A Touch of Sin (Tian Zhu Ding) - Jia Zhang-ke (2013)

Cinq années après son dernier film, 24 City, le réalisateur chinois Jia Zhang-ke revenait sur le devant de la scène, après plusieurs documentaires et courts métrages, en 2013. Un retour d'autant plus marquant et inattendu que le nouveau long métrage nommé A Touch of Sin, prix du scénario au festival de Cannes, s'avère l'essai le plus sombre du cinéaste. Loin du lyrisme de ses précédentes œuvres, et s'inspirant de récents faits divers extrêmement violents qui se sont déroulés en Chine, Zhang-ke signait un métrage critique et radical, dont on ne sait par quel miracle, celui-ci a réussi à passer à travers les filets de la censure.

Scindé en quatre histoires indépendantes situées dans quatre régions différentes, A Touch of Sin relate les mésaventures de personnages en marge de cette nouvelle société chinoise consumériste. A l'exception du deuxième chapitre qui met en scène la variation la plus cynique (et moins réussie), quand l'acte de résistance d'un travailleur migrant prend la forme d'une terreur armée et arbitraire, les trois autres épisodes narrent davantage le portrait d'humiliés aux prises avec une fatalité d'origine sociale dans cette Chine néo-capitaliste et individualiste.

Eurociné 33 Champs-Elysées - Christophe Bier (2013)

« La vie amoureuse de l’homme invisible, Des filles dans une cage doréeDeux espionnes avec un petit slip à fleur, [...], Panther squad, ces films rapidement tournés, à très faible coût, exploités jusqu'au déclin des salles de quartier au milieu des années 80, ne sont pas plus exotiques pour nous qu'A bout de souffle et Les enfants du Paradis. Ce sont des œuvres françaises [...] produites par une seule firme : EUROCINÉ ». C'est par cette brillante introduction que le bienveillant Christophe Bier ouvre ce documentaire, qui fera date chez tous les amateurs de cinéma Bis. Diffusé en avant-première lors d'une des inénarrables soirées Cinéma Bis à la Cinémathèque française, et dans le cadre d'un double programme [1] consacré à cette sacro-sainte société de production hexagonale, Eurociné 33 Champs-Elysées n'est rien de moins qu'une œuvre de salut public, ou l'histoire de ce singulier studio français au rayonnement international. 

En complément à une précédente chronique, il était en effet grand temps que le préposé docteur s'attarde un moment sur le cas Eurociné, et son fameux fondateur Marius Lesoeur. Et si l'envie l'avait déjà titillée lors de la diffusion du dit documentaire, en présence de son auteur et de Daniel Lesoeur, un soir de mars 2013 (le 22 pour être précis), il aura néanmoins fallu sa publication en support DVD chez RDM Edition pour le pousser enfin à écrire ces quelques lignes. 

Névrose - La chute de la maison Usher (Neurosis) - Jess Franco (1983)

L'histoire est connue. Jesús Franco dut attendre le crépuscule de sa vie pour être enfin reconnu comme un cinéaste digne d'intérêt. Célébré à l'origine par une poignée d'irréductibles, sa « frénésie érotomane et expérimentale », pour reprendre les mots justes de Jean-François Rauger, fit l'objet d'une réévaluation tardive avec en point d'orgue en 2008, une rétrospective à la Cinémathèque française, et l'année suivante un Goya pour l'ensemble de son œuvre. Chantre d'un cinéma singulier, Franco réalisa la plupart de ses films dans des conditions extrêmement contraignantes : des budgets anémiques attachés à des productions, dont le but premier était avant tout d'approvisionner les cinémas de quartier. Or bien que les prérequis du cinéma Bis lui permirent de laisser libre cours à ses obsessions, dans le respect du cahier des charges bisseux, Franco dut également composer avec les méandres, parfois obscures, de la censure. Dès lors, non content d'avoir une des filmographies les plus riches de l'histoire du cinéma, il n'est pas rare chez Franco de dénombrer pour un même film pléthore de copies différentes (habillées ou non, avec inserts pornographiques ou non, etc.) en fonction des pays et des éditions.

