Cronico Ristretto: Brotherhood Of Sleep - Dark As Light (2011)

Il aura fallu attendre assez peu de temps [1] pour qu'apparaisse ce qui s'apparente déjà comme l'album stoner de l'année : le deuxième album des grecs de Brotherhood of Sleep intitulé Dark As Light. Une conclusion en guise d'introduction ? Par moment, le préposé déborde d'émotion, et a par conséquent du mal à contenir ses effusions passionnées.

Là où le pays nous avait surtout habitué dans les 90's a nous proposer des groupes de death metal atypique (Septic Flesh et Nightfall), débarque en provenance de la capitale hellénique au milieu des 00's un trio chantre du stoner instrumental du nom de la confrérie du sommeil tiré (sans nul doute) du John Carpenter's Prince of Darkness. Après un premier album éponyme sorti en 2009 où les trois musiciens (le guitariste Georges G., le batteur Serafim G. et le bassiste Danny A) faisaient déjà preuve d'une maîtrise indéniable, Dark As Light leur album datant du début d'année apparaît déjà comme l'album marquant de cette année. Après les danois de Causa Sui en 2009, les portugais de Black Bombaim l'année suivante, l'international stoner en 2011 s'offre de nouveau des ambassadeurs européens.

Atomik Circus - Didier et Thierry Poiraud (2004)

Un cas d'école de ratage et de déception comme le cinéma français a pu trop souvent nous le proposer dès qu'il s'agit d'un film sortant des sentiers battus... qui plus est pour un film de genre ? Voici les conclusions que cet Atomik Circus aurait pu récolter.

Dans la série long métrage mal produit et mal distribué, ce premier film des frères Poiraud est sinon l'archétype, tout du moins un bel exemple des dommages que peuvent occasionner la rencontre entre le cinéma de genre et d'investisseurs issus de la télévision française. On a encore du mal à comprendre comment TF1 a pu mettre des billes dans un tel film... par contre on arrive très bien à comprendre comment la chaîne a essayé de jouer les margoulins en vendant Atomik Circus pour ce qu'il n'est pas, une bonne grosse comédie française, quitte à saborder totalement un long métrage qui ne demandait pas un tel acharnement  [1].

The Last Starfighter - Nick Castle (1984)


Le laisser, là où il devrait rester, dans nos mémoires. En voilà une sage recommandation. Mais le préposé est un esprit libre, il ne se laisse dicter ses choix par personne, quand bien même ces derniers provoquent l'ouverture d'un coffret à souvenirs aux conséquences malheureuses voire tragiques...

Loin dans ses souvenirs de jeune amateur de films de genre, le long métrage de Nick Castle avait une place à part, du fait des bribes d'images qui lui restaient en mémoire et par ce fameux titre évoquant de près (surtout) ou de loin le film de George Lucas. The Last Starfighter, film oublié des années 80, seul rescapé d'une poignée de geeks issus d'un autre temps ? Pas loin... mais n'allons pas trop vite.

Alex Rogan (Lance Guest) avait tout du héros en devenir, homme à tout faire dans un no-man's land où ne poussent que des mobile-homes, le jeune homme multiplie les talents puisqu'il est aussi champion de Starfighter, nom de la borne d'arcade auquel il passe le plus clair de son temps...sa petite-amie passant quant à elle au troisième rang des priorités. Un soir après avoir pulvérisé le meilleur score du jeu devant son public de petits vieux en transe, Alex reçoit la visite plus surprenante de Centauri (Robert Preston), le créateur du shoot'em up. L'étranger l'invite en voiture aller faire un tour des environs, qui va très vite ressembler à un tour dans l'espace, l'automobile étant en vérité une navette spatiale. Centauri explique à l'incrédule yankee que le prétexte du jeu n'a rien d'imaginaire, le dénommé Xur et l'armada de Ko-Dan sont une réelle menace pour l'équilibre de la paix interstellaire, la "frontière" que doit défendre le Starfighter est bien réelle. Ce jeu vidéo n'était autre qu'un stratagème judicieux pour recruter un nouveau combattant...

Cronico Ristretto: Icon - Lento (2011)


Attendu depuis l'année dernière, le nouvel album de Lento est sorti en début d'année dans l'indifférence quasi totale. A charge pour le préposé d'activer de nouveau ses réseaux et son lobbying intensif...

Neurosis instrumental atmosphérique: l'expression avait été proposée en guise de raccourci pour définir cette musique paradoxale à la croisée d'un sludge massif, d'un ambient psychédélique et d'un hardcore des plus saturés.

Mars 2011, Icon le nouvel album des transalpins annonce une nouvelle mue, les influences du passé disparaissent pour laisser s'échapper une musique plus mature et réfléchie. Au delà de la formule bateau précédente, les romains auront passé une année dans leur studio pour y créer ce nouvel opus.
  

Cronico Ristretto : L'Épouvantail (Scarecrow) - Jerry Schatzberg (1973)

Dans la série duo marquant connu (hélas) des seuls cinéphiles, la paire Gene Hackman/Al Pacino fait aisément office d'exemple, figure inoubliable du cinéma étasunien des seventies en échos avec celui des vagabonds mythifié par le cinéma muet d'un Chaplin... et "accessoirement" film qui fut récompensé en 1973 par le Grand Prix au Festival de Cannes: L'épouvantail de Jerry Schatzberg.

Max Milian (Gene Hackman) sort tout juste du pénitencier de San Quentin, et n'a désormais qu'un seul souhait, quitter la Californie et joindre Pittsburgh pour y récupérer son argent et y créer une entreprise de lavages de voitures. Un personnage au caractère bien trempé, bagarreur et (sans transition aucune) aussi frileux qu'une jouvencelle (Max a en effet la particularité de porter plusieurs couches de vêtements/haillons sur lui). En faisant la rencontre de Francis Lionel Delbuchi (Al Pacino), jeune homme immature, ancien marin, et père d'un enfant qu'il ne connait pas, Max va très rapidement se lier d'amitié avec cet inconnu qu'il baptisera désormais Lion.
    

Meurtre d'un bookmaker chinois - John Cassavetes (1976)


Figure incontournable du cinéma indépendant étasunien, John Cassavates s’attela avec Killing of a Chinese Bookie (1976) à un sujet, qui ne peut laisser indifférent les amatrices et amateurs de film de genre. Un film noir, ou tout du moins son prétexte, qui permettra au réalisateur de Faces d'écrire et de mettre en scène, paradoxalement, un de ses films les plus personnels. Mais n'allons pas trop vite.

