Blue-Jean Cop - James Glickenhaus (1988)

Comme l'avait indiqué dans un épisode précédent, le préposé à la chronique, le cinquième film du réalisateur James Glickenhaus, Shakedown, connu en France et à l'international sous le nom de Blue Jean Cop, sort en Blu-ray et DVD le 6 juillet prochain, dans le cadre de la Midnight Collection éditée par Carlotta. Un long métrage en forme de retour aux sources en quelque sorte pour ce metteur en scène originaire de New-York où, huit années après The Exterminator, Glickenhaus retrouvait la jungle urbaine de la Big Apple, après un précédent détour à Hong-Kong dans The Protector (1985) avec Jackie Chan [1].

Avocat au barreau de New-York, Roland Dalton (Peter Weller) prend la défense du dealer Michael Jones (Richard Brooks), accusé du meurtre de l'officier de police Patrick O'Leary. Au cours de son enquête, Dalton découvre avec l'aide du policier Richie Marks (Sam Elliott) que la version de son client, acte de légitime défense face à un officier en civil qui cherchait à le racketter, est corroborée par l'existence d'un réseau de corruption au sein des forces de l'ordre. Alors qu'il s'agit de sa dernière affaire pour l'aide judiciaire, avant de rejoindre Wall Street au côté de son futur beau-père, Dalton réalise que le nouveau procureur en charge du dossier n'est autre que Susan Cantrell (Patricia Charbonneau), son ex-compagne...

The Exterminator (Le droit de tuer) - James Glickenhaus (1980)

Davantage associé au cinéma d'auteur dit de patrimoine, ce qui ne les empêche nullement à l'occasion de soutenir et distribuer dans les salles des films récents (Alleluia de Fabrice du Welz ou Mad Love in New York des frères Josh et Benny Safdie), Carlotta Films étoffe désormais son catalogue en initiant cette année une nouvelle série intitulée Midnight Collection, qui ravira les amateurs de cinéma d'exploitation. Référence évidente aux fameux Midnight movies des séances de minuit new-yorkaises où se rassemblaient une faune hétéroclite de cinéphiles venus se délecter de séries B (et autres films en marge), cette collection se remémore au bon souvenir du glorieux temps de la VHS avec la sortie d'une première vague de films au format DVD et Blu-ray le 6 juillet prochain, comprenant The Exterminator et Blue Jean Cop de James Glickenhaus, Maniac Cop de William Lustig et Le scorpion rouge de Joseph Zito, avant une seconde vague le 24 août avec une spéciale Frank Henenlotter à travers sa trilogie Basket Case et son Frankenhooker.

Auteur d'un premier film au mitan des années 70 The Astrologer, avant de quitter le cinéma pour le monde de la finance vingt ans plus tard, le metteur en scène étasunien James Glickenhaus apparaît être le fil conducteur de cette Midnight Collection. Réalisateur des deux films précités, ce dernier fut également producteur de quatre autres longs métrages de la dite collection dont les deux séquelles de Frank Henenlotter [1].

Panique à Needle Park - Jerry Schatzberg (1971)

Après un premier coffret consacré au Body Double de Brian De Palma, puis un deuxième dédié à L'Année du dragon de Michael Cimino en mars dernier, Carlotta poursuit sa remarquable collection ultra Collector avec, cette fois-ci, le deuxième film de Jerry Schatzberg, Panique à Needle Park, film qui propulsa la carrière de son jeune acteur principal, Al Pacino [1], et offrit à sa partenaire, Kitty Winn, le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1971. Un classique disponible le 22 juin prochain en version restaurée, supervisée et approuvée par le metteur en scène.

New-York, Helen (Kitty Winn) vient de subir un avortement clandestin. Dans l'appartement de son petit ami Marco (Raul Julia), elle fait la rencontre de Bobby (Al Pacino). Victime d'hémorragies, Helen est hospitalisée, où elle reçoit la visite surprise de Bobby, qui l'attendra peu après à sa sortie. Ils passent un après-midi ensemble dans les rues de New-York, c'est le coup de foudre. Bobby lui propose de s'installer avec lui non loin de la 72ème rue et de Broadway, près de Sherman Square, lieu de rencontre interlope des toxicomanes et dealers new-yorkais baptisé Needle Park. Helen y découvre la vie de son compagnon, accro à l'héroïne depuis de longues années, un quotidien fait de rapines, d'addictions, et de panique, quand l'héroïne vient à manquer.
   

Live report : Bongripper + Suma + Ghold - Glazart, Paris, 30 mai 2016

Pour paraphraser Pierre Desproges, « Tout dans la vie est une affaire de choix ». Or un dilemme cornélien s'offrait au préposé docteur à la chronique le 30 mai sur Paris : le concert des chicagoans Bongripper, ou bien celui des montréalais Sunns dans le cadre du festival Villette Sonique. Les papes du doom instrumental ayant dégainé les plus vites, l'issue était prévisible, ce qui n'empêcha nullement une pointe d'amertume et une légère déception face à cette prise de décision arbitraire : préférer une formation n'ayant jamais posé auparavant un pied sur le sol français, au détriment des géniteurs de Hold-Still ou l'un des albums marquants de l'année 2016. Fort heureusement cette soirée au Glazart du 30 mai allait faire oublier cette mésaventure (1).

Apparu au mitan des années 2000 à Chicago, Bongripper (clin d'œil décalée au Dopesmoker de Sleep) sont devenus au fil du temps une référence en matière de metal lourd dans le milieu underground. En 2010, les quatre musiciens gagnent en popularité après la sortie de leur cinquième album, le très remarqué Satan Worshipping Doom (chroniqué par nos soins à l'époque ici), soit la synthèse de leur doom dronien avec un black metal originel. Mieux, le disque leur ouvre enfin les portes de l'Europe en étant à l'affiche pour deux concerts au festival néerlandais Roadburn du 14 au 15 avril 2012, où fut joué le premier jour l'intégralité de SWD, avant de retraverser l'Atlantique l'année suivante pour leur première tournée sur le seul sol britannique. Quatre ans plus tard, une éternité pour un groupe qui enregistra pas moins de quatre albums entre 2006 et 2008 (2), Bongripper sort en juillet leur dernier album en date, Miserable, confirmant autant leur statut culte que la quintessence de leur art doom (avec en sus un nouveau passage au Roadburn en 2015 pour deux dates et l'intégralité de Miserable). 2016, Bongripper débute dix ans après leur début sa première et véritable tournée européenne, huit dates passant par la France, la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas et enfin la Grande-Bretagne, du 29 mai à Nantes au 5 juin à Manchester.
           

Kamasi Washington à la Cité de la Musique, Villette Sonique, Paris, 1er juin 2016

Dans le cadre de l'édition 2016 de Villette Sonique, le saxophoniste étasunien Kamasi Washington venait conclure le festival parisien par un concert des plus attendus à la Cité de la Musique. Annoncé complet quelque temps avant le jour J, la venue du jazzman d'Inglewood, avortée une première fois suite aux attentats du 13 novembre (1), draina comme on pouvait s'en douter une foule nombreuse et hétéroclite, alléchée par la musique de ce disciple et nouvel ambassadeur de la Great Black Music. Révélation jazz de l'année passée, Washington fut l'auteur d'un monumental album solo, The Epic, triple disque sorti chez Brainfeeder Records, le label de Flying Lotus (alias Steven Ellison - neveu d'Alice Coltrane), dont Washington collabora sur son remarqué You're Dead ! en 2014. Fruit d'une monstrueuse session d'un mois avec les membres du collectif West Coast Get Down, The Epic allait enfin rayer d'un trait toutes ces années de frustration, limité au seul rôle de sideman et collaborateur de luxe (2), pour mieux permettre à l'ancien saxophoniste des Young Jazz Giants de prendre définitivement et durablement son envol. 