La chute de la maison Usher, intitulé également Névrose, est à ce titre un cas d'école. Mis en scène pour le compte de la fameuse Eurociné de Marius Lesoeur, vieux compagnon de route et producteur du séminal Horrible Docteur Orlof deux décennies auparavant (mais n'allons pas trop vite), cette nouvelle adaptation d'après Edgar Allan Poe [1] existe en deux versions : une espagnole tournée en 1983 et quasiment inédite de nos jours, et une française qui connaîtra une distribution internationale. A l'instar du Miroir obscène [2], la version internationale renommée pour l'occasion Revenge in the House of Usher, et seule disponible à l'heure actuelle, met en évidence l'ajout de scènes supplémentaires (en dépit de toute cohérence), et d'un remontage complet du long métrage. Mais cette copie de La chute de la maison Usher n'en demeure pas moins un témoignage passionnant, et un formidable essai de reconstruction mentale, pour l'amateur francien qui croiserait la route de ce film malade, joué par la muse Lina Romay et les fidèles Howard Vernon et Antonio Mayans.

Fin d'Automne (Akibiyori) - Yasujiro Ozu (1960)

A l'occasion de la rétrospective Ozu à la Cinémathèque française du 23 avril au 25 mai, et dans le cadre de la sortie du coffret de quatorze films édité par Carlotta le 25 avril, ressort en salle cinq jours plus tard la version restaurée inédite d'un des derniers longs métrages du maître japonais : Fin d'Automne [1].

Poursuivant son travail sur la couleur initié deux ans plus tôt avec Fleurs d'équinoxe, le réalisateur nippon signe de nouveau la chronique intime d'un Japon en phase transitoire, entre traditions et modernité. Relecture de son Printemps tardif mis en scène en 1949, Yasujiro Ozu s'écarte du mélodrame originel, pour n'en garder que l'ossature du récit, et l'habiller de ce ton léger et humoristique qui sied idéalement aux couleurs pastels de ses récents films.

Trois anciens camarades d'université, Soichi Mamiya (Shin Saburi), Shuzo Taguchi (Nobuo Nakamura) et Seiichiro Hirayama (Ryuji Kita), se réunissent pour commémorer la mémoire de leur ami Miwa, décédé sept années plus tôt. Ils y retrouvent sa veuve, Akiko (Setsuko Hara), et sa fille Ayako (Yoko Tsukasa) âgée maintenant de 24 ans. Au cours de la discussion, ils conviennent que la jeune femme est en âge de se marier. Taguchi est le premier à proposer un prétendant potentiel, mais ce dernier s'avère finalement déjà fiancé. Mamiya tente alors d'organiser une rencontre avec un de ses employés, Shotaru Goto (Keiji Sada). Mais Ayako n’est pas pressée de trouver un mari, craignant de laisser sa mère toute seule...

Dead of Night (Le mort-vivant) - Bob Clark (1974)

En attendant de sévir la décennie suivante avec la comédie familiale Christmas Story, les navrants Porky's (I & II) ou le musical Rhinestone et son duo improbable Dolly Parton / Sylvester Stallone en 1984 [1], le réalisateur Bob Clark se fit connaitre du public bisseux au début des années 70 en signant trois films d'horreur désormais réévalués : le culte Black Christmas [2] avec Margot Kidder, Children Shouldn't Play with Dead Things, et le second volet de cette trilogie : Dead of Night. Librement inspiré de la nouvelle The Monkey's Paw de William Wymark Jacobs, le long métrage s'éloigne pourtant du film d'épouvante basique pour se rapprocher de la dimension sociale d'un George Romero en centrant son sujet sur la famille et les traumas provoqués par la guerre du Vietnam. Ajoutons à cela qu'il s'agit, rien de moins, du premier film officiel où Tom Savini fut chargé des maquillages, et vous comprendrez aisément que ce Mort-vivant mérite un visionnage en bonne et due forme.

