Warm Bodies - Jonathan Levine (2013)

Adapté du roman éponyme (Vivants dans sa version française) d'Isaac Marion, Warm Bodies n'indiquait pas forcément aux yeux du préposé docteur une bienveillance certaine. Le mélange entre le fantastique et une romance adolescente ayant fourni au gré de la décennie passée le nadir de la création artistique [1], les doutes, ou tout du moins une méfiance légitime, pouvaient sembler justifiés à la découverte d'un tel projet. Enfin, remplacer des vampires mormons par des zombies au grand cœur, à l'heure où le mort-vivant est devenu à la mode en envahissant la télévision étasunienne [2], pouvait en soit anéantir les quelques morceaux d'indulgence restants. Oui, mais...

Suite à une apocalypse ayant pris la forme d'un virus mortifère, la quasi totalité de la population mondiale a été transformée en zombie. Un groupe de survivants vit tant bien que mal derrière des fortifications de fortune, sous la tutelle autoritaire du chef militaire Grigio (John Malkovich). Entourés de ces cadavres affamés de chair fraîche et de savoureux cerveaux (mais n'allons pas trop vite), les rescapés doivent néanmoins quitter leur forteresse quand le besoin en produits de premières nécessités se fait sentir. A cette occasion, Julie (Teresa Palmer), fille de Grigio, accompagnée d'autres jeunes compagnons, dont son petit-ami Perry (Dave Franco), sortent afin de récupérer des médicaments. Lors de cette expédition, les adolescents se font attaquer par une horde de zombies dont fait partie un dénommé "R" (Nicholas Hoult). Or ce mort-vivant est différent de ces congénères. Capable de réflexion, voire même de prononcer quelques borborygmes faisant office de mots, "R" n'en demeure pas moins être un amateur de cervelles, comme celle de Perry, qu'il s'empresse de dévorer lors de sa rencontre avec l'escouade de Julie. Tombé mystérieusement sous le charme de la jeune femme, "R" la protège de ses semblables zombies lors de l'attaque, et décide de la garder en sécurité dans l'avion abandonné lui servant de refuge. Peu à peu, "R" se métamorphose à ses côtés, retrouvant une part de son humanité perdue...

Live report : Peter Murphy au Trabendo Paris - 5 juin 2013

Annoncé début mars par le chanteur sur son site internet, le Mr. Moonlight tour [1], fêtant les 35 ans de son ancien groupe Bauhaus, s'apparentait rapidement comme un immanquable pour le préposé docteur. N'ayant pu assister aux deux reformations des géniteurs de Bela Lugosi's Dead, et encore moins aux concerts en solo de Peter Murphy par le passé, cet anniversaire avait l'avantage en une seule soirée de combler les diverses frustrations et attentes accumulées au cours des deux dernières décennies (ou la découverte marquante d'un groupe culte à l'écoute de la compilation Crackle sortie en 1998).

En préambule à l'arrivée sur scène du dandy anglais, et passé le mix post-punk que nous délivra un DJ inspiré pendant quatre-vingt-dix (longues) minutes, l'assistance fut informée de la sortie prochaine de Lion, nouvel album de Murphy à paraître pour l'automne et produit par Youth (bassiste de Killing Joke). Après quelques extraits et projection de vidéos en support à ce futur album qui s'annonce dès à présent plus électronique que le précédent Ninth (2009), Peter Murphy et ses musiciens pouvaient enfin jouer. 

Live report : Master Musicians of Bukkake / Swans / Neurosis à Villette Sonique - 25 mai 2013

L'affiche du 25 mai du festival Villette Sonique avait de quoi faire saliver l'amateur de musique alternative, avec une mention spéciale pour les initiés en matière de musique barrée et en décharges bruitistes et telluriques : Master Musicians of Bukkake, Michael Gira et ses Swans, et enfin le retour de Neurosis après cinq ans d'absence.

Débuter une telle soirée annonciatrice de saturation pouvait compliquer l'appréciation des néophytes à la performance de MMOB. Offrir en guise de préliminaire, une dose de psychédélisme sous la forme d'un show ésotérique (avec cierges en supplément) et de parodie transcendantale avait en effet de quoi déconcerter l'assistance (encore qu'avec un tel patronyme, le public pouvait légitimement s'attendre à quelque chose de particulier). Et alors ? Bien que scindé en deux sets distincts, le premier n'était pas à proprement parlé celui des Master Musicians (seulement trois membres non déguisés étaient présents sur la scène, cachés derrière leurs synthés plus ou moins vintage). Avec en toile de fond, des animations psyché accompagnées d'une musique électronique 70's misant sur les basses (1), cette première partie d'une vingtaine de minutes laissa rapidement sa place au plat de résistance avec son atmosphère décalée et ses costumes moyen-orientaux. Ouvrant le (véritable) set avec People Of The Drifting Houses issu de Totem One (2009), premier chapitre de leur trilogie, le ton était donné. Avec une partie de la playlist centrée sur leur prochain disque (qui sortira le 10 juin), le concert annonçait la prochaine évolution du groupe, un peu moins borderline musicalement. A suivre. 

Des diamants pour l'enfer (Women Behind Bars) - Rick Deconnink (1975)

Nouvelle (et dernière ?) visite du préposé dans l'univers merveilleux du Women in Prison francien, Des diamants pour l'enfer signé par un énigmatique patronyme flamand Rick Deconnink (pour les besoins de cette co-production franco-belge) aura à l'instar de Frauen für Zellenblock 9 davantage marqué les esprits des prudes censeurs britanniques du BBFC (British Board of Film Censors) que le grand public. Grave erreur se targuera de souligner le cinéphile déviant tant ce Women Behind Bars apporte un éclairage original, à la fois sur l'oeuvre du cinéaste madrilène, et sur son association avec le producteur Daniel Lesoeur et Eurociné. Film de transition en attendant des lendemains encore plus excessifs avec l’helvète Erwin C. Dietrich, ce long métrage propose toutefois moult détails qui rassureront les amateurs du genre : production fauchée, jeunes femmes nues et tortionnaires sadiques en toc. A-t-on dès lors besoin d'ajouter la présence du duo francien, Lina Romay et Martine Stedil, pour convaincre les derniers récalcitrants ?

Quelque part en Amérique Centrale, trois hommes masqués, dont Perry Mendoza (Raymond Hardy), volent dans une jonque chinoise une valise contenant une grande quantité de diamants. Peu désireux de partager ce trésor, Mendoza abat froidement sur une plage ses comparses, puis part rejoindre sa petite amie, Shirley Fields (Lina Romay) dans leur nightclub. Découvrant la disparition des diamants de la mallette  la jeune femme tue à son tour son compagnon, et avoue dans l'instant son méfait à la police par téléphone (?!). Condamnée à six ans pour crime passionnel, Shirley est envoyée dans la prison dirigée par le colonel Carlo de Bries (Ronald Weiss). Rapidement accueillie par le directeur des lieux, celui-ci ayant eu vent des circonstances de la mort de Mendoza, de Bries n'a qu'un but : découvrir par tous les moyens nécessaires où les diamants ont été cachés. Il demande dans un premier temps à sa maîtresse, et détenue (interprétée par Martine Stedil), de sympathiser avec Shirley afin de lui soutirer des informations, tout en n'hésitant pas à passer à des méthodes plus coercitives si besoin. Pendant ce temps, Milton Warren (Roger Darton) qui travaille pour une compagnie d'assurances, cherche également la trace de ses précieuses pierres...