 
 

Mike and the Melvins - Three Men and a Baby (2016)

En attendant Basses Loaded, le « nouvel » album des Melvins [1] qui devrait poindre désormais rapidement, soit le 3 juin prochain, toujours chez Ipecac Recordings, Buzz Osborne and co et le label Sub Pop se sont rappelés au bon souvenir d'un autre album, longtemps inachevé, débuté à la fin du siècle dernier, et finalisé l'année dernière : Three Men and a Baby. Un disque qui tend à confirmer, dans ce cas, l'adage populaire « mieux vaut tard que jamais ». Rappel des faits de ce nouveau retour vers le passé [2].

1999, orphelin de son groupe godheadSilo depuis la blessure de son batteur Dan Haugh l'année précédente, le bassiste Mike Kunka suit les Melvins en tournée, avant d'enregistrer avec King Buzzo et Dale Crover, accompagnés de leur nouveau bassiste Kevin Rutmanis [3], l'essentiel de ce qui adviendra l'album Three Men and a Baby. Mises en sommeil durant seize longues années, les bandes enregistrées à l'époque par Tim Green (producteur de la trilogie à suivre The Maggot/The Bootlicker/The Crybaby), ressortent des tiroirs, tandis que les musiciens retournent en studio, sous la houlette cette fois-ci de Toshi Kasai (guitariste de Big Business - on ne soulignera jamais assez l'aspect familial chez les Melvins), pour boucler ce qui aurait pu s'apparenter à un album maudit.

Zone Troopers - Danny Bilson (1985)

Réalisateur, producteur et propriétaire de la société Empire Pictures, Charles Band est à l'initiative de nombreux films fantastiques indépendants depuis le mitan des années 70, dont le mésestimé Laserblast qui fut l'une de ses premières productions en 1978. En marge des majors, Band est ainsi devenu au fil du temps l'une des figures marquantes du cinéma d'exploitation étasunien de par la quantité de films produits [1]. Rapidement catalogué, non sans raison, grand maître du film fauché nazebroque (au hasard sa production Parasite avec la débutante Demi Moore en 1982), l'homme quitta, momentanément, la fange au milieu des années 80 à la fois par sa réalisation Trancers (a.k.a. Future Cop) en 1984 avec la jeune Helen Hunt, et par le non moins fameux From beyond: Aux portes de l'au-delà de Stuart Gordon qu'il produisit en 1986, sans néanmoins remettre en cause sa frénésie productive (pas moins de onze longs métrages produits en 1986 et en 1987) et la nature nanar des films produits (officiellement ou non) sous la bannière Empire Pictures. Dans ce contexte, 1985 apparait comme une année charnière, tant par le nombre limité de sortie, que par le film qui nous intéresse : Zone Troopers. Entre deux mutations et autres sauvages aventures, Charles Band et Danny Bilson, qui signait ici son premier long métrage après avoir été assistant et scénariste pour plusieurs productions Empire Pictures, sortirent des sentiers battus d'Empire en rendant cette fois-ci un hommage appuyé à la Science-Fiction des années 30-40.

1944, quelque part en Italie. Un sergent (Tim Thomerson) et sa patrouille sont coincés derrière les lignes ennemies. Tandis que le caporal Mittens (Art La Fleur) et le correspondant de guerre Dolan (Biff Manard) se font capturer par les nazis, le sergent et le soldat Joey (Timothy Van Patten) découvrent un vaisseau spatial qui s'est écrasé près d'un bois. Or les nazis, dont Hitler en personne, sont également à la recherche de la navette et de ses occupants...
   

Live report : Pelican + Wiegedood - La Maroquinerie, Paris, 5 mai 2016

Trois années après leur passage parisien, (déjà) à La maroquinerie pour la sortie de leur dernier album, Forever Becoming, et au lendemain de leur concert à Tourcoing au Grand Mix, le groupe Pelican était de retour à la capitale. Figure tutélaire du genre post-metal depuis leur premier EP au début du millénaire, les quatre musiciens de l'Illinois ont débuté depuis le 28 avril dernier une mini-tournée européenne printanière qui se conclura le 13 mai prochain, en attendant un jour prochain (1) un nouvel album (le dernier enregistrement studio en date fut l'EP The Cliff en 2015, suivi en mars dernier par leur second live officiel Live at The Empty Bottle December 15, 2015 disponible gratuitement sur leur site bandcamp (2)).

Surprise de la programmation, à ceux mal informés qui pensaient devoir patienter (et ronger leur frein) devant un clone d'Isis ou Neurosis, en première partie du concert, la stupéfaction fut totale avec la présence de Wiegedood. Formation flamande de black metal en provenance de Gant, et auteur d'un premier album, De Doden Hebben Het Goed, sorti l'année dernière (en écoute également sur bandcamp), le groupe tire son patronyme néerlandophone du syndrome de la mort subite du nourrisson. Ambiance garantie. Bien en place, les trois musiciens livrèrent une prestation massive à l'image des longues compositions de leur répertoire (dix minutes de moyenne), alternant passage atmosphérique et brutalité old school des plus directes. A suivre.
  

Cronico Ristretto : The Hope Six Demolition Projet - PJ Harvey (2016)

Cinq ans après le primé Let England Shake [1], voici donc le retour de Polly Jean Harvey avec The Hope Six Demolition Projet, sorti le 15 avril dernier. Auteure durant quinze ans de disques rock intransigeants, la petite anglaise du Dorset qui avait débarquée en 1992 avec le revêche et déjà acclamé Dry, est devenue au mitan de la décennie 90's grande prêtresse de l'indie après son tonitruant troisième album, To Bring You My Love. D'albums en albums, la dame a ainsi creusé son sillon rock avant, il y a déjà presque une décennie, l'introspectif et poignant White Chalk. Radical, ce disque devenu charnière avec le temps allait prouver, ce The Hope Six Demolition Projet n'y dérogeant nullement, qu'il y aurait (désormais) un avant et un après White Chalk dans la discographie de miss Harvey.
      
Pour ce neuvième album, PJ Harvey s'est nourrie de ses divers périples entre 2011 et 2014 à travers le globe, accompagnée du photographe Seamus Murphy, rencontré lors du précédent disque et en charge des photographies promotionnelles [2]. De ses destinations vers le Kosovo, l'Afghanistan ou la banlieue de Washington D.C., les paroles de THSDP [3] ont pris la forme d'un journal de bord, poursuivant comme on pouvait le supposer, la précédente veine politique de LES.

Live report : Tindersticks - Théâtre des Bouffes du Nord, Paris, 20 avril 2016

Du mardi 19 au jeudi 21 avril, les Tindersticks faisaient escale à Paris au théâtre des Bouffes du Nord, dans le cadre de leur tournée européenne (1) en soutien à leur dixième album, The Waiting Room, sorti le 22 janvier dernier. Salué par la critique internationale, le nouveau disque avait, avouons-le, quelque peu déçu le préposé lors des premières écoutes ; quitte à le laisser de côté, en attendant le concert du 20 avril, et ainsi pouvoir le réévaluer dans de meilleures conditions. A la sortie de la salle inscrite au monument historique, le constat était sans appel, The Waiting Room méritait bien une seconde chance. Mais n'allons pas trop vite, comme le veut l'adage...

