How I Got Over - The Roots (2010)

How I Got Over ou la nouvelle offrande des années paires [1] de la formation en provenance de Philadelphie, The Roots. Après un Rising Down légèrement en demie-teinte, Black Thought et ?uestlove remettent le couvert. Rising Down avait laissé un sentiment mitigé, un album en quelque sorte "mineur", son prédécesseur Game Theory lui faisant bien trop d'ombre, en dépit de ses atmosphères paranoïaques et denses avec cette constante, cette capacité à écrire des chansons mélancoliques ne laissant jamais la place au pathos à l'instar d'un Radiohead [2]. Criminal issu de ce désormais avant-dernier disque pourrait dès lors servir de lien ou de transition idéale, How I Got Over ou un savant équilibre entre l'engagement et la tristesse.

Comme à leur habitude, les deux têtes pensantes ont fait appel à nombre de featuring, des habitués de plus ou moins longue date (Dice Raw, Peedi Peedi, Porn), quelques nouveaux venus pouvant laisser craindre un affadissement voire un ratage du fait de leur provenance musicale (Monsters of Folk, Joanna Newson) et d'autres (supposés) plus proches de leurs aspirations (Blu, John Legend, Phonte Coleman). Dans le deuxième cas de figure, voir effectivement se côtoyer deux groupes ou artistes catalogués Indie Folk attisait autant la curiosité que le doute... s'il ne s'agissait pas des Roots. Et on dénote même, sinon une prise de risque tout du moins, une ambition réelle de la part du combo de Philly. Quand bien même l'Indie Folk aurait le vent en poupe ces derniers temps, la facilité aurait été de faire appel à des personnalités plus à même de toucher un large public, les passerelles entre la pop et le hip-hop ayant déjà fait ses preuves depuis de nombreuses années [3].
 

TunnelVision Brilliance - Scott Reeder (2006)

L'homme de prime abord est des plus sympathiques, et le fait d'être l'ancien bassiste de Kyuss ne joue, bien au contraire, pas en sa défaveur. Or contrairement à ces anciens camarades de jeu (le guitariste Josh Homme au sein des désormais célèbres Queens of the Stone Age, le chanteur John Garcia voire même le batteur Brant Bjork), Scott Reeder aura confirmé indirectement l'adage populaire qui veut que le bassiste de rock est par définition un homme effacé. Dès lors, avant de publier un album solo ou de créer son propre groupe après l'arrêt de la formation culte de Palm Desert, l'ancien remplaçant de Nick Oliveri allait-il multiplier les diverses apparitions louant ses services et son groove stoner ? La demande étant des plus faibles [1], Reeder se fit plutôt la main en produisant quelques albums appartenant ou non à cette sainte chapelle [2], en attendant la suite.

Après avoir composé dans son coin durant presque deux décennies son propre répertoire, Reeder sortit finalement en 2006 son premier et unique album solo intitulé TunnelVision Brilliance. A juste titre, au vu de la carte de visite du bassiste, l'amateur de rock pouvait s'attendre à un énième disque de stoner, classique, certes, mais sans surprise, Reeder invitant ici ou là quelques connaissances et amis comme souvent en pareil cas. C'était bien vite omettre la nature effacée (?) de notre homme, Reeder enregistrant l'archétype même de l'album solo, ce dernier s'occupant aussi bien seul, de la production, de la composition et de l'interprétation.

Abbey Lincoln (1930-2010)

Triste nouvelle, une de plus pourrait-on ajouter pour les amateurs de jazz, si ces derniers n'étaient pas habitués à cette fatalité, l'une des dernières grandes voix, sinon la dernière grande voix noire du 20ème siècle vient de s'éteindre à 80 printemps passée, le 14 août dernier. Abbey Lincoln n'est plus.

Connue pour son engagement pour les droits civiques dans les années 60 aux côtés de son mari et mentor, le batteur de jazz Max Roach, participant aux premières manifestations contre la ségrégation, Abbey enregistra aussi plusieurs disques engagés tel son album solo Straight Ahead (1961) ou sur l'historique We Insist! Max Roach's Freedom Now Suite de Roach sorti l'année précédente. Blacklistée très rapidement par les labels américains désirant la cantonner dans un rôle de belle chanteuse aseptisée du fait de sa plastique avantageuse, il a fallu attendre la deuxième moitié des années 80 pour revoir celle qui fut, à juste titre, considérée comme la digne héritière de Billie "Lady Day" Holiday [1].
  
En guise d'humble hommage et en dépit des propos de la dame, celle-ci considérant son disque de 1961 comme son premier véritable disque, je reprendrai une ancienne chronique consacrée à son album précédent, Abbey is Blue, celui qui m'a fait découvrir cette grande dame.

Splice - Vincenzo Natali (2010)

En préambule, même si l'envie démange le préposé à la chronique, on se gardera bien d'avoir (au début) un esprit un peu trop acerbe envers le réalisateur canadien Vincenzo Natali, encore que depuis son culte Cube, les espoirs portés en lui se seraient dissipés au cours du temps si on en croit ses deux précédents et anecdotiques longs métrages (dont l'ampoulé Cypher). Splice ou une histoire de génétique qui n'est pas sans rappeler certains thèmes déjà évoqués maintes fois par un autre compatriote autrement plus talentueux, mais n'allons pas trop vite...

Clive Nicoli (Adrien Brody) et Elsa Kast (Sarah Polley), deux chercheurs en génétique ont réussi l'improbable, créer un être organique artificiel en combinant l'ADN de différentes espèces. Cet hybride d'aspect larvaire, loin de l'image attendue d'une chimère, leur permet d'obtenir de nouvelles molécules, l'industrie pharmaceutique subventionnant leurs recherches d'apprenti-sorcier étant plus intéressée par la manne financière induite par ces protéines nouvellement créées que par la perspective, ô combien réjouissante, de créer des vers de dix kilos prénommés pour l'occasion Ginger et Fred  [1].
  

Le portrait de Doriana Gray (Die Marquise von Sade) - Jess Franco (1975)

C'est en 1975 que le duo Jesús Franco/Lina Romay, soit le génial cinéaste déviant ibérique et sa muse, nous convient à suivre les aventures de Doriana Gray, qui comme son nom l'indique est une très libre adaptation du roman d'Oscar Wilde.

Jesús Franco, très productif à l'image de son compère transalpin Joe D'Amato qui durant cette année de pré-canicule hexagonale, et entre le tournage d'un film de prison pour femmes, un jovial Swedish Nympho Slaves et un vrai-faux Orloff (Jack l'éventreur avec Klaus Kinski), propose à ses amateurs éclairés une relecture de son précédent La comtesse noire (Les Avaleuses, etc.) sorti deux années plus tôt. Un long métrage faisant date dans le petit monde du bis, et sans conteste le premier grand rôle de Lina Romay en vampire femelle se nourrissant, non pas du sang, mais de la jouissance de ses victimes en aspirant leur énergie vitale. 
 