Live report : The Melvins au Trabendo Paris - 10 et 11 mai 2013

En préambule et en avant-première du festival Villette Sonique qui se tiendra du 23 au 26 mai prochain [1], était convié le groupe culte the Melvins a rejoué en intégralité plusieurs albums (et autres E.Ps) fondateurs enregistrés durant la première moitié des 90's : Eggnog (1991), Lysol (1992), Houdini (1993) le vendredi, et Bullhead (1991) et Stonerwitch (1994) le samedi. 

Batteries au centre de la scène, Buzz paré de son habituelle robe de mage à gauche et le doux dingue Tevor Dunn dans son habit de super-héros en carton et bouteilles en plastique en sus [2], les quatre sets au total [3], comme pouvait le laisser présager le contenu des disques proposés, allaient brosser les différentes et multiples palettes soniques des Melvins : du drone au noise dans un premier temps, à une décharge rock métallique dans un grand raout punk, stoner et grunge pour les derniers albums en date.

Un anniversaire bruyant [4], massif, loin de l'idée d'un jubilé tranquille pour nostalgiques en charentaises, où le quatuor démontra sans grand difficulté, à une foule acquise à leur cause, leur pertinence tellurique et bruitiste après trois décennies d'existence.

Live report : Pharoah Sanders quartet au New Morning Paris - 6 mai 2013

Annoncée l'année dernière, puis annulée quelques semaines avant, se tenait hier (enfin) le retour du fils prodigue, Pharoah Sanders, à Paris au New Morning. Concert paradoxal où la magie expressionniste du disciple de Trane aura eu quelques ratés... la faute à un leader saxophoniste quelque peu récalcitrant et grognon !

Pourtant la playlist et son introduction annonçait une prestation inoubliable : ouverture progressiste tirée de ses disques fin 60's - début 70's, puis en deuxième entrée, un hors d'oeuvre post-bop soutenu par un quartet de qualité. Et pause saxophonique après seulement vingt minutes de musique. Mécontent de l'intensité des retours, le saxophoniste quittera longuement la scène une première fois, avant de revenir par intermittence le temps de lancer le standard de Cole Porter Everytime we say goodbye, puis une première version de son classique The creator has a master plan en guise de conclusion à ce premier set fantomatique. Fort heureusement, le trio restant su, sinon faire oublier son leader taciturne, tout du moins s'accaparer de manière probante l'espace désormais laissé vacant. Le pianiste William Henderson, vieux compagnon de route de Sanders depuis une dizaine d'années, mena ainsi en l'absence de son souffleur en chef, un set alternatif remarquable, où ses camarades Oli Hayhurst à la contrebasse et Gene Calderazzo à la batterie purent montrer à l'assistance leur maîtrise instrumentale et leurs improvisations inspirées.

Le journal intime d'une nymphomane - Clifford Brown (1972)

Si Daniel Lesoeur, Harry Alan Towers et Erwin C. Dietrich restent irrémédiablement associés à la filmographie de Jesús Franco, on aurait tort d'oublier l'autre grand mécène de la cause déviante francienne, Robert de Nesle et sa société le Comptoir Français du Film Production (CFFP). Véritable pourvoyeur de cinéma en tout genre, le producteur rouennais rencontra le cinéaste madrilène peu avant la mort accidentelle de sa muse Soledad Miranda. Après une première rencontre en qualité de producteur associé pour Les cauchemars naissent la nuit (1970), les deux hommes entamèrent une série de collaborations fructueuses et frénétiques de 1972 à 1978, des Ébranlées aux Emmerdeuses, en passant par la trilogie "culte" récemment réédités par Artus films : La comtesse perverse, Plaisir à trois et Célestine... bonne à tout faire [1], puis le film qui nous intéresse ici : Le journal intime d'une nymphomane (édité depuis en Blu-ray par les bons soins du Chat qui fume en 2018).

Ortiz (Manuel Pereiro) assiste dans un club au show lesbien de Linda Vargas (Montserrat Prous) et Maria Toledano (Kali Hansa). Bientôt rejoint par Linda, ils profitent de l'instant en buvant plusieurs bouteilles de champagne jusqu'au petit matin. Fortement éméché, l'homme est conduit par la jeune femme vers une chambre d'hôtel non loin du port, où croit-il, elle lui proposera ses faveurs. Passé quelques caresses, Ortiz s'écroule de sommeil. Linda en profite pour téléphoner à la police, et lui indique le meurtre d'une femme, puis elle se tranche la gorge avec le poignard qu'elle dissimulait dans son sac à main. Arrivés sur les lieux, les deux inspecteurs constatent les faits : une jeune femme nue allongée contre son présumé assassin tient l'arme du crime dans sa main gauche. Suspecté immédiatement du meurtre, Ortiz clame son innocence à l’inspecteur Hernandez (Jesús Franco), ainsi qu'à sa femme Rosa (Jacqueline Laurent). Ecoeurée par ce mari qu'elle croyait connaitre, cette dernière accède néanmoins à sa demande d'aide. Sur une information donnée par l'inspecteur, Rosa part rencontrer l'une des connaissances de Linda, la comtesse Anna de Monterey (Anne Libert), afin de prouver l'innocence de son époux.

L'ultimatum des trois mercenaires - Robert Aldrich (1977)

Tiré des paroles de l'hymne américain et de ses « dernières lueurs du crépuscule », Twilight's Last Gleaming [1] s'inscrit de prime abord dans un genre sinon propre, tout du moins lié aux années 70 (Les trois jours du Condor, Conversation secrète), celui de la remise en cause de la sacralisation du pouvoir exécutif étasunien, après les scandales du Watergate et les révélations des Pentagon Papers par Daniel Ellsberg [2]. Librement adapté du roman de Walter Wager, Vipère 3, connu également pour ses romans Telephon et 58 minutes qui furent adaptés en 1977 par Don Siegel (Un espion de Trop) et base de la deuxième séquelle des aventures de John McClane par Renny Harlin en 1990, L'ultimatum des trois mercenaires aura longtemps traîné derrière lui une réputation d'œuvre polémique. Avec comme toile de fond l'intervention au Vietnam, que Lancaster contesta publiquement, cette quatrième et dernière collaboration avec le cinéaste Robert Aldrich ne tarda pas à être taxé, par certains conservateurs, comme étant le « produit idéologique » de son acteur principal. Accueilli fraîchement lors de sa sortie aux États-Unis, le film fut rapidement amputé d'une heure, gommant pour l'occasion la part controversée de politique-fiction du récit, pour se recentrer sur les seules scènes d'action [3]. C'est avec une nouvelle restauration en numérique que Carlotta nous propose en salles, le 1er mai prochain, la version intégrale d'origine et inédite en France de ce thriller d'anticipation « anti-hollywoodien ». 

Dimanche 16 novembre 1981, mené par un ancien général de l'US Air Force condamné pour meurtre, Lawrence Dell (Burt Lancaster), quatre évadés de prison s'infiltrent dans une base militaire du Montana, afin de prendre le contrôle de neuf missiles nucléaires. Déterminé à faire éclater la vérité sur les véritables raisons de l'intervention étasunienne en Asie du Sud-Est, Dell aidé de Garvas (Burt Young), Powell (Paul Winfield) et Hoxey (William Smith [4]), s'introduit avec succès dans le silo 3. Il contacte l'état-major en imposant ses conditions : de l'argent pour ses compagnons ainsi qu’une extradition à bord d’Air Force One, et la révélation télévisuelle par le président David Stevens (Charles Durning) du document confidentiel 9759 portant sur la guerre du Vietnam. En cas de refus, Dell promet d'envoyer les neuf missiles Titan vers l'Union Soviétique.