Guerre du Vietnam. Le soldat Andy Brooks (Richard Backus) est abattu au cours d'une mission dans la jungle. Peu de temps après, un officier de l'armée frappe à la porte de la demeure familiale, et informe les Brooks du décès du jeune homme. Si le père (John Marley) et la sœur (Anya Ormsby) accusent le coup, la mère (Lynn Carlin) refuse de croire à la mort de son fils chéri. Recluse, niant l'évidence du deuil, la mère de famille prie pour le retour d'Andy le soir même de la funeste nouvelle. Or son fils apparait en plein milieu de la nuit. Mais le comportement d'Andy soulève rapidement les interrogations du père : il ne mange pas, ne parle pas, et passe le plus clair de son temps dans son rocking-chair. Irritable, refusant de voir quiconque et submergé par des accès de violence non retenue, Andy s'absente mystérieusement la nuit venue. Les soupçons du père s'aggravent quand il apprend que la police enquête sur le meurtre d'un routier qui s'est produit le soir même du retour de son fils...

Cronico Ristretto : Fragmentations, Prayers And Interjections - John Zorn (2014)

Sorti le 18 mars 2014, Fragmentations, Prayers And Interjections présente le second volet des nombreux disques, qui devraient paraitre au cours de l'année, retraçant le marathon scénique et artistique que s'est offert John Zorn, en septembre dernier, à l'occasion de son soixantième anniversaire [1], et comme il l'avait déjà effectué dix ans plus tôt pour fêter ses cinq décennies. Après The Hermetic Organ, Vol. 2 publié le 21 janvier, ce nouveau disque issu d'un concert enregistré le 25 septembre 2013 au Miller Theatre de New-York, soit deux jours après celui à l'orgue à la St Paul's Chapel, se démarque de son prédécesseur par le type de formation proposée : un orchestre philharmonique. Depuis Aporias: Requia for Piano & Orchestra et sa pochette Francisbaconienne en 1998 et What Thou Wilt en 1999-2010 (on y reviendra), Zorn s'était en effet limité en matière de mouture classique à des ensembles plus réduits, à l'image du quatuor à cordes constitué de Jennifer Choi et Fred Sherry sur Magick (2005). En somme, une longue attente pour une surprise de taille.

L'album réunit quatre compositions jouées par l'Arcana Orchestra sous la direction de David Fulmer. La première, Orchestra Variations, fut commandée en 1996 par l'orchestre philharmonique de New York, tandis que celle qui clôt le disque, Suppôts et Suppliciations, le fut par l'orchestre symphonique de la BBC en 2012. Du premier thème avant-gardiste, l'auditeur averti pourra ainsi difficilement négliger les insertions burlesques Texaveryiennes, variations rappelant un autre hommage, grindcore cette fois-ci, mené par deux musiciens justement proche du saxophoniste alto : le chanteur Mike Patton et le bassiste Trevor Dunn et le Suspended Animation (2005) de Fantômas.

Cronico Ristretto : The Witch-hunt - Master (2013)

Apôtre d'un metal intemporel (et passéiste), le faisant aisément passer pour le dernier des mohicans du proto-death metal, Paul Speckmann et son groupe Master sont réapparus l'année dernière pour une double actualité. Délivrant à un rythme soutenu des disques depuis la stabilisation de son line-up slave [1], la formation originaire de Chicago, que nous avions affectueusement désigné comme le « corned-beef du death metal » lors de la chronique de leur premier album, fêtait, déjà, en 2013 son trentième anniversaire. Du souvenir de l'époque séminale où le metal extrême US poussait ses premiers cris primaux, tonton Speckmann sonnait de nouveau le tocsin, et le rappel des troupes nostalgiques, le 27 septembre dernier en les conviant à une chasse à la sorcière sur le nouvel album intitulé The Witch-hunt

Comme énoncé lors du précédent billet, la musique du trio composé désormais de Paul Speckmann au chant et à la basse, d'Alex Nejezchleba à la guitare et de Zdeneck Pradlovsky à la batterie, n'a pas vocation à se distinguer par son originalité. Figé au contraire à l'état originel, aux frontières du thrash metal et des premières velléités death-métalliques du milieu des années 1980, Master fait fi des évolutions des trois dernières décennies. Tel un Motörhead du death metal, la voix éraillée de Speckmann évoquant au passage celle du patriarche Lemmy, le trio envoie la sauce, pied au plancher et la tête dans le guidon. En somme, la recette ayant été maintes fois éprouvée, Master mise davantage sur l'efficacité de ses compositions que sur une quelconque ambition emphatique. Dont acte.

