"Je t'ai manqué?" - "A jamais"

20h30. Samedi 14 mars. J'apprends qu'Alain Bashung a tiré sa révérence. Une fois de plus, le crabe emporte un artiste qui m'est cher.

Le premier réflexe aurait été d'écouter mon disque préféré de ce monsieur, son joyaux noir sorti en 2002, L'Imprudence. Et pourtant, quitte à lui rendre un dernier hommage, une dernière pensée, ne vaut il mieux pas un témoignage public? Je sors alors de mon PC le bootleg de son concert à Lille le 5 avril dernier. Et j'en viens à regretter de ne pas l'avoir vu lors de sa dernière tournée... tandis que j'étais parmi les mangeurs les goudas... Il me restera toujours ce souvenir de janvier (ou février j'ai un doute d'un coup) 2003 lors de son passage à Rouen au Théâtre des Arts.

Comme je le soulignais dans un précédent post, l'oeuvre de Bashung m'a longtemps intrigué, l'homme étant capable d'alterner album difficile, sombre, exigeant avec d'autre plus accessibles, plus à l’écoute du public pour certains. Rare sont les artistes catalogués chanson française qui pouvaient se targuer d'avoir vu Joy Division aux Bains Douches en 1979, de citer les DAF comme référence ou sortir de son chapeau Colin Newman de Wire et les guitaristes Blixa Bargeld, Phil Manzanera ou Marc Ribot comme invités de luxe. Certes, certains de ses albums sont dispensables, d'autres handicapés par une production datée. L'homme s'est longtemps cherché aussi, a mis du temps avant de pouvoir se démarquer des influences anglo-saxonnes, il n'empêche.

Comme c'est souvent le cas, l'annonce de sa disparition comme l'avait déjà fait auparavant celle de sa maladie, provoquera un intérêt morbide pour son dernier album en date, Bleu Pétrole. Album "léger" suivant une fois de plus sa démarche de l'alternance des 80-90's, Bleu Pétrole diamétralement opposé à la noirceur de L'Imprudence? Album plus empreint à la mélancolie finalement, où Bashung retrouve ses anciens réflexes folk et country.

On se souviendra des calambours de Bergman à ses débuts ou de sa poésie abstraite, celle de la période Jean Fauque. Pourtant je retiens en premier les paroles qui ont germé de sa seule collaboration avec Gainsbourg, la chanson J'croise aux hébrides sur Play Blessures, un Bashung qui digère mal le succès populaire signant son arrêt de mort sur l'autel de la célébrité, et ainsi signer le départ d'une oeuvre de plus en plus personnelle: "Je dédie cette angoisse à un chanteur disparu, Mort de soif dans le désert de Gaby, Respectez une minute de silence, Faites comme si j'étais pas arrivé".


Blood Freak - Brad F. Grinter, Steve Hawkes : Par le pouvoir du glouglou ancestral

"Je ne comprends pas vraiment les gens qui s'éclatent à mater des séries Z"... voici des mots qui résonnent encore en moi depuis dimanche dernier. Pourtant ceux qui ont eu la chance de pouvoir visionner le terrible Blood Freak, et dès lors se délecter d'un tel film, savent qu'on trouve rarement ce goût si particulier qui ravit tant le palais fin du cinéphile déviant. Parallèle tout trouvé s'il en est, puisque l'affiche souligne fort justement l'addiction dont est assujetti notre craignos monster, dixit JP Putters : "Only the Blood of Drugs Addicts Can Satisfy its Thirst". Tremblez jeunes gens ! Blood Freak, un film qui vous démontera par A+B que seul l'amour de Dieu est plus fort que la drogue !

Blood Freak, mauvais film sympathique culte outre-Atlantique, est tout droit sorti des cerveaux malades de deux énergumènes, Brad F. Grinter et Steven Hawkes, ce dernier ayant le double emploi d'être le héros de cette dramatique aventure. Mieux, sous ce canevas moralisateur, le film a le mérite, déjà en 1972, de pointer du doigt les méfaits des expérimentations dans l'agriculture, enfin quand ceci sont conjugués avec la consommation de marijuana. Cerise sur le dindon, Blood Freak a la particularité d'avoir la présence à l'écran, durant les « moments clefs », d'un curieux personnage attablé, cigarette au bec, un Vincent Price du pauvre, look 70's (petite mention pour sa chemise) qui lit avec un semblant de conviction quelques phrases dignes du bouquin "La philosophie sous psychotropes pour les nuls". Or, surprise, ce sinistre narrateur omniscient est joué par le deuxième metteur en scène, prestation qui redéfinit la notion même de détachement.

Black Shabbis - Jamie Saft (2009): Jazz yiddish VS metal extrême

Le jazz et le metal, drôle de mélange n'est-ce pas? Surtout quand le dit metal s'acoquine avec des vocaux écorchés ou gutturaux et des guitares sous-accordées. Pourtant, à l'orée des 90's, quelques groupes ont tenté une drôle de chimère, synthétiser la fureur du death metal, avec la virtuosité et un touché proche du jazz-rock. Une démarche en somme qui pourrait faire penser de prime abord avec celle de certains groupes de rock progressif des 70's. Hormis le fait d’être un mariage contre nature, et d’intéresser très peu d'auditeurs, les groupes Cynic, Pestilence et Atheist pour les citer ont/avaient au moins un mérite, celui de ne pas verser dans les travers de leurs aînés des 70's (tout du moins à des niveaux largement inférieurs), à savoir une musique ampoulée au maximum, où le grotesque et la prétention musicale étaient d'usage.

Des chevelus métalleux qui s'intéressent dès lors au jazz peut paraitre étrange... mais que des jazzmen de formation aient la démarche inverse, que dire ? Comme je l'avais écrit lors d'un précédent post, le premier terroriste sonore venant du jazz à avoir eu cette démarche n'est autre que John Zorn avec ses deux fameux projets: Naked City et surtout Painkiller avec au poste de batteur Mick Harris, le premier cogneur de la formation culte de grindcore Napalm Death. Bref qu'un musicien, sideman pour l'Electric Masada du sieur Zorn, décide à son tour de se jeter dans le grand bain du metal extrême... y'a des surprises qui n'en sont plus. Encore que... surprise tout de même car point de trace d'une once de jazz en fait, contrairement à Naked City ou via les improvisations cataclysmiques de Painkiller. Oui mais alors qu'est-ce que ça implique? Roh rien de bien méchant ma bonne dame, juste du metal extrême.

Jamie Saft, multi-instrumentiste, se chargeant à la fois des claviers, de la guitare, de la basse et de quelques vocaux s'est adjoint les services pour l'occasion d'un autre musicien connu pour jouer aux côtés de John Zorn mais aussi pour avoir fait parti d'un des groupes les plus novateurs des 90's, Mr Bungle, à savoir le bassiste Trevor Dunn. Il faut tout de suite avant d'aller plus loin qu'avec un tel duo, on aurait voulu, souhaiter plus de folie... ce ne sera pas le cas, de là à bouder son plaisir? Pas tant que ça, Black Shabbis à travers son Jewish metal nous propose un florilège suffisamment intéressant allant du thrash, au sludge en passant par le doom jusqu'au drone... à défaut de révolution musicale.

En guise d'introduction, dans la grande tradition des albums de metal des 80's, Metallica en tête, Jamie Saft & co nous convient ainsi à une intro à mille lieux des futures ambiances sombres de la dite galette, soit un Black Shabbis-The Trail of Libels tout droit sorti d'un album de... Calexico. Transition toute trouvée s'il en est puisque le morceau suivant Blood nous plonge directement dans un thrash des familles, Slayer en tête pour la rythmique, des vocaux caverneux proches du grec Spiros et des arrangements rappelant les débuts de son groupe Septic Flesh. Serpent Seed, quant à lui ébauche tout de suite l'évolution de Black Shabbis, un disque pied au plancher au démarrage pour ralentir son tempo dès le troisième titre. Serpent Seed ou le mix entre un sludge poisseux, marque de fabrique des rednecks from Louisiana, des arrangements orientaux digne des israéliens d'Orphaned Land et une conclusion chaotique au bon souvenir d'un Zorn.

