Cronico Ristretto : Afrodisian Orchestra - Satierismos (2011)

Dans les souvenirs du préposé, la première incursion jazz d'une des compositions du maître Erik Satie datait de 1971, celle où sur son album In The Beginning le flûtiste Hubert Laws reprenait le premier thème des Gymnopédies. Une relecture respectueuse à la croisée du jazz et des arrangements somptueusement soul de la maison CTI. Quatre décennies passées, le haut-normand reste une source d'inspiration pour les jazzmen en herbe, à l'image de cet Afrodisian Orchestra, big band en provenance de la péninsule ibérique et leur Satierismos

L'Afrodisian Orchestra fondé à Madrid en 2008 sous la tutelle du bassiste Miguel Blanco sort son premier disque Mediterraciones l'année suivante. Le big band espagnol se produit alors régulièrement dans les clubs madrilènes, et à l'occasion dans divers festivals ibériques, tels que le festival de jazz de Madrid ou celui de Zamora. Comme tout grand ensemble de jazz, l'Afrodisian est caractérisé par une section cuivre pléthorique, neuf souffleurs abonnés à la trompette, au trombone et aux saxophones de toute sorte... et deux flûtes traversières pour les boulimiques restants! Ajoutez y une section rythmique comportant un pianiste, un guitariste, un bassiste et deux percussionnistes, l'Orchestra est taillé pour faire rugir une incandescence jazz aux accents latins de Cuba en passant par le Brésil. 

Cronico Ristretto : Kosmograd - Kosmograd (2011)

A défaut d'avoir conclu 2011 par la chronique d'un album de sludge, entamons la nouvelle année et corrigeons cette bévue par le premier album éponyme de Kosmograd sorti en septembre dernier. Et débutons cette chronique serrée par une question qui ne laissera planer aucun doute sur la santé mentale des protagonistes et le bien fondé de leur dernière livraison : quand vos centres d'intérêt se limitent à la vie, aux dinosaures, à l'espace et en particulier à la vie des dinosaures dans l'espace [1], un groupe peut-il être foncièrement mauvais ?

Formation basée à Toronto depuis 2009, les quatre musiciens, après diverses démos égrenées en 2010, enregistrent l'année suivante un premier album de cinq titres fleurant bon le sludge et plus si affinités. Variant autant les rythmes et les ambiances que les durées, avec un goût néanmoins prononcé pour les formats longs, les Kosmograd combinent volontiers leur sludge avec un heavy épique, une bonne dose de psychédélisme et bien sûr du grooooove en veux-tu en voilà...

Lulu - Lou Reed & Metallica (2011)

L'annonce ressemblait à un poisson d'avril. Mais la saison des canulars printaniers n'étaient plus d'actualité. Lou Reed et Metallica collaboraient à un album commun. De quoi attiser la curiosité du badaud ? Du préposé, pas vraiment, tant le dernier The Raven de papy Reed avait refroidi l'enthousiasme suscité par l'excellent Ecstasy (2000). Et un intérêt d'autant plus relatif à l'écoute de la dernière livraison des four horsemen (comme on dit dans le milieu), Death Magnetic, qui tentait de revenir vainement au thrash de leurs jeunes années. Bref, à part être attiré par une curiosité malsaine et morbide, la sortie de Lulu n'allait aucunement bouleversé le quotidien des amateurs de musique. Or c'était oublier un peu vite le goût pour la viande faisandée qui anime le RHCS.

Promis en quelque sorte comme le chaînon manquant entre le lourdingue Berlin (1973) et le heavy Master of Puppets (1986), Lulu pouvait-il dans ce cas susciter un quelconque regain d'intérêt ? Sur le papier, le doute restait de mise, mais en bon charognard, la chronique d'une catastrophe annoncée devenait trop tentante, la date de sortie du délit méritait donc d'être notée quelque part... le 31 Octobre 2011. Inspiré par deux pièces de théâtre écrites par l'Allemand Frank Wedekind, l'album du quintette (accompagné d'un ensemble à cordes) se décompose [1] en deux disques d'une quarantaine de minutes pour dix chansons au total : faites le calcul, gare à l'indigestion...

