Funky front covers Part VII

Comme le veut la tradition initiée depuis plusieurs années, la rédaction du Rocky Horror Critic Show vous souhaite conjointement ses meilleurs vœux et vous propose ses Funky front covers ©, soit le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexy des musiques funk, disco et consorts.

Et quoi de mieux pour débuter qu'une série consacrée aux éphèbes et autres jeunes hommes avenants, propres à remémorer les premiers émois de notre lectorat féminin ? 

  

Cronico Ristretto : Melvins - Tres Cabrones / Deicide - In the Minds of Evil


2013 fut des plus riches pour Buzz Osborne et sa bande : des concerts se rappelant au bon souvenir de la première moitié des années 1990, dont une double escale parisienne chroniquée ici-même, et la sortie d'une (première) compilation de reprises intitulée Everybody Loves Sausages en avril dernier. Et en guise bilan pour cette fin d'année, King Buzzo et Dale Crover remettent le couvert avec Tres Cabrones, seconde compilation regroupant cette fois-ci plusieurs anciens réenregistrements dont des titres rares datant des débuts de la formation de Montesano. Pour ce retour aux sources, le duo a convié le batteur originel des Melvins, Mike Dillard (et accessoirement batteur intérimaire de Fecal Matter, premier groupe de Kurt Cobain), à venir célébrer les 30 ans du trio, intitulé pour l'occasion Los Melvins.

A Matter of Life and Death - Michael Powell / Emeric Pressburger (1946)

Neuvième collaboration du duo Michael Powell / Emeric Pressburger, A Matter of Life and Death s'inscrirait dans la même lignée que son ainé sorti cinq années plus tôt 49th Parallel. Commande de l’armée britannique, le long métrage fut à l'origine produit dans le seul but d'harmoniser et d'améliorer les relations entre les soldats alliés anglais et étasuniens. Des raisons suffisantes pour avoir de sérieux doutes sur l'authenticité de la démarche des futurs réalisateurs de The Red Shoes ? Au contraire. Carlotta nous propose de revoir ce classique en version restaurée inédite au cinéma depuis mercredi dernier.

Durant la Seconde Guerre mondiale, de retour vers l'Angleterre après un bombardement en Allemagne, l'avion de l'officier britannique Peter Carter (David Niven) est en flammes. Dernier homme à bord vivant et sans parachute utilisable, celui-ci se sait condamné. Ses derniers mots, il les confie à une jeune opératrice radio prénommée June (Kim Hunter) avant de sauter dans le vide. Mais Carter survit miraculeusement et retrouve celle qui fut sa dernière confidente. Les deux jeunes gens tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre, jusqu’à ce qu’un messager de l’au-delà (Marius Goring) vienne dire à Peter que sa survie n’était qu’une erreur dû au brouillard. Ce dernier décide de faire appel pour rester sur Terre et vivre son amour avec June. Un tribunal céleste est dès lors convoqué pour décider de son destin.

Les salauds - Claire Denis (2013)

Fraîchement accueilli par la critique française, en mai dernier à Cannes pour la sélection officielle Un Certain Regard et cet été lors de sa sortie nationale, Les salauds de Claire Denis n'a pas laissé indifférent. Soit. Une habitude ou une demie surprise en quelque sorte tant la réalisatrice de Trouble Every Day s'éloigne des attendus prérequis et d'un cinéma aseptisé. Films à la mise en scène atmosphérique proche de l'abstraction, portés par des récits tout autant nébuleux, ses œuvres cinématographiques en ont fait un des auteurs du 7ème art les plus singuliers des vingt dernières années. Une originalité et une vision personnelle qui minimisent les récents reproches reçus par Claire Denis et ses Salauds, ces incompréhensions traduisant (et trahissant après visionnage) davantage une méconnaissance de son art, qu'un film outrancier aux défauts rédhibitoires comme il a pu être écrit.