Live report : Supuration au Divan du monde Paris - 5 avril 2013

Après leur première date à domicile, au Splendid de Lille, le 24 février dernier, la tournée en support à CU3E de Supuration prit donc escale vendredi dernier au Divan du monde.

Les échos lillois, les informations postées par le groupe sur leur page facebook et enfin la discussion avec le guitariste Fabrice Loez en dédicace avec les trois autres membres à Gibert en mars dernier, annonçaient un concert parisien marquant à plus d'un titre : 1/ synthèse scénique de la trilogie, 2/ intégralité du premier album et culte The Cube, et 3/ le retour sur scène d'un groupe rare (1). Trois raisons évidentes pour aller donc les voir.

Jesús Franco (1930-2013)

Il est des nouvelles qui touchent plus que d'autres, celle de la mort du réalisateur espagnol Jesús Franco en fait partie. Un an après le décès de sa muse, celui qui était plus connu sous le pseudonyme Jess Franco a donc rejoint Lina Romay ce 2 avril. A défaut d'écrire une sempiternelle biographie, le Rocky Horror Critic Show lui rendant un hommage perpétuel depuis la chronique de Doriana Gray, le préposé docteur vous propose plutôt un petit diaporama des différents rôles ou apparitions du génial cinéaste madrilène au cours de sa faramineuse filmographie (presque 200 films).
  

Pickpocket - Robert Bresson (1959)

« Ce film n'est pas du style policier. L'auteur s'efforce d'exprimer, par des images et des sons, le cauchemar d’un jeune homme poussé par sa faiblesse dans un aventure de vol à la tire pour laquelle il n’était pas fait. Seulement cette aventure, par des chemins étranges, réunira deux âmes qui, sans elle, ne se seraient peut-être jamais connues. »

Avec cette mise au point introductive typiquement Bressonienne, Pickpocket appartient aux films les plus influents de son auteur, et boucle une décennie riche, commencée par un Journal d'un curé de campagne (1951) d'après Georges Bernanos, et Un condamné à mort s'est échappé (1956). On notera d'ailleurs en préambule, le film ne faisant pas ombrage du destin dramatique de son personnage principal, que ce dernier, et en guise de faux fil conducteur, se conclue à l'inverse de son aîné de 1956 par la prison et la fin de la liberté.

Cronico Ristretto : Depeche Mode - Tomahawk (2013)

   
Après un très décevant et fade Sounds of the Universe, deux choix possibles s'ouvraient au préposé docteur en apprenant la sortie prochaine du nouvel album de Depeche Mode : d'une part une indifférence teintée de résignation, d'autre part une curiosité (malsaine ?) héritée d'une déviance qu'il n'est plus besoin de justifier. Intitulé Delta Machine, ce disque a déjà une première particularité, celle d'être le premier album signé chez Columbia/Sony, DM ayant quitté après plus de trente ans de loyauté le label Mute [1]. Deuxième caractéristique, l'initié notera, après deux décennies d'absence, le retour de Flood (cantonné) au mixage. Enfin, dernière singularité (plus mesquine), cet album confirmera t-il l’existence d'une jurisprudence Exciter [2] ? Trois raisons légitimant finalement une écoute du DM de DM, non ?

Cronico Ristretto : CU3E - Supuration (2013)

Véterans de la scène metal hexagonale, les nordistes de S.U.P reviennent en 2013 sous leur mue originelle nommée Supuration, afin de boucler et fêter dignement les deux décennies de leur album culte The Cube. CU3E ou le dernier volet de la trilogie initiée en 1993, et qui vit ces quatre jeunes musiciens menés par les frères Loez imposer leur vision d'un death metal personnel et unique.

Dix ans après Incubation, deuxième chapitre et préquelle du premier album, CU3E se veut la suite directe de l'album de 1993. Réincarnation et renaissance artificielle de l'âme du bébé de la jeune femme suicidée du précédent épisode, l'histoire de ce disque conceptuel reste comme à son habitude marquée par le goût de ses auteurs pour la science-fiction la plus noire ; le récit [1] se concluant par une référence au dernier album de S.U.P Hegemony.

Le diabolique docteur "Z" / Dans les griffes du maniaque - Jess Franco (1965)

Chroniqué l'année dernière, Sie tötete in Ekstase de Jesús Franco, avait l'apparente « particularité » d'être la relecture d'un précédent long métrage réalisé par son auteur : Le diabolique docteur "Z". Vampée par sa muse Soledad Miranda, cette mariée en noir séduisait, puis causait la perte des quatre médecins responsables du suicide de son défunt mari. Or, cinq années auparavant, le cinéaste madrilène avait usé du même stratagème vengeur, offrant à l'occasion l'un de ses meilleurs films, ou la synthèse des thèmes, passés et futurs, chers au réalisateur de L'horrible Docteur Orlof.

Au congrès international de neurologie, le professeur Zimmer (Antonio Jiménez Escribano) présente à ses pairs le sujet de ses travaux : l'étude des centres nerveux moteurs. A l'instar des précédentes recherches du controversé docteur Orloff, Zimmer prétend que certaines parties des lobes cérébraux et de la moelle épinière pourraient déterminer, d'une part les bonnes actions, d'autres part les mauvais actions des êtres vivants. Le mal n'aurait ainsi qu'une origine purement physiologique. Grâce aux dénommés rayons Z capables d'éliminer, de neutraliser, ou d'exacerber ces centres moteurs, le professeur conclut son exposé par la possibilité de métamorphoser les maniaques et assassins en êtres « normaux ». Demandant la permission de pouvoir continuer le fruit de ses recherches sur un être humain, Zimmer se fait prendre violemment à partie par ses collègues, ces derniers lui interdisant formellement de poursuivre ses honteuses expériences. Zimmer, choqué et meurtri par ces réactions violentes, meurt peu après d'un infarctus, jurant à sa fille Irma (Mabel Karr) dans un dernier souffle de continuer ses travaux...

Esclaves de l'amour (Frauen für Zellenblock 9) - Jess Franco (1977)

Deuxième incursion du RHCS dans le monde merveilleux du film de prison pour femmes (WIP pour les intimes), Esclaves de l'amour présentées ici même marqua les esprits, et la censure, comme étant l'une des dernières collaborations [1] de la paire déviante composée par le producteur suisse Erwin C. Dietrich et le cinéaste espagnol Jesús Franco. Une association excessive dont le fil conducteur pourrait de prime abord se résumer à sinon flatter les plus bas instincts voyeuristes du spectateur, tout du moins à offrir au public sa dose d'érotisme crapoteux quotidien. Ce long métrage prénommé originellement Frauen für Zellenblock 9, et interprété par la pulpeuse Karine Gambier, l'innocente Susan Hemingway et l'inénarrable Howard Vernon ne déroge nullement a priori à la règle : des jeunes femmes nues, des tortionnaires sadiques, le tout dans une ambiance faussement malsaine et franchement fauchée, what else ?