Funky front covers part V

En partenariat cette année avec les talentueux Mario Labs ®, ouvrons comme le veut la tradition la nouvelle saison des Funky front covers © pour une mise en ligne croisée en mondovision à la gloire des pochettes sexy, déviantes ou par mégarde ridicules que les décennies passées ont pu offrir à la plèbe amatrice de débordement visualo-musical.

Et pour fêter cette cinquième édition, toute l'équipe (bon ok, le préposé et l'agent comptable...) a décidé de s'éloigner momentanément du funk originel (bouuuuuh!!!) pour d'autres horizons plus exotiques (aaaah!!), en gardant à l'esprit bien évidemment l'essence même des funky covers : une ode aux corps moites et à la chair frémissante.

En préambule, afin de solder les comptes pour reprendre les termes poético-financier de notre agent préféré, et avant de s'enfoncer irrémédiablement vers le grotesque (oh, l'autre!), il est bon de se rappeler qu'une femme nue n'est pas forcément un argument facile de vendeurs de soupe (gniiii?)... tout du moins pas forcément comme le prouvent les trois exemples suivants.

         

Super - James Gunn (2010)

A l'heure où le film de super-héros a toujours le vent en poupe de l'autre côté de l'Atlantique, entre un super-soldat yankee chargé en stéroïdes et bouffeur de nazis/canailles communistes (rayez la mention si besoin), et les futures nouvelles et dernières [1] aventures de l'homme chauve-souris, il est amusant de constater que cet engouement touche également le cinéma indépendant US de ces dernières années, à l'image de Defendor de Peter Stebbings ou de Super de James Gunn, au détail près, on l'aura compris, que ces « super »-héros sont des plus décalés...

Frank D'Arbo (Rainn Wilson) a deux passions dans sa vie: le dessin aux crayons et sa femme Sarah (Liv Tyler). Mais un jour cette ancienne junkie renoue avec ses anciens démons tentée par le séduisant et charismatique Jacques (Kevin Bacon). Abandonnant le domicile conjugal pour ce dealer (et propriétaire d'un club de strip-tease), Frank perd rapidement le goût de la vie... lorsque celui-ci rencontre dieu (doublé par Rob Zombie)... tout du moins le doigt de ce dernier touchant son cerveau après le visionnage d'un des épisodes à but informativo-prosélyte du Vengeur Sacré (Holy Avenger) (Nathan Fillion). Par cette vision divine, Frank a la révélation, il doit devenir un super-héros. Armé d'une clef à molette et d'un costume rouge fait main, le désormais Éclair Cramoisi (Crimson Bolt) fait régner la terreur parmi les dealers de marijuana... et les resquilleurs de files d'attente, les coups de clefs à molette étant globalement assez persuasifs et offrant des souvenirs plutôt mitigés aux cloisons nasales des dits vilains. Mais Frank n'a qu'un but: sauver Sarah des griffes de Jacques, Frank trouvant comme tout bon super-héros qui se respecte son acolyte et sidekick, Libby (Ellen Page), la jeune employée de la boutique de comics où celui-ci était venu chercher l'inspiration... 

Live report : Médéric Collignon "Hommage à King Crimson" New Morning 07/12/2011

Quatre décennies après les premiers soubresauts, si les divers croisements entre le jazz et le rock ne font plus débat et encore moins polémique, la production discographique jazz-rock-fusion des années 70 ayant à elle seule démontré et réglé les tentations de cette chimère musicale, la curiosité restait de mise en apprenant la nouvelle: un hommage jazz au groupe de rock mythique King Crimson. Fallait-il néanmoins s'étonner d'une telle initiative, le Robert Fripp band étant l'une des rares formations de rock progressiste à avoir su éviter les nombreux pièges et travers de la scène dite art-rock. Robert Fripp guitariste aux multiples facettes, Médéric Collignon électron libre du jazz français, la rencontre ne manquait pas de piquant.

