Live report : Pharoah Sanders quartet au New Morning Paris - 6 mai 2013

Annoncée l'année dernière, puis annulée quelques semaines avant, se tenait hier (enfin) le retour du fils prodigue, Pharoah Sanders, à Paris au New Morning. Concert paradoxal où la magie expressionniste du disciple de Trane aura eu quelques ratés... la faute à un leader saxophoniste quelque peu récalcitrant et grognon !

Pourtant la playlist et son introduction annonçait une prestation inoubliable : ouverture progressiste tirée de ses disques fin 60's - début 70's, puis en deuxième entrée, un hors d'oeuvre post-bop soutenu par un quartet de qualité. Et pause saxophonique après seulement vingt minutes de musique. Mécontent de l'intensité des retours, le saxophoniste quittera longuement la scène une première fois, avant de revenir par intermittence le temps de lancer le standard de Cole Porter Everytime we say goodbye, puis une première version de son classique The creator has a master plan en guise de conclusion à ce premier set fantomatique. Fort heureusement, le trio restant su, sinon faire oublier son leader taciturne, tout du moins s'accaparer de manière probante l'espace désormais laissé vacant. Le pianiste William Henderson, vieux compagnon de route de Sanders depuis une dizaine d'années, mena ainsi en l'absence de son souffleur en chef, un set alternatif remarquable, où ses camarades Oli Hayhurst à la contrebasse et Gene Calderazzo à la batterie purent montrer à l'assistance leur maîtrise instrumentale et leurs improvisations inspirées.

Le journal intime d'une nymphomane - Clifford Brown (1972)

Si Daniel Lesoeur, Harry Alan Towers et Erwin C. Dietrich restent irrémédiablement associés à la filmographie de Jesús Franco, on aurait tort d'oublier l'autre grand mécène de la cause déviante francienne, Robert de Nesle et sa société le Comptoir Français du Film Production (CFFP). Véritable pourvoyeur de cinéma en tout genre, le producteur rouennais rencontra le cinéaste madrilène peu avant la mort accidentelle de sa muse Soledad Miranda. Après une première rencontre en qualité de producteur associé pour Les cauchemars naissent la nuit (1970), les deux hommes entamèrent une série de collaborations fructueuses et frénétiques de 1972 à 1978, des Ébranlées aux Emmerdeuses, en passant par la trilogie "culte" récemment réédités par Artus films : La comtesse perverse, Plaisir à trois et Célestine... bonne à tout faire [1], puis le film qui nous intéresse ici : Le journal intime d'une nymphomane (édité depuis en Blu-ray par les bons soins du Chat qui fume en 2018).

Ortiz (Manuel Pereiro) assiste dans un club au show lesbien de Linda Vargas (Montserrat Prous) et Maria Toledano (Kali Hansa). Bientôt rejoint par Linda, ils profitent de l'instant en buvant plusieurs bouteilles de champagne jusqu'au petit matin. Fortement éméché, l'homme est conduit par la jeune femme vers une chambre d'hôtel non loin du port, où croit-il, elle lui proposera ses faveurs. Passé quelques caresses, Ortiz s'écroule de sommeil. Linda en profite pour téléphoner à la police, et lui indique le meurtre d'une femme, puis elle se tranche la gorge avec le poignard qu'elle dissimulait dans son sac à main. Arrivés sur les lieux, les deux inspecteurs constatent les faits : une jeune femme nue allongée contre son présumé assassin tient l'arme du crime dans sa main gauche. Suspecté immédiatement du meurtre, Ortiz clame son innocence à l’inspecteur Hernandez (Jesús Franco), ainsi qu'à sa femme Rosa (Jacqueline Laurent). Ecoeurée par ce mari qu'elle croyait connaitre, cette dernière accède néanmoins à sa demande d'aide. Sur une information donnée par l'inspecteur, Rosa part rencontrer l'une des connaissances de Linda, la comtesse Anna de Monterey (Anne Libert), afin de prouver l'innocence de son époux.