Cosmo Vittelli (Ben Gazzara) est le propriétaire à Los Angeles d'une boite de strip-tease prénommée non sans malice le Crazy Horse West. Ce passionné de music-hall, d’effeuillage et de jolies filles profite du paiement de sa dernière traite pour faire la tournée des grands ducs avec ses préférées dont sa petite-amie Rachel. Et une passion pour le jeu dévorante qui pourrait bien le mener à sa perte... Invité par l'un de ses clients occasionnels (Seymour Cassel) à venir jouer dans son casino avec un supposé crédit illimité, le piège tendu par le milieu est prêt à s'abattre sur Vittelli. Désormais redevable d'une dette de 23 000 dollars, Cosmo n'imagine pas encore l'étendue de la manipulation dont il est le jouet. Car si la pègre peut réclamer la propriété du club, celle-ci a d'autres intentions... La Mafia fait en effet une proposition qui ne se refuse pas, l'effacement de la dette de jeu contre le meurtre d'un mystérieux bookmaker chinois...

L'enfer des zombies (Zombi 2) - Lucio Fulci (1979)

Lucio Fulci, un nom connu des seuls initiés amateurs de chair sanguinolente à la recherche d'une AOC gore de qualité ? Ce serait oublier par exemple ses nombreux giallos réalisés au début des années 70. Mais la boite de Pandore fuclienne garde encore de nos jours un pouvoir de nuisance et de séduction intacte pour celui qui l'ouvrirait par mégarde (gare à l'imprudent qui découvrirait bien malgré lui le film d'aujourd'hui, un néophyte en proie prochaine à de multiples persistances rétiniennes et errements post-traumatiques [1]).

1979, L'enfer des zombies, que les producteurs ou distributeurs nommeront Zombi 2 [2], marque une date clé dans la filmographie du réalisateur romain. Premier film foncièrement gore de son auteur, annonçant la future trilogie débutée l'année suivante par Frayeurs…, cet enfer ne se résume pas à un seul concours de bidoche fraîche ou à procédé de margoulins qui voulait le faire passer comme une séquelle du Zombie de George Romero. Mais n'allons pas trop vite.
 

Hell Driver (Drive Angry) - Patrick Lussier (2011)

A quoi reconnait-on un grand acteur ? A sa capacité à surprendre ? Nicolas Cage, l'homme par qui le scandale capillaire arrive, celui qui ose maltraiter ses maigres cheveux pour mieux habiter ses rôles, nous livre de nouveau une performance poignante dans son nouveau film, que les distributeurs franchouillards ont eu le bon goût de renommer Hell Driver. De quoi nous faire patienter avant la suite des aventures du flamboyant Johnny Blaze ? On peut l'espérer.

John Milton (Nicolas Cage) est souffrance, John est douleur, mais Milton est surtout vengeance. Sa fille bien-aimée vient d'être assassinée par une secte satanique. Pire, sa petite-fille nouvellement née va devoir payer les errements de sa génitrice, ex-adepte et adoratrice du grand bouc. Être sacrifiée à la gloire d'une nouvelle ère, en voici un beau destin, mais qui n'est pas au goût de grand-papa... au détail prêt que Milton, futur bouffeur de satanistes en toc, devra s'évader de sa prison actuelle pour sauver la petite. Un pénitencier très chaleureux et en proie aux flammes : l'Enfer. Bref, Milton revient des morts et il est très en colère.

Cronico Ristretto: Inserts - John Byrum (1975)

Parmi les diverses recherches qui régissent la vie palpitante d'un préposé en cinéphilie, celle de trouver des films rares, de qualité acceptable et plus si affinités, reste l'une des plus accaparantes et néanmoins gratifiantes... tout du moins lorsque le dit long métrage appartient à cette catégorie. Or méfions nous des faux amis; l'aura culte d'un film est loin d'être en soi une raison suffisante. Le long-métrage britannique Inserts (Gros plan) avait pourtant de nombreux arguments pour constituer une proie honorable au tableau de chasse, en premier lieu son casting: un jeune Richard Dreyfuss post-American Graffiti et pré-Jaws, la belle Jessica « Phœnix » Harper post Phantom of the Paradise et dans une moindre mesure la paire Bob Hoskins/Veronica Cartwright [1]. Las...

Hollywood des années 30. Le réalisateur surnommé Boy Wonder (Richard Dreyfuss) vit reclus dans sa villa. Mis au ban par la Mecque du cinéma, peu enclin à supporter les divers excès, artistiques et éthyliques, de l'ex-enfant prodige, notre agoraphobe pestiféré des plateaux continue néanmoins de tourner... pour un public d'initiés, celui des "pervers syphilitiques" selon ses propres mots. S'enfonçant encore un peu plus dans un état d'ébriété avancé après les performances calamiteuses et l'intelligence limitée de son premier rôle masculin, la journée du cinéaste éthylo-porno vire encore un peu plus au fiasco après l'apparition du producteur en chef, Big Mac (Bob Hoskins).

Cronico Ristretto: Berlin 1885, la ruée sur l'Afrique - Joël Calmettes (2011)

Si l'existence de la conférence de Berlin (qui débuta le 15 novembre 1884 pour se conclure le 26 février de l'année suivante) est connue des spécialistes, son histoire et son déroulement le sont beaucoup moins. Quatre mois au cours duquel les grandes puissances européennes, ainsi que l'Empire Ottoman et les États-Unis, conviées par le chancelier allemand Bismarck, vont décider du sort d'un continent: l'Afrique. Si des comptoirs et territoires côtiers africains furent déjà annexés avant cette date par la France, le Portugal ou le Royaume-Uni, la conférence aura le privilège néfaste de codifier la future main mise ou l'exploitation de cette terra incognita, et bien sûr (les bienfaits de) sa mission civilisatrice (sic), sans qu'aucun africain ne soit invité à cette conférence...

Voilà environ un quart de siècle que l'idée trottait dans la tête du réalisateur Joël Calmettes, s'intéresser à cette page méconnue dont l'influence et les conséquences tragiques sont encore palpables aujourd'hui [1]. Or, si l'on connait bien la résultante de cette conférence, les débats et autres négociations restaient quant à eux introuvables. Calmettes se mit dès lors à la recherche des archives diplomatiques, trouvées à Coblence par des documentalistes. Le voile de l'histoire pouvait enfin tomber.

Lone Wolf McQuade (Œil pour œil) - Steve Carver (1983)

N'en déplaise aux (anciens jeunes) mécréants ne retenant de lui que ses anciennes aventures digestivo-dominicales, ses jeans moulants et son omnipotence (toutefois maintes fois démontrée), il fut un temps où les mots Chuck et Norris faisaient frémir d'effroi les cuistres, la racaille communiste et les terroristes barbus en tout genre. Rappelons nous, Chuck Norris était le dernier rempart du monde libre "combattant la haine... par passion de la vie" [1]. Soit un temps béni et révolu évoquant, aux aficionados de l'époque, la supériorité manifeste de notre rouquin barbu préféré. Or, si la formule parait (aisément) exagérée, le cinéphile déviant, fan des productions eighties de la sacro-sainte Cannon, pourra toutefois revoir sa copie, et mettre un temps en veille ses quelques rires sardoniques, après le visionnage de cet estimable Lone Wolf McQuade (Œil pour œil)... étonnant, non ?