Accompagné d'un double quatuor à cordes et de son habituel quartette Jus de Bocse (Philippe Gleizes à la batterie, Frank Woeste au Fender Rhodes et Frédéric Chiffoleau à la contrebasse) avec qui Médéric Collignon rendit un précédent hommage à Miles Davis (les albums Porgy and Bess et Shangri-Tunkashi-La sortis en 2006 et 2010), Collignon revisite à sa façon l'univers du Roi pourpre, avec une préférence prononcée pour son répertoire "récent" lors de ce troisième concert au New Morning cette fois-ci (1). S'ouvrant par le classique éponyme morceau de 1974, Red, le cornettiste dès cette introduction rassure l'habitué des sonorités "frippiennes", l'esprit est bien là, à charge pour le souffleur d'imposer son style par la suite. S'enchaîne Vrooom et Vrooom Vrooom issus de Thrak (1995) où le groove du quartet assoit durablement l'empreinte que laissera le souvenir de ce concert : une musique maîtrisée de bout en bout, à la fois fidèle et libre dans son interprétation, Crimson revisité par une formation apparentée jazz-funk, qui l'eut cru?

Cronico ristretto: L'arbre et la forêt - Jacques Martineau, Olivier Ducastel (2010)

Le préposé n'a jamais caché son admiration pour Guy Marchand, comment pourrait-il en être autrement? Allant même jusqu'à chroniquer son dernier album lors de sa sortie en mai 2008 (A Guy in Blue) ou à porter parfois quelques couvre-chefs pour se rapprocher un tant soit peu du maître. Et s'il aura fallu plus d'un an pour voir le dernier long-métrage de notre hidalgo septuagénaire, L'arbre et la forêt, le souvenir d'avoir vu l'un des plus beaux rôles de Guy Marchand marquera plus les esprits que ce délai d'attente malheureux.

1999, un homme âgé marche dans une forêt sans but apparent, contemple les arbres, la forêt, sa forêt. Soudain un molosse à l'allure impressionnante mais nullement menaçante s'approche, le vieil homme qui était l'instant d'avant calme, serein devient tétanisé, la seule vue de ce rottweiler éveillant en lui un passé enterré, synonyme de honte et de terreur. Cet homme, Frédérick Muller (Guy Marchand) n'a pas été convié à l'enterrement de son fils aîné, ce dernier interdisant sa présence. Or nul de la famille n'est au courant de ce bannissement post-mortem, une absence sous couvert d’excentricité, le patriarche forestier étant connu des siens comme un original. Mais ce manquement aux règles n'est pas sans créer des remouds dans la famille, le fils cadet et la petite-fille de Frédérick ne comprenant pas cette attitude apparemment désinvolte... car Frédérick cache un lourd secret, sa stature de prisonnier politique durant l'occupation n'est qu'un leurre, celui-ci fut déporté pour d'autres raisons, ce que son fils aîné découvrit et ne lui pardonna pas.

Cronico ristretto : Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011)

"Peinture de personnages à la dérive dans des situations difficilement compréhensibles par un public jeune" [1], voici donc les raisons qui ont poussé la commission de classification des films à censurer, tout du moins demander à ce que soit interdit au moins de seize ans, le premier film de la romancière australienne Julia Leigh. Beaucoup de bruit pour pas grand chose ? En quelque sorte, tant l'opacité du propos ne risquait pas d'inciter les adolescents français à se précipiter dans les salles obscures pour voir les péripéties cliniques d'une poupée dormant avec de vieux messieurs impuissants. 

Lucy (Emily Browning), jeune étudiante australienne, multiplie les petits boulots pour arrondir ses fins de mois difficiles: cobaye pour un laboratoire, serveuse, préposée à la photocopieuse, le tout dans une indifférence non feinte. Un jour, celle-ci répond à une annonce publiée dans le journal des étudiants de sa fac. Serveuse pour soirées très privées dans un premier temps, cette beauté unique, selon les propres mots de Clara sa mère-maquerelle post-moderne (Rachael Blake), va très rapidement se voir proposer le rôle de "belle endormie". Selon un rituel bien définie, après ingestion d'une tisane au vertu assommante, Lucy passera la nuit avec un client, avec nul souvenir au réveil, juste la promesse que son vagin restera "un temple inviolé"...