Welt am Draht / Le monde sur le fil - Rainer Werner Fassbinder (1973)

Téléfilm ayant pour sujet la réalité virtuelle et ses faux semblants, Le monde sur le fil de Rainer Werner Fassbinder aura attendu près de quatre décennies pour apparaitre en DVD (par Carlotta en France puis Criterion outre-Atlantique). Diffusée pour la première fois en 1973, cette adaptation du roman de Daniel F. Galouye [1], Simulacron 3, marque encore de nos jours les esprits par sa justesse et sa profondeur. Annonçant les longs métrages réalisés au cours des années 1990 et 2000, Matrix des Wachowsky en tête, le cinéaste allemand tisse une œuvre ambitieuse, où le monde rétro-futuriste décrit se révèle, tout autant visionnaire que cruellement familier.

Directeur technique de l'institut de recherche en cybernétique et futurologie, l'IKZ, Henry Vollmer (Adrian Hoven) est retrouvé mystérieusement mort dans la salle des ordinateurs. Créateur d'un programme de réalité virtuelle capable de simuler une petite ville d'environ dix milles unités identitaires, le professeur présentait depuis peu un comportement des plus étranges. Lors d'une soirée organisée par le directeur général de l'institut IKZ, Herbert Siskins (Karl Heinz Vosgerau), le docteur Fred Stiller (Klaus Löwitsch), promu à la tête du projet Simulacron, rencontre le chef de la sécurité Günter Lause (Ivan Desny). Celui-ci lui confie avoir des doutes sur la supposée mort accidentelle de son ex-collègue. Vollmer semblait très préoccupé ces derniers temps, et lui avait justement déclaré avoir fait une découverte grave peu avant son décès. Or durant cette conversation, Stiller constate la disparition de Lause. Pire, quand il raconte ce curieux événement à son entourage professionnel, Stiller s'aperçoit que personne ne connait Lause. Officiellement, le chef de la sécurité de l'IKF s'appelle Hans Edelkern (Joachim Hansen)...

Live report : Michael Gira à l'église Saint-Merry, Paris - 10 mars 2014

Un peu moins d'un an après son passage à Paris avec les Swans lors du festival Villette Sonique [1] et plus récemment le 22 janvier dernier à La Maroquinerie, leur leader était déjà de retour dans la capitale le lundi 10 mars pour un concert en solo et en acoustique.

En attendant la sortie prochaine de l'album des Swans, To be kind, le 12 mai prochain, Gira s'offre un petite tour de chauffe préliminaire de quelques grandes villes européennes. Un court intermède qui le voit parcourir l'Espagne, la France, le Royaume-Uni, ou la Norvège, en attendant le 14 mai, et le début d'une tournée d'une semaine aux États-Unis avec son groupe, puis dans la foulée une dizaine dates du 22 mai au 2 juin sur le sol britannique en support au nouveau disque [2].


Cronico Ristretto : Sunn O))) & Ulver (2014) | John Zorn & Thurston Moore (2013)


Cinq (longues) années que Stephen O'Malley n'avait pas signé un disque du sceau de Sunn O))). L'homme n'a pourtant pas chômé depuis Monoliths & Dimensions. Occupé à enregistrer et à tourner [1] en solo ou avec ses divers side projects, dont les plus récents se nomment Ensemble Pearl (avec entre autres Atsuo de Boris) et Nazoranai (avec Oren Ambarchi et Keiji Haino), O'Malley est revenu en ce début du mois de février avec la reprise d'un ancien enregistrement de Sunn O))) datant de 2008, en association avec les norvégiens d'Ulver intitulé Terrestrials.

