Funky Front Covers - Part XIV

Une décennie a passé, le préposé a cédé les clefs du RHCS cette année à sa collègue Miss Magenta, mais le rendez-vous annuel de la fin du mois de décembre, les Funky front covers ©, reste immuable, le meilleur du pire des pochettes les plus insolites, sexuées ou sexistes des musiques funk, disco et consorts des années 70 et 80 est toujours au rendez-vous. En vous souhaitant à toustes nos meilleurs vœux, chantons tous l'avènement de cette quatorzième saison. 

En guise de mise en bouche, et débuter ainsi en douceur cette nouvelle saison, offrons nous le meilleur du déguisement offert par la gent masculine :

  

Petite fille - Sébastien Lifshitz (2020)

Après avoir mis en scène Les invisibles (2012), César du meilleur documentaire en 2013, Bambi (2013), Teddy Award du meilleur documentaire au festival de Berlin, et Les Vies de Thérèse (2016), sélectionné à La Quinzaine des Réalisateurs et lauréat de la Queer Palm, Sébastien Lifshitz consacrait de nouveau un documentaire à la communauté LGBTQI+ avec le dénommé Petite fille. Présenté et remarqué à la Berlinale de cette année, le long métrage suit la vie au quotidien d'une petite fille transgenre de sept ans nommée Sasha. Soutenue par sa famille, parents, frères et sœur, Sasha sera suivie durant une année par la caméra bienveillante de Sébastien Lifshitz, au cours de laquelle sa famille devra se battre afin de faire accepter la différence de cette petite fille fantastique. 

Enfin. Enfin, en 2020, un documentaire aborde le thème rare, sinon inédit, de la transidentité chez l'enfant, et qui devrait, espérons le, bousculer les certitudes et combattre l'ignorance d'un certain grand public. Bouleversant, Petite fille l'est, peut-il en être autrement ? Le regard de Sacha vaut tous les argumentaires. Sasha est une petite fille. Point. A toutes les personnes, enfants ou adultes, qui oseraient mettre en doute cette évidence, Sasha a cette réponse désarmante : "je suis une fille". 

Identités trans, au-delà de l'image - Sam Feder (2020)

Auteur d'un premier documentaire Boy I Am (2006) qui faisait le portait de trois jeunes hommes transgenres à New-York, Sam Feder signait cette année, présenté en avant-première au festival de Sundance, un nouveau documentaire, Identités trans, au-delà de l'image, dont le sujet était la représentation des transgenres par Hollywood et les médias étasuniens, et leurs impacts sur la vie des transgenres et sur la culture américaine. Vaste sujet tant ladite représentation est apparue aux origines du cinéma muet, quand le sinistre blackface côtoyait le travestissement. Véritable étude exhaustive où la parole donnée est volontairement et exclusivement offerte aux premier.e.s concerné.e.s, FTM et MTF [1], Disclosure: Trans Lives on Screen s'attache à décortiquer comment cette représentation, faussée, faut-il s'en étonner, a porté préjudice aux transgenres, tant dans la manière dont iels se percevaient et dans celle où le public les percevait. 

"Chaque personne trans porte en elle l'histoire de la représentation trans à travers ce qu'elle a vu" 
Jen Richards (actrice, autrice)

Une femme fantastique - Sebastián Lelio (2017)

Lauréat de nombreux prix dont l'Ours d'argent du meilleur scénario et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, Una mujer fantástica du chilien Sebastián Lelio aura marqué les esprits au cours de l'année 2017, et propulsé son interprète principale Daniela Vega, alors inconnue, au rang de star au Chili. Mieux, lauréat au cours de cette même Berlinale du prix Teddy du meilleur film, ce cinquième long métrage peut s'enorgueillir d'être l'un des rares films à avoir aussi bien traité la question de la transidentité. Dont acte.  