Commandant d’un supertanker, Marco Silvestri (Vincent Lindon) abandonne le navire dont il a la charge en apprenant le suicide de son beau-frère (Laurent Grevill). De retour sur terre, Marco découvre l'étendu du drame. L'entreprise familiale de fabrication de chaussures reprise par sa sœur Sandra (Julie Bataille) et son mari est en faillite. Sa nièce Justine (Lola Creton) est hospitalisée dans une clinique après avoir été retrouvée errant nue dans la nuit, la jeune femme ayant subie une agression sexuelle des plus violentes. Un coupable est rapidement désigné par Sandra, il s'agirait de l'homme d’affaires Edouard Laporte (Michel Subor). Animé par une vengeance irrépressible, Marco s'installe au dernier étage de l’immeuble de Laporte où vit également sa maîtresse Raphaëlle (Chiara Mastroianni) et leur fils. Cependant rien ne se passe exactement comme avait prévu Marco...

Tant qu'on a la santé - Pierre Etaix (1966)

Véritable révélation il y a peu pour le préposé docteur (mais mieux vaut tard que jamais pour reprendre l'adage populaire), en n'oubliant pas sa brève apparition lors du Bressonien Pickpocket (1959) en avril dernier, le comique universel de Pierre Étaix se devait d'être enfin présenté convenablement ici même. Tant qu'on a la santé, troisième long métrage d'une courte filmographie de cinq longs et plusieurs courts essentiellement tournés et écrits avec son complice Jean-Claude Carrière dans les années 1960, fait suite au remarqué Yoyo, primé lors du Festival de Cannes de 1965. Film sorti initialement en 1966, le cinéaste remonta une nouvelle version définitive cinq années plus tard. En 2010, après des années de procédures judiciaires [1] et deux décennies d'invisibilité, l'auteur retrouva finalement les droits sur son œuvre cinématographique. Ses films, désormais restaurés, pouvaient à nouveau être diffusés au plus grand nombre.

Tant qu'on a la santé est scindé en quatre parties indépendantes intitulées : Insomnie, Le cinématographe, Tant qu'on a la santé et Nous n'irons plus aux bois. Le court métrage Insomnie, tourné à l'origine en 1962 fut en fait inclus dans la nouvelle version de 1971, tandis que la séquence originelle prénommé En pleine forme est ressortie en 2010. Divertissement intemporel en quatre tableaux distincts, ce dernier se distingue par son comique visuel, hommage éternel aux rois du burlesque qu'étaient Buster Keaton ou le français Max Linder.

Le sadique Baron Von Klaus - Jess Frank (1962)

C'est en 1961 que Jesús Franco réalise pour le compte de la société de Marius Lesoeur, Eurociné, le premier film d'horreur gothique espagnol, L'Horrible Docteur Orlof. Par son post-expressionnisme, son histoire teintée d'érotisme et librement inspirée Des yeux sans visage de Georges Franju, le long métrage (et par extension son auteur) devient une référence dans le petit monde du fantastique au début de la décennie 1960. L'année suivante, Franco sous le pseudonyme Jess Franck convie ses initié.e.s à découvrir son nouveau film d'horreur : Le sadique Baron Von Klaus. Le réalisateur y cultive le même goût pour les ambiances mystérieuses, les meurtres pervers, et de nouveau dans le rôle titre, celui qui deviendra l'un de ses plus vieux complices : Howard Vernon.

Le meurtre d'une jeune femme et la disparition d'une seconde viennent troubler la bourgade d'Holfen, paisible village d'Allemagne. L'inspecteur Borowsky (Georges Rollin) est dépêché sur les lieux afin de faire la lumière sur ces troublants événements. Assisté par son ami et journaliste Karl Steiner (Fernando Delgado), le manque d'indices après la découverte de la seconde victime ne facilite pas la tâche du policier. Or les regards des autochtones se portent sur la famille Von Klaus dont les ancêtres ont depuis le 17ème siècle la sinistre réputation d'être de sanguinaires assassins. Sans porter crédit à ces superstitions et à la rumeur d'un fantôme meurtrier, Borowsky confesse que de toute façon les deux héritiers mâles ont chacun un alibi sérieux. L'actuel baron, Max Von Klaus (Howard Vernon) était au chevet de sa sœur malade le soir du dernier meurtre, tandis que son neveu Ludwig (Hugo Blanco) étaient en voyage avec sa fiancée (Paula Martel) à 300 km. A l'auberge du village, l'adjoint de l'inspecteur lui informe que l'arme utilisée par l'assassin est un poignard damasquiné à lame incurvée qui daterait au plus tard du 18ème siècle...

