Soul Power - Jeffrey Levy-Hinte (2009)

Trente cinq ans environ, soit presque une éternité, il aura fallu attendre pour enfin jouir du spectacle proposé en prélude au combat du siècle, le titanesque Rumble in the Jungle opposant Mohammed Ali contre George Forman, ou le fameux festival Zaire '74 qui a vu se côtoyer la crème de la musique noire américaine et celle de la musique africaine australe. Des préliminaires qui furent d'autant plus longs puisque les premières véritables images du show furent montrées lors du désormais culte When We Were Kings, sorti en 1996, retraçant les préparatifs du combat Ali/Forman en terre zaïroise. Douze années d'attente et d'espérance pour un résultat forcément marquant, un film retraçant intégralement ces trois jours de concerts. Retour sur une page historique de la musique (noire).

Avec le soutien des producteurs de When We Were Kings, Leon Gaste et David Sonenberg, en terminant le montage du documentaire, le réalisateur Jeffrey Levy-Hinte s'est attelé à la réalisation d'un nouveau documentaire Soul Power au vu des centaines d'heures de rushes de cette aventure humaine (ou résumer douze heures de concert en moins de quatre vingt-dix minutes). Comme le rappelle pertinemment le film, si le combat Rumble in the Jungle fut à l'initiative de Don King, le festival est l'œuvre du trompettiste sud-africain Hugh Masekela et du producteur étasunien Stewart Levine, ces derniers voulant réunir sur une même affiche la musique noire issue des deux continents. Un projet symboliquement fort où il s'agissait de montrer à la fois les préparatifs et l'organisation du festival, les interviews des musiciens et bien sûr des extraits de concert.

The Keeper – Keoni Waxman (2009)

A l'heure où des blogueurs émettent des paris quant à savoir quand un hypothétique revival musical nineties poindra son nez, il est bon pour le cinéphile déviant de se rappeler au bon souvenir d'un Casey Ryback, ou celui qui illumina de son empreinte la dite décennie par sa science du désossage d'épaule à main nue, le tout en cinq secondes, montre en main. Mais que reste t'il deux décennies après ? Steven Seagal enfile avec autant de maestria les navets direct-to-video que les kilos hyperflus depuis plus de dix ans (et s'interroger,  comment notre pugiliste au visage bouffi arrive encore à trouver des amateurs prêt à payer pour une dose d'action aussi molle du genou ?). Et la dernière production de Seagal en date, Le prix du sang (VO : Driven to Kill) ne risquait pas d'infirmer la trajectoire prise [1]. Dès lors, que pouvait-on attendre de The Keeper, nullement un sursaut d'orgueil, juste mesurer la taille et les dimensions de cette nouvelle perle potagère fraichement déterrée et cultivée avec amour par notre bon Steven.

Les sept morceaux qui tournent en ce moment II

Le DJ Duclock ne m'en voudra sans doute pas, son idée, non contente de m'avoir plu et d'avoir obtenu un retour réjouissant, va désormais revenir sous forme de leitmotiv au rythme d'un billet tous les deux mois environ.


Masque en Sole - John Zorn [2008]

Premier morceau qui ouvre le 21ème volume des Film Works de John Zorn scindé en deux parties, Belle de Nature accompagnement musical d'un film de Maria Beatty et Rijksmuseum pour le documentaire consacré à la rénovation du musée néerlandais du même nom. Pour Belle de Nature, Zorn compositeur a fait appel à des fidèles à savoir Marc Ribot à la guitare, Carol Emanuel à la harpe et Shanir Blumenkranz à la basse. Un trio magique pour une musique belle, inventive et émouvante... loin de la tenace réputation de terroriste sonore de Zorn.