De leur collaboration avec la réalisatrice Claire Denis, depuis le long métrage Nénette et Boni en 1996, pour lequel les Tindersticks signèrent la musique (tirée majoritairement de leur second album éponyme), le cinéma aura très souvent inspiré ces gentlemen du rock, nombre de leurs chansons pouvant à juste titre est considéré comme la bande originale d'un film imaginaire. De ce constat, il n'est dès lors pas étonnant d'apprendre que le groupe, pour ce Waiting Room, fut à l'initiative d'un projet en collaboration avec le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand : proposer pour chaque titre de l'album un film mis en scène par un réalisateur différent (2). Mieux, ce Waiting Room Film Project qui n'avait nulle vocation à jouer bassement les utilitaires promotionnelles, allait offrir une immersion inédite en tant qu'élément scénique.
 

La plage sanglante (Blood Beach) - Jeffrey Bloom (1980)

Continuons notre périlleux voyage vers cette contrée peuplée de films d'horreur oubliés (et fauchés) avec, cette fois-ci, cette Plage sanglante signée par le dénommé Jeffrey Bloom. Sortie en DVD en 2012 aux États-Unis [1], Blood beach dans sa version originale marche, on l'aura vite deviné, dans le sillage du succès des Dents de la mer de Steven Spielberg au mitan des années 70, et sa cohorte de contrefaçons plus ou moins improbables dont les abracadabrantesques productions italiennes de l'ami Ovidio Assonitis (Tentacules, Piranha 2 - Les tueurs volants). Enfin, de cette catégorie de films dont l'affiche promet davantage que son contenu, La plage sanglante aura néanmoins, à défaut de passer à la postérité, su trouver malgré elle une certaine immortalité en apparaissant (certes subrepticement) dans le Blow Out de Brian de Palma [2]. Mais n'allons pas trop vite.

Californie, Santa Monica. Lors de sa baignade matinale, Harry Caulder (David Huffman) est témoin de la disparition de son amie Ruth Hutton (Harriet Medin), littéralement happée par le sable de la plage, sous les yeux impuissants de son compagnon à quatre pattes. Or, chargés de l'enquête, le lieutenant Piantadosi (Otis Young) et le sergent Royko (Burt Young) n'ont pas le moindre début de piste en absence de cadavre. Tandis que les cas d'agression, de mutilation et de disparition s'accumulent, les médias baptisant le lieu désormais de "plage sanglante", Harry et la fille de Ruth, Catherine (Marianna Hill), décident de découvrir l'origine de ce mystère face à l'impuissance de la police.
   

Cronico Ristretto : Hold/Still - Suuns (2016)

Écrivons-le sans ambages et autres circonlocutions, le troisième album des montréalais Sunns [1], Hold/Still, qui sort ce 15 avril, s'inscrit dès à présent comme un des albums de l'année 2016. C'est dit. Et c'est un peu court. Alors développons.

Formé il y a presque une décennie, en 2007, par la paire originelle, les guitaristes Ben Shemie et Joe Yarmush, avant de s'adjoindre les services d'un batteur Liam O'Neill et d'un bassiste/claviériste Max Henry, Suuns revient aux affaires courantes en 2016, après leur précédente collaboration avec Radwan Ghazi Moumneh alias Jerusalem in My Heart l'année dernière. Et quelles affaires. Sombre. Froid. Dissonant. Mécanique. Présenté avant sa sortie comme le croisement réussi entre le minimalisme pervers des pionniers Throbbing Gristle et la radicalité pop du Kid A de Radiohead, Hold/Still avait de quoi sur le papier attirer l'attention du préposé docteur. Mais n'allons pas trop vite.
  

Live report : Overkill - Trabendo, Paris, 3 avril 2016

Deux jours après leur venue en territoire lyonnais, ouvrant le début de leur mini-tournée européenne printanière (1), le groupe de thrash culte du New Jersey, Overkill, débarquait au Trabendo ce dimanche 3 avril. En attendant la sortie de leur dix-huitième album en octobre prochain (acté au 28 sur le label Nuclear Blast), le groupe profite de ces quatorze dates pour faire le plein de vibrations scéniques avant d'entrer en studio le mois suivant.

Leur précédent effort, White Devil Armory (2014), avait confirmé au besoin l'état de forme du groupe, souvent nommé à raison le Motörhead du thrash metal : inusable, infatigable, à l'image de la paire originelle formée du chanteur Bobby "Blitz" Ellsworth et du bassiste D.D. Verni. Fidèle à leurs influences punk/hardcore et heavy metal, la formation n'a ainsi jamais dévié d'un iota de leur ligne thrash initiale, que ce soit au gré des divers changements de guitaristes et batteurs (dont le fracassant départ du guitariste Bobby Gustafson en 1990) ou des diverses modes musicales du moment. Sortant à un rythme régulier un album quasiment tous les deux ans depuis le séminal Feel the Fire en 1985, si Overkill n'a jamais eu sa place auprès des grands noms du Big Four, ces artisans du thrash n'ont cependant jamais démérité au cours des 35 ans d'existence du groupe, signant au passage quelques disques que tout bon thrasher se doit de connaitre et d'apprécier (au hasard la triplette des jeunes années Under the Influence (1988) / The Years of Decay (1989) / Horrorscope (1991)).
          

Death Spa - Michael Fischa (1989)

Dans la série film d'horreur 80's oublié, dont on ne sait pour quelles raisons un éditeur fou (MPI / Gorgon Video pour ne pas le nommer) a décidé un jour de 2014 de sortir la chose en DVD et Blu-Ray [1], Death Spa s'impose de nos jours comme un modèle du genre à (re)découvrir. Rare long métrage dont l'action se déroule dans un club de remise en forme, Death Spa s'éloigne de son glorieux (?) aîné Perfect (1985), avec John Travolta et Jamie Lee Curtis, jadis flingué par la critique et boudé par le public, pour mieux aborder comme il se doit, un autre thème à la mode durant les années 80, celui du mystérieux tueur psychotique, ou l'union audacieuse du sang et de la sueur dans un lieu propice à toutes les promiscuités (hum...), à l'instar de son proche cousin Killer Workout (a.k.a Aerobicide) de feu David A. Prior (Ultime combat) qui mettait en scène la vengeance meurtrière d'une dénommée Rhonda dans un salon de bronzage, suite à la mort par brulure de sa chère jumelle. Mais différence notable, le récit de Death Spa lorgne davantage vers le fantastique...

Le Starbody Health Spa, géré par Michael Evans (William Bumiller), est le lieu depuis peu d'étranges accidents dont sont victimes les clientes de ce club de remise en forme high-tech, la première d'une longue liste étant son actuelle petite amie, Laura Danders (Brenda Bakke), brûlée par des vapeurs toxiques dans le spa. Club entièrement informatisé par le beau-frère de Michael, David Avery (Merritt Butrick) est vite suspecté par la police comme le présumé coupable de ce supposé accident, qui sera lui-même rapidement suivi par le sabotage du plongeoir de la piscine. Car David a en effet un mobile, il ne s'est jamais remis du suicide de sa sœur, alors mariée à Michael. Or le soir du premier incident, David soutient aux enquêteurs qu'il était chez lui...