Marina (Daniela Vega), une jeune serveuse transgenre qui aspire à devenir chanteuse, développe une relation amoureuse avec Orlando (Francisco Reyes), le propriétaire d'une imprimerie de vingt ans plus âgé qu'elle. Tous deux planifient leur avenir ensemble, mais Orlando meurt soudainement. Marina se voit contrainte d'affronter les réactions haineuses de la famille d'Orlando afin de prouver qu'elle est une femme honnête et digne.

Crash - David Cronenberg (1996)

Dix septième volume des attendus coffrets ultra collector édités par Carlotta, celui-ci consacré au film culte de David Cronenberg, Crash, adapté du roman éponyme de J.G. Ballard (1973), qui défraya la chronique Cannoise au mitan des années 90, ne pouvait que remporter les suffrages des cinéphiles exigeant.e.s. Prix Spécial du Jury pour « son audace, son sens du défi et son originalité », contre l'avis même du président dudit jury, Francis Ford Coppola, les polémiques stériles apparues, il y a déjà un quart de siècle, ont laissé la place à une réévaluation quasi unanime, tant ce douzième long métrage de David Cronenberg peut être considéré légitimement comme l'un des sommets artistiques du réalisateur canadien. Vénéneux, clinique, obsessionnel, déviant, malaisant, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce film d'horreur d'un autre genre désormais disponible dans sa version restaurée 4K depuis le 21 octobre en Coffret Ultra Collector Blu-ray + DVD + livre et éditions Blu-ray et DVD. 

James (James Spader) et Catherine Ballard (Deborah  Kara Unger) mènent une vie sexuelle très débridée. Suite à une grave collision avec le docteur Helen Remington (Holly Hunter) ayant entraîné la mort de son mari, James se lance dans l'exploration des rapports étranges qui lient danger, sexe et mort. Grâce à leur rencontre avec Vaughan (Elias Koteas), un étrange photographe fasciné par les accidents de la route, le couple Ballard va finir par trouver un chemin nouveau mais tortueux pour exprimer leur amour…
 

Et mourir... de plaisir - Joe d'Amato (1978)

L'histoire a été mainte fois répétée en ces lieux. La courte mais prolifique période caribéenne du réalisateur bis Joe d'Amato marqua durablement l'inconscient du cinéma d'exploitation. Sesso nero, Hard Sensation, Exotic Love, Porno Holocaust, La nuit fantastique des morts-vivants, Orgasmo nero, etc., chacun de ces longs métrages a démontré, à des degrés divers, combien le cadre idyllique de Saint-Domingue offrait à Aristide Massaccesi, de son vrai nom, l'acmé de son art déviant.

Premier film officiel de la série de dizaine de productions tournées en République Dominicaine, Papaya dei Caraibi poursuivait ainsi la démarche entreprise par Joe D'Amato depuis Voluptueuse Laura, en cultivant son attirance pour le genre mondo. Egalement première incursion du réalisateur dans le culte vaudou, religion dont les rites imprégneront durablement les prochains films, le Romain trouvait finalement en cette île paradisiaque, les éléments déterminants pour parfaire sa réputation de spécialiste du cinéma exotique bis italien, qui le feront passer, deux ans plus tard, de l'érotisme soft à la pornographie avec Sesso Nero, premier film hard italien [1] avec Mark Shannon, Annj Goren et Lucia Ramirez.

De cette boîte de Pandore caribéenne éveillant faussement les fantasmes du mâle occidental venu se repaître de clichés, supposés émoustillants, Et mourir... de plaisir, dans sa version française, s'inscrit, on l'aura compris, enfin dans la continuité du cycle Black Emanuelle [2] qui permit à Joe D'Amato de parfaire à la fois sa popularité auprès d'un cercle d'initié.e.s déviant.e.s, et auprès d'une censure goûtant peu à ses excès formels. Mais n'allons pas trop vite.
 