Doriana Gray ou les affres d'une demoiselle vampire nymphomane qui comme son lointain cousin britannique ne connait pas l'ouvrage du temps au profit d'une jeunesse éternelle. Relecture jusqu'au boutiste de La comtesse noire, Jesús Franco laisse de côté l'aspect horrifique et sanguinolent du film vampirique traditionnel [1] pour recentrer une histoire faisant la part belle au mystérieux et aux atmosphères évanescentes et oniriques.

Cronico Ristretto: L'au-delà - Lucio Fulci (1981)

L'au-delà (The Beyond, L'aldilà), long métrage du réalisateur transalpin Lucio Fulci, est connu des initiés comme le dernier chapitre de sa trilogie infernale débutée précédemment par Frayeurs une année plus tôt puis par La maison près du cimetière sorti la même année que le film qui nous intéresse, soit en 1981. Un film s'inscrivant dans l'âge d'or du cinéma d'exploitation italien d'épouvante (un de plus) dans le sillage des grands maîtres étasuniens tel un Romero (1), à la différence près que nos amis transalpins eurent toujours le bon goût d'apporter une touche spéciale à leur production horrifique (cheapos) à défaut d'avoir les budgets de leurs pairs américains, à savoir une propension à verser plus facilement dans la provocation, l'extrême, le grotesque ou le surréalisme comme cet Au-Delà de Fulci.

1927, dans un hôtel particulier en Louisiane. Le peintre Schweick (2) finalise son dernier tableau quand ce dernier est interrompu dans son travail par quelques autochtones virulents l'accusant de sorcellerie.

Live report : David Murray - Tempo Rives 2010

En attendant un retour prochain, je republie quelques photos déjà postées en partie sur le blog de mon Apolline du concert donné par David Murray et ses Gwo Ka Masters le jeudi 23 juillet dernier à l'occasion de la manifestation musicale Tempo Rives sur les bords de la Maine en face du château (du bon roi René).

Un concert gratuit débuté par la première partie Sweet Gum Tree, formation angevine menée par le dénommé Arno Sojo, ou un pop rock efficace dont le point fort fut le son de sa Gretsch (?) et ses quelques trop rares distorsions soniques.

Le choc des Titans - Louis Leterrier (2010)

Au-delà du fait que l'habitué des lieux devrait aisément deviner la teneur du texte proposé, le préposé à la critique ne risquant pas de récidiver après la jurisprudence Solomon Kane [1], on ne s'étonnera pas, de... de quoi au juste, que Le choc des titans soit une baudruche emphatique faisant la part belle aux scènes de bravoure ampoulées ? Développons...

Le défaut trop souvent évoqué, maintes fois entendu, et avouons-le facile, serait que le film de Louis Leterrier s'affranchisse trop de la mythologie grecque. Nos trois scénaristes en chef : Phil Hay, Matt Manfredi et Travis Beachnam n'ont-ils pas hésité au contraire une seule seconde à... dépoussiérer ces antiques histoires de coucheries, de trahisons et de combats homériques pour en tirer un film d'action haletant et sans temps mort ? De même, ce serait oublier un peu vite le premier Choc des titans réalisé par le vétéran Desmond Davis datant de 1981 et écrit par Beverley Cross (Jason et les Argonautes). Le mythe de Persée avait lui aussi subi quelques tranches sévères de la part du scénariste de l'époque [2], par soucis de simplicité sans aucun doute, la mythologie grecque n'étant pas non plus réputée pour sa cohérence. Cela étant, notre nouveau trio eut les coudées encore plus franches, n'hésitant pas à y inclure d'autres personnages mythologiques autres que grecques, quelques raccourcis scénaristiques en guise de clichés populo-hollywoodiens et une nouvelle histoire non plus basée sur le mythe originel de Persée, mais plutôt une réécriture (portnawak) du scénario de Cross.

Solomon Kane - Michael J. Basset (2009)

Il est bon (quelquefois) de ne jamais se fier aux idées reçues, quand bien même ce retournement de situation aurait tendance à vous faire jouer contre nature. Des mois de persistance rétinienne nanar à vous titiller le nerf optique après la vision de l'affiche française [1], voici où en était le préposé à la chronique. Ajoutez à cela une accroche au potentiel nanaro-naveton des plus alléchantes ("combattre le mal par le mal"), le dénommé Solomon Kane du britannique Michael J. Bassett avait de quoi (r)éveiller nos plus bas instincts en sommeil depuis bien trop longtemps. Las, après une introduction « prometteuse », et malgré quelques défauts, le cinéphile déviant est forcé, à son plus grand dam, de poser un genou à terre, et d'admettre sa défaite : ce long métrage lorgne du côté de l'honnête série B.

Solomon Kane, personnage créé à l'origine dans les années 20 par l'un des pères de la fantasy Robert E. Howard (écrivain prolifique à l'existence brève [2], et plus connu par les non initiés comme l'auteur de Conan le Barbare), se voudrait l'incarnation d'un puritanisme guerrier. Or mauvais timing pour le long métrage et ses producteurs, celui-ci tourné en pleine Obamania [3], ne pouvait décemment (?) pas profiter des scories de l'administration Bush et de sa politique post-11 Septembre.

Eve - Ufomammut (2010)

Lors d'une chronique précédente, j'avais émis l'hypothèse qu'il ne fallait jamais se fier aux cris d'orfraie du rock-critic. Celui-ci en plus d'avoir un goût immodéré pour les boissons alcoolisées à base de malt (et les lunettes noires), a cependant d'autres points communs avec le joueur de poker qui cacherait dans l'une de ses manches un jeu de cartes supplémentaire, déjouant ainsi au besoin une déveine momentanée ou un art du bluff aux confins de la médiocrité. Car le rock-critic est toujours prompt à changer d'attitude au gré du vent et des marées, passé maître dans l'art du contre-argument péremptoire, lui valant ainsi le respect d'une plèbe rock à la mémoire courte... au détriment d'une certaine sagacité qui lui fera toujours défaut. Sortir comme carte maîtresse un poncif éculé n'est jamais handicapant pour lui, tout bon bluffeur sait qu'il s'agit avant tout de savoir manier la conviction, et lorsque cette dernière peut-être accompagnée de morgue et d'une certaine attitude (1), le rock-critic parviendra nul doute à son but: créer la confusion pour les plus audacieux ou suivre le mouvement pour les plus opportunistes. Dès lors, faut-il s'étonner de lire chez certains, le supposé manque d'innovation et d'inspiration chez les italiens d'Ufommamut, adeptes d'un doom psychédélique des plus intemporels?