L'ultimatum des trois mercenaires - Robert Aldrich (1977)

Tiré des paroles de l'hymne américain et de ses « dernières lueurs du crépuscule », Twilight's Last Gleaming [1] s'inscrit de prime abord dans un genre sinon propre, tout du moins lié aux années 70 (Les trois jours du Condor, Conversation secrète), celui de la remise en cause de la sacralisation du pouvoir exécutif étasunien, après les scandales du Watergate et les révélations des Pentagon Papers par Daniel Ellsberg [2]. Librement adapté du roman de Walter Wager, Vipère 3, connu également pour ses romans Telephon et 58 minutes qui furent adaptés en 1977 par Don Siegel (Un espion de Trop) et base de la deuxième séquelle des aventures de John McClane par Renny Harlin en 1990, L'ultimatum des trois mercenaires aura longtemps traîné derrière lui une réputation d'œuvre polémique. Avec comme toile de fond l'intervention au Vietnam, que Lancaster contesta publiquement, cette quatrième et dernière collaboration avec le cinéaste Robert Aldrich ne tarda pas à être taxé, par certains conservateurs, comme étant le « produit idéologique » de son acteur principal. Accueilli fraîchement lors de sa sortie aux États-Unis, le film fut rapidement amputé d'une heure, gommant pour l'occasion la part controversée de politique-fiction du récit, pour se recentrer sur les seules scènes d'action [3]. C'est avec une nouvelle restauration en numérique que Carlotta nous propose en salles, le 1er mai prochain, la version intégrale d'origine et inédite en France de ce thriller d'anticipation « anti-hollywoodien ». 

Dimanche 16 novembre 1981, mené par un ancien général de l'US Air Force condamné pour meurtre, Lawrence Dell (Burt Lancaster), quatre évadés de prison s'infiltrent dans une base militaire du Montana, afin de prendre le contrôle de neuf missiles nucléaires. Déterminé à faire éclater la vérité sur les véritables raisons de l'intervention étasunienne en Asie du Sud-Est, Dell aidé de Garvas (Burt Young), Powell (Paul Winfield) et Hoxey (William Smith [4]), s'introduit avec succès dans le silo 3. Il contacte l'état-major en imposant ses conditions : de l'argent pour ses compagnons ainsi qu’une extradition à bord d’Air Force One, et la révélation télévisuelle par le président David Stevens (Charles Durning) du document confidentiel 9759 portant sur la guerre du Vietnam. En cas de refus, Dell promet d'envoyer les neuf missiles Titan vers l'Union Soviétique.

Live report : Supuration au Divan du monde Paris - 5 avril 2013

Après leur première date à domicile, au Splendid de Lille, le 24 février dernier, la tournée en support à CU3E de Supuration prit donc escale vendredi dernier au Divan du monde.

Les échos lillois, les informations postées par le groupe sur leur page facebook et enfin la discussion avec le guitariste Fabrice Loez en dédicace avec les trois autres membres à Gibert en mars dernier, annonçaient un concert parisien marquant à plus d'un titre : 1/ synthèse scénique de la trilogie, 2/ intégralité du premier album et culte The Cube, et 3/ le retour sur scène d'un groupe rare (1). Trois raisons évidentes pour aller donc les voir.

Jesús Franco (1930-2013)

Il est des nouvelles qui touchent plus que d'autres, celle de la mort du réalisateur espagnol Jesús Franco en fait partie. Un an après le décès de sa muse, celui qui était plus connu sous le pseudonyme Jess Franco a donc rejoint Lina Romay ce 2 avril. A défaut d'écrire une sempiternelle biographie, le Rocky Horror Critic Show lui rendant un hommage perpétuel depuis la chronique de Doriana Gray, le préposé docteur vous propose plutôt un petit diaporama des différents rôles ou apparitions du génial cinéaste madrilène au cours de sa faramineuse filmographie (presque 200 films).
  

Pickpocket - Robert Bresson (1959)

« Ce film n'est pas du style policier. L'auteur s'efforce d'exprimer, par des images et des sons, le cauchemar d’un jeune homme poussé par sa faiblesse dans un aventure de vol à la tire pour laquelle il n’était pas fait. Seulement cette aventure, par des chemins étranges, réunira deux âmes qui, sans elle, ne se seraient peut-être jamais connues. »

Avec cette mise au point introductive typiquement Bressonienne, Pickpocket appartient aux films les plus influents de son auteur, et boucle une décennie riche, commencée par un Journal d'un curé de campagne (1951) d'après Georges Bernanos, et Un condamné à mort s'est échappé (1956). On notera d'ailleurs en préambule, le film ne faisant pas ombrage du destin dramatique de son personnage principal, que ce dernier, et en guise de faux fil conducteur, se conclue à l'inverse de son aîné de 1956 par la prison et la fin de la liberté.