Antiporno (Anchiporuno) - Sono Sion (2016)

Présenté en avant-première le 7 septembre 2016 lors de L'Étrange festival, l'habitué des lieux, le japonais Sono Sion, fit de nouveau sensation avec Antiporno. Commande nostalgique initiée par la Nikkatsu, déjà productrice des notables Cold Fish et Guilty of Romance, ce film, au même titre que les quatre autres commandes mises en scène par des réalisateurs de renom (divers) de l'archipel (Hideo 'The Ring' Nakata, Akihiko 'Harmful Insect' Shiota, Isao 'A Day on the Planet' Yukisada et Kazuya 'The Devil’s Path' Shiraishi), n'avait d'autre ambition que de faire revivre, par cet hommage, les grandes heures du cinéma d'exploitation nippon, et de fêter le quarante-cinquième anniversaire du premier Roman Porno de la Nikkatsu. Productrice au début de la décennie 70's de films érotiques dérivés du pinku eiga, ces films exploités à petits budgets [1] jusqu'à la fin de la décennie suivante se démarquaient autant par leurs thèmes, la sexualité des classes populaires (la série Apartment Wife) ou le sadomasochisme [2], que la relative liberté dont jouissaient les réalisateurs au cours de ces années 70. Finalement convaincu de participer à ce tribute, malgré ses nombreuses réticences au départ, Antiporno s'avère, non content d'être une réussite, une entreprise de sabordage de la part du frondeur Sono Sion, déboulonnant un projet supposé seulement sexy, au grand dam des dirigeants du studio. Film empreint du contexte social et politique du Japon de 2016, le long métrage n'aura jamais aussi bien porté son nom, antithèse du film pornographique, son auteur y dynamite, sinon pervertit, le genre pour mieux pointer du doigt, dixit son héroïne, "une société de merde et sa liberté de merde, ses hommes de merde qui dominent tout". Mais n'allons pas trop vite...

Artiste indépendante renommée, Kyôko (Ami Tomite) est une écrivaine et peintre piégée par son propre succès. Hantée par le souvenir de sa défunte sœur Taeko, celle qui se définit comme une "pute, mais vierge", passe le plus claire de son temps enfermée dans son studio. Un matin, son assistante Noriko (Mariko Tsutsui), plus âgée qu'elle, vient lui présenter le programme de la journée, dont une interview par un célèbre magazine. Soumise aux humiliations et jeux pervers de Kyôko plongée en pleine névrose, les deux femmes sont soudainement interrompues par la voix d'un cinéaste criant "Coupez !". 
   

L'éventreur de Notre-Dame - Jess Franco (1974)

Produit par Eurociné, Lesoeur père et fils, L'éventreur de Notre-Dame se situe dans la longue liste des longs métrages réalisés par Jess Franco qui connurent autant de versions remontées, censurées, agrémentées de scènes pornographiques, que de titres différents. De l'explicite Sexorcisme, ledit film eut ainsi droit également comme titre à l'évocateur Expériences sexuelles au château des jouisseuses, et autre méphistophélique Exorcisme et messes noires. Dans la grande tradition des relectures franciennes, L'éventreur de Notre-Dame devint quelques années plus tard en 1979, sous la houlette du même Franco, à partir du matériau originel et avec de nouvelles séquences en sus, un autre long métrage prénommé cette fois-ci Le Sadique de Notre-Dame [1]. Enfin, grand admirateur de l'œuvre Sadienne, qui trouva un premier écho une dizaine d'année plus tôt avec le séminal Le sadique Baron Von Klaus (1962), Jess Franco marquait ainsi, au besoin, encore les esprits déviants au mitan de la décennie suivante, par sa capacité à filmer frénétiquement crimes sadiques et autres tortures théâtralisées pour le plus grand plaisir d'un public converti à sa cause depuis l'originel Horrible Docteur Orlof.