En citant précédemment un ralentissement de la rythmique, je minimisais à peine l'étendu des dégâts, Der Judenstein (The Jewry Stone) nous plonge directement dans un doom massif de 9 minutes tandis que Kielce et The Ballad of Leo Frank suivent le sillage d'un Earth première époque ou d'un Sunn O))). Et bien que Black Shabbis soit avant tout un album instrumental, où tout du moins les vocaux ont une place mineure, on n'oubliera pas l'un des plats de résistance de l'album, Army Girl morceau digne d'une collaboration avec Mike Patton.

Black Shabbis est un drôle d'album au final. Celui qui ne devrait satisfaire ni les fans de jazz, ni les amateurs de décibels extrêmes, ces derniers risquant de trouver la galette trop dispersée... encore que pour la première catégorie, les habitués aux productions Tzadik ne devraient pas être si déstabilisés que cela (après avoir passé l'épreuve Merzbow, on est en partie vacciné...). Un album qui manque d'originalité mais qui a le mérite de synthétiser agréablement tout un pan de la musique extrême de manière efficace.

Gran Torino/The Wrestler VS Death Wish 3/Rocky

Le préposé est colère. Le docteur est vengeance. Affutons nos couteaux, et préparons nos bavoirs. Ça va trancher. C'est pas pour dire, mais s'il y a bien quelque chose que nous apprécions très moyennement, c'est de nous sentir blouser à la vision d'un film. Un emportement surfait ? Certes. Mais il est toujours bon de sinon remettre en cause les critiques unanimes, du moins d'y mettre de belles et grosses pincettes. Sortons donc l'artillerie, et occupons nous des deux "chefs d'œuvre" étasuniens sortis récemment en France Gran Torino et The Wrestler.
  
Par ordre chronologique, intéressons nous au dernier long métrage de Darren Aronofsky, Lion d'or à la dernière Mostra de Venise (résultat qui pourrait en dire long sur la vigueur depuis quelques années du festival transalpin, mais n'allons pas trop vite...). Après la baudruche emphatique cul cul la praline prénommée The Fontain, le supposé ex-petit génie Aronofsky laisse de côté, momentanément, ses artifices pour nous conter une histoire qui se voudrait ancrée dans le réel. Aronofsky aurait-il revu les chefs d'œuvre du néoréalisme italien ? Qu'on se rassure, Randy "the Ram" n'a pas perdu sa bicyclette, notre has been from the 80's a juste décidé de goûter une dernière fois aux joies des joutes viriles. Alors à qui profite le crime ? Pardon. A qui est destiné un tel produit ?

The Wrestler est un savant mélange de plusieurs recettes du passé. Vous avez aimé les aventures de Rocky Balboa. Les histoires de loser vous font tirer quelques larmes de crocodile. Vous êtes un ancien fan de Hard-FM  (Mötley Crüe, RATT et consorts). Vous aimez le catch. Vous aimez les héros vieillissants. Vous n'aimez pas les années 90. N'en rajoutez plus, ce Lion d'or 2008 est fait pour vous.

Présenté (enfin vendu) comme le énième grand retour de Mickey Rourke, The Wrestler part d'un malentendu. Rourke n'a jamais véritablement arrêté de tourner depuis la fin des 90's, le grand public a juste oublié ou n'a pas eu connaissances de ses rôles dans des productions parfois honteuses (Double Team avec JCVD) ou indépendantes (les excellents Animal Factory de Steve Buscemi ou Buffalo '66 de Vincent Gallo). Pire, l'ancien Johnny Belle gueule n'occupait plus le haut de l'affiche, juste des seconds rôles. Or ce serait oublier la sortie en fanfare de Sin City (voire de Domino) au mitan des années 2000, longs métrages nous faisaient déjà le coup du retour de notre ancien boxeur raté.

Avec un rôle taillé sur mesure, physiquement crédible, Rourke est habité par son personnage. Delà à y trouver une analogie grossière avec sa propre carrière d'acteur... Avec à la clef un rôle à récompenses comme Hollywood les aime. Comme évoqué plus haut, Aronofsky met entre parenthèses ses velléités vaines et colle au mieux sa mise en scène au sujet : sobre et sans artifice. Dommage que ses efforts aillent de pair avec une originalité en berne et une histoire supra prévisible. Bref, hormis quelques agrafes dans le dos, rideau, on ferme !
  


Seconde pseudo-diatribe, le dernier Eastwood et son nouveau chef d'œuvre: Gran Torino. Cette fois-ci, contrairement à The Wrestler, des premières alertes avaient été lancées indiquant l'aspect mineur du dernier Eastwood. Tentons de développer un tant soit peu...

Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée, se retrouve seul avec Daisy, son labrador, depuis le décès de sa femme. Tel le dernier des Mohicans, notre vieil homme blanc taciturne est désormais perdu en plein îlot Hmong. La vie vous réserve de cruelles désillusions, vous combattez les communistes dans les 50's et ces derniers, tout du moins des asiatiques, envahissent votre quartier. Mais papy Walt va prendre sous son aile son jeune voisin Thao. Il faut dire que ce dernier avait tenté de voler la Gran Torino de 1972 de papy Eastwood en guise d'épreuve pour faire partie du gang du quartier. Forcément une telle épreuve crée des liens d'amitié, de respect mutuel entre nos deux protagonistes (?!).

A la question, est-il crédible que notre héros adepte du racisme ordinaire puisse du jour au lendemain virer sa cuti et devenir copain comme cochon avec ses voisins Hmongs ? La réponse est... disons que le fait de vivre seul et d'avoir des voisins, asiatiques ou non, qui vous font la cuisine gratuitement doit sans doute peser lourd dans la balance de ce vieil homme aigri. Enfin il semblerait. Eastwood s'amuse toutefois à caricaturer son habituel personnage de réactionnaire. Admettons que ce racisme ordinaire, est davantage le fruit d'une souffrance, aigreur, solitude (rayez la mention inutile au besoin) que d'une réelle xénophobie, ce qui tendrait à expliquer ce revirement soudain. 

Sans déflorer la fin, quand bien même cette dernière reste prévisible, Gran Torino a la décence de garder un minimum de crédibilité. N'en déplaise aux annonces lues du type "le dernier film de Clint Eastwood contre les gangs". Eastwood, 78 printemps, aurait caché son dessein, et se lance dans un vigilante gériatrique ? Le grand Clint aurait-il attendu cet âge vénérable pour marcher sur les plates bandes de Charles Branson, grand maître parmi les maîtres ? Or, les admirateurs du Justicier de New-York devront se méfier de cette nouvelle publicité mensongère. Gran Torino n'est ni un grand film, ni un digne successeur de la série des Death Wish. Triste.
 

Harvey Milk... du petit lait?

Premier point, quitte à ouvrir de nouveau des portes ouvertes, combien de fois a t'on pu entendre ou lire que Milk était une réalisation de Gus Van Sant. Toujours est-il que le réalisateur est loin d'être un inconnu, un des rares finalement à avoir autant signé de films indépendants qu'hollywoodiens, le tout couronné par une palme d'or avec Elephant, inspiré par la tragédie shoot them up from Columbine. Bref, un Gus Van Sant éclipsé par son acteur principal, rien de neuf sous le soleil pour un film "mainstream" en somme. Ceci dit, on a beau faire son rabat-joie de service sur le fait que toute la communication tourne autour de Sean Penn et de son oscar, voire même trouver pour certains Penn antipathique (pour les plus conservateurs outre-Atlantique), la performance de l'acteur est sans conteste l'un des atouts majeurs de Milk.

Milk, soit le nom d'Harvey Milk, le premier conseiller municipal ouvertement gay élu à une mairie, celle de San Francisco. Le film retrace ainsi les huit dernières années d'Harvey Milk, soit ses dernières années couvrant sa lutte pour les droits des homosexuels, à la fois pour une reconnaissance mais aussi face aux attaques de l'extrême droite chrétienne portée par le sénateur Briggs et sa tête de gondole la chanteuse Anita Bryant.

