Morgane et ses nymphes - Bruno Gantillon (1971)

Il est des films mineurs qui resteront à jamais gravés dans les mémoires. Non par leurs qualités artistiques à même d'éveiller l'esthète (déviant) qui sommeille en chacun de nous (tout du moins du préposé docteur), mais par le souvenir d'avoir su jouer les entremetteurs, et instigateurs d'une belle rencontre, tel ce joliment intitulé Morgane et ses nymphes et sa révélation, l'acteur Alfred Baillou. Car l'interprète du seul personnage masculin [1] du long métrage (traduit en anglais par un suggestif Girl Slaves of Morgana Le Fay) justifie à lui seul le visionnage de ce film, au-delà de son érotisme onirique à l'atmosphère délicieusement surannée. Mais n'allons pas trop vite, n'est-ce pas ?

Librement inspirée des légendes arthuriennes et de la fée Morgane, le long métrage narre les mésaventures d'Anna (Michèle Perello) et de Françoise (Mireille Saunin), deux jeunes femmes en vacances dans la campagne auvergnate. Celles-ci s'arrêtent un temps dans une auberge, mais le propriétaire leur suggère de partir rapidement et de faire demi-tour sans autre explication, sous les yeux d'un bien étrange petit personnage, Gurth (Alfred Baillou). La nuit tombée, désormais perdues, elles trouvent refuge dans une grange abandonnée. Cédant aux douces caresses et aux baisers d'Anna, Françoise s'endort dans ses bras. Au réveil, Françoise constate la disparition de son amie. Gurth, le mystérieux nain bossu rencontré la veille propose de le suivre, vers un château bordé d'un lac. Accueillie par trois jeunes femmes en mousseline transparente, Françoise fait la connaissance de la maîtresse des lieux, Morgane (Dominique Delpierre).

Lepke le caïd - Menahem Golan (1974)

Découvert lors d'une soirée hommage au réalisateur et producteur israélien Menahem Golan (1), Lepke le caïd appartient à une époque méconnue, celle datant d'avant le rachat par la paire Golan/Globus de la (sacrosainte) Cannon (en 1979). Le film comme peut le laisser présumer son affiche et sa date de sortie se situe dans le sillage du Parrain de Coppola (on y reviendra). En bon artisan du film de genre, Golan suit désormais à cette époque la mode du film de gangsters avec cette biographie d'un des plus célèbres mafieux de New-York de l'entre deux guerres (et le seul à être mort sur la chaise électrique). Cette modeste série B est également le premier long-métrage à lui ouvrir les (grandes) portes du marché international en passant par Hollywood. Si par le passé le futur réalisateur de L'implacable ninja (2) avait déjà tâté de l'international en ouvrant ses castings à plusieurs acteurs européens (George Sanders dans La malle du Caire, Norman Wisdom dans What's Good for the Goose, ou Pierre Brasseur dans La fille de la mer morte), Lepke vise un marché bien plus large avec en haut de l'affiche une (ex-)star d'Hollywood, Tony Curtis, avec une coproduction étasunienne à la clef (3).

Louis Buchalter dit "Lepke" fut l'une des grandes figures du crime organisé des années 20 et 30. Golan de manière classique détaille les grandes étapes de la vie du chef mafieux appartenant à la Yiddish Connection, de son adolescence en préambule et ses premiers séjours carcéraux, de ses débuts dans la mafia à sa prospérité au sein du Syndicat du crime, puis finalement à sa chute et son exécution à la prison de Sing Sing. Le récit s'attache également en parallèle à la vie personnelle du truand incarné par Tony Curtis et en particulier à son idylle avec son grand amour Bernice Meyer (Anjanette Comer).

Cronico Ristretto : Dead Can Dance / Om / The Melvins


Sept ans après leur brève réunion le temps d'une tournée mondiale, la paire Lisa Gerard / Brendan Perry remet cette fois-ci le couvert avec un nouvel album après le très bon Spiritshaser, déjà vieux de seize ans (glurps). Au delà de l'émoi que pourrait conférer ce genre d’évènement (leur prochain concert au Grand Rex cet automne, le 27 septembre, est complet depuis quasiment la publication des dates), l'écoute des précédents albums solo des deux protagonistes tend malheureusement à relativiser la portée de la dite réunion. La diva world aurait-elle eu pitié de son ancien comparse après son pathétique Ark (2010) pour relancer le macchabée (tiroir-caisse), ainsi fut la première impression du cuistre préposé. Mauvais esprit ?

La servante (Hanyo) - Kim Ki-young (1960)

Restaurée par le Korean Film Archive et avec le soutien de la World Cinema Foundation de Martin Scorsese, Carlotta propose le mercredi 15 août la ressortie en numérique de La servante de Kim Ki-Young. Connu seulement en Occident par une frange d'initiés, Hanyo fut rangé originellement dans la case film de genre. Considéré désormais comme l'un des véritables classiques du cinéma d'auteur sud-coréen, ce long métrage réalisé en 1960 est à l'image de son auteur : indépendant, inédit, provocateur, en un mot un film choc, fondateur et influent, pour la génération des Park Chan-wook (Old BoyLady Vengeance) ou Bong Joon-ho (The Host).

Dong-sik, un père de famille, est professeur de musique [1] dans une usine pour femmes. Lui et sa famille emménagent dans une grande maison neuve. Afin de soulager son épouse, celle-ci travaillant à la machine à coudre pour subvenir aux nouveaux besoins familiaux, ce dernier engage une servante sur les recommandations d'une ouvrière à qui il donne des cours particuliers. La jeune femme simplette révèle rapidement un comportement ambigu. Elle espionne le père, avant de le séduire et d'entamer une relation adultère avec lui. Tombée enceinte, la servante n'est pas décidée à partager son amant avec quiconque...

Strange meeting III - Klimperei & Voxfazer (2012)

L'action se passe un jour de Noël. En 2010. Le préposé docteur reçoit une invitation originale de la part d'une vieille connaissance, le dénommé Voxfazer : chroniquer son futur album, en cours d'enregistrement à ce moment, en ayant une totale liberté de ton, ou l'acte signé d'un masochiste ignorant encore la portée véritable de ces quelques mots écrits à l'heure des bons vœux ? 

L'album se prénomme Strange meeting III, et est le fruit du duo KlimpereiVoxfazer. La paire séparée de 500 km communique depuis 2005 par divers échanges musicaux, puis décida après leur troisième rencontre (1) de travailler à un projet commun : un album.

De Klimperei, le préposé ne connaissait rien, ou très peu avant cet album. De Voxfazer, le préposé avait au fil des années patiemment noirci un dossier à charge (qui trouve aujourd'hui son utilité). Photographe et musicien autodidacte, monsieur Rezafxov poste depuis novembre 2010 sur son Audioblog ses diverses compositions et improvisations dont on retiendra en particulier ses illustrations sonores pour la revue D'ici là et sa tétralogie enregistrée à l'église de la Chapelle St Robert.