Live report : Rabih Abou-Khalil au New Morning Paris - 12 novembre 2013

C'est sous un triste ciel pluvieux que le musicien Rabih Abou-Khalil est venu défendre mardi soir son dernier album Hungry People, premier disque signé sur le label World Village après plus de deux décennies sur le label munichois Enja Records. A charge pour le jovial libanais et sa formation de réchauffer le cœur du public parisien refroidi par cette météo automnale. Bilan de la soirée : mission accomplie, haut la main.

Entouré d'un « quintet méditerranéen » aguerri, avec des musiciens qui accompagnent le joueur d'oud depuis plus de dix ans, dont Michel Godard au tuba et à la basse électrique, camarade de route depuis The Sultan's Picnic en 1994, Rabih Abou-Khalil a offert une prestation complète. Scindé en deux sets de quarante-cinq minutes environ, avec deux rappels en sus, le concert fit la part belle à Hungry People.

 

Frauen ohne Unschuld (Femmes sans pudeur) - Jess Franco (1977)

De la fructueuse collaboration entre le cinéaste espagnol Jesús Franco et le producteur helvète Erwin C. Dietrich, l'habitué des lieux retiendra, non sans raison, principalement leur contribution au genre Women In Prison, débutée par Frauengefängnis (Femmes en cage) et conclue par Frauen für Zellenblock 9 (Cellule 9). Ces deux métrages, brillants représentants de ce genre volontiers crapoteux, se distinguaient autant par leur ambiance malsaine, que par leur budget franchement fauché. Frauen ohne Unschuld, tourné au crépuscule de cette association à caractère déviant, ne déroge pas à cette règle. Cependant, le film s'écarte légèrement de la thématique carcérale habituelle [1], en déplaçant le lieu de ces promiscuités saphiques vers un autre espace de captivité, non moins débridé, séduisant et évocateur : l'hôpital psychiatrique.

Dans une maison au bord d'un lac, les cadavres ensanglantés et nus de Gabi et Sandra Mauro (Monica Swinn) sont découverts. Le docteur Antonio (Michael Maien), accompagné de deux ambulanciers, est dépêché sur les lieux. Il y trouve également une jeune femme nue désorientée (Lina Romay) dans l'escalier. Choquée et recouverte de sang, la dénommée Margarita Martin est incapable de dire un seul mot. Envoyée immédiatement dans la clinique psychiatrique du docteur Antonio, celle-ci est au cœur des attentions du personnel soignant, en particulier le directeur de la clinique, le docteur Fargas, et son épouse Irina. Or les méthodes usitées dans cet établissement sont quelques peu inhabituelles et iconoclastes. L'intérêt pour cette nouvelle patiente dépasse en effet le simple cadre médical. Dernière personne à avoir vu les Mauro vivants, la jeune femme est le témoin principal de cette affaire trouble, le couple récemment assassiné ayant la réputation d'être des trafiquants de diamants. Pour comble de malheur, le tueur semble suivre ses pas, Margarita assiste impuissante au meurtre de sa camarade Petra (Esther Studer)...

Dead Heat (Flic ou zombie) - Mark Goldblatt (1988)

Les genres hybrides ont souvent fait florès dans le bis, le cinéma d'exploitation nippon nous ayant montré il y a peu sa vitalité en matière de croisement hétéroclite. Réalisé en 1988 par Mark Goldblatt [1], Dead Heat ne déroge pas à la règle et s'inscrit dans l'un des genres qui caractérise le mieux cette décennie 80 : le buddy movie policier [2], avec comme parangon L'arme fatale dont il s'inspire directement [3]. Et comme l'indique explicitement son titre français [4], le premier long métrage de Goldblatt lorgne également vers les créatures moribondes chères à George Romero, pour créer rien de moins et sans aucun doute le premier (et seul ?) policier zombiesque. Enrobez le tout avec un soupçon de comédie fantastique qui firent les grandes heures du cinéma populaire étasunien durant cette même décennie, et Flic ou zombie apparaît vite comme l'archétype du produit typiquement eighties. Pour le meilleur et surtout pour le pire, mais n'allons pas trop vite.