Ce film signé Steve Carver, à qui l'on devait déjà deux années plus tôt An Eye for an Eye (Dent pour dent) toujours avec Chuck Norris [2], est en effet loin d'être la plante potagère que laissait trivialement supposer l'affiche de cette, finalement, divertissante série B. Sorti une année avant l'exploitation golano-globussienne [3], le film apparaît comme un véritable mélange des genres où se croiseront des influences hétéroclites provenant aussi bien du western spaghetti, du policier et bien évidemment du film d'arts martiaux... ajoutez à cela une femme fatale avec romance en option, Oeil pour œil s'affirme comme un véritable fourre-tout où la présence de Chuck Norris devient finalement assez surprenante.

Cronico Ristretto: 127 Hours - Danny Boyle (2010)


Avec un peu de retard, le préposé va de ses impressions à propos d'un récent films étasunien qui fut, comme le palmipède hypercalorique d’Aronofsky, en lice pour les Oscars de cette année [1].

Si on ne s’appuiera pas sur un avis critique qui englobe la filmographie de Danny Boyle, son évolution voire son intérêt, il n’en reste pas moins que sa dernière livraison 127 Hours donne matière à quelques divagations.

127 heures ou la durée du calvaire du dénommé Aron Ralston, ingénieur et alpiniste amateur, l’avant-bras droit coincé sous un rocher après une chute dans le Blue John Canyon dans le Parc national de Canyonlands en Utah. En résumé, six jours et cinq nuits avant de s’amputer avec un canif made in China le bras récalcitrant.
Au crédit du cinéaste anglais, soulignons et signalons la création d’un nouveau sous-genre (à ma connaissance), celui du survival statique… dont la nature même aura tendance cependant à être minimisé, la cause à de nombreux soubresauts épileptiques et autres effets visuels vains (à vous faire passer Tony Scott pour Luchino Visconti). Si l’utilisation de caméras numériques en vue de plonger le spectateur au plus près de l’action et du drame semble à propos par soucis de réalité, la copie technique est loin d'être aussi idéale. La technique dite du split-screen, quant à elle, ne dépasse en effet jamais sa fonction de gadget, d’autant plus vrai que Boyle ne l’utilise pas à bon escient [2].
 

Feral Songs For The Epic Decline - Bruce Lamont (2011)

Doit-on avouer non sans une certaine gêne que le dernier album des chicagoiens Yakuza, nommé Of Seismic Consequence et sorti en 2010, n'aura laissé que peu de souvenirs au préposé, à tel point qu'il ne sait plus si ce nouvel opus eut droit au moins à une écoute ou non [1]. Un oubli de prime abord quasi injuste tant le souvenir de leur disque Samsara (2006) avait mis en lumière le potentiel de cette formation, mais aussi, par la suite, un anonymat fruit d'un tassement avéré de leur part, les espoirs passés s'étant vite dissipés... Soit le moment propice pour le frontman de Yakuza de publier son premier album solo ?

Le réflexe premier serait de jouer la carte de la suspicion dès que le chanteur d'un groupe de rock lambda enregistre un album solo [2]. La jurisprudence (et les nombreux exemples qui en découlent) s'accorde en effet à minimiser l'intérêt qualitatif de ces disques, et par conséquent à les ignorer (voire à les railler quand l'anecdotique se mue par exemple en création prétentieuse). Alors s'agissant d'un groupe à consonance métallique, et sa cohorte de clichés lui collant aux basques tel le premier Phtirius inguinalis, peut-on blâmer le préposé ou l'auditeur innocent à remettre en cause son droit à l'information, et à vouloir ignorer tout disque solo provenant de n'importe quel brailleur [3] ?

Cronico Ristretto : Inside Deep Throat - Fenton Bailey & Randy Barbato (2005)

1972, un cataclysme secoue l'Amérique bien pensante de Richard Nixon, Deep Throat de Gerard Damiano débarque dans les salles obscures. Un petit film indépendant d'un budget misérable de 20 000 dollars tourné en moins d'une semaine dans un hôtel miteux de Floride qui deviendra l'un des plus gros succès du cinéma étasunien.

Un peu plus de trois décennies après sa sortie en salle, la chaine HBO eut l'idée judicieuse de produire un documentaire intitulé Inside Deep Throat, évoquant la création et le tournage de ce succès surprise, véritable pilier de l'âge d'or de la pornographie 70's. Une genèse à l'intérêt étonnamment mineur, disons moindre, comparée aux volets suivants, se focalisant sur l'hystérie et la véhémence disproportionnée des opposants, puritains en particulier, auxquelles le long métrage a dû faire face. Un documentaire divertissant (dans la grande tradition américaine des vingt dernière années ?) qui, néanmoins, n'hésite pas à souligner les zones d'ombre que cachait ce film, sa connexion et son financement mafieux, mais aussi et surtout le destin des protagonistes loin d'être préparés à tant de remous médiatiques... et judiciaires.

Black Swan - Darren Aronofsky (2010)


Le préposé était resté avec un sentiment très mitigé lors de sa dernière rencontre avec le cinéaste Darren Aronofsky, devait-il de nouveau se draper dans une méfiance légitime au regard de l'emballement médiatique et hors de propos [1] qui suivi la sortie du précédent The Wrestler ?

Convenu, le cinéma du réalisateur de Requiem for a Dream l'est-il devenu ? Si le terme parait volontairement fort, à dessein [2], ce cinéaste doué, à défaut d'être génial (on y reviendra), aura un temps fait naître nombres d'espoirs, raisonnés, ou non, après ses deux premiers longs métrages. Or, après s'être pris les pieds et les neurones dans un tapis mystico-miteux cul-cul la praline (stop n'en rajoutez plus), Aronofsky avait vu sa cote remontée en flèche après sa prévisible histoire de pugiliste à tête dur, apportant la preuve qu'il s'avère toujours payant de ressortir les vieilles recettes hollywoodiennes, tel l'éternel conte du loser magnifique. Nouvelle étape, Black Swan saute le pas, et emmène son auteur et le spectateur vers un chemin plus scabreux, moins subtil. L'originalité devient ainsi une denrée rare, surtout lorsque le long métrage lorgne du côté du cinéma (ultra) référencé.

Cri-Cri l'emmédaillé ou les hostilités du début d'année

A l'heure où les derniers (grands) retardataires fomentent en douce leur classement des meilleurs disques de l'année précédente, prétextant non sans raison que sortir un top à la mi-décembre répond certes à des impératifs, mais vous coupe en partie des sorties du dernier mois de l'année, le mois de janvier sera comme de coutume aller de pair avec sa pelletée de résolutions plus ou moins rancies ou jubilatoires (c'est selon).