Defendor - Peter Stebbings (2009): Arthur Poppington VS. Captain Industry

A priori, tout du moins pour ceux de la génération du préposé, le premier rôle de Woody Harrelson, ayant marqué les esprits, est celui de Mickey Knox dans Natural Born Killers, le pamphlet provocateur d'Oliver Stone envers les médias et la violence véhiculée par ces derniers. L'autre film provocateur, enfin chez certaines ligues de "vertu" [1], qui permit d'assoir encore un peu plus la popularité du texan, fut le biopic autour du pornocrate Larry Flynt, mise en scène par un spécialiste du genre, Milos Forman [2].

Pourtant, si on doit garder une image du talent d'Harrelson dans un long métrage des 90's, ce n'est en aucun cas un des deux films cités précédemment, mais au contraire un film où celui-ci n'y joue qu'un rôle extrêmement secondaire, Des hommes d'influence. Une comédie de Barry Levinson satirico-visionnaire sortie juste un mois avant le crapoteux Monicagate, qui secoua la présidence de Bill Clinton. Film où l'acteur interprète le sergent William Schumann, un soldat quelque peu déphasé mentalement, et ex-futur otage martyr du conflit imaginaire étatsunio-albanais, créé de toutes pièces par des conseillers du président américain empêtré dans un scandale sexuel. En cinq malheureuses petites minutes, l'acteur en montrait finalement plus que durant cent vingt minutes de métrage, voici l'image que le préposé gardait de mister Harrelson. Alors en apprenant que pour son dernier film, l'acteur allait interpréter de nouveau un benêt se prenant désormais pour un superhéros, la curiosité du préposé fut aussitôt éveillée.

Anthropophagous - Joe D'Amato (1980)

De deux choses l'une, soit vous connaissez Joe D'Amato, et vous devinez a priori les risques que vous encourrez en lisant cette chronique, soit vous n'avez aucune idée de qui il s'agit, et vous avez encore le temps de rebrousser chemin, avant de succomber au charme vénéneux des productions de cet italien surnommé (à tort) par les anglophones The Evil Ed Wood. Et à quoi reconnait-on les ex-candides, ces victimes de cinéphiles sadiques, désormais rongés par un mal trop longtemps caché par les autorités, et qui se repaissent à présent de ces films d'exploitation toxiques tel un cannibale affamé en quête de chair fraîche ? Pour se faire, prenons un panel lambda de la population boulimique de pellicules, et demandons-leur si le cinéma de Joe D'Amato leur évoque un souvenir. Si le sujet a toutes les difficultés à refréner un tic nerveux, un sourire complice ou un regard fuyant pour les plus honteux du lot, sachez que ce symptôme n'est autre que le résultat à une exposition, aussi brève soit elle, à un film du dénommé Massaccesi, prénom Aristide, plus connu sous son plus célèbre pseudonyme : Joe D'Amato [1].

Based on a True Story - Sick of It All (2010)

Ne jamais se fier à un rock-critic, sa mauvaise foi n'aura d'égale que sa capacité de nuisance, toujours prompt à relativiser, dans ses moments de faiblesse, voire à railler quand le cœur lui en dit, l'enthousiasme de ses petits camarades encore tout émoustillés par le dernier disque de ______ [1]. Le rock-critic ne serait-il pas qu'un con ? A sa décharge, le rock-critic est par nature un éternel insatisfait. Quand son groupe évolue, change de production ou inclut de nouvelles influences, cette langue de vipère joue les vierges effarouchées criant au scandale, à la trahison, appelle au lynchage... et fera de même si l'artiste en question fait du surplace, enregistrant toujours le même album. Ne pas s'étonner dès lors de cet hâtif jugement du lecteur de passage découvrant les tourments qui régissent la vie de notre critique en rock'n'roll: "... s'il n'est pas un con (définitif), c'est en tout cas une vraie girouette" et pour les plus radicaux "... voire carrément une vraie planche pourrie". Néanmoins, au delà de ces joyeux poncifs, admettons ou tentons d'admettre qu'il existe encore des genres où le statu quo musical a sinon encore un sens, reste tout du moins rattacher à une notion d'authenticité, tel le hardcore made in New-York avec l'une de ses dernières grandes figures : Sick Of It All.

Croix de fer (Cross of Iron) - Sam Peckinpah (1977)

Cantonnés au seul registre héroïque, les films de guerre produits durant les années 50 et 60 n'avaient pas, à de très rares exceptions, vocation à mettre en avant l'absurdité de ladite guerre, qui plus est au sortir de la Seconde guerre mondiale. L'heure n'était pas encore à la remise en cause. Combien de Dr Folamour [1] face à la cohorte de films (patriotiques), au scénario calqué sur le même schéma : une opération suicide avec son lot de stars en guise de têtes de gondole, du moins avant la fracture post-Vietnam, avec les chefs d'œuvre de Francis Ford Coppola et Michael Cimino, Apocalypse Now et Voyage au bout de l’enfer, ou encore Johnny s’en va t’en guerre de Dalton Trumbo qui traitait du premier conflit mondial. Or un autre réalisateur américain de renom, quoiqu'un peu borderline et en dehors du système (ceci expliquant sans doute cela), réalisa lui aussi un film de guerre "divergeant" : Sam Peckinpah et son méconnu Croix de fer [2].

Deux années après son raté Tueur d’élite et une overdose à la cocaïne, Peckinpah revenait au cinéma avec un nouveau sujet, s'atteler à la réalisation d'un film de guerre, adapté du roman de Willi Heinrich, La peau des hommes, ou un épisode du front de l'Est relaté du point de vue allemand. 1943, lors de la retraite de la péninsule de Kouban vers la Crimée, un officier aristocrate allemand (Maximilian Schell), se targuant d'être issu d'une grande famille prussienne, rentre en conflit avec l'un de ses sous-officiers, le sergent Steiner (James Coburn). Le capitaine Stransky, conforté par ses succès en France et son illustre extraction, convoite, quel qu'en soit le prix à payer pour ses subalternes, l'une des distinctions militaires suprêmes, la croix de fer.

Mondo Cane - Mike Patton (2010)

Sorti le 4 mai dernier sous le titre Mondo Cane, le nouvel album du prolifique Mike Patton est tout sauf une véritable surprise pour l'habitué. Album prévu depuis deux ans, longtemps reporté, ce nouveau disque compile les performances live du frontman de Faith No More, lors de sa première tournée transalpine accompagné de soixante-cinq musiciens, où il reprenait à son compte plusieurs chansons du répertoire de la variété italienne des années 50-60. Une non surprise tant le chanteur, par le passé, a toujours su jongler entre les styles au sein de Faith No More, mais aussi et surtout au sein du groupe qu'il forma avec Trey Spruance et Trevor Dunn durant ses années lycée, Mr Bungle. Doté d'un des plus beaux organes que le rock ait connu, aussi à l'aise en costard dans le rôle du crooner que dans celui du brailleur hurleur amateur de projets barrés, pouvait-il donc étonner son auditoire en reprenant de la pop italienne surannée [1], qui plus est en connaissant son goût pour la langue de Dante et ses accointances avec le grand Morricone [2?