Les détectives Roger Mortis (Treat Williams) et Doug Bigelow (Joe Piscopo) de la police de Los Angeles sont chargés d'enquêter sur une série de vols de bijoux aussi violente qu'énigmatique. Lors de la dernière attaque, les deux voleurs, bien que touchés mortellement, semblaient aussi invincibles qu'insensibles aux balles des policiers. Au cours de l'autopsie d'un des criminels, le médecin légiste Rebecca Smythers (Clare Kirkconnell) annonce qu'elle a déjà autopsié ce corps par le passé. Seul indice, la présence en forte quantité dans le tissu cutané des cadavres de sulfathiazole. Remontant cette piste, Mortis et Bigelow se rendent au siège de la compagnie pharmaceutique, Dante Laboratoire, et sont rapidement accueillis par un service d'ordre hostile, musclé et surtout mort-vivant. Malheureusement Mortis trouve la mort au cours de cette opération. Son coéquipier avec l'aide de sa collègue Smythers découvrent l'existence, dans les locaux de la compagnie, d'une machine pouvant ramener à la vie les morts. Bigelow décide de l'utiliser pour faire revivre son partenaire. Cependant si Mortis revient d'entre les morts, la machine ne peut éviter la décomposition inévitable de sa chair. Il a désormais moins de douze heures pour découvrir qui sont les responsables de son décès.

Lèvres de sang - Jean Rollin (1974)

Seconde véritable incursion du RHCS dans l'univers du réalisateur du Viol du vampire [1], Lèvres de sang est souvent considéré comme l'un des meilleurs films de Jean Rollin. Dernier volet seventies de sa chère thématique vampirique, avant un avenir alimentairement pornographique et d'autres horizons bisseux aux fortunes diverses, l'homme y synthétise, dans ce qu'il considéra à juste titre comme l'une de ses œuvres préférées, ses diverses aspirations et obsessions, dont un éternel goût pour les demoiselles aux dents longues en robes diaphanes et couleur pastel. Dont acte.

Lors d'une réception mondaine pour la promotion d'un nouveau parfum, Frédéric (Jean-Loup Philippe) aperçoit la photographie d'un château en ruine. Tel un électrochoc, celle-ci lui évoque un passé qu'il croyait à jamais oublié : un épisode de son enfance et en particulier sa rencontre vingt ans plus tôt avec la jeune et mystérieuse Jennifer (Annie Belle). Obsédé par ce souvenir, et contre l'avis de sa mère protectrice (Nathalie Perrey), Frédéric est décidé à retrouver la trace de ce château et de son occupante. D'abord réticente, la photographe ayant pris ce cliché lui donne rendez-vous à minuit à l'Aquarium de Paris, lui promettant de retrouver entre temps dans ses dossiers l'adresse de ces ruines. En attendant l'heure dite, Frédéric erre dans les rues sombres de la Capitale. Entrant dans un cinéma, il y distingue près de la sortie de secours l'image de celle qui hante ses esprits, l'invitant à la suivre...

Entrails of a Virgin / Entrails of a beautiful woman - Kazuo Komizu (1986)


Un passé récent nous avait démontré, si besoin est, que le cinéma d'exploitation japonais n'avait rien à envier à ses comparses italiens ou étasunien, et ceci bien au-delà des kaiju qui firent la renommée internationale de la Toho. Le bien nommé The Glamorous Life of Sachiko Hanai avait ainsi remémoré au préposé docteur le goût nippon pour les univers foutraques et le mélange des genres. En somme, une judicieuse piqûre de rappel tant la culture Bis endémique de l'archipel se veut des plus riches : du film de samouraïs aux yakuzas, du pinku à ses variantes plus extrêmes SM, etc. 