Post Pop Depression - Iggy Pop (2016)

Autofinancé et enregistré dans le secret, Post Pop Depression, sorti le 18 mars dernier, serait selon les dires de son auteur son album final. Dont acte. L'avenir nous dira s'il s'agit d'une nouvelle pirouette de la part de cet iguane, grand habitué des retournements de situation (opportuniste ou non). Présenté dans la presse comme l'un, sinon le dernier des mohicans rock (sic), depuis la disparition quasi concomitante de Lemmy Kilmister et de David Bowie (dixit les propos de Josh Homme), Iggy Pop a décidé avec le leader des Queens of the Stone Age de rendre un hommage appuyé à ses années berlinoises. Un coup dans le rétroviseur loin d'être inattendu, dans le prolongement d'une trajectoire prise par le chanteur des Stooges depuis plus d'une décennie. Mais n'allons pas trop vite.

Rappel des faits et retour vers l'année 2003. Sympathique, quoique survendu, Skull Ring est paradoxalement un album charnière derrière ses divers oripeaux tapageurs (et ses nombreuses collaborations plus ou moins prestigieuses ou bankables, de son actuel backing band The Trolls, à Green Day en passant par Peaches et Sum 41). Plus intriguant, le disque fait suite à ses divers échecs commerciaux, après le très moyen mais lucratif Brick by Brick (1990) et le solide American Caesar (1993) qui lui ouvre les portes de l'auditoire grunge [1]. Plan calculé par son label ou par lui-même, qu'importe, le fourre-tout Skull Ring permet à Pop une nouvelle couverture médiatique idéale pour le retour inespéré des Stooges et de la fratrie Asheton (quatre chansons dont le titre éponyme leur sont créditées).
   

Kikobook - Gérard Kikoïne (2016)

Livre de souvenirs d'une époque à jamais révolue, quand la liberté sexuelle post-soixante-huit ouvrit la voie à l'âge d'or du cinéma pornographique français, le Kikobook de Gérard Kikoïne poursuit avec humour, et un brin de nostalgie, la précédente et glorieuse entreprise compilatoire menée par Christophe Bier et son indispensable Dictionnaire des longs métrages français pornographiques et érotiques en 16 et 35 mm. Petit rappel des faits. Acteur et spectateur privilégié « des dessus et des dessous » de cette période dorée, Gérard Kikoïne, « Kiko » pour les intimes, lançait début mars 2015 son projet culte sur la plate-forme de financement participatif Ulule, afin de pouvoir payer l'impression des premiers exemplaires. Près d'une année passée, le réalisateur de Parties fines sortait le jour de la Saint Valentin, son tant attendu « livre d'Amour » de ses « films d'Amour » aux Éditions de l'œil.

Livre appelé à devenir, n'en doutons pas, un précieux témoignage des débuts hexagonaux du genre, le Kikobook est autant, donc, un livre de souvenirs personnels où se croisent nombre de joyeuses anecdotes, qu'un inventaire des secrets de production et de réalisation des films signés Kiko durant sa brève carrière dans le X entre 1977 et 1982. Richement doté d'une collection de photographies de tournage parcourant ces six années, dont plus d'une cinquantaine in-situ inédites, celles-ci apportent, en sus des divers confidences qui closent le Kikobook, un regard éclairant sur cet artisanat (disparu) de la fesse (rieuse) sur pellicule, dont Kikoïne fut l'un des dignes représentants. Culte on vous a dit. Mais n'allons pas trop vite.

L'année du Dragon - Michael Cimino (1985)

Dans le cadre de leur nouvelle collection des coffrets Ultra Collector [1], et après la version intégrale du précédent long métrage de Michael Cimino, La porte du Paradis, Carlotta poursuit son hommage au réalisateur new-yorkais avec la sortie en version restaurée de son quatrième film, L'année du dragon, le 9 mars 2016 [2]. Cinq ans après son controversé western révisionniste, le cinéaste retourne aux affaires, avec l'aide du producteur italien Dino De Laurentiis. Or loin d'être assagi, Cimino délivre, sous la forme d'un polar situé en plein cœur du Chinatown new-yorkais, une nouvelle « métaphore des États-Unis », ou le dernier volet, du propre aveu du réalisateur, d'une trilogie initiée sept ans plus tôt avec Voyage au bout de l'enfer [3].

Vétéran du Vietnam, le capitaine Stanley White (Mickey Rourke) est muté dans le quartier de Chinatown à New-York, suite à l'assassinat de Jackie Wong, représentant de la communauté chinoise, et feu à la tête d'une Triade secrète. Déterminé, revanchard et traumatisé par l'échec américain au Vietnam, l'officier de police part en guerre contre la corruption et le crime organisé, malgré les mises en garde de ses supérieurs hiérarchiques, dont son ami Louis Bukowski (Raymond J. Barry), qui nient l'existence d'une telle organisation au sein de Chinatown. Désormais parti en croisade, brisant la fragile trêve qui existait entre les Triades et les forces de l'ordre, et tandis que la guerre des gangs fait rage dans le quartier, Stanley White met tout en œuvre pour faire tomber Joey Tai (John Lone), le nouveau chef de la mafia chinoise.

Cronico Ristretto : ATGCLVLSSCAP - Ulver (2016)

Douzième album d'Ulver, ATGCLVLSSCAP [1], sorti le 22 janvier dernier sur le label britannique House of Mythology, imprime une fois encore la direction prise par la formation norvégienne depuis 1998 et un certain Themes For William Blake – The Marriage Of Heaven And Hell, disque de Pandore qui avait vu cette ancienne formation de black metal (et leur brutal Aatte hymne til ulven i manden qui clôtura magistralement leur trilogie black une année plus tôt) s'émanciper et quitter son style originel pour naviguer désormais dans des eaux plus électroniques et expérimentales. Après leur précédente collaboration avec Sunn O))) ou leur messe avec l'orchestre de Tromsø, Ulver livre ici sans doute son album le plus ambitieux depuis Perdition City (2001). Sombre. Psychédélique. Progressif. Atmosphérique. Minimaliste. Hypnotique. Ambient. Labyrinthique. Les qualificatifs ne manquent pas tant ce disque de 80 minutes, principalement instrumental, multiplie les facettes, confirmant au besoin la place unique qu'à Ulver dans le paysage musical depuis deux décennies.

Fruit d'improvisations et de relectures captées lors d'une tournée européenne d'une douzaine de dates en février 2014, ATGCLVLSSCAP visait dès son origine à intégrer autant les expérimentations et improvisations que l'énergie et la spontanéité du live. Monté dans un premier temps chez Daniel O' Sullivan, membre d'Ulver depuis l'album Wars of the Roses (2011), le bassiste anglais fut en charge de « sculpter » ses heures d'enregistrements, avant que le reste du groupe, le batteur Anders Møller, le chanteur et leader Kristoffer Rygg et le claviériste Tore Ylwizaker (responsable de la mue électro de 1998) ne soit impliqué plus tard en studio à Oslo.

Cronico Ristretto : Dying Surfer Meets His Maker - All Them Witches (2015)

Jeune formation en provenance de Nashville, All Them Witches aura été sans nul doute l'une des révélations stoner de l'année passée (leur concert parisien le 8 mars prochain à La mécanique ondulatoire est annoncé complet depuis plusieurs semaines [1]). Auteurs d'un troisième album confirmant les espoirs entrevus par leurs deux premiers disques dont le séminal et bien nommé Our Mother Electricity, les quatre musiciens étasuniens, menés par le bassiste et chanteur Charles Michael Parks, Jr, ont signé avec Dying Surfer Meets His Maker, sorti le 30 octobre dernier, un pas important vers une reconnaissance méritée.