Waiting for the sun - The Doors (1968)

Il est des albums que vous connaissez de nom, que vous croyez connaître plus ou moins, ou tout du moins que vous croyez connaitre, sa réputation d'album mineur faisant le reste... et au détour d'un hasard, d'une ruelle, d'une chronique sur un blog, vous décidez d'offrir une seconde chance à cet album trop longtemps oublié par vos soins. Ce fut le cas la première fois avec le Space Oddity de David Bowie [1], et de nouveau le cas avec cet album des Doors, Waiting For The Sun.

Comme c'est souvent le cas, les raccourcis et lieux communs n'ayant aucune raison valable de ne point être de sortie en préambule, on s'amusera sans coup férir d'apprendre que Waiting For The Sun n'est autre que le troisième album des géniteurs de The End, soit l'album attendu au tournant, de la maturité... et patati et patata. Et il faut admettre, ceci expliquant en partie le peu d'intérêt que cet album a pu octroyer au préposé à la chronique pendant plus de dix ans, les titres supposés marquants, appelés plus communément tubes par les marchands de yaourts, sont loin d'avoir la même aura que ceux des deux précédents albums.
 

Funky front covers III - Part 2

Comme promis, elles sont venues (un peu à la bourre je concède), elles sont toutes là. Qui donc? Mais les pochettes de la deuxième partie du Funky Front Covers III bien sûr. Une deuxième session plus sensuelle et évanescente où le charme le plus humide croise la fesse la plus ferme...


Kamaal the Abstract - Q-Tip (2009)

Quoi de mieux pour terminer l'année passée que... d'attirer l'attention sur un des albums oubliés de 2009. Au choix : une négligence ou une faute de goût. Réparons donc une injustice, tout en se drapant de cette suffisance que tout bon justicier à la chemise légère se doit de présenter en guise de faire-valoir, quand il s'agit de défendre un album négligé par la plèbe indie ou les classements de fin d'année proposés par quelques amateurs apparemment éclairés.

Q-Tip et sa formation A Tribe Called Quest, deux noms qui sonnent et résonnent encore dans la tête de nombreux trentenaires nostalgiques comme l'un des MCs et groupes de hip-hop les plus imaginatifs et aventureux qui marquèrent tant d'esprits durant la première moitié des 90's. Chantre d'un style, la Native Tongue, faisant certes peu d'émules, comparé aux enfants du gangsta ou du rap West-Coast mais qui ouvrit la voie aux non moins talentueux The Roots et autres artistes de hip-hop souhaitant se démarquer d'avantage des poncifs véhiculés par le genre au fil des années 90, et disons le tout de suite, artistes plus soucieux du fond que de la forme, proposant ainsi aux plus sceptiques et contradicteurs primaires une alternative crédible aux deux genres populaires cités plus haut.

Station to Station - David Bowie (1976)

Écrire la critique d'un de ses albums préférés est en général un exercice des plus périlleux, comprendre autant un art délicat qu'une acrobatie hasardeuse. Pour clore cette session finale du David Bowie Blog Tour 2009, le hasard aura encore joué un très joli tour au préposé, après le classique de 1977 Low, il eut droit de sortir du chapeau SON disque de David Bowie : Station to Station.

Comme l'a remontré ce judicieux Blog Tour, aussi bien pour les stagiaires en rock'n'roll attitude que pour les mécréants ne retenant comme passage à vide que l'après Scary Monsters, sa seigneurie David Jones a connu également un ventre mou au mitan des années 70. Dès 1973, après un album de reprises que l'on nommera poliment de dispensable et un dernier coup de collier glam rock synonyme de coup dans l'eau (tiède), Bowie traverse l'Atlantique pour débuter "sa période américaine" et enfin en terminer définitivement avec le style musical qui l'a porté aux nues. L'artiste protéiforme signe dès lors un nouveau virage et fait rare dans la musique, ce tournant ne coïncide pas avec la sortie d'un nouveau disque, fruit de nouvelles expériences studio, mais lors de la tournée promotionnelle à son nouvel album intitulé Diamond Dogs.
  