Remarqué à ses débuts en tant que scénariste du pinku dramatique Vierge violée cherche étudiant révolté (Yuke yuke nidome no shojo) en 1969, le cinéaste Kazuo Komizu attendit finalement le milieu de la décennie 1980 pour réaliser ses deux premiers films Entrails of a Virgin (Shojo no harawata) et Entrails of a beautiful woman (Bijo no harawata) en 1986. Deux longs métrages devenus cultes grâce, ou plutôt à cause, de leurs scènes mariant sexe et gore. Profitant du succès du genre slasher qui faisait à l'époque les beaux jours du cinéma d'horreur mondial, Komizu décida d'incorporer, au sens propre comme au sens figuré, un peu de sang frais aux habituelles productions crapoteuses softcore nippones.

Sorti en premier, Entrails of a Virgin narre les mésaventures sanglantes d'un groupe de jeunes mannequins et de photographes libidineux. Après une séance de shooting en pleine nature, l'équipe se perd dans la nuit brumeuse et trouve refuge dans une maison abandonnée. Tandis que les mâles se laissent envahir par leur pulsion et leur besoin d'assouvir leur domination sexuelle, un être surnaturel apparaît et commence à tuer les protagonistes ayant le malheur de croiser son chemin.
  

Je suis frigide... pourquoi ? - Max Pécas (1972)

Fausse séquelle de Je suis une nymphomane, sortie l'année précédente, Je suis frigide... pourquoi ? de l'inénarrable Max Pécas conte, de nouveau, les mésaventures érotiques d'une jeune provinciale, incarnée par la jeune Sandra Julien. Fort du succès de son premier conte moral [1], le réalisateur lyonnais récidivait et concluait son diptyque avec l'autre trouble sexuel ennemi du couple. Une œuvre salutaire, pédagogique et néanmoins divertissante, que le public Pompidolien put apprécier à sa juste mesure. A peu de chose près...

La jeune Doris (Sandra Julien) vit avec son père André (Georges Guéret) chez les Chambon, ce dernier étant le jardinier au service de ces notables du Sud de la France. Un jour, sous l'influence néfaste de sa sœur incestueuse, Carla (Marie-Georges Pascal), le fils de famille, Eric (Jean-Luc Terrade), viole l'innocente Doris dans la serre de la propriété. Afin d'éviter le scandale, la jeune femme est envoyée en pensionnat de jeunes filles. Réceptacle des pulsions sexuées de son entourage, son initiation forcée au saphisme par sa camarade de chambrée finit de rendre la demoiselle réfractaire à tout plaisir charnel. A la sortie de sa scolarité, Doris tombe rapidement amoureuse d'un metteur en scène de théâtre. Malheureusement pour la jeune femme, la frigidité dont elle souffre remet en cause sa relation avec la gent masculine...

The Wraith (Phantom) - Mike Marvin (1986)

Il est des films que leur interprète principal voudrait oublier. The Wraith, connu dans notre contrée par le patronyme Phantom, est sans aucun doute l'un des films dont Charlie Sheen se vante le moins. Sorti la même année que Platoon d'Oliver Stone, le film de Mike Marvin fait plutôt tâche dans la filmographie de ce "fils de" à la carrière prometteuse. Une erreur de parcours qui heureusement pour l'intéressé aura finalement peu de conséquence grâce au succès international des troisième et quatrième [1] longs métrages de Stone. Mais au-delà de cette satisfaction déviante de citer les ratés d'un ancien jeune premier, il est également de bon ton de se rappeler au bon souvenir d'une demoiselle brune, connue des initiés pour sa maîtrise dans le nouage de queue de cerise. Car avant de devenir un objet de fantasme pour le jeune mâle occidental au début de la décennie 1990, dans la série culte de David Lynch et Mark Frost, Twin Peaks, Sherilynn Fenn tourna, entre autres, dans ce sinistre essai de vigilantisme routier postmortem. De là à écrire que seule sa présence justifie le visionnage ce Phantom...