Après en 2013 un Lightning At The Door fortement teinté de blues et de folk, la signature de ATW sur le label sudiste New West Records en début d'année 2015 leur offrit, en sus de la ressortie de LATD (originalement auto-produit), matière à approfondir leur association originale de volutes psychédéliques et lourdeurs métalliques. Enregistré live durant six jours dans une cabane en plein Tennessee, avant d'y ajouter par la suite divers overdubs et la participation de l'harmoniciste texan Mickey Raphael [2] sur le morceau This Is Where It Falls Apart, ce troisième opus indique clairement dès l'introductif et acoustique Call Me Star la qualité de ce disque appelé à devenir un classique du genre.   

The Deadliest Prey - David A. Prior (2013)

Mike Danton. Un nom qui résonne dans toutes les têtes, enfin si vous aimez les hommes, les vrais, ceux qui peuvent décimer une armée (de bras cassés) à mains nues. Adepte du mulet et du short ultra court durant ses jeunes années post-Vietnam, cet ancien soldat (le meilleur) inspirait autant l'admiration que la défiance de la part de ses ex-camarades de régiment. Trop beau, trop fort, pour son ancien supérieur, le colonel John Hogan, pourrait-on résumer, ou les prémices d'une tragédie en trois actes nommée Ultime combat, écrit, réalisé par David A. Prior et interprété par son cadet, Ted. Disparu le 16 août 2015, le réalisateur étasunien, auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés, était revenu (enfin) aux affaires courantes en 2012 avec Night Claws et son histoire de Big Foot sanguinaire. Une année plus tard, peut-être inspirés par le succès des films d'action à l'ancienne porté par Stallone, de son John Rambo à la franchise The Expendables, ou tout simplement l'envie de revenir à leur film le plus emblématique, les Prior bros. signaient le retour inattendu, voire inespéré, de Mike Danton dans la séquelle The Deadliest Prey.

Vingt-sept ans après les sinistres événements survenus aux alentours de Los Angeles, ou la découverte des chasses à l'homme orchestrées par le colonel Hogan (David Campbell), et la réponse punitive de Mike Danton (Ted Prior) qui fut enlevé par mégarde, l'ex-commando vit désormais avec sa femme Allison (Cat Tomeny) et son fils Michael (Michael Charles Prior, fils de Ted). Or Hogan, cette figure du passé qui hante encore les rêves de Danton, recouvre finalement la liberté après avoir purgé sa longue peine de prison. Mais ce dernier n'a qu'un souhait: se venger. En grand stratège nostalgique, l'officier psychotique fait kidnapper de nouveau Danton de bon matin, lors de la sortie des ordures ménagères, en souvenir de leur précédente rencontre. Secondé par la vénale Sophia (Tara Kleinpeter) et soutenu par de nouveaux investisseurs [1], dont le but est diffuser cette chasse à l'homme sur internet (la forêt est truffée de caméras), Hogan et son groupe de mercenaires sont désormais prêts à réécrire le passé...
   

Mad Love in New York - Josh & Benny Safdie (2014)

Présenté en avant-première lors de la section parallèle Horizons (Orizzonti) de la 71ème édition de la Mostra de Venise en 2014, le nouveau long métrage des frères Josh et Bennie Safdie, figures du cinéma indépendant new-yorkais, après les remarqués The Pleasure of Being Robbed (2008) et Lenny and the Kids (2009), arrive enfin, par les bons soins de Carlotta, dans les salles obscures françaises ce mercredi 3 février. Heaven Knows What, retitré Mad Love in New York du nom du roman dont il est tiré, est un film choc et rare sur un sujet difficile et douloureux : le quotidien d'une jeune droguée sans domicile fixe. Filmé sans artifice, dénué de tout pathos ou de complaisance malsaine, Mad Love in New York s'écarte du basique film sur la drogue, pour au contraire prendre la forme d'une fiction réaliste à la force émotionnelle poignante. Mais n'allons pas trop vite.

Harley (Arielle Holmes) est une jeune droguée sans-abri qui erre dans les rues de New York. Amoureuse d'Ilya (Caleb Landry Jones), sa relation avec son petit-ami prend un tour destructeur quand Harley décide de s'ouvrir les veines pour lui prouver son amour. Après sa tentative de suicide ratée et une bref séjour en hôpital psychiatrique, Harley reprend son quotidien de marginale, au côté de Mike (Buddy Duress), son ami et dealer. Tentant de survivre, faisant la manche pour obtenir de quoi acheter sa dose, la jeune femme recroise, quelque temps après sur son chemin, son grand amour et bourreau Ilya...
   

Cronico Ristretto : Asia | Urban Dance | Warpath - Boris (2015)

Après leur précédent album très rock Noise en 2014, dans la lignée de Attention Please et New Album, trois ans plus tôt, qui avait vus Boris s'offrir une nouvelle mue shoegaze et dream pop, avant d'aborder à leur manière un rock alternatif post-Sonicyouthien, la formation tokyoïte créa la surprise en annonçant fin avril 2015, via le réseau social Zuckerbergien, la sortie imminente et simultanée d'une trilogie le 2 mai. Asia, Urban Dance et Warpath, soit leur vingtième, vingt-et-unième et vingt-deuxième album, promettaient, en sus de confirmer les poussées créatrices du trio (1), le retour de leurs aspirations expérimentales, comme semblait indiquer le choix d'éditer ces trois disques sur leur propre label, Fangs Anal Satan.

Shocking Dark - Vincent Dawn (1990)

Dernier film de la diabolique association de malfaiteurs connue sous le pseudonyme Vincent Dawn, Shocking dark a.k.a Contaminator, a.k.a Alienators, a.k.a Terminator 2 (?!), a.k.a Spectres à Venise, acta la fin de la fructueuse collaboration (Virus Cannibale et Les rats de Manhattan en tête) entre le metteur en scène Bruno Mattei et le scénariste Claudio Fragasso, après leurs récents Nato per combattere (1989) et Tre pesci, una gatta nel letto che scotta (1990). Chant du cygne d'un savoir-faire Bis crapoteux qui connut ses derniers soubresauts jusqu'au début des années 90, cette production italo-philippine réalisée fin 1988 - début 1989 se distingue toutefois à plus d'un titre. Premier indice, et mise en bouche avant de développer plus loin notre propos, illustré par l'affiche ci-contre, le film fut exploité et présenté au départ, dans la plupart des pays (à l'exception notable des États-Unis), comme la séquelle des aventures de Sarah Connor [1]. De cette méthode de margoulin évoquant les plus belles heures du cinéma d'exploitation transalpin [2], notre duo précité ne se contenta néanmoins pas d'une simple désorientation nominative propre à tromper l'imprudent spectateur. Hérauts portnawak de la transgression des lois du copyright, Mattei et Fragasso puisèrent directement dans le scénario du second volet d'une autre franchise (d'où croyez-vous que vient le titre Alienators ?), mais n'allons pas trop vite...
   

Le Brady, cinéma des damnés - Jacques Thorens (2015)

Paru le 9 octobre dernier aux Editions Verticales, Le Brady, cinéma des damnés est un livre rare. Journal de bord du dénommé Jacques Thorens qui en fut, durant deux ans au début des années 2000, projectionniste-caissier (et guitariste en sus), cette « biographie de lieu » livre un témoignage émouvant et épique de cette salle, navire amarré à Paris, boulevard de Strasbourg, depuis presque soixante ans [1].

