Live report : Eyehategod • Herder • Joe Buck Yourself - Glazart, Paris, 30 juin 2015

Depuis leur précédent passage parisien au Glazart en première partie d'Orange Goblin en août 2013 (photos sur notre tumblr), le retour de la formation culte et originaire de la Nouvelle Orléans, Eyehategod, était des plus attendus. Un retour sur scène d'autant plus espéré depuis la sortie, l'année dernière, de leur album éponyme, nouveau disque mettant un terme à un hiatus discographique (1) long de quatorze années depuis leur précédent effort studio, Confederacy of Ruined Lives. Une éternité.

Dans le cadre des Stoned Gatherings, et en support à la tournée européenne des louisianais, du 6 juin au 4 juillet, la soirée parisienne du 30 juin s'annonçait ainsi des plus chaudes, en sus des températures caniculaires qui frappaient la capitale : pas moins de quatre groupes allaient ainsi précédés la venue tardive d'Eyehategod.

Une fois n'est pas coutume, l'horaire annoncé sur le billet disait vrai. A 19h tapante, non loin de la scène extérieure LaPlage, le psychobilly de Tony Bones / Joe Buck aka Viva Le Vox ouvrit les hostilités, suivi dans la foulée par le trio rock'n'roll bluesy Hooten Hallers. Si la seconde formation convainquit à moitié, la faute à un saxophone baryton timide et à un chanteur trop porté à imiter Tom Waits, le premier duo n'eut pas son pareil pour faire vivre ce délicieux mélange de rockabilly originel et d'attitude punk. Le temps de rejoindre la salle de concert, et Joe Buck pouvait investir les lieux, délaissant sa contrebasse pour une guitare et son étui faisant office de grosse caisse.

 
Joe Buck Yourself 

Le prince de Hombourg - Marco Bellocchio (1997)

Depuis son adaptation [1] d'Enrico IV de Luigi Pirandello en 1984, Le Prince de Hombourg, d'après la pièce homonyme de Heinrich von Kleist [2], signait après treize ans d'absence le grand retour du cinéaste italien Marco Bellocchio au Festival de Cannes. En compétition officielle, le film ne fut pourtant jamais distribué dans l'hexagone. Une injustice, du moins un oubli, enfin réparée grâce à Carlotta qui distribue une œuvre majeure du maître italien, après un long sommeil de presque deux décennies, ce mercredi 1er juillet. 

A la veille de la bataille de Fehrbellin, entre la Suède et le Brandebourg, le Prince de Hombourg (Andrea Di Stefano) est surpris en pleine crise de somnambulisme dans le jardin d'un château. A son réveil, il découvre dans sa main le gant de Nathalia (Barbora Bobulova), nièce de l'Électeur (Toni Bertorelli). Encore troublé par ce rêve devenu réalité, le Prince écoute distraitement le lendemain les instructions dictées par l’Électeur, chef de l'État et de l'armée. Il lui est ordonné de ne pas attaquer avant les ordres, sa fougue ayant déjà faire perdre auparavant deux victoires. Durant la bataille, le jeune commandant de la cavalerie brandebourgeoise apprend la mort de l'Électeur. Il décide de devancer l'ordre en attaquant l'infanterie suédoise, et remporte la victoire. Or l'oncle de sa future fiancée n'est pas mort, et souhaite que son indiscipline, malgré la victoire, soit punie en le mettant aux arrêts, avant que celui-ci ne soit jugé par une cour martiale. 

It follows - David Robert Mitchell (2014)

Présenté à Cannes en mai 2014, avant de faire la tournée des différents festivals internationaux, dont deux escales françaises en septembre, à L'étrange festival puis à Deauville, It follows aura autant suscité l'admiration des festivaliers, que la critique d'une partie du public. Film singulier dans la production horrifique des années 2010, ce second long métrage du jeune cinéaste David Robert Mitchell se démarque, à son avantage, des sempiternelles histoires de possession qui hantent les actuelles salles obscures. L'auteur du méconnu The Myth of the American Sleepover y propose ainsi une relecture des grands films d'horreur (pre-)eighties, Halloween et Les griffes de la nuit, inspirée par le minimalisme du japonais Ring. De quoi décontenancer les amateurs de frissons formatés. Las. Les meilleures intentions ne font pas toujours les meilleurs films, mais n'allons pas trop vite...

Lycéenne vivant dans la banlieue de Detroit, Jay (Maika Monroe) va au cinéma avec son nouveau petit ami, Hugh (Jake Weary). Dans la salle, en attendant la projection du film, Hugh aperçoit une femme à l'entrée. Or Jay ne la voit. Effrayé, Hugh demande à sortir de la salle immédiatement. L'adolescente ne prête pas attention à cet étrange comportement, et sort une seconde fois avec son compagnon. Lors de ce rendez-vous, Jay et Hugh font l'amour sur la banquette arrière de la voiture, garée près d'un immeuble abandonné. Peu de temps après, le jeune homme la séquestre dans le bâtiment voisin et lui révèle à son réveil qu'il lui a transmis sexuellement une malédiction. Désormais elle sera suivie par une entité, jusqu'à ce que mort s'en suive. Sa seule issue, transmettre par voie sexuelle à un autre partenaire, cette malédiction. 

Cronico Ristretto : The Flight Of Sleipnir - V (2014)

Des nombreuses et obscures nouveautés sorties en 2014 dans le genre doom metal, le cinquième album, sobrement intitulé V, de The Flight Of Sleipnir aura marqué les esprits de bon nombre d'amateurs de riffs plombés, tant ce nouveau disque s'inscrit comme leur essai le plus probant. Gageons que leur signature chez le label européen Napalm Records puissent leur offrir davantage de visibilité. Mais n'allons pas trop vite...
 
Formé en 2007 à Arvada dans le Colorado par la paire Clayton Cushman (guitares, basse, synthétiseurs et chants) / David Csicsely (batterie, guitares et chants), The Flight Of Sleipnir, tiré du nom du cheval à huit jambes d'Odin, fruit des amours divino-zoophiles entre le fripon Loki et l'étalon Svadilfari [1], est comme son nom l'indique davantage attiré par la mythologie nordique que par le far west. 

Requiem pour un vampire - Jean Rollin (1971)

Quatrième long métrage de Jean Rollin, Requiem pour un vampire, fut considéré par le réalisateur français, de son vivant, comme l'un de ses préférés, à l'instar de ses Lèvres de sang, mises en scène quatre ans plus tard. Non sans raison. Dernier volet momentané de sa série vampirique (avant la brève reprise 70's mentionnée précédemment), ce film connu également sous le patronyme, Vierges et vampires, peut être vu comme la première synthèse du cinéma Rollinien. Non content de rassembler ici la majeure partie de ses thématiques, les éléments les plus souvent raillés, narration confuse et amateurisme ambiant, sont cette fois-ci sinon inhibés, du moins suffisamment limités pour ne pas réduire la portée onirique souhaitée par le cinéaste. Dont acte.