Live report : Christian Scott quartet au New Morning - Paris 21/07/2012

Le jazz n'est pas mort. Voilà c'est dit, pouf pouf. Et une formule facile, inutile et stérile (1), répétée à l'envie depuis... depuis combien de temps d'ailleurs ? Peu importe en fait tant la dite formule peut se greffer à n'importe quel genre musical (2) dès qu'un effet de mode ou un essoufflement (vérifié ou non) se fait sentir. Et donc ? Et bien, plus de cent ans d'existence et toujours aussi vert ce vieux jazz. Car si la jeunesse ne se compte pas aux poids des années, on aurait néanmoins tort de résumer cette musique à celle des (arrières) grand-pères de renom (venus jouer les cautions dans des festivals qui n'ont plus de jazz que de nom). Suffisamment alerte pour encore évoluer et muer ; ne méritant donc pas sa place au musée des traditions, en dépit des efforts de certains jazzmen, certes talentueux, mais juste bon à lustrer du vieux cuivre et à rappeler les fantômes du bop. En conclusion, oui il est encore frais et bien portant merci pour lui (merci pour nous). Et la preuve en est avec ce jeune musicien surdoué prénommé Christian Scott en provenance de La Nouvelle Orléans (CQFD) venu un soir de juillet à Paris présenter son ambitieux nouvel album Christian aTunde Adjuah (3) lors du festival « All Stars » du New Morning et sa stretch music.

Tyrannosaurus Azteca (Aztec Rex) - Brian Trenchard-Smith (2007)

Qui peut prétendre avoir tout vu en matière de bestiaire de troisième zone ? Cette interrogation peut faire sourire les lecteurs de passage, pourtant celle-ci n'a rien d'innocente tant l'imagination des industrieux du cinéma nous a prouvé par le passé une audace des plus « étonnantes » [1]. Or si les réelles surprises tendent à s'amenuiser au fil du temps, force est de constater que les rencontres improbables font encore le sel et les beaux jours des productions dites décalées. Faites réunir deux personnages historiques de haut rang appartenant à deux périodes distinctes, jouer de l'anachronisme et vous obtiendrez un met, certes, indigeste mais ô combien roboratif.  Soit à ma droite l'un des plus sinistres et célèbres conquistadors du XVIème siècle, Hernán Cortés, et à ma gauche la terreur du Crétacé, le dénommé Tyrannosaure Rex, de quoi titiller facilement une déviance qui n'en demandait pas tant, n'est-ce pas ?

En 1521, le capitaine Hernán Cortés à la tête d'une armée de conquistadors espagnols triompha de l'empire aztèque et conquit le Mexique. Cependant, oublié de l'histoire, voici le récit du tout premier voyage de Cortés vers ces terres hostiles, et du combat qu'il mena contre un ennemi sanguinaire et terrifiant... 

Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! - Michel Caputo (1979)

Faut-il être né à Rouen comme Pierre Corneille pour subir un tel outrage à la vision de la première comédie du pornocrate Michel Caputo Qu'il est joli garçon l'assassin de papa [1], ou la libre adaptation du Cid par le cinéaste du non moins fameux (?!) Embrochez-moi par les deux trous et par le producteur de La chatte sur un doigt brûlant [2] ? Réputez comme étant l'un des pires films que la comédie franchouillarde ait pu produire ces quarante dernières années, Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! [3], le long de ses 70 minutes, demeure, aujourd'hui encore, une agression perpétuelle pour la santé mentale de ses victimes consentantes. Un film dont le pouvoir de nuisance pourra évoquer par moment aux plus résistants les meilleures pages cinématographiques d'un Philippe Clair, mais n'allons pas trop vite... 

12 juillet 1083, l'Espagne est envahie par les Maures. La situation est grave. Le roi de Castille commence à maigrir. Ça lui fait des oreilles immenses sous sa casquette. On dirait des ailerons. Bref il a la trouille. Il s'est retranché dans son palais avec Rodrigue, le Cid, le héros, pour attendre les hordes de Moctadir. 
Pendant ce temps là, l'infante d'Espagne, qui a une araignée au plafond et de la surchauffe dans la crinoline tellement elle est amoureuse du Cid, se consacre à son sport favori qui consiste à réciter des vers dans le supermarché voisin...

Terreur extraterrestre (Without warning) - Greydon Clark (1980)

Toujours rester sur ses gardes et miser sur la méfiance aurait dû être le réflexe du préposé. Était-ce une grossière erreur de débutant que de faire confiance sans le moindre recul aux premiers échos positifs lu sur la toile? Après la découverte de la bande-annonce (française, détail important) au lendemain du malheureux visionnage, ce manque de discernement apparait révélateur d'une cruelle naïveté, ou disons d'un simple oubli des fondamentaux pour reprendre le vocabulaire en bois du sportif. De là à penser en avant propos que cette Terreur extraterrestre pouvait espérer gagner le titre de perle oubliée, le docteur n'en attendait pas autant, tout juste quelques bonnes idées et un casting intriguant. Ceci pouvait (aurait dû ?) suffire à classer cette Terreur parmi la catégorie des bons petits films. Las, la récolte fut loin d'atteindre les minima attendus... et alors finalement ?

De petites créatures volantes s'apparentant au croisement improbable entre un frisbee organique et une pizza carnivore provoquent une série d'attaques meurtrières en plein Mid-Ouest. Après avoir boulotté un père (Cameron Mitchell) et son fils venus chasser, ces adorables bestioles ajoutent à leur tableau... un chef scout (Larry Storch). Au même moment, Tom (David Caruso), Greg, Beth et Sandy décident, en dépit des avertissements du propriétaire de la station service du coin (Jack Palance) d'aller profiter du lac voisin (et plus si affinités). Mais Tom et Beth disparaissent mystérieusement après la baignade. Partis à leur recherche, Greg et Sandy découvrent une cabane isolée où se trouvent les cadavres de leurs compagnons. Sous le choc,  les deux jeunes gens s'échappent et se font attaquer sur la route par l'une de ces créatures (précision : finissant collée sur le pare-brise de leur van). Trouvant refuge dans un bar peuplé d'une faune locale des plus rustiques, seul le vétéran Fred 'Sarge' Dobbs (Martin Landau) à la santé mentale quelque peu défaillante croit en leur histoire...

L'assassin (L'assassino) - Elio Petri (1961)

A l'occasion ce mercredi de la ressortie dans les salles par les éditions Carlotta de L'assassin d'Elio Petri, intéressons nous au premier long-métrage d'un des maitres du cinéma politique transalpin. Film malicieusement interprété par Marcello Mastroianni (mais n'allons pas trop vite), son réalisateur a su y mêler de manière brillante atmosphère kafkaïenne et comédie de l'absurde. Car si les grinçants et contestataires Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) ou La classe ouvrière va au paradis (1971) sont par voie de fait les œuvres de Petri les plus connues, les bases de son cinéma y sont déjà posées dans ce premier film où son analyse de la société italienne garde encore une certaine fraicheur, avant de se teinter d'une profonde amertume [1] la décennie suivante, au gré des sinistres années de plomb qui ensanglantèrent sa péninsule...

Alfredo Martelli (Marcello Mastroianni), jeune antiquaire romain, est arrêté à son domicile et emmené au poste de police sans aucune explication. Dans l'attente d'être interrogé, celui-ci croit dans un premier temps être accusé d'une simple plainte dans le cadre d'une vente frauduleuse. Or une fois reçu par le commissaire Palumbo (Salvo Randone), Martelli apprend l'impensable, son ancienne maitresse et ex-associée Adalgisa De Matteis (Micheline Presle) a été retrouvée morte au matin dans sa villa. Bouleversé et désigné désormais comme le suspect numéro un, l'homme se remémore son passé récent tout en tentant vainement de se disculper ; mais le poids de sa culpabilité ne fait aucun doute aux yeux de la police...