Cronico Ristretto : Depeche Mode - Tomahawk (2013)

   
Après un très décevant et fade Sounds of the Universe, deux choix possibles s'ouvraient au préposé docteur en apprenant la sortie prochaine du nouvel album de Depeche Mode : d'une part une indifférence teintée de résignation, d'autre part une curiosité (malsaine ?) héritée d'une déviance qu'il n'est plus besoin de justifier. Intitulé Delta Machine, ce disque a déjà une première particularité, celle d'être le premier album signé chez Columbia/Sony, DM ayant quitté après plus de trente ans de loyauté le label Mute [1]. Deuxième caractéristique, l'initié notera, après deux décennies d'absence, le retour de Flood (cantonné) au mixage. Enfin, dernière singularité (plus mesquine), cet album confirmera t-il l’existence d'une jurisprudence Exciter [2] ? Trois raisons légitimant finalement une écoute du DM de DM, non ?

Cronico Ristretto : CU3E - Supuration (2013)

Véterans de la scène metal hexagonale, les nordistes de S.U.P reviennent en 2013 sous leur mue originelle nommée Supuration, afin de boucler et fêter dignement les deux décennies de leur album culte The Cube. CU3E ou le dernier volet de la trilogie initiée en 1993, et qui vit ces quatre jeunes musiciens menés par les frères Loez imposer leur vision d'un death metal personnel et unique.

Dix ans après Incubation, deuxième chapitre et préquelle du premier album, CU3E se veut la suite directe de l'album de 1993. Réincarnation et renaissance artificielle de l'âme du bébé de la jeune femme suicidée du précédent épisode, l'histoire de ce disque conceptuel reste comme à son habitude marquée par le goût de ses auteurs pour la science-fiction la plus noire ; le récit [1] se concluant par une référence au dernier album de S.U.P Hegemony.

Le diabolique docteur "Z" / Dans les griffes du maniaque - Jess Franco (1965)

Chroniqué l'année dernière, Sie tötete in Ekstase de Jesús Franco, avait l'apparente « particularité » d'être la relecture d'un précédent long métrage réalisé par son auteur : Le diabolique docteur "Z". Vampée par sa muse Soledad Miranda, cette mariée en noir séduisait, puis causait la perte des quatre médecins responsables du suicide de son défunt mari. Or, cinq années auparavant, le cinéaste madrilène avait usé du même stratagème vengeur, offrant à l'occasion l'un de ses meilleurs films, ou la synthèse des thèmes, passés et futurs, chers au réalisateur de L'horrible Docteur Orlof.

Au congrès international de neurologie, le professeur Zimmer (Antonio Jiménez Escribano) présente à ses pairs le sujet de ses travaux : l'étude des centres nerveux moteurs. A l'instar des précédentes recherches du controversé docteur Orloff, Zimmer prétend que certaines parties des lobes cérébraux et de la moelle épinière pourraient déterminer, d'une part les bonnes actions, d'autres part les mauvais actions des êtres vivants. Le mal n'aurait ainsi qu'une origine purement physiologique. Grâce aux dénommés rayons Z capables d'éliminer, de neutraliser, ou d'exacerber ces centres moteurs, le professeur conclut son exposé par la possibilité de métamorphoser les maniaques et assassins en êtres « normaux ». Demandant la permission de pouvoir continuer le fruit de ses recherches sur un être humain, Zimmer se fait prendre violemment à partie par ses collègues, ces derniers lui interdisant formellement de poursuivre ses honteuses expériences. Zimmer, choqué et meurtri par ces réactions violentes, meurt peu après d'un infarctus, jurant à sa fille Irma (Mabel Karr) dans un dernier souffle de continuer ses travaux...

Esclaves de l'amour (Frauen für Zellenblock 9) - Jess Franco (1977)

Deuxième incursion du RHCS dans le monde merveilleux du film de prison pour femmes (WIP pour les intimes), Esclaves de l'amour présentées ici même marqua les esprits, et la censure, comme étant l'une des dernières collaborations [1] de la paire déviante composée par le producteur suisse Erwin C. Dietrich et le cinéaste espagnol Jesús Franco. Une association excessive dont le fil conducteur pourrait de prime abord se résumer à sinon flatter les plus bas instincts voyeuristes du spectateur, tout du moins à offrir au public sa dose d'érotisme crapoteux quotidien. Ce long métrage prénommé originellement Frauen für Zellenblock 9, et interprété par la pulpeuse Karine Gambier, l'innocente Susan Hemingway et l'inénarrable Howard Vernon ne déroge nullement a priori à la règle : des jeunes femmes nues, des tortionnaires sadiques, le tout dans une ambiance faussement malsaine et franchement fauchée, what else ?