Qui dit nouvelle année, dit éternel recommencement, nouvel embrayage. « C'est le grand cycle de la vie » s'époumona dans un dernier souffle le grand sage avant de succomber d'une christophemaéite aiguë. Christophe Maé ou l'un de nos nouveaux Chevaliers des Arts et des Lettres (1) récompensé pour sa création dans le domaine artistique, voire sa contribution apportée au rayonnement des Arts en France si on en croit les milieux concernés (''et dans le monde?'' me tance la petite fille du sage prompte à tacler les grognons. Ça reste encore à prouver, ma méconnaissance de l'aura francophone de notre néo-emmédaillé étant avérée, les plus altruistes pourront toujours souhaiter son exportation - lointaine - vers la Belle Province. Celle-ci nous a suffisamment refourgué par paquets de douze tant de talents émasculteurs, briseurs de gonades, que finalement pour service rendu, la France peut bien faire partager au Québec un peu de sa culture populaire... qui déborde).

Cronico Ristretto: Quiet Inlet - Food (2010)

En attendant de croiser le cuivre avec les sorties 2011, fermons (momentanément) le chapitre jazz de l'année passée avec cet autre album fraîchement signé chez ECM: Quiet Inlet du duo nommé Food.

Cette formation au patronyme pittoresque, bien que créée en 1998 sous l'aspect d'un quartet, devra attendre 2006 pour laisser apparaître son ossature finale, c'est à dire le saxophoniste britannique Iain Ballamy et le batteur norvégien Thomas Strønen, ces derniers invitant par la suite des musiciens à chaque nouvel album. Et Quiet Inlet ne déroge pas à la substantifique règle de la paire, les guests étant cette fois-ci le guitariste autrichien Christian Fennesz et cerise sur le gâteau bavarois [1], le trompettiste norvégien, Nils Petter Molvaer (rien de moins), les deux musiciens s'occupant également des effets électroniques.

Cronico Ristretto: Mountain Mocha Kilimanjaro - Uhuru Peak (2010)

Il aura fallu qu'un petit animal bondissant à la robe fauve tacheté de noir s'adonne au joie de l'Afrobeat britannique pour que l'auteur au style tortueux, chantre des phrases construites d'une manière trop alambiquée, décide de creuser un sillon similaire, se faisant l'écho d'une autre formation aux antipodes des préjugés assimilés à la nationalité des protagonistes: les japonais Mountain Mocha Kilimanjaro. Uhuru Peak, chronique ultra référencée pour une musique qui l'est tout autant.

Six énergumènes en costard cravate en provenance de Tokyo, habillés comme des gangsters, une progéniture déviante résultat des coucheries d'une bande de yakuzas tragico-grotesques signée par un Takeshi Kitano tribute band? L'analogie aurait été bien trop simple quoique plausible.

Malevil - Christian de Chalonge (1981)

Répudié par Robert Merle, auteur du roman éponyme originel, Malevil, le film, est l'adaptation « inspiré librement », dixit l'affiche et le générique du quatrième long métrage de Christian de Chalonge, de ce roman d'anticipation paru en 1972. De cette polémique à l'accueil mitigé qu'il reçut lors de sa sortie, Malevil aura surtout été la proie d'un malentendu qui perdure encore de nos jours en pareil cas lorsque quelques esprits sinon bornés, du moins rigides, veulent comparer stricto sensu un livre avec son adaptation cinématographique. Chronique paysanne post-apocalyptique située en plein Larzac, Malevil n'en demeure pas moins un OFNI dans le paysage hexagonal.

Emmanuel Comte (Michel Serrault), châtelain, viticulteur et maire de la commune de Malevil, s'apprête à embouteiller une de ses cuvées lorsqu'il reçoit la visite de plusieurs de ses adjoints dont son ami Colin (Jacques Dutronc) venus régler la question cruciale de l'emplacement du lampadaire jouxtant la pharmacie Bouvreuil. Une fois l'apothicaire calmé (et conforté dans sa petitesse), en gentilhomme du terroir, Comte propose à l'assemblée de déguster un peu de son vin lorsqu'une panne d'électricité survient, une panne s'apparentant plus à un black-out, la radio de Momo (Jacques Villeret) étant elle aussi étrangement réduit au silence... apparaît sous la porte une lumière intense, accompagnée d'un grondement assourdissant, et une chaleur étouffante, interminable. L'apocalypse nucléaire vient de s'abattre. Après un moment d'attente, de crainte, les premiers sortent et découvrent un nouveau monde, indescriptible ("Mais qu'est-ce que vous avez vu?"), en ruines, crépusculaire, pour seule présence, un épais brouillard de cendres. Les sept survivants devront dès lors s'unir et lutter contre cet environnement, se réadapter à une vie néolithique et se défendre contre les pillards et les autres humains...

Cronico Ristretto: Grumpf Quartet - Grumpf Quartet (2010)

Signé chez Noir Prod tout comme leurs cousins Mâconnais et zébulons bruitistes Ni, voici que débarque de Bordeaux le Grumpf Quartet et son premier album éponyme, ou la version complémentaire des quatre musiciens précités?

Formé en 2006, Grumpf Quartet prouve une fois n'est pas coutume que musique rock "sérieuse" ne rime pas forcément avec boursouflure... de la part d'un quartet cachant en fait un trio de musiciens (aguerris), on aurait dû s'en douter, non?

Si la recherche de structure alambiquées et autres plans complexes (et rajoutez y une bonne louche d'harmonies dissonantes) peut sembler vaine depuis plusieurs années, quand le renouveau math-rock et post-rock semblent avoir montré ses limites, la découverte d'une nouvelle formation œuvrant dans un style à la croisée d'un rock progressif ténébreux et d'un mathcore jazzy pouvait éveiller l'intérêt du chroniqueur, voire le rassurer à la lecture de titres tels que: Stravinsky on da rocks (clin d'oeil et jeu de mot à la Zappa?) ou Racine de deux (en attendant un Hypoténuse au carré?). Bref, les Grumpf avaient suffisamment de recul sur leur art (et des références/influences avouées prometteuses [1]) pour susciter plus d'une écoute [2].
  

The Devils - Ken Russell (1971)

The Devils de Ken Russell n'est pas un film pour tout le monde. Et si quarante ans après, la controverse et l'opprobre se sont taris, les qualités artistiques du long métrage étant considérablement reconsidérées, celui-ci garde néanmoins encore aujourd'hui un pouvoir de nuisance certain. Tant mieux.

Au XVIIème siècle, sous le règne de Louis XIII, le cardinal Richelieu craignant une révolte des protestants depuis leurs fortifications demande à son roi la destruction des fortifications alloués aux huguenots, tel Loudun en Anjou. Cette ville fortifiée est, depuis le décès du gouverneur Sainte-Marthe, mort de la peste comme bon nombre de Loudunais, sous l'autorité du prêtre Urbain Grandier (Oliver Reed). Homme d'église marié en secret à la dénommée Madeleine De Brou (Gemma Jones), si sa foi et son attachement à Loudun lui vaut le respect de la population, les protestants et les catholiques vivant en harmonie, il en n'est tout autre des notables, le père Mignon ou le magistrat de la ville.