High Time - MC5 (1971) : Motor City Five is ending

Peut-on réduire la discographie du MC5 à leur premier album, le monumental Kick Out The Jams ? Bien sûr que non vous répond le préposé à la chronique. Certes, résumer leur discographie, réduite à trois albums, est loin d'être une gageure, quand bien même ce premier album a la particularité d'être un disque live, et qui plus est, l'un des meilleurs (sinon le meilleur) album live de l'histoire du rock. Après un Back In The USA qui se faisait le chantre de l'urgence rock'n'roll des 50's, les cinq garçons de Motor City sortaient l'année suivante en 1971, déjà, leur dernier album et injustement mésestimé High Time. Enregistré par un groupe (déjà) quasi-moribond, le disque pourrait précéder la chronique d'une mort annoncée, le MC5 se séparant l'année suivante. Or High Time est leur album le plus riche, le plus aventureux et, paradoxalement, le plus accessible, soit celui qui laisse le plus de regrets.

Premier point, contrairement à l'album précédent, la production de Geoffrey Haslam sur High Time revient à un son plus brut, loin de celui de Back In The USA qui se voulait plus proche du son vintage 50's. Exit la nostalgie des postes AM et retour, donc, à un son plus incisif pour adepte de fureur et de déflagration sonique ? Pas seulement. Mais n'allons pas trop vite.

Bloodrayne - Uwe Boll (2005)

Pour reprendre le titre d'une des chansons les plus célèbres du fameux sétois moustachu, il serait bon de temps à autre de pointer du doigt quelques préjugés qui collent à la peau de certains de nos contemporains. Uwe Boll est-il le plus mauvais réalisateur en circulation, sinon le plus détestable ?

Il faut rappeler pour les moins geeks d'entre vous que ce metteur en scène allemand s'est fait la spécialité de ne tourner pratiquement que des adaptations de jeux vidéos plus ou moins célèbres. Or le résultat étant pudiquement raté à chaque nouvelle fournée, notre bon Uwe, en plus de faire partie désormais des têtes de turc favorites du geek lambda, se voit ainsi traîner cette sale réputation de margoulin cynique juste bon à tourner tout, et n'importe comment ; toute franchise étant pour lui potentiellement intéressante et suffisamment populaire pour ramener du spectateurs naïfs en salle de projection et donc remplir son porte-monnaie. A cela vous pouvez ajouter une attitude, une modestie et un amour des critiques inversement proportionnels au PIB de l'Abkhazie. Quand un réalisateur ancien boxeur de son état en vient à défier physiquement ses contradicteurs autour d'un match de boxe, démontrant par A+B que la meilleure rhétorique est celle du poing dans la gueule, on en viendrait presque à regretter la posture de certains de nos compatriotes qui ont un goût démesuré pour leur propre victimisation (Patrice Leconte dit "l'homme blessé" étant l'un des champions toutes catégories).

American Warrior (American Ninja) - Sam Firstenberg (1985)

Ce n'est sans une certaine émotion que le préposé écrit sa seconde chronique consacrée à une production Cannon. Comment ne pas être en effet débordé d'émotion dès l'instant où vous fixez le sigle animé de la Cannon en préambule de toute bonne production Golan / Globus ? Un gage de qualité ? Une madeleine Proustienne ? Plus que ça à vrai dire. Un film où vous pouvez être certain que les valeurs de l'occident made in USA seront toujours chèrement défendues face à la vile menace terroriste, communiste, islamiste, etc.

Début des années 80, dans le sillage de la Bruceploitation qui connut son apogée lors de la décennie précédente, le film de ninjas a le vent en poupe dans le cinéma bis, après le séminal Enter the Ninja, produit par la Cannon, avec Franco Nero et Shô Kosugi, acteur d'origine japonaise qui tourna plusieurs films, toujours sous le sceau de la société des cousins susnommés, dont Ninja III et l'homonyme American Ninja (à ne pas confondre avec le film chroniqué intitulé pour l'export American Warrior). Or, à l'instar d'un Chuck Norris, maître en karaté customisé santiag et jean moulant, le meilleur moyen pour atteindre les sommets du box office US était de mettre en valeur un héros occidental (la moustache en option, ou l'un des attributs de Chuck N.). Dès lors, il s'agissait de trouver un blondinet suffisamment athlétique pour faire illusion... une star était née : Michael Dudikoff.

Pre-Electric Wizard 1989-1994 : Back to the roots (2006)

Dans la série compilations qui n'intéresseront que les aficionados, après le Muchas Gracias de Kyuss, continuons à creuser le sillon du rock ultra lourd, mais teinté cette fois-ci d'un psychédélisme occulte (de bon aloi), ou Pre-Electric Wizard 1989-1994 des anglais Electric Wizard.

Année 2006, entre deux albums studio, le label Rise Above Records ressort les démos des anciennes formations de Jus Osborn avant la création d'Electric Wizard, à savoir celle d'Eternal, Lucifer's Children de 1993, celle de Thy Grief Eternal, On Blackened Wings de 1992 et enfin celle de Lord of Putrefaction, Wings Over a Black Funeral de 1991. A la différence notable de Lee Dorian et de sa formation Cathedral, Jus Osborn mit plus de temps avant de trouver la formule qui lui siérait, le principal attrait de ladite compilation étant d'offrir une vue de l'évolution de pré-Electric Wizard, de leur début doom à consonance death dans la lignée des rénovateurs nommés Paradise Lost, My Dying Bride et Anathema, à un doom sabbathien comme The Obsessed par exemple.

Le Lac des morts-vivants - J. A. Lazer (1981) : la Wehrmacht prend son bain dans la mare aux canards

Dans la série des films appartenant au patrimoine français du cinéma bis, intéressons nous à une œuvre produite par Marius Lesoeur et sa société Eurociné, le terrible, l'angoissant... Lac des morts vivants.

Comme souvent avec ce genre film, il est bon, en avant propos, de jeter un léger coup d'œil sur l'affiche du Lac des morts vivants. Soit, un verdâtre zombie lubrique au casque non moins luisant examinant avec gourmandise une jolie blonde en bikini qui, contrairement au patronyme de ce long métrage signé par un mystérieux J.A. Lazer, semble plus faire trempette dans une mare crapoteuse que dans un lac. Dont acte.

Le Lac des morts vivants, en plus de se traîner la réputation d'être l'un des plus mauvais films français de tous les temps (on y reviendra...), est aussi et surtout une production Eurociné, compagnie reconnue pour l'anémie abyssale des budgets alloués de ses productions (mais qui ne remet pas en cause l'amour du cinéma de Marius Lesoeur... étonnant, non ?). Remplaçant au pied levé un Jess Franco brouillé (momentanément) avec Eurociné [1], Jean Rollin annulait ses vacances en catastrophe et reprenait la réalisation du bébé. Film de commande, expliquant l'utilisation du pseudonyme J.A. Lazer par Rollin, ce film de zombies vert de gris est par conséquent bien éloigné de sa thématique vampirique. Alors pourquoi devrions-nous perdre notre temps quant au visionnage d'une telle œuvre de basse extraction ? Plusieurs réponses viennent rapidement à l'esprit...

Muchas Gracias Kyuss

En novembre 2000, Elektra Records eu l'idée de sortir un supposé florilège de Kyuss au nom évocateur Muchas Gracias: The Best of Kyuss... supposé car il s'agit surtout plus d'une compilation que d'un greatest hits (notez que la motion hits aurait été amusante, eut égard aux chiffres de vente des précédents albums de nos californiens... encore que 4AD a bien sorti ironiquement une compilation intitulée Hits pour The Birthday Party...). De prime abord, difficile de ne pas froncer les sourcils à l'évocation de la sortie d'un best of... qui plus est lorsque le dit groupe n'a en son actif que quatre LPs. Elektra Records souhaiterait-elle surfer sur le petit buzz qui régnait autour de Kyuss, comme géniteur du style stoner rock?

A vrai dire, même si le premier des capitalistes vous avouera qu'un petit profit reste un profit, les ventes de Muchas Gracias: The Best of Kyuss n'ont pas dû atteindre non plus des sommets... Et pourquoi me direz-vous? On a beau distiller un suspense digne des plus belles productions de la Cannon, il convient d'éclaircir la situation.

