Elves - Jeffrey Mandel (1989)

Conte de noël pervers, série Z improbable, Elves de Jeffrey Mandel ne manque pas d'arguments pour l'amateurice de friandises déviantes. Produit par le trio "maléfique", John Fitzgerald, Jerry Graham et Dale Mitchell, coupable la même année du retentissant Alien Seed, avec Erik Estrada en journaliste chasseur d'aliens inséminateurs de sperme messianique extra-terrestre, Elves s'inscrit dans la lignée d'un sous-genre, à la croisée de la fantasy et du film d'horreur inspiré par le succès des Gremlins du génial Joe Dante. Faisant suite (en quelque sorte) au déjà bien croquignolet, Troll de John Carl Buechle, et en attendant la décennie suivante le début de la franchise Leprauchaun, ce premier long métrage du scénariste Jeffrey Mandel laisserait supposer que nous ayons à faire à une cohorte de créatures malfaisantes aux oreilles pointues, derniers avatars d'une famille de bestioles dégénérées, lointaines parentes des Ghoulies, des Munchies et autres Hobgoblins. C'était sans compter cette première déception, car de représentant de la race elfique, le film n'en dénombrera qu'un seul. Fort heureusement très méchante. Mais n'allons pas trop vite.

Un soir, Kirsten (Julie Austin) et ses deux amies Amy et Brooke se livrent à une cérémonie occulte dans une forêt voisine. Par mégarde, Kirsten se coupe et ramène à la vie, sans le savoir, un elfe démoniaque. Durant la nuit, celui-ci s'introduit chez Kirsten, dans la chambre de son jeune frère Willy...
 

Cronico Ristretto : Broken Limbs Excite No Pity - Bruce Lamont (2018)

Sept années après son fort remarqué premier effort solo [1], Feral Songs For The Epic Decline, Bruce Lamont mettait fin à ce long hiatus le 23 mars dernier avec la sortie de son deuxième album, Broken Limbs Excite No Pity, sur le label War Crime Recordings. Depuis Beyul (2012), dernier album en date de Yakuza, l'homme n'a pas pourtant pas chômé. Au contraire. Fort de sa participation à de multiples side-projects, de Corrections House, avec Scott Kelly (Neurosis), Mike IX Williams (Eyehategod) et Sanford Parker (Minsk), à Brain Tentacles, Bloodiest, en passant par son récréatif groupe de reprises Led Zeppelin 2 Live, cette figure de la scène underground chicagoienne, on l'aura compris, a plusieurs cordes à son arc. Dès lors, Broken Limbs Excite No Pity n'avait aucune raison de réfuter les expérimentations passées ou de cadenasser la versatilité de cet explorateur des genres et homme-orchestre [2]. Folk, drone, électro, ambient, jazz, noise, rock, etc., tous ont été conviés. Dont acte.
  

Black Moon - Louis Malle (1975)

Dernier film français de Louis Malle, avant son départ et le début de sa carrière étasunienne, Black Moon ne déroge pas à la filmographie hétéroclite du réalisateur du Feu follet. Mis en scène juste après le controversé Lacombe Lucien, cette lune noire suit la règle établie que chaque film de Malle se dresse contre le précédent. Ainsi, après le semi-autobiographique récit d'un jeune paysan qui bascule dans la Collaboration, Black Moon se place « en marge de la réalité » pour reprendre les mots de son auteur, ce dernier signant ici son unique essai fantastique, teinté de surréalisme. 

Dans un futur proche, sur une route de campagne isolée, la jeune Lily (Cathryn Harrison) fuit au volant de sa voiture la guerre qui oppose les hommes contre les femmes. Arrêtée à un barrage, elle est témoin de l'exécution de combattantes par des soldats portant des masques à gaz. Vite confondue par ses longs cheveux blonds, Lily réussit toutefois à s'échapper en coupant à travers le champ voisin. En chemin, elle fait la connaissance d'une licorne et découvre une maison retirée où vivent, à l'écart de ce monde déchiré, une étrange famille composée d'une vieille femme et de ses deux enfants, un frère (Joe Dallesandro) et une sœur (Alexandra Stewart), prénommés tout deux Lily...
  