Funky front covers III

Pour terminer en apothéose cette sinistre année 2009, à l'heure où les cuistres vont de leur bilan comptable onaniste et en attendant une fin d'année qui me fera sans aucune mesure oublier les douze derniers mois passés, ouvrons un nouveau chapitre du désormais fameux (1) Funky front covers annuel ou en d'autres termes, remémorons-nous au bon souvenir des pochettes oubliées de la musique funk et disco des 70's et 80's. Un nouvel éclairage en somme pour des groupes et artistes qui à quelques exceptions près ne vivent que pour le regard déviant sinon lubrique de quelques collectionneurs avides de sensations... moites et phéromonées. En préambule, et en suivant les bons conseils de l'influent Jean-Pierre Morignard, cet article sera scindé en deux partie au vu du nombre de pochettes sexy présentées lors de cette nouvelle session.
 

subHuman - Recoil (2007)

Comme le faisait remarquer judicieusement un médecin de garde helvétique de la blogosphère, je cite: "le hip hop est issu du blues et de la soul, et pourtant rares auront été les tentatives de mêler ces genres musicaux". Et un constat sinon amer, en tout cas regrettable, qui s'applique finalement pour d'autres courants musicaux. "S'éloigner de ses racines, c'est un peu comme tuer son père" me confiait un verre de Muscadet à la main et le coude vissé au comptoir, un des nombreux piliers de bar que compte la même blogosphère d'obédience éthylo-rock'n'rollesque. "En musique, c'est presque vital de toute façon, [...], et encore, j'te cause pas des paternels qui te foutent la honte, mais seulement des jeunes qui veulent se démarquer de leurs glorieux ancêtres" lança t-il d'un geste de la main majestueux en guise de conclusion. Sur l'avant-dernier point, notre musicophile, certes bourru mais néanmoins généreux [1], avait loin d'avoir tort. C'est sans doute même l'un des points essentiels concernant l'un des sous-genres du rock de la première moitié des 70's à savoir le rock progressif. Si on doit au moins remercier ces monuments de finesse que sont Emerson, Lake & Palmer ou Yes, c'est bien d'avoir, non pas engendrés des générations de mélomanes eugénistes jouant les victimes au gré des sarcasmes de la plèbe rock, mais celui, d'avoir été l'une des causes de la réaction do it yourself par la génération punk et tous ses turbulents avatars. Bref, mettons de côté ces digressions futiles, et revenons à la première citation. A la question existe t-il des tentatives afin de faire marier cette fois-ci deux styles opposés, sans filiation aucune, à savoir le le blues et l'électro, subHuman de Recoil se pose en parfait exemple.
     

Sept morceaux qui tournent en ce moment

En attendant des nouvelles fraîches, et pour répondre à la requête de DJ Duclock, Sept morceaux qui tournent sur ma platine (et PC passe que hein bon quoi...)

Brazilia - John Coltrane (1965)

Tiré de l'album du mystique saxophoniste The John Coltrane Quartet Plays, album surtout connu pour sa reprise de Chim Chim Cheree issu de la bande originale de Mary Poppins. Album quelque peu minoré du fait d'être coincé entre les deux monstres que sont A Love Supreme et Ascension, mais qui reste un excellent album à la croisée des fulgurances coltraniennes et de ses précédents albums de jazz modal.


Etrange été - Alain Bashung (1989)

Bashung sort un manifeste new-wave intitulé Novice... en 1989, quelle drôle d'idée. Accompagné par un casting de luxe allant de Colin Newman de Wire à Blixa Bargeld d'Einstürzende Neubauten, Bashung compose son dernier album avec Boris Bergman et son premier avec son futur compagnon d'écriture Jean Fauque dont Etrange été est l'une des premières créations du duo. Album à la production certes datée mais à l'atmosphère lourde, tendue, noire.