Cannibal Holocaust - Ruggero Deodato: Le voyeurisme à la sauce cannibale

Réputé pour être le film le plus censuré de l'histoire, Cannibal Holocaust pourrait se résumer par cette liste : des cannibales, une empalée, des viols, quelques animaux tués, un éjaculateur précoce et une émasculation. Le film s'ouvre par une vidéo nous présentant une équipe de télévision partie faire un documentaire en Amazonie à la recherche de tribus cannibales : Alan Yates le réalisateur, Faye Daniels la scripte et compagne de Yates ainsi que Jack Anders et Mark Tomaso cameramen. Cannibal Holocaust se divise dès lors en deux parties distinctes, la recherche de l'équipe de télévision disparue deux mois plus tôt, et le visionnage du documentaire tourné par Yates and co. Dans un premier temps, nous suivons donc les pérégrinations du professeur Monroe, pistant les traces de l'ancienne équipe en faisant connaissance avec les indiens Yacumo. Puis avec l'aide de ces derniers, Monroe et ses compagnons s'enfoncent encore un peu plus dans l'enfer vert pour rencontrer les fameuses tribus anthropophages, les Yanomamos et les Shamataris. Monroe réussit à gagner la confiance des Yanomamos et récupère les bobines de Yates après avoir découvert, plus tôt, un sanctuaire composé des ossements de l'ancienne équipe. De retour à New-York, Monroe est contacté par la société de production qui finançait Yates pour servir de caution à une future émission télévisée, où serait montré un documentaire basé sur les rushs de Yates, et ainsi comprendre ce qui a bien pu arriver aux quatre reporters plein d'avenir. Monroe donne son aval à la seule condition de pouvoir visionner les rushs de l'expédition, voici donc la seconde partie de Cannibal Holocaust.

(No Fun) House

Comme laissait supposer le titre du précédent post, on embraye de nouveau pour un hommage posthume, cette fois ci encore avec un cran de retard. Avant d'apprendre un soir la mort du guitariste des Stooges, Ron Asheton, je m'enorgueillissais d'avoir trouvé numériquement le fameux coffret The Complete Fun House Sessions. Objet de collection (encore que vous allez me dire en format numérique on peut émettre quelques soupçons sur l'aspect collector de la chose...), ce coffret regroupe comme son nom l'indique l'intégralité des sessions d'un des plus fabuleux albums du siècle dernier : Fun House (j'assume de nouveau le superlatif, à la question grotesque : quels sont vos 5 albums fétiches, ce dernier en fait parti, haut la main !).

Avant de commencer à s'intéresser à l'objet du délit, quelques mots sur ce que j'ai pu lire dans les hommages "vibrants" quant à la mort de papy Asheton (ça sera relativement bref (donc pas vraiment en fait...), d'une utilité certes toute relative, mais il est bon de se rappeler qu'un blog reste un billet d'humeur assurément subjectif...). Ainsi lorsqu'on veut rendre hommage à Ron Asheton, il me parait assez difficile de ne retenir que Raw Power comme j'ai pu le voir ici ou là... sachant qu'à cette époque Iggy Pop n'était que le seul maître à bord (les Stooges étant déclarés cliniquement morts pour rappel), ce dernier décida de prendre comme guitariste un certain James Williamson, histoire de remettre la machine en route. Ron et Scott Asheton devaient ainsi prendre le train en marche, leur présence pour l'enregistrement de Raw Power sur les terres de la Perfide Albion sous la férule de David Bowie ne tenant qu'à un fil si l'on en croit les deux frangins...

Fred is dead (in waiting for Ron...)

Décidé à prendre mon temps (si si, je vous assure... à force de réagir en temps réel à l'information et balancer illico des nécros, j'ai l'impression de ressembler de plus en plus à un charognard...), voici plus d'une semaine après son décès, un petit hommage au regretté Freddie Hubbard (me permettant par la même occasion de glisser une petite référence à Curtis Mayfield et son Superfly...), sans doute le dernier des grands trompettistes du siècle dernier.

On a trop souvent à tort de glorifier ou de jouer des superlatifs lorsqu'un artiste vient juste de s'éteindre (qui vous est cher (ou non... mais c'est un autre débat...)). Pourtant Freddie Hubbard n'usurpe pas le superlatif usé plus haut. Difficile de marquer les esprits lorsque vos pairs s'appellent Dizzie Gillespie ou Miles Davis, et pourtant le parcours de Hubbard, même s'il est loin d'être parfait (les 70's et 80's étant inégales...), indique une bonne dose de talent à la vue de ses premières années en tant que sideman.

Cronico Ristretto : Nola - Down (1995)

Formé par une bande d'amis au début des 90’s, si Down à l'origine s'apparente à un side project, force est de constater que celui-ci a dépassé ce simple cadre pour devenir un supergroupe de nos jours. Il suffit pour cela de lire d’un peu plus prêt le CV des musiciens, et on comprends aisément l'enthousiasme à l'annonce de la sortie de leur premier album : le guitariste et le bassiste de Crowbar (Kirk Windstein et Todd Strange), le batteur d'Eyehatgod (Jimmy Bower), le guitariste/chanteur de Corrosion of Conformity Pepper Keenan et enfin le chanteur de Pantera.

Après un contrat signé chez Elektra, Down sort en 1995 son premier album Nola. Titre d’album qui pose clairement l’ambiance musicale proposée par nos cinq rednecks, Nola étant l’abréviation de New Orleans (No) et de Louisiana (La), du metal sudiste à la fois groovy et délicieusement rampant.

Lizard - King Crimson: tout (cra)moisi est le roi

Le disque proposé, et ce qui en découle autour, a rappelé au préposé que, parfois, les artistes ont honte de leurs productions passées. A titre d'exemple, bon nombre de groupes issus des 60’s et 70’s se sont vautrés, avec des fortunes diverses, dans le stupre aseptisé des 80’s. Non contant de nous rappeler au bon souvenir du bontempi et du délicieux son de la caisse claire, les plus chanceux firent au moins sonner le tiroir-caisse (ce qui a ses avantages, avouons-le), alors que pour d’autres, les 80’s allaient au contraire ressembler à un très long passage à vide (has been, vous avez dit has been ?), en attendant une éventuelle rédemption au cours des 90’s. Toutefois admettons que si certains, en cédant aux sirènes d’une production caricaturale symptomatique des 80’s (de la new-wave fadasse au grotesque hard FM), se sont plantés sur les deux tableaux, les 80’s n'ont pas, à elles seules, le monopole de la pantalonnade. Elles n’ont en rien gâchées ou perverties dans l’ensemble la plupart des disques de ces vieilles gloires dont le premier responsable est en premier lieu l’artiste [1]. En somme, deux décennies après, si le résultat ressemble dans la majeure partie des cas à un vomitif puissant ou à une mauvaise blague, certains artistes pourront toujours se remémorer la larme à l’œil (et le nez pincé en option) de l’excellente affaire commerciale effectuée quelques années plus tôt. Mais, comme écrit plus haut, les 80’s n’ont pas l’apanage du retournement de veste.

Descendre - Terje Rypdal (1980)

L’une des constantes qu’on retrouve souvent parmi les amateurs de musique, c’est cet orgueil qu’ont certaines personnes envers la supposée ignorance artistique de leur interlocuteur. Il y a quelques années, lors d’une brève concernant Lisa Gerrard dans un magazine musical, le chroniqueur critiquait Michael Mann d’avoir utilisé quelques chansons de la diva pour l’une de ses bandes originales (celle de The Insider), et par extension les personnes qui découvriraient la diva grâce à la dite BO. Primo, je n’ose imaginer la tête du pisse-froid quand il a découvert la participation de Gerrard à Gladiator. Deuxio, Mann avait déjà repris deux chansons de la dame pour son précédent film, Heat, (chansons issues de The Mirror Pool). Tertio, cette petite anecdote me permet surtout de souligner une fois encore le savoir-faire de sieur Mann en matière de score. Mann proposa ainsi également deux titres composés par le guitariste norvégien Terje Rypdal, Last Night et Mystery Man sur la bande originale de son film de 1995. Or, n’en déplaise à certains (suivez mon regard), ce choix m’a permis de découvrir un guitariste méconnu (pour celui qui n’écoutait principalement que du rock), le catalogue ECM m’étant totalement étranger à cette époque.