Trois révolutionnaires menées par Karine Levere (Karine Gambier) sont arrêtées à bord de leur camion traversant la jungle sud américaine. Capturées manu militari puis emmenées sans ménagement dans une prison isolée dans la forêt tropicale, les demoiselles, une fois arrivées, sont rapidement déshabillées, et enchaînées par le cou dans la cellule numérotée 9. A l'instar de ses camarades, Karine est torturée par l'expérimenté Dr Costa (Howard Vernon) sous l'œil approbateur et carnassier de la directrice des lieux. Face à l'imagination perverse et aux techniques inhumaines déployées par ses tortionnaires, la belle cède à leurs avances sadiques, et dénonce ses compagnons de lutte. Bien décidée à les sauver, Karine doit s'évader à tout prix...

The Glamorous Life of Sachiko Hanai - Mitsuru Meike (2003)

Première véritable incursion du RHCS dans le monde merveilleux du Pinku eiga, Hatsujô kateikyôshi : sensei no aijiru, titre original de l'anglophone The Glamorous Life of Sachiko Hanai, aura suscité et hérité depuis sa sortie d'un petit culte mérité chez les amateurs de déviance. Présenté dans plusieurs festivals internationaux, si ce film du réalisateur Mitsuru Meike appartient bien au genre popularisé par la belle Reiko Ike [1] dans les 70's, celui-ci s'en démarque néanmoins, et doit sa popularité à son univers foutraque décomplexé, ou un savant mélange d'irrévérence, de comédie surréaliste et d'une joyeuse dose d'érotisme oriental.

Sous-titré par un racoleur et explicite Horny Home Tutor : Teacher’s Love Juice, les pérégrinations de Sachiko Hanai annonçait de prime abord le scénario d'un quelconque film érotique ; impression confortée par la première scène du film : une call-girl, déguisée en enseignante, prodigue un cours très particulier de géographie à un homme avide de connaissance, et d'expériences... et qui saura remercier et honorer, en quantité, l'altruisme culturel de sa jeune professeure. Après cet enseignement quelque peu collant, Sachiko se dirige vers son nouveau rendez-vous où elle doit rencontrer son agent, son souteneur, son supérieur hiérarchique (rayez la ou les mentions inutiles).

La porte du paradis (Heaven's Gate) - Michael Cimino (1980)

Rares sont les films qui ont su être le réceptacle de tant d'hostilités : honni par la critique, fuit comme la peste par le public, et paradoxalement peu soutenu par son studio, La porte du paradis reste un cas d'école plus de trois décennies après sa sortie. Film de tous les records et de tous les excès, Heaven's Gate eut le néfaste privilège de signer la banqueroute d'un studio United Artists, de symboliser l'arrêt du nouvel Hollywood, et, enfin, de briser la carrière de son auteur Michael Cimino. Œuvre marquante du 7ème art, mais désastre financier, à laquelle nous convie Carlotta pour la ressortie en version intégrale et restaurée le 27 février prochain. 

Présenté dès 1971 à United Artists, le projet du jeune scénariste Michael Cimino, basé sur la guerre qui embrasa le comté de Johnson, aura finalement mis plus de huit ans pour trouver désormais un écho favorable aux yeux des (nouveaux) décideurs du studio. Profitant du succès critique du cinéaste à la veille de son triomphe aux Oscars pour Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter), Cimino avait dès à présent carte blanche pour réaliser son western épique, crépusculaire et révisionniste, ou l’extermination à la fin du XIXème siècle d’une communauté d’immigrés de l’Europe de l’Est par une association de grands propriétaires... avec l'aval de Washington.

Speak Like A Child (1968) | Anxiety Despair Languish (2012)


Sixième et avant dernier album pour Blue Note, trois années séparent ce Speak Like A Child de son prédécesseur, le populaire Maiden Voyage : une éternité en somme pour le prodige Herbie Hancock qui enregistra pas moins de cinq albums entre 1962 et 1965. Si les nombreuses tournées du célèbre second quintet de Miles Davis peuvent un temps expliquer ce hiatus [1], il faut plus y voir pour le jeune pianiste un besoin vital de se renouveler, et dépasser ce qui s'apparentait déjà comme un des sommets de son œuvre.

Enregistré en mars 1968, Speak Like A Child est intimement (et doublement) lié à la discographie de Miles. Parmi les six compositions originelles, celles-ci ont toutes été écrites par Hancock, à l'exception de First Trip, composée par l'inamovible Ron Carter, contrebassiste du quintet de Miles. Or trois titres ont déjà été joués par ce même quintet auparavant : le morceau éponyme quelques semaines plus tôt en janvier (mais qui ne sera disponible que sur le coffret The Complete Studio Recordings of The Miles Davis Quintet 1965–1968), et The Sorcerer et Riot disponibles respectivement l'année précédente sur l'album éponyme et Nefertiti de Miles.

Cronico Ristretto : Jodis / John Coltrane / Rakim


L'année 2012 aura été riche pour Aaron Turner et son ancien groupe moribond Isis : une compilation, Temporal, contenant diverses démos et autres versions alternatives, et un disque live, le sixième du nom, Live VI, sorti uniquement en vinyle avec des enregistrements datant de la tournée de l'avant dernier album studio In the Absence of Truth. Ajoutons à cette actualité passéiste également (et surtout) quatre albums en 2012 via ses nombreux side-projects : No de Old Man Gloom, l'éponyme de Split Cranium, le split de Mamiffer et Locrian Bless Them That Curse You et enfin Black Curtain de Jodis, en somme une production débordante où l'ancien frontman d'Isis donne libre court à ses nombreuses envies.

Invasion of the Bee Girls - Denis Sanders (1973)

Un titre prometteur, une affiche qui l'est tout autant, en fallait-il plus au préposé pour succomber à cette aguicheuse invasion des femmes abeilles ? La question mériterait réflexion si les forces en présence, un réalisateur de documentaires primés, un futur scénariste reconnu et quelques pin-ups triées sur le volet, n'indiquaient pas clairement un point d'attraction déviant. Porté par un des pitchs les plus capillotractés qui soient, Invasion of the Bee Girls de Denis Sanders valait bien une chronique, non ?

La petite ville de Peckham en Californie est en émoi. Une malédiction semble s'abattre sur sa population mâle : plusieurs hommes en pleine force de l'âge sont morts dans des circonstances étranges, tous sont décédés d'une crise cardiaque durant un rapport sexuel. Seul maigre indice entendu par un témoin : un bourdonnement. Après le décès du scientifique John Grubowsky travaillant pour le laboratoire de recherche Brandt, l'agent Neil Agar (William Smith) de la Sécurité nationale est dépêché sur place afin de faire la lumière sur ces morts mystérieuses, et trouver le ou la responsable...

Sexy Sisters (Deux soeurs vicieuses) - Jess Franco (1977)

Icône oubliée du cinéma érotique et pornographique des années 70, dont seuls les amateurs nostalgiques de cet âge dorée se souviennent avec émotion, Karine Gambier manquait cruellement au Rocky Horror Critic Show. L'oubli est enfin réparée. Reconnaissable par sa blondeur platine, Karine disparaît mystérieusement au début de la décennie 80. Lassée par la pornographie, déçue par la frilosité du cinéma dit traditionnel et son manque d'ambition à proposer aux plus belles fleurs du genre une reconversion possible, les pistes ne manquent pas. Reste à la postérité un peu plus d'une soixante-dizaine de films en six ans d'activité pour le plus grand bonheur des initiés sensibles (également) à son charme hautain, faussement candide, et à ses formes voluptueuses.

