main gauche sauvage et baladeuse mais de la droite plus perverse et toute rouge si l'on en croit le ténébreux Nick Cave...

Bref après un Henry's Dream lorgnant vers les bords d'un rock cabaret des plus insalubres, l'australien décide d'écrire un album débordant d'amour... Ouais enfin, on parle de Nick Cave précisément, donc ne vous attendez pas à la sensualité musicale d'un Julio Iglesias.

Alors quoi de neuf par rapport au précédent LP? Bah en fait, pas grand chose, hormis un côté encore plus léché (mais pas aseptisé!), il est vrai que cette fois-ci, l'évolution n'est pas flagrante. Ceci dit, ce stand-by artistique n'est pas une mauvaise chose en soi, car on a entre les mains l'un de ses meilleurs albums, et en tout cas l'un des plus accessibles, à conseiller fortement pour quelqu'un qui voudrait justement découvrir l'oeuvre du monsieur.

L'album s'ouvre et se clôt par un classique de Nick Cave, Do you love me? morceaux bouleversants s'il en est, avec une préférence nette pour la partie 2, plus épurée et mélancolique que jamais. On appréciera aussi au passage la qualité mélodique des morceaux joués au piano tel que Nobody's baby now ou la chanson qui donne son titre à l'album Let love in. Comme je le disais plus haut, Cave et sa bande nous offre surtout un florilège de leur savoir-faire, on a droit ainsi à quelques chansons rock bien relevées et crasseuses comme Jangling Jack ou Thirsty Dog. En parlant aussi précédement de non évolution, j'ai un peu menti car en fait le dramatique Ain’t gonna rain anymore nous annonce finalement l'ambiance du prochain album de Nick et de ses mauvaises graines, à savoir un recueil de balades macabres. Et puis comment ne pas oublier non plus l'hypnotique Red right hand où Cave nous narre une rencontre cauchemardesque et l'apocalyptique Loverman (qui sera repris plus tard par un certain Martin L. Gore et même Metallica).

En prime, deux clips celui de Loverman et celui de Do you love me? nous montrant qu'en plus de manier efficacement l'humour noir, Cave sait aussi jouer de l'auto dérision (ça me rappelle d'ailleurs le clip d'It's no good de DM dans un sens sorti en 1997 soit 3 ans après Let love in).





Soriba, virtuose de la Kora

Ça fait quelques temps que ce blog ne s'est pas intéressé à la musique africaine, honte à moi... ça commençait à manquer d'éclectisme musical dites moi, à sentir le renfermé en somme... Je serais tenté de me faire griffer ou fouetter en guise de punition... mais pas certain que ma réaction soit en accord avec les attentes du tortionnaire.

Alors aujourd'hui, je vous présente un grand compositeur et joueur de Kora monsieur Soriba Kouyaté. Alors quid de la kora? Cet instrument traditionnel est joué principalement en Afrique de l'ouest (Sénégal, Mali, Gambie et Guinée), proche d'une harpe-luth à cordes pincées, ce dernier était réservé habituellement aux griots. Soriba comme la majorité des virtuoses a appris précocement à jouer de la Kora, à l'âge de 5 ans par son père, qui fut un temps griot du grand président sénégalais Léopold Sédar Senghor.

En suivant son père à travers le monde, Soriba s'imprègne de différentes sonorités et n'hésite pas à se frotter à différents styles musicaux plus ou moins éloignés de la tradition musicale propre à son instrument (blues, jazz, funk, reggae ou musique orientale). Ce virtuose se fit ainsi connaître parmi les plus grands musiciens de la scène mondiale, tel que Dizzy Gillespie, Salif Keita, Paolo Fresu ou Peter Gabriel, tout de même!

En 2003 sort son album live au célèbre festival de jazz de Montreux avec comme sidemen le trompettiste Matthieu Michel plus milesdavisien que jamais, le bassiste Linley Marthe et le percussioniste Jöel Allouche. Au cours de ce concert magique le quartet reprends différents thèmes issus de la musique traditionnelle de l'Afrique de l'ouest, deux compositions originales ainsi que deux standards Autumn Leaves (c'est à dire les feuilles mortes de Prévert/Kosma) et le célèbre All Blues de Miles Davis sorti sur l'ultime Kind of Blue.

En ce mardi, je vous propose comme extrait sonore le titre Bani qui clôt ce concert, chant traditionnel mandingue qui narre la guerre entre les Peulhs musulmans et le roi païen N'Kaabu à la fin du XIXeme siècle à travers la figure héroïque du roi Janké Wali (rien que ça ^^'). En cadeau, un extrait vidéo (bien trop court) d'un concert du maître avec Paolo Fresu lors du festival Rio Loco.