Deux jeunes femmes, Marie (Marie-Pierre Castel) et Michelle (Mireille Dargent), grimées et habillées en clown s'échappent en voiture avec leur complice. Le trio est poursuivi à travers les routes de campagne. Mais le conducteur est finalement abattu par ces mystérieux assaillants. Après avoir fait brûler le cadavre dans l'automobile, et quittées leur maquillage et costumes, les filles trouvent, à l'endroit indiqué par l'homme sa moto à l'abri dans un château d'eau. A court d'essence, elles se cachent momentanément dans un cimetière, avant découvrir le soir venu les ruines d'un château d'apparence abandonné...

La bête dans l'espace - Al Bradley (Alfonso Brescia) (1980)

Figure oubliée de l'âge d'or du cinéma d'exploitation italien, dont il fut l'un des témoins privilégiés en réalisant pas moins d'une quarantaine de longs métrages entre les années 60 et 80 [1], Alfonso Brescia, plus connu des initié.e.s sous le pseudonyme Al Bradley, méritait bien que l'on s'y attarde davantage. Après avoir fait ses gammes avec trois péplums, dont le bien nommé Goldocrack à la conquête de l'Atlantide (1965), Brescia fit sa révérence aux culturistes en jupette pour se lancer, par la suite, dans le western. La mode passée, les pistoleros cédèrent leur place à des thématiques plus dispersées (dont en 1971 la sexy comédie La vie sexuelle de Don Juan avec la débutante et prometteuse Edwige Fenech), avant que n'arrive sur les écrans du monde entier Star Wars, et sa cohorte de clones fauchés. Responsable d'une trilogie fleurant bon la récupération et l'opportunisme [2] entre 1977 et 1978 : La guerre de l'espace, La bataille des étoiles et La guerre des robots, Brescia continua néanmoins à diversifier en parallèle ses sujets, tel le polar camorriste, autre sujet de prédilection du romain. Au plus fort de sa production, l'homme signa ainsi pas moins de quinze films entre 1978 et 1981, dont en 1979 et 1980, deux nouvelles incursions dans la SF bon marché, Space Odyssey, et celui qui nous intéresse : La bête dans l'espace (La bestia nello spazio).

Dans le futur, Larry Madison (Vassilli Karis), capitaine de la flotte spatiale, reçoit pour mission de conquérir la planète Lorigon afin d'y trouver un des métaux les plus précieux, l'Antalium, élément nécessaire pour fabriquer les armes à neutrons. Parmi les membres d'équipage qui lui sont présentés, Madison croise par surprise la dénommée Sondra (Sirpa Lane), officier de route, que le capitaine avait séduit quelques temps plus tôt dans un bar. Après leur étreinte passionnée, la jeune femme lui avait ainsi confié qu'elle faisait chaque soir le même cauchemar. Au début, perdue dans une forêt inconnue, Sondra rejoint un château où elle est conviée à un banquet. Puis le maître des lieux l'invite à sortir dans les bois, et commence à la caresser, à l'embrasser, puis à la déshabiller avant qu'elle ne se réveille à chaque fois terrorisée. Or une fois atterrie sur Lorigo, Sondra constate que la planète ressemble étrangement à son rêve...

Commando - Mark L. Lester : Tribute to Bennett (1985)

Que sait-on finalement du capitaine Bennett ? Peu de choses. Des bribes. A nous de les recomposer et de rendre un hommage appuyé à cet homme dont la réputation fut ternie par un ex-allemand de l'Est, à la solde de l'impérialisme nord-américain, un colonel des Forces spéciales à la retraite connu sous le nom d'emprunt de John Matrix.

Resté à jamais gravé dans la mémoire des fans de gilet en cotte de mailles, Bennett, dont l'extrême modestie le poussa à ne jamais divulguer son prénom, souffre d'un procès d'intention qui a bien trop duré depuis plus de trois décennies. Il était temps de mettre en lumière, et avec une objectivité certaine, les qualités mais également les coups bas reçus par cet héroïque soldat, qui rappelons le, n'avait pas besoin d'arme à feu pour battre ses ennemis. 

Rappel des faits. Expulsé par Matrix de son unité au cours d'une périlleuse mission à Val Verde, dont le dessein était de destituer le bon président Arius au profit du fantoche et servile Velásquez, Bennett n'eut pas droit à une retraite dorée pour services rendus à la nation. Pire. Professionnel et passionné par son travail, le capitaine Bennett ne récolta qu'incompréhension et jalousie auprès de ses supérieurs. Rendu à la ville civile, notre homme entama une nouvelle carrière. Désormais marin pêcheur, propriétaire d'un modeste bateau, Bennett attendait patiemment que la destinée lui offre une seconde chance en la personne du président destitué Arius.
 

L'invention de Morel - Claude-Jean Bonnardot (1967)

Adapté du roman argentin du même nom, La invención de Morel, édité en 1940 et signé par l'auteur Adolfo Bioy Casares, L'invention de Morel s'inscrit comme un cas relativement unique dans le paysage culturel français. Produit et réalisé pour la télévision, ce film diffusé en décembre 1967, non content d'être un des tout premiers tournés en couleur, fait figure d'OTNI (Objet Télévisuel Non Identifié) tant son contenu s'éloigne des usuelles fictions produites par jadis l'ORTF. Edité en DVD par l'INA depuis 2012 sous la collection Les inédits fantastiques [1]L'invention de Morel n'est pas sans évoquer les autres essais fantastiques et science-fictionnelles qui seront réalisés quelques années après par d'autres auteur français à l'instar du Je t'aime je t'aime d'Alain Resnais ou Le temps de mourir d'Alain Farwagi. Mais n'allons pas trop vite.

11 janvier 1935. Débarqué depuis la veille, Luis (Alain Saury) est venu se cacher sur une île lointaine, Villings, dans l'archipel des Ellice. L'île est désormais abandonnée de tous, et nul ne s'y approche depuis que l'équipage et les passagers d'un bateau furent retrouvés morts, atteints d'une « maladie mystérieuse qui tue de la surface vers le dedans ». Dans cette île déserte subsiste néanmoins d'anciens vestiges modernes ; s'y dresse au nord, non loin d'un oasis, un hôtel particulier qualifié de « musée » avec piscine construit en 1925. Prisonnier et seul, n'ayant plus aucun moyen de repartir, Luis s'adapte tant bien que mal à cette nouvelle vie. Deux semaines après son arrivée, il découvre par surprise la présence de visiteurs. Habillés de vêtements semblables à ceux que l'on portait dix ans plutôt, ces derniers ne lui prêtent aucune attention. Invisible aux yeux de tous, Luis s'éprend au fil du temps d'une jeune femme, Faustine (Juliette Mills). Mais celle-ci, à l'instar de ses compagnons, ne le voit pas. Détail encore plus troublant, les faits et gestes de ses visiteurs se répètent et se déroulent de manière identique chaque semaine. Un soir, le maître des lieux, le dénommé Morel (Didier Conti), avoue lors d'un dîner avoir créé une machine qui enregistre la vie dans toutes ses dimensions...
   