Trois révolutionnaires menées par Karine Levere (Karine Gambier) sont arrêtées à bord de leur camion traversant la jungle sud américaine. Capturées manu militari puis emmenées sans ménagement dans une prison isolée dans la forêt tropicale, les demoiselles, une fois arrivées, sont rapidement déshabillées, et enchaînées par le cou dans la cellule numérotée 9. A l'instar de ses camarades, Karine est torturée par l'expérimenté Dr Costa (Howard Vernon) sous l'œil approbateur et carnassier de la directrice des lieux. Face à l'imagination perverse et aux techniques inhumaines déployées par ses tortionnaires, la belle cède à leurs avances sadiques, et dénonce ses compagnons de lutte. Bien décidée à les sauver, Karine doit s'évader à tout prix...

The Glamorous Life of Sachiko Hanai - Mitsuru Meike (2003)

Première véritable incursion du RHCS dans le monde merveilleux du Pinku eiga, Hatsujô kateikyôshi : sensei no aijiru, titre original de l'anglophone The Glamorous Life of Sachiko Hanai, aura suscité et hérité depuis sa sortie d'un petit culte mérité chez les amateurs de déviance. Présenté dans plusieurs festivals internationaux, si ce film du réalisateur Mitsuru Meike appartient bien au genre popularisé par la belle Reiko Ike [1] dans les 70's, celui-ci s'en démarque néanmoins, et doit sa popularité à son univers foutraque décomplexé, ou un savant mélange d'irrévérence, de comédie surréaliste et d'une joyeuse dose d'érotisme oriental.

Sous-titré par un racoleur et explicite Horny Home Tutor : Teacher’s Love Juice, les pérégrinations de Sachiko Hanai annonçait de prime abord le scénario d'un quelconque film érotique ; impression confortée par la première scène du film : une call-girl, déguisée en enseignante, prodigue un cours très particulier de géographie à un homme avide de connaissance, et d'expériences... et qui saura remercier et honorer, en quantité, l'altruisme culturel de sa jeune professeure. Après cet enseignement quelque peu collant, Sachiko se dirige vers son nouveau rendez-vous où elle doit rencontrer son agent, son souteneur, son supérieur hiérarchique (rayez la ou les mentions inutiles).

La porte du paradis (Heaven's Gate) - Michael Cimino (1980)

Rares sont les films qui ont su être le réceptacle de tant d'hostilités : honni par la critique, fuit comme la peste par le public, et paradoxalement peu soutenu par son studio, La porte du paradis reste un cas d'école plus de trois décennies après sa sortie. Film de tous les records et de tous les excès, Heaven's Gate eut le néfaste privilège de signer la banqueroute d'un studio United Artists, de symboliser l'arrêt du nouvel Hollywood, et, enfin, de briser la carrière de son auteur Michael Cimino. Œuvre marquante du 7ème art, mais désastre financier, à laquelle nous convie Carlotta pour la ressortie en version intégrale et restaurée le 27 février prochain. 

Présenté dès 1971 à United Artists, le projet du jeune scénariste Michael Cimino, basé sur la guerre qui embrasa le comté de Johnson, aura finalement mis plus de huit ans pour trouver désormais un écho favorable aux yeux des (nouveaux) décideurs du studio. Profitant du succès critique du cinéaste à la veille de son triomphe aux Oscars pour Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter), Cimino avait dès à présent carte blanche pour réaliser son western épique, crépusculaire et révisionniste, ou l’extermination à la fin du XIXème siècle d’une communauté d’immigrés de l’Europe de l’Est par une association de grands propriétaires... avec l'aval de Washington.

Speak Like A Child (1968) | Anxiety Despair Languish (2012)


Sixième et avant dernier album pour Blue Note, trois années séparent ce Speak Like A Child de son prédécesseur, le populaire Maiden Voyage : une éternité en somme pour le prodige Herbie Hancock qui enregistra pas moins de cinq albums entre 1962 et 1965. Si les nombreuses tournées du célèbre second quintet de Miles Davis peuvent un temps expliquer ce hiatus [1], il faut plus y voir pour le jeune pianiste un besoin vital de se renouveler, et dépasser ce qui s'apparentait déjà comme un des sommets de son œuvre.