Bad Moon Rising - Sonic Youth


Après un Confusion is Sex bruitiste et radical à souhait, Sonic Youth sort son nouveau LP en 1985, et contrairement à ce que j'ai pu lire sur un site, ce nouveau disque est loin d'être anecdotique, ne verse pas dans le bruitisme primaire. A croire que les premières œuvres du groupe ne sont connues que grâce à leurs disques postérieurs plus pop. Remarquez j'ai souvenir d'un article de ces derniers datant début des 90's qui classaient la jeunesse sonique comme du heavy metal... Sic.

Bref, à la différence de Confusion is Sex ce nouvel album des Sonic Youth est moins opaque, mais ne croyez pas qu'on perd en radicalité, au contraire on gagne en subversion :p. De plus, le groupe montre son goût pour les textures, la saturation oui, mais au profit des ambiances hypnotiques (alors l'histoire du bruitisme primaire hein...). A ce propos, lors de la réédition Geffen eut l'idée de rajouter le EP Flower, on ne peut que les remercier vu la qualité du bébé... raaaaaah Satan is Boring... Mais pour cette chro, je me focaliserai seulement sur le LP original car Flower mérite une chronique à lui tout seul...

L'album s'ouvre par le morceau Intro... étonnant, non? Mais qui fait parfaitement le lien musicalement avec la chanson Brave Men Run et sa fausse mélodie pop avec au chant Kim Gordon avant de se terminer sous quelques larsens amenant le ténébreux Society is a Hole. On note que pour l'introduction du fabuleux I love her all the time la bande à Thurston Moore rend encore un hommage au groupe d'Iggy Pop, puisque cette fois ci, on a droit à un sample du Not Right du premier album des Stooges. Ce morceau montre aussi justement le savoir faire du groupe à installer des mélodies torturées sous couvert de saturation... d'autant plus qu'on s'attend à juste titre à une pluie de larsens durant les quelques breaks du morceau, alors qu'en fait, non... me sentirais presque frustré moi... si c'était pas si bien fait. Pour l'instant donc, le bruitisme primaire se fait toujours attendre.

Puis comme son nom l'indique, viens le fantomatique Ghost Bitch et sa longue plage instrumentale introductive, qui fait la part belle à un dark ambient joué par des guitares abrasives. La fin de l'album se veut légèrement différente avec un I'm Insane presque industriel et son final délicieusement saturé. L'album se clôt par le culte Death Valley '69 (Charles Manson n'étant pas si loin) avec en guest la non moins cultissime Lydia Lunch.



Pink Floyd: You Gotta Be Crazy

Encore plus que pour le clip de mardi dernier, à moins de n'y connaître que dalle en musique, l'album avec le prisme et le spectre de la lumière, appelé plus communément Dark Side of the Moon doit dire quelque chose à pas mal de monde... Album de la démesure, qui permis du jour au lendemain de rendre les membres du groupe millionnaires, Dark Side restant même 15 ans dans le billboard! Certes, il serait regrettable de ne retenir que les chiffres de vente de cet album (30 millions, ava...) mais en même temps, n'étant pas mon album préféré du Floyd, loin de moi l'idée de faire une tonne de compliments...

Album qui définie le mieux le Floyd nous dirons, le plus convenable aussi, le meilleur pour tester les qualités d'une chaîne hi-fi surtout... et à part ça? Mouais, la dernière remarque est volontairement provocante et de mauvaise foi.

Bref durant l'année 74/75, le groupe tourne à plein régime et au lieu de surfer complètement sur quelque chose de prévisible, les Pink Floyd décident d'entamer leur concert chaque soir par presque une heure de musique inédite. La set-list restant toujours la même, les concerts s'articulent en deux parties, la première inédite, avec dans l'ordre de passage les chansons suivantes: Raving & Drooling; You Gotta Be Crazy; Shine on You Crazy Diamond part 1; Have a Cigar et Shine on You Crazy Diamond part 2. La seconde partie étant la plus attendue du public à savoir, l'intégralité de l'album Dark Side of the Moon, puis en rappel le classique Echoes, mais cette fois ci contrairement aux versions studio ou live antérieures, le saxophone est de la partie (rappelant ainsi finalement le son de l'album de 1973).