La chute des aigles - Jess Franco (1989)

Fort du succès de leurs deux précédentes productions Dark Mission et Esmeralda bay, réalisées chacune par Jess Franco, Eurociné et son emblématique patron Marius Lesoeur décidèrent de battre le fer pendant qu'il est encore chaud en produisant leur superproduction, celle qui devait asseoir l'essor de la société domiciliée au 33 Champs-Elysées, La chute des aigles, avec, excusez du peu, Christopher Lee, Mark Hamill et... Ramon Estevez, fils de Martin Sheen, et cadet de la fratrie. Or ce changement d'ambition notable se solda par un échec cuisant, marquant la fin de l'aventure eurocinéenne trois décennies après sa création. Pire, ce film maudit qui précipita la « Chute de la maison Eurociné » [1] fut également responsable d'une brouille durable entre le réalisateur madrilène et la famille Lesoeur. Une triste fin, en somme, à l'image de ce film démodé, éloigné des fondamentaux de la société, qui produisit Le Lac des morts vivants, son plus grand succès. Mais n'allons pas trop vite...

Berlin, 3 septembre 1939. Le banquier Walter Strauss (Christopher Lee) organise une réception pour fêter l'anniversaire de sa fille unique Lilly (Alexandra Ehrlich). Épris par Peter (Mark Hamill), brillant officier, et Karl (Ramon Estevez), musicien et compositeur, Lilly choisit le jeune artiste, leur amour de la musique étant plus fort que les diatribes de Karl envers l'idéologie du parti au pouvoir. Tenu en haute estime par les dirigeants nazis, les officiers présents lors de l'anniversaire annoncent à l'assistance, dans l'allégresse, la bonne nouvelle tant attendue, la France et le Royaume-Uni viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne. Mobilisé sur le front d'Afrique du Nord, Peter n'a d'autre choix que de s'engager...

Cronico Ristretto : Ubiquitous Falsehood - Cavernlord (2018)

Obscur. Ce side-project l'est assurément. A l'instar de son instigateur, le dénommé Nathaniel Leveck. De son auteur, nous devrons nous contenter d'une biographie officielle des plus succinctes. Né au milieu des années 70 dans le Midwest, et désormais résident au Wyoming depuis 2005, nous n'en saurons pas plus sur celui que se fait également appelé Namtaräum. Qu'importe. L'homme alterne depuis cinq années les différentes formations, toutes auto-produites, à un rythme soutenu, symptôme d'une schizophrénie stakhanoviste avec pas moins de trois groupes officiels, les black metal Natanas (d'obédience doom) et Telerumination (d'obédience dark ambient) et l'introspectif Uls De Tol, et une cohorte de side-projets, dont le noise Hydrogen Sulfide et celui qui nous intéresse, le sludge Cavernlord dont le récent Ubiquitous Falsehood vient de paraitre le 26 février dernier.

Deuxième véritable album après un disque éponyme sorti quasiment une année auparavant, et deux E.Ps sortis sur Vibrio Cholerae Records, l'évidence, du moins le réflexe premier, serait de s'arrêter sur cette expressive pochette tirée dont on ne sait quelle maison close crapoteuse du début du siècle dernier.

Cronico Ristretto : Fouth - Lento (2017)

Cinq longues années sans nouvel album de la part de nos romains préférés. Une éternité tant leurs trois premiers disques, en sus du tellurique Supernaturals record one enregistré de concert avec leurs compatriotes d'Ufomammut, avaient marqué nos esprits amateurs de déflagrations soniques. Et cinq longues années synonymes également de remise à plat pour cette formation instrumentale. Du line-up originel qui comptait trois guitares en 2004, Lento est désormais un trio. Un changement et une formule première sinon salutaires, qui apportent du moins aux italiens un certain renouveau dans l'approche de leur musique hybride, après leur complexe et avant-dernier effort, Anxiety Despair Languish [1], dernier disque signé sur le label Denovali Records.

Enregistré et mixé par le guitariste Lorenzo Stecconi à Rome entre octobre 2016 et février 2017, le nouveau disque Fourth se distingue, on l'aura vite deviné, par sa maturité, l'écriture des compositions ayant débuté, deux ans plus tôt, à partir de décembre 2014. Un disque donc mûrement réfléchi qui profite toutefois des possibilités offertes par la trinité rock guitare-basse-batterie. Plus direct, moins sophistiqué que leur précédent opus, ce quatrième album marque une nouvelle étape dans leur discographie.