Or parmi les nombreux réalisateurs et autres pornocrates (Claude Bernard-Aubert, José Bénazéraf, Jean-Claude Roy ou Claude Mulot) ayant eu la chance de croiser miss Gambier, sa filmographie fait apparaître l'un des metteurs en scène bisseux cher à ce haut lieu de déviance virtuelle : Jesús Franco. Des quatre principaux films tournés par la belle blonde : Cocktail spécial, Voodoo Passion, Women in Cellblock 9 et Sexy Sisters, on ne saurait conseiller à l'amateur de se diriger en premier lieu vers les deux derniers cités, la blonde incendiaire y tenant les rôles principaux. Et si Cocktail apparaît difficilement trouvable de nos jours, les trois suivants produit par le suisse Erwin C. Dietrich ont l'avantage d'être désormais disponible en import en DVD. Dès lors, pourquoi se priver ?

Funky front covers VI - Part Two

Chose promise, chose due : le Rocky Horror Critic Show offre pour la nouvelle année une seconde session des Funky front covers © ; une version 6.2, ajouterait l'érudit agent comptable, haute en couleurs et en sensualité, mais n'allons pas trop vite...

La semaine dernière, quelques éphèbes triés sur le volet avaient ouvert le bal. La formule ayant été approuvée, et offert satisfaction, nous reprenons la même formule en étoffant davantage le nombre des protagonistes...

                

Funky front covers VI - Part One

A l'heure où notre lectorat sera gavé de dinde aux marrons et de cadeaux débordant par milliers, ouvrons comme il se doit cette sixième saison (et uiii) des Funky front covers ©. Une saison débordante à plus d'un titre, l'agent comptable trop heureux d'avoir évité l'apocalypse, nous a permis en ces temps d'austérité de doubler notre budget et de scinder ces traditionnels FFC en deux parties (ouah !). Le rendez-vous est donc déjà pris pour la nouvelle année !

La saison précédente s'était volontairement éloignée du funk et disco originel pour mieux proposer d'autres horizons plus exotiques. 2012 année « normale » oblige, un retour aux fondamentaux semblait primordial et de bon aloi. Voici donc le premier volet du meilleur des années 70 et 80 en matière de musique funky !

Ayant toujours été à l'écoute de notre lectorat féminin, il était de bon ton de débuter cette session par des éphèbes au corps avenant et à la musculature saillante. 

            

Cronico Ristretto : White Material - Claire Denis (2009)

Back to Africa. Deux décennies après avoir quitté le continent de sa jeunesse, et en laissant de côté son aparté djiboutien intitulé Beau Travail (1), Claire Denis revient en Afrique pour y narrer cette fois-ci les séquelles du colonialisme, avec en toile de fond la guerre civile. Présenté en compétition officielle lors de la Mostra vénitienne en 2009, White Material écrit par le duo Claire Denis et Marie N'Diaye, s'éloigne dès lors des souvenirs de jeunesse camerounaise de la réalisatrice (son premier long métrage Chocolat), pour se rapprocher des récents évènements qui ont troublé la Côte d'Ivoire dans les années 2000 (2).

Quelque part en Afrique noire francophone, Maria Vial (Isabelle Huppert) vit avec son ex-mari André (Christophe Lambert), son ex-beau-père Henri (Michel Subor), propriétaire de la plantation de café Vial et son fils Manuel (Nicolas Duvauchelle). Depuis peu, le pays connait de graves troubles, l'armée régulière étant en proie aux attaques de rebelles menés par un des chefs prénommé « le boxeur » (Isaach de Bankolé). Malgré les avertissements de l'armée française, l'informant qu'ils ne pourront plus assurer sa sécurité et celle de sa famille, puis le départ des ouvriers agricoles craignant pour leur vie, Maria est déterminée à rester et à poursuivre la récolte de son café. Décidée coûte que coûte à terminer la dite récolte, elle part à la recherche d'une nouvelle main d’œuvre, en dépit des menaces et des risques encourus, cette dernière hébergeant chez elle « le boxeur » grièvement blessé. Or André a déjà négocié avec Chérif, le maire de la ville (William Nadylam), leur fuite du pays en contre-partie de la vente de la plantation. Mais n'est-il déjà pas trop tard ?

Lola - Jacques Demy (1961)

En préambule, la présence de Jacques Demy a de quoi surprendre l'habitué.e des lieux... étonnement également partagé par le locataire préposé ici présent ! Chantre du film « en-chanté », Demy n'est pas à proprement parlé un bon client pour l'amateur de déviance, à l'exception peut-être de son adaptation filmée du manga de Riyoko Ikeda, Lady Oscar (1978), ou, bien évidemment, de son adaptation du mythe d'Orphée, Parking (1985), avec Francis Huster. Après plusieurs courts métrages dans la deuxième moitié des 50's, Demy réalise en 1960 son premier long intitulé Lola (sorti en DVD et Blu-ray le 21 novembre dernier par Arte éditions). Ecrit à l'origine comme une comédie musicale filmée en cinémascope et en couleurs, puis finalement tournée en noir et blanc faute de moyens en gommant en prime la dimension musicale, Lola avait tout du film tronqué et bancal. Dès lors les pamphlétaires à la petite semaine trouveraient sans doute légitime de crier à l'injustice. Mais il n'en est rien. Si la vision première de l'auteur a dû être remaniée et réécrite en conséquence, Lola n'a rien du long métrage raté, « sacrifié sur l'autel du dieu argent » éructera l'indigné gâteux de passage. Au contraire, ce premier film s'inscrit pleinement dans la filmographie de Demy, en proposant une variation inédite du film musical qui n'en est pas un, et en attendant Les parapluies de Cherbourg.

Tentacules (Tentacoli) - Ovidio G. Assonitis (1977)

Le cas du réalisateur et producteur Ovidio Assonitis avait déjà été traité par le passé. Co-géniteur du hautement nanar Piranha II en 1981 [1], l'italien n'en restait pas moins au début de la décennie déjà responsable de plusieurs autres films tout aussi navrants, dont le point commun était l'opportunisme assumé de son créateur. Exploitant sans vergogne les récents succès hollywoodiens, Assonitis se fit connaitre mondialement en 1974 par sa première réalisation Beyond the Door (Le démon aux tripes) où ce dernier pompait allègrement le célèbre Exorciste de William Friedkin [2]. Trois années plus tard, l'odeur de soufre satanique cédant sa place à une horreur plus iodée cette fois-ci, le producteur né à Alexandrie revient sur le devant de la scène avec un casting géronto-étasunien, et une menace marinière prenant la forme non pas d'un Carcharodon carcharias mais d'une pieuvre géante dans (le mal nommé) Tentacules [3]...

La disparition d'un bébé, puis celle d'un vieux loup de mer nettoyant le pont de son trimaran laissent perplexe le sheriff Robards (Claude Akins) et le reporter Ned Turner (John Huston). La dernière victime, rongée jusqu'à la moelle et réduite à l'état de squelette, n'apporte aucun indice pouvant expliquer ce carnage ; nul animal connu ne pouvant réduire l'être humain à un tel état. Mais Turner trouve rapidement le coupable en la personne de monsieur Whitehead (Henry Fonda), président de la Trojan. Cette société, en charge de la construction d'un tunnel sous-marin voisin des lieux des drames, semble en effet rester bien mystérieuse et sa responsabilité apparaît de plus en plus évidente à mesure des récentes découvertes macabres. Or ces terribles évènements coïncident avec la régate à laquelle participe de nombreux enfants, dont Tommy, fils de Tillie Turner (Shelley Winters), et neveu de Ned...