Les quelques connaisseurs du Floyd reconnaîtront que dans la première partie inédite, on aperçoit deux chansons qui apparaîtront dans Wish You Were Here, LP qui sortira en Septembre de l'année 1975. Ceci dit, les deux autres titres apparaîtront aussi dans un autre album du Floyd le mésestimé Animals sorti deux années plus tard (à l'origine ils devaient aussi faire partie du LP de '75). Sauf qu'entre temps, les paroles de Raving & Drooling et You Gotta Be Crazy vont changer (tout comme leurs titres, Sheep et Dogs), pour s'inscrire dans la thématique du roman de George Orwell, La ferme des animaux. D'ailleurs, passage à la trappe qui ne sera pas du goût du guitariste David Gilmour... et si vous ajoutez à cela le despotisme de Waters, ça commence à sentir la discorde (ou le paté selon les affinités du lecteur) au sein du groupe...

Rooty: To my green fairy

En attendant les joies d'admirer une mer grise-bleue demain, petite ode à toutes les cinglées, celles qui ont un grain, dont une en particulier...

Deux ans après un Remedy détonnant dans la planète house, le duo Ratcliffe & Buxton nous sort enfin une suite, Rooty, en 2001. Même si le précédent avait vocation à plaire aux clubbers, ce second LP est encore plus destiné à faire la fête... ce qui explique peut-être pourquoi j'ai eu plus de difficulté à rentrer dedans contrairement à Kish Kash au début. Mais bon, toussa n'enlève rien aux qualités de la dite galette, bien au contraire, car comme toujours chez cette paire de DJs producteurs, on a droit à un album diversifié.
Ainsi musicalement, Ratcliffe & Buxton nous gratifient toujours autant de musique profondément sexy tels que SFM, le bien nommé Jus 1 Kiss ou l'obsédant et moite Get me off. Comme sur Remedy, on a droit à quelques interludes toujours aussi bien senties en guise d'avant propos comme Kissalude et Freakalude en intro de l'acid house Crazy girl. Le duo n'oublie pas non plus de sampler quelques musiciens plus ou moins obscures pour la jeune génération, tel que Kenny Baron sur Do your thing ou les Tijuana Brass (si vous voulez briller dans les dîners mondains, sachez que le leader de cette formation, Herb Alpert, n'est autre que l'un des fondateurs du label A&M, vous savez maintenant d'où vient le "A" ;)) sur Broken Dreams. Finalement, comme sur le précédent LP, Basement Jaxx clot le disque sur une chanson calme, histoire de refaire tomber un peu la vapeur, avec le minimaliste et excellent All I Know.

On notera aussi le grand soin apporté par le duo à leurs clips, tel que le groovy Romeo et sa parodie des productions made in Bollywood ou celui d'un de leurs plus gros tubes Where's Your Head At? et ses petites expérimentations sur nos amis les primates...
En ce mardi, en guise de dédicace pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète, le clip de l'énorme Where's Your Head At? basé sur un sample de Gary Numan.


Horace Andy: un rasta, une reprise et un soleil couchant

Pour clore cette thématique, quoi de mieux que la chanson qui vient immédiatement à l'esprit quand on vous susurre à l'oreille le mot "sunshine"... oui la fameuse chanson de Bill Withers, Ain't no Sunshine. Sauf qu'il aurait été trop facile de vous proposer l'original, connu par toutes les personnes de bon goût (quota provocation ^^'), donc intéressons nous à un artiste qui en fit une reprise dans les années 70, Horace Andy, deux après la sortie de l'original, en 1973 sur son album You are my Angel.
A vrai dire, et je ne dois pas être le seul je suppose, j'ai entendu parler d'Horace Andy quand ce dernier fit parti des guests sur les albums du collectif de Bristol, Massive Attack. Ceci dit, pour les autres, aficionados du reggae roots, Horace est loin d'être un inconnu. Déjà, la particularité qui marque le plus l'auditeur, c'est justement l'organe vocal du garçon, une sorte de Jimmy Scott en provenance de Kingston en somme.
Horace Andy commence dans la musique relativement jeune puisqu'il commence à enregistrer son premier single à l'âge de 16 ans en 1967. Mais il faudra attendre 1971 pour qu'Andy fasse son trou grace au producteur Coxsone Dodd (c'est même ce dernier qui lui donna le patronyme "Andy" pour se démarquer du cousin d'Horace, le chanteur de ska, Justin Hinds, et rendre un hommage indirecte à l'ancien chanteur des Paragons, Bob Andy).

Max Roach RIP

Bon je viens d'apprendre une triste nouvelle, le monde du jazz est en deuil, monsieur Max Roach vient de mourrir. snif... Après le géant qu'était Elvin Jones, voici donc l'un des batteurs les plus talentueux et charismatiques qui vient de tirer sa révérence.