Comment définir le style de Terje Rypdal ? Premier indice, je vous ai indiqué qu’il était signé chez ECM. De manière caricaturale, ou en usant de quelques raccourcis faciles, le style Rypdalien se rapproche de celui de son compatriote Garbarek, à savoir un savant mélange entre le jazz et une musique minimaliste (les mauvaises langues pourront taxer cette musique de new-age). Autre point commun, les deux messieurs ont collaboré à leurs débuts. Je ne saurais vous conseiller l'écoute d'Afric Pepperbird de Jan Garbarek avec Terje comme sideman pour vous convaincre de leurs jeunes années teintées de free jazz. Différence notable, cependant, le guitariste Rydpal y incorpore des influences rock (peu surprenant compte de la génération du garçon), tandis que Garbarek est plus sensible aux musiques du monde.

Paid In Full: Eric B. Is President

Duo gagnant, duo marquant, l'un des premiers duos MC/DJ qui marqua le hip-hop, lors du fameux Golden Age : Erik B. & Rakim.

Deux ans après s'être formé (Rakim répondant à une annonce du DJ Eric B. qui recherchait un MC pour accompagner ses beats, scratches et autres breaks), le duo sort en 1987 le très influent Paid In Full. En prime d'avoir fourni quatre singles pour la postérité : Eric B. Is President, I Ain't No Joke, I Know You Got Soul et Move the Crowd, l'album souligne avant tout la science de ses deux interprètes, le flow unique de Rakim et les beats d'Eric B.

A ce sujet, vingt ans après, on retient encore le flow lent et cool de sieur Rakim, à mille lieux des prestations fougueuses et virulentes des MCs de l'époque, tels Chuck D. ou KRS-One. Influencé par le jazz et grand admirateur de John Coltrane (qui lui en voudra ?), certains allèrent jusqu'à comparer Rakim à Thelonious Monk, ces derniers se faisant un malin plaisir d'ignorer la règle de la mesure et de prôner une rythmique plus libre en somme. Contrairement aux autres, il fut aussi l'un des premiers à écrire ses paroles, ne se contentant pas de "simples" improvisations, lui donnant suffisamment de recul pour y inclure une nouvelle approche du travail sur les rimes.

Finalement, le seul aspect où la patine du temps a fait son oeuvre provient de la production d'Eric B. On y retrouve en effet le son typique des productions des 80's (ce qui en soit n'est pas franchement un défaut pour du hip-hop). Eric B, derrière ses platines, joue son rôle de chef d'orchestre, rendant populaire et permettant l'essor du sampling. En jetant un œil sur wikipedia, vous serez surpris par le nombre de samples utilisés par ce DJ pour chaque titre (jusqu'à placer trois instrumentaux sur cet album dont le très dispensable Chinese Arithmetic...)

Au final Paid in Full reste un des albums les plus influents du hip-hop.

Nocturama - Nick Cave and the Bad Seeds (2003)

En 2003 sort le nouvel opus du King of Crows, Nocturama, album qui divisa la critique. Cette dernière était globalement unanime pour le noter  comme un disque plus ou moins raté, symbole d'un artiste en bout de course. Pourtant à défaut de vouloir le défendre bec et ongle, il faut reconnaitre qu'il est certes loin d'être une réussite, mais davantage le résultat d'un processus commencé quelques années plus tôt (à force de tirer sur la corde, on épuise le filon et on s'autocaricature, non ?).

Même si les albums précédents de Nick Cave avaient déjà montré la voie, parmi la discographie du ténébreux australien, il y a eu un avant et un après The Boatman's Call. Cave s'y présentait définitivement comme le dark crooner des 90's. Position que Cave remis justement en cause lors de la sortie du récent Dig, Lazarus, Dig!!!, ce choix artistique lui apparaissant finalement plus ou moins judicieux avec le recul. De quoi alimenter les arguments des personnes fatiguées par cette nouvelle posture de nouveau Leonard Cohen ? Avouons, du moins le préposé, malgré toutes les qualités de The Boatman's Call et de sa redite No More Shall We Part, leur durée pouvait laissé quelque peu dubitatif (l'album de 2001 apportant peu).

En février 2003 arrive donc Nocturama. Premier point, la pochette va à l'encontre du titre de l'album. Adieu les thèmes lugubres chers à son auditoire? Pas totalement, il suffit d'écouter justement la première chanson (Wonderful Life), ou de lire les titres de certaines chansons (She Passed by My Window par exemple). Pourtant dès l'écoute de ce préambule, quelque chose marque l'oreille. Cet album se veut plus lumineux que ces prédécesseurs, moins chargé (certains diront plus pop...), du moins plus épuré dans ses parties acoustiques, et plus empreint de sérénité (comme celle du mourant qui sait désormais sa fin prochaine ?). Les titres Wonderful Life, There is a Town et She Passed by My Window (avec une mention spéciale pour le violon de Warren Elis) apparaissent comme des réussites. Les chansons acoustiques restantes sont d'ailleurs loin d'être mauvaises (disons plaisantes voire simplement bonnes comme Right Out of Your Hand), mais souffre plutôt du syndrome de « l'anecdotisme » (et pourtant l'introduction de Still in Love augurait du meilleur...).

L'autre point à relever est le réveil de la bête qui était en sommeil depuis quelques temps chez notre australien. Si la charge se fait crescendo, avec pour commencer le boiteux Bring It On, la première véritable salve débute avec Dead Man in My Bed, annonçant le dantesque Babe, I'm on Fire et son orgue Hammond fou. Pendant un quart d'heure Cave se lance tel un prédicateur fanatique les yeux révulsés dans un maelstrom répétitif se rappelant au bon souvenir de ses plus vieux admirateurs. Une chose est sûre, ce morceau final annonce que Cave n'est pas mort et qu'il faudra compter sur lui pour le prochain disque.

A l'heure du bilan, Nocturama ne peut pas être considéré comme une réussite mais eut au moins le mérite à Nick Cave de régler ses comptes. Une transition, un passage obligé pour mieux renaître sur son prochain disque (le double Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus sortant tout juste une année après ledit disque). A noter qu'il s'agit du dernier disque de Blixa Bargeld avec les Bads Seeds, ce dernier préférant se consacrer à son groupe Einstürzende Neubauten.




Samsara - Yakuza (2006) : Zen fuckin' attitude

Comme son nom l’indique, Yakuza nous vient de Chicago. Pouf pouf. A l’origine trio hardcore, la formation va, au gré du temps, en plus d’étoffer le nombre de ses musiciens, ouvrir un peu plus son éventail d’influences et tourner parallèlement avec quelques « poids lourds » de la musique extrême (au sens large) : Opeth, The Dillinger Escape Plan ou Mastodon.

Quand bien même les groupes cités précédemment n’ont sur le papier que peu de points communs, le groupe a su tirer parti de ces diverses expériences, et prendre certains traits de caractère propre à ces formations, en premier lieu, l’ouverture. Ce qui frappe à l’écoute de leur troisième album, Samsara, est justement cette propension à digérer toutes sortes influences, parfois contradictoires, qui vont du hardcore, au jazz, du progressif au grindcore. A ce titre, la chanson qui introduit cet album, Cancer Industry, offre un rapide aperçu de l'appétence du groupe. En trois minutes montre en main, nous dégustons une rythmique tribale, accompagnée par un saxophone en guise d’introduction, des riffs cataclysmiques bien cassants aux structures déconstruites, un chant hurlé, et enfin une dernière partie proche d’un grindcore des familles. Ce qui pouvait ressembler à une entreprise indigeste, maladroite ou tout simplement ratée, se voit rayé d’un seul trait dès ce premier jet concluant. Dont acte.

The Addiction - Abel Ferrara (1995) : This Vampire Wanna Get High

Quand le réalisateur et le scénariste de King of New-York ou de Ms. 45 décidèrent de revisiter le mythe du vampire au mitan des années 90, pouvait-on décemment s'attendre à un résultat autre qu'iconoclaste ? En connaissant un tant soit peu la filmographie du marginal (mais ô combien sympathique et déjanté) Abel Ferrara, la réponse parait des plus évidentes. Ni tueur sanguinaire, ni personnage romantique atteint d'une terrible malédiction, Abel Ferrara et Nicholas St John livraient avec The Addiction une version moderne, urbaine et riche de références philosophiques et théologiques du vampirisme. Dont acte.
 