Enregistré en mars 1968, Speak Like A Child est intimement (et doublement) lié à la discographie de Miles. Parmi les six compositions originelles, celles-ci ont toutes été écrites par Hancock, à l'exception de First Trip, composée par l'inamovible Ron Carter, contrebassiste du quintet de Miles. Or trois titres ont déjà été joués par ce même quintet auparavant : le morceau éponyme quelques semaines plus tôt en janvier (mais qui ne sera disponible que sur le coffret The Complete Studio Recordings of The Miles Davis Quintet 1965–1968), et The Sorcerer et Riot disponibles respectivement l'année précédente sur l'album éponyme et Nefertiti de Miles.

Cronico Ristretto : Jodis / John Coltrane / Rakim


L'année 2012 aura été riche pour Aaron Turner et son ancien groupe moribond Isis : une compilation, Temporal, contenant diverses démos et autres versions alternatives, et un disque live, le sixième du nom, Live VI, sorti uniquement en vinyle avec des enregistrements datant de la tournée de l'avant dernier album studio In the Absence of Truth. Ajoutons à cette actualité passéiste également (et surtout) quatre albums en 2012 via ses nombreux side-projects : No de Old Man Gloom, l'éponyme de Split Cranium, le split de Mamiffer et Locrian Bless Them That Curse You et enfin Black Curtain de Jodis, en somme une production débordante où l'ancien frontman d'Isis donne libre court à ses nombreuses envies.

Invasion of the Bee Girls - Denis Sanders (1973)

Un titre prometteur, une affiche qui l'est tout autant, en fallait-il plus au préposé pour succomber à cette aguicheuse invasion des femmes abeilles ? La question mériterait réflexion si les forces en présence, un réalisateur de documentaires primés, un futur scénariste reconnu et quelques pin-ups triées sur le volet, n'indiquaient pas clairement un point d'attraction déviant. Porté par un des pitchs les plus capillotractés qui soient, Invasion of the Bee Girls de Denis Sanders valait bien une chronique, non ?

La petite ville de Peckham en Californie est en émoi. Une malédiction semble s'abattre sur sa population mâle : plusieurs hommes en pleine force de l'âge sont morts dans des circonstances étranges, tous sont décédés d'une crise cardiaque durant un rapport sexuel. Seul maigre indice entendu par un témoin : un bourdonnement. Après le décès du scientifique John Grubowsky travaillant pour le laboratoire de recherche Brandt, l'agent Neil Agar (William Smith) de la Sécurité nationale est dépêché sur place afin de faire la lumière sur ces morts mystérieuses, et trouver le ou la responsable...

Sexy Sisters (Deux soeurs vicieuses) - Jess Franco (1977)

Icône oubliée du cinéma érotique et pornographique des années 70, dont seuls les amateurs nostalgiques de cet âge dorée se souviennent avec émotion, Karine Gambier manquait cruellement au Rocky Horror Critic Show. L'oubli est enfin réparée. Reconnaissable par sa blondeur platine, Karine disparaît mystérieusement au début de la décennie 80. Lassée par la pornographie, déçue par la frilosité du cinéma dit traditionnel et son manque d'ambition à proposer aux plus belles fleurs du genre une reconversion possible, les pistes ne manquent pas. Reste à la postérité un peu plus d'une soixante-dizaine de films en six ans d'activité pour le plus grand bonheur des initiés sensibles (également) à son charme hautain, faussement candide, et à ses formes voluptueuses.

Or parmi les nombreux réalisateurs et autres pornocrates (Claude Bernard-Aubert, José Bénazéraf, Jean-Claude Roy ou Claude Mulot) ayant eu la chance de croiser miss Gambier, sa filmographie fait apparaître l'un des metteurs en scène bisseux cher à ce haut lieu de déviance virtuelle : Jesús Franco. Des quatre principaux films tournés par la belle blonde : Cocktail spécial, Voodoo Passion, Women in Cellblock 9 et Sexy Sisters, on ne saurait conseiller à l'amateur de se diriger en premier lieu vers les deux derniers cités, la blonde incendiaire y tenant les rôles principaux. Et si Cocktail apparaît difficilement trouvable de nos jours, les trois suivants produit par le suisse Erwin C. Dietrich ont l'avantage d'être désormais disponible en import en DVD. Dès lors, pourquoi se priver ?

Funky front covers VI - Part Two

Chose promise, chose due : le Rocky Horror Critic Show offre pour la nouvelle année une seconde session des Funky front covers © ; une version 6.2, ajouterait l'érudit agent comptable, haute en couleurs et en sensualité, mais n'allons pas trop vite...