Parmi le CV de ce géant, on retiendra qu'il joua à ses débuts avec les étoiles du bop, comme Charlie "Bird" Parker ,Thelonius Monk ou Dizzy Gillespie. Puis ce génie de la percussion joua ensuite avec la valeur montante de la jeune génération, Miles Davis, pour qui il enregistra le culte Birth of the cool, puis ensuite le suivi ainsi que les musiciens qui graviteront plus ou moins autour, dans ce qu'il deviendra le hard bop tel que Sonny Rollins.

Pis Max cultivait l'éclectisme, jouant ainsi avec des jazzmen tel que Stan Getz, Charles Mingus, Duke Ellington ou Clifford Brown. En 1958, sa conscience politique se montre au grand jour en s'engageant activement pour la défense des droits civiques des afro-américains, à ce titre on retiendra son manifeste We insist! Freedom Now Suite en 1960, brûlot montrant son intérêt pour la toute jeune scène free jazz. Puis après son mariage avec la sublime Abbey Lincoln, Max joua avec les musiciens d'avant-garde Archie Shepp, Cecil Taylor ou Anthony Braxton dans les 70's et forma aussi M'Boom, une formation entièrement comprise de percussions. Ce génie toujours à la recherche de nouvelle expérience tenta ainsi la rencontre entre un quartet jazz avec celui d'un quatuor à corde dans les 80's.
Max Roach est mort dans son sommeil à l'âge de 83 ans des suites d'un cancer...

RIP.

Cream: un soleil, des hippies et un chou (à la crème?)

Depuis juillet, la chaîne franco-allemande officiant sur le canal numéro 5 s'amuse à faire revivre le summer of love, alors j'y vais de ma petite contribution. Encore que... à noter que ça colle surtout avec la thématique abordée par François Deguelt. Besoin d'un petit flashback (petit clin d'oeil aux fans d'Imagination)?

Comme le résumait parfaitement l'ami François, "il y a le ciel, le soleil et la mer"... pour le premier j'en fais mon affaire la semaine prochaine, pour le second, ai je besoin d'être plus précis pour vous définir le thème abordé cette semaine?

On n'est pas là pour jouer les agents comptables, mais force est de constater que la chanson de Cream, Sunshine of your Love fait partie des chansons labellisées hit de l'année 1967, une chanson culte pour un album qui ne l'est pas moins au passage, Disraeli Gears (encore que l'album n'est sorti qu'en novembre '67 donc pour l'été de l'amour on passera... m'enfin bon...).

Alors quid du groupe Cream, bref petit cours d'histoire musicale pour celles (et ceux) qui n'en voient que par les années synthétiques (je vise personne en particulier là... quoique...). Alors Cream fut connu comme le premier power trio du rock (cela dit les fans du talenteux irlandais Rory Gallagher lui donne la paternité de ce type de formation avec son groupe Taste... mouais petite querelle pour animer les longues soirées d'hiver pour rock critiques bedonnants). Et dans cette formation, là aussi on a du beau linge! D'ailleurs pour continuer dans le pinaillage, on peut aussi considérer Cream comme le premier supergroupe de l'histoire du rock, à savoir Eric Clapton, Jack Bruce et Ginger Baker. A noter que Clapton était déjà à l'époque loin d'être un inconnu, le premier bluesman blanc estampillé made in by perfide Albion même, tout juste sorti de ses expériences avec les mythiques Yardbirds et les Bluesbreakers de John Mayall.

Bref après un très bon premier album teinté de blues et de rock sort en novembre '67 le deuxième album de Cream, Disraeli Gears, qui cette fois-ci ajoute une bonne louchée de psychédélisme dans ce blues-rock racé. Et vous savez quoi? On tient dans les mains un des meilleurs albums de cette année 67! La science guitaristique de sieur Clapton fait des merveilles, le talent de compositeur et de chanteur de Jack Bruce fait la différence et Ginger Baker derrière ses futs va marquer à jamais une future générations de batteurs fous. Parmi les pépites, on retiendra Strange Brew qui ouvre le LP, Tales of Brave Ulysses (et sa fameuse wah-wah), We're going wrong, l'enchanteresque Dance the Night Away et bien sur la chanson qui nous intéresse en ce mardi, le cultissime Sunshine of your Love.

C'est d'ailleurs sans doute le titre le plus reconnaissable du trio, un riff qui ne vous quitte plus, et la batterie de Ginger massive et inspirée par le rythme tribal de la musique amérindienne. Bref avant l'heure, on a finalement quelque chose qui ressemble au premier tube de heavy metal avant l'heure (Black Sabbath a du pas mal écouté Cream). Mais ce ne furent pas les seuls, puisque le célèbre gaucher repris Sunshine plusieurs fois durant ses concerts entre 1968 et 1969. On notera d'ailleurs au passage que c'est à partir de cette époque que les concerts du trio ressemblèrent de plus en plus à des jam sessions, avec des titres allant jusqu'à 20 minutes (vu le background des garçons, y'avait pas de soucis à se faire).