En faisant table rase du passé, à savoir rayer les différents aspects « folkloriques » qui définissent le vampire, le duo Ferrara/St John inscrit son récit au plus près de la réalité. Sans déflorer l'intrigue, l'un des points les plus originaux survient dès le début du film, lorsque l'héroïne, l'étudiante Kathy Conklin (Lilly Taylor), croise le chemin d'une dame vampire (Annabella Sciorra). Cette dernière lui laisse le choix d'accepter, ou non, la morsure qui fera d'elle un futur membre du club privé des croqueurs de jugulaires. De cette proposition, le film ouvre la voie à divers questionnements, la place libre arbitre ou celle du déterminisme, sans oublier le rapport à la religion, ou l'un des thèmes récurrents de la filmographie du cinéaste new-yorkais.
 

South of Heaven - Slayer (1988) : Au Sud, rien de nouveau ?

1986, le jeune thrash metal étasunien accouche de trois monstres, Peace Sells… But Who’s Buying de Megadeth, Master of Puppets de Metallica et enfin celui qui nous intéresse le terrible Reign in Blood de Slayer [1]. Album culte, Reign in Blood s'inscrit comme un des rares albums de metal de cette décennie, tous genres confondus, ayant su éviter autant les outrages du temps que les fautes de goût.

Deux ans après ce coup de tonnerre, Araya, Hanneman, King et Lombardo revenaient avec le dénommé South of Heaven. Première remarque, Larry Carroll signait de nouveau la pochette (comme celle du prochain disque, Seasons In The Abyss, clôturant ainsi la trilogie). Deux choix s'offraient à Slayer lors de l'enregistrement de l'attendu successeur de Reign in Blood : la redite ou aller de l'avant. Loin de répondre par la facilité, qui voudrait proposer un disque encore plus rapide ou heavy (gimmick délicieux que la plupart des groupes de metal nous servent en interview à chaque fois avant la sortie d'un nouvel album), les quatre californiens choisirent une autre alternative, la contre allée : ralentir le tempo (une première pour le groupe), y incorporer quelques (vicieuses) mélodies (Tom Araya se mettant à véritablement chanter sur quelques chansons - sacrilège) et, mieux, amplifier les atmosphères malsaines.

Cookin': Miles le cuistot

Un leader charismatique, une formation légendaire, un disque qui ouvre une quadrilogie historique : Cookin' du Miles Davis quintet.

Détail amusant, tout du moins révélateur et intéressant, quand Miles Davis signa pour l’un des plus gros labels US de l’époque à savoir la Columbia Records au milieu des 50’s, ce dernier devait par obligation pas moins de quatre albums à la maison de disque Prestige. En attendant de recevoir les émoluments de Columbia (costume ultra chic, voiture de luxe italienne et tutti quanti), notre Prince of Darkness s’attèle à enregistrer de suite quatre disques. Anecdote qui rappelle les mésaventures du Clash de Joe Strummer. Pour rappel, l’histoire voudrait (gardons le conditionnel, nous ne voudrions pas recevoir l’opprobre de la part d’un gardien du Temple punk) que le Clash ait enregistré le gargantuesque (et indigeste ?) triple album Sandinista ! en espérant pouvoir se dégager du contrat qui les rattachait à l’époque à CBS. Mais l'histoire aura retenu qu'un triple album ne vaut pas trois albums, ils leur restaient dès lors encore deux albums à produire. Fin de l'aparté.

Ce qui sur le papier aurait pu passer pour une gageure ou pire un projet rimant avec dilettantisme, va au final devenir l’un des actes fondateurs d’une des plus belles et influentes formations jazz de l’histoire. Miles Davis après avoir été l’instigateur du cool jazz, du hard bop, trouve enfin la formule magique, à savoir une formation stable, quatre musiciens exceptionnels (John Coltrane au saxophone, Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie), un quintet dont la cohésion étonne encore cinquante ans après. Un quintet si marquant que ce dernier fut considérer comme LE premier quintet de Miles Davis (en attendant LE second quintet de Miles dans les 60’s avec la jeune garde Tony Williams, Herbie Hancock et consorts), faisant fi des anciennes formations du trompettiste.

Parallèlement aux sessions d’enregistrement pour Columbia qui donneront le classique ‘Round About Midnight, Miles et son quintet graveront en deux séances marathons (comme il est usage de les définir) le 11 mai et le 26 octobre 1956 suffisamment de « matériels » pour quatre albums : Cookin’, Relaxin’, Steamin’ et Workin’. Quatre LP qui furent enregistrés dans les conditions du live, où divers standards croisent des compositions écrites par des actuels ou passés sidemen de Miles.

Cookin’ ouvre ainsi donc le bal en étant le premier à paraître (à noter que cet album n’est pas le premier gravé par ce quintet mais le second, le premier étant The New Miles Davis Quintet). Au menu, Miles et son quintet nous proposent en hors d’œuvre la relecture du standard d’Hart et Rodgers, My Funny Valentine, repris quelques années plus tôt par Chet Baker en 1952. De prime abord, si l’envie grotesque vous poussait à vouloir comparer ces deux versions, hormis le fait que celle de Chet était chantée, il convient avant tout de souligner que les reprises de ces deux messieurs sont différentes et difficilement comparables. Leur approche musicale est diamétralement opposée, Miles Davis reprenant ce standard sous l’angle du hard bop, où le dialogue trompette/piano tient une place primordiale. Blues by Five contrairement au titre précédent permet de mettre en lumière la dualité entre Miles Davis et son nouveau souffleur John Coltrane (ce dernier ne jouant pas sur My Funny Valentine). Autre point important à signaler de nouveau, la session fut enregistrée dans les conditions du direct, ne manque en effet que le public (rien ne vous interdit de ne pas applaudir entre deux solos). La chaleur se dégageant de ce disque ne trahit aucunement l’ambiance embrumée d’un club de jazz. Quant à la cohésion des membres, elle est parfaite. Airegin (anagramme de Nigeria) met en exergue la fougue du jeune Coltrane, confirmant le potentiel entre aperçu précédemment. Composé à l’origine par l’ancien souffleur de Miles, Sonny Rollins, Airegin prend la forme d'une évidente « passation de pouvoir ». Cookin’ se clôt par l’un des classiques du swing, la suite Tune Up/When Lights Are Low, avec mention particulière pour les duos Davis/Coltrane et Davis/Garland.

Au final, un album important dans l’histoire du jazz tant par la qualité des improvisations que par la présence de ce All Star band.


Cronico Ristretto : Anouar Brahem - Conte de l'incroyable amour (1992)

C'est en 1990, au sortir d'une tournée transatlantique parcourant les États-Unis et le Canada, que le musicien Anouar Brahem rencontra Manfred Eicher, propriétaire du label munichois ECM. De cette première collaboration naquit l'album Barzakh, où Anouar s'adjoignit les services de deux compatriotes, Béchir Selmir au violon et Lassad Hosni aux percussions. Et un premier album qui permit à son auteur de se faire connaitre du public jazz avant de faire plus amples connaissances.

L'année suivante, en octobre 1991, Anouar Brahem enregistra son deuxième opus pour ECM, Conte de l'incroyable amour. A l'instar de son prédécesseur, le disque pourrait apparaitre de prime abord dans la même continuité, or on y voit déjà poindre par touches plusieurs élans émancipatoires.

Premier point qui mérite d'être souligné, Anouar Brahem ne se limita pas dans sa jeunesse à l'écoute de la seule musique arabe, ce dernier n'hésitant pas à explorer d'autres versants des musiques traditionnelles provenant du pourtour méditerranéen, jusqu'à celles plus éloignées, aux confins de l'Iran de l'Inde. De ce fait, après s'être entouré de musiciens tunisiens, Anouar Brahem invita le musicien turc Kudsi Erguner, maître soufi de la confrérie Mevlevi et joueur émérite de naï, flute utilisée traditionnellement lors des cérémonies transes des derviches tourneurs. Autre compatriote d'Erguner, le clarinettiste Barbaros Erköse et de nouveau le tunisien Lassad Hosni aux percussions (bendir et darbouka) complétèrent ce quatuor (on retrouvera ces deux musiciens en trio avec Anouar Brahem en 2000 sur Astrakan Café).