Or cet ecclésiastique sexué ne laisse pas non plus indifférent la mère supérieure du couvent d’ursulines, sœur Jeanne des Anges (Vanessa Redgrave), atteinte d'hallucinations érotico-bibliques, au même titre que le reste de ses sœurs, toutes atteintes d'hystérie collective et profondément attirées par ce prêtre qu'elles n'ont pourtant jamais rencontré. Vexée du refus de Grandier de ne pas devenir leur nouveau confesseur, Jeanne l'accuse d'avoir abusée d'elle par l'intermédiaire de quelques diableries, offrant au baron de Laubardemont (Dudley Sutton), aux ordres de Richelieu, l'occasion de réduire à néant le bien trop gênant Grandier et les fortifications de Loudun, si un procès en sorcellerie venait à être ordonné.

Piranha II : les tueurs volants - James Cameron (1981)

Sur une île dans la mer des caraïbes, non loin de la Floride:

- Hum... Qu'est-ce que tu as mon chéri, je ne te plais pas?
- Si tu me plais énormément, mais comme ça, dans un bateau, ce n'est pas très commode.
- Alors le bateau n'est pas commode, la plage est pleine de sable, la chambre est trop airconditionnée [1].
- Je parie que c'est l'eau que j'ai bu à l'hôtel, elle ne devait pas être très très bonne.
- Mais non, tu es trop nerveux, voilà tout.
- Oui, oui, je crois que j'ai besoin de me détendre...
- Et bien on se détendra plus tard si tu veux bien. C'est idiot d'être venu jusqu'ici pour des prunes.
- Tu es sûre qu'il n'y a aucun danger.
- Ce sera merveilleux. Tu n'en reviendras pas...

Quant au préposé, lui non plus, il n'en est pas encore revenu. Premier long métrage de James Cameron, Piranha II, les tueurs volants traîne l'une des pires réputations du cinéma fantastique. Ou comment la séquelle d'une série B, qui permit de mettre en lumière le talent du génial Joe Dante, se transforma en une série Z qui risqua à jamais de mettre un terme à la carrière d'un cinéaste en herbe.

Cronico Ristretto: C.H.U.D. - Douglas Cheek (1984)

C.H.U.D. appartient sans aucun doute à une catégorie rare, celle des films fantastiques à caractère social s'inscrivant indirectement (ou non) dans la critique de l'Amérique Reaganienne, genre popularisé quelques années plus tard par le désormais culte They Live (Invasion Los Angeles) de John Carpenter.

Un soir à New-York dans le quartier de SoHo à Manhattan, une femme promenant son chien passe non loin d'une plaque d'égout... puis disparaît, attaquée par une créature définie plus tard par l'acronyme Cannibalistic Humanoid Underground Dweller (ci-joint l'affiche US avec la dite créature aux yeux lumineux... on y reviendra). Le lendemain, nous suivons deux récits en parallèle ayant pour point commun la vie souterraine new-yorkaise des laissés-pour-compte, celui de George Cooper (John Heard) photographe de mode reconverti dans le photo-reportage dont le dernier article avait pour sujet la faune précitée, et celui du Capitaine Bosch (Christopher Curry) devant faire face depuis peu à une série de disparitions inexpliquées dont la cible semble être justement les sans-abris.

Cronico Ristretto: Joe Kidd - John Sturges (1972)

Western réalisé à l'aube des 70's par le non moins réputé John Sturges [1] avec en haut de l'affiche, excusez du peu, Clint Eastwood et Robert Duvall, Joe Kidd n'en demeure pas moins un long métrage peu connu. A raison ? 

Joe Kidd (Clint Eastwood), ancien pisteur et chasseur de primes réputé, désormais à la retraite dans son ranch, fait un crochet par la prison du shérif de Sinola dans le Nouveau-Mexique après avoir été arrêté pour troubles à l'ordre public sous l'influence de l'alcool et braconnage dans une réserve indienne. Lors de sa comparution devant le juge le lendemain matin, l'homme de loi est pris à partie par des mexicains réclamant la remise en cause des terres appartenant aux nouveaux propriétaires gringos. Si cette révolte paysanne menée par Luis Chama (John Saxon) laisse de marbre Kidd, celle-ci est loin d'arranger les plus gros propriétaires terriens de la région tel l'omnipotent Frank Harlan (Robert Duvall).

Massacres dans le train fantôme (The Funhouse) - Tobe Hooper (1981)

Entre son adaptation du roman de Stephen King Les vampires de Salem pour la télévision et sa future collaboration avec Steven Spielberg sur Poltergeist [1], le cinéaste du retentissant The Texas Chain Saw Massacre, Tobe Hooper, signait avec The Funhouse (Massacres dans le train fantôme) en 1981 un nouveau film d'horreur loin d'être aussi facile qu'il n'y parait. Mieux, première collaboration du cinéaste avec un grand studio, ce quatrième long métrage, s'il ne déroge pas avec les usuels rendez-vous manqués de Hooper avec la critique et le public et autres malentendus avec ses commanditaires, s'écartait des slashers à la mode contrairement à ce que pouvait laisser transparaître son titre français racoleur. Mais n'allons pas trop vite.

Contre l'avis de ses parents, la jeune et farouche Amy [2] sous couvert d'aller au cinéma, va avec son nouveau petit copain Buzz et son amie Liz, accompagnée de sa tête à claques préférée Richie, à la fête foraine qui vient tout juste d'arriver en ville. Ainsi malgré le conseil avisé de son paternel lui rappelant les disparitions mystérieuses de l'année précédente coïncidant étrangement avec la venue de ces étrangers forains, les quatre adolescents partent s'encanailler loin de cette tutelle pesante et liberticide. A eux les joies de la fête foraine et son lot d'attractions jubilatoires tels que Madame Zena, diseuse de bonne aventure de son état (voire plus moyennant finance, mais n'allons pas trop vite...), du fameux freak show que toute bonne fête se doit d'offrir, ou de se faire frétiller la rétine à la vue d'une poignée de strip-teaseuses à la fraîcheur quelque peu flétrie [3], avant finalement de goûter au grand frisson dans le terrible train fantôme, lieu ou plutôt prétexte idéal pour rapprocher les corps d'adolescent encore en émoi devant tant d'émotions... débordantes.

Funky Front Covers IV

Si la dinde aux marrons est encore de rigueur dans l'imagerie populaire, il en va de même des désormais Funky Front Covers, passage obligé en ce lieu dès que les fêtes de fin d'année s'approchent. Voici donc pour la quatrième saison, le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts.


Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part Two


Dire que le messie doom Jus Osborn était attendu au tournant depuis le très passable Witchcult Today (2007) serait exagéré, tant le joyau sombre de son groupe Electric Wizard, Dopethrone, date déjà d'une décennie. Dix ans qui auront vu un solide album (We Live (2004)) coincé entre deux autres LP plus inconsistants (et inconstants), Let Us Pray (2002) et donc celui de 2007. Dès lors ce Black Masses allait-il sinon remettre en selle le dit sorcier, chantre des ambiances fumeuses et d'un psychédélisme noir où règne de main de maître la guitare hypnotique de son leader (amis de la formule ampoulée, bonsoir)? Electric Wizard, si on en croit les milieux informés, ceux là même champions dans l'art de sortir des expressions préconçues, serait l'un des, sinon, le groupe le plus heavy qui soit. Derrière ce superlatif stérile, véritable ligne de conduite à brasser de l'air propre aux metalheads de toute chevelure, se cache néanmoins une vérité. Le Wizard est doté d'un exceptionnel son épais, massif et ample, capable de remplir l'espace dès les premières notes, avec l'avantage certain de ne jamais verser dans la surproduction ou l’esbroufe sonore. Or Black Masses pourra en déconcerter plus d'un, tant le nouvel album se garde bien de creuser le sillon qui fit en partie la réputation de l'électrique sorcier. Osborn a regoûté à sa substantifique moelle, propose un son certes moins imposant, mais retourne à l'essentiel avec des compositions de nouveau inspirées, où les ambiances sales, nocturnes et incantatoires prévalent, l'album se clôturant comme il se doit par un instrumental menaçant, Crypt of Drugula.

Bilan de fin d'année d'un Doomster - Part One

A l'heure où les classements de toutes sortes commencent à fleurir sur la toile (1) et dans la presse, comme il fut convenu il y a quelque temps lors d'un échange avec Diane Cairn, voici la première partie de mon classement sans ordre (d'où le terme bilan) des albums doom et apparenté sortis en 2010 autres que le Eve des italiens d'Ufommamut (album metal de l'année), le Satan Worshipping Doom de Bongripper ou encore le dernier Monster Magnet. Une première partie consacrée à de jeunes formations où le psychédélisme aura le maître mot...

Fascination - Jean Rollin (1979)


Longtemps reporté pour cause de flemmingïte aigüe, voici donc la critique de Fascination en guise d'hommage au regretté Jean Rollin, récemment disparu le 15 décembre dernier.

Moins connu que ses précédents essais vampiriques, Fascination n'en reste pas moins un de ses longs métrages les plus accessibles et recommandables pour l'imprudent qui aimerait découvrir l'œuvre du sieur qui fut estampillé de manière triviale et un peu trop rapide par quelques rigolards "pape du Z français". Accessible et par conséquent (?) légèrement à part dans la filmographie du réalisateur de la Vampire nue, le long métrage s'écarte quelque peu du thème central cher au cinéaste pour en proposer une version alternative car suggérée. Rollin quitte le fantastique tel qu'on l'entend de nos jours pour revenir aux racines du genre, à la croisée du surnaturel et de l'étrange, dans le sillage d'un Edgar Allan Poe.

Les années 2000 à l'ombre des eighties

[Article précédemment paru sur Progressia]. 2010. Nous entamons depuis presque bientôt un an une nouvelle décennie et pourtant l'impression de vivre culturellement un éternel élan nostalgique n'en finit plus.

Si les années 90 avaient eu son lot de redites, celles-ci avaient au moins un mérite, l'envie de digérer voire de s'affranchir (modestement) des influences du passé pour en tirer un semblant de nouveautés, en particulier au niveau de la forme (trip-hop, grunge, big beat, etc.). Au contraire, la première décennie du nouveau millénaire n'a pas confirmé les faibles attentes qui restaient en matière d'émancipation musicale. Le changement radical qui devait ou aurait dû solder les comptes des dix années passées n'est jamais apparu. Et à défaut de coupure franche, tout juste avons nous eu droit à une évolution molle, ce que nos aimables politiques français nomment par le « changement dans la continuité »...

Twilight, chapitre III : Hésitation - David Slade (2010)

Ils sont revenus, ils sont tous là : Bella, la jeune constipée émotionnelle rêvant d'amour aux dents longues [1], le niaiseux bodybuildé Jacob et bien sûr le croisement réussi (?!) entre un topinambour et un vampire, Edward. Après un deuxième épisode qualifié poliment par nos soins de long métrage en demie-teinte [2], si le troisième n'était pas attendu au tournant par les cuistres railleurs, celui-ci devait tout du moins, sur le papier, répondre ENFIN aux attentes et autres frustrations du spectateur... tout du moins celles de son héroïne. Las, une fois encore, ce chapitre III pourra dans le meilleur des cas être considéré comme un film générationnel mou, raté, chantre d'une mièvrerie congénitale, à réserver en premier lieu aux pré-pubères [3] tant son traitement ne ressemble à rien, ou plutôt si, à une vaste mascarade orchestrée par un réalisateur tâcheron, aussi peu inspiré que Stephenie Meyer a pu l'être en écrivant cette relecture fantastico-foireuse du trio sentimental. Contrat rempli finalement, non ?

Résumé des épisodes précédents, après deux (télé)films à espérer pouvoir enfin goûter aux lèvres de sa tubercule scintillante préférée, Bella (Kristen Stewart) ne désire plus qu'une seule chose, appartenir au peuple de la nuit et tirer un trait définitif sur cette morne existence humaine sans saveur... pour vivre pleinement son amour et briller désormais de milles feux en plein soleil. Mais dans sa grande sagesse (ou archaïsme, notre presque centenaire faisant plus preuve au gré des chapitres d'une rigidité psychologique que d'une véritable maturité), Edward (Robert Pattinson), toujours réticent à transformer de la sorte son aimée, avait posé comme condition sine qua non en fin du précédent film celle du mariage, et plus si affinités.

Maniac - William Lustig (1980)

Le rôle d'une vie, voilà bien de quoi il s'agit, une fois regardé de plus près la filmographie de l'acteur américain Joe Spinell. Passé ses interprétations respectives et secondaires de Willi Cicci et de Tony Gazzo dans les deux premiers Parrain et Rocky, puis sa grotesque apparition en terrrrrible Count Zarth Arn dans le nanar SF transalpin Starcrash, difficile pour le cinéphile amateur de sensation forte de ne pas être ébahi et marqué pendant encore longtemps par le personnage joué par Spinell dans le film qui nous intéresse. Produit, écrit et interprété par lui-même, Maniac réalisé par William Lustig reste trente ans après son exploitation dans les salles obscures un monument du cinéma de genre, une œuvre influente dépassant allégrement la trainée de soufre qu'il laissa lors de sa sortie (film interdit au moins de 18 ans voire censuré dans de nombreux pays).

Franck Zito vit seul avec pour seule compagnie quelques mannequins de vitrine étrangement travestis. Hanté par des images du passé et par la présence imaginaire d'une femme dont la photo trône sur un autel de fortune, Zito (Joe Spinell) tue, mutile, scalpe à l'envie ses victimes féminines. En un mot, il sème la panique à New-York, les journaux faisant échos de la terreur qui s'abat dans les rues de la Big Apple. Mais un jour, Frank fait la rencontre d'Anna D'Antoni (Caroline Munro), une photographe de mode, une rencontre qui les marquera chacun de manière indélébile.