Duel au soleil - King Vidor (1946)

Quatre mois après leur Coffret Ultra Collector consacré aux années Selznick d'Alfred Hitchcock, Carlotta édite une nouvelle édition luxueuse dédiée à l'autre production Selznick, après Autant en emporte le vent, rentrée dans la légende du cinéma, Duel au soleil. Film le plus onéreux jamais tourné à l'époque, tournage rocambolesque étalé sur près de deux années, etc., Duel au soleil et sa « monstrueuse » fabrication furent autant une entreprise démesurée, que la marque de la mégalomanie de son producteur. Triomphe commercial et critique à sa sortie, symbole d'un âge d'or hollywoodien qui connaissait alors ses derniers instants, Duel au soleil est désormais disponible pour la première fois dans sa version restaurée à partir du 21 mars prochain en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray et DVD [1].

Après l'exécution de son père, condamné à mort pour avoir tué sa femme indienne et son amant, la jeune Pearl Chavez (Jennifer Jones) part s'installer chez les McCanles, de riches cousins éloignés vivant au Texas. Sa peau métissée lui vaut de connaître l'hostilité du patriarche (Lionel Barrymore), et sa beauté d'attiser les tensions familiales, notamment entre les deux frères Jesse (Joseph Cotten) et Lewt (Gregory Peck). Car l'aîné, brillant diplômé en droit, est aussi pondéré et droit que le cadet, jeune voyou sans foi ni loi, est impulsif et passionné. Entre ces deux frères rivaux, Pearl va devoir choisir…
  

Brigitte Lahaie, L'amour c'est son métier : 1976 - 1980


Chronique précédemment publiée dans le numéro 28 de la revue L'Indic, Noir magazine.

Brigitte Lahaie : céder à la tentation de vouloir résumer ses cinq années dans le cinéma X par le titre du film de l'iconoclaste José BenazerafL'amour c'est son métier, est des plus séduisantes. Mais si l'amour pouvait prendre diverses formes sur grand écran chez cette icône du cinéma d'exploitation, les métiers exercés par la belle l'étaient tout autant. A charge pour le rédacteur de ce billet de répertorier, consciencieusement, les professions fantasmatiques (du moins présentées comme telle) pratiquées par celle qui imposa, avec grâce, sa sculpturale présence dans les productions Alpha France et consorts, de ses premiers pas en 1976 à son arrêt du X en 1980.

American Cyborg: Steel Warrior - Boaz Davidson (1993)

Compagnon de route des cousins Golan et Globus depuis la décennie 70's avec Lupo B'New York (1976) jusqu'au plus récent Salsa (1988) produit sous le sceau de la sacrosainte Cannon, Boaz Davidson signa au début des années 90 deux films post-apocalyptiques connus des seuls initiés : American Cyborg: Steel Warrior en 1993, et deux ans plus tard, Lunarcop avec Michael Paré.

Relecture à peine voilée de la précédente production Golan et Globus, à savoir Cyborg (1989) avec Jean-Claude Van Damme, ledit American Cyborg, au titre de dernière production des studios Cannon, pouvait compter en premier lieu sur les services d'un jeune acteur prometteur (NDLR : de trente-deux ans tout de même) dénommé Joe Lara, afin de pallier l'absence remarquée des Muscles from Brussels partis vers d'autres horizons plus lucratifs [1]. A charge dès lors pour l'interprète du téléfilm Tarzan à Manhattan de faire oublier aux amateurs de pirouettes pugilistes les performances de JCVD. Or c'était sans compter sur un scénario en béton en armé avec son quota de punks dégénérés, de vils mutants, et d'un méchant moustachu...

2020, après la guerre nucléaire qui dévasta la planète dix-sept ans plus tôt, un espoir renait en la personne de Mary (Nicole Hansen). Parmi cette population survivante et stérile dominée par les machines, la jeune femme incarne l'avenir de l'humanité en devenant la mère du premier enfant sain depuis l'apocalypse. Désormais en danger, Mary doit fuir au plus vite la cité. Pourchassée par un tueur cybernétique (John Saint Ryan), elle fait la rencontre du dénommé Austin (Joe Lara) ...
  