Nils Petter Molvær: un bistouri, des bivalves et Miami...

Décidément les séries US inspirent mes posts... ou c'est l'inverse, n'ayant plus d'inspiration je me raccroche à mon quotidien de raté.

Alors après mettre penché sur le cas, "je résous des affaires vieilles de plus de cinquante ans, rah la vache on est trop fort à Philadelphie", changeons de registre voulez vous... Maintenant, à nous le soleil, les bimbos, le luxe, Sony Crockett (zut c'est pas la bonne série ^^'), non je voulais dire le duo improbable, l'étalon Christian Troy et le boy-scout Sean McNamara... bref la série Nip/Tuck... En effet, lors de l'épisode de la semaine dernière, v'la t'y pas que j'entends la musique d'un trompettiste norvégien... Déjà, la saison 4 vaut son pesant de cacahuètes, il nous manque plus qu'une touche de fantastique et on pourrait bien se retrouver à Sunset Beach avec ma copine, la méchante Annie...

Bref, lors du dit épisode, j'eus le plaisir d'entendre deux morceaux de Nils Petter Molvær issus de son premier album en tant que leader pour ECM, l'excellent Khmer de 1997. Alors pourquoi cet intérêt pour ce musicien de jazz scandinave?

Comme d'autres musiciens compatriotes tels que Audun Kleive, Eivind Aarset ou Bugge Wesseltoft, Nils Petter jette un pont entre le jazz et la musique électronique. J'eusse pu utiliser le terme qui fut en vogue il y a quelques années d'electro-jazz... mais en fait non. En effet, à cette définition, qui n'est finalement pas plus putassière que jazz-rock par exemple, il faut différencier le jazzman qui utilise des effets électroniques tout en restant dans un approche jazz, et le musicien issu de la scène électro, un DJ en somme, qui va sampler ou même faire appel à quelques jazzmen pour mener à bien son entreprise... Que Blue Note signe finalement St Germain, y'a pas de honte en soi, enfin y'en a plus, ils ont bien signé Norah Jones, donc de toute façon..., puis ils risquent plus de retrouver leur aura légendaire qu'ils avaient dans les années 50-60, de ce fait autant mettre du beurre dans les épinards... Et ils nous avaient déjà fait le coup dans les 90's avec US3 donc...

Enfin tout ce gloubi-boulga pseudo-élististe, pour appeler un chat, un chat... donc Nils ne joue pas dans la catégorie, jazz-house, mais fait bien du jazz, certes pas très académique, mais qui s'en soucie?

Parmi les trompettistes de jazz, difficile de faire l'impasse sur l'influence d'un Miles, et c'est ce qu'on très bien compris Molvær ou Truffaz. Attention, je ne parle point de la manière de jouer, même si forcément il y a des similitudes, non comme le prince of darkness, ces deux jazzmen savent humer l'ère du temps, non par opportunisme mais juste pour ne pas s'engluer dans la routine, pour aller de l'avant! Ainsi, à la différence d'un Truffaz qui va incorporé des rythmes drum & bass dans sa musique (mais qui seront joués en live par le batteur Marc Erbetta, aucune boîte à rythme je précise), Molvær n'hésite pas à utiliser l'art du sample dans sa musique et y incorporer ainsi des éléments issus de l'ambient, de la house mais aussi du hip-hop (en live on verra ainsi un DJ lors de ses prestations scéniques). Et c'est vrai que l'apparition de Khmer sur ECM fut tout de même une surprise, agréable voire même surprenante, autant pour l'artiste que pour le label en passant, prouvant ainsi qu'ECM n'était pas que le label où jouait Keith Jarrett...
Pour continuer de jouer avec le sable, voici donc en ce mercredi l'un des extraits qui est passé dans Nip/Tuck, Access - Song of the Sand I, où le travail du guitariste Eivind Aarset n'est pas sans rappeler au bon souvenir d'un Robert Fripp à l'époque où ce dernier s'acoquinait avec un certain Brian Eno...

A scene at the sea : les bivalves ne savent pas farter...


Quand un artiste protéiforme connu pour être à la fois le Guy Lux nippon et réalisateur de deux films coups de poing (Violent Cop et Jugatsu) décide en 1991 de tourner un film consacré au surf, à quoi pouvons nous nous attendre ?