Crimes dans l'extase (Sie tötete in Ekstase) - Jess Franco (1970)

Dans la mesure où ces derniers temps, ce lieu de divagations culturelles tend à devenir le point de rencontres virtuelles des amateurs de la regrettée Susann Korda, plus connue sous son vrai patronyme Soledad Miranda, feuilletons de nouveau le livre de l'année 1970 avec Crimes dans l'extase, tourné dans le sillage de notre précédente chronique francienne, The Devil Came from Akasava

Le docteur Johnson (Fred Williams) est un jeune médecin attendant le verdict de ses pairs. Ceux-ci doivent lui accorder ou non la permission de poursuivre ses recherches et expériences sur les embryons humains. Mais l'ordre des médecins sous la voix du professeur Walker (Howard Vernon), le Dr Huston (Paul Muller), le Dr Crawford (Ewa Strömberg) et le Dr Donen (Jesus Franco) réfutent son travail, le considérant au mieux comme un charlatan, au pire comme un criminel blasphématoire en infraction avec le serment d'Hippocrate. Interdit à présent de pratiquer la médecine, humilié et banni, Johnson n'accepte pas ces récriminations et ces accusations. Hanté par les insultes lancés par ses anciens confrères, le jeune homme sombre rapidement dans la démence sous les yeux impuissants de son épouse (Soledad Miranda), au point de ne trouver qu'une seule alternative à son supplice : le suicide. Désormais, la jeune veuve n'aura qu'un seul but, se venger et faire payer le prix létal aux quatre médecins responsables selon elle de la mort son bien-aimé mari.

Erotic Nights of the Living Dead - Joe D'Amato (1980)

Parmi la pléthorique filmographie du célèbre mercenaire transalpin Aristide Massaccesi plus connu sous le nom de Joe D'Amato, il est une série que les amateurs de films déviants se doivent de connaitre : sa période Caribéenne dont Erotic Nights of the Living Dead (traduit en français par une triste nuit fantastique des morts-vivants) est un des plus sémillants représentants. Une année après son désormais culte Blue Holocaust, et en attendant une escale cannibale en mer Egée (Anthropophagous), le cinéaste Joe D'Amato eut en effet à loisir le temps de rentabiliser ses vacances et celles de son équipe lors d'un voyage en république dominicaine en réalisant dans la foulée pas moins de cinq films : Hard SensationExotic LoveSesso neroPorno Holocaust et donc Erotic Nights of the Living Dead. Il n'en fallait pas plus pour titiller la curiosité du préposé docteur...

Mais arrêtons-nous un moment. Qui d'autre que D'Amato pouvait avoir l'idée saugrenue de croiser deux genres aussi différents que prisés par le cinéma d’exploitation (italien) de l'époque : le film pornographique (voire érotique, bon nombre de longs métrages ayant droit à deux montages différents l'un soft et le second hardcore) et le film gore avec un goût prononcé pour le mort-vivant (Fulci ayant sorti depuis peu son fameux Zombi 2) ?

Cronico Ristretto : Traitement de choc - Alain Jessua (1973)

Réalisateur atypique, Alain Jessua l'est assurément. Sa trop rare filmographie peut elle aussi difficilement en attester le contraire. Adepte du film sociologique mâtiné de thriller (Armaguedon), proche de l'anticipation (Les chiens) ou de la science-fiction tel ce Traitement de choc, ce cinéaste français méconnu a su créer, en dépit ou plutôt grâce à une popularité restreinte, une œuvre personnelle et originale loin des canons et productions en vogue dans le cinéma hexagonal des années 70.

Au bord de la dépression des suites d'une déception sentimentale, Hélène Masson (Annie Girardot) rejoint son ami Jérôme (Robert Hirsch) au prisé institut de thalassothérapie du docteur Devilers (Alain Delon) afin de suivre sa célèbre et miraculeuse cure de rajeunissement. Accueillie avec bienveillance par les curistes venus rechercher leur dose de jeunesse, la jeune femme, néanmoins sensible au charme du ténébreux (et bon) docteur, prend progressivement ses distances avec le maître des lieux et de ses ouailles ; la mort de Jérôme, les comportements étranges puis les disparitions inexpliquées du personnel de service, composé de jeunes portugais, plonge Hélène lentement vers la paranoïa et la suspicion...

Cronico Ristretto : Hors Satan - Bruno Dumont (2011)

Présenté à « Un certain regard » lors du festival de Cannes 2011, Hors Satan de Bruno Dumont n'est pas le cri d'un prêtre exorciste mais la profession de foi sur pellicule d'un homme de cinéma... à 24 images par seconde.

Un gars, un ermite priant au milieu de la nature, un mystique ? La mer, des paysages, une lumière. L'homme, sans domicile, erre dans la campagne. Il dort à travers les dunes, vit de la générosité des habitants du village voisin. Exorciste, il chasse le démon du corps des jeunes filles et des femmes trop entreprenantes. Ange exterminateur, il tue, rosse les hommes dangereux et la protège. Elle, lui donne à manger, prie avec lui, le suit, avant que tout ne bascule...

Déjà à l'esprit du cinéaste lors de son premier long métrage, La vie de Jésus, cette étrange histoire d'ermite, continue de s'inscrire, bien qu'assumée timidement par son auteur, dans une filiation post-Bressonienne [1], comme pouvait l'être son précédent film, Hadewijch. Ainsi comme d'autres par le passé, Dumont s'éloigne du Christianisme et d'un quelconque prosélytisme pour se focaliser sur le sacré, un  mysticisme athée, aux portes du fantastique.

Terminator : Kyle Reese ou le mythe du pantalon souillé

L'avenir nous dira si la rubrique aura une suite, mais il était grand temps que quelqu'un ose aborder une vérité dérangeante, quitte à ébranler les certitudes de certains. Aujourd'hui 1er mai, ou comment une innocente réflexion à connotation urologique (?!) s'en va briser les fondations d'un mythe NERD, et par la même occasion mettre à mal l'une des rares figures masculines dramatiquement émoustillantes qu'ait connu la Science-Fiction (et les demoiselles nourries aux exploits héroïques d'un bel inconnu venant du futur). 

Non content d'avoir réalisé le meilleur film d'horreur de poissons volants carnassiers du 7ème Art (Piranha II: les tueurs volants), James Cameron est également le réalisateur d'un des plus brillants films (et désormais saga) abordant le thème de l'intelligence artificielle et de la menace robotique. Il n'empêche, ces deux premiers succès cachent malheureusement une réalité bien plus sombre. Premier acte : combien d'entre nous, sinistres bougres, ont dû ronger leur frein et bailler devant les ébats copulatoires de Kyle Reese et Sarah Connors ? Combien ont prié l'arrivée du cyborg autrichien pour mettre un terme à ce navrant clip érotique ? Réponse : la sauvegarde de l'humanité est à ce prix, mon bon docteur. 

En dépit de ses errements « cul-cul la praline » quasi-systématiques dès qu'il s'agit de mettre en scène un couple amoureux (avec en point d'orgue rappelons-nous la fameuse scène orgasmique de Titanic dite « de la vitre embuée »), rares sont les personnes qui peuvent mettre en doute le perfectionnisme et le souci du détail d'un James Cameron. Or, que les amateurs de détails scabreux me remercient, car si l'exigence du cinéaste étasunien n'est plus à prouver, celle du préposé docteur non plus.