Nourri des expérimentations du précédent LP, Sunn O))) enrichit de nouveau sa musique en continuant d'élargir sa palette instrumentale. S'éloignant des rives du drone originel pour celles du post-rock, le duo O'Malley / Anderson suit en quelque sorte la dernière mue d'Ulver et leur dernier album, Messe I.X-VI.X. Accompagnés des invités Ole-Henrik Moe et Kari Rønnekleiv au violon et à l'alto, et Stig Espen Hundsnes à la trompette, la double formation étasuno-scandinave propose trois longues plages abstraites au pouvoir mélancolique et mystérieux non feint. Terrestrials s'ouvre par le lent crescendo Let There Be Light, morceau qui se conclut par la basse menaçante d'Anderson et les percussions de Tomas Pettersen. Si Western Horn se démarque peu du premier titre et des dernières productions de Sunn O))), la dernière plage Eternal Return apparaît à la fois être le titre phare de l'album, et finalement la seule chanson où l'univers d'Ulver transparaît (enfin) [2], encore que le croisement attendu n'a pas véritablement lieu, la première partie d'Eternal sonnant comme du Sunn O))), et la seconde comme du Ulver (guidée par la voix Kristoffer Rygg).

Persona - Ingmar Bergman (1966)

« Si je n'avais pas trouvé la force de faire ce film là, j'aurai sans doute été un homme fini » déclarait Ingmar Bergman à propos de son long métrage Persona. Œuvre radicale et résurrection artistique d'un réalisateur en proie à la maladie [1], ce vingt-septième film a une place à part dans l'imposante filmographie du scandinave. Nourrit des expériences intimes de son auteur, le film est à la fois le fruit de sa nouvelle liberté créative et le témoin de son hospitalisation passée, pour un résultat qui marque les esprits depuis près de cinq décennies. Pour ce drame psychologique aux contours fantasmagoriques qui ressort en salles le 5 mars prochain, Bergman convia son actrice fétiche Bibi Andersson et celle qui deviendra sa muse et compagne, Liv Ullmann.

La comédienne Elisabet Vogler (Liv Ullmann) a perdu l’usage de la parole en plein milieu de la représentation de la pièce Électre. La jeune infirmière Alma (Bibi Andersson) est désignée pour s'occuper d'elle. Comme le souligne sa supérieure (Margaretha Krook), Elisabet ne souffre d'aucun mal physique ou désordre psychologique, elle est en bonne santé. Elle refuse de s'exprimer et souhaite rester silencieuse. Face à cette situation, il est décidé d'envoyer Elisabet, accompagnée d'Alma, dans la résidence secondaire du médecin chef sur l'ile de Fårö. Bien qu'Alma soit la seule à parler, les deux jeunes femmes nouent à mesure une grande complicité. Elisabet devient la précieuse confidente de la volubile Alma, celle-ci lui confessant désormais ses plus intimes secrets. Un matin, Alma découvre le contenu d'une lettre non fermée écrite par Elisabet à l'attention de son amie médecin. La lettre affecte profondément Alma. Elisabet dit reprendre goût à la vie grâce à Alma, à l'amitié et même à l'amour inconscient que cette dernière lui porte. Mais elle révèle également s'amuser à étudier son infirmière : de ses pleurs sur ses anciens péchés, à sa mauvaise conscience de ne pas suivre ses principes.

Cronico Ristretto : Heen Yadhar Al Ghasq - Al-Namrood (2014)

Groupe de black metal en provenance d'Arabie Saoudite, dont le nom fait référence au roi de Babylon Nimrod, Al-Namrood de part sa nationalité ne pouvait qu'intriguer et attiser la curiosité du préposé. Il est sans doute trop simple de considérer son existence comme un acte de résistance face à l'obscurantisme wahhabite. Mais au-delà de cette réflexion facile, force est de constater que le trio formé par le leader Mephisto (guitare et basse), Ostron (instruments orientaux) et Humbaba (vocaux) mérite amplement une considération certaine tant les risques encourus par ses musiciens sont loin d'être anecdotiques. 

Heen Yadhar Al Ghasq, quatrième album de cette formation saoudienne signée sur le label canadien Shaytan Productions, s'inspire pleinement des productions des pairs originels scandinaves. Nourries d'influences antiques et pré-islamiques, les compositions du trio évoquent inévitablement les rares groupes orientaux ayant tenté l'extrémisme métallique (les débuts des israéliens Orphaned Land ou leurs compatriotes de Melechesh) et bien sûr les death-metalleux étasuniens Nile. 