Par ordre de sortie, après ses deux bandes originales, celle du court-métrage A Perfect Place (2008) et celle plus dispensable de Crank: High Voltage (2009), Mike Patton remet le couvert et propose donc sa nouvelle production annuelle... en attendant peut-être l'année prochaine le premier disque de son nouveau projet avec le producteur Dan The Automator, Crudo. L'amateur éclairé et objectif admettra que hormis la reformation de Faith No More sur scène l'année dernière, l'actualité autour du chanteur semblait plutôt morne. Si l'artiste protéiforme n'avait pas totalement perdu de son éclat, difficile de prétendre toutefois le contraire. Les dernières productions pattoniennes n'avaient aucune mesure avec celles de la décennie précédente ou de la première moitié des années 2000. Restait évidemment ses collaborations zorniennes ou celle avec le groupe italien Zu par exemple, mais rien qui n'empêchait de ronger son frein [3].

Gotan Project - Tango 3.0 (2010)

Prétendre que la formation argentino-franco-suisse Gotan Project ne laisse pas indifférent semble un peu présomptueux. Certes, le jeune cadre dynamique pourra toujours mettre en avant la post-modernité de la démarche du trio, au grand dam des traditionalistes, admirateurs fervent du grand Astor Piazzolla. De même, le succès non démenti des disques du Gotan Project peut servir aussi à juste titre d'argumentation aux habitués des ambiances lounge dont la rhétorique creuse n'auraient d'égal que leur manque de personnalité, et pourtant... Force est d'admettre après l'exposition médiatique et les ventes qui suivirent leur premier album, l'efficace La Revancha del Tango, la nouvelle coqueluche des parvenus asexués aurait très bien pu disparaître et finir aux oubliettes de la branchitude telle l'étoile filante St Germain, ou au mieux rester un témoignage sonore de cette décennie (qui poussa le recyclage sonore dans ces derniers retranchements) à travers ses quelques apparitions dans diverses séries télé ou publicités. Mais Lunático, leur deuxième essai, après cinq années d'absence, tendait sinon à contredire la défiance des cyniques et autres désabusés, avait au moins le mérite d'offrir une alternative crédible au succès légitime de l'album précédent, un disque riche, mélancolique, plus acoustique, la danse cédant sa place à la contemplation, à l'image de leur relecture décharnée du thème de Paris, Texas de Ry Cooder. Quatre ans, quasiment jour pour jour, sort le nouvel album du Gotan Project, Tango 3.0, soit une troisième version de leur musique électro mâtinée de tango. Aux auditeurs de considérer si'l sagit d'une mise à jour pertinente avec nombre de plugins originaux ou juste une resucée boiteuse du passé.

Légion - Scott Stewart (2010)

En préambule, une voix lasse vous confie les joies d'avoir eu une mère croyante et d'ouvrir son cœur à dieu chaque soir parce qu'il est "bon, miséricordieux et juste". Seulement voilà, lorsque le mari altruiste préfère quitter le domicile conjugal perdu en plein désert du Mojave non sans déchirement et laisser ainsi le soin de l'éducation des enfants à cette future mère courage, il apparaît que cette dernière tend à radicaliser sa position mystique, en attente de la prophétie "où le monde ne sera plus que ténèbres", le sort de l'humanité étant désormais scellé. Et à la question somme toute légitime de sa fille en guise de conclusion, pourquoi dieu "était-il aussi furieux contre ses enfants" ? Nous avons droit à cette sentence radicalement lyrique : "j'imagine qu'il en a eu assez de toutes nos conneries". Avouons qu'en matière d'introduction, Légion du dénommé Scott Stewart s'annonçait sous les meilleurs augures du navet appellation d'origine contrôlé.

On aurait pu penser l'archange Michael (Paul Bettany) fatigué d'attendre l'apocalypse. Une éternité à préparer un combat contre un dragon [1], c'est long, surtout vers la fin, même pour l'élite de la milice angélique. Or son supérieur hiérarchique a décidé, comme l'évoquait précédemment l'illuminée maternelle, de régler son compte à cette progéniture crasseuse et ingrate nommée humanité. Et se produit le retournement que le mangeur de pellicules hypercaloriques attendait, la venue d'un sauveur, un vrai, un tatoué, Michael, qui décide d'aller à l'encontre des plans génocidaires du grand patron, au grand dam de son plus proche confident, un ami considéré comme la main droite du taulier, et aussi son plus fidèle coursier, célèbre durant l'Antiquité pour la fiabilité de ses annonces prénatales, l'archange Gabriel. Mais ce revirement, acte supposé d'amour envers les hommes, n'est-il pas un moyen déguisé pour faire changer d'avis son patron ? [2]

Les sept morceaux qui tournent en ce moment III


Pyramid of The Moon - Shrinebuilder [2009]

2009 aura vu l'une des belles surprises du doom metal et apparenté, un casting de luxe pour un supergroupe qui ô joie n'enquille pas les déceptions et autres désillusions à grand renfort de publicités ravageuses. Cela dit, qui à part un amateur de riff rampant peut s'émerveiller de voir Scott "Wino" Weinrich des cultes St Vitus/The Obsessed, Scott Kelly le leader de Neurosis, le bassiste de Om/Sleep Al Cisneros et rien de moins que le batteur des Melvins, Dale Crover au sein d'une même formation? Un casting de luxe, pour un album réjouissant, mise en boîte en seulement trois jours, où chacun apporte sa touche personnelle à des compositions bien plus inspirées que les dernières productions des dits musiciens: tel Wino et sa science stoner, baroudeur d'un psychédélisme mal embouché ou Cisneros nous conviant le temps d'un Pyramid of The Moon à une de ses transes stoner dont il a le secret. Shrinebuilder ou l'exception confirmant la règle que quelquefois, supergroupe ne rime pas avec baudruche. Le 20 avril à La Maroquinerie sur Paris.

Alien Raiders - Ben Rock (2008): Terror in the supermarket

On a beau se faire le spécialiste, tout du moins se considérer comme un amateur aguerri en matière de nanar SF avec budget famélique en option [1], il est toujours agréable de constater que certains artisans arrivent encore de nos jours à sortir leur épingle du jeu. Alien Raiders ou un bon petit film de Science-Fiction horrifique, qui tend à prouver qu'un direct to video peut très bien rimer avec efficacité, et pas seulement avec long-métrage crapoteux... le titre dudit film pouvant pourtant susciter quelques soupçons légitimes.