Racheté par le franc-tireur Jean-Pierre Mocky à partir de 1994 [2], Le Brady occupa une place unique dans le paysage des salles de la capitale. Longtemps vouée à disparaitre à l'instar de ses illustres consœurs dédiées au fantastique ou à l'horreur, comme Le Colorado, Le Midi-Minuit, Le Mexico ou Le Styx durant les années 80, la salle devint au fil du temps moins le dernier refuge de la faune bissophile parisienne, que l'abri diurne d'une tout autre clientèle à l'aspect visuel et olfactif déviants, et bien plus encore (mais n'allons pas trop vite). Figure anachronique, paradoxe temporel à l'heure de la normalisation des cinémas et autres fermetures des salles de quartier transformées en supermarchés ou fast-foods, celui qui fut surnommé « le Temple de l'épouvante » était ainsi le dernier à encore proposer du cinéma permanent, et des séances double programme en copies d'époque au début des années 2000.
    

Funky front covers Part IX

A l'heure de la traditionnelle dinde aux marrons et des cadeaux débordant par milliers, ouvrons notre boîte de Pandore annuelle, et célébrons (déjà) comme il se doit cette neuvième saison des Funky front covers ©, à la gloire du meilleur du pire des pochettes les plus insolites ou sexuées des musiques funk, disco et consorts des années 70 et 80.

En guise d'amuse-bouche avant de verser gaiement dans le stupre à paillette, offrons à notre lectorat une mise en abyme salvatrice en piochant dans le bac à vinyles du supposé sage jazzophile.

  

Jess Franco ou les prospérités du Bis - Alain Petit (2015)

Une bible. Trois kilos trois cent grammes sur la balance. Sept cent cinquante-deux pages au compteur. Jess Franco ou les prospérités du Bis s'inscrit dès à présent comme un livre incontournable pour tous les amateurs de Cinéma Bis, et cinéphiles en général. Après le remarqué et non moins remarquable livre consacré au metteur en scène culte italien Joe D'Amato, le réalisateur fantôme signé Sébastien Gayraud, Artus Films continue de faire œuvre de salubrité Bis [1] en permettant à Alain Petit de publier officiellement son deuxième projet, les « Manacoa Files », après la sortie en début d'année, par ce même éditeur, de son fan-book intitulé 20 Ans de Western Européen. Publié originellement en six volumes, dans un premier temps via un appel à souscription au mitan des années 90, puis par une seconde édition dans les cultes « Ciné Zine Zone » de Pierre Charles, célèbre éditeur de fanzines français et grand soutien de la cause Bis, Jess Franco ou les prospérités du Bis allait ainsi autant profiter du regain d'intérêt pour le réalisateur madrilène depuis une dizaine d'années, sous la forme de divers hommages [2] et autres rééditions (dans des copies décentes) de ses films en DVD, que du réseau bissophile qui a su mettre à profit les opportunités offertes par internet [3]. En somme, vingt-cinq ans après avoir germé dans l'esprit de son auteur, le livre connait enfin une réédition sous une forme idéale telle que l'avait souhaité Alain Petit depuis son origine.

Cronico Ritretto : Y'aura t'il de la neige à Noël ? - Sandrine Veysset (1996)

Prix Louis Delluc 1996 [1], le premier film de Sandrine Veysset, Y'aura t'il de la neige à Noël ?, fit figure d'OFNI lors de sa sortie en décembre de la même année. Produit par Humbert Balsan, ce long métrage dépasse le simple cadre de la chronique rurale durant les années 70. Du quotidien d'une famille d'agriculteurs maraîchers dans le Sud de la France, inspiré par les souvenirs de jeunesse de la réalisatrice, Y'aura t'il s'en écarte à dessein pour mieux plonger dans l'univers du conte à travers le portait, au fil des saisons, de cette mère et de ses sept enfants. Atypique, rare, le film a bénéficié d'une nouvelle restauration 4K supervisée et approuvée par Sandrine Veysset, et est désormais disponible depuis le 2 décembre en Blu-Ray et DVD collector.
  
Dans une ferme provençale, une mère (Dominique Reymond) élève ses sept enfants en dépit d'un travail dur et d'une vie rude. Au mieux absent quand il n'est pas avec sa seconde et légitime famille, le père (Daniel Duval), patriarche à l'ancienne, autoritaire et violent, y fait régner une discipline de fer. Rythmé au gré des saisons et du travail de la terre, le quotidien de la famille n'a pour seule issue que l'amour protecteur et dévoué de cette mère courage, avant qu'un événement tragique ne laisse place au désenchantement...
 

Body Double - Brian De Palma (1984)

Dans le cadre de la rétrospective Brian De Palma menée par Carlotta depuis quelques années, par les ressorties successives de Pulsions, Blow Out, Obsession ou plus récemment Furie en copie restaurée, s'ouvre une nouvelle collection, intitulée coffret Ultra Collector dont le premier numéro est consacré au culte Body Double. Fraîchement accueilli à sa sortie par la critique et le public, le long métrage a gagné au fil des années ses galons de joyau DePalmien pour devenir un des films les plus adulés de ses admirateurs, mais n'allons pas trop vite... 

Acteur aux cachets aléatoires vivant à Los Angeles, Jack Scully (Craig Wasson) est victime de claustrophobie lors du tournage d'un film d'horreur dans lequel il joue un vampire. Renvoyé par le réalisateur (Dennis Franz), Jack rentre chez lui et surprend sa petite amie au lit avec un autre. A la rue, sans travail, il écume les castings de la ville quand il fait la connaissance de Sam Bouchard (Gregg Henry) lors d'un cours où le professeur de théâtre tente d'exorciser sa claustrophobie. Autour d'un verre, Jack confie à Sam ses déboires, tandis que celui-ci lui fait une proposition intéressante: garder la luxueuse demeure d'un ami durant son absence, car il a décroché un rôle dans la pièce Private Lives à Seattle. La seule contrepartie qui lui est demandée, est de s'occuper des quelques plantes vertes de la maison, et de profiter de la vue panoramique, et en particulier, des jeux érotiques de sa riche et charmante voisine Gloria Revelle (Deborah Shelton) auxquels elle se livre chaque soir. Mais le voyeurisme va se révéler une activité plus dangereuse qu'il n'y paraît quand Jack découvre qu'un mystérieux indien rode autour de la belle…
   

Live report - Om au Divan du monde, Paris, 22 novembre 2015

Heureuse coïncidence ou hasard des calendriers, se sont produit la même semaine et au même endroit, les deux formations nées des cendres du groupe culte Sleep : Om et High On Fire (1), soit respectivement la section rythmique et le guitariste chanteur des auteurs du monstrueux Dopesmoker. Mené désormais par le bassiste Al Cisneros, le batteur originel Chris Hakius s'étant retiré des affaires musicales, Om faisait escale à Paris dans le cadre d'une mini tournée européenne (débutée le 14 novembre en République Tchèque), soit trois ans et demi après leur dernière venue à La Maroquinerie en avril 2012, trois mois avant la sortie de leur dernier album, Advaitic Songs.