De mémoire, quand Hollywood s'est intéressé de près ou de loin à la culture surf, deux choix s'offrait à nous : l'approche rigoureuse faite par John Milius en 1978 avec son Big Wednesday avec les tout jeunes Jan-Michael Vincent (encore sans son hélicoptère) et Gary Busey (à cette époque il ne jouait pas encore à se bruler l'avant bras pour épater la galerie), ou le blockbuster, Point Break, datant lui aussi de 1991, où les surfers jouent les as du braquage.

Kitano choisit une troisième voie pour nous décrire l'univers du surf. L'histoire nous relate la passion d'un jeune éboueur sourd et muet pour le surf après avoir découvert une planche abîmée parmi les ordures. Un synopsis qui confirme en somme cette approche non-hollywoodienne.

Le film permet à Kitano de développer dans un premier temps les atmosphères contemplatives qu'on pouvait constater par petites touches dans ses deux premiers films (comme la cueillette des fleurs par exemple dans Jugatsu). Autre aspect qu'on retrouve très souvent dans le cinéma de Takeshi, mais finalement dans bon nombre d’œuvres réalisées par des insulaires, la place importante de la mer, et par extension la prédominance de la couleur bleu dans A scene at the sea.

Abbey is blue: Samedi, c'est Anna Marie

Après quelques jours passés hors de Picardie, puis après avoir subi ensuite un retour de flemme, pour le deuxième post de cette semaine, c'était mal parti... En plus depuis mercredi soir, je savais déjà qui serait ma muse, mais bon, comme nous rappelait justement le guignol de l'actuel premier président de la Cour des comptes et ancien candidat à la mairie de Paris, "quand ça veut pas... ça veut pas...".

Bref, mercredi soir, je zieutais d'un œil fatigué (donc pour ceux qui suivent, ça sous-entend que le second était fermé, passe que pour ceux qui l'ignorent, je suis pas encore borgne) une série US qui nous montre une fois de plus la supériorité de la police étatsunienne par rapport à celle de Kärcher 1er. Résoudre des affaires qui datent de 50 ans, moi je dis chapeau bas... De la part du producteur du chef d'oeuvre Pearl Harbor, que pouvais je attendre ceci dit? Enfin bon, durant cette épisode de Cold Case, j'eus l'agréable surprise d'entendre un morceau de la magnifique Abbey Lincoln (ce qui change car, en général, l'accompagnement musical de la série aurait tendance à ressembler à de l'ipecac, les fans du sieur Patton comprendront...).

Aujourd'hui ce petit post sera donc consacré à l'un des premiers classiques de la belle, Abbey is Blue sorti en 1959. Au départ, la jeune Anna Marie Woolridge se fit remarquer dans les années 50 dans quelques clubs... pas ceux des quartiers brumeux, mais plutôt ceux où on vous sert à manger... oui la mythologie jazz en prends un coup lol... En 1956 en plus d'enregistrer pour Benny Carter, l'année suivante grâce à sa plastique et à son joli brin de voix Anna Marie, qui porte désormais le pseudo Abbey Lincoln, joue dans le film The Girl Can't Help It. S'en suit un contrat pour trois albums avec le label prestigieux de jazz Riverside. Dès le premier album pour le dit label, la patte d'Abbey Lincoln est présente, voix chaude et un all star band à tomber raide (et je vous parle pas de la pochette de That's him qui pour l'époque, en 1957, pfffffiou...). Et puis, ce qui explique aussi mon admiration pour la belle, Anna Marie est fan de la grande Billie... Ça crée des liens, forcément lol. Justement, bien avant son hommage sur disque durant les 80's, on note sur That's him la présence d'un classique de Lady Day, Don't Explain.

En 1959, sort ainsi le dernier album pour Riverside, Abbey is Blue avec toujours sa pléthore de musiciens prestigieux, Kenny Dorham, Wynton Kelly, Philly Joe Jones, Stanley Turrentine... et bien sûr celui qu'on ne peut difficilement omettre, puisqu'il se marieront en 1962, l'immense batteur, Max Roach. On note que l'album contient aussi la première version vocale du standard Afro Blue ainsi que d'autres classiques du répertoire tels que Softly, As in a Morning Sunrise, Lost in the Stars ou Come Sunday . Comme je le soulignais plus haut, la comparaison avec Billie Holiday n'est pas maladroite, on retrouve en effet la même fragilité, la même subtilité mais aussi la même conviction que chez Lady Day, Abbey vit sa musique. Finalement, à part le morceau Laugh, Clown, Laugh qui permet de faire tomber la pression, l'émotion brute est au rendez-vous, en particulier sur le poignant Brother, Where are you?