La semaine dernière, quelques éphèbes triés sur le volet avaient ouvert le bal. La formule ayant été approuvée, et offert satisfaction, nous reprenons la même formule en étoffant davantage le nombre des protagonistes...

                

Funky front covers VI - Part One

A l'heure où notre lectorat sera gavé de dinde aux marrons et de cadeaux débordant par milliers, ouvrons comme il se doit cette sixième saison (et uiii) des Funky front covers ©. Une saison débordante à plus d'un titre, l'agent comptable trop heureux d'avoir évité l'apocalypse, nous a permis en ces temps d'austérité de doubler notre budget et de scinder ces traditionnels FFC en deux parties (ouah !). Le rendez-vous est donc déjà pris pour la nouvelle année !

La saison précédente s'était volontairement éloignée du funk et disco originel pour mieux proposer d'autres horizons plus exotiques. 2012 année « normale » oblige, un retour aux fondamentaux semblait primordial et de bon aloi. Voici donc le premier volet du meilleur des années 70 et 80 en matière de musique funky !

Ayant toujours été à l'écoute de notre lectorat féminin, il était de bon ton de débuter cette session par des éphèbes au corps avenant et à la musculature saillante. 

            

Cronico Ristretto : White Material - Claire Denis (2009)

Back to Africa. Deux décennies après avoir quitté le continent de sa jeunesse, et en laissant de côté son aparté djiboutien intitulé Beau Travail (1), Claire Denis revient en Afrique pour y narrer cette fois-ci les séquelles du colonialisme, avec en toile de fond la guerre civile. Présenté en compétition officielle lors de la Mostra vénitienne en 2009, White Material écrit par le duo Claire Denis et Marie N'Diaye, s'éloigne dès lors des souvenirs de jeunesse camerounaise de la réalisatrice (son premier long métrage Chocolat), pour se rapprocher des récents évènements qui ont troublé la Côte d'Ivoire dans les années 2000 (2).

Quelque part en Afrique noire francophone, Maria Vial (Isabelle Huppert) vit avec son ex-mari André (Christophe Lambert), son ex-beau-père Henri (Michel Subor), propriétaire de la plantation de café Vial et son fils Manuel (Nicolas Duvauchelle). Depuis peu, le pays connait de graves troubles, l'armée régulière étant en proie aux attaques de rebelles menés par un des chefs prénommé « le boxeur » (Isaach de Bankolé). Malgré les avertissements de l'armée française, l'informant qu'ils ne pourront plus assurer sa sécurité et celle de sa famille, puis le départ des ouvriers agricoles craignant pour leur vie, Maria est déterminée à rester et à poursuivre la récolte de son café. Décidée coûte que coûte à terminer la dite récolte, elle part à la recherche d'une nouvelle main d’œuvre, en dépit des menaces et des risques encourus, cette dernière hébergeant chez elle « le boxeur » grièvement blessé. Or André a déjà négocié avec Chérif, le maire de la ville (William Nadylam), leur fuite du pays en contre-partie de la vente de la plantation. Mais n'est-il déjà pas trop tard ?

Lola - Jacques Demy (1961)

En préambule, la présence de Jacques Demy a de quoi surprendre l'habitué.e des lieux... étonnement également partagé par le locataire préposé ici présent ! Chantre du film « en-chanté », Demy n'est pas à proprement parlé un bon client pour l'amateur de déviance, à l'exception peut-être de son adaptation filmée du manga de Riyoko Ikeda, Lady Oscar (1978), ou, bien évidemment, de son adaptation du mythe d'Orphée, Parking (1985), avec Francis Huster. Après plusieurs courts métrages dans la deuxième moitié des 50's, Demy réalise en 1960 son premier long intitulé Lola (sorti en DVD et Blu-ray le 21 novembre dernier par Arte éditions). Ecrit à l'origine comme une comédie musicale filmée en cinémascope et en couleurs, puis finalement tournée en noir et blanc faute de moyens en gommant en prime la dimension musicale, Lola avait tout du film tronqué et bancal. Dès lors les pamphlétaires à la petite semaine trouveraient sans doute légitime de crier à l'injustice. Mais il n'en est rien. Si la vision première de l'auteur a dû être remaniée et réécrite en conséquence, Lola n'a rien du long métrage raté, « sacrifié sur l'autel du dieu argent » éructera l'indigné gâteux de passage. Au contraire, ce premier film s'inscrit pleinement dans la filmographie de Demy, en proposant une variation inédite du film musical qui n'en est pas un, et en attendant Les parapluies de Cherbourg.