Femmes en cage (Frauengefängnis) - Jess Franco (1975)

Parmi les différents sous genres qui définissent notre bien-aimé cinéma d'exploitation, le film de prison pour femmes (connu des initiés sous l'acronyme WIP pour Women In Prison) est sans aucun doute l'un des plus controversés. Une formule facile (de plus) me direz vous, mais qui cache une réalité certaine : la censure (britannique au hasard) goûta peu au libertinage lesbien en milieu carcéral, filmé, il est vrai, par quelques mâles libidineux, pour spectateurs en mal de voyeurisme et de dérives sadiques (en toc). Et parmi ses chefs de fil, faut-il s'étonner de voir figurer en première place le metteur en scène madrilène Jess Franco ? Véritable instigateur du mouvement [1] avec l'étasunien Lee Frost (Love Camp 7), ce Frauengefängnis, sept années après le séminal L'amour dans les prisons des femmes (99 Mujeres), signe de nouveau en 1975 son retour au genre après le précédent Quartier de femmes (Los amantes de la isla del diablo). Premier WIP de la fructueuse collaboration avec le producteur/réalisateur suisse Erwin C. Dietrich [2], Femmes en cage dans sa version française ne déroge pas à la règle : un long métrage foutraque au budget minimaliste pour une relecture malade. Les amateurs et amatrices du genre apprécieront.

Live report : Tindersticks à La cigale - 07/11/2012

Voir pour la première fois les Tindersticks s'annonçait une soirée riche en émotion, qui plus est à la découverte des nombreux obstacles qui apparurent lors de ce second concert parisien en support à leur dernier album, le très bon The Something Rain.

Arrivés trop tard pour apprécier les deux premiers groupes Mermonte et Daughter (laissons leur le bénéfice du doute), le préposé et sa dame eurent le loisir de profiter de la performance de la deuxième tête d'affiche de cette troisième soirée du Festival Inrocks, à savoir Lambchop... enfin subir serait plutôt le qualificatif approprié tant la formation étasunienne aura marqué nos esprits par une présence des plus pénibles, l'ambiance festive émanant des happy few offrant le seul contre point salvateur à cette purge pour cowboys neurasthéniques. Guidé par un Kurt Wagner collé à sa chaise, au morne charisme et la voix douteuse (imitant néanmoins avec un certain talent le grabataire radoteur), le set d'une heure seulement (?!) s’avéra sinon un supplice, tout du moins un passage obligé et douloureux avant l'entrée des élégants britanniques (1). Mais la soirée n'en avait pas fini avec son lot de déconvenues et de surprises...

Études sur Paris - André Sauvage (1928)

Sorti le 10 octobre dernier en DVD chez Carlotta, Études sur Paris appartient à une catégorie rare, celle d'être la seule oeuvre rescapée d'un artiste maudit : André Sauvage. Le qualificatif apparaît abusif tant il fut utilisé à tort et à raison. Pourtant, l'un des pères du documentaire d'avant-garde ou « nouvelle vague documentaire » française, ne laissa à la postérité que des bribes de sa maigre, car écourtée, filmographie : perte des négatifs de ses premiers films documentaires, problèmes techniques sur Pivoine déménage [1], puis mise à l'écart du montage de La croisière jaune d'André Citroën, signant ainsi son retrait définitif du monde des arts (pour celui des champs). Or Études sur Paris offre aux spectateurs une vision inédite, cinq portraits lyriques où la poésie d'André Sauvage capte la mue de la capitale française, entre naturalisme et modernité, à la veille du grand chambardement capitaliste.

Artiste total, cinéaste, écrivain et peintre, André Sauvage signe en 1923 avec son premier documentaire La traversée du Grépon un modèle du genre. Véritable exploit technique et physique, le cinéaste accompagné d'une équipe réduite escalade et filme Le Grépon, sommet rocheux s'élevant à 3 482 mètres au dessus de Chamonix. Quatre années plus tard, Sauvage visite la Grèce, armé de sa seule caméra afin de réaliser « un film de voyage ». Déjà remarqué par son précédent long métrage, Sauvage s'impose avec Portrait de la Grèce, tel Jean Vigo un peu plus tard, comme l'un des poètes d'un nouveau cinéma. Mais à l'instar du Grépon, l'intégralité de ce périple hellénique, comportant des vues d'Athènes, des montagnes de Météores et des îles de Délos, Santorin, etc., est également perdu, ne reste plus de nos jours que des coupes et autres rushes (restaurés à partir des notes de l'auteur et disponibles en guise de suppléments sur le DVD [2]).

Les maîtresses du Docteur Jekyll - Jess Frank (1964)

Sortie deux années après L'horrible Docteur Orlof, sa mémorable relecture du classique de Georges Franju, Jesús Franco convie de nouveau les amateurs d'horreur gothique avec cette supposée séquelle intitulée Les maîtresses du Docteur Jekyll... qui cache en fait la première relecture (non officielle) de son précédent film, soit l'une des vieilles marottes du réalisateur de La comtesse noire et Doriana Gray  [1].

Le docteur Orloff sur son lit de mort confie à son meilleur disciple le docteur Conrad Jekyll (Marcelo Arroita-Jáuregui) la formule secrète qui « fait bouger les êtres inanimées ». Peu de temps après, sa nièce Mélissa (Agnes Spaak), fille de son défunt frère, se présente à la propriété familiale pour passer les fêtes de Noël auprès de son oncle et sa tante. Mais ces derniers lui offrent un accueil des plus étranges : Jekyll est un homme froid et distant, trop occupé par ses secrètes expérimentations, et sa tante, femme délaissée et brisée, se noie dans l'alcool [2]. De ce triste constat et morne séjour en perspective, la jeune femme décide une nuit d'explorer les lieux et découvre Andros (Hugo Blanco), mort ambulant dont les traits évoquent mystérieusement ceux de son père disparu...

L'étrange créature du lac noir - Jack Arnold (1954)

La sortie en salles de L’Étrange Créature du lac noir dans une copie restaurée et en 3D par Carlotta, le 7 novembre, est un évènement à ne pas manquer pour les nostalgiques du cinéma de genre, mais aussi pour la nouvelle génération de spectateurs.

Alors que le téléchargement incite le public à déserter les salles de cinéma, la 3D [1] est peut-être la solution au retour des spectateurs, comme ce fut le cas dans les années 50.

A cette époque, les premières émissions télévisées en couleurs menacent la suprématie du grand écran américain, pourtant le public retourne dans les salles pour découvrir une étrange créature poisseuse aux larges mains griffues sortant de l'écran pour les attraper... Cette créature rejoignit par la suite le club très fermé des monstres les plus adulés du cinéma fantastique. Son nom ? L’Étrange Créature du lac noir, me répondrez-vous. Perdu, elle s'appelle Le Gillman (L’Homme branchie).

Hardware - Richard Stanley (1990)

Dans les souvenirs du préposé, Hardware pouvait se résumer à une jaquette VHS, synonyme de ses errements adolescents dans les rangées des vidéos clubs à l'orée des années 90 [1] : un crâne cybernétique menaçant, flanqué de la bannière étoilée, et ce ciel rougeoyant irradiant un monde post-apocalyptique. Auréolée de la mention "Prix des effets spéciaux" à l'époque où le festival d'Avoriaz faisait briller les yeux des jeunes amateurs de fantastique, il aura pourtant fallu attendre deux décennies au préposé avant de se jeter à l'eau, et découvrir cette honnête série B, autant connu des initiés pour sa bande-originale, que par son ambiance mixant allègrement Terminator, Blade Runner et Mad Max.