Der Teufel kam aus Akasava - Jess Franco (1970)

Pour continuer ce cycle consacré au réalisateur Jesús Franco, intéressons nous cette fois-ci à un film sinon inconnu de la majorité des bisseux, tout du moins en marge des thématiques habituellement franciennes qui feront date parmi les amateurs de cinéma bis : The Devil Came from Akasava. Ce long-métrage, sorti la même année que le culte Vampyros Lesbos, avec également l'inoubliable Soledad Miranda, s'éloigne de l'érotisme et de l'épouvante qui firent la renommée du cinéaste madrilène à l'orée des seventies pour proposer une autre facette du talent multi-disciplinaire de son auteur : le film d'espionnage décalé, mais n'allons pas trop vite... 

L'assistant du professeur Forrester trouve dans une caverne isolée une pierre radioactive, pierre extrêmement convoitée [1si on en croit les tirs de carabine qui accueillent celui-ci à la sortie de la grotte. De retour chez le professeur, gravement blessé, Forrester s'empresse de demander secours au docteur Thorrsen (Horst Tappert), la vie de son assistant ne tenant plus qu'à un fil. Mais en attendant l'arrivée du (bon?) docteur, l'archéologue découvre le cadavre irradié de son suppléant, et la disparition de la pierre... avant que ce dernier ne s'évanouisse également dans la nature. Or au même moment, à 9000 km de là, son bureau à Londres devient le théâtre d'un meurtre. Quelque temps plus tard, le dénommé Rex Forrester (Fred Williams), neveu du professeur, débarque à Akasava pour enquêter sur la mystérieuse disparition de son oncle, suivi de près par Jane Morgan (Soledad Miranda) et Tino Celli (Jesús Franco), tous deux agents secrets...
  

Les nuits de Dracula (Nachts, wenn Dracula erwacht) - Jess Franco (1969)

Dans les souvenirs du préposé, la seule et unique adaptation du roman de Bram Stocker n'était autre que la superproduction réalisée par Francis Ford Coppola, enfin tel que l'on nous l'avait affirmé lors de sa sortie en 1992 [1]. Or si cette dernière s'avère sans conteste la plus fidèle, parmi les innombrables (re)lectures du mythe vampirique, et ceci malgré les libertés prises sur le texte originel, à savoir une esthétique empreinte d'érotisme et un personnage principal désormais perçu comme un monstre amoureux (ce qu'avait déjà esquissé le Dracula de John Badham en 1979) ; vingt ans auparavant, Jesús Franco avait lui aussi filmé sa version du roman de Stocker : Les nuit de Dracula. Une adaptation méconnue et pourtant aussi l'une des plus fidèles, avec le duo Christopher Lee / Klaus Kinski ; si ce n'est la plus fidèle depuis le Nosferatu de Murnau et bien avant celle de Coppola.

Comme annoncé en introduction, le scénario reprend la trame originale du roman, celle de Jonathan Harker (Fred Williams) traversant la Roumanie pour y rencontrer un client, le vieux comte valaque Dracula (Christopher Lee), et venu lui faire signer les actes de propriété de sa nouvelle demeure en Angleterre. Mais le vieil aristocrate, tout comme pouvait le laisser supposer les avertissements des autochtones apeurés en découvrant la destination du jeune homme, s'avère être un vampire. Abandonnant Harker à son triste sort, Dracula quitte sa terre natale pour la Hongrie [2] et y recouvrer une nouvelle jeunesse...

Hommage à Lina Romay (1954-2012)

Pouvait-il en être autrement depuis l'annonce officielle d'hier soir. Comment ne pas rendre un hommage, même humble, à Lina Romay, l'éternelle Comtesse noire du cinéma bis qui nous a quittés le 15 février dernier. Muse et compagne du prolifique Jesús Franco, Lina fut sans conteste l'une des grandes figures du cinéma d'exploitation des années 70. Coïncidence anecdotique, le préposé apprit la triste nouvelle hier soir de la bouche de sa dame bottée, quelques minutes après avoir mis à jour justement la chronique la plus populaire du RHCS, celle de Doriana Grey.

Apparue comme dans un rêve aux dires de Franco, la jeune Rosa Maria Almirall surgit dans la vie du réalisateur ibère à une époque où il connu deux terribles évènements personnels : la mort accidentelle de sa première muse, la poupée psychédélique Soledad Miranda (Vampyros Lesbos, Les nuits de Dracula, Eugénie de Sade) en 1970, et la fin de son premier mariage. Une période de solitude et de tristesse qui cédera sa place à une histoire d'amour, une collaboration et une symbiose artistique où les deux amants deviendront indissociables, indivisibles [1] redéfinissant à eux seuls la notion de partage et de création.

Cronico Ristretto : Appolo 18 - Gonzalo López-Gallego (2011)

La vie de préposé à la chronique peut vous occasionner, parfois, de jolis tours ou de sinistres déconvenues. "Quand Alien rencontre Paranormal Activity". Derrière une telle accroche, l'espoir d'avoir entre les mains une plante potagère de concours n'avait rien d'illusoire. Du moins, sur le papier. Las.

Réalisé par l'espagnol Gonzalo López-Gallego et produit par le russe Timur Bekmambetov (Night WatchApollo 18 (sorti en DVD le 18 février et distribué par M6-snd) se veut un nouvel avatar du genre found foutage, genre popularisé et mise en lumière par l'italien Ruggero Deodato et son craspec Cannibal Holocaust (1980), et remis au goût du jour depuis le succès du Projet Blair Witch (1999) vingt ans plus tard. Or, si le cinéma bis est intrinsèquement codifié, ce genre dit du "métrage trouvé" est néanmoins régi par un cahier des charges des plus strictes, ne permettant pas, par nature, aucune véritable originalité narrative (il est ainsi de bon ton, par exemple, que le dernier survivant filmeur ait la politesse et la décence de mourir juste avant le générique de fin [1]). A charge, donc, pour le metteur en scène et son équipe de proposer un nouveau contexte à défaut de révolutionner la narration. Oui, mais n'allons pas trop vite...

Talk Radio - Oliver Stone (1988)

Situé entre Wall Street (1987) et Né un 4 Juillet (1989), Talk Radio d’Oliver Stone est loin d'être l’un de ses longs métrages les plus populaires et la raison en est des plus simples, il s’agit sans doute de son film le plus méconnu et sans conteste le plus insolite. Entre les années yuppies et les années (post-)Vietnam, ce Talk Radio apparaissait dès lors comme un OFNI. Mais l'intérêt suscité par sa sortie inédite en DVD par Carlotta Films pouvait désormais se nourrir paradoxalement de son ancienne confidentialité, car c’était mal connaitre le réalisateur de Salvador ou le scénariste de Scarface, et en dépit de l'accueil timide qu'il connut à sa sortie aux États-Unis, fin 1988 [1], Talk Radio provient bien du même moule : une satire crue et féroce du monde des médias.

A la nuit tombée, Barry Champlain (Eric Bogosian) anime l'émission de radio intitulée Night Talk, émission de libre antenne pour KGAB, radio locale située à Dallas. Une émission populaire ou plutôt un véritable déversoir de la frustration humaine et réceptacle de la haine ordinaire, dont le cynique animateur vedette n'est autre que le catalyseur. Barry y provoque ainsi chaque soir son auditoire de ses multiples saillies verbales au risque de voir s'accroitre les menaces antisémites dont il devient de plus en plus la cible. Or ce rendez-vous nocturne des paumés, racistes, junkies et pervers si affinités venus jouer les faire-valoir et autres bouffons pathétiques pour le maître des ondes, doit désormais être diffusé à l'échelle nationale. Venue à la demande expresse de son ex-mari pour fêter cette consécration, Ellen (Ellen Greene) devient bien malgré elle la témoin impuissante de la solitude et de la mégalomanie de Barry...