Un groupe d'individus se prépare lors du générique à pratiquer une attaque à main armée, tout est prêt : armes, munitions, plan du bâtiment, plus étrange des caméscopes numériques, et enfin l'itinéraire et le lieu du rendez-vous indiqués sur une carte, Buck Lake, Arizona. Une fois arrivé après avoir pisté une certaine voiture rouge, le petit groupe armé se dirige vers une quelconque supérette à l'heure de la fermeture. Contrairement à ce qui est annoncé par le leader, ce "banal" braquage tourne vite au carnage sans sommation. Après avoir été scannés par un "renifleur", plusieurs clients du supermarché sont abattus froidement sous les yeux des futurs otages, le dénommé Spooky alertant ses acolytes par un "c'en est une!" en désignant une femme qui semblait plus apeurée que désignant une véritable menace. Mais cette promenade punitive se complique lorsque l'un des clients qui n'est autre qu'un policier, non content d'alerter ses collègues par radio, tue l'un des assaillants mais aussi l'étrange Spooky...

Subsets of Sets - Jakob (2001)

Dans la série groupe exotique, après avoir mis en lumière un trio danois chantre du stoner rock, faut-il s'étonner de noter la présence d'un trio néo-zélandais adepte de post-rock en ces lieux ? Ami.e.s du tropisme musical rock'n'rollesque, bienvenue !

Jakob nous vient de Napier, ville dont le patronyme ravira sans aucun doute les admirateurs de Russ Meyer [1]. Le trio formé en 1998 par le guitariste Jeff Boyle, le bassiste Maurice Beckett et le batteur Jason Johnston profita de ses jeunes années pour faire la tournée des pubs de la région et ainsi assoir sa réputation au niveau local [2], profitant de ce tremplin pour sortir un premier EP éponyme l'année suivante. Après un single intitulé Erfo début 2000, le trio enregistre son premier album Subsets of Sets fin de la même année avant sa sortie au mois d'août 2001.
 

Cronico Ristretto: Jarmusch - Herzog - Boorman


Peut-on s'émouvoir du peu de retentissement médiatique du dernier Jarmusch ? The Limits of Control aurait-il le privilège (risible) de faire partie des films incompris et injustement boudés par la critique et le public? Après les presque deux heures de visionnage, la réponse est sans appel... le cinéaste de Down by Law vient de réaliser son plus mauvais film. Son envie de continuer à rendre hommage au cinéma de Melville, The Limits of Control narrant l'histoire d'un tueur à gage (Isaach de Bankolé) solitaire et énigmatique à travers l'Espagne, pouvait sembler sinon louable, tout du moins attiser la curiosité. Las... à moins que Jarmusch ait décidé avec ce long-métrage de lorgner vers le comique décalé voire surréaliste, or l'ennui et le ridicule sont à la croisée des chemins. Le personnage principal, quasi muet, marche dans les rues de Madrid, rode dans les musées, aime le flamenco, boit du café et rencontre des personnages incongrus faisant office de contact [1]. Ils s'échangent des boites d'allumettes, celles-ci détenant un message codé indiquant le prochain lieu de rendez-vous, en attendant de rejoindre le lieu du dit contrat. Que retenir finalement de The Limits ?
 

Peepers - Polar Bears (2010)

En écho à ma précédente chronique musicale, le mois de mars aura confirmé, si besoin est, mon regain d'intérêt pour les nouveautés et dans le cas présent les sorties jazz. Et parmi les réjouissances de ce début d'année, soit après un Yesterday You Said Tomorrow sorti le mois précédent et annonciateur de bons augures, la Perfide Albion nous offre en la personne d'un de ses fidèles sujets, Sebastian Rochford et sa formation Polar Bear, un autre album de jazz des plus intéressants qui soit. Morbleu.

Preuve s'il en est en avant propos pour décrire une fois de plus la rouerie de nos voisins britanniques, la pochette du nouvel album du quintette. L'auditeur innocent, lecteur assidu du NME et autres magazines tendance, porte étendard de l'indie et héritier contemporain d'Arthur Pendragon à recherche du nouveau saint Graal musical hebdomadaire (1), risque d'être déçu dans le meilleur des cas en apprenant que cette pochette enfantine n'est en rien un appel à ses délicates oreilles avides de mélodie pop.

Le Temple d'or (Firewalker) - J. Lee Thompson (1986)

Faut-il encore le rappeler aux plus jeunes, le succès de la série des Indiana Jones débutée en 1981 par Les aventuriers de l'Arche perdu, puis suivi de près par Indiana Jones et le temple maudit (1984), inspira plusieurs séquelles plus ou moins honteuses dans les années 80. La Cannon [1] produisit ainsi pour rappel, en 1985, Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon avec Richard Chamberlain dans le rôle-titre, long métrage miteux réalisé par le vétéran J. Lee Thompson [2]. L'année suivante, Golan et Globus remettaient le couvert, et produisaient une séquelle où cette fois-ci Allan Quatermain était égaré en pleine foire à la breloque dans La cité de l'or perdu. Mieux, les cousins faisaient d'une pierre deux coups, la même année, avec Le Temple d'or, avec leur poulain de l'époque, le grand, le sémillant, le magnifique, l'idole de plusieurs générations, le seul garant des valeurs du monde libre : Chuck Norris.

Firewalker [3] narre les aventures de deux baroudeurs Max Donigan (Chuck Norris) et Leo Porter (Louis Gossett Jr), des hommes, des vrais, des moustachus, amis pour la vie, avides de sensation fortes et à la recherche du fameux trésor qui leur permettra, enfin, de se retirer au soleil. Un soir, dans un bar, se remémorant leurs diverses fortunes, qui se résument à beaucoup de péripéties et autant de poches vides, les deux amis se font accoster par une dénommée Patricia (Melody Anderson) qui leur propose de faire équipe avec eux, celle-ci détenant une carte au trésor... authentique !! : "c'est forcément vrai puisqu'un homme est prêt à me tuer pour la récupérer [...] il est très dangereux [...] ce n'est pas un homme, il est plutôt une sorte de cyclope à la peau rouge [...] avec de longs cheveux noirs". Imparable.

Blackmagic - José James (2010)

Il aura certes fallu attendre mars pour avoir enfin la trace d'un album paru cette année, soit une preuve supplémentaire, s'il en était besoin, d'admettre que cette espace bloguesque se veut avant tout passéiste? Et pourtant nous avions clos l'année précédente par l'album groove de 2009, dès lors pourquoi ne pas débuter cette première chronique avec l'un des albums groove les plus épatants de 2010, le second album de José James, Blackmagic?

Après diverses expériences plus ou moins malheureuses dans son pays d'origine, le chanteur américain signa son premier album sur le label de Gilles Peterson, Brownswood Recordings, traversant ainsi l'Atlantique pour emménager définitivement du côté de Londres. The Dreamer, sorti en 2008, fut dès lors très vite remarqué par la critique US avec comme particularité d'avoir été nommé dans la catégorie des 50 meilleurs albums de Jazz cette même année (position 21), le célèbre magazine Downbeat le plaçant même dans le top 10 des chanteurs de jazz à suivre... tandis que ce dernier n'eut droit à aucune sortie physique sur le territoire nord-américain... étonnant, non?