L'abîme des morts-vivants - A.M. Frank (1981)

L'histoire nous avait appris que pour une querelle (d'argent ?) avec Eurociné, le réalisateur espagnol Jess Franco s'était désisté de la mise en scène du désormais culte Lac des morts-vivants, cédant sa place à un mystérieux J.A. Lazer (qui cachait en fait Jean Rollin). Rapidement réconcilié avec la famille Lesoeur, dont la société reste indissociable de la filmographie du madrilène, pour le meilleur, L'horrible docteur Orlof, et pour le pire, au hasard Mondo cannibale, le réalisateur ibérique accepta cette nouvelle commande, pour le bonheur des amateurs de friandises miteuses sur pelloches. De cette production au nom fleurant bon l'effroi made in France, L’abîme des morts-vivants aura toutefois davantage marqué l'inconscient collectif international avec un titre anglophone avant-gardiste, osant mêler l'horreur et l'exotisme le plus échevelé : Oasis of the zombies / Living-Dead [1].

1943, en pleine seconde Guerre Mondiale, un commando allemand transportant un chargement de 6 milliards or en plein désert saharien est intercepté par les alliés dans une oasis. De cette bataille d'une rare violence, un seul homme survit, le capitaine Blabert (Javier Maiza). Cet officier de la couronne britannique est très rapidement recueilli par l'une de ses anciennes connaissances, le cheikh local (Antonio Mayans) régnant sur cette contrée aussi belle qu'hostile. Soigné, Blabert profite comme il se doit de l'hospitalité des hommes du désert en tombant amoureux (et plus si affinités) d'Aisha, la fille du cheikh. Puis la guerre enfin terminée, Blalbert rejoint finalement celle qui lui a donné son cœur et par extension sa vie, car Aisha est morte en couche, laissant seul et désemparé son père le cheikh et désormais captain Blabert...

Ils étaient les brigades rouges 1969-1978 - Mosco Levi Boucault (2011)

Disponible en DVD depuis le 21 septembre, le documentaire Ils étaient les brigades rouges 1969-1978 (1), comme son nom l'indique, s'attache à retracer la première décennie de l'organisation révolutionnaire italienne, de ces débuts dans les grandes villes industrielles du Nord de la péninsule à l'enlèvement puis l'assassinat du président de la Démocratie Chrétienne, Aldo Moro, en mai 1978. Avec l'appui des documents d'époque, Mosco Levi Boucault revient sur ces "années de plomb" avec le témoignage de quatre membres du commando qui a enlevé Aldo Moro.

Dans une première partie intitulée Le vote ne paie pas, prenons le fusil, le documentaire revient pas à pas sur les raisons qui ont poussées une certaine jeunesse italienne à quitter le giron du parti communiste, dans lequel ils ne se reconnaissaient plus, pour une lutte politique basée sur l'affrontement, avant de glisser dans la seconde partie, La révolution n'est pas un dîner mondain (2), vers la lutte armée et le meurtre. Le film décrit par les témoignages de Raffaele Fiore, Prospero Gallinari, Valerio Morucci et Mario Moretti, chef du commando Moro, comment à l'automne 69 les tensions sociales, l'incompréhension des syndicats et du PCI envers cette jeunesse ouvrière, puis l'attentat de la Piazza Fontana à Milan (16 morts, 88 blessés) (3) perpétré par des néo-fascistes en décembre de la même année, donneront naissance à divers groupuscules d'extrême-gauche et en particulier les Brigades Rouges (Brigate Rosse). Avec suffisamment de recul, les quatre hommes relatent clairement de manière quasi didactique l'origine du mouvement et sans remords le point de départ de leur dérive criminelle.