Obsession - Brian De Palma (1976)

Parmi les jeunes loups du Nouvel Hollywood, Brian De Palma fut sans doute celui qui prenait le plus à cœur cette envie de revisiter l'âge d'or du cinéma. L'un de ses précédents longs métrages, Sisters, se permettait ainsi de faire le lien entre le thriller Hitchcockien et un hommage aux maîtres de l'expressionnisme. Inspiré cette fois-ci uniquement par le grand Alfred, Obsession dépasse le simple hommage pour être la relecture entière de Vertigo. Mal perçu à l'époque, tant par le vieux cinéaste britannique que par ses admirateurs, le film fut décrit par ses détracteurs comme une vulgaire « resucée » de Sueurs froides. Un grief que le grand public ne retint pas, et qui permit à De Palma de signer à 36 ans son premier succès commercial. Métaphore du pouvoir obsessionnel du septième art, Carlotta nous propose de revoir cette œuvre trouble sur la culpabilité et le désir en version restaurée inédite ce mercredi  18 septembre au cinéma.

1959, Michael et Elizabeth Courtland (Cliff Robertson et Geneviève Bujold) célèbrent dans leur grande maison leur dixième anniversaire de mariage avec plusieurs notables de la Nouvelle Orléans, dont l'associé de Michael, Robert Lasalle (John Lithgow). Mais cette soirée tourne au drame après le kidnapping de la femme et de la fille de Courtland. Sa seule chance de les revoir est de payer la rançon de 500 000 dollars. Désemparé, l'homme d'affaire fait appel à la police. On lui propose de ne pas payer. En échange de la somme demandée, la police souhaite déposer, en plus de faux billets, un émetteur dans la valise afin de retrouver la trace des otages. Or la tentative de sauvetage se solde par un drame : encerclés, les kidnappeurs s'enfuient avec leurs victimes, et meurent dans un accident de voiture. Aucun cadavre n'est retrouvé. Courtland, rongé par la culpabilité, fait ériger sur le terrain qui devait symboliser sa récente réussite professionnelle une stèle gigantesque en guise de mémorial. Seize années plus tard, au cours d'un voyage d'affaire à Florence en Italie avec son associé Robert Lassalle, Michael découvre dans la même église, où il avait fait la rencontre d'Elizabeth, une jeune italienne ressemblant trait pour trait à sa défunte épouse...

Mud - Sur les rives du Mississippi - Jeff Nichols (2012)

En compétition l'année dernière au Festival de Cannes, Mud de Jeff Nichols concluait la sélection officielle comme elle avait débuté, par un récit initiatique, après l'excellent et touchant Moonrise Kingdom de Wes Anderson, en ouverture de ce grand raout. Exit la Nouvelle-Angleterre et cette histoire d'amour entre deux adolescents, pour les rives poisseuses du Mississippi dans ce rough South étasunien en compagnie de white trash de l'Arkansas.

Ellis (Tye Sheridan) vit dans une maison flottante avec ses parents Mary Lee (Sarah Paulson) et Senior (Ray McKinnon) sur les bords du Mississippi. Un matin à l'aube, l'adolescent s'éclipse pour rejoindre Neckbone (Jacob Lofland), son meilleur ami qui vit seul avec son oncle Galen (Michael Shannon), pêcheur de perles. Le jeune garçon a trouvé sur une île du fleuve une épave de bateau perchée dans un arbre, « comme tombée du ciel », fruit de la rencontre entre une ancienne inondation et la forêt sauvage environnante. Décidés à en faire leur repaire, Ellis et Neckbone déchantent rapidement en découvrant parmi le capharnaüm de cette cabane de fortune des empreintes et de la nourriture. De retour sur la rive, ils rencontrent l'occupant de cette étrange embarcation suspendue. L'homme se prénomme Mud (Matthew McConaughey). Il vit caché sur l'île déserte, en attendant son amour de jeunesse Juniper (Reese Witherspoon), qui devrait le rejoindre très bientôt, avant de partir vers d'autres horizons. Les deux adolescents sympathisent rapidement avec cet inconnu superstitieux et tatoué, et grand amateur d'haricots en boite que lui donne volontiers Ellis. Le lendemain, Ellis et Neckbone reconnaissent, dans un supermarché de la ville, Juniper. De retour sur l'île, Mud leur demande alors de lui transmettre un message. Or la belle est surveillée par Carver (Paul Sparks), frère de l'ancien compagnon de Juniper, que Mud a abattu il y a peu...