XXIème siècle, la surface de la Terre n'est plus qu'un immense désert au niveau de radioactivité mortellement dangereux. Les humains sont entassés dans des bidonvilles, où le chômage et la violence sont le lot quotidien des survivants. Seule porte de sortie offerte par le gouvernement en place : suivre la campagne de la stérilisation de rigueur. Dans ce monde « propice et fécond », Moses "Hard Mo" Baxter (Dylan McDermott), soldat en permission, achète à un nomade les restes d'un robot trouvé dans la zone interdite, pièces détachées robotiques faisant office de cadeau de noël pour sa petite amie Jill (Stacey Travis). De cette carcasse cybernétique, la jeune femme en crée une sculpture y incorporant divers éléments récupérés. Cependant, ce qui s'apparentait à un androïde hors d'usage, cache en fait une machine à tuer appelée Mark 13, tel le chapitre 13 de l'évangile du même nom : « nulle chair ne sera épargnée »...

Evil Toons - Fred Olen Ray (1992)

La déviance pour les nuls : chapitre 14.

[...] La déviance est un combat, une lutte, une quête de chaque instant. Néanmoins méfiez vous des faux semblants ; car derrière telle affiche ou telle accroche facile peuvent se cacher de cruelles déceptions. A charge pour l'initié de trier le mauvais grain sympathique de l'ivraie [...].

« En premier ils vous déshabillent. Puis ils vous possèdent ! ». Evil Toons avait tout pour séduire, plus ce démon-loup Tex-Averien à la langue bien pendue sur l'épaule de cette petite brune au look 80's. La présence aux commandes de Fred Olen Ray n'indiquait pas non plus mal qui vaille. Enfin presque. Certes le réalisateur-catcheur (ça ne s'invente pas) est un habitué des productions ultra cheap depuis les années 80, mais ce fétichiste du bikini [1] avait toutes les clefs en main pour offrir aux amateurs une comédie horrifique sexy. Las ?

Quatre jeunes femmes sont employées pour nettoyer une vieille maison avant l'arrivée des nouveaux propriétaires. Le soir même, un homme mystérieux (David Carradine) leur donne un colis, qui se trouve être un ancien livre d'incantations maléfiques. Par mégarde, elles ramènent à la vie sous la forme d'un toon un des démons du grimoire. Or celui-ci a besoin de sang frais s'il veut recouvrer une forme plus réelle...

Je suis une nymphomane - Max Pécas (1971)

Sévissant chaque été sur les chaines hertziennes, avant d'être bassement reléguée sur le câble, l'œuvre de Max Pécas n'en reste pas moins dramatiquement méconnue du grand public. Pouf pouf. N'est-il pas regrettable que seuls les amateurs des dernières gaudrioles (Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu ou encore On se calme et on boit frais à Saint-Tropez) aient l'unique droit de se repaître du talent bancal et racoleur de ce maître es navet ? Car vous qui lisez ces quelques lignes, sachez bien que tout un pan de sa filmographie reste (encore) à découvrir. Et réduire l'art de Pécas aux seules comédies navrantes réalisées lors de ses dix dernières années d'activité [1] pourrait facilement être considéré comme un crime de lèse-majesté pour l'apprenti.e-déviant.e (ou curieu.x.se de passage). Fidèles (ou non) des saillies cinématographiques faussement branchées (à St Tropez ou d'ailleurs), il est dès lors grand temps de corriger cette erreur en visionnant Je suis une nymphomane, et réparer par conséquent ces décennies d'offense oublieuse des vilains et autres cuistres diffuseurs télévisuels. Encore que... mais n'allons pas trop vite.

Morgane et ses nymphes - Bruno Gantillon (1971)

Il est des films mineurs qui resteront à jamais gravés dans les mémoires. Non par leurs qualités artistiques à même d'éveiller l'esthète (déviant) qui sommeille en chacun de nous (tout du moins du préposé docteur), mais par le souvenir d'avoir su jouer les entremetteurs, et instigateurs d'une belle rencontre, tel ce joliment intitulé Morgane et ses nymphes et sa révélation, l'acteur Alfred Baillou. Car l'interprète du seul personnage masculin [1] du long métrage (traduit en anglais par un suggestif Girl Slaves of Morgana Le Fay) justifie à lui seul le visionnage de ce film, au-delà de son érotisme onirique à l'atmosphère délicieusement surannée. Mais n'allons pas trop vite, n'est-ce pas ?

Librement inspirée des légendes arthuriennes et de la fée Morgane, le long métrage narre les mésaventures d'Anna (Michèle Perello) et de Françoise (Mireille Saunin), deux jeunes femmes en vacances dans la campagne auvergnate. Celles-ci s'arrêtent un temps dans une auberge, mais le propriétaire leur suggère de partir rapidement et de faire demi-tour sans autre explication, sous les yeux d'un bien étrange petit personnage, Gurth (Alfred Baillou). La nuit tombée, désormais perdues, elles trouvent refuge dans une grange abandonnée. Cédant aux douces caresses et aux baisers d'Anna, Françoise s'endort dans ses bras. Au réveil, Françoise constate la disparition de son amie. Gurth, le mystérieux nain bossu rencontré la veille propose de le suivre, vers un château bordé d'un lac. Accueillie par trois jeunes femmes en mousseline transparente, Françoise fait la connaissance de la maîtresse des lieux, Morgane (Dominique Delpierre).

Lepke le caïd - Menahem Golan (1974)

Découvert lors d'une soirée hommage au réalisateur et producteur israélien Menahem Golan (1), Lepke le caïd appartient à une époque méconnue, celle datant d'avant le rachat par la paire Golan/Globus de la (sacrosainte) Cannon (en 1979). Le film comme peut le laisser présumer son affiche et sa date de sortie se situe dans le sillage du Parrain de Coppola (on y reviendra). En bon artisan du film de genre, Golan suit désormais à cette époque la mode du film de gangsters avec cette biographie d'un des plus célèbres mafieux de New-York de l'entre deux guerres (et le seul à être mort sur la chaise électrique). Cette modeste série B est également le premier long-métrage à lui ouvrir les (grandes) portes du marché international en passant par Hollywood. Si par le passé le futur réalisateur de L'implacable ninja (2) avait déjà tâté de l'international en ouvrant ses castings à plusieurs acteurs européens (George Sanders dans La malle du Caire, Norman Wisdom dans What's Good for the Goose, ou Pierre Brasseur dans La fille de la mer morte), Lepke vise un marché bien plus large avec en haut de l'affiche une (ex-)star d'Hollywood, Tony Curtis, avec une coproduction étasunienne à la clef (3).

Louis Buchalter dit "Lepke" fut l'une des grandes figures du crime organisé des années 20 et 30. Golan de manière classique détaille les grandes étapes de la vie du chef mafieux appartenant à la Yiddish Connection, de son adolescence en préambule et ses premiers séjours carcéraux, de ses débuts dans la mafia à sa prospérité au sein du Syndicat du crime, puis finalement à sa chute et son exécution à la prison de Sing Sing. Le récit s'attache également en parallèle à la vie personnelle du truand incarné par Tony Curtis et en particulier à son idylle avec son grand amour Bernice Meyer (Anjanette Comer).