Mutants - Amir Valinia (2008)

Comme me confiait il y a peu un admirateur dévot de Tom Waits sous couvert d'anonymat, il ne suffit pas d'avoir la voix ravagée d'un cancéreux se gargarisant au whisky frelaté pour prétendre avoir le talent de l'interprète de Blue Valentines. De la même manière, l'équilibre entre un mauvais film sympathique de faible niveau et un sinistre navet semble être ténu pour l'habitué des multiplexes errant tel un zombie dans les centres commerciaux en mal de blockbusters hypercaloriques. Combien de crapauds malodorants et autres princes miteux pour un charmant et noble souverain à l'apparence altière et aux poils brillants ? Voici donc l'art délicat auquel s'est tenu la fine équipe composée de Jodie Jones, Evan Scott et Sam Sullivan (troisième du nom faut-il le préciser) pour écrire ce petit nanar horrifique sans grande prétention (enfin j'espère pour eux et leurs héritiers...) intitulé Mutants sous la direction du non moins inconnu Amir Valinia.
  
Parmi les nombreuses recettes susceptibles de transformer une vulgaire plante potagère en un mets nanar de premier (ou second) choix, deux exemples caractérisent à merveille le film du jour : une idée de départ improbable, si foutraque qu'on en vient à émettre de sérieux doutes sur la santé mentale des trois protagonistes sus-cités, pimentée par une touche de glamour, tout du moins prestigieuse dans le cas présent, par le choix d'inviter un hôte de marque pour rehausser votre casting famélique, comprendre un acteur avec suffisamment de notoriété venu cachetonner sans vergogne, n'hésitant pas une minute à saigner à blanc un budget anémié qui n'en demandait pas tant.
 

Treasure Island - Keith Jarrett (1974)

Serait-il si dommageable, et pas seulement parce que cela vient de ma vile personne, de ne retenir aujourd’hui de Keith Jarrett que ses caprices de diva qui font la joie et le délice des festivaliers pétomanes ou autres bronchiteux ? [1]. Et quand bien même le pianiste s'est aussi taillé une reconnaissance mondiale justifiée comme improvisateur de premier rang à travers ses diverses prestations solos  [2], l'ancien sideman de Miles Davis, identifiable à sa moustache et sa coupe afro durant les années 70, vaut sinon mieux, tout du moins plus, que ce personnage chantre d'un classicisme (d'une préciosité ?) auquel il s'attache depuis presque vingt ans avec son trio attitré (Gary Peacock et Jack DeJohnette) sur les scènes du monde entier [3].

Durant un passage éclair chez Miles Davis au cours de l'année 1970 qui verra l'atrabilaire trompettiste jouer devant 600 000 personnes au festival de l'île de Wight, Jarrett s'essaie un temps à la fée électricité. Bref instant où la mémoire collective retiendra en premier lieu ses joutes sonores avec son compagnon de claviers et duelliste pour l’occasion Chick Corea sur Miles Davis at Fillmore, puis seul aux commandes sur le Live/Evil du même Davis [4]. Mais l’année suivant, l’ancien sideman du saxophoniste Charles Lloyd décide de revenir à ses premiers amours, le jazz acoustique (ce qui ne l’empêcha pas par exemple, et sans aucun doute par amitié pour le trompettiste Freddie Hubbard, enregistrer encore quelques disques avec un piano électrique comme sur Sky Dive en 1972 voire même en tant que leader sur Ruta and Daitya avec Jack DeJohnette la même année). 1971, année qui vit le label Atlantic se séparer de Jarrett, non sans se mordre les doigts bien des années plus tard… Jarrett signant en novembre de la même année sur le jeune et prometteur label munichois de Manfed Eicher, ECM. Collaboration fructueuse et riche puisque cette décennie verra Keith Jarrett mener à bien deux quartettes distincts, l'un profondément ancré dans la culture américaine et l’autre avec en son sein trois musiciens européens (soit Jan Garbarek, Palle Danielsson et Jon Christensen).