Dead Can Dance - Spiritchaser

Petit retour en arrière, en 1993, le duo Lisa Gerrard et Brendan Perry sort Into the Labyrinth, un des albums les plus connus et vendus du groupe qui synthétise parfaitement leur passé et nouvelles aspirations musicales. On retrouve ainsi tout le savoir faire du duo, une musique à la fois mystique, à la fois atmosphérique qui vient puiser sa source dans la musique liturgique ou tribale. Or l'apport des musiques du monde se veut de plus en plus important...

En 1996, le nouvel album de Dead Can Dance, Spiritchaser, débarque alors, après une mise en bouche Gerrardienne, Lisa sortant son premier LP solo, The Mirror Pool, l'année précédente. Parler de dégoût, semble fort, mais paradoxalement bon nombre de fans ont accueilli tièdement cet album. Les raisons sont multiples et leurs justifications sinon douteuses apparaissent comme celles du comportement d'enfants trop gâtés. Les voix de Brendan et de Lisa font désormais corps contrairement aux albums précédents où on ne comptait qu'un vocaliste par chanson. Grief pour certains car symbole du manque d'implication de la future diva world, Gerrard semblerait dès lors plus intéressée par The Mirror Pool. Ajoutons juste qu'au contraire les deux chantent enfin véritablement en duo sur un album. L'album est profondément ouvert aux musiques du monde, un voyage sonore qui emmène l'auditeur aux bords du Gange, en Afrique noire, sur le contient Sud-Américain et en Océanie. Fallait il entendre (encore) des (néo)chants liturgiques façon new age? Depuis le début  de DCD, chaque album du duo se veut différent, la paire ne cherchant en aucun cas la pure redite. Mauvaise foi de l'enfant gâtée.

Spiritchaser est l'album le plus ouvert du duo, et peut-être le plus authentique, le plus riche aussi (pas moins 5 personnes pour les percussions de Nierika). Le groupe n'hésite plus à développer son propos, étirant ainsi sans redondance ses partitions (Songs of the Stars dépassant ainsi les 10 minutes) avec le retour notable de la guitare de Perry, en particulier sur Song of the Dispossessed (annonçant ainsi son futur album solo, l'excellent Eye of the Hunter).

A (re)découvrir.

Gravest Hits: Lux Interior et Poison Ivy

Y'a quelques mois, je vous avais parlé du groupe de Glenn Danzig, the Misfits, à l'époque dans un genre relativement proche (cette attirance pour les films de série B voire Z et ce bon vieux rock 'n' roll), j'avouais que ma préférence allait surtout à un autre groupe américain The Cramps.

Avant tout, the Cramps, c'est surtout un couple de doux dingues, à savoir Erick Purkhiser et mademoiselle Kristy Wallace, plus connus sous ces joyeux pseudonymes: Lux Interior et Poison Ivy... Les deux futurs tourtereaux se sont rencontrés après que ce brave Erick ne prenne en auto-stop Kristy en 1972. Découvrant plus tard leurs goûts communs pour la contre-culture: films d'horreur de série B, des disques obscures de rockabilly des 50's, tout comme la surf music et le rock garage des 60's, ces derniers décident de former un groupe de rock (étonnant, non?).

Ceci dit, les bonnes idées, c'est bien gentil, mais ça prend du temps avant de les concrétiser. Il faudra ainsi attendre 1975 pour que le duo rejoignent la "grande pomme" et s'adjoignent les services de deux autres zicos. On notera une fois de plus pour ceux qui auraient la mémoire courte ce que fut le New York de ces années là, une véritable marmite bouillonnante gorgée de futurs grands noms de la scène punk made in NYC (Television, Patti Smith, the Ramones, etc...). Ainsi en travaillant dans le même magasin de disques, Lux fit la rencontre d'un autre employé Greg Beckerleg lui même porté sur les mêmes goûts musicaux, ni une ni deux, le petit nouveau baptisé Bryan Gregory sera le second guitariste du groupe (car à ces débuts, le combo avait la particularité de ne point avoir de bassiste). Petite anecdote en passant, qui n'est guère surprenante dans la mythologie punk (voire carrément cliché, il faut l'admettre), le sieur Gregory ne savait pas jouer au départ de la guitare...

Pour le poste de batteur, après avoir essayé la soeur de Gregory, puis une certaine Miriam Linna, le line-up se stabilise enfin avec l'arrivée de Nick Knox. The Cramps commencent ainsi à faire parler d'eux, dans les deux clubs cultes de NYC, le CBGB et le Max Kansas City, aidé il est vrai par les Ramones. Il faut dire que lors de leur premier show au CBGB en première partie des Dead Boys, le groupe eut la bonne idée de jouer avec des cordes neuves... et donc désaccordées! N'étant plus en odeur de sainteté, le combo fit ainsi ses armes dans le club new-yorkais connu quelques années plus tôt pour avoir eu en son sein les dernières représentations d'un Velvet Underground Reedien au bout du rouleau. Épaulé ainsi par les Ramones (pas étonnant ceci dit, ces derniers ayant les mêmes goûts pour la surf music et le rock garage des 60's), les Cramps sont de retour au fameux CBGB...