The Resurrected - Dan O'Bannon (1991)

Préambule. Deuxième et dernier long-métrage de Dan O'Bannon, après le remarqué Le retour des morts vivants [1], The Resurrected méritait amplement que le préposé s'y attarde tant ce film demeure peu connu auprès des amateurs de fantastique. Dont acte.

Originalement programmé pour une sortie dans les salles, le film fut présenté dans de nombreux festivals, dont celui de Sitges en octobre 1991 ou celui d'Avoriaz en janvier 1992 hors compétition, avant de sortir directement en vidéo. Une étrange destinée qui confère à la surprise de prime abord, tant les adaptations sur grand écran des œuvres de H.P. Lovecraft sont rares, doublée d'une incompréhension non moins légitime compte tenu de la notoriété supposée de son réalisateur-scénariste [2]. Mais n'allons pas trop vite.

Le détective privé John March (John Terry) est engagé par Claire Ward (Jane Sibbett) afin d'enquêter sur son époux, Charles Dexter (Chris Sarandon), qui a quitté le domicile conjugal. De ce mari qui vit désormais retiré dans l'ancienne demeure de son aïeul, Joseph Curwen, March découvre au cours de son investigation que Ward continue les étranges expérimentations de son ancêtre, qui fut accusé de sorcellerie deux siècles auparavant...
 

Pédé, et c'est tout - Carla Benedetti | Giovanni Giovannetti (2017)

Le 2 novembre 1975, le cadavre du poète et réalisateur Pier Paolo Pasolini était découvert sur la plage d'Ostie, près de Rome. La thèse officielle attribue le meurtre à un jeune garçon de dix-sept ans dénommé Pino Pelosi « au cours d'une rixe de nature sexuelle », avec le soutien présumé de quelques fascistes homophobes. Pédé, et c'est tout, publié une première fois en 2012, de l'essayiste Carla Benedetti et du journaliste Giovanni Giovannetti s'accorde à remettre en cause cette thèse officielle âgée de quatre décennies, et confirmée depuis par une ordonnance de non-lieu en 2015.

Œuvre inachevée débutée en 1972, publié trente ans plus tard à titre posthume dans une version incomplète et tronquée, le dernier roman de Pasolini, Pétrole, cacherait selon ces auteurs les dessous de cet assassinat, et les commanditaires d'un meurtre que beaucoup ont voulu classer, sciemment ou non, dans la simple case des faits divers. D'un essai qu'on pourrait aisément taxer de conspirationniste, les auteurs réfutent au contraire cette dénomination pour mieux s'attacher à une stricte reconstitution des faits et une analyse minutieuse des documents mis à leur disposition. Benedetti et Giovannetti battent dès lors en brèche la thèse officielle et ses nombreuses contradictions, en affirmant que ce meurtre sordide cache en fait une exécution politique, où plane l'ombre d'un homme, Eugenio Cefis, successeur d'Enrico Mattei (ancien président de l'ENI disparu dans un attentat en 1962), dont les auteurs publie pour la première fois un de ses discours les plus significatifs, « Ma patrie s'appelle multinationale », prononcé à l'Académie militaire de Modène en 1972.
   

Live report : David Murray feat. Saul Williams - 06 février 2018 Maisons-Alfort

Dans le cadre de la 27ème édition du festival Sons d'hiver, débutait le 6 février dernier la tournée européenne Blues for memo tour du jazzman David Murray. Accompagné du poète urbain Saul Williams et entouré de son Infinity Quartet (référence au groupe Black Music Infinity fondé par Stanley Lawrence Crouch), le saxophoniste ouvrait ainsi au Théâtre Claude Debussy, à Maisons-Alfort, le premier concert de ses onze dates à travers le vieux continent.

D'une première rencontre en 2014, lors des funérailles d'Amiri Baraka où Saul Williams implorait dans un poème le militant des droits civiques à « sortir de son cercueil » et à continuer la lutte, le souffleur originaire d'Oakland, impressionné par la faconde du poète, invita dans un premier temps Williams à venir sur scène auprès de lui. Deuxième acte de cette collaboration, les deux hommes enregistrèrent à Istanbul un album commun, le dénommé Blues for Memo (sortie le 16 février sur le label Motéma Music), hommage au producteur turc Mehmet 'Memo' Uluğ et à d'autres mentors de David Murray, tels les musiciens Lawrence «Butch» Morris et Sun Ra, ou encore à l'auteur Ishmael Reed, auquel le jazzman emprunte le texte Red Summer qui revient sur la tuerie à Charleston en 2015 dans un temple méthodiste noir.