Ninth Moon Black - Ninth Moon Black (2008)

Pour ceux qui l'ignoraient encore (les bienheureux?), le préfixe post pour définir une musique [1] peut très bien s'accommoder à toutes les sauces... même les plus épicées. Et en matière de rock' n' roll [2], le punk fut sans doute le premier à avoir eut droit à ce sobriquet gentiment foutraque. Le post-punk ayant même la délicate attention de pousser du pied son ainé avant même que ce dernier n'eut le temps de pousser son dernier soupir [3]. Le début des hostilités ayant été sifflés, vinrent à la pelle comme on ramasse les feuilles mortes, le post-rock, le post-hardcore et certains poussant même le vice à créer l'étiquette post-grunge... Jamais avare à imaginer une nouvelle branche à son arbre déjà bien garni, le metal, sous la houlette des groupes précurseurs tels que les Melvins, Godflesh et surtout Neurosis, vit ainsi l'émergence courant 90's du post-metal, genre métallique faisant ainsi le lien entre le post-rock et le metal... tout en n'oubliant pas d'incorporer des influences aussi diverses que l'ambient, le drone, l'industriel ou le hardcore pour les plus gourmands/aventureux, avec comme figures tutélaires les précédemment cités Neurosis, Isis ou Pelican. Voici pour les présentations d'usage.

Crazy Life - Gino Vannelli (1973)

On a beaucoup glosé sur l'influence qu'a pu avoir la diaspora italo-sicilienne dans la musique, et cette propension à regarder tomber la neige, quand la demoiselle ne vient pas le soir. Pourtant, on aurait tort ô sinistre public français d'oublier l'un des plus bels étalons que la Botte transalpine ait offerte au continent nord-américain et au monde entier [1], le beau et fringant Gino Vannelli.

Découvert il y a peu par le préposé, le hasard faisant décidément bien les choses, notre chanteur à la crinière au vent fait étrangement partie des rares artistes anglophones mondialement connus, qui furent sacrifiés sur l'autel de la sacro-sainte diversité culturelle française. C'était également sans compter, faut-il le rappeler, le monopole, voire la vile OPA lancée par les chanteurs italo-belges sur notre belle contrée barrant ainsi sournoisement la route à un artiste au charme ravageur, dont le seul défaut aura été de chanter dans la langue de Barry Manilow.

Notre bellâtre canadien à la peau mat et chemise ouverte eut très tôt droit à une éducation musicale, le jeune Gino ayant grandi dans une famille où la musique tenait une place importante avec un père chanteur de jazz. Se forgeant ainsi une oreille au cours de son adolescence passant du jazz, à la pop en passant par le R&B et la musique classique, Vannelli s'octroyait une formation solide et un passeport pour une future carrière dans la chanson, comptant sur son éclectisme et sa fougue pour lui ouvrir les portes de la gloire.

Infinite Search - Miroslav Vitous (1969)

Hasard du calendrier, après des journées entières d'interrogation à se demander sur qui, sur quoi, le préposé pourrait bien divaguer, ce dernier s'est rappelé au bon souvenir de l'année 1969 et de la nouvelle révolution Davisienne qui lança l'éclosion d'une nouvelle génération de musiciens.

Et parmi ces jeunes qui firent leurs gammes durant les 60’s avant que leur popularité n'explose la décennie suivante [1], le jeune tchèque Miroslav Vitous reste comme l'un, sinon, LE bassiste prodige des jeunes années du jazz-rock de la fin des années 60 au début des années 70, au sein du Weather Report (avec comme autres chefs de fil le saxophoniste Wayne Shorter et le claviériste Joe Zawinul).