Runaway Train - Andrei Konchalovsky (1985)

Second long métrage étasunien d'Andrei Konchalovsky, après Maria's Lovers (1984) avec Nastassja Kinski, et six ans après le remarqué Sibériade qui lui valut le Grand prix au Festival de Cannes en 1979, Runaway Train marque la première collaboration du russe avec la (sacro-sainte) Cannon de la paire Menahem Golan et Yoram Globus [1]. Intégrant les rêves de grandeur et de respectabilité des deux cousins, qui les firent produire l'année précédente Love Streams de John Cassavetes, et en 1985 Fool for Love de Robert Altman [2], ce long métrage d'action à petit budget (9 M$) s'éloigne grandement, on l'aura compris, des productions maison en adaptant un scénario original d'Akira Kurosawa [3]. Dans les salles le 4 septembre, Carlotta nous propose désormais une nouvelle copie restaurée de cette fuite désespérée dans l'enfer blanc.

Alaska, quartier de haute sécurité de Stonehaven. Oscar 'Manny' Manheim (Jon Voight), a passé ses trois dernières années en cellule d'isolement. Au terme d'une procédure judiciaire, ce prisonnier multirécidiviste, présenté par le gardien-chef Ranken (John P. Ryan) comme un animal, gagne le droit de rejoindre ses codétenus. Après avoir évité une attaque mortelle ourdie par Ranken, ce dernier n'ayant pas accepté cette décision de justice qui remet en cause son autorité, Manny décide de s'évader avec l'aide de Buck (Eric Roberts), le champion de boxe de la prison [4]. Une fois à l'extérieur, les deux fugitifs se dirigent vers une gare de dépôt, et montent à bord d'un train. Mais le conducteur, victime d'une crise cardiaque, chute du train, le laissant dès à présent seul, lancé à toute allure...

Mes funérailles à Berlin (Funeral in Berlin) - Guy Hamilton (1966)

Personnage créé à l'origine sans nom par Len Deighton, puis prénommé pour le cinéma Harry Palmer, celui-ci fut présenté il y a cinq décennies comme la version antagoniste du héros de Ian Fleming. Moins fantaisiste que Fleming, et plus proche d'un Le Carré, Deighton a dépeint à travers ses quatre romans publiés dans les années 1960 (dont trois furent adaptés pour le grand écran durant la même décennie) un espion aux antipodes de son célèbre homologue. Pourtant Palmer n'en demeure pas moins, par divers aspects, liés au matricule 007. A l'époque où l'espionnage à caractère sexotique était dans l'air du temps, l'apparition sur papier de cet anti-héros, la même année que les exploits de James Bond contre Dr No dans les salles, passe difficilement pour être une simple coïncidence. Une vision plus réaliste du métier qui paradoxalement intéressera également le producteur de la franchise à double zéro, Harry Saltzman. Trois ans après la publication de The Ipcress FileMichael Caine incarne le rôle d'Harry Palmer sur grand écran. Le réalisateur Sidney J. Furie en signe l'adaptation, accompagné du monteur de la franchise et du compositeur John Barry. L'année suivante, Saltzman enchaîne avec Funeral in Berlin avec aux commandes, rien de moins, que le metteur en scène de Goldfinger, Guy Hamilton [1] !

La femme des sables (Suna no onna) - Hiroshi Teshigahara (1964)

Les années 1960 ou la décennie de la Nouvelle Vague ? Des Nouvelles Vagues plutôt. A l'instar de son homologue français, le cinéma japonais connut en parallèle un courant novateur à la fin des années 1950, porté en grande partie par le studio Shōchiku et le réalisateur Nagisa Oshima. Nommée en référence au courant de Jean-Luc Godard et consorts, cette nūberu bāgu permit de même l'émergence de nouveaux réalisateurs, et de thèmes rarement évoqués par le cinéma traditionnel japonais : marginalité, sexe, critique sociale, racisme. Si Nagisa Oshima et Shōhei Imamura sont les deux cinéastes ayant le plus marqué ce renouveau artistique au cours des décennies suivantes, le réalisateur Hiroshi Teshigahara, peu connu du grand public de nos jours, aura néanmoins été l'un de ceux qui a le plus apporté au courant, et un des artisans principaux pour la reconnaissance mondiale de cette autre Nouvelle Vague au cours des années 1960.