Live report : Dave Holland & Prism - New Morning, Paris, 5 mai 2015

Vu une première fois par le préposé à la chronique il y a tout juste dix ans, quand le contrebassiste Dave Holland était accompagné de son quintette (1) constitué du vibraphoniste Steve Nelson, du tromboniste Robin Eubanks, du batteur Nate Smith et de son fidèle saxophoniste Chris Potter, son passage annoncé au New Morning et l'excellent souvenir de ce mémorable concert rouennais pouvaient difficilement laisser indifférent. Dont acte.

Premier britannique à compter dans les rangs de la formation électrique de Miles Davis au tournant des années 60-70, quand le trompettiste enregistra les retentissants et fondateurs In A Silent Way et Bitches Brew (2), le musicien Dave Holland signa justement en 2013 avec Prism un disque d'autant plus notable, que celui-ci rappelait le groove davisien de ses jeunes années, sans céder toutefois aux sirènes d'une stérile nostalgie.

Cinquante nuances de Grey - Sam Taylor-Johnson (2015)

Fort du succès littéraire de la trilogie, il était évident que Cinquante nuances de Grey allait être vite adapté sur grand écran, et pouvait-il en être autrement, les droits ayant été cédés dès mars 2012 à Focus Features et Universal (le premier roman a été publié aux États-Unis en juin 2011). Aussi générationnel, du moins vendu comme tel, que pouvait l'être Twilight [1], certaines mauvaises langues allant jusqu'à insinuer que le public visé serait le même, à savoir de jeunes dames ayant troqué leur désir frustré pour le vampire d'obédience mormone Edward Cullen pour une bonne fessée prodiguée par le jeune et fringuant tycoon cynique Christian Grey (mais n'allons pas trop vite), Cinquante nuances de Grey - le film fut présenté en avant-première à la Berlinale avant d'envahir stratégiquement les cinémas du monde entier la semaine de la saint Valentin [2]. Deuxième film le plus rentable à l'heure actuelle pour l'année 2015 [3], et ceci en dépit d'un bouche-à-oreille catastrophique et sanctionné par une chute notable des fréquentations (plus de 70%) pour sa deuxième semaine en salle aux USA, ces Cinquante nuances auront au moins eu le mérite de remplir les bourses de certains, à défaut d'émoustiller les autres. 
 
Etudiante en littérature anglaise, Anastasia Steele (Dakota Johnson) remplace au pied levé sa colocataire et amie Kate, et part interviewer l'homme d'affaires Christian Grey (Jamie Dornan) pour le journal de son université. Séduite et intimidé par cet homme de six ans son aîné, celui-ci va rapidement proposer à la naïve et innocente Ana une relation particulière, basée sur la domination et la soumission, et régie par les clauses d'un contrat qui lui est demandé de signer. Ana lui avoue être encore vierge. Décidé à « rectifier la situation » avant d'aller plus loin, Christian lui offre sa première relation sexuelle...

Il était une fois en Amérique - Sergio Leone (1984)

Ressorti par Carlotta dans les salles françaises en version restaurée en juin 2011 [1], le dernier chef d'œuvre de Sergio Leone, Il était une fois en Amérique, réapparaît de nouveau sur grand écran mercredi prochain, par l'intermédiaire du même éditeur avisé, dans une version inédite incluant vingt deux minutes supplémentaires. Disponible depuis septembre dernier outre-Atlantique en DVD et Blu-Ray, cette ultime version se rapproche au mieux de celle souhaitée par le réalisateur. Perdues, puis retrouvées à partir d'une pellicule positive utilisée comme copie de référence, et enfin restaurées par L'Immagine Ritrovata et la Cineteca di Bologna, ces scènes coupées furent réinsérées avec l'aide des collaborateurs de l'époque et de la famille du metteur en scène. 

Tourné entre le 14 juin 1982 et le 22 avril 1983, et présenté en avant-première à Cannes l'année suivante dans une version de 229 minutes, l'exploitation d'Il était une fois en Amérique connut des fortunes diverses. Devant par contrat livrer un métrage d'environ 2 heures et 45 minutes, les distributeurs étasuniens [2] coupèrent drastiquement le film pour n'en retenir qu'une version expurgée d'environ 139 minutes. Pire, non contents d'ôter des scènes, les studios changèrent également la structure narrative pour ne retenir que l'ordre chronologique de l'histoire. Victime de cette purge, l'enfance des personnages fut sacrifiée au profit des scènes relatant l'âge adulte. Ironie du sort, cette version aseptisée étasunienne, assainie de toutes volutes opiacées, et au récit supposé clarifié, fut un véritable échec critique et public, tandis que la version européenne de 229 minutes fut célébrée comme le parachèvement de l'œuvre de Leonienne et un sommet de l'histoire du cinéma

Les gladiateurs de l'an 3000 - Allan Arkush|Nicholas Niciphor (1978)

1975. Non sans talent et opportunisme, Roger Corman devance de quelques mois le Rollerball de Norman Jewison pour sortir Death Race 2000, série B d'anticipation inspirée par le thème du sport futuriste ultraviolent. Avec à l'affiche David Carradine, tout droit sorti de la série à succès Kung Fu, et accompagné d'un dénommé Sylvester Stallone, cette Course à la mort de l'an 2000 avait le précieux avantage de gagner en transgression et en satire, là où Rollerball se perdait en conjecture prétentieuse. Fort de ce succès et de celui d'un blockbuster sorti en 1977 (mais n'allons pas trop vite), le fameux producteur remet le couvert trois ans plus tard. De par son titre, Deathsport, et la présence de sa vedette télévisuelle [1], celui-ci pourrait résolument se présenter comme une séquelle du précédent, or il n'en est rien. De cette classique méthode de margoulin, qui revient à semer la confusion dans l'esprit quelque peu embrumé des amateurs de bisseries, faisons abstraction, et soulignons au contraire la perspicacité du roi de la série B. Ébauche de ce qui constituera au début de la décennie suivante un genre à part entière après la sortie de Mad Max 2 et de New York 1997, repris à la chaîne par bon nombre de sympathiques tâcherons transalpins, Les gladiateurs de l'an 3000 [2] annonce avec quatre ans d'avance le raz-de-marée post-apocalyptique eighties. De quoi nous faire oublier les nombreuses défauts de Deathsport ? Faut voir...