Until The Light Takes Us - Aaron Aites / Audrey Ewell (2009)

Documentaire tourné par la paire étasunienne Aaron Aites et Audrey Ewel, Until The Light Takes Us, titre tiré d'une traduction volontairement erronée du quatrième album de Burzum, Hvis lyset tar oss [1], s'intéresse à l'histoire du black metal du début des années 90, en suivant tout particulièrement deux musiciens ayant contribué à l'essor et à la naissance du mouvement : Gylve 'Fenriz' Nagell de Darkthrone et le très controversé Varg 'Count Grishnackh' Vikernes de Burzum. Tourné en immersion, le duo ayant vécu deux ans en Norvège pour les besoins du tournage, le film revient également sur les évènements extra-musicaux, faits divers tragiques, qui ont secoué la Norvège à cette époque à travers les témoignages d'une partie des protagonistes de cette période.

Amateurs de la scène expérimentale Lo-Fi, Aites et Ewel ont découvert sur le tard le black metal norvégien. Mention utile à préciser en préambule tant les deux américains font, volontairement ou non, nullement mention aux premiers précurseurs du genre à savoir Hellhammer / Celtic Frost et Bathory [2]. Until The Light Takes Us n'a pas l'ambition de retracer précisément l'historique du genre. Les plus pointilleux pourront dès lors regretter l'absence de plusieurs groupes notoires ou la faible participation d'autres (Immortal par exemple). Encore que ces oublis ou figurations peuvent aisément s'expliquer : on doute que Samoth d'Emperor veuille revenir sur un passé peu glorieux et ses années d'emprisonnement (pour incendie d'église), quant à Olve 'Abbath' Eikemo et Harald 'Demonaz' Nævdal d'Immortal, bien qu'ayant côtoyé Vikernes lors de leur début death metal (sous le nom d'Old Funeral), le duo a toujours été en marge de la scène locale ou des errements dudit Inner circle

Fleurs d'équinoxe (Higanbana) - Yasujiro Ozu (1958)

Reconnu de son vivant comme un des maîtres du cinéma japonais par ses compatriotes, Yasujiro Ozu, à la différence de l'autre figure nationale incontournable nommée Akira Kurosawa, aura finalement dû attendre le crépuscule de son existence pour que ses réalisations connaissent enfin un début de reconnaissance en dehors de l'archipel qui l'a vu naître [1]. Plus intimiste dans ses histoires, témoin des bouleversements de la société nippone d'après-guerre et leurs conséquences sur la famille, Ozu se distingue de ses pairs par la simplicité et la sobriété évidente de sa mise en scène, lui conférant le sobriquet (et raccourci) d'être « le plus japonais des cinéastes ». 

Quarante-cinquième long métrage de son auteur, Fleurs d'équinoxe marque une évolution notable dans sa filmographie. Celui qui réfutait l'utilisation du Cinémascope, cède aux pressions du studio [2] de la Shôchiku Eiga, et tourne pour la première fois en couleurs (à l'instar de ses cinq prochains et derniers films, le maître étant finalement convaincu des possibilités techniques et esthétiques du procédé). Choix loin d'être anodin, sa préférence se porte sur une caméra Agfa. Cette dernière lui permet un meilleur rendu du rouge, soit le leitmotiv pictural du métrage, et la couleur de la fleur qui prête son nom au film.

Macumba sexual - Jess Franco (1981)

Dans la débordante et démesurée filmographie de Jesús Franco, le début des années 1980 marque sinon un tournant, du moins une évolution notable dans ses productions : son retour sur ses terres natales. Après des années d'exil qui le vire principalement tourner à l'étranger pour trois compagnies durant la décennie précédente : le Comptoir Français de Robert de Nesle, Elite Film du suisse Erwin C. Dietrich, et enfin de manière épisodique, la fameuse Eurociné [1] de Marius Lesoeur, le madrilène retrouve une Espagne libérée du poids (de la censure) franquiste. Un terrain de jeu idéal pour ses diverses déviances cinématographiques, qui lui fait croiser de nouveau l'acteur Antonio Mayans, figure incontournable de l'univers francien des années à venir, après l'adaptation de La nuit des assassins (La noche de los asesinos) d’Edgar Allan Poe en 1973.