Drive - Nicolas Winding Refn (2011)

En préambule et au risque de se répéter, le docteur préposé aurait très bien pu sous-titrer cette chronique par un "pour en finir définitivement avec les eighties?"... ou pointer du doigt l'humour méconnu de Robert De Niro dont le jury cannois décerna au film qui nous intéresse le prix de la mise en scène... Éblouissant ce film si on en croit certaines critiques? Fascinant un cascadeur préférant jouer les chauffeurs pour la mafia au lieu de jouer les chasseurs de prime? Mais n'allons pas trop vite...

Si le film noir n'est pas le genre le plus iconoclaste qui soit, celui-ci suivant au contraire des codes pré-établis, Drive par certains partis pris (douteux?) se situerait dans une catégorie bâtarde voire hybride pour les plus indulgents: celle du ravalement de façade factice et faussement originale ou broder autour du thème classique du film de criminel quelques aspects hétéroclites bancals.

À Los Angeles, un jeune homme taiseux (Ryan Gosling) dont on ne connaîtra jamais le nom (1) travaille comme mécanicien dans un modeste garage. Et le reste de son temps? Celui-ci sait faire profiter à la communauté ses dons de pilote automobile, comme cascadeur occasionnel pour l'industrie cinématographique et comme chauffeur dans divers casses pour la pègre locale.

Cronico Ristretto: Wo!Man - Archie Shepp & Joachim Kühn (2011)

Jeune loup de la New Thing dans les années 60, le désormais patriarche Archie Shepp n'en demeure pas moins en 2011 un artiste dans l'air du temps: un éternel jeune homme au service de la great black music, à l'image de sa dernière oeuvre Wo! Man en duo avec le pianiste Joachim Kühn.

Après un précédent album remarqué, Phat Jam in Milano (2009), où le géniteur de Blasé reprenait d'une manière méconnaissable le classique de Led Zeppelin Kashmir en s'adjoignant les services du rappeur Napoleon Maddox, Shepp quitte deux ans plus tard le spoken word et l'univers urbain du rap pour d'autres horizons: celui du jazz minimaliste.

Quant à Joachim Kühn, ce dernier est connu pour être un grand pianiste de jazz outre-Rhin, mais à la lecture de son parcours, également un artiste aventureux, multipliant au cours de sa vie musicale les rencontres diverses, du free jazz de Don Cherry au jazz fusion d'un Jean-Luc Ponty, Billy Cobham en passant par des jouxtes au piano avec le radical Martial Solal ou le batteur Daniel Humair. 

Cronico Ristretto: 777 Sect(s) - Blut Aus Nord (2011)

Dans la mémoire du préposé, la musique de Blut Aus Nord pouvait se résumer à une introduction froide et lugubre, et à un riff, ou plutôt correction, LE riff : répétitif, imposant, majestueux (Slaughterday (the heathen blood of ours)), soit la quintessence du black metal viking des 90's, celui des formations biberonnées aux élans épiques de Bathory... au détail près que Blut ne provenait pas de Scandinavie mais de l'hexagone, c'était en 1996, et la fin de leur première période.

Dix ans passèrent, Blut Aus Nord enregistra son œuvre : MoRT (Metamorphosis of Realistic Theories), fruit d'une mutation amorcée cinq années auparavant, un condensé de malaise noir en huit chapitres désincarnés, déchiquetés, véritable maelström black metal déstructuré aux confins de l'industriel et du dark ambient.

Cronico Ristretto : Marco Perrin - Jérémy Kaplan (2011)

Rares sont les occasions de pouvoir chroniquer l'oeuvre d'un de ses plus vieux lecteurs : un documentaire mais aussi et surtout le fruit d'une aventure humaine et d'une obstination, celle d'un jeune passionné de cinéma décidé à rendre hommage à l'un des seconds rôles oubliés du cinéma français, Marco Perrin.