Cronico Ristretto: Mastermind - Monster Magnet (2010)

Dans la série des raccourcis rapides, laissons la place à une autre plaie du chroniqueur musical, les conséquences malheureuses que pourraient provoquer l'écoute distraite d'un album. En d'autre terme, s'il ne faut jamais (totalement) se fier aux idées préconçues, il en va de même pour la première écoute d'un album et du sentiment mitigé qu'il peut engendrer, qui plus est lorsque vous gardez en mémoire les premiers méfaits de la formation, sans tenir compte de l'évolution du dit groupe, évolution que vous n'avez de toute façon pas suivi depuis belle lurette.

Si à une époque bénite [1], le groupe de Dave Wyndorf avait réussi à conjuguer les plages space rock d'un Hawkind avec la pesanteur d'un Black Sabbath sur l'excellent Tab (1991), ou d'avoir signé l'un des meilleurs albums de heavy rock des 90's (Spine of God) , la trajectoire de la formation après les derniers tours de vis marquants prénommés Dopes to Infinity (1995) et Powertrip (1998) s'était quelque peu brouillée, tout du moins diluée au cours du temps, pour ne proposer "que" de bons albums... à l'image du side-project du même Wyndorf, The Atomic Bitchwax. En somme, les plus sévères auront eu à cœur de ne retenir au cours des années 2000 que les rééditions des deux premiers albums précités, la flamboyance du Monster Magnet des débuts, comme d'autres pairs, s'étant à mesure dissipée.

Or faut-il le souligner de nouveau en attendant le nouvel an, 2010 reste l'année (par défaut) des musiques intemporelles. Soit le moment propice et idéal pour un nouvel album d'un des derniers dinosaures du stoner rock en activité [2], Mastermind des Monster Magnet.

Cronico Ristretto: Ariya Astrobeat Arkestra - Ariya Astrobeat Arkestra (2010)

Quitte à se répéter encore, et à asséner le même genre de propos et autres lieux communs jusqu'à la nausée, l'année en cours n'aura que très faiblement apporté son lot de nouveautés [1]. Et à défaut de grand chambardement, on pourra tout de même (à l'occasion) se féliciter de la qualité de plusieurs sorties, estampillées "valeur refuge" en ces temps de disette pour les plus alarmistes. Des nouveaux disques de formations plus ou moins jeunes décidées non pas tant à jouer la carte de la nostalgie à tout prix, mais plutôt des musiciens garants d'une filiation musicale et dans le cas présent, d'un amour pour Fela Kuti, le funk et l'ethno-jazz : à l'image du quatrième album du Souljazz Orchestra, Rising Sun, ou du premier album éponyme du Ariya Astrobeat Arkestra.

Ce dernier groupe composé de huit membres, dont une section cuivre constituée d'une trompette et de trois saxophones, dont deux ténors et un baryton, est issu pour l'anecdote de la rencontre entre deux groupes de musiciens, ceux accompagnant en concert les artistes hip-hop britanniques Homecut et Kidkanevil. Après diverses jam sessions dans le bar de Leeds, le Sela, où nos quatre souffleurs croisaient le cuivre, l'Ariya Astrobeat Archestra fut créé vers la fin de l'année 2007. Contrairement à leurs cousins canadiens du Souljazz, l'Archestra ne peut être accusé de vouloir brouiller les pistes [2], au contraire, les références et l'origine de leur patronyme apparaît des plus limpides pour l'amateur d'afrobeat et d'aventures signées Sun Ra.

Satan Worshipping Doom - Bongripper (2010)

Si l'année qui s'achève fut relativement morose quant aux sorties dites novatrices, 2010 fut au contraire un bon cru concernant l'un des styles parangon d'une certaine intemporalité rock, celui auquel le terme monolithique revient (trop rapidement) en guise de raccourci, le doom metal  [1].

Selon l'adage rockeur, le genre musical aurait la caractéristique de mal s'accorder avec le mot évolution, voire tout simplement d'être indifférent à toute forme d'innovation sonique (et sonore). A tort. Car si le doomster par nature se méfie des modes et reste attaché à une utopique authenticité, il n'en reste pas moins ouvert aux autres musiques... saturées de préférence.

Formé en 2005 à Chicago, suite à leur précédent split Meat Ditch sorti en 2009 avec la formation nippone Winters in Osaka, le quartette Bongripper signe cette année leur 5ème LP, Satan Worshipping Doom, et écrivons le tout de go, sans doute leur meilleur album et l'un des plus pertinents albums de doom instrumental depuis Eve d'Ufomammut.

Supernaturals - Ufomammut & Lento / Earthen - Lento (2007)

A l'heure où Lento est en train d'enregistrer son nouvel album (intitulé Icon), le préposé vous propose un éclairage et une remise à niveau de votre abécédaire musical avec les deux premiers disques d'une formation qui mériterait amplement plus de reconnaissance.

Compatriote d'Ufommamut (on y reviendra), Lento se forme à Rome en 2004 sur les traces laissées par des pairs nommés Neurosis, Isis, Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor. A l'image du collectif canadien, Lento joue dès leur début une musique purement instrumentale, l'apport de paroles étant perçu par les italiens comme inappropriés, sinon propices à dénaturer leur musique. Fin 2005, Lento stabilise son line-up composé de trois guitares, d'une basse et d'une batterie. Début 2007, les romains signent sur le même label que leurs compatriotes doomsters, Ufomammut.

Cronico Ristretto: Meltemi - Alboran Trio (2006)

Que les amateurs de géographie se rassurent, le Rocky Horror Critic Show sait aussi satisfaire leur soif de savoir, les inconditionnels de sac à main à grande gueule n'auront pas le dernier mot.

L'Alboran Trio tire son nom de la partie occidentale de la mer Méditerranée, celle reliant l'Andalousie au Sud du Maroc et de l'Algérie, non loin du détroit de Gibraltar, soit la voie maritime intérieure joignant les deux continents Africain et Européen. Un lieu unique, un carrefour millénaire, source de nombreux échanges multiculturels, en somme un nom idéal pour une jeune formation jazz aventureuse en quête d'ouverture.

Ce trio de nationalité italienne, contrairement à ce que pouvait laissait supposer le nom de la formation, fut créé en 2003 avec pour assise le pianiste et compositeur Paolo Paliaga, le contrebassiste Dino Contenti et le batteur Gigi Biolcati.