Vlad Tepes - Doru Nastase (1979)

Le cinéma utilisé à des fins de propagande, les régimes communistes eurent à loisir le temps d'expérimenter et de perfectionner cet art délicat de l'endoctrinement. A l'image du grand frère soviétique, la Roumanie ne faisait aucunement exception à la règle, et se devait elle aussi de promouvoir les grandes figures historiques : Etienne Le Grand, Alexandre 1er le Bon ou dans le cas qui nous intéresse l'inévitable Vlad Tepes. Tous occupaient ainsi une place de choix dans la politique (faussement) identitaire du Danube de la pensée, dit le génie des Carpates ou plus simplement le Conducator, bref le tristement célèbre Nicolae Ceausescu.

Commander des films historiques à la gloire du dirigeant communiste afin de promouvoir la fierté nationale roumaine, en voilà une bonne idée, qui plus est lorsque cette demande s'inscrit dans une période où le régime commence à connaitre diverses crises, en particulier économique. Les politiques d'austérité ayant de tout temps inspiré peu d'enthousiasme de la part du vil peuple, il convenait de rappeler à la plèbe individualiste le courage de ses dirigeants, et par voie de fait la légitimité du pouvoir de l'autoproclamé Conducator. Que penser dès lors du film Vlad Tepes de Doru Nastase ? Film historique à but propagandiste ? Pas seulement...

Lysoen / Hommage à Ole Bull - Nils Okland & Sigbjorn Apeland (2011)

Ouvrons la parenthèse contemplative avec le projet de deux musiciens scandinaves apparentés à la scène jazz qui enregistrèrent en 2011 un hommage à Ole Bull (1810-1880) ou l'une des figures de la musique norvégienne du 19ème siècle.

Contemporain et partenaire musical de Franz Listz, considéré à l'époque comme le successeur logique du génial Paganini, le violoniste Ole Bull n'en demeurait pas moins un compositeur classique attaché à ses racines folk, ce dernier jouant ou incluant quelques thèmes traditionnels lors de ses concerts. Voici pour les synthétiques présentations.

Cronico Ristretto : Afrodisian Orchestra - Satierismos (2011)

Dans les souvenirs du préposé, la première incursion jazz d'une des compositions du maître Erik Satie datait de 1971, celle où sur son album In The Beginning le flûtiste Hubert Laws reprenait le premier thème des Gymnopédies. Une relecture respectueuse à la croisée du jazz et des arrangements somptueusement soul de la maison CTI. Quatre décennies passées, le haut-normand reste une source d'inspiration pour les jazzmen en herbe, à l'image de cet Afrodisian Orchestra, big band en provenance de la péninsule ibérique et leur Satierismos

L'Afrodisian Orchestra fondé à Madrid en 2008 sous la tutelle du bassiste Miguel Blanco sort son premier disque Mediterraciones l'année suivante. Le big band espagnol se produit alors régulièrement dans les clubs madrilènes, et à l'occasion dans divers festivals ibériques, tels que le festival de jazz de Madrid ou celui de Zamora. Comme tout grand ensemble de jazz, l'Afrodisian est caractérisé par une section cuivre pléthorique, neuf souffleurs abonnés à la trompette, au trombone et aux saxophones de toute sorte... et deux flûtes traversières pour les boulimiques restants! Ajoutez y une section rythmique comportant un pianiste, un guitariste, un bassiste et deux percussionnistes, l'Orchestra est taillé pour faire rugir une incandescence jazz aux accents latins de Cuba en passant par le Brésil. 

Cronico Ristretto : Kosmograd - Kosmograd (2011)

A défaut d'avoir conclu 2011 par la chronique d'un album de sludge, entamons la nouvelle année et corrigeons cette bévue par le premier album éponyme de Kosmograd sorti en septembre dernier. Et débutons cette chronique serrée par une question qui ne laissera planer aucun doute sur la santé mentale des protagonistes et le bien fondé de leur dernière livraison : quand vos centres d'intérêt se limitent à la vie, aux dinosaures, à l'espace et en particulier à la vie des dinosaures dans l'espace [1], un groupe peut-il être foncièrement mauvais ?

Formation basée à Toronto depuis 2009, les quatre musiciens, après diverses démos égrenées en 2010, enregistrent l'année suivante un premier album de cinq titres fleurant bon le sludge et plus si affinités. Variant autant les rythmes et les ambiances que les durées, avec un goût néanmoins prononcé pour les formats longs, les Kosmograd combinent volontiers leur sludge avec un heavy épique, une bonne dose de psychédélisme et bien sûr du grooooove en veux-tu en voilà...

Lulu - Lou Reed & Metallica (2011)

L'annonce ressemblait à un poisson d'avril. Mais la saison des canulars printaniers n'étaient plus d'actualité. Lou Reed et Metallica collaboraient à un album commun. De quoi attiser la curiosité du badaud ? Du préposé, pas vraiment, tant le dernier The Raven de papy Reed avait refroidi l'enthousiasme suscité par l'excellent Ecstasy (2000). Et un intérêt d'autant plus relatif à l'écoute de la dernière livraison des four horsemen (comme on dit dans le milieu), Death Magnetic, qui tentait de revenir vainement au thrash de leurs jeunes années. Bref, à part être attiré par une curiosité malsaine et morbide, la sortie de Lulu n'allait aucunement bouleversé le quotidien des amateurs de musique. Or c'était oublier un peu vite le goût pour la viande faisandée qui anime le RHCS.

Promis en quelque sorte comme le chaînon manquant entre le lourdingue Berlin (1973) et le heavy Master of Puppets (1986), Lulu pouvait-il dans ce cas susciter un quelconque regain d'intérêt ? Sur le papier, le doute restait de mise, mais en bon charognard, la chronique d'une catastrophe annoncée devenait trop tentante, la date de sortie du délit méritait donc d'être notée quelque part... le 31 Octobre 2011. Inspiré par deux pièces de théâtre écrites par l'Allemand Frank Wedekind, l'album du quintette (accompagné d'un ensemble à cordes) se décompose [1] en deux disques d'une quarantaine de minutes pour dix chansons au total : faites le calcul, gare à l'indigestion...

Funky front covers part V

En partenariat cette année avec les talentueux Mario Labs ®, ouvrons comme le veut la tradition la nouvelle saison des Funky front covers © pour une mise en ligne croisée en mondovision à la gloire des pochettes sexy, déviantes ou par mégarde ridicules que les décennies passées ont pu offrir à la plèbe amatrice de débordement visualo-musical.

Et pour fêter cette cinquième édition, toute l'équipe (bon ok, le préposé et l'agent comptable...) a décidé de s'éloigner momentanément du funk originel (bouuuuuh!!!) pour d'autres horizons plus exotiques (aaaah!!), en gardant à l'esprit bien évidemment l'essence même des funky covers : une ode aux corps moites et à la chair frémissante.

En préambule, afin de solder les comptes pour reprendre les termes poético-financier de notre agent préféré, et avant de s'enfoncer irrémédiablement vers le grotesque (oh, l'autre!), il est bon de se rappeler qu'une femme nue n'est pas forcément un argument facile de vendeurs de soupe (gniiii?)... tout du moins pas forcément comme le prouvent les trois exemples suivants.