Paris, Mathis Vogel (Jess Franco), prêtre défroqué, écrit pour subvenir à ses besoins des récits sadomasochistes pour un magazine fétichiste publié par Pierre de Franval (Pierre Taylou). Doué pour décrire avec véracité les scènes de tortures inspirées par les exorcismes datant de l'Inquisition, Vogel cache en vérité un fanatique religieux qui kidnappe, torture et assassine des jeunes femmes afin de, selon son esprit dérangé, sauver leurs âmes en perdition. Peu de temps après, il découvre l'existence de messes noires organisées dans des sous-sols parisiens, et à laquelle participe l'assistante de Franval, Anne (Lina Romay). Persuadé que ces rites sataniques factices sont bien réels, Vogel se lance dans une nouvelle quête purificatrice...

Orgasmo nero - Joe D'Amato (1980)

Énième rappel des faits. A la fin de la décennie 70, Aristide Massaccesi, dit Joe D'Amato, accompagné de ses fidèles complices, en premier lieu le géant génois Luigi Montefiori, dit George Eastman, embarquait pour Saint-Domingue en République Dominicaine. Durant cette escale caribéenne, le réalisateur romain mit en scène plusieurs longs métrages qui marquèrent durablement le cinéma d'exploitation italien : Sesso nero, Hard Sensation, Exotic Love, Porno Holocaust, La nuit fantastique des morts-vivants et enfin, celui qui nous intéresse Orgasmo nero. Loin de l'image habituelle que l'on veut bien donner au cinéma Bis, et au premier intéressé, Joe D'Amato se démarquait de ses compères tant sur la forme que sur le fond. Adepte de la méthode forte, le réalisateur de Voluptueuse Laura savait mieux que quiconque que la provocation est la meilleure des publicités pour un film produit dans ce type de circuit, quitte à franchir les limites du bon goût et de la bienséance, au risque de devenir persona non grata auprès des censeurs du monde entier. Orgasmo Nero conforte ainsi, une fois encore, comme cité plus haut, la place unique de Joe D'Amato dans le paysage d'un cinéma d'exploitation européen qui connaissait ses dernières heures de gloire. Mieux, Orgasmo Nero constitue la preuve qu'Aristide Massaccesi, à son corps défendant [1], est un auteur, ce nouveau film constituant une nouvelle pierre dans l'édifice misandre de sa filmographie depuis le séminal Emmanuelle et Françoise (1975).

Anthropologue, Paul (Richard Harrison) étudie les coutumes d'une tribu qui peuplent une île des Caraïbes. Rejoint par son épouse, Helen (Nieves Navarro), Paul vit mal à l'incapacité du couple à pouvoir avoir un enfant. Sur l'île, Helen se rapproche de la jeune autochtone Haini (Lucia Ramirez), leur amitié naissante cédant la place rapidement à une idylle entre les deux femmes. Occupé par ses recherches, Paul, qui ignore tout de la relation saphique de son épouse, propose à Helen d'inviter Haini dans leur résidence à Saint-Domingue...
 

Funky Front Covers - Part XIII

Comme chaque année, depuis désormais une décennie, voici le rendez-vous annuel de la fin du mois de décembre où le RHCS convie les amateurs et amatrices de sensations fortes. Non content de vous souhaiter nos meilleurs vœux, chantons tous l'avènement de la treizième saison des Funky front covers ©, ou le meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts des années 70 et 80.

Classique parmi les classiques, afin de débuter en douceur cette nouvelle saison, avant de débrider par la suite nos sens, offrons nous une mise en bouche à base de déguisement :


Sesso nero - Joe D'Amato (1980)