Il est important de souligner le souffle nouveau que va apporter l'apport des deux musiciens turcs, leur approche orientale, et en particulier l'influence de la musique soufi, se mariant divinement bien avec le toucher contemplatif de notre joueur d'oud. De même, dans le prolongement de Barzakh, l'improvisation devient plus encore une pièce maîtresse de cette œuvre, soulignant au besoin le lien universel qui peut lier le jazz et les musiques dites traditionnelles (il suffit de constater par exemple l'influence qu'a pu avoir la musique indienne sur le jazz modal d'un Miles Davis ou d'un John Coltrane).

Un des albums de 1992, rien de moins.

 

Free - Tons of Sons: il était libre Paul

Petit avertissement : ce qui va suivre est la stricte vérité (enfin le deuxième paragraphe, pour le reste…), j’en veux pour preuve que j’en suis l’auteur et qu’il s’agit de mon blog (alors hein bon… parfois je suis moi-même ébloui par la maestria de ma rhétorique).

Après une légère pause (plus ou moins) indépendante de ma volonté (qui inclut un passage au Pré St Gervais où en plus de devoir boire une célèbre bière hollandaise (un coup de poignard dans le dos, cela faisait à peine 24h que j’étais en France qu’on me rappelait déjà d’où je venais… mais je n’étais pas à ma première déconvenue…), j’eus (enfin nous eûmes…) l’obligation de subir les premières notes de Death Magnetic à croire que mon précédent post n’était pas suffisamment clair (quota égocentrique ON)… prouvant que notre hôte sous ses airs débonnaires et hautement sympathiques cachait bien son jeu, l’âme d’un tortionnaire je vous dis (bon ok vous pourriez me rétorquer à juste titre que d’habitude je ne crache pas sur cette qualité humaine… mais quitte à punir le vilain garçon que j’entends être, étonnamment mon hétérosexualité penche pour UNE tortionnaire…), ou seconde option, mon hôte n’était qu’une autre victime de cette soirée, se voyant dans l’obligation de faire plaisir à ses autres invités, une bande de masochistes qui s’ignorent (ceux sont les pires !), implorant silencieusement Death Magnetic en guise de punition… (et moi au milieu de tout ça !). N’empêche, il serait dommageable de penser que notre hôte allait lâcher le morceau aussi facilement (vous pensiez le contraire, non ?), dès lors ce dernier changea de stratégie et se fit le chantre de la frustration (ce qui, avouons le, était un coup très bas et injuste, puisque le premier (et seul ?) à souffrir de ce plan machiavélique ne fut autre que moi, infliger un tel revers à quelqu’un d’aussi innocent, quelle honte… (bref on appâte le client avec le mot « soubrette »… et pis rien… quitte à noyer mon chagrin en sirotant un mix incroyable à base d’orange, de cactus et de citron vert ?)). Ceci dit, ne nous plaignons pas trop (quoi ? non ce résumé des faits est parfaitement objectif, je ne fais aucunement mon Caliméro), l’auteur de ces lignes n’étant pas atteint d’une acédécéphobie aigue, l’attaque vile des frères Young eut très peu d’effets sur moi (tout le monde ne peut pas en dire autant… néanmoins je n’ai pu constater de filet de bave sur la dite personne, effet secondaire bien connu de cette allergie auditive). Du coup, notre hôte, le cœur sur la main (ouais enfin disons cherchant surtout à se faire pardonner!), proposa à la demoiselle encore sous le choc le choix de la playlist. Et c’était parti pour presque une heure de Watershed...

Après une introduction toujours aussi à l’ouest (si vous trouvez un quelconque point commun entre cette intro et le reste du post, faites moi signe… moi, j’ai décroché), intéressons nous quelques instants à un groupe qui sur le papier m’avait toujours laissé dubitatif, du fait des futurs errements de son leader, mais pas seulement. En effet, en lisant que Brian May, Roger Taylor et Paul Rodgers nous remettaient le couvert (pourtant il me semble qu’on ne leur avait rien demandé à ces trois là), je me suis souvenu des débuts du groupe du Rodgers, Free. Il serait en effet dommage de réduire cette jeune formation à son tube All Right Now (certains pourront taxer ce hit d’efficace (c’est l’une des définitions d’un hit me direz vous) mais personnellement, je le considère surtout comme vite soûlant…).

C’est en novembre 1968 qu’apparaît le premier album de Free, une époque où les jeunes britanniques férus de rock’n’roll s’ingéniaient encore à croiser le fer avec le blues. Et c’est vrai que ce disque, Tons of Sobs, tombe à point nommé, entre un groupe pionnier qui vit ses dernières heures (Cream) et un autre en phase de mutation en passe de devenir prochainement LE groupe (Led Zeppelin).

Cette jeune formation (tous les membres n’ayant pas encore 20 ans lors de l’enregistrement) nous propose ainsi de suivre les traces d’un Fresh Cream avec toutefois quelques différences notables. Premier point, qui peut paraître trivial ou stéréotypé du fait de leur âge, sur ce premier disque Free donne un rendu plus frais que le premier LP du trio Bruce/Clapton/Baker (je concède, en 1966, à la sortie de Fresh Cream, notre trio était loin d’être des vieux brisquards, Ginger Baker, l’aîné, n’atteignant que 26 ans…). Second point, la voix de Paul Rodgers qui du haut de ses 19 ans a de quoi bluffer par sa maturité et ses accents soul (remarquez que par la suite il était de bon ton pour pas mal d’artistes/groupes de blues rock blanc d’être/avoir un chanteur typé soul… Free n’étant peut-être pas les premiers mais soulignant bien ce cas de figure).

Au rayon des nouveautés, l’album s’ouvre et se clôt par le morceau Over the Green Hills (fait suffisamment rare à l’époque), qui en guise d’introduction tout comme rampe de lancement à l’excellent Worry joue parfaitement son rôle. On notera aussi la présence de deux reprises blues (étonnant, non ?) dont un Goin’ Down Slow s’étalant sur plus de 8 minutes. Il convient aussi de souligner le talent certain de la paire Paul Rodgers/Paul Kossoff, le premier étant le principal compositeur du LP, et le second à la guitare étant loin d’être ridicule (18 ans lors de l’enregistrement !). Ensuite forcément on pourra regretter le manque de prise de risque de la plupart des chansons (le canevas est tout sauf aussi aventureux ou tranchant que le I du quartette Page/Plant/Jones/Bonham par exemple), mais compte tenu de la qualité générale et de l’âge des protagonistes, on ne peut qu’apprécier ce premier album (secondé par la production sobre de Guy Stevens (futur producteur de London Calling)).

Au final, bien que ce premier album fasse pâle figure comparé aux monstres que sont Fresh Cream ou le I de Led Zeppelin, Tons of Sobs reste néanmoins un LP attachant (contenant le classique I’m a Mover) et un parfait instantané de la musique blues rock de l’époque (un classique du genre même).

Death Magnetic - Metallica ou les équations de Maxwell résolues par deux yankees, un danois et un mexicain

Résumé des épisodes précédents. Nous avions laissé Metallica en studio avec le controversé St Anger en 2003, album qui à défaut d'être parfait, gardait un capital sympathie plutôt satisfaisant. Produit par l'inamovible (du moins ce que l'on pensait) Bob Rock, l'album se distinguait par un flamboyant (?!) son clair de batterie évoquant, rien de moins, la jurisprudence ...And Justice for All ; et en conséquence la non reconduction pour le prochain disque de leur fameux producteur, le duo Hetfield / Ulrich ne souhaitant pas être tenu responsable de cette gabegie au coût exorbitant.

Les griefs contre St Anger se résumaient ainsi à sa mauvaise production [1], à une certaine monotonie et linéarité, et à sa durée (plusieurs chansons auraient mérité à être écourtées voire tout simplement retirées). Quant à l'absence de solo, ce choix original n'était pas fondamentalement un problème, et avait le mérite, une fois de plus, de souligner la transparence de Kirk Hammett. Bref, au-delà de la formule facile, l'album avait les défauts de ses qualités, et transcrivait plutôt bien une formation au bord de la crise de nerf (cf. le documentaire Some Kind of Monster).