Or un come-back peut en cacher un autre, comprendre une nouvelle relecture d'une de ses œuvres fondatrices : Vampyros Lesbos. Abandonnant les rives du Bosphore pour les paysages insolites des Canaries, Franco profite de ce Macumba Sexual pour nous rappeler qu'il reste avant tout un des grands chantres du cinéma hallucinatoire.

Alice Brooks (Lina Romay) et son compagnon (Antonio Mayans) passent leurs vacances à Gran Canaria. Celle-ci reçoit un coup de téléphone de son patron Mortimer. Une certaine Princesse Obongo (Ajita Wilson) souhaite acquérir une propriété à Atlantic City. Il lui demande d’aller la rencontrer, cette dernière, vivant sur une île voisine. Mais Alice est très perturbée par cette requête. Depuis son arrivée, des cauchemars, mettant en scène une dénommée Tara Obongo, la hantent…
  

Je t'aime je t'aime - Alain Resnais (1968)

L'affaire était entendue. Comme l'avait souligné dans un passé récent le préposé, la rencontre entre le Fantastique et le cinéma français a souvent pris la forme d'un rendez-vous fortuit. Si l'histoire a retenu quelques contre exemples mémorables, force est de constater que ces pépites trahissaient davantage le goût éphémère d'un cinéaste pour une aventure surnaturelle ou science-fictionnelle, qu'un véritable désir d'inscrire son œuvre dans l'univers fantastique. Un attrait momentané à défaut d'une attirance durable que l'on retrouva paradoxalement en France dans le cinéma d'auteur, à l'image d'un Godard ou d'un Truffaut, réalisateurs au milieu des années 1960 de deux classiques de l'anticipation : Alphaville et l'adaptation de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury [1]. Or d'une Nouvelle vague à un Nouveau cinéma, il n'y a qu'un pas. Il est dès lors peu étonnant de voir apparaître dans cette liste des cinéastes français ayant touché au Fantastique le nom d'Alain Resnais. Souvent teinté de surréalisme et d'onirisme, sa filmographie reste marquée par un essai de pur science-fiction, scénarisé par un spécialiste du genre, l'auteur de nouvelles Jacques Sternberg : Je t'aime je t'aime.

Un jeune homme prénommé Claude Ridder (Claude Rich) est à l'hôpital après une tentative de suicide. A sa sortie, celui-ci est approché par deux inconnus qui lui proposent de venir une journée au centre de recherche de Crespel. N'ayant rien à perdre, Ridder accepte. Ce dernier a été sélectionné par ces scientifiques pour participer à une expérience hors du commun : voyager dans le temps, car comme le déclare lucidement Ridder lui-même, sa qualité de « volontaire qui ne tient plus à la vie » fait de lui « le cobaye idéal ». En guise de première étape, les physiciens vont le transporter d'une année dans le passé durant une seule minute, le jeune homme devant revenir normalement soixante secondes plus tard, le 5 septembre 1966 à 16 h. Mais l'expérience ne se déroule pas comme convenu. Un dysfonctionnement lui fait revivre des moments aléatoires de son passé sous forme de flashbacks : de sa rencontre avec son ex-petite amie Catrine (Olga Georges-Picot) jusqu'à son suicide provoqué par la mort accidentelle de Catrine.

Funky front covers Part VII

Comme le veut la tradition initiée depuis plusieurs années, la rédaction du Rocky Horror Critic Show vous souhaite conjointement ses meilleurs vœux et vous propose ses Funky front covers ©, soit le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexy des musiques funk, disco et consorts.

Et quoi de mieux pour débuter qu'une série consacrée aux éphèbes et autres jeunes hommes avenants, propres à remémorer les premiers émois de notre lectorat féminin ? 