Re : L'histoire est connue des initié.e.s. Après avoir donné ses lettres de noblesse déviante à la série Black Emmanuelle avec la belle métisse Laura Gemser entre 1976 et 1978, le réalisateur bis Joe D'Amato quittait les rives de la soft sexploitation, non sans en avoir redéfini les limites à grand renforts de provocation ultime, pour franchir de nouveaux seuils de tolérance au grand dam des censeurs du monde entier. Passé quelques Mondos bricolés à la va-vite (enfin plus qu'à l'accoutumée), Joe D'Amato faisait encore parler de lui dans les milieux concernés avec son premier long métrage 100 % gore, Blue Holocaust (1979), ou la romance nécrophile d'un jeune taxidermiste dans l'Italie du Nord. Mieux, le Romain avec l'aide de son comparse Luigi Montefiori, alias George Eastman, embarquait pour la République Dominicaine, où furent mis en scène plusieurs longs métrages qui marquèrent durablement le cinéma d'exploitation et la pornographie européenne : Hard Sensation, Exotic Love, Porno Holocaust, Orgasmo nero, La nuit fantastique des morts-vivants et enfin, celui qui nous intéresse Sesso nero [1]. Un étalon (moustachu), de jolies filles, une destination paradisiaque, tous les éléments étaient réunis pour faire de ce Sexe noir un modèle du genre. Et bien plus encore, car c'était sans compter la capacité de Joe D'Amato à sortir, faut-il encore le rappeler, des sentiers battus. Mais n'allons pas trop vite.

Atteint d'une hypertrophie de la prostate, Mark Lester (Mark Shannon), homme marié et coureur de jupons cynique, doit se résigner à une ablation qui le rendra impuissant. En accord avec son chirurgien, il décide de déplacer de quinze jours la date de l'opération afin de se réfugier à Saint-Domingue, là où il était tombé follement amoureux de la jeune Marja (Annj Goren). A son arrivée, Mark est persuadé de la voir à chaque coin de rue, tandis que Jacques (George Du Brien) lui annonce que Marja s'est suicidée après leur rupture. Entre ses crises de douleur et ses hallucinations, Mark commence à perdre la raison...
 

Emanuelle et les filles de Madame Claude - Joe D'Amato (1978)

Cinquième long métrage de la série Black Emanuelle mis en scène par Joe D'Amato, Emanuelle et les filles de Madame Claude marqua la fin des aventures de l'héroïne créée, trois ans plus tôt, par Bito Albertini. D'un premier épisode inspiré par le phénoménal succès du film réalisé par Just Jaeckin, ce dernier volet fermait le ban des exploits érotiques de la belle photo-reporter en reprenant à son compte, en guise de clin d'œil opportuniste, le personnage principal du dernier long métrage du cinéaste français, Madame Claude sorti l'année précédente. La boucle était ainsi bouclée comme le veut l'adage.

En reportage à Nairobi, Emanuelle (Laura Gemser) désire obtenir l'interview de Giorgio Rivetti (Venantino Venantini), gangster italien retiré en Afrique pour affaires. Avec l'aide de son amie Susan Towers (Ely Galleani), celle-ci parvient à obtenir les confidences de Rivetti par l'entremise du Prince Arausani (Pierre Marfurt). Au cours son escale kényane, Emanuelle est intriguée par le mystérieux Francis Harley (Gabriele Tinti) rencontré à l'aéroport en compagnie d'une jeune femme handicapée. De retour à New-York, son collègue journaliste Walter lui apprend que Harley loue des jeunes femmes à de riches hommes d'affaires en quête de distractions...

Vampire, vous avez dit vampire ? - Tom Holland (1985)

Auteur des scénarios de Class 1984 (1982) puis de Psychose II (1983), Tom Holland écrivit et réalisa son premier long métrage, Vampire, … vous avez dit vampire ?, au mitan de la décennie. Quelque peu refroidi par les adaptations de ses précédents scénarios, The Beast Within (1982) et Scream for Help (1984), pour ne pas les citer, Holland signa en 1985 avec cette comédie horrifique un succès critique et public inattendu, d'aucuns diraient culte tant le film s'inscrivait idéalement, encore aujourd'hui, dans son époque. Hommage au cinéma d'horreur classique, et en particulier au mythe du vampire, Fright Night est désormais disponible en Blu-ray et DVD dans sa restauration 4K depuis le 30 octobre 2019.

Fan de cinéma d'horreur et de l'émission Vampire, ... vous avez dit vampire ? présenté par Peter Vincent (Roddy McDowall), l'adolescent Charley Brewster (William Ragsdale) découvre un soir, depuis sa chambre, l'arrivée de son nouveau voisin Jerry Dandrige (Chris Sarandon) qui porte un cercueil. Convaincu que celui-ci est un vampire depuis l'annonce par la police de plusieurs cadavres de jeunes femmes retrouvés mutilés, Charley demande l'aide auprès de Peter Vincent, face à l'incompréhension de ses proches et de la police locale...
 