Mille années après la grande guerre nucléaire, le monde connu se résume à de vastes étendus sauvages semi-désertiques d'où submergent de grandes cités, derniers vestiges de l'ancienne civilisation disparue. Le sort de l'humanité se divise entre s'entasser dans des cités surpeuplées, telle Helix City dirigée par le dictateur Lord Zirpola (David Mclean), ou bien errer sur cette terre, inhospitalière et contaminée, peuplée de mutants anthropophages. Devenu fou, le maléfique Zirpola demande à son bras droit, et âme damnée, Ankar Moor (Richard Lynch) de capturer les guides mystiques Kaz Oshay (David Carradine) et Deneer (Claudia Jennings) qu'ils considèrent comme une menace. Emprisonnés et torturés dans un premier temps, les deux rebelles sont condamnés à participer au Deathsport : dans une arène, ils devront combattre jusqu'à la mort les redoutables Death machines.

Live report : Godflesh - La Gaîté lyrique, Paris, 17 avril 2015

Si les reformations sont par nature sujet à caution, force est d'admettre que celle de Godflesh en 2010 emporta l'enthousiasme tant la disparition de ces pionniers du metal industriel laissa un vide immense à l'orée des années 2000. Certes, son leader Justin Broadrick n'avait jamais réellement disparu, et la création de son projet le plus connu Jesu, en 2004, soulignait que ce dernier n'en avait pas encore fini avec la musique. Mais Jesu n'avait pas vocation à remplacer Godflesh, et l'annonce d'un nouvel album en 2014, A World Lit Only by Fire, précédé de quelques mois d'un E.P., Decline & Fall, augurait le retour en force de ces précurseurs.

Après une tournée étasunienne au printemps 2014, puis un retour sur leurs terres natales en juin et en décembre, via un passage à Clisson au Hellfest, festival qui eut la primeur de leur reformation, le duo Broadrick et Green entamait entre le 9 et 21 avril une dizaine de dates à travers l'Europe du sud [1], et dans le cas qui nous intéresse sur Paris à La Gaîté lyrique.

 

Le cousin Jules - Dominique Benicheti (1973)

Film qui n'a jamais été distribué en son temps, Le cousin Jules est par définition un document(aire) rare. Tourné entre avril 1968 et mars 1973, l'œuvre du jeune réalisateur Dominique Benicheti, vingt-cinq ans au début de cette aventure, se démarque tant par son sujet que par les moyens qui ont été mis en œuvre pour capter ce portrait atypique d'un cousin éloigné. Filmer le quotidien d'’un couple d'octogénaires dans leur petite ferme isolée, voici l'ambition de Benicheti. Rien de plus. De ce point de départ minimaliste, faisant écho avec trois décennies d'avance à la trilogie de Raymond Depardon Profils paysans (L'Approche - 2001 ; Le Quotidien - 2005 et La Vie moderne - 2008), l'ancien élève de l’IDHEC, et futur enseignant à l'Université d'Harvard, adopte néanmoins une approche radicale par les moyens techniques employés : tourner en Cinémascope et enregistrer en stéréo ; le documentaire se fait fort d'utiliser les outils modernes du cinéma pour mieux capter l'intimité de ce monde rural voué à disparaître après la mort de ces derniers représentants.

Restaurée à partir de 2011 par Benicheti à partir du négatif original, Le cousin Jules, après une première distribution américaine en 2013, sort à partir du mercredi 15 avril dans les salles d'art et essai françaises, toutes désormais équipées pour projeter le film dans son format d'origine en son stéréo (soit une des raisons principales de son absence en 1973 en dépit de plusieurs présentations remarquées dans les festivals de l'époque : Locarno - Prix spécial du jury, Moscou ou dans les universités étasuniennes).

Live report : Al Foster : Tribute to Art Blakey - New Morning, Paris, 1er avril 2015

Batteur de formation, Aloysius, dit Al, Foster, a pour seule devise : Love, Peace and Jazz ! (1). L'homme  a grandi à Harlem après avoir quitté avec ses parents la Virginie. Premier disque en tant que sideman à vingt et un an avec un premier trompettiste, Blue Mitchell, celui-ci signant par la même occasion un de ses disques les plus marquants pour le label Blue Note, The Thing to Do (1964), puis la rencontre d'une vie un soir de 1972 au Cellar Club new-yorkais : Miles Davis. Ancien sideman de l'ombrageux souffleur, compagnon de route des années funk à partir du turbulent et psychotique On the Corner au come back 80's, de The Man with the Horn (1981) à Amandla (1989), Al Foster enregistra en parallèle et par la suite avec les plus grands, Sonny Rollins, Horace Silver, McCoy Tyner, Jackie McLean, Joe Henderson, etc.

Marqué par l'empreinte laissée par ces grands musiciens, Al Foster et son quartette sont venus un soir de premier avril au New Morning rendre hommage à un autre grand monsieur du jazz, et une des influences majeures du batteur : Art Blakey.

 

Live report : Roy Ayers - New Morning, Paris, 30 mars 2015


En paraphrasant le slogan d'une radio parisienne (celle-là même qui apparaît sur l'affiche du concert pour ne pas la nommer), le vibraphoniste étasunien Roy Ayers symbolise parfaitement l'idée du Grand Mix. Apôtre des musiques black 70's, à la croisée du jazz, du funk et de la soul, si Ayers n'atteignit pas la popularité d'un Stevie Wonder au près du grand public, son influence et sa notoriété, auprès des jeunes générations, ne s'est fort heureusement jamais démentie. Devenu parrain de la Neo-Soul au mitan des années 90, au même titre qu'un des artistes les plus samplés/remixés par les DJs du monde entier, l'homme n'usurpe pas, cinq décennies après ses débuts, son statut de légende.

Concert affichant complet le soir même, cet habitué du New Morning (neuf passages en moins de quinze ans) put une fois encore compter sur un public parisien assidu, répondant à l'appel de ce grand Passeur (1).