Hedwig and the Angry Inch - John Cameron Mitchell (2001)

Hedwig ou l'histoire du jeune garçon Hansel, dont la particularité n'est pas tant d'avoir été élevé de l'autre côté du mur de Berlin, celui où la Stasi s'encanaillait avec la passion clinique qu'on lui connait à s'intéresser à la vie des autres, mais aussi et surtout à écouter la musique pop en provenance de l'ouest, le tout... la tête dans un four (1). Hansel fait la connaissance du G.I. Luther Robinson, grand amateur de sucreries et de jeunes éphèbes (innocents). Mais avant de convoler en justes noces et permettre à Hansel de quitter cette morne plaine où les trabants fleurissent joyeusement, notre couple doit passer par la case chirurgie/boucherie plastique et faire ainsi de Hansel une femme... ou tout du moins s'en rapprocher. Meurtrie dans sa chair après cette opération ratée, la désormais prénommée Hedwig traverse l'Atlantique avec son yankee de mari, pour se terrer en plein... Kansas et apprendre le jour de son premier anniversaire de mariage que ce dernier la quitte pour un autre homme. Hedwig, seule, va dès lors surmonter ce coup du sort en formant un groupe de rock, the Angry Inch, référence à cette mutilation génitale héritée de son passé est-allemand. Un soir de concert dans une cafétéria de seconde zone, Hedwig fait la connaissance du timide Tommy Speck, jeune chrétien niaiseux (2) (comme le Kansas sait en produire fièrement depuis au moins deux siècles). Speck baptisé par Hedwig Tommy Gnosis, soit le futur phénomène du rock, et la future moitié (perdue) d'Hedwig...
 

...But Seriously - Phil Collins (1989) : ou la revanche de l'agent comptable

Je vois déjà mon lectorat s'interroger sur ma santé mentale. Depuis le temps que les signes l'annonçaient, il fallait s'en douter un jour où l'autre, le bon docteur a définitivement craqué (encore un effet secondaire malheureux dû au latex pourra toujours rétorquer Guic'). Certes, on a beau cultiver avec un plaisir non dissimulé un certain éclectisme en ce lieu où le plus innocent des fétichismes croise l'art du ninjutsu le plus échevelé, peut-on sérieusement tenter de manière aussi incontrôlée un tel dérapage? A sa décharge, le frankNfurter (1) est une espèce qui aime les défis et quand monsieur Sunalee lui a proposé de rédiger la chronique d'un album de l'homme qui tua les années 80 (2), il ne s'est pas fait prier... d'autant plus qu'il n'avait pas totalement le choix, de toute façon. C'était sans compter en effet sur le pouvoir de nuisance d'un sinistre et vil personnage qui erre sur ce blog depuis déjà bien trop longtemps, l'agent comptable. Et c'est ainsi, alors qu'il se faisait une joie d'être l'esclave d'une maîtresse tout de bottes vêtue, le bon docteur se vit devenir l'otage d'un quadragénaire bedonnant à moitié sourd (3) le forçant sans aucune hésitation, ni la moindre compassion, à co-écrire une chronique de l'album de Phil Collins, ...But Seriously.

Off the Bone - The Cramps (1983)

Je me dois de vous confesser une faiblesse qui est mienne, contrairement à ceux qui partagent ma condition [1], je n'ai jamais pris de plaisir à rôder dans le rayon lingerie d'un grand magasin. Et je prends à témoin mon lectorat, faut-il être rustre et grossier pour éprouver un quelconque plaisir à flâner prêt des cabines d'essayage, et espérer voir ses râles lourds de sens et autres respirations haletantes masqués par le frottement libertin de la dentelle contre la chair voluptueuse de ces dames innocemment dévêtues. Frustres sont ces hommes à la morale douteuse, car avouons-le, qui y-a-t-il de plus affriolant qu'une fine cheville mise en valeur par le cuir souple d'une bottine ? Mais je me dois de faire amende honorable, j'ai par mégarde induit en erreur des lectrices bien intentionnées car, point sectaire, je suis... et la bottine est loin d'être en vérité mon talon d'Achille. La bottine est à ce titre ce que le foulard est aux menottes, un palliatif, certes subtil et raffiné, mais celle-ci souffre de la comparaison avec celles que toute maîtresse se doit d'exhiber, symbole de son emprise et de sa grâce. Chaussures portant haut et fort cet ascendant tout naturel sur les hommes en mal de soumission et qui me conforte un peu plus chaque jour dans mon fétichisme, les bottes cavalières. Et quand bien même la rousse Poison Ivy est plus connue pour ses hauts talons, il n'empêche, le duo qu'elle formait avec son regretté mari Lux Interior, the Cramps, n'en reste pas moins l'un des meilleurs groupes de rock'n'roll chantres du fétichisme [2].