  

Cronico Ristretto : Melvins - Tres Cabrones / Deicide - In the Minds of Evil


2013 fut des plus riches pour Buzz Osborne et sa bande : des concerts se rappelant au bon souvenir de la première moitié des années 1990, dont une double escale parisienne chroniquée ici-même, et la sortie d'une (première) compilation de reprises intitulée Everybody Loves Sausages en avril dernier. Et en guise bilan pour cette fin d'année, King Buzzo et Dale Crover remettent le couvert avec Tres Cabrones, seconde compilation regroupant cette fois-ci plusieurs anciens réenregistrements dont des titres rares datant des débuts de la formation de Montesano. Pour ce retour aux sources, le duo a convié le batteur originel des Melvins, Mike Dillard (et accessoirement batteur intérimaire de Fecal Matter, premier groupe de Kurt Cobain), à venir célébrer les 30 ans du trio, intitulé pour l'occasion Los Melvins.

A Matter of Life and Death - Michael Powell / Emeric Pressburger (1946)

Neuvième collaboration du duo Michael Powell / Emeric Pressburger, A Matter of Life and Death s'inscrirait dans la même lignée que son ainé sorti cinq années plus tôt 49th Parallel. Commande de l’armée britannique, le long métrage fut à l'origine produit dans le seul but d'harmoniser et d'améliorer les relations entre les soldats alliés anglais et étasuniens. Des raisons suffisantes pour avoir de sérieux doutes sur l'authenticité de la démarche des futurs réalisateurs de The Red Shoes ? Au contraire. Carlotta nous propose de revoir ce classique en version restaurée inédite au cinéma depuis mercredi dernier.

Durant la Seconde Guerre mondiale, de retour vers l'Angleterre après un bombardement en Allemagne, l'avion de l'officier britannique Peter Carter (David Niven) est en flammes. Dernier homme à bord vivant et sans parachute utilisable, celui-ci se sait condamné. Ses derniers mots, il les confie à une jeune opératrice radio prénommée June (Kim Hunter) avant de sauter dans le vide. Mais Carter survit miraculeusement et retrouve celle qui fut sa dernière confidente. Les deux jeunes gens tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre, jusqu’à ce qu’un messager de l’au-delà (Marius Goring) vienne dire à Peter que sa survie n’était qu’une erreur dû au brouillard. Ce dernier décide de faire appel pour rester sur Terre et vivre son amour avec June. Un tribunal céleste est dès lors convoqué pour décider de son destin.

Les salauds - Claire Denis (2013)

Fraîchement accueilli par la critique française, en mai dernier à Cannes pour la sélection officielle Un Certain Regard et cet été lors de sa sortie nationale, Les salauds de Claire Denis n'a pas laissé indifférent. Soit. Une habitude ou une demie surprise en quelque sorte tant la réalisatrice de Trouble Every Day s'éloigne des attendus prérequis et d'un cinéma aseptisé. Films à la mise en scène atmosphérique proche de l'abstraction, portés par des récits tout autant nébuleux, ses œuvres cinématographiques en ont fait un des auteurs du 7ème art les plus singuliers des vingt dernières années. Une originalité et une vision personnelle qui minimisent les récents reproches reçus par Claire Denis et ses Salauds, ces incompréhensions traduisant (et trahissant après visionnage) davantage une méconnaissance de son art, qu'un film outrancier aux défauts rédhibitoires comme il a pu être écrit.

Commandant d’un supertanker, Marco Silvestri (Vincent Lindon) abandonne le navire dont il a la charge en apprenant le suicide de son beau-frère (Laurent Grevill). De retour sur terre, Marco découvre l'étendu du drame. L'entreprise familiale de fabrication de chaussures reprise par sa sœur Sandra (Julie Bataille) et son mari est en faillite. Sa nièce Justine (Lola Creton) est hospitalisée dans une clinique après avoir été retrouvée errant nue dans la nuit, la jeune femme ayant subie une agression sexuelle des plus violentes. Un coupable est rapidement désigné par Sandra, il s'agirait de l'homme d’affaires Edouard Laporte (Michel Subor). Animé par une vengeance irrépressible, Marco s'installe au dernier étage de l’immeuble de Laporte où vit également sa maîtresse Raphaëlle (Chiara Mastroianni) et leur fils. Cependant rien ne se passe exactement comme avait prévu Marco...