Roar - Noel Marshall (1981)

Auréolé du titre du film le plus dangereux de l'histoire du cinéma, Roar de Noel Marshall retrouve le chemin des salles obscures dans une version restaurée le 7 février prochain. Unique réalisation du producteur exécutif de L'exorciste de William Friedkin, ce long-métrage, avec dans les rôles principaux son épouse Tippi Hedren et sa belle-fille Melanie Griffith, est également rentré dans les annales pour sa durée de tournage et son record d'accidents : officiellement soixante-dix membres de l'équipe furent blessés... par des grands fauves. Tournage cauchemardesque de six ans au lieu des six mois prévus, budget dépassant de quatorze millions de dollars l'enveloppe initiale, Roar s'apparente tout autant à une véritable pagaille devant et derrière la caméra, qu'à une expérience inédite pour le spectateur. Mais n'allons pas trop vite...

En Afrique, Hank (Noel Marshall), un chercheur américain, élève en toute liberté une centaine de fauves, quand sa famille en provenance des États-Unis vient lui rendre visite. Or, à leur arrivée dans la maison, Hank n'est pas là pour les accueillir, contrairement aux autres habitants, qui prennent rapidement le contrôle du lieu en l'absence du maître de maison...
 

Cronico Ristretto : Jean Douchet, l'enfant agité (2017)

Rédacteur en chef-adjoint aux Cahiers du Cinéma entre 1958 et 1963 au côté d'Éric Rohmer, Jean Douchet occupe depuis une cinquantaine d'années une place importante dans la cinéphilie française. Auteur de quelques ouvrages dont Alfred Hitchcock en 1967, ou plus récemment Nouvelle Vague en 2004, enseignant à l'IDHEC, cinéaste occasionnel, Jean Douchet est, non content d'être également un critique de cinéma influent, « un des derniers grands sages du cinéma ». De leur première rencontre, alors lycéens, lors de son premier ciné-club au Centre des Arts d'Enghien-les-Bains en 2008, le jeune trio de réalisateurs, Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Haasser, lui a consacré l'année dernière un documentaire hommage. Jean Douchet, l'enfant agité est en salles depuis le 24 janvier 2018.

Portrait intimiste rythmé par différentes rencontres avec ses anciens disciples, ce documentaire s'inscrit à mesure par sa forme comme un voyage initiatique, au cours duquel Jean Douchet joue autant le rôle de fil conducteur, que de guide pour les spectateurs et son jeune trio de cinéastes. De ses débuts aux Cahiers et sa relation particulière avec Rohmer, à leur éviction de la revue [1] et le début de son périple à travers divers ciné-clubs hexagonaux à partir du mitan des années 60, se dessine rapidement la figure d'un homme de cinéma curieux, ouvert et altruiste.
  

Gimme Danger - Jim Jarmusch (2016)

Deux décennies après Year of the Horse (1997) consacré au loner Neil Young, Jim Jarmusch, cinéaste empreint de contre-culture, revenait en 2016 sous la forme documentaire à ses premiers émois rock adolescents. D'une amitié née il y a une vingtaine d'années, au gré de ses diverses collaborations avec James Osterberg, dit Iggy Pop, leurs chemins se sont de nouveau croisés [1] courant 2013 (après le tournage du précédent long-métrage de Jarmusch, Only Lovers Left Alive) afin de recueillir les confidences et autres souvenirs du dernier membre vivant de la formation culte nommé The Stooges. Présenté hors compétition au Festival de Cannes lors des séances de minuit, Gimme Danger [2] retrace ainsi, et pour la première fois, l'histoire d'un des plus influents groupes de rock. De leur début en 1967 à leur séparation en 1974, jusqu'à leur reformation officielle en 2003. Rien de moins.