Twilight, chapitre II ou la Tentation de la plante potagère (2009)

Il est des films ou sagas auxquels vous avez déjà tant donné de votre personne lors d'une première chronique, qu'une grande fatigue s'abat sur l'homme qui pensait naïvement en avoir suffisamment sous sa cuirasse, à la vision de l'affiche du second volet des mémorables aventures mormones du trio amoureux des années 2000. Las et à bout de force est l'homme, en dépit de son endurance potagère. Tel un relayeur unijambiste sous dialyse après une course effrénée à la poursuite d'un rein tant convoité [1], ce dernier passe désormais la main, non sans regret et avec une pointe d'appréhension, à la jeune garde cinéphile, une demoiselle bien sous tout rapport, rassurons notre lectorat averti... puisqu'il s'agit de la nièce de notre agent comptable préféré dont le bon goût n'est plus à prouver. A cette dernière de mettre en exergue, comme le fit par le passé son oncle lors d'une chronique précédente, les qualités de Twilight, chapitre II et ainsi faire taire les cuistres au cœur desséché et à la critique mesquine facile [2].

Que d'émotions durant le Chapitre I: Fascination du premier volet de Twilight adapté de la série romanesque à succès de la talentueuse Stephenie Meyer. On avait laissé Bella Swan dans les bras du ténébreux Edward Cullen sous couvert d'une future vengeance fomentée par la terrible Victoria. Après un cauchemar lui révélant sa condition de mortelle, Bella réitère sa requête de devenir une vampire, mais comme à l'accoutumée, Edward ne veut accéder à sa demande sans autres explications, sa moralité immaculée n'étant plus à prouver du haut de ses 108 années. Une triste nouvelle pour ce chaste vœux d'immortalité mais qui n'est rien à la vue de ce qui va suivre.

Summer Sessions Vol.1-3 - Causa Sui (2008-2009)

Question triviale en guise d'amuse-bouche, faut-il être né : 1/ dans le désert (depuis trop longtemps?) pour avoir une quelconque crédibilité musicale en matière de stoner rock d'obédience kyussienne 2/ au bord de la San Francisco Bay Area pour arborer fièrement un apparat psychédélique de bon aloi ? A la première interrogation, on pourra déjà sortir de son chapeau la formation munichoise Colour Haze qui depuis plus d'une dizaine d'années nous gratifie d'un stoner inspiré des plus kyussiens. Quant à la seconde, le vieux continent n'a pas attendu longtemps avant de s'enivrer des vapeurs artificielles et des senteurs patchouliennes, le Summer of Love de 1967 étant le parfait exemple et la preuve que la patrie du Grateful Dead n'avait pas le monopole du psychédélisme.

La Scandinavie avait déjà montré la voie durant les 90's avec quelques belles formations tels que les Spiritual Beggars de l'ex-Carcass Michael Amott et leur Another Way to Shine aux grandes oreilles. Dès lors, apprendre la nationalité danoise de Causa Sui, pays certes plus reconnu par une certaine frange comme celui qui a vu naitre un ancien anti-napster primaire ou un castrat maquillé en épouvantail lugubre, ne doit pas enfreindre la curiosité des amateurs de riffs hypnotiques et d'ambiances planantes tout en n'omettant pas, par moment, une lourdeur metallo-pachydermique bien sentie. Et puis pour faire taire les premiers récalcitrants, un groupe de rock qui cite comme influences Soft Machine, Jimi Hendrix et John Coltrane peut-il être foncièrement mauvais ?

Après un premier album sorti en 2005 puis un deuxième deux ans plus tard, le trio composé de Jonas Munk aux guitares, claviers et effets électroniques, de Jess Kahr à la basse et de Jakob Skøtt à la batterie sort à partir d'aout 2008 le premier volet de leur Summer Sessions, se concluant en juin de l'année suivante par les deux derniers volumes. Au-delà du titre de l'album composé en trois volets, hommage déguisé ou non aux sessions désertiques de Josh Homme, ces séances estivales s'en détachent suffisamment pour ne risquer à aucun moment une quelconque comparaison malheureuse, les trois volumes, comme pouvait le laisser apparaitre les trois noms cités plus haut, lorgnant plus vers la musique de la fin des 60's-début 70's qu'une vulgaire resucée stoner anémique.

Le premier volume des Summer Sessions de Causa Sui joue parfaitement son rôle d'initiateur à vrai dire. De leur récent passé de formation krautrock, le trio garde un goût évident pour les rythmiques hypnotiques et répétitives sur la suite de 25 minutes en ouverture intitulée Visions of Summer, Jonas Munk ayant autant assimilé les débuts de Amon Dull II que les longues plages instrumentales propre à l'acid-rock des 60's, avec néanmoins un goût prononcé pour les solos cristallins et pour les fins orgiaques où l'ombre d'un Santana n'est jamais bien loin. Ce premier volet résume avant tout les diverses influences de la formation dont deux des plus réjouissantes, annonçant un volume deux des plus exaltants, soit faire côtoyer le temps de Portixeddu le groove d'un Carlos Santana et la folie d'un Pharoah Sanders [1], ou Soul Sacrifice revisité par Fun House. Finalement, le disque se clôt par un Soledad aux réminiscences kyussiennes, soit la porte d'entrée vers un futur Summer Sessions Vol. 3.

Dès lors, si le premier album a un objectif déguisé, c'est bien celui de mettre en appétit l'auditeur lui offrant un panel du savoir-faire causa suien. Le Volume 2 s'ouvre ainsi sur le court Sun Prayer, nous rappelant au bon souvenir du mélodique Oasis de Pat Metheny issu de son Watercolors. Interlude contemplative où comment prendre le contrepied en découvrant le reste du disque, la référence jazz précédente permettant de souligner avant toute chose la teinte primordiale de ce dernier, à savoir un savoureux mélange de stoner mâtiné d'une bonne louche de psychédélique sous la houlette d'un formidable saxophone rugissant (Rip Tide) joué par le dénommé Johan Riedenlow, et secondé par le claviériste danois Rasmus Rasmussen [2]. Puis vient déjà le plat de résistance de la face B de l'album [3] passé un Cinecittá des plus légers, Tropic Of Capricorn, où de nouveau Jonas Munk fait étalage de tout son feeling pour une jam session des plus débridées entre un clavier vintage caravanseraien durant la première partie et un Johan Riedenlow toujours aussi impérial durant la seconde. Summer Sessions Vol. 2 ou le volet le plus aventureux.

Comme annoncé précédemment, le dernier volume est sans doute celui qui offre le moins de surprise, tout du moins le plus kyussien comme ce bien nommé Red Valley qu'on croirait tout droit sorti de Welcome to Sky Valley de la bande à Homme, avec néanmoins une approche plus atmosphérique et toujours ce saxophone tourbillonnant (Santa Sangre et Eugenie). Une Summer Sessions Vol. 3 à la fois donc plus lourde, mais aussi plus mélodique (Venice By The Sea) et plus cadrée, soit moins portée sur les très longues plages instrumentales improvisées [4].