En guise de préambule, avant les mantras soniques d'Om, les belges de The Black Heart Rebellion, en provenance de Gant, avaient pour tâche de faire patienter un public venu en masse (concert complet) pour Cisneros and co. Venu présenter leur nouvel album, People, when you see the smoke, do not think it is fields they're burning sorti le 29 octobre dernier, la musique de TBHR s'inscrivait idéalement dans le sillage de leurs « grands frères » étasuniens par leur goût prononcé d'insuffler à leur post-rock des influences world depuis leur précédent disque de 2012, Har Nevo. Riche sans être pompier, la prestation augurait du meilleur, leurs derniers disques évoquant par moment les ambitions des derniers Master musicians of bukkake en plus rock. Las. Si les disques et le mixage arrivaient à cacher les faiblesses du chanteur, sa voix dans les conditions du live plomba durablement la prestation du groupe. Sans épaisseur ou relief, doté d'un charisme anonyme, avouons que leur musique pour éviter ce goût d'inachevé aurait mieux fait de rester au stade instrumental. Dommage.
   

Garçon d'honneur | Salé sucré - Ang Lee (1993-1994)

Avant d'entamer une carrière hollywoodienne couronnée de succès et commencée en 1995 par le très remarqué Raison et sentiments, ou l'adaptation d'un des classiques de l'auteure britannique Jane Austen, le réalisateur taïwanais Ang Lee débuta en 1992 par Pushing Hands, premier volet de sa trilogie sur la famille intitulée « Father Knows Best ». Ce cycle connait aujourd'hui une nouvelle actualité par la sortie le 25 novembre prochain, par les bons soins de Carlotta, du deuxième et troisième chapitre de cette trilogie, Garçon d'honneur et Salé sucré, en support Blu-ray et DVD collector.

Œuvres d'un réalisateur tardif [1], ces deux longs métrages n'ont rien de juvéniles. Mieux, dépassant le simple cadre de la comédie, elles permirent à Ang Lee de faire résonner sur grand écran les mutations de la société taïwanaise. Fil conducteur de ces évolutions sociétales, l'acteur Lung Sihung fut l'interprète pour ces trois films de la figure paternelle, témoin involontaire des évolutions des relations entre les parents, garants de la culture traditionnelle, et les jeunes générations. Premiers films de la durable collaboration entre Ang Lee et le scénariste James Schamus [2] (Ice Storm, Tigre et Dragon, Lust, Caution), Garçon d'honneur et Salé sucré révélèrent au public international un réalisateur prometteur, dont le talent à croquer avec finesse le portrait de ses personnages fut auréolé au festival de Berlin en 1993 par l'Ours d'or.

Comédie de mœurs abordant le thème de l'homosexualité, Garçon d'honneur retrace l'histoire de Wei-Tong (Winston Chao), taïwanais naturalisé américain, vivant à New York avec son compagnon Simon (Mitchell Lichtenstein). Suite aux multiples pressions de ses parents, le jeune homme, sur l'idée de Simon, décide d'épouser Wei-Wei (May Chin), sa locataire chinoise à la recherche d'une carte verte. Les choses se compliquent quand les parents de Wei-Tong débarquent à New-York...

Live report : The Jon Spencer Blues Explosion - La Gaîté lyrique, Paris, 04 novembre 2015

Réapparu après un long hiatus au début des années 2010, d'abord par la sortie discrète du EP Black Betty enregistré conjointement avec Buzz Osborne et the Melvins, puis par celle de leur nouvel album Meat + Bone en 2012, huit années après leur précédent LP, le trio The Jon Spencer Blues Explosion signait cette année avec Freedom Tower: No Wave Dance Party 2015, un retour remarqué en mars dernier. Disque hommage à leur ville originelle New-York, l'album s'éloignait définitivement des orientations Stoniennes époque Plastic Fang (2002) pour revenir à l'énergie brute de leur début : un rock primal à l'urgence salvatrice. Mieux, jamais en studio les trois musiciens ne s'étaient tant rapprochés sur la forme de l'intensité qui caractérise leurs performances publiques. De quoi pousser aisément le préposé à la chronique à se déplacer à la Gaîté lyrique, et trouver par la même occasion la réponse à une des questions existentielles qui taraudent le rock critic aujourd'hui: est-il possible de pratiquer encore en 2015 du rock'n'roll en mocassins blancs ? Mais n'allons pas trop vite.
  
 
   

Cronico Ristretto : Within the Woods - Sam Raimi (1978)

Œuvre culte, Evil Dead a gagné rapidement ses galons de film d'horreur référentiel à classer aux côtés de Massacre à la tronçonneuse ou La nuit des morts-vivants. Savant cocktail de gore et d'humour noir, le premier long métrage de Sam Raimi marqua une nouvelle étape dans la production cinématographique à l'ère de la VHS. Ce que l'on sait moins, c'est que ce premier volet de la franchise fut précédé par un court métrage intitulé Within the Woods, dont le but était de permettre à lever suffisamment de fonds pour en financer un long. Produit par le trio Bruce Campbell, Sam Raimi et Rob 'RIP' Tapert pour la modique somme de 1 600 $, cette version de travail ne fut jamais officiellement éditée [1] et encore moins réellement exploitée dans les salles obscures [2]. Toutefois, magie des internets, des copies pirates de ce « prototype » sont disponibles sur la toile...

Deux couples d'étudiants passent leur weekend dans une cabane perdue dans les bois. Tandis que Shelly (Mary Valenti) et Scotty (Scott Spiegel) jouent au Monopoly, leurs amis Bruce (Bruce Campbell) et Ellen (Ellen Sandweiss) partent pique-niquer. Chemin faisant, Bruce indique à sa dulcinée qu'ils vont déjeuner dans un cimetière indien maudit (?!). Or quelque temps plus tard, malgré sa propre mise en garde, le jeune homme profane la tombe d'un sorcier et y déterre un poignard, au risque de réveiller les mauvais esprits environnants. Après manger, le couple s'endort. A son réveil, seule, Ellen décide de rejoindre ses amis pensant y retrouver Bruce. Mais le weekend vire au cauchemar quand celle-ci découvre dans la forêt le cadavre mutilé de son compagnon. Poursuivie par une présence maléfique, Ellen retourne, tant bien que mal, à la cabane...

Friedkin connection - William Friedkin (2013)

Des réalisateurs estampillés Nouvel Hollywood, William Friedkin est sans conteste le plus controversé, tant par les films qu'il a réalisé que par les histoires qui entourent leurs productions. Riche d'une filmographie où se côtoient de nombreuses œuvres emblématiques (réévaluées pour certaines avec le temps), le cinéaste a publié en 2013 ses mémoires intitulées Friedkin connection (éditées en France en 2014 par les Éditions de la Martinière). En omettant ses souvenirs les plus intimes, ce qui aurait de son propre aveu interdit le livre aux moins de dix-huit ans, Friedkin revient sur sa carrière de réalisateur : sa famille, ses débuts à la télévision, ses (rares) succès, mais également les périodes difficiles qui suivirent. Comme présenté par l'éditeur en dos de couverture, gloire, disgrâce, et renaissance sont au menu de cette autobiographie sans concessions.