 

Héros (Hero and the Terror) - William Tannen (1988)

Il serait sans doute exagéré d'affirmer que les héros musclés made in USA des années 80 négocièrent un net virage dans leur filmographie à la fin de la dite décennie. Constatons toutefois que du trio Schwarzenegger / Stallone / Norris, chacune de ses stars du cinéma d'action tourna dans au moins un long métrage où leur image de tough guy s'édulcora, momentanément, à l'heure du reaganisme vieillissant. Des trois défenseurs du monde libre, le géant autrichien fut sans conteste celui qui s'en tira le mieux en 1988 avec la comédie d'Ivan Reitman, Jumeaux, un succès qui le conforta, pour le pire, à rempiler à deux reprises dans le genre, quelques années plus tard, avec le même réalisateur. Bien moins conseillé, le glissement de Stallone vers la comédie pourrait quant à lui se résumer à chaque fois par de mauvais choix : du méconnu New York Cowboy [1] avec Dolly Parton en 1984, à L'embrouille est dans le sac (remake d'Oscar avec De Funès), et Arrête, ou ma mère va tirer !, dans la foulée du simili accident industriel nommé Rocky 5 au début des 90's. Pire, boulimique, bipolaire, etc., Sly s'essaya, en parallèle au succès phénoménal de ses deux franchises, à de nombreux genres, devant ou derrière la caméra [2], enquillant par exemple entre 1986 et 1987 un film d'action policier supra-réac', Cobra, suivi de près par un hybride sportivolarmoyant, mélange subtil de sueur et de larmes, nommé Over the Top. Or détail qui n'en est pas vraiment un, ces deux navets pur jus furent produits par la sacrosainte Cannon, celle qui donna ses lettres de noblesse à celui qui nous intéresse : Chuck Norris.
 
Non content d'avoir donné un essor notable à la carrière internationale de notre karatéka moustachu au mitan des années reaganiennes [3], les cousins Menahem Golan et Yoram Globus furent ensuite les initiateurs d'un léger changement de direction dans sa filmographie. Pas de quoi remettre en cause les élans patriotiques droitiers et son envie de mettre les pieds où bon lui semble, mais plutôt le désir d'élargir le public de leur poulain en montrant une facette moins rigide. Film d'aventure portnawak directement pompé sur la série des Indiana Jones, Le temple d'or offrit au mieux à Norris un contre-emploi récréatif ; à l'inverse le déstabilisant Héros mit à mal son légendaire flegme martial en le transformant en personnage vulnérable. Un crime de lèse-majesté qui sera sanctionné par le retour en grâce de Scott McCoy deux ans plus tard. Mais n'allons pas trop vite...

Autour de minuit ('Round Midnight) - Bertrand Tavernier (1986)

Sorti deux années avant le Bird de Clint Eastwood, 'Round Midnight de Bertrand Tavernier, de par son sujet, son ambition et la personnalité de son réalisateur, pourrait se présenter naturellement comme le premier volet d'un diptyque 80's [1] consacré au jazz de l'ère bebop. Produit par Irwin Winkler (Rocky, Raging Bull) et coécrit avec David Rayfiel, qui avait auparavant collaboré avec Tavernier sur La mort en direct (1980), Autour de minuit, en référence et en hommage au standard de Thelonious Monk (réinterprété vocalement lors du générique par le talentueux Bobby McFerrin), s'éloigne de l'habituelle place figurative à laquelle le jazz a le droit dans le cinéma depuis la création de ses deux arts (ces derniers étant à peu de chose près nés à la même époque). La musique est au centre de l'histoire, le jazz devient le moteur narratif du script (à défaut de l'être formellement comme chez Jess Franco), ou le portrait imaginaire d'un saxophoniste noir américain dans le Paris de la fin des années 50.

Le saxophoniste Dale Turner (Dexter Gordon) quitte New-York et son ami Hershell pour rejoindre la capitale française. En proie à ses propres démons en sus de celui de l'alcool, le vieux saxophoniste espère y trouver un refuge et une meilleure reconnaissance de la part de son public : "no cold eyes in Paris". En compagnie de plusieurs jazzmen expatriés, Turner joue chaque soir au Club Blue Note sous l'étroite surveillance de son amie Buttercup (Sandra Reaves-Phillips). Un soir, l'homme usé fait la connaissance de Francis Borler (François Cluzet), un de ses plus fervents admirateurs. De cette rencontre nait une amitié et le début d'une renaissance pour Turner. Francis et sa fille Bérengère (Gabrielle Haker) vont veiller désormais sur Dale, et lui faire recouvrer son génie.

The Light at the End of the World - My Dying Bride (1999)

Enregistré dans la foulée du mésestimé, et chroniqué il y a peu, 34.788%...Complete, le sixième album des britanniques My Dying Bride, The Light at the End of the World, fut considéré pour beaucoup comme leur grand retour.

Si le disque atteste un manifeste retour aux sources originelles, celui-ci semble toutefois moins le fruit d'une prise de conscience après des années d'errements, que le triste constat de vouloir mettre un terme aux évolutions successives que connut la formation au cours de la décennie 90. Second point, la question n'en demeure pas moins délicate a posteriori tant ce supposé come-back doom/death semblait être finalement prémédité selon les propres dires du chanteur Aaron Stainthorpe [1], le faible écart temporel entre les deux albums accréditant d'une certaine manière ce scénario, tout en n'infirmant pas les raisons qui poussèrent à cette nostalgie formelle.

Jess Franco et la musique - L'indic, Noir magazine n°20

"Je me suis toujours considéré comme un musicien de jazz qui fait des films avant d'être réalisateur" confiait le madrilène Jess Franco. 

Né en 1930, Jesús Franco Manera de son vrai nom débuta très tôt une formation musicale le menant jusqu'au Conservatoire Royal avant d'entamer à Paris, après avoir abandonné son droit au début des années 1950, des études de cinéma à l'Idhec. Auteur entre 1957 et jusqu'à sa mort en 2013 de pas moins de deux cent films, Franco resta marqué toute sa vie par la musique et en particulier par le jazz. Habitué à signer ses métrages sous divers pseudonymes, l'homme aimait se cacher derrière le nom d'anciens jazzmen, son plus connu étant l'étoile filante des 50's, le trompettiste Clifford Brown. 

Live report : Renegades of Rhythm : DJ Shadow & Cut Chemist play Afrika Bambaataa au Trianon - 22 février 2015

Partenaires de longue date, souvenons-nous au hasard de Product Placement, témoignage sonore d'une prestation scénique commune au début du millénaire, Josh Davis et Lucas MacFadden, alias DJ Shadow et Cut Chemist, se sont de nouveau associés cette année pour rendre hommage à l'un de leurs pères spirituels et fondateur de la Zulu Nation : Afrika Bambaataa. Figure incontournable des jeunes années du hip-hop, Bambaataa fut à l'instar de son comparse Grandmaster Flash l'un des pionniers du mouvement en tant que DJ, les deux hommes ayant connu la même année en 1982 la consécration publique, le premier avec le hit interplanétaire Planet Rock et son phénoménal sample de Kraftwerk, le second avec l'hymne historique The Message.

Toutefois comme le démontrèrent ce dimanche 22 février DJ Shadow et Cut Chemist, l'influence musicale d'Afrika Bambaataa dépasse largement ce succès populaire. Au contraire. Derrière les platines depuis les années 70, les block parties organisées par le DJ servirent de fondation au mouvement naissant avant de prêcher la bonne parole en dehors de son Bronx natal.