La femme des sables (Suna no onna) d'Hiroshi Teshigahara n'est pas un film anodin. Primé à Cannes lors de sa sortie en recevant le Prix du jury, ce film japonais eut la primeur d'être, sinon récompensé, du moins nommé par ses pairs étasuniens en 1964 et 1965 pour le prix du meilleur film étranger et du meilleur réalisateur [1] aux Oscars. Si la postérité n'a pas retenu Hiroshi Teshigahara pour ces deux catégories, le premier revenant au transalpin Vittorio De Sica pour Hier, aujourd'hui et demain et le second à Robert Wise pour La mélodie du bonheur, la présence d'un film d'avant-garde provenant de l'archipel nippon dans ce temple de l'entertainment américain tend cependant à affirmer le caractère exceptionnel de ce long-métrage. 

Live report : Jello Biafra au Glazart Paris 13 août 2013

Assister à un concert de Jello Biafra pouvait-il sérieusement s'apparenter à une sinécure aujourd'hui en 2013 ? Il aurait fallu être très mal informé pour croire que l'ancien chanteur des Dead Kennedys s'était calmé. Après quelques années de flottements, plus divers featurings semés au cours des deux dernières décennies, Jello su retrouver son mordant musical dans un premier temps en 2004 au près de Buzz Osborne et des Melvins. De quoi lui redonner envie de former depuis les DK un véritable groupe, the Guantanamo School of Medicine, et d'enregistrer dans la foulée un premier album en 2009 : The Audacity of Hype.

Après un Enhanced Methods of Questioning datant de 2011, Jello revenait donc sur Paris défendre le dernier né sorti en mars White People & the Damage Done. A l'époque des festivals et des vacances d'été, on aurait pu croire, un peu trop vite, que l'affluence un soir de 13 août aurait été des plus mesurées. Au contraire. Le Glazart allait autant vibrer aux décharges électriques du GSoM que du public turbulent venu en masse.  

Fedora - Billy Wilder (1978)

« Le sujet de ce film, ce n'est pas la mort, c'est le désir de finir sa vie en beauté : toute légende est faite pour se perpétuer » confiait le réalisateur Billy Wilder à propos de son avant-dernier long métrage Fedora. Entre deux comédies avec son compère Jack Lemon, et le retour du duo formé avec Walter Matthau [1], l'auteur de Sunset Boulevard revenait, vingt-huit ans après, aux sources du mythe hollywoodien, et concluait, entre nostalgie et irrévérence, sa déconstruction d'un cinéma désormais révolu. Prochainement dans les salles le 21 août, Carlotta nous propose en copie restaurée ce film méconnu du grand public et longtemps resté invisible au cinéma.

La grande star hollywoodienne Fedora (Marthe Keller), qui vivait depuis de nombreuses années non loin de Corfou, met mystérieusement fin à ses jours à la gare de Mortcerf en France, après s'être jetée sous un train. Le producteur Barry 'Dutch' Detweiler (William Holden), présent lors des funérailles à Paris, se remémore sa dernière rencontre et les raisons qui ont pu causer un tel drame. Deux semaines auparavant, il avait traversé l'Atlantique dans le but de lui confier le rôle titre de son adaptation d'Anna Karénine. Mais l'entreprise s’avéra des plus difficiles. Fedora vivait recluse dans la villa Calypso de de la comtesse Sobryanski (Hildegard Knef), accompagnée du docteur Vando (José Ferrer) et de son assistante Miss Balfour (Frances Sternhagen), depuis qu'elle avait abandonné le tournage d'un film à Londres avec l'acteur Michael York. Par un concours de circonstances, Dutch réussit à la croiser sur l'île. Or si le temps ne semblait pas avoir de prise sur la star, celle-ci apparaissait extrêmement perturbée et paranoïaque...