Au final, une des découvertes de 2009 et un des coups de cœur tardifs pour un groupe adepte de stoner-kraut-psych-jazz rock [5].



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[1] Quoi de plus normal me direz-vous, ces deux derniers étant tous les deux dévoués au génie de Coltrane.

[2] Ça ne s'invente pas un tel patronyme, plus danois que ça...

[3] Les 3 volumes étant sortis au départ au format vinyle, et donc pensés comme tel.

[4] Encore que Red Valley avoisine les 10 minutes... et Santa Sangre ou Eugenie les 8 minutes...

[5] Menu certes roboratif mais tout à fait digeste, comme quoi...

Soul Power - Jeffrey Levy-Hinte (2009)

Trente cinq ans environ, soit presque une éternité, il aura fallu attendre pour enfin jouir du spectacle proposé en prélude au combat du siècle, le titanesque Rumble in the Jungle opposant Mohammed Ali contre George Forman, ou le fameux festival Zaire '74 qui a vu se côtoyer la crème de la musique noire américaine et celle de la musique africaine australe. Des préliminaires qui furent d'autant plus longs puisque les premières véritables images du show furent montrées lors du désormais culte When We Were Kings, sorti en 1996, retraçant les préparatifs du combat Ali/Forman en terre zaïroise. Douze années d'attente et d'espérance pour un résultat forcément marquant, un film retraçant intégralement ces trois jours de concerts. Retour sur une page historique de la musique (noire).

Avec le soutien des producteurs de When We Were Kings, Leon Gaste et David Sonenberg, en terminant le montage du documentaire, le réalisateur Jeffrey Levy-Hinte s'est attelé à la réalisation d'un nouveau documentaire Soul Power au vu des centaines d'heures de rushes de cette aventure humaine (ou résumer douze heures de concert en moins de quatre vingt-dix minutes). Comme le rappelle pertinemment le film, si le combat Rumble in the Jungle fut à l'initiative de Don King, le festival est l'œuvre du trompettiste sud-africain Hugh Masekela et du producteur étasunien Stewart Levine, ces derniers voulant réunir sur une même affiche la musique noire issue des deux continents. Un projet symboliquement fort où il s'agissait de montrer à la fois les préparatifs et l'organisation du festival, les interviews des musiciens et bien sûr des extraits de concert.

The Keeper – Keoni Waxman (2009)

A l'heure où des blogueurs émettent des paris quant à savoir quand un hypothétique revival musical nineties poindra son nez, il est bon pour le cinéphile déviant de se rappeler au bon souvenir d'un Casey Ryback, ou celui qui illumina de son empreinte la dite décennie par sa science du désossage d'épaule à main nue, le tout en cinq secondes, montre en main. Mais que reste t'il deux décennies après ? Steven Seagal enfile avec autant de maestria les navets direct-to-video que les kilos hyperflus depuis plus de dix ans (et s'interroger,  comment notre pugiliste au visage bouffi arrive encore à trouver des amateurs prêt à payer pour une dose d'action aussi molle du genou ?). Et la dernière production de Seagal en date, Le prix du sang (VO : Driven to Kill) ne risquait pas d'infirmer la trajectoire prise [1]. Dès lors, que pouvait-on attendre de The Keeper, nullement un sursaut d'orgueil, juste mesurer la taille et les dimensions de cette nouvelle perle potagère fraichement déterrée et cultivée avec amour par notre bon Steven.

Les sept morceaux qui tournent en ce moment II

Le DJ Duclock ne m'en voudra sans doute pas, son idée, non contente de m'avoir plu et d'avoir obtenu un retour réjouissant, va désormais revenir sous forme de leitmotiv au rythme d'un billet tous les deux mois environ.


Masque en Sole - John Zorn [2008]

Premier morceau qui ouvre le 21ème volume des Film Works de John Zorn scindé en deux parties, Belle de Nature accompagnement musical d'un film de Maria Beatty et Rijksmuseum pour le documentaire consacré à la rénovation du musée néerlandais du même nom. Pour Belle de Nature, Zorn compositeur a fait appel à des fidèles à savoir Marc Ribot à la guitare, Carol Emanuel à la harpe et Shanir Blumenkranz à la basse. Un trio magique pour une musique belle, inventive et émouvante... loin de la tenace réputation de terroriste sonore de Zorn.

Waiting for the sun - The Doors (1968)

Il est des albums que vous connaissez de nom, que vous croyez connaître plus ou moins, ou tout du moins que vous croyez connaitre, sa réputation d'album mineur faisant le reste... et au détour d'un hasard, d'une ruelle, d'une chronique sur un blog, vous décidez d'offrir une seconde chance à cet album trop longtemps oublié par vos soins. Ce fut le cas la première fois avec le Space Oddity de David Bowie [1], et de nouveau le cas avec cet album des Doors, Waiting For The Sun.

Comme c'est souvent le cas, les raccourcis et lieux communs n'ayant aucune raison valable de ne point être de sortie en préambule, on s'amusera sans coup férir d'apprendre que Waiting For The Sun n'est autre que le troisième album des géniteurs de The End, soit l'album attendu au tournant, de la maturité... et patati et patata. Et il faut admettre, ceci expliquant en partie le peu d'intérêt que cet album a pu octroyer au préposé à la chronique pendant plus de dix ans, les titres supposés marquants, appelés plus communément tubes par les marchands de yaourts, sont loin d'avoir la même aura que ceux des deux précédents albums.
 

Funky front covers III - Part 2

Comme promis, elles sont venues (un peu à la bourre je concède), elles sont toutes là. Qui donc? Mais les pochettes de la deuxième partie du Funky Front Covers III bien sûr. Une deuxième session plus sensuelle et évanescente où le charme le plus humide croise la fesse la plus ferme...


Kamaal the Abstract - Q-Tip (2009)

Quoi de mieux pour terminer l'année passée que... d'attirer l'attention sur un des albums oubliés de 2009. Au choix : une négligence ou une faute de goût. Réparons donc une injustice, tout en se drapant de cette suffisance que tout bon justicier à la chemise légère se doit de présenter en guise de faire-valoir, quand il s'agit de défendre un album négligé par la plèbe indie ou les classements de fin d'année proposés par quelques amateurs apparemment éclairés.

Q-Tip et sa formation A Tribe Called Quest, deux noms qui sonnent et résonnent encore dans la tête de nombreux trentenaires nostalgiques comme l'un des MCs et groupes de hip-hop les plus imaginatifs et aventureux qui marquèrent tant d'esprits durant la première moitié des 90's. Chantre d'un style, la Native Tongue, faisant certes peu d'émules, comparé aux enfants du gangsta ou du rap West-Coast mais qui ouvrit la voie aux non moins talentueux The Roots et autres artistes de hip-hop souhaitant se démarquer d'avantage des poncifs véhiculés par le genre au fil des années 90, et disons le tout de suite, artistes plus soucieux du fond que de la forme, proposant ainsi aux plus sceptiques et contradicteurs primaires une alternative crédible aux deux genres populaires cités plus haut.