D'un classicisme formel assumé, loin, très loin du chaos et maelstrom associés à la formation d'Ann Arbor, Gimme danger n'a nulle vocation première à jouer les trouble-fête en matière de documentaire. Soucieux de réaliser un hommage sincère aux Stooges, Jarmusch fait débuter son documentaire en 1973, lors de leur dernière tournée étasunienne, quand les Stooges en perdition et en mode autodestructeur écumaient les clubs, contre un public hostile de bikers, avant l'arrêt définitif l'année suivante, Iggy et la fratrie Asheton retournant chez leurs parents respectifs. En aparté, on ne saurait trop conseiller à ce titre aux néophytes et aux autres de tendre une oreille sur le pirate semi-officiel Metallic K.O. qui regroupent des extraits des concerts apocalyptiques au Michigan Palace de Detroit du 6 octobre 1973 et du 9 février 1974 (dernier concert des Stooges avant leur reformation de 2003).
 

Spontaneous Combustion - Tobe Hooper (1990)

Quatre années après sa séquelle de Massacre à la tronçonneuse, dernier des trois films contractuels et controversés (avec Lifeforce et le remake de L'Invasion vient de Mars) que Tobe Hooper signa pour la Cannon des cousins Golan et Globus, le réalisateur de Massacres dans le train fantôme revenait aux affaires [1] avec un nouveau projet de long-métrage Spontaneous Combustion. Mieux, après une décennie de collaborations plus ou moins fructueuses avec des studios, Hooper retournait aux productions indépendantes, pour le meilleur et pour le pire, non sans avoir décliné auparavant la mise en scène du troisième volet des aventures de Leatherface.

Rares ont été les réalisateurs de la génération de Tobe Hooper à connaitre autant de malentendus et de rendez-vous manqués avec la critique et le public. Le téléfilm Les vampires de Salem, sans aucun doute l'une des meilleures adaptions d'une œuvre de Stephen King, fut ignoré, avant une récente réhabilitation, pour la seule raison qu'il s'agissait d'une production télévisuelle 70's [2]. Idem pour Massacres dans le train fantôme. Sans oublier la volée de bois vert reçue par les trois produits estampillés Cannon, l'impardonnable étant pour certains d'avoir osé faire une suite à son chef d'œuvre de 1974. Pire, depuis Le crocodile de la mort (1977), qui l'avait vu quitter la production avant la fin du tournage pour « divergences artistiques », Hooper collectionna les problèmes et autres interférences avec ses divers producteurs (il fut renvoyé des tournages de The Dark en 1979 et de Venin en 1981), la plus cuisante expérience étant paradoxalement celle relative à son plus grand succès public et critique, Poltergeist. De la présence envahissante de son supra-producteur Steven Spielberg, le travail de Hooper fut de facto minoré par la profession [3]. Non content d'être dépossédé de son film, le réalisateur passa dès lors aux yeux de ses pairs pour un prête-nom, une mise au ban expliquant sans aucun doute le délai de trois ans et les difficultés de Hooper à pouvoir mettre en scène un nouveau long-métrage [4].
   
D'un Massacre à la tronçonneuse pouvant être considéré, à la lecture des précédents faits évoqués, autant comme une bénédiction qu'une malédiction pour son auteur, ne tournons pas autour du pot, Spontaneous Combustion ne déroge pas aux mésaventures Hooperiennes susmentionnées (et ceci en dépit de la nature indépendante de cette production). Mais n'allons pas trop vite.
 

A Fuller Life - Samantha Fuller (2013)

En parallèle à la rétrospective consacrée au grand Samuel Fuller (1912-1997) par la Cinémathèque française jusqu'au 15 février, Carlotta édite en blu-ray et DVD le 3 janvier, jour de l'ouverture de cette rétrospective, le documentaire A fuller life signé par Samantha, la propre fille du réalisateur [1]. Père spirituel du Nouvel Hollywood, cinéaste protégeant farouchement son indépendance et sa liberté de création, Samuel Fuller incarne, on ne peut mieux, l'image du réalisateur franc-tireur au sein de l'industrie cloisonnée hollywoodienne des années 50. Journaliste, militaire, dans la première division d'infanterie étasunienne, la Big Red One, durant la Seconde Guerre mondiale, avant d'entamer par la suite sa carrière, de metteur en scène, Fuller a enrichi, dès le début, son oeuvre cinématographique de ses propres expériences biographiques, de Violences à Park Row (1952) à Au-delà de la gloire (1980). 