Autopsie d'un meurtre - Otto Preminger (1959)

L'histoire est connue. Cinéaste d'origine autrichienne, installé aux États-Unis depuis le mitan des années 30, Otto Preminger devint dix ans plus tard l'un des plus grands réalisateurs de l'âge d'or hollywoodien. Indissociable à ses débuts de la 20th Century Fox [1], auteur de films noir devenus classiques du genre (Laura en 1944 et Fallen Angel en 1945), Preminger entama au début des années 50 une carrière unique de réalisateur-producteur qui lui offrit, cas extrêmement rare à l'époque, une notable autonomie en marge des grands studios (suscitant de fait l'admiration de la cinéphilie européenne), et des pressions exercées par les ligues morales, à l'image du classique L'Homme au bras d’or (1955) ou l'un des premiers longs métrages de cette période traitant explicitement de la drogue. Dans la foulée de son adaptation pour le cinéma de Porgy and Bess avec Sidney Poitier et Dorothy Dandridge, Preminger réalisait en 1959 Autopsie d'un meurtre avec James Stewart, d'après le roman éponyme de John D. Voelker. Modèle inégalé du film de procès, ce portrait féroce et amer du système judiciaire étasunien reste encore aujourd'hui un classique du genre. Édité par Carlotta, Autopsie d'un meurtre est désormais disponible en édition prestige, Blu-ray/DVD, dans sa nouvelle restauration 4K depuis le 30 octobre 2019.

Plus ou moins retiré des affaires, depuis qu'il a quitté son poste d'avocat général, Paul Biegler (James Stewart) occupe son temps à la pêche, joue au piano et plaide de temps en temps pour maintenir à flot son cabinet quelques affaires tels les divorces de "Jane Truc et Jean Fric". Un jour, ce dernier est contacté par Laura Manion (Lee Remick), dont l'époux, le lieutenant Frederick Manion (Ben Gazzara), est jugé pour le meurtre de Barney Quill, qu'il accuse d'avoir violé sa femme. Après avoir mené l'enquête avec son associé Parnell McCarthy (Arthur O'Connell), Biegler constate que Manion ne semble n'avoir aucun souvenir de ses actes, suggérant que celui-ci a tué sous l'emprise d'une "impulsion irrésistible". Biegler va tenter de plaider la folie passagère pour éviter la condamnation de son client… 
 

Cuadecuc, vampir - Pere Portabella (1971)

Producteur de cinéma à la fin des années 50 avec sa société Films 59, avec laquelle il produisit le troisième long métrage de Marco Ferreri, La petite voiture (1960), ou Viridiana de Luis Buñuel, scandaleuse Palme d'or en 1961 tournée en terres franquistes, Pere Portabella se lança dans la réalisation à la fin de la décennie suivante avec Nocturno 29 (1968). Première collaboration entre le natif de Figueras, le poète et auteur dramatique avant-gardiste Joan Brossa et le compositeur Carles Santos, son premier long métrage fut suivi par plusieurs documentaires, dont deux consacrés au peintre Joan Miró. Figure du cinéma catalan, partisan d'un cinéma contestataire, symbolisé par sa critique des conventions cinématographiques et son engagement politique, Pere Portabella présenta en 1971, lors de la Quinzaine des Réalisateurs, un documentaire unique, aboutissement de ses premières expérimentations formelles, nommé Cuadecuc, Vampir. Réalisé sur le tournage Des Nuits de Dracula du madrilène Jesús Franco, ce film hybride oscillant entre le making of expérimental et la fiction post-expressionniste s'inscrit, on l'aura compris, comme un indispensable objet filmique non identifié à découvrir, et édité depuis en Blu-ray par Second Run et par Severin Films [1]. 