Time Fades Away - Neil Young (1973)

L'abandon, geste cruel n'est-ce pas? Et pourtant, en dépit de joyeux moments passés ensemble, quelques personnes sans scrupules n'hésitent pas à se rendre coupable d'une telle lâcheté. Certes, ces individus à la morale légère ont toujours une excuse valable, "tu as toujours été bon et loyal avec moi, mais six années, c'est la fin d'un cycle, vois-tu", "et puis, je ne t'abandonne pas, je t'offre une nouvelle vie chez un nouveau propriétaire" ou pire " non mais ça ne vient pas de toi, c'est de ma faute...". Mais au fond, on sait pertinemment que si elle se sépare de nous c'est parce qu'on lui fait honte. Alors on se persuade qu'il vaut mieux effectivement quitter ce cocon, où les bons souvenirs sont légions, en sachant qu'on sera prochainement remplacé par plus jeune que nous. Partir avant de s'entendre dire une horreur du genre: "de toute façon, c'est fini entre nous, t'es trop gros et tu pues le vieux". Pour ne pas tout gâcher, on tente de profiter au maximum de ces quelques jours avec celle qui partagea notre existence durant ces six belles et heureuses années, se souvenir lorsqu'elle se blottissait contre nous et se languissait à nos côtés. Puis on espère au plus profond de notre mousse en polyuréthane, que cette vaine chimère de finir ces jours chez un étranger ne va pas se conclure honteusement par un misérable et pitoyable ramassage par ces sinistres encombrants. Car toi qui me lis, sache que la vie d'un canapé-lit n'est pas si facile.

Godflesh [EP] (1988): Industrial metal - year zero

Birmingham, ville de contrastes musicaux. Cité originelle de Black Sabbath, de Duran Duran, Steel Pulse ou de Napalm Death. Prenez ces derniers. Une bande de gamins désœuvrés, sevrés à l'anarcho-punk qui vont sinon révolutionner le punk, en tout cas pousser le crust dans ses derniers retranchements à savoir le grindcore. Parmi les nombreux musiciens qui graviteront autour de cette jeune formation durant les 80's, retenons trois noms : le guitariste Justin Broadrick, Nic Bullen et le batteur Mick Harris. Trois musiciens qui ont la particularité d'avoir débuté dans le premier groupe de grindcore et qui s'en détacheront pour aller former (paradoxalement ?) les deux fers de lance du metal industriel britannique : Godflesh (avec Broadrick) et Scorn (avec Harris et Bullen).
 
Après avoir rejoint Napalm Death à la demande de son ami Bullen, et enregistré la première face du désormais historique Scum, acte fondateur du grindcore, Justin Broadrick quitte le groupe pour rejoindre Head of David en qualité de batteur. Broadrick, ayant fait le tour pour sa part de ce punk extrême, cherche en effet à la fois à ralentir la cadence, et à se rapprocher davantage du noise-rock et des précurseurs de la musique industrielle. Enfin après l'arrêt de Head of David en 1988, il reforme Fall of Because (tiré du titre d'une chanson de Killing Joke) avec son membre fondateur, le bassiste G. C. Green, duo qui changera le nom du groupe pour s'appeler désormais Godflesh.