Station to Station - David Bowie (1976)

Écrire la critique d'un de ses albums préférés est en général un exercice des plus périlleux, comprendre autant un art délicat qu'une acrobatie hasardeuse. Pour clore cette session finale du David Bowie Blog Tour 2009, le hasard aura encore joué un très joli tour au préposé, après le classique de 1977 Low, il eut droit de sortir du chapeau SON disque de David Bowie : Station to Station.

Comme l'a remontré ce judicieux Blog Tour, aussi bien pour les stagiaires en rock'n'roll attitude que pour les mécréants ne retenant comme passage à vide que l'après Scary Monsters, sa seigneurie David Jones a connu également un ventre mou au mitan des années 70. Dès 1973, après un album de reprises que l'on nommera poliment de dispensable et un dernier coup de collier glam rock synonyme de coup dans l'eau (tiède), Bowie traverse l'Atlantique pour débuter "sa période américaine" et enfin en terminer définitivement avec le style musical qui l'a porté aux nues. L'artiste protéiforme signe dès lors un nouveau virage et fait rare dans la musique, ce tournant ne coïncide pas avec la sortie d'un nouveau disque, fruit de nouvelles expériences studio, mais lors de la tournée promotionnelle à son nouvel album intitulé Diamond Dogs.
  

Funky front covers III

Pour terminer en apothéose cette sinistre année 2009, à l'heure où les cuistres vont de leur bilan comptable onaniste et en attendant une fin d'année qui me fera sans aucune mesure oublier les douze derniers mois passés, ouvrons un nouveau chapitre du désormais fameux (1) Funky front covers annuel ou en d'autres termes, remémorons-nous au bon souvenir des pochettes oubliées de la musique funk et disco des 70's et 80's. Un nouvel éclairage en somme pour des groupes et artistes qui à quelques exceptions près ne vivent que pour le regard déviant sinon lubrique de quelques collectionneurs avides de sensations... moites et phéromonées. En préambule, et en suivant les bons conseils de l'influent Jean-Pierre Morignard, cet article sera scindé en deux partie au vu du nombre de pochettes sexy présentées lors de cette nouvelle session.
 

subHuman - Recoil (2007)

Comme le faisait remarquer judicieusement un médecin de garde helvétique de la blogosphère, je cite: "le hip hop est issu du blues et de la soul, et pourtant rares auront été les tentatives de mêler ces genres musicaux". Et un constat sinon amer, en tout cas regrettable, qui s'applique finalement pour d'autres courants musicaux. "S'éloigner de ses racines, c'est un peu comme tuer son père" me confiait un verre de Muscadet à la main et le coude vissé au comptoir, un des nombreux piliers de bar que compte la même blogosphère d'obédience éthylo-rock'n'rollesque. "En musique, c'est presque vital de toute façon, [...], et encore, j'te cause pas des paternels qui te foutent la honte, mais seulement des jeunes qui veulent se démarquer de leurs glorieux ancêtres" lança t-il d'un geste de la main majestueux en guise de conclusion. Sur l'avant-dernier point, notre musicophile, certes bourru mais néanmoins généreux [1], avait loin d'avoir tort. C'est sans doute même l'un des points essentiels concernant l'un des sous-genres du rock de la première moitié des 70's à savoir le rock progressif. Si on doit au moins remercier ces monuments de finesse que sont Emerson, Lake & Palmer ou Yes, c'est bien d'avoir, non pas engendrés des générations de mélomanes eugénistes jouant les victimes au gré des sarcasmes de la plèbe rock, mais celui, d'avoir été l'une des causes de la réaction do it yourself par la génération punk et tous ses turbulents avatars. Bref, mettons de côté ces digressions futiles, et revenons à la première citation. A la question existe t-il des tentatives afin de faire marier cette fois-ci deux styles opposés, sans filiation aucune, à savoir le le blues et l'électro, subHuman de Recoil se pose en parfait exemple.
     

Sept morceaux qui tournent en ce moment

En attendant des nouvelles fraîches, et pour répondre à la requête de DJ Duclock, Sept morceaux qui tournent sur ma platine (et PC passe que hein bon quoi...)

Brazilia - John Coltrane (1965)

Tiré de l'album du mystique saxophoniste The John Coltrane Quartet Plays, album surtout connu pour sa reprise de Chim Chim Cheree issu de la bande originale de Mary Poppins. Album quelque peu minoré du fait d'être coincé entre les deux monstres que sont A Love Supreme et Ascension, mais qui reste un excellent album à la croisée des fulgurances coltraniennes et de ses précédents albums de jazz modal.


Etrange été - Alain Bashung (1989)

Bashung sort un manifeste new-wave intitulé Novice... en 1989, quelle drôle d'idée. Accompagné par un casting de luxe allant de Colin Newman de Wire à Blixa Bargeld d'Einstürzende Neubauten, Bashung compose son dernier album avec Boris Bergman et son premier avec son futur compagnon d'écriture Jean Fauque dont Etrange été est l'une des premières créations du duo. Album à la production certes datée mais à l'atmosphère lourde, tendue, noire.

Mutants - Amir Valinia (2008)

Comme me confiait il y a peu un admirateur dévot de Tom Waits sous couvert d'anonymat, il ne suffit pas d'avoir la voix ravagée d'un cancéreux se gargarisant au whisky frelaté pour prétendre avoir le talent de l'interprète de Blue Valentines. De la même manière, l'équilibre entre un mauvais film sympathique de faible niveau et un sinistre navet semble être ténu pour l'habitué des multiplexes errant tel un zombie dans les centres commerciaux en mal de blockbusters hypercaloriques. Combien de crapauds malodorants et autres princes miteux pour un charmant et noble souverain à l'apparence altière et aux poils brillants ? Voici donc l'art délicat auquel s'est tenu la fine équipe composée de Jodie Jones, Evan Scott et Sam Sullivan (troisième du nom faut-il le préciser) pour écrire ce petit nanar horrifique sans grande prétention (enfin j'espère pour eux et leurs héritiers...) intitulé Mutants sous la direction du non moins inconnu Amir Valinia.
  
Parmi les nombreuses recettes susceptibles de transformer une vulgaire plante potagère en un mets nanar de premier (ou second) choix, deux exemples caractérisent à merveille le film du jour : une idée de départ improbable, si foutraque qu'on en vient à émettre de sérieux doutes sur la santé mentale des trois protagonistes sus-cités, pimentée par une touche de glamour, tout du moins prestigieuse dans le cas présent, par le choix d'inviter un hôte de marque pour rehausser votre casting famélique, comprendre un acteur avec suffisamment de notoriété venu cachetonner sans vergogne, n'hésitant pas une minute à saigner à blanc un budget anémié qui n'en demandait pas tant.