The Astro-Zombies - Ted V. Mikels (1968)

Magicien, acrobate, cracheur de feu, cascadeur et enfin auteur de documentaires éducatifs dans les années 50, Ted V. Mikels réalisa son premier long métrage fictionnel en 1963, Strike Me Deadly, suivi dans la foulée du bien nommé Dr. Sex (1964) signé du pseudonyme Theo Mikacecci puis du brûlot The Black Klansman [1] (1966). Chantre d'un cinéma d'exploitation indépendant, celui-ci fit son entrée dans le cercle très fermé des cinéastes cultes auprès du public bis par la sortie de son sixième long métrage The Astro-Zombies. Cette série Z, éditée depuis en Blu-ray en 2016 par Kino Lorber, est devenue au fil du temps l'un des parangons du cinéma supra-fauché de cette époque, assortie sur le sol étasunien de la réputation non moins flatteuse d'être l'un des pires films jamais réalisés [2]. Ajoutons au dossier à (dé)charge (?) que les Misfits de Glenn Danzig ont rendu hommage au long métrage dans leur non moins culte premier album Walk Among Us, en sus de la présence de la voluptueuse, et figure de la viragophilie chère à Noël Burch, Tura Satana au casting, il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité du préposé à la chronique. Mais n'allons pas trop vite. 

Alertée par la découverte de plusieurs cadavres mutilés, l'agent Hollman (Wendell Corey) de la CIA conclut rapidement que ces crimes sont signés par le docteur DeMarco (John Carradine), un ex-scientifique renvoyé de l'agence spatiale qui était en charge de créer le premier humanoïde astronaute téléguidé (?!). Secondé par son assistant Franchot (William Bagdad), DeMarco a toutefois a perdu le contrôle de sa création en substituant à son premier cobaye le cerveau d'un tueur psychopathe. Après le meurtre d'une femme travaillant dans l'ancien laboratoire de DeMarco, les agents Eric Porter (Tom Pace) et Chuck Edwards (Joseph Hoover) tendent un piège à la créature, espérant retrouver la trace du docteur...

Blood for Dracula - Paul Morrissey (1974)

Réalisateur incontournable du milieu underground New-yorkais depuis sa rencontre au mitan des années 60 avec Andy Warhol, le cinéaste Paul Morrissey se fit, au départ, connaitre par sa trilogie Flesh (1968), Trash (1970) et Heat (1972) avec l'égérie warholienne nommée Joe Dalessandro. L'année suivante, Morrissey rejoignait le vieux continent afin de réaliser, à l'origine, un seul long métrage produit par la paire Andrew Braunsberg / Carlo Ponti. La suite est désormais connue. D'un premier film, Flesh for Frankenstein, revisitant le mythe du Prométhée moderne créé de l'imaginaire de Mary Shelley, Paul Morrissey tournait dans la foulée, avec les mêmes acteurs principaux, Udo Kier, Joe Dallesandro et Arno Juerging, sa vision toute personnelle du vampirisme avec Blood for Dracula. Dont acte.

Malade, sur le point de mourir, le Comte Dracula (Udo Kier) doit boire du sang de jeunes femmes vierges pour survivre. Trop connu en Roumanie, et sur les conseils de son serviteur Anton (Arno Juerging), il décide de partir chasser en Italie. Sur place, il fait la rencontre des Di Fiore, une famille aristocrate désargentée. Sous le prétexte de chercher une nouvelle épouse, le comte et Anton sont invités à séjourner chez eux, où Dracula pourra choisir parmi les quatre filles...