Figure récurrente du cinéma populaire hexagonale des années 60 jusqu'au début des années 80, Jean Marco Markovitch dit Marco Perrin comme bon nombre de ses pairs habitués aux rôles mineurs (1), aura marqué l'inconscient collectif par sa bonhomie et son accent méditerranéen. Cet homme de théâtre compte ainsi une filmographie gargantuesque, de la figuration la plus improbable (Les Vikings de Richard Fleischer), à des seconds rôles plus consistants (Les Valseuses, Comme la lune de Joel Séria) et une ribambelle de navets croisés nanar qui ferait déborder d'émotions le premier préposé déviant à la chronique venu, c'est à dire moi (Prends ta rolls et va pointer, Belles, blondes et bronzées, Le gendarme et les extra-terrestres). Mais en 1983, frappé d'hémiplégie, Marco fut contraint et forcé de mettre un terme à sa carrière...

Cronico Ristretto : Cane di Schiena - Calomito (2011)

Quoi de plus obscur et opaque que le RIO ! En voici une affirmation que le rock addict pourra aisément lancer à ses pairs en guise d'amuse-bouche futile. Une question aware loin d'être innocente pour celui qui voudrait contre-alimenter une séance d'art-rock bashing [1]. De toute façon, le Rock In Opposition n'intéresse plus aujourd'hui que les fétichistes de la chaussette 100% pure laine pourrait rétorquer d'une boutade le troll de passage. Or, la formation du jour, Calomito, à l'instar de leurs aînés Stormy Six qui partagèrent la fameuse affiche du festival de 1978 [2], provient d'Italie. Premier indice : le quintette se distingue par une ossature instrumentale inhabituelle, au-delà du trio classique basse, guitare, batterie s'y greffent un violon et un trombone. Second indice : leur musique est principalement instrumentale. Dernier et troisième indice : la qualité des compositions et les multiples références aux quelles ces dernières se rattachent. Conclusion : encore un grand album en provenance d'Italie... mais n'allons pas trop vite.

Piège en eaux profondes - Anthony Hickox (2005)

En préambule, le préposé à la chronique saluera, dans un premier temps, l'imagination et l'art délicat de la traduction des vendeurs de pelloches de toutes sortes à la lecture du titre français du film Seagalien qui nous intéresse. Dans un second temps, le sourire moqueur s'éclipsera pour laisser place à une émotion non feinte, écrasant même une larme en souvenir d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, un temps révolu qui porte un nom : Casey Riback. Faut-il être sentimentalement handicapé pour ne pas vibrer au son d'un bras virilement cassé par notre aïkido panda préféré ? Qui n'a jamais rêvé d'assister à une séance de désossage à mains nus par notre redresseur de torts préférés ? Pouf Pouf. Passé ce léger emportement [1], admettons un instant que le gentil distributeur de Submerged n'est en aucun cas un margoulin de première, ou simplement un vendeur fatigué dont les méthodes de vente faciles n'amusent plus grand monde, mais, avant tout, un homme dont l'altruisme n'a d'égal que sa capacité à éveiller la nostalgie qui sommeille en chacun de nous. Bref, Piège en eaux profondes... 

Cronico Ristretto : Orcs! - James MacPherson (2011)

Dans la série « le préposé avait signé pour un nanar et il s'est fait eu », je voudrais Orcs! Le film de James MacPherson partait pourtant sous les meilleurs hospices : un budget famélique, des professionnels inconnus et un synopsis nous rappelant aux bons souvenirs d'un autre mauvais film sympathique, qui flirtait également avec la fantasy horrifique claudicante : Ogre... Alors, qu'est-ce qui a cloché ?!

L'histoire était pourtant alléchante pour l'amateur de déviance cinématographique : des guerriers orcs affamés s'échappent des tréfonds d'une montagne pour conquérir le monde avec pour seul rempart contre cette barbarie world of warcraftienne, le fier ranger Cal Robertson (Adam Johnson), son preux et naïf adjoint-stagiaire Hobart Moss (Maclain Nelson) et enfin son ex-petite amie Katie (Renny Richmond). L'affiche aurait dû alerter le préposé docteur, au même titre que la bande-annonce, mais une fois encore ce dernier fut le jouet d'une précipitation finalement bien venue tant l'objet s'apparenta à une agréable surprise, et ceci, dès les premières minutes.
 