Avec en introduction la liste de ses plus mémorables erreurs de jugement, tel son manque de discernement vis à vis de ses jeunes comparses nommés George Lucas et Steven Spielberg [1], qui le fit refuser la proposition de devenir l'un des producteurs de Star Wars [2], la mise à la benne d'une œuvre offerte par un anonyme admirateur nommé Jean-Michel Basquiat, ou encore sa fin de non recevoir de la demande d'un jeune auteur-compositeur-interprète, Prince, le sollicitant à tourner le clip d'une de ses chansons pour la juvénile MTV, William Friedkin met rapidement les pieds dans le plat en pointant son incapacité à avoir su prendre la mesure du talent des autres à cause de sa « vision disproportionnée ». Autobiographie autant qu'autocritique, Friedkin connection dresse le bilan d'un cinéaste dont l'ego et les erreurs passées lui firent manquer plusieurs occasions notables, sans toutefois, l'empêcher de tourner paradoxalement, compte tenu de ses nombreux échecs, le plus cinglant étant son adaptation du Salaire de la peur. Mais n'allons pas trop vite.

Cronico Ristretto : Repentless - Slayer (2015)

Continuer ou arrêter, statu quo ou transition, telles étaient les possibilités qui s'offraient à Slayer, et à son duo originel, depuis la disparition de Jeff Hanneman. Le choix d'un remplaçant, Gary Holt, du vivant du guitariste blond et les certitudes de Kerry King après l'annonce du décès indiquaient, tout d'abord, en dépit des doutes premiers de Tom Araya, la volonté de ne pas mettre un terme au groupe trentenaire. Point plus délicat, l'absence d'Hanneman, compositeur principal de la plupart des classiques de Slayer, pouvait-elle être comblée ? En d'autre terme, leur musique n'allait-elle pas perdre de sa substance sachant que l'une des forces de la paire formée par Hanneman et King [1] était leur complémentarité. Moins probable, mais sous-jacente, était enfin l'évolution, du moins la direction, que prendrait Slayer compte tenu de la nouvelle position dominante de Kerry King. Autant de questions existentielles qui n'appelaient pas forcément de réponses immédiates avant l'annonce de la sortie (maintes fois repoussée) de Repentless, leur onzième album et premier signé sur le label allemand Nuclear Blast (après quasiment trois décennies passées chez American Recording), le 11 septembre dernier, soit la même date que... celle de God Hates Us All... en 2001 (mais n'allons pas trop vite).

Album du deuxième retour du batteur Paul Bostaph suite au renvoi médiatisé de Dave Lombardo, et premier disque avec le guitariste d'Exodus, l'écoute de Repentless inspirait autant une certaine crainte, le contractuel [2] World Painted Blood sorti six années plus tôt n'ayant pas laissé un souvenir mémorable (doux euphémisme), qu'elle pouvait susciter une curiosité plus ou moins malsaine pour l'auditeur (et le préposé docteur) du fait des précédentes interrogations.

Live report : Public Image Ltd. - Le Trianon, Paris, 06 octobre 2015

Dans le cadre de leur nouvelle tournée en soutien à leur dixième et nouvel album, What the World Needs Now..., John Lydon et son Public Image Limited étaient de passage à Paris en automne. Pouf pouf. De leur deuxième disque faisant suite à leur reformation de 2009, un constat s'était rapidement imposé, Lydon avait fait le deuil de ses jeunes années chaotiques post-punk symbolisées par le triptyque  First Issue, Metal Box, et The Flowers of Romance. Dont acte. Si la musique se veut plus proche sur le fond de la production de la fin des années 80, à l'image du guitariste barbu Lu Edmonds et du batteur Bruce Smith présents à cette époque, reste pour PiL aujourd'hui un capital sympathie globalement intact, et de pair, un discours corrosif non dénué d'humour toujours aussi pertinent.

 

La taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn) - Alfred Hitchcock (1939)

Dernier film d'Alfred Hitchcock réalisé sur le sol anglais avant son départ pour Hollywood, La taverne de la Jamaïque est un cas à part dans la riche filmographie du maître britannique. Première adaptation d'un roman de Daphné du Maurier, avant Rebecca l'année suivante puis Les Oiseaux deux décennies plus tard, le grand Alfred surprenait en s'écartant de ses précédents longs métrages, du thriller Jeune et innocent au récit d'espionnage Une femme disparaît, pour mettre en scène un film d'aventures en costumes. A l'initiative de l'acteur Charles Laughton qui acheta les droits du roman et produisit le film par sa nouvelle société Mayflower Pictures, La taverne de la Jamaïque souffre depuis du statut, peu enviable, de film mineur hitchcockien, en dépit d'un réel succès public à sa sortie. Une mauvaise réputation somme toute exagérée qu'il conviendra de modérer à l'occasion des 75 ans du film, et de sa ressortie en version restaurée 4K dans les salles à partir du 15 octobre prochain.

Abandonnant son Irlande natale pour les Cornouailles depuis la mort de sa mère, Mary Yellard (Maureen O'Hara) part rejoindre sa tante Patience (Marie Ney) et son mari Joss (Leslie Banks). En chemin, Mary apprend que la taverne, dont son oncle par alliance est le tenancier, est un repaire de brigands. Nullement découragée, celle-ci requiert l'aide du juge Pengallan (Charles Laughton) afin de pouvoir s'y rendre dans les plus brefs délais. Une fois arrivée, Mary constate rapidement que la sinistre notoriété du lieu n'a rien d'usurpé. Au cours de cette soirée riche en désillusions, la jeune orpheline sauve la vie d'un des malfrats, Jem Trehearne (Robert Newton), accusé d'avoir volé une part de leur dernier butin. Tout deux parviennent néanmoins à s'échapper et trouvent refuge chez l'excentrique juge, qui n'est autre que le véritable responsable des naufrages et chef des pilleurs d'épaves.

Yor, le chasseur du futur - Anthony M. Dawson (1983)

Mis en scène par Antonio Margheriti, dissimulé sous son immuable pseudonyme Anthony M. Dawson, Yor, le chasseur du futur s'inscrit, de prime abord, dans le sillage des nombreuses productions bis italiennes, dont le premier but était de suivre les modes du moment. A un détail près. Adaptation d'une bande dessinée argentine, Henga, el cazador, éditée au mitan des années 70 et signée par la paire Juan Zanotto / Ray Collins, l'œuvre originelle dépassait, déjà, la simple retranscription d'une préhistoire fantaisiste, pour plonger son personnage principal dans un univers science-fictionnel. Pas étonnant, dès lors, en dépit du fait que sa sortie ne soit pas étrangère au succès de La guerre du feu ou de Conan le Barbare, que le film soit dirigé par l'italien Antonio Margheriti, cinéaste ayant démontré maintes fois par le passé son goût pour l'hybridation des genres (au hasard La brute, le colt et le karaté). Hélas, pour le réalisateur, et sans déflorer trop vite le contenu de ce film devenu rapidement culte pour de mauvaises raisons, si Yor, le chasseur du futur fut, d'après le propre fils de Margheriti, un succès inattendu Outre-Atlantique, celui-ci se fit surtout à son détriment, à l'image des trois nominations reçues lors de la quatrième cérémonie des Razzie Awards [1].

Grand, blond et musclé, Yor (Reb Brown) vit dans un monde préhistorique. Arborant un mystérieux médaillon doré, cet étranger sauve des griffes d'un vorace dinosaure herbivore la belle et jeune Ka-Laa (Corinne Cléry) et son protecteur Pag (Luciano Pigozzi). Accueilli et célébré comme un héros par leur village, la fête tourne court après l'apparition d'hommes des cavernes qui massacrent les habitants. Capturée lors de sa fuite, Ka-Laa est conduite vers le chef de la tribu, mais Yor réussit à s'introduire dans la grotte et la libère. Ka-Laa et Pag décident alors d'accompagner Yor et de le suivre à la recherche de ses origines...