Cronico Ristretto : Monk's Dream - Thelonious Monk (1963)

L'histoire a été mentionnée précédemment ici-même. Jazzman singulier, Thelonious Monk dut, contrairement aux autres précurseurs du be-bop, Bird ou Gillespie en tête, attendre la fin des 50's pour obtenir le début d'une véritable reconnaissance publique et critique. Mieux, la nouvelle décennie lui offrira enfin la consécration attendue en le plaçant au panthéon des pianistes. Petit rappel des faits.

1962, Monk rejoint Columbia, label de son ancien comparse et bref sparring-partner musical [1], Miles Davis, avec lequel il enregistra une unique et mémorable session un 24 décembre 1954 (regroupée sur les deux albums essentiels Miles Davis and the Modern Jazz Giants et Bags' Groove). Détail amusant autour de ces deux illustres jazzmen aux caractères bien trempés, si l'ombrageux trompettiste enregistra pour le label Prestige une première version de 'Round Midnight, Davis intitula néanmoins son premier album pour la major du même nom que le standard de Monk en 1957. Fin de l'aparté.

Archie Shepp Attica Blues Big Band - Anthony Joseph - Festival Sons d'hiver, Fontenay-sous-Bois 6 février 2015

Dans le cadre du festival Sons d'hiver (du 23 janvier au 15 février) se tenait vendredi soir une double affiche des plus alléchantes : le chanteur originaire de Trinidad, Anthony Joseph, et l'un des derniers patriarches de la Great Black Music, Archie Shepp accompagné de son Attica Blues Big Band.

Découvert par le préposé en 2009 lors de la sortie de son album Bird Head Son, le choix du caribéen en première partie de Shepp pouvait difficilement être remis en cause à la lecture de ses influences et à l'écoute de ses diverses productions (de son premier disque en 2007 Leggo de Lion au récent Time en 2014 produit par la talentueuse Meshell Ndegeocello). Disciple des grandes musiques noires, Joseph brasse sans commune mesure les genres et les styles avec une facilité déconcertante. Entre les rugissements typiquement free jazz de son saxophoniste Shabaka Hutchings, ce poète combine avec grâce la soul 60's, l'exubérance funk 70's et les essences world. A la confluence entre le chanteur Leon Thomas et le saxophoniste David Murray et son ensemble Qwotet pour cette capacité à mettre en forme un carrefour d'influences multiculturelles, cet apôtre du rapso, mélange de rap et de calypso en provenance de son île originelle, et son Spasm Band offrirent une prestation chaleureuse et communicative aux spectateurs venus nombreux. Un régal pour les oreilles et une mise en bouche suprême avant l'arrivée du patriarche Shepp.

 

Horrible (Rosso sangue) - Joe D'Amato (1981)

Au sortir de leur cycle caribéen qui virent les complices Joe D'Amato et George Eastman écrire et réaliser pas moins de cinq films en République Dominicaine : Hard Sensation, Exotic Love, Sesso nero, Porno Holocaust et Erotic Nights of the Living Dead, le champion du cinéma bis transalpin et le géant génois revinrent sur leurs terres pour mettre en scène un nouveau film d'horreur au titre équivoque : Rosso sangue (Rouge sang). Profitant du succès de leur précédent effort cannibale en mer Égée, le craspec Anthropophagous (1980), et de celui des futures franchises étasuniennes Halloween et Vendredi 13, les deux italiens commettaient avec Horrible un diptyque des plus saignants et malsains.

Détail révélateur de cette turbulente année 1981 placée sous le signe du slasher et du gore, et de l'influence du renouveau du cinéma horrifique d'Outre-Atlantique, en sus du retour dans les salles obscures de Michael Myers et Jason Voorhees, les deux maîtres du cinéma bis européen Jess Franco et Joe D'Amato réalisèrent deux films [1] directement associés aux premiers méfaits de ces sinistres sirs ou assimilés [2]. Bloody Moon du madrilène n'était autre qu'une adaptation du métrage de Sean S. Cunningham [3], ou le massacre de jeunes allemandes dans une école de langue ibère. A son compère romain alors de convoquer dans Horrible l'esprit du psychopathe créé par John Carpenter et Debra Hill ? En partie seulement. Si Bloody Moon était en premier lieu une commande, Rosso sangue s'inscrivait en revanche dans les thématiques chères à D'Amato, et en particulier son goût prononcé pour un exhibitionnisme cru et viscéral propre à satisfaire les déviances et autres mauvaises pulsions de ses spectateurs consentants.

Earth - Black Spirituals - Don McGreevy & Roger Smal Duo à La Maroquinerie - Limbo Festival, Paris 23 janvier 2015

Précurseurs du drone metal au début des années 90, soit bien avant l'exposition médiatique du genre conduite par leurs admirateurs, le duo Stephen O'Malley / Greg Anderson alias Sunn O))), Earth et son leader Dylan Carlson étaient revenus sur le devant au mitan de la décennie suivante [1]. Porté par l'influence de l'Americana au cours des dix années écoulées, le nouvel et huitième album, l'excellent Primitive and Deadly sorti en septembre 2014 opérait un léger coup dans le rétroviseur avec le retour remarqué du chant et un recentrage plus rock.

De passage à Paris, en attendant leur seconde date française le lendemain à L'épicerie moderne à Lyon, Dylan Carlson et consorts se présentaient en compagnie de deux formations en première partie, Black Spirituals et Don Mcgreevy & Roger Smal Duo, qui comme l'indique la dernière, avaient la particularité d'être composés à chaque fois de seulement deux musiciens.

Hobgoblins - Rick Sloane (1988)

Davantage connu outre-Atlantique depuis sa diffusion lors de l'émission culte Mystery Science Theater 3000 [1], Hobgoblins a gagné au cours des années le statut peu enviable, auprès d'un autre métrage devenu culte bien malgré lui aux États-Unis, Manos : The Hands Of Fate, d'être distingué comme un des pires films jamais réalisés. Énième relecture opportuniste (et produite à l'arrache) des Gremlins de la paire Joe Dante / Steven Spielberg, Hobgoblins apparait, en effet, dès les premières minutes comme le dernier avatar dégénéré d'une série initiée dès 1984 avec les Ghoulies, les Critters (1986) et enfin les Cormaniens Munchies (1987). De quoi en somme satisfaire les déviants les plus acharnés et mentalement atteints ? En quelque sorte.