Cronico Ristretto: I Love You - Marco Ferreri (1986)

Film quasiment inconnu, I Love You de l'irrévérencieux Marco Ferreri fait immédiatement office d'ovni dans la filmographie de notre Totophe national. Mais pouvait-il en être autrement de la part du cinéaste (fatigué) de La grande bouffe ?

Sorti en 1986 entre Highlander et Le Sicilien de Michael Cimino, soit au plus fort de la popularité de Christophe Lambert, le long-métrage tendrait à prouver, si l'on se réfère aux témoignages de l'époque, le souhait précoce de l'acteur de casser son image, une envie comme tant d'autres d'alterner films grand public et projets plus personnels... perspective mis à mal par la suite tant la carrière de Lambert aura prouvé, en dépit du réel capital sympathie qu'il dégage, son incapacité à faire rarement les bons choix, entre insouciance et don manifeste (quoique inconscient) pour l'auto destruction artistique.

La lettre du Kremlin - John Huston (1970)

A de très rares occasions le cinéma aura montré le visage des services de renseignement tel que pouvait le présenter un monsieur X chaque semaine : froid, calculateur, une partie d'échec où l'humain n'a pas sa place, chaque camp plaçant ses pions au gré ou en fonction de ses propres intérêts. Sans surprise, le 7ème art avec comme figure populaire le matricule 007 du MI6 britannique aura préféré misé sur l'aventure, le glamour et l'exotisme, images d'Épinal collant aux basques du parfait agent secret sur pellicule. En 1969, le grand John Huston adapte The Kremlin Letter, roman de Noel Behn [1], pour un résultat forcément plus proche d'une certaine réalité.

1969, deux hommes, un américain et un russe discutent dans un musée parisien. L'occidental veut récupérer quel qu’en soit le prix une lettre compromettante détenue par les soviétiques, lettre qui fut un temps dans les mains de cet intermédiaire nommé Polyakov. Mais celui-ci se suicide en prison après avoir été arrêté et emprisonné par les services secrets russes, condamnant implicitement à mort la sœur et la mère de ce traitre, à l'exception de son épouse, le colonel Kosnov (Max Von Sydow) ayant d'autres desseins... Quelque temps plus tard, l'officier Charles Rone (Patrick O'Neal) est révoqué de la Navy non sans amertume de la part de son supérieur (John Huston), ce dernier soupçonnant une manœuvre déguisée de la part de Washington. On propose effectivement à Rone d'intégrer un groupe d'espions indépendants, libre de toute administration ou agence gouvernementale.

Les frénétiques (The Last Horror Film) - David Winters (1982)

Parmi les bonnes recettes que tout bon producteur ou réalisateur se doit d'utiliser pour fructifier à moindre frais un succès, la suite ou assimilé [1] a toujours eu pour des raisons évidentes de facilité/rentabilité la primeur des comptables du 7ème art. Mais lorsque vous n'êtes pas le géniteur du long métrage, et déveine supplémentaire, la providence ou votre porte-monnaie n'a pu vous faire obtenir les droits du dit succès, les possibilités restantes sont désormais assez minces si l'envie vous poussent encore à reprendre à votre compte (et à moindre frais) cette réussite passée… à moins de s'allouer les services de l'ancien casting, et de leur proposer, ni plus ni moins, une version alternative du précédent film [2].

Intitulé à sa sortie dans les salles hexagonales, Les frénétiques, le film de David Winters convie, on l'aura compris, pour le meilleur et surtout pour le pire, pour la troisième fois le duo Joe Spinell et Caroline Munro. Les amateurs de Maniac de William Lustig apprécieront la démarche opportuniste de Winters et de son producteur Judd Hamilton. Mais n'allons pas trop vite.