         

Super - James Gunn (2010)

A l'heure où le film de super-héros a toujours le vent en poupe de l'autre côté de l'Atlantique, entre un super-soldat yankee chargé en stéroïdes et bouffeur de nazis/canailles communistes (rayez la mention si besoin), et les futures nouvelles et dernières [1] aventures de l'homme chauve-souris, il est amusant de constater que cet engouement touche également le cinéma indépendant US de ces dernières années, à l'image de Defendor de Peter Stebbings ou de Super de James Gunn, au détail près, on l'aura compris, que ces « super »-héros sont des plus décalés...

Frank D'Arbo (Rainn Wilson) a deux passions dans sa vie: le dessin aux crayons et sa femme Sarah (Liv Tyler). Mais un jour cette ancienne junkie renoue avec ses anciens démons tentée par le séduisant et charismatique Jacques (Kevin Bacon). Abandonnant le domicile conjugal pour ce dealer (et propriétaire d'un club de strip-tease), Frank perd rapidement le goût de la vie... lorsque celui-ci rencontre dieu (doublé par Rob Zombie)... tout du moins le doigt de ce dernier touchant son cerveau après le visionnage d'un des épisodes à but informativo-prosélyte du Vengeur Sacré (Holy Avenger) (Nathan Fillion). Par cette vision divine, Frank a la révélation, il doit devenir un super-héros. Armé d'une clef à molette et d'un costume rouge fait main, le désormais Éclair Cramoisi (Crimson Bolt) fait régner la terreur parmi les dealers de marijuana... et les resquilleurs de files d'attente, les coups de clefs à molette étant globalement assez persuasifs et offrant des souvenirs plutôt mitigés aux cloisons nasales des dits vilains. Mais Frank n'a qu'un but: sauver Sarah des griffes de Jacques, Frank trouvant comme tout bon super-héros qui se respecte son acolyte et sidekick, Libby (Ellen Page), la jeune employée de la boutique de comics où celui-ci était venu chercher l'inspiration... 

Live report : Médéric Collignon "Hommage à King Crimson" New Morning 07/12/2011

Quatre décennies après les premiers soubresauts, si les divers croisements entre le jazz et le rock ne font plus débat et encore moins polémique, la production discographique jazz-rock-fusion des années 70 ayant à elle seule démontré et réglé les tentations de cette chimère musicale, la curiosité restait de mise en apprenant la nouvelle: un hommage jazz au groupe de rock mythique King Crimson. Fallait-il néanmoins s'étonner d'une telle initiative, le Robert Fripp band étant l'une des rares formations de rock progressiste à avoir su éviter les nombreux pièges et travers de la scène dite art-rock. Robert Fripp guitariste aux multiples facettes, Médéric Collignon électron libre du jazz français, la rencontre ne manquait pas de piquant.

Accompagné d'un double quatuor à cordes et de son habituel quartette Jus de Bocse (Philippe Gleizes à la batterie, Frank Woeste au Fender Rhodes et Frédéric Chiffoleau à la contrebasse) avec qui Médéric Collignon rendit un précédent hommage à Miles Davis (les albums Porgy and Bess et Shangri-Tunkashi-La sortis en 2006 et 2010), Collignon revisite à sa façon l'univers du Roi pourpre, avec une préférence prononcée pour son répertoire "récent" lors de ce troisième concert au New Morning cette fois-ci (1). S'ouvrant par le classique éponyme morceau de 1974, Red, le cornettiste dès cette introduction rassure l'habitué des sonorités "frippiennes", l'esprit est bien là, à charge pour le souffleur d'imposer son style par la suite. S'enchaîne Vrooom et Vrooom Vrooom issus de Thrak (1995) où le groove du quartet assoit durablement l'empreinte que laissera le souvenir de ce concert : une musique maîtrisée de bout en bout, à la fois fidèle et libre dans son interprétation, Crimson revisité par une formation apparentée jazz-funk, qui l'eut cru?

Cronico ristretto: L'arbre et la forêt - Jacques Martineau, Olivier Ducastel (2010)

Le préposé n'a jamais caché son admiration pour Guy Marchand, comment pourrait-il en être autrement? Allant même jusqu'à chroniquer son dernier album lors de sa sortie en mai 2008 (A Guy in Blue) ou à porter parfois quelques couvre-chefs pour se rapprocher un tant soit peu du maître. Et s'il aura fallu plus d'un an pour voir le dernier long-métrage de notre hidalgo septuagénaire, L'arbre et la forêt, le souvenir d'avoir vu l'un des plus beaux rôles de Guy Marchand marquera plus les esprits que ce délai d'attente malheureux.

1999, un homme âgé marche dans une forêt sans but apparent, contemple les arbres, la forêt, sa forêt. Soudain un molosse à l'allure impressionnante mais nullement menaçante s'approche, le vieil homme qui était l'instant d'avant calme, serein devient tétanisé, la seule vue de ce rottweiler éveillant en lui un passé enterré, synonyme de honte et de terreur. Cet homme, Frédérick Muller (Guy Marchand) n'a pas été convié à l'enterrement de son fils aîné, ce dernier interdisant sa présence. Or nul de la famille n'est au courant de ce bannissement post-mortem, une absence sous couvert d’excentricité, le patriarche forestier étant connu des siens comme un original. Mais ce manquement aux règles n'est pas sans créer des remouds dans la famille, le fils cadet et la petite-fille de Frédérick ne comprenant pas cette attitude apparemment désinvolte... car Frédérick cache un lourd secret, sa stature de prisonnier politique durant l'occupation n'est qu'un leurre, celui-ci fut déporté pour d'autres raisons, ce que son fils aîné découvrit et ne lui pardonna pas.

Cronico ristretto : Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011)

"Peinture de personnages à la dérive dans des situations difficilement compréhensibles par un public jeune" [1], voici donc les raisons qui ont poussé la commission de classification des films à censurer, tout du moins demander à ce que soit interdit au moins de seize ans, le premier film de la romancière australienne Julia Leigh. Beaucoup de bruit pour pas grand chose ? En quelque sorte, tant l'opacité du propos ne risquait pas d'inciter les adolescents français à se précipiter dans les salles obscures pour voir les péripéties cliniques d'une poupée dormant avec de vieux messieurs impuissants. 

Lucy (Emily Browning), jeune étudiante australienne, multiplie les petits boulots pour arrondir ses fins de mois difficiles: cobaye pour un laboratoire, serveuse, préposée à la photocopieuse, le tout dans une indifférence non feinte. Un jour, celle-ci répond à une annonce publiée dans le journal des étudiants de sa fac. Serveuse pour soirées très privées dans un premier temps, cette beauté unique, selon les propres mots de Clara sa mère-maquerelle post-moderne (Rachael Blake), va très rapidement se voir proposer le rôle de "belle endormie". Selon un rituel bien définie, après ingestion d'une tisane au vertu assommante, Lucy passera la nuit avec un client, avec nul souvenir au réveil, juste la promesse que son vagin restera "un temple inviolé"...