Responsable de cet attentat cinématographique (contre toute attente, le film n'a pas été édité directement en vidéo), l'exécutant et commanditaire est une seule et même personne : Rick Sloane. Self-made man et touche-à-tout passé maître dans la culture du navet ultra cheap, ce digne (?) héritier d'Ed Wood n'en demeure pas moins, à l'instar de son aîné pré-cité, un personnage attachant. Resté fidèle à ses goûts d'adulescent, Sloane se caractérise, en dépit des critiques et railleries cinglantes dont il fait l'objet, par un talent inversement proportionnel à l'énergie qu'il déploie pour mettre en scène et produire ses films depuis 1984 et le dénommé Blood Theatre [2].

Thelonious Monk : Straight, No Chaser - Charlotte Zwerin (1988)

Coréalisatrice avec les frères Maysles du documentaire culte Gimme Shelter évoquant la tournée US des Rolling Stone en 1969, et en particulier le concert tragique à Altamont, soit le début de la fin des illusions hippie, Charlotte Zwerin est également connu des amateurs de jazz comme la réalisatrice d'un autre précieux documentaire musical, Thelonious Monk : Straight, No Chaser. Portait rare de ce génie du be-bop, le film doit beaucoup à Clint Eastwood, producteur exécutif, qui aida la paire Charlotte Zwerin / Bruce Ricker à terminer ce projet via sa société Malpaso Productions. Sorti la même année que la biographie de Charlie Parker, Bird, signée par Eastwood lui-même, Thelonious Monk : Straight, No Chaser, sous-titré du nom d'un des nombreux standards que composa le pianiste [1], invite le spectateur à découvrir plusieurs extraits de la tournée européenne de Monk de 1967, entrecoupés d'images d'archives et d'interviews de ses proches.

Considéré à juste titre par le jazz critique Martin Williams comme un des premiers compositeurs de jazz du 20ème siècle, et de pair un des plus influents, Thelonious Monk, bien que précurseurs du be-bop, attendit la fin des années 50 pour embrasser enfin le début d'une véritable reconnaissance publique et critique. A partir de Brilliant Corners (1957), celui qui débuta treize ans plus tôt aux côtés du saxophoniste Coleman Hawkins devient ainsi l'une des nouvelles figures marquantes du jazz ; son style unique, sa technique non conformiste et son écriture singulière en font un musicien à part, à la fois dans et en marge des révolutions musicales qui bousculent le jazz de ces années. Dans la foulée, les années 60 deviennent la décennie de sa consécration avec la signature sur la major Columbia, et la couverture du Time Magazine le 28 février 1964.

Cronico Ristretto : Live at Birdland - John Coltrane (1963)

L'année 1963 peut-elle être considérée comme une petite année au regard de la riche discographie de John Coltrane ? Certes, le souffleur co-signa deux albums éponymes loin d'être mineurs, le premier avec le guitariste Kenny Burrell et le second avec Johnny Hartman. Non content de remettre en selle ce dernier avec leur disque commun, John Coltrane and Johnny Hartman, le crooner, à l'instar du jeune Archie Shepp l'année suivante, bénéficia du soutien du saxophoniste auprès de Bob Thiele, successeur de Creed Taylor à la tête du label Impulse!. Toutefois, en attendant le choc suprême de l'année à venir, l'imprudent.e a t'iel finalement le droit de faire tant la fine bouche ? Non, bien évidemment. Car si le quartette de Coltrane n'a pas gravé apparemment de chefs-d'œuvre en studio en 1963 (n'allons pas trop vite), il en est tout autrement en public avec Newport '63, qui sera publié trente ans plus tard, Dear Old Stockholm avec le retour momentané du batteur Roy Haynes en 1965, et le disque qui nous intéresse : Live at Birdland.

Funky front covers Part VIII

Avec un peu de retard, voici enfin la huitième saison des Funky front covers © où rimeront cette année encore le bon goût, le glamour et le meilleur du pire et de l'insolite en matière de funky music from 70's-80's. 

Commençons en douceur avec un petit hommage référencé haut en couleurs avec un habitué des lieux : Rick James. 

  

Cronico Ristretto : Bestial Burden - Pharmakon (2014)

Découverte en première partie du concert des Swans de Michael Gira en septembre dernier, et nous rappelant au bon souvenir que la musique industrielle et bruitiste n'est pas l'apanage de la gent masculine, à l'instar des précurseurs Throbbing Gristle, Margaret Chardiet sous son patronyme Pharmakon sortait deux semaines après la dite date parisienne son second album, Bestial Burden.

Disque viscéral, cet album est né de la collusion entre l'organique et la musique industrielle à l'image de sa pochette. Inspiré par les récents problèmes de santé de Margaret Chardiet ; à quelques jours de sa première tournée européenne, les médecins lui diagnostiquèrent un kyste suffisamment gros et mal placé pour mettre en danger sa santé, Bestial Burden évoque l'un des thèmes principaux du film culte (et de SF préféré de miss Chardiet), The Thing de John Carpenter : « Man is the warmest place to hide ».  Du désir post-trauma de vouloir montrer le corps tel un morceau de chair qui peut vous trahir, Chardiet explore une nouvelle facette de sa musique : plus crue, organique donc, avec cette rage intacte en guise de ligne de conduite.

Zombie Birdhouse - Iggy Pop lost in Port-Au-Prince (1982)

Présenté sous l'étiquette forcée d'album culte, Zombie Birdhouse n'en demeure pas moins aujourd'hui, comme tant d'autres albums solo du chanteur des Stooges, un disque attachant. Foncièrement déglingué et suffisamment éloigné de ses précédentes productions new-wave, cet énième échec commercial n'a pourtant rien de la pépite cachée ou du chef-d'œuvre incompris. Plus proche du diamant brut sans en avoir forcément l'éclat, le disque appartient à la catégorie rare des œuvres dont les défauts et maladresses apportent paradoxalement un capital sympathie. Une exquise œuvre malade en quelque sorte ? Oui, mais n'allons pas trop vite...

Remercié manu militari par Arista Records après trois disques (New Values en 1979, Soldier en 1980 et Party en 1981), la fin de l'année s'avérait des plus difficiles pour Iggy Pop : sans label, quasiment à la rue, et en sus une addiction à l'héroïne persistante pour vous tenir compagnie les soirs d'hiver. La tête dans le caniveau, l'iguane accumule les tares : persona non grata et has been. Or, une fois encore, et en attendant le retour de l'ange blond nommé Bowie en 1983, l'histoire se répète. Iggy croise sur son chemin un vieux fan nommé Chris Stein, tête pensante de Blondie et propriétaire depuis peu d'un label indépendant, Animal Records. Passant dès lors les premiers mois de l'année suivante à New-York, Stein lui offre toute la latitude pour enregistrer un successeur à sa précédente trilogie, et tirer ainsi un trait sur l'image qu'il, ou son ancien label, voulait bien donner.