Tiré des mémoires du cinéaste, A Fuller Life conte la vie hors norme de l'artiste en conviant quinze réalisateurs et acteurs, amis, admirateurs ou collaborateurs : de Joe Dante à William Friedkin, de Tim Roth à Mark Hamill. Prêtant leur voix, jouant le jeu du mimétisme, avec cigare en supplément, chacune des personnalités récite à la manière et avec les propres mots de Samuel Fuller un épisode marquant du cinéaste.

Funky front covers - Part XI

Avec un peu de retard sur le calendrier des festivités, ouvrons ensemble en cette dernière semaine de l'année 2017 la onzième édition des Funky front covers ©, ou le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts des années 70 et 80. Chaud devant !

A l'heure où les nantis se prélassent durant les fêtes de fin d'année sous les tropiques, jetons un œil en guise de mise en bouche sur les pochettes à la gloire du maillot de bain :

    

Hollywood Chainsaw Hookers - Fred Olen Ray (1988)

N'y allons pas par quatre chemins, Hollywood Chainsaw Hookers est sans aucun doute l'un des longs-métrages les plus cultes de la monumentale filmographie bisseuse du producteur/scénariste/réalisateur Fred Olen Ray. Sorti aux États-Unis au printemps 1988, quelques mois avant L'invasion des cocons avec Charles Napier et The Phantom Empire [1] avec Sybil Danning, tous deux issus également de l'imagination débridée de Ray, le long-métrage pourrait de prime abord se présenter, pour les plus érudits, comme le premier volet d'un diptyque comico-horrifique Los Angelesien. Précédant d'une année le dénommé Beverly Hills Vamp avec Eddie Deezen [2], Hollywood Chainsaw Hookers marquait ainsi la première véritable incursion du réalisateur dans le genre parodique [3], synonyme d'une hybridation salutaire des genres, ayant l'avantage certain de sinon faire oublier, du moins d'atténuer les scories du budget famélique de cette apparentée série Z.

Question : qu'attendre d'un film qui nous annonce dans son titre explicitement un programme composé de tronçonneuses et de putes ? En d'autres termes, Fred Olen Ray répond t-il explicitement aux attentes d'un public déviant alléché par cette non moins judicieuse accroche "Elles vont t'envoyer au septième ciel" ?

Le détective privé Jack Chandler (John Henry Richardson) se voit confier la tache de retrouver la jeune Samantha Kelso (Linnea Quigley) disparue dans les rues de Los Angeles. Au cours de son enquête, il fait la rencontre de Mercedes (Michelle Bauer), aussi sexy que dangereuse, qui appartient à une curieuse secte vouée au culte du dieu antique égyptien Anubis, dirigée par un mystérieux gourou, baptisé L'étranger (Gunnar Hansen), les disciples sont des prostituées armées de… tronçonneuses !
 

Soleil vert - Richard Fleischer (1973)

Chronique précédemment publiée dans le numéro 30 de la revue L'Indic, Noir magazine.
  
Après une brève parenthèse britannique en 1971 qui l'avait vu traverser l'Atlantique pour mettre en scène les thrillers remarqués L'étrangleur de Rillington Place avec Richard Attenborough et Terreur aveugle Mia Farrow, puis un retour sur les terres étasuniennes avec deux longs métrages interprétés par l'acteur George C. Scott (Les complices de la dernière chance et Les Flics ne dorment pas la nuit), Richard Fleischer se lançait dans la libre adaptation du roman de Harry Harrison, Make Room! Make Room!, publié en 1966. Cinéaste versatile, aussi bien auteur de polars, de films de guerre ou de films historiques, le réalisateur du Voyage fantastique retournait ainsi de nouveau à la science-fiction avec, cette fois-ci, un récit dystopique. Mieux, le dénommé Soylent Green, de par les thématiques abordées (crises démographique et écologique), ne faisait nulles ambages des aspirations sociétales qui égrainent de manière prémonitoire les grands films de Fleischer. Dont acte.

New-York, 2022, 40 millions d'habitants. Le Détective Robert Thorn (Charlton Heston) enquête sur la mort de William Simonson (Joseph Cotten), un des dirigeants de la société agroalimentaire Soylent. Présenté comme un cambriolage crapuleux qui aurait mal tourné, ce meurtre survenu dans une tour sécurisée des beaux quartiers de Chelsea éveille les soupçons du policier : son garde du corps Tab Fielding (Chuck Connors) s'était absenté, le système d'alarme était en panne tandis que rien n'a été dérobé durant ce supposé vol...