Cronico Ristretto : Dead Can Dance / Om / The Melvins


Sept ans après leur brève réunion le temps d'une tournée mondiale, la paire Lisa Gerard / Brendan Perry remet cette fois-ci le couvert avec un nouvel album après le très bon Spiritshaser, déjà vieux de seize ans (glurps). Au delà de l'émoi que pourrait conférer ce genre d’évènement (leur prochain concert au Grand Rex cet automne, le 27 septembre, est complet depuis quasiment la publication des dates), l'écoute des précédents albums solo des deux protagonistes tend malheureusement à relativiser la portée de la dite réunion. La diva world aurait-elle eu pitié de son ancien comparse après son pathétique Ark (2010) pour relancer le macchabée (tiroir-caisse), ainsi fut la première impression du cuistre préposé. Mauvais esprit ?

La servante (Hanyo) - Kim Ki-young (1960)

Restaurée par le Korean Film Archive et avec le soutien de la World Cinema Foundation de Martin Scorsese, Carlotta propose le mercredi 15 août la ressortie en numérique de La servante de Kim Ki-Young. Connu seulement en Occident par une frange d'initiés, Hanyo fut rangé originellement dans la case film de genre. Considéré désormais comme l'un des véritables classiques du cinéma d'auteur sud-coréen, ce long métrage réalisé en 1960 est à l'image de son auteur : indépendant, inédit, provocateur, en un mot un film choc, fondateur et influent, pour la génération des Park Chan-wook (Old Boy, Lady Vengeance) ou Bong Joon-ho (The Host).

Dong-sik, un père de famille, est professeur de musique [1] dans une usine pour femmes. Lui et sa famille emménagent dans une grande maison neuve. Afin de soulager son épouse, celle-ci travaillant à la machine à coudre pour subvenir aux nouveaux besoins familiaux, ce dernier engage une servante sur les recommandations d'une ouvrière à qui il donne des cours particuliers. La jeune femme simplette révèle rapidement un comportement ambigu. Elle espionne le père, avant de le séduire et d'entamer une relation adultère avec lui. Tombée enceinte, la servante n'est pas décidée à partager son amant avec quiconque...

Strange meeting III - Klimperei & Voxfazer (2012)

L'action se passe un jour de Noël. En 2010. Le préposé docteur reçoit une invitation originale de la part d'une vieille connaissance, le dénommé Voxfazer : chroniquer son futur album, en cours d'enregistrement à ce moment, en ayant une totale liberté de ton, ou l'acte signé d'un masochiste ignorant encore la portée véritable de ces quelques mots écrits à l'heure des bons vœux ? 

L'album se prénomme Strange meeting III, et est le fruit du duo Klimperei / Voxfazer. La paire séparée de 500 km communique depuis 2005 par divers échanges musicaux, puis décida après leur troisième rencontre (1) de travailler à un projet commun : un album.

De Klimperei, le préposé ne connaissait rien, ou très peu avant cet album. De Voxfazer, le préposé avait au fil des années patiemment noirci un dossier à charge (qui trouve aujourd'hui son utilité). Photographe et musicien autodidacte, monsieur Rezafxov poste depuis novembre 2010 sur son Audioblog ses diverses compositions et improvisations dont on retiendra en particulier ses illustrations sonores pour la revue D'ici là et sa tétralogie enregistrée à l'église de la Chapelle St Robert.

Live report : Christian Scott quartet au New Morning - Paris 21/07/2012

Le jazz n'est pas mort. Voilà c'est dit, pouf pouf. Et une formule facile, inutile et stérile (1), répétée à l'envie depuis... depuis combien de temps d'ailleurs ? Peu importe en fait tant la dite formule peut se greffer à n'importe quel genre musical (2) dès qu'un effet de mode ou un essoufflement (vérifié ou non) se fait sentir. Et donc ? Et bien, plus de cent ans d'existence et toujours aussi vert ce vieux jazz. Car si la jeunesse ne se compte pas aux poids des années, on aurait néanmoins tort de résumer cette musique à celle des (arrières) grand-pères de renom (venus jouer les cautions dans des festivals qui n'ont plus de jazz que de nom). Suffisamment alerte pour encore évoluer et muer ; ne méritant donc pas sa place au musée des traditions, en dépit des efforts de certains jazzmen, certes talentueux, mais juste bon à lustrer du vieux cuivre et à rappeler les fantômes du bop. En conclusion, oui il est encore frais et bien portant merci pour lui (merci pour nous). Et la preuve en est avec ce jeune musicien surdoué prénommé Christian Scott en provenance de La Nouvelle Orléans (CQFD) venu un soir de juillet à Paris présenter son ambitieux nouvel album Christian aTunde Adjuah (3) lors du festival « All Stars » du New Morning et sa stretch music.

Tyrannosaurus Azteca (Aztec Rex) - Brian Trenchard-Smith (2007)

Qui peut prétendre avoir tout vu en matière de bestiaire de troisième zone ? Cette interrogation peut faire sourire les lecteurs de passage, pourtant celle-ci n'a rien d'innocente tant l'imagination des industrieux du cinéma nous a prouvé par le passé une audace des plus « étonnantes » [1]. Or si les réelles surprises tendent à s'amenuiser au fil du temps, force est de constater que les rencontres improbables font encore le sel et les beaux jours des productions dites décalées. Faites réunir deux personnages historiques de haut rang appartenant à deux périodes distinctes, jouer de l'anachronisme et vous obtiendrez un met, certes, indigeste mais ô combien roboratif.  Soit à ma droite l'un des plus sinistres et célèbres conquistadors du XVIème siècle, Hernán Cortés, et à ma gauche la terreur du Crétacé, le dénommé Tyrannosaure Rex, de quoi titiller facilement une déviance qui n'en demandait pas tant, n'est-ce pas ?

En 1521, le capitaine Hernán Cortés à la tête d'une armée de conquistadors espagnols triompha de l'empire aztèque et conquit le Mexique. Cependant, oublié de l'histoire, voici le récit du tout premier voyage de Cortés vers ces terres hostiles, et du combat qu'il mena contre un ennemi sanguinaire et terrifiant... 

Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! - Michel Caputo (1979)

Faut-il être né à Rouen comme Pierre Corneille pour subir un tel outrage à la vision de la première comédie du pornocrate Michel Caputo Qu'il est joli garçon l'assassin de papa [1], ou la libre adaptation du Cid par le cinéaste du non moins fameux (?!) Embrochez-moi par les deux trous et par le producteur de La chatte sur un doigt brûlant [2] ? Réputez comme étant l'un des pires films que la comédie franchouillarde ait pu produire ces quarante dernières années, Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! [3], le long de ses 70 minutes, demeure, aujourd'hui encore, une agression perpétuelle pour la santé mentale de ses victimes consentantes. Un film dont le pouvoir de nuisance pourra évoquer par moment aux plus résistants les meilleures pages cinématographiques d'un Philippe Clair, mais n'allons pas trop vite... 

12 juillet 1083, l'Espagne est envahie par les Maures. La situation est grave. Le roi de Castille commence à maigrir. Ça lui fait des oreilles immenses sous sa casquette. On dirait des ailerons. Bref il a la trouille. Il s'est retranché dans son palais avec Rodrigue, le Cid, le héros, pour attendre les hordes de Moctadir. 
Pendant ce temps là, l'infante d'Espagne, qui a une araignée au plafond et de la surchauffe dans la crinoline tellement elle est amoureuse du Cid, se consacre à son sport favori qui consiste à réciter des vers dans le supermarché voisin...