L'abîme des morts-vivants - A.M. Frank (1981)

L'histoire nous avait appris que pour une querelle (d'argent ?) avec Eurociné, le réalisateur espagnol Jess Franco s'était désisté de la mise en scène du désormais culte Lac des morts-vivants, cédant sa place à un mystérieux J.A. Lazer (qui cachait en fait Jean Rollin). Rapidement réconcilié avec la famille Lesoeur, dont la société reste indissociable de la filmographie du madrilène, pour le meilleur, L'horrible docteur Orlof, et pour le pire, au hasard Mondo cannibale, le réalisateur ibérique accepta cette nouvelle commande, pour le bonheur des amateurs de friandises miteuses sur pelloches. De cette production au nom fleurant bon l'effroi made in France, L’abîme des morts-vivants aura toutefois davantage marqué l'inconscient collectif international avec un titre anglophone avant-gardiste, osant mêler l'horreur et l'exotisme le plus échevelé : Oasis of the zombies / Living-Dead [1].

1943, en pleine seconde Guerre Mondiale, un commando allemand transportant un chargement de 6 milliards or en plein désert saharien est intercepté par les alliés dans une oasis. De cette bataille d'une rare violence, un seul homme survit, le capitaine Blabert (Javier Maiza). Cet officier de la couronne britannique est très rapidement recueilli par l'une de ses anciennes connaissances, le cheikh local (Antonio Mayans) régnant sur cette contrée aussi belle qu'hostile. Soigné, Blabert profite comme il se doit de l'hospitalité des hommes du désert en tombant amoureux (et plus si affinités) d'Aisha, la fille du cheikh. Puis la guerre enfin terminée, Blalbert rejoint finalement celle qui lui a donné son cœur et par extension sa vie, car Aisha est morte en couche, laissant seul et désemparé son père le cheikh et désormais captain Blabert...

Ils étaient les brigades rouges 1969-1978 - Mosco Levi Boucault (2011)

Disponible en DVD depuis le 21 septembre, le documentaire Ils étaient les brigades rouges 1969-1978 (1), comme son nom l'indique, s'attache à retracer la première décennie de l'organisation révolutionnaire italienne, de ces débuts dans les grandes villes industrielles du Nord de la péninsule à l'enlèvement puis l'assassinat du président de la Démocratie Chrétienne, Aldo Moro, en mai 1978. Avec l'appui des documents d'époque, Mosco Levi Boucault revient sur ces "années de plomb" avec le témoignage de quatre membres du commando qui a enlevé Aldo Moro.

Dans une première partie intitulée Le vote ne paie pas, prenons le fusil, le documentaire revient pas à pas sur les raisons qui ont poussées une certaine jeunesse italienne à quitter le giron du parti communiste, dans lequel ils ne se reconnaissaient plus, pour une lutte politique basée sur l'affrontement, avant de glisser dans la seconde partie, La révolution n'est pas un dîner mondain (2), vers la lutte armée et le meurtre. Le film décrit par les témoignages de Raffaele Fiore, Prospero Gallinari, Valerio Morucci et Mario Moretti, chef du commando Moro, comment à l'automne 69 les tensions sociales, l'incompréhension des syndicats et du PCI envers cette jeunesse ouvrière, puis l'attentat de la Piazza Fontana à Milan (16 morts, 88 blessés) (3) perpétré par des néo-fascistes en décembre de la même année, donneront naissance à divers groupuscules d'extrême-gauche et en particulier les Brigades Rouges (Brigate Rosse). Avec suffisamment de recul, les quatre hommes relatent clairement de manière quasi didactique l'origine du mouvement et sans remords le point de départ de leur dérive criminelle.

Drive - Nicolas Winding Refn (2011)

En préambule et au risque de se répéter, le docteur préposé aurait très bien pu sous-titrer cette chronique par un "pour en finir définitivement avec les eighties?"... ou pointer du doigt l'humour méconnu de Robert De Niro dont le jury cannois décerna au film qui nous intéresse le prix de la mise en scène... Éblouissant ce film si on en croit certaines critiques? Fascinant un cascadeur préférant jouer les chauffeurs pour la mafia au lieu de jouer les chasseurs de prime? Mais n'allons pas trop vite...

Si le film noir n'est pas le genre le plus iconoclaste qui soit, celui-ci suivant au contraire des codes pré-établis, Drive par certains partis pris (douteux?) se situerait dans une catégorie bâtarde voire hybride pour les plus indulgents: celle du ravalement de façade factice et faussement originale ou broder autour du thème classique du film de criminel quelques aspects hétéroclites bancals.

À Los Angeles, un jeune homme taiseux (Ryan Gosling) dont on ne connaîtra jamais le nom (1) travaille comme mécanicien dans un modeste garage. Et le reste de son temps? Celui-ci sait faire profiter à la communauté ses dons de pilote automobile, comme cascadeur occasionnel pour l'industrie cinématographique et comme chauffeur dans divers casses pour la pègre locale.

Cronico Ristretto: Wo!Man - Archie Shepp & Joachim Kühn (2011)

Jeune loup de la New Thing dans les années 60, le désormais patriarche Archie Shepp n'en demeure pas moins en 2011 un artiste dans l'air du temps: un éternel jeune homme au service de la great black music, à l'image de sa dernière oeuvre Wo! Man en duo avec le pianiste Joachim Kühn.

Après un précédent album remarqué, Phat Jam in Milano (2009), où le géniteur de Blasé reprenait d'une manière méconnaissable le classique de Led Zeppelin Kashmir en s'adjoignant les services du rappeur Napoleon Maddox, Shepp quitte deux ans plus tard le spoken word et l'univers urbain du rap pour d'autres horizons: celui du jazz minimaliste.

Quant à Joachim Kühn, ce dernier est connu pour être un grand pianiste de jazz outre-Rhin, mais à la lecture de son parcours, également un artiste aventureux, multipliant au cours de sa vie musicale les rencontres diverses, du free jazz de Don Cherry au jazz fusion d'un Jean-Luc Ponty, Billy Cobham en passant par des jouxtes au piano avec le radical Martial Solal ou le batteur Daniel Humair. 

Cronico Ristretto: 777 Sect(s) - Blut Aus Nord (2011)

Dans la mémoire du préposé, la musique de Blut Aus Nord pouvait se résumer à une introduction froide et lugubre, et à un riff, ou plutôt correction, LE riff : répétitif, imposant, majestueux (Slaughterday (the heathen blood of ours)), soit la quintessence du black metal viking des 90's, celui des formations biberonnées aux élans épiques de Bathory... au détail près que Blut ne provenait pas de Scandinavie mais de l'hexagone, c'était en 1996, et la fin de leur première période.

Dix ans passèrent, Blut Aus Nord enregistra son œuvre : MoRT (Metamorphosis of Realistic Theories), fruit d'une mutation amorcée cinq années auparavant, un condensé de malaise noir en huit chapitres désincarnés, déchiquetés, véritable maelström black metal déstructuré aux confins de l'industriel et du dark ambient.

Cronico Ristretto : Marco Perrin - Jérémy Kaplan (2011)

Rares sont les occasions de pouvoir chroniquer l'oeuvre d'un de ses plus vieux lecteurs : un documentaire mais aussi et surtout le fruit d'une aventure humaine et d'une obstination, celle d'un jeune passionné de cinéma décidé à rendre hommage à l'un des seconds rôles oubliés du cinéma français, Marco Perrin.

Figure récurrente du cinéma populaire hexagonale des années 60 jusqu'au début des années 80, Jean Marco Markovitch dit Marco Perrin comme bon nombre de ses pairs habitués aux rôles mineurs (1), aura marqué l'inconscient collectif par sa bonhomie et son accent méditerranéen. Cet homme de théâtre compte ainsi une filmographie gargantuesque, de la figuration la plus improbable (Les Vikings de Richard Fleischer), à des seconds rôles plus consistants (Les Valseuses, Comme la lune de Joel Séria) et une ribambelle de navets croisés nanar qui ferait déborder d'émotions le premier préposé déviant à la chronique venu, c'est à dire moi (Prends ta rolls et va pointer, Belles, blondes et bronzées, Le gendarme et les extra-terrestres). Mais en 1983, frappé d'hémiplégie, Marco fut contraint et forcé de mettre un terme à sa carrière...