Supercroc - Scott Harper (2007)

Sans lister les divers films où la menace saurienne fut répertoriée comme un cas avéré, il est d'avis des experts de considérer le crocodile comme l'une des espèces animales les plus dangereuses que le 7ème art ait connu, si ce n'est la plus meurtrière, le squale étant admis par ces même spécialistes de l'éviscération sur pellicule, d'être certes le plus célèbre des serial killers à sang froid, mais aussi et surtout, de détenir paradoxalement le plus faible ratio nombre de victimes tuées par surface au mètre carré ; les crocodiliens ont l'avantage certain d'être amphibie, contrairement à ces inadaptés et reliques du passé que sont les Carcharodon Carcharias [1]. Imaginez dès lors le niveau d'alerte, que dis-je le seuil critique de dangerosité quand apparaît non loin de Los Angeles un crocodile venu des âges farouches, le terrible Sarcosuchus, soit le plus vieux et plus grand spécimen que la Terre n'ait jamais connu : le Supercroc.

Au cours d'une patrouille de reconnaissance dans la forêt nationale de Los Padres au nord ouest de Los Angeles, les soldats Jackson et Celia Perez dans leur grande mansuétude et amour du partage font profiter à leur entourage immédiat, le soldat Forney et le sergent Druitt, un sujet ô combien intéressant, et de circonstances lorsqu'il s'agit de repérer des activités suspectes dans les environs (et bouffer parallèlement quelques hectomètres de pelloche [2]), discuter des préparatifs de leur prochain mariage. Sept minutes d'une joute verbale où les arguments les plus aiguisés s'entrechoquent, ponctuée par les considérations pratiques d'un Forney prêt à tout pour se faire inviter, lorsque soudain un crocodile géant sort du lac et croque entièrement l'émissaire du concept mariage dessert [3], le soldat Forney, avant d'engloutir le sergent Druitt.


Notre duo militaro-glamour lutte dès lors pour sa survie, la panique s'installe, la tension si longtemps dissimulée monte immédiatement de plusieurs crans. Dans le QG des forces armées situé dans un bunker sous Los Angeles, l'incompréhension a cédé sa place à l'inquiétude. Le général McFadden est dépêché, accompagné par la docteure Leah Perrot. Le temps que les premières hypothèses apparaissent, Perez et Jackson découvrent le nid du monstre. Mais il est déjà trop tard, l'instinct maternel de la bête n'aura pas laissé le temps de vivre une minute de plus au soldat Jackson, dans un élan sacrificiel, l'ex-futur époux sauve la vie de sa fiancée qui part se réfugier dans les arbres...

Le capitaine Joe Lynch et son équipe de sauvetage sont alors envoyés sur place pour faire la lumière sur cette mystérieuse attaque, une mission à l'efficacité toute relative puisque l'appétit et l'agressivité du supersaurien saura calmer les ardeurs belliqueuses des G.I. Seuls rescapés, Lynch et Perez devront se battre pour leur survie et trouver un moyen de lutter contre ce prédateur préhistorique qui se dirige vers la cité des anges.


Derrière ce synopsis captivant, Supercroc cache en vérité l'archétype du nanar fauché produit par une société passée maître dans l'art de réduire les coûts, et d'éditer des direct to video où l'écologique horrifique est devenue une marque de fabrique : The Asylum [4]. Et si cette réalisation de Scott Harper n'atteint jamais le génialement nanar, celle-ci a au moins un mérite, celui de suivre scrupuleusement de A à Z (surtout jusqu'à Z) ce qui définit la nature même du mauvais film sympathique.

L'argument financier est de ce fait une des premières causes à mettre en évidence, avec un budget avoisinant les 200 000 dollars, Supercroc pouvait difficilement faire de miracle. Allant de pair avec un nerf de la guerre réduit à sa plus simple expression, les effets spéciaux supervisés par le cinéaste lui-même via sa société Sharper effects [5] sont dès lors proche du niveau zéro, et l'utilisation effrénée de stock shots et autres plans serrés pour cacher la misère tend évidemment à compliquer encore un peu plus la tâche du metteur en scène (huit figurants apathiques pour représenter la population d'une ville, même avec la meilleur volonté du monde, c'est tout de même très peu).

Oh regardez capitaine, un stock shot d'hélicoptère!

Néanmoins, si l'argent est un élément important, le film souffre d'autres maux estampillés production nanar : remplissage, action molle où l'on passe la moitié du temps à écouter les militaires discuter des risques et des moyens pour annihiler la menace crocodile, le tout dans un bunker qui se résume à une pièce noire de 20 mètres carrés et d'un mystérieux couloir, lieu idéal pour les comploteurs de tout bord. De ce fait, ne pas s'attendre non plus à une interprétation de qualité, dans le meilleur des cas, la distribution est composée d'acteurs habitués aux productions Asylum. Dont acte.

Un couloir qui cache bien des messes basses...

Quant à l'histoire, le long-métrage nous gratifie d'un récit de science-fiction où les bases scientifiques fictives sont, elles aussi, mises à rude épreuve, plombées il est vrai par les indications contradictoires fournies par les différentes jaquettes. Que le Sarcosuchus vive dans des galeries souterraines près d'un lac depuis la préhistoire, profitant d'un séisme pour sortir de sa prison lacustre, passe encore (?!), mais les indications concernant sa taille laisse un peu plus à désirer (?!). Selon le distributeur US, notre spécimen fait dans les 50 pieds de long (15 m) tandis que la version française nous annonce une longueur de 100 mètres... pour une bestiole à l'écran qui avoisine les 30 m de long, faudrait accordez vos violons les distributeurs ! [6]

Supercroc où on apprend qu'un crocodile de "cent mètres" de long sert avant tout d'argumentaire nanar.

Verdict du nanarotron :


PS: Le film distribué par Zylo ne propose aucun bonus et une seule piste audio (français).





To be continued...

Supercroc | 2007 | 85 min
Réalisation : Scott Harper
Scénario : Steve Bevilacqua, David Michael Latt
Avec : Cynthia Rose Hall, Matthew Blashaw, Kim Little, David Novak, Kristen Quintrall, Marat Glazer
Musique : Eliza Swenson
Directeur de la photographie : Steven Parker
Montage : David Michael Latt
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[1] Si on en croit les propos velléitaires tenus par le CRSC (Conseil Représentatif des Sauriens au Cinéma).

[2] C'est une image à l'attention des pinailleurs, le film ayant été tourné en DV...

[3] "Tu sautes le repas, de toute façon, tout le monde s'en plaint toujours. Alors mettez le paquet sur le dessert. Ça reviendra moins cher et tout le monde sera content".

[4] A qui l'on doit par exemple le terrible Mega Shark VS Giant Octopus et prochainement une relecture du classique de Melville, Moby Dick avec Barry Bostwick et pour faire plaisir au CRSC, fin décembre, Mega Shark vs Crocosaurus...

[5] Scott Harper... S. Harper... Sharper effects... CQFD.

[6] Sans compter que les américains indiquent que le bétail fait 7,60 m de haut... pour 15 mètres de long, ça fait une drôle de bestiole pour un croco. Quant aux plus curieux, pas un mot sur le mode de reproduction du crocodile, et comme on ne voit pas la trace de monsieur dans les parages pour défendre sa progéniture, le Sarcosuchus utiliserait-il la parthénogenèse, nul ne le sait, le mystère s'épaissit...