En 1978, sortent enfin leurs premiers 45 tours The Way I Walk et le fabuleux Human Fly qu'on retrouvera sur leur premier EP Gravest Hits. En 1979, les choses s'accélèrent et ils signent sur le label IRS où ils enregistrent dans le temple du Rock'n Roll, Memphis, leur premier LP, Songs the Lord Taught Us qui sortira en mai 1980. Suite au prochain épisode...

Pour terminer la semaine et entamer le week-end, une vidéo archi-culte d'un extrait de concert donné au Napa State Mental Hospital en 1978, qui n'est autre qu'un hôpital psychiatrique, où l'on pourrait trivialement penser que le plus fou n'est sans doute pas celui qui écoute les chansons.

The Cramps - Human Fly (Live at Napa State Mental Hospital en 1978)


Bill Withers: le Brassens de la Soul

Ouais bon, sous ce titre certes un peu raccoleur (ceci dit je vous expliquerai le pourquoi du comment), aujourd'hui mercredi, encore de la black music... mais pas du metal, de la soul, mouaaaaaarffff...

La première chose qui marque à l'écoute de ce grand monsieur, c'est l'humilité de l'artiste, tout en retenu, musique intime qui colle grandement avec le personnage. Faut dire, pouvait il en être autrement me direz vous? Car en matière de soul music, pour se démarquer les places sont chères! D'un côté vous avez les phénomènes tel que James Brown ou Otis Redding ou la grace androgyne d'un Marvin Gaye (merci au passage à celui qui m'a passé y'a pas si longtemps la vidéo de Marvin à Montreux en 1980). Bref, face à ça, m'étonne pas qu'un artiste comme Bill Withers ait pu faire son trou.

Alors avant d'être interrompu par moi-même, pourquoi divaguais je sur l'humilité du garçon? Et bien faut savoir qu'à la différence des autres, Bill fut bercé certes par la culture musicale afro-américaine, mais il ne fit pas parti de la grande famille du music-hall dès son plus jeune âge comme certains! C'est après 8 années dans la Navy, à 29 ans qu'il se destine véritablement à une carrière professionnelle. Encore que... il bosse le jour pour Boeing s'occupant de la tache au combien gratifiante de monter les sièges des toilettes pour les "navions"... Du coup, il travaille d'arrache pied la nuit pour composer et enregistrer des démos.

Finalement, Bill se fait remarquer en 1970 et signe avec Clarance Avant le boss du label Sussex à l'âge de 32 ans. Et dès le premier album, Just as I am sorti l'année suivante, on touche à quelque chose d'unique avec déjà son premier succès, le tube mélancolique et nostalgique Ain't no sunshine qui deviendra disque d'or et permis à Bill de remporter un Grammy Award dans la catégorie meilleur chanson R&B. Alors on pourrait penser que c'est le début du succès de Bill, et donc plus de soucis à se faire matériellement parlant et donc adieu Boeing... Que nenni, il ne lachera pas ce job tout de suite! Withers étant plutôt méfiant envers ce business, si ça rend pas encore plus sympathique le garçon, je comprend plus!

Alors sur ce premier essai, ce qu'on peut noter c'est déjà la maturité des compositions (vous me direz à l'âge où il a sorti l'album...). Alors certes, Bill n'a pas un organe à tomber raide, ni un jeu de scène tonitruant, mais il a une voix chaude et des plus sensuelles et comme pour sa musique, délivrée sans aucun artifice. L'originalité de ses chansons, enfin ce qui m'a aussi touché profondément, c'est la place prédominante de la guitare acoustique, instrument qui ne se trouve guère au centre des arrangements en général dans la soul music, le passé blues étant ainsi des plus présents. Ceci dit, ne vous attendez pas non plus à un aspect démo au niveau du son, ça reste excellemment produit, avec son lot de cordes pour vous tirer la chaire de poule.

En ce mercredi, un extrait donc du premier album de Bill Withers, nommé Hope She'll Be Happier au sujet au combien mélancolique avec encore un sujet de rupture au passage chez Bill, sa belle l'ayant quittée pour les bras d'un autre... Et en cadeau, la version live enregistrée au prestigieux Carnegie Hall le 6 Octobre 1972.

I can't believe that she don't want to see me,
We lived and loved with each other so long.
I never thought that she really would leave me,
But she's gone.