Cronico Ristretto : Cane di Schiena - Calomito (2011)

Quoi de plus obscur et opaque que le RIO ! En voici une affirmation que le rock addict pourra aisément lancer à ses pairs en guise d'amuse-bouche futile. Une question aware loin d'être innocente pour celui qui voudrait contre-alimenter une séance d'art-rock bashing [1]. De toute façon, le Rock In Opposition n'intéresse plus aujourd'hui que les fétichistes de la chaussette 100% pure laine pourrait rétorquer d'une boutade le troll de passage. Or, la formation du jour, Calomito, à l'instar de leurs aînés Stormy Six qui partagèrent la fameuse affiche du festival de 1978 [2], provient d'Italie. Premier indice : le quintette se distingue par une ossature instrumentale inhabituelle, au-delà du trio classique basse, guitare, batterie s'y greffent un violon et un trombone. Second indice : leur musique est principalement instrumentale. Dernier et troisième indice : la qualité des compositions et les multiples références aux quelles ces dernières se rattachent. Conclusion : encore un grand album en provenance d'Italie... mais n'allons pas trop vite.

Piège en eaux profondes - Anthony Hickox (2005)

En préambule, le préposé à la chronique saluera, dans un premier temps, l'imagination et l'art délicat de la traduction des vendeurs de pelloches de toutes sortes à la lecture du titre français du film Seagalien qui nous intéresse. Dans un second temps, le sourire moqueur s'éclipsera pour laisser place à une émotion non feinte, écrasant même une larme en souvenir d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, un temps révolu qui porte un nom : Casey Riback. Faut-il être sentimentalement handicapé pour ne pas vibrer au son d'un bras virilement cassé par notre aïkido panda préféré ? Qui n'a jamais rêvé d'assister à une séance de désossage à mains nus par notre redresseur de torts préférés ? Pouf Pouf. Passé ce léger emportement [1], admettons un instant que le gentil distributeur de Submerged n'est en aucun cas un margoulin de première, ou simplement un vendeur fatigué dont les méthodes de vente faciles n'amusent plus grand monde, mais, avant tout, un homme dont l'altruisme n'a d'égal que sa capacité à éveiller la nostalgie qui sommeille en chacun de nous. Bref, Piège en eaux profondes... 

Cronico Ristretto : Orcs! - James MacPherson (2011)

Dans la série « le préposé avait signé pour un nanar et il s'est fait eu », je voudrais Orcs! Le film de James MacPherson partait pourtant sous les meilleurs hospices : un budget famélique, des professionnels inconnus et un synopsis nous rappelant aux bons souvenirs d'un autre mauvais film sympathique, qui flirtait également avec la fantasy horrifique claudicante : Ogre... Alors, qu'est-ce qui a cloché ?!

L'histoire était pourtant alléchante pour l'amateur de déviance cinématographique : des guerriers orcs affamés s'échappent des tréfonds d'une montagne pour conquérir le monde avec pour seul rempart contre cette barbarie world of warcraftienne, le fier ranger Cal Robertson (Adam Johnson), son preux et naïf adjoint-stagiaire Hobart Moss (Maclain Nelson) et enfin son ex-petite amie Katie (Renny Richmond). L'affiche aurait dû alerter le préposé docteur, au même titre que la bande-annonce, mais une fois encore ce dernier fut le jouet d'une précipitation finalement bien venue tant l'objet s'apparenta à une agréable surprise, et ceci, dès les premières minutes.
 

Cronico Ristretto: I Love You - Marco Ferreri (1986)

Film quasiment inconnu, I Love You de l'irrévérencieux Marco Ferreri fait immédiatement office d'ovni dans la filmographie de notre Totophe national. Mais pouvait-il en être autrement de la part du cinéaste (fatigué) de La grande bouffe ?

Sorti en 1986 entre Highlander et Le Sicilien de Michael Cimino, soit au plus fort de la popularité de Christophe Lambert, le long-métrage tendrait à prouver, si l'on se réfère aux témoignages de l'époque, le souhait précoce de l'acteur de casser son image, une envie comme tant d'autres d'alterner films grand public et projets plus personnels... perspective mis à mal par la suite tant la carrière de Lambert aura prouvé, en dépit du réel capital sympathie qu'il dégage, son incapacité à faire rarement les bons choix, entre insouciance et don manifeste (quoique inconscient) pour l'auto destruction artistique.

La lettre du Kremlin - John Huston (1970)

A de très rares occasions le cinéma aura montré le visage des services de renseignement tel que pouvait le présenter un monsieur X chaque semaine : froid, calculateur, une partie d'échec où l'humain n'a pas sa place, chaque camp plaçant ses pions au gré ou en fonction de ses propres intérêts. Sans surprise, le 7ème art avec comme figure populaire le matricule 007 du MI6 britannique aura préféré misé sur l'aventure, le glamour et l'exotisme, images d'Épinal collant aux basques du parfait agent secret sur pellicule. En 1969, le grand John Huston adapte The Kremlin Letter, roman de Noel Behn [1], pour un résultat forcément plus proche d'une certaine réalité.

1969, deux hommes, un américain et un russe discutent dans un musée parisien. L'occidental veut récupérer quel qu’en soit le prix une lettre compromettante détenue par les soviétiques, lettre qui fut un temps dans les mains de cet intermédiaire nommé Polyakov. Mais celui-ci se suicide en prison après avoir été arrêté et emprisonné par les services secrets russes, condamnant implicitement à mort la sœur et la mère de ce traitre, à l'exception de son épouse, le colonel Kosnov (Max Von Sydow) ayant d'autres desseins... Quelque temps plus tard, l'officier Charles Rone (Patrick O'Neal) est révoqué de la Navy non sans amertume de la part de son supérieur (John Huston), ce dernier soupçonnant une manœuvre déguisée de la part de Washington. On propose effectivement à Rone d'intégrer un groupe d'espions indépendants, libre de toute administration ou agence gouvernementale.

Les frénétiques (The Last Horror Film) - David Winters (1982)

Parmi les bonnes recettes que tout bon producteur ou réalisateur se doit d'utiliser pour fructifier à moindre frais un succès, la suite ou assimilé [1] a toujours eu pour des raisons évidentes de facilité/rentabilité la primeur des comptables du 7ème art. Mais lorsque vous n'êtes pas le géniteur du long métrage, et déveine supplémentaire, la providence ou votre porte-monnaie n'a pu vous faire obtenir les droits du dit succès, les possibilités restantes sont désormais assez minces si l'envie vous poussent encore à reprendre à votre compte (et à moindre frais) cette réussite passée… à moins de s'allouer les services de l'ancien casting, et de leur proposer, ni plus ni moins, une version alternative du précédent film [2].

Intitulé à sa sortie dans les salles hexagonales, Les frénétiques, le film de David Winters convie, on l'aura compris, pour le meilleur et surtout pour le pire, pour la troisième fois le duo Joe Spinell et Caroline Munro. Les amateurs de Maniac de William Lustig apprécieront la démarche opportuniste de Winters et de son producteur Judd Hamilton. Mais n'allons pas trop vite.