Cronico Ristretto : Free - Iggy Pop (2019)

Annoncé le 17 juillet dernier, suivi un mois plus tard par la sortie du premier single James Bond, le dix-huitième album solo d'Iggy Pop sortait le 6 septembre dernier. Décrit à la presse comme un disque « exclusivement sombre et contemplatif », à l'image du premier extrait éponyme, Free faisait suite, pour rappel, au remarqué Post Pop Depression (2016), où l'Iguane accompagné de Josh Homme, leader des Queens of the Stone Age [1], se proposait de rendre un hommage appuyé à ses années berlinoises. D'un album, qui s'apparentait davantage à un side-project, annoncé à l'époque par le premier intéressé comme son tout dernier disque, l'année 2019 aura donc vu, une fois encore, l'iguane changer de peau et nous la faire à l'envers. Au jeu du verre à moitié plein ou à moitié vide, et à la décharge du désormais septuagénaire, PPP était effectivement, et sans aucun doute, son dernier album 100 % rock. A l'instar de la voie tracée par ce dernier depuis plus deux décennies, James Osterberg enfilait une fois encore son costume de crooner reptilien. A bon entendeur.

Les mémoires de l'oncle Jess - Jess Franco | Edgard Baltzer (2019)

Publiées une première fois en mai 2004, les mémoires originelles de Jesús Franco Manera, dit Jess Franco, sont enfin disponibles et traduites en France, depuis fin juin, grâce aux bons soins conjoints du traducteur Edgard Baltzer et de l'éditeur Serious Publishing. Mieux, annotées et complétées, elles sont loin d'être une simple traduction littérale de l'autobiographie du cinéaste espagnole, auteur de plus de deux cents films. Complémentaire à la Bible francienne écrite par Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis en 2015, ces mémoires incomplètes (on y reviendra) n'en demeurent pas moins une riche source d'informations, tant sur le fond que sur la forme, pour celui ou celle qui souhaiterait en découvrir davantage sur celui qui fut, il n'y a pas encore si longtemps, considéré, avant une réhabilitation cinéphile tardive au soir de sa vie, comme un « escroc doublé d'un vil pornographe ».

Quelque part dans le temps - Jeannot Szwarc (1980)

Auteur mythique du roman Je suis une légende en 1954, l'écrivain et scénariste américain Richard Matheson marqua de son empreinte le grand et le petit écran au cours du 20ème siècle. De ses débuts au cinéma avec l'adaptation de son roman L'homme qui rétrécit par Jack Arnold en 1957 à sa participation à la série créée par Rod Serling La Quatrième dimension entre 1959 et 1964, en sus de ses collaborations avec Roger Corman et Dan Curtis, respectivement dans les années 60 et 70, le pessimiste et rêveur Matheson œuvra au cours de sa vie comme l'une des figures incontournables du genre fantastique et science-fictionnel [1]. En 1975, le romancier, avec Le Jeune Homme, la Mort et le Temps, lauréat du Prix World Fantasy du meilleur roman l'année suivante, s'écartait de la SF pure et dure pour intégrer sous fond de voyage dans le temps une romance entre un jeune dramaturge et une actrice de théâtre. Cinq ans plus tard, fort du succès au box-office en 1978 avec la suite des Dents de la mer, le français Jeannot Szwarc adaptait le roman de Matheson, ce dernier en signant le scénario.

Mai 1972. Le soir de la première représentation de sa toute première pièce de théâtre, Richard Collier (Christopher Reeves) est abordé par une vieille dame (Susan French) qui lui remet une montre de poche et lui confie ces mots mystérieux : « Reviens-moi ». Huit ans plus tard, alors qu'il essaie de trouver l'inspiration pour sa nouvelle pièce, Richard est étrangement captivé par la photographie d'une jeune femme exposée au musée du Grand Hôtel situé sur l'île Mackinac dans le Michigan. Avec l'aide d'Arthur Biehl (Bill Erwin), un vieil homme qui travaille à l'hôtel depuis 1910, Richard découvre que cette femme se prénomme Elise McKenna (Jane Seymour), une célèbre actrice des années 1920 qui séjournait dans l'établissement en 1912. En approfondissant ses recherches auprès de Laura Roberts (Teresa Wright), biographe d'Elise McKenna, il apprend que cette dernière était la vieille dame qui lui avait remis la montre huit ans plus tôt, et qu'elle est morte le soir de leur rencontre...