Glassworks: heart of Philip Glass

Dans la série : lançons une réflexion faussement pertinente, peut-on décemment rendre son "art" plus populaire sans compromission ? Et dans le cas qui nous intéresse, comment présenter sa musique à un public plus vaste sans artifice ou grosses ficelles ? Bref, tout ceci s'apparente à une fumeuse quadrature du cercle.

Réflexion d'autant plus fumeuse puisque l'album présenté aujourd'hui et qui me sert d'exemple, Glassworks de Philip Glass, n'est pas issu d'un genre hautement populaire (officiellement comme Death Magnetic sort dans trois jours, j'eusse pu illustrer cette thématique avec l'album éponyme de Metallica...)

En 1981, Philip Glass signe sur le label CBS (Columbia) et pour reprendre ses mots "Glassworks was intended to introduce my music to a more general audience than had been familiar with it upto then". Et ma foi, il n'a pas tort le Philip. Glassworks comprenant en tout six mouvements fait selon moi parti des œuvres maîtresses du compositeur, et généralement de la musique minimaliste.

Glass réussit en effet à rendre accessible une musique qui sur le papier ne l'est pas vraiment (tout du moins sur cette oeuvre... et comparée à celles de Steve Reich, excellentes mais ô combien plus difficile pour un néophyte). L'héritage d'un Erik Satie sur certaines parties telle que Opening (ce qui explique sans doute mon attachement à cette oeuvre aussi) est évidente. Glass compose ainsi à partir de deux flûtes, deux saxophones sopranos, deux saxophones ténors, deux cors, piano/synthétiseur et finalement d'altos, violoncelles, six pièces de durée homogène (aux alentours de six minutes) favorisant ainsi l'aspect accessible.

Et puis même si l'ambiance générale proposée par Glassworks ne donne pas forcément envie de faire du vent dans les couettes (c'est bête je sais, mais c'est bon pour la tête...), on notera tout de même la diversité des thèmes proposés, allant du lumineux au sombre et tortueux Island (si je vous dis que c'est mon préféré, ça vous étonne ?).

Au final, un de mes classiques.

Funky front covers II

Les habitués du RHCS se souviendront qu'en février dernier (ICI), l'auteur de ces lignes s'amusa à décrire quelques pochettes de funk très rafraîchissantes dirons nous, et bien en voici la suite, tout en lorgnant cette fois ci aussi vers le disco. Mais comme toute bonne séquelle qui se respecte, il faut en donner encore plus au public avide de chair fraîche (amis des formules ampoulées, nous vous saluons). Vous vouliez plus de provocation, plus de mauvais goût, la finesse trash est votre crédo : ce second volet est pour vous !


La période estivale touchant bientôt à son terme, quoi de mieux pour débuter que de se remémorer cette saison qui rime pour le mâle avec pin-up en maillot. Deux exemples, la pochette proposée par le groupe disco A Taste of Honey, célèbre pour son tube Boogie Oogie Oogie, qui tout en restant sobre (comparé à ce qui va suivre, c'est limite chaste), invite tout de même à une ambiance des plus moites... Avec Bohannon, on retrouve toute l'atmosphère joviale et colorée des 80's avec un titre qui résume assez bien le propos, Summertime Groove... mais la pochette de ce LP date de 1978, comme quoi... et puis la dite chanson est tout sauf un exemple de concision, 8 minutes de mid-tempo groovy qui à défaut d'être aussi indispensable qu'un bon vieux Parliament des familles, reste suffisamment plaisant aux oreilles (et à celle de Lenny Kravitz qui pour changer s'est encore très fortement inspiré du guitariste...).

In the mood for fall

Si ces temps ci l'envie de pratiquer une "Mike Brant" vous démange, histoire de prouver aux réticents (enfin s'il en reste...) que le père Isaac Newton était tout sauf un charlot, ou que du haut de votre 5ème étage l'appel du bitume se fait de plus en plus pressant (on fait avec les moyens du bord, pensez bien que si c'était plus haut, la démonstration serait plus magistrale), voici une dédicace qui vous est spécialement dédiée.


Black Moses is dead

Bon alors j’étais parti pour lancer une fumeuse et hypocrite diatribe envers la gent féminine, rappelez vous, celle qui vous pousse à boire lorsque vous avez du vague à l’âme, profitant ainsi d’un de vos rares accès de faiblesse (et je ne vous parle pas de celle qui préfère les fish & chips au chou…). Et puis ce matin, entre une médaille totalitaro-sino-olympique et un bombardement russe, j’apprends que le Black Moses nous a quitté à l’âge de 65 ans.

Elevé par ses grands-parents, Isaac apprends en autodidacte à jouer du piano, de l’orgue et du saxophone, puis part pour Memphis jouer dans différents clubs de la capitale de la country. Ceci dit Memphis est aussi connu à l’époque (tout du moins des afro-américains) pour avoir en son sein le fameux label Stax Records. Il est à noter que Hayes passa nombres d’auditions pour le label avec diverses formations, passant du doo-wop au Rhythm & Blues… et échoua à chaque fois, avant de lui proposer un contrat en tant que musicien de studio (offre difficile à refuser à 20 ans…). Durant ces années, Isaac Hayes accompagné de David Porter, ces derniers prénommés the Soul Children pour l’occasion, vont écrire pour Stax pas moins de 200 chansons, et non des moindres tel que le tube Soul Man pour le duo Sam & Dave.

En 1967, Hayes débute sa carrière solo en publiant le bien nommé Presenting Isaac Hayes, annonçant déjà le style Hayes, à savoir un savoureux mélange de jazz, de soul baroque et de blues. Entre temps le 4 avril 1968, Martin Luther King se fait assassiné à Memphis, évènement tragique qui aura pour conséquence de plonger l’inspiration de Hayes au niveau zéro. Il faudra ainsi attendre 1969 pour avoir un nouvel enregistrement d’Isaac Hayes, et pas n’importe lequel, Hot Buttered Soul. Album atypique, ne contenant que 4 titres où derrière le canevas de chanson pop, Hayes brode de longues plages instrumentales gorgées de groove, de cuivre et de cordes, le tout magnifié par la voix grave du monsieur. Album dont la pochette montre aussi les nouveaux codes vestimentaires d’Isaac, chaîne en or et lunette noire.

Dès lors c’est la consécration, le succès, Hayes sortant encore quelques albums marquants tels que To be continued ou The Isaac Hayes Movement en attendant la célèbre bande originale du film Shaft en 1971, gagnant un oscar pour la meilleure BO au passage; la popularité d'Isaac Hayes atteignant son paroxysme lors du fameux Wattstax le 20 aout 1972, festival ayant pour but de commémorer le 7ème anniversaire des émeutes à Watts.




Isaac Hayes - Walk on by (version single pour un show tv)

Draconian Times ou la fable de la carpe gothique et du lapin métallique

En cette année 1995, un certain microcosme fut en émoi lorsque le groupe anglais Paradise Lost publia son cinquième album, Draconian Times. Beaucoup de superlatifs et de critiques élogieuses tombèrent sur les épaules des géniteurs d'As I Die (leur premier « tube »), ces derniers réussissant enfin à concrétiser sur un album entier tout le potentiel qui apparaissait sur leurs deux précédents disques (Shades of God et Icon).

A leur corps défendant, Nick Holmes et Greg Mackintosh (les têtes pensantes du quintet) furent dès lors les instigateurs d'un mouvement (qui avec le recul aurait du rester mort né) : le gothic metal [1]. Combiner la tristesse froide et les atmosphères lugubres avec des guitares lourdes et agressives ressemblait à une chimère fort séduisante (encore qu'à l'écoute du titre éponyme de Black Sabbath, tout était déjà là…). Dommage que le dit mouvement n'ait retenu que l'aspect théâtral et grotesque du goth allié à la « finesse » d'un heavy metal pompier (non ce n'est pas un pléonasme !).
  
Treize ans après sa sortie, que penser du dit album ? Draconian Times garde encore un charme indéniable en dépit de plusieurs imperfections. Paradise Lost nous ayant habitué à changer de mue à chaque album (en attendant les prochains One Second et Host), ce disque de 1995 permit au groupe un nouvel éclairage, et surtout une nouvelle popularité (le disque est leur plus grand succès critique et commercial).