World Demise - Obituary (1994)

Milieu des années 90, le metal dit extrême est à un tournant de sa brève existence. Face à la surenchère de mise et à l'effet de mode qui commence à se dissiper, l'hégémonie du death metal vacille et connait ses dernières heures. Victime à la fois d'une certaine usure et d'une lassitude du public, le metal mortuaire allait céder sa place lors de la deuxième moitié de la décennie aux velléités black metal en provenance de l'Europe du Nord. Seul choix possible pour nombre de groupes à cette époque : tenir bon la barque, évoluer et/ou disparaître (momentanément) tel Obituary après la sortie de leur quatrième album, World Demise.

Après le succès de leur précédent effort, The End Complete, soit leur disque le plus vendu et un des best-sellers du genre (un peu plus d'un demi-million de copies à travers le monde), la formation de Tampa aurait sans doute gagné à jouer la facilité, le statu-quo et enclencher le pilotage automatique. Grave erreur. C'était sans compter la participation du guitariste Trevor Peres et du batteur Donald Tardy, l'année passée, au side-project de Mitch Harris (Napalm Death) nommé Meathook Seed. Témoins privilégiés des expérimentations d'Harris lors de l'enregistrement d'Embedded, les deux principaux compositeurs d'Obituary furent sans conteste marqués par cette aventure, et désireux de suivre ce même élan qui s'inscrivait également dans la même dynamique que suivaient d'autres formations de leur label, Roadrunner, et de manière plus générale certains groupes de death metal européen, en particulier le death'n'roll d'Entombed sur Wolverine Blues (1993) ou les premières aspirations industrielles de Napalm Death sur Fear, Emptiness, Despair (1994).

Avenue B - Iggy Pop (1999)

S'il apparaît simpliste et facile d'écrire que cet iguane a la peau épaisse, force est de constater qu'au gré d'une discographie post-Stoogiennes [1] des plus inégales et dans son ensemble anecdotique à deux trois exceptions , l'animal James Osterberg, plus connu sous le pseudonyme Iggy Pop, aura néanmoins démontré au fil du temps une véritable propension à la conservation ; increvable, inoxydable, sont les premiers mots qui viennent à l'esprit, quitte à endosser à terme le costume alimentaire de l’auto-parodie ? Or sortie de sa double collaboration 70's avec Bowie, The Idiot / Lust For Life, l'homme aura pourtant enregistré dans le meilleur des cas une poignée d'albums attachants, à défaut de marquer durablement un paysage et un public rock des plus versatiles. Loser magnifiquement suicidaire dans le foutraque Zombie Birdhouse (1982) après l'anonyme Party, la plupart des disques d'Iggy Pop, à partir des années 80 jusqu'au début des années 2000, suivent en général la même loi d'action-réaction, où chaque nouvel opus répond au précédent de manière antagoniste.

Après le contractuel Naughty Little Doggie, qui pouvait véritablement guetter un sursaut de la part du chanteur, du moins un dernier soubresaut avant un oubli embarrassant ? Surprise, Avenue B est son disque le plus singulier, voire personnel. Disque automnale (à quelques jours près) et introspectif, Iggy Pop aura finalement attendu la cinquantaine et la fin du millénaire pour opérer une nouvelle mue complète, en marge de ses précédentes productions : celui du crooner. Toutefois le crime était-il prémédité ? En quelque sorte, mais n'allons pas trop vite.

34.788%...Complete - My Dying Bride (1998)

Cinquième album de My Dying Bride, 34.788%...Complete a une double particularité : celle d'être un album controversé, et dans le cas présent, de faire figure de disque charnière. Exemple type de l'album métallique mésestimé à sa sortie, celui-ci n'aura pas attendu longtemps avant d'être cloué au pilori par la frange la plus conservatrice du public metal (pléonasme). Cependant My Dying Bride n'avait nullement enfreint les deux règles rédhibitoires du jugement metalfreak : ne pas céder aux sirènes du mainstream et ne pas signer sur une major (ce que firent « au hasard » leurs voisins Paradise Lost l'année suivante avec leur album Host, séquelle pop du déjà contesté One Second).

Non, l'accueil mitigé (second pléonasme) que reçut My Dying Bride fut davantage le fruit d'une incompréhension, voire d'une maladresse de la part des britanniques. D'une certaine manière victime de leurs élans progressistes et de cette nouvelle mue (trop) radicale, le groupe délaissa leur image gothique pour un son plus moderne, en adéquation avec le départ du violoniste et claviériste Martin Powell [1]. Dénigré à sa sortie, peu soutenu par une presse spécialisée réputée versatile, 34.788%...Complete avait qui plus est la sinistre réputation d'être responsable du départ du guitariste originel Calvin Robertshaw, co-producteur et compositeur principal [2] de l'opus, signant ainsi l'arrêt définitif des expérimentations de MDB.

Jack l'Éventreur - Jess Franco (1976)

Quatrième et dernière collaboration entre Klaus Kinski et Jesús Franco, ce Jack l'Éventreur mis en scène au milieu des années 1970 avait de quoi soulever moult interrogations. Réalisé sept années après leurs trois précédentes associations, Venus in Furs, Les nuits de Dracula et enfin Justine de Sade, où l'allemand incarnait le célèbre marquis, cette nouvelle adaptation des sinistres évènements qui ensanglantèrent le quartier londonien de Whitechapel se démarquait en premier lieu des productions franciennes de l'époque signées du suisse Erwin C. Dietrich. A l'orée de leur fructueuse contribution au genre Women In Prison, débutée l'année précédente par Frauengefängnis (Femmes en cage), et plus généralement à la sexploitation, Jack l'Éventreur faisait figure sinon d'élément discordant, du moins d'une volonté manifeste de vouloir toucher un plus large public. Avec dans le rôle principal un acteur aussi célèbre pour ses interprétations habitées que pour son comportement borderline, le réalisateur et le producteur s'offraient les moyens de leurs ambitions. D'une certaine manière. Mais n'allons pas trop vite...

Londres, fin du XIXème siècle. Un soir dans le quartier de Whitechapel, Sally Brown (Francine Custer) rejette les avances prononcées d'un client, semble t-il mal intentionné, avant de rejoindre ses pénates. Mais sur le chemin, la jeune prostituée croise la route du sinistre Jack l'éventreur (Klaus Kinski) qui emporte son cadavre dans un lieu tenu secret, un jardin botanique, où l'y attend son assistante Flora (Nikola Weisse). Au petit matin, il la charge de se débarrasser des restes de l'infortunée « poupée » dans la Tamise...

Live report : Bolt Thrower - Morgoth - Vallenfyre au Trabendo, Paris 30 septembre 2014

Non content d'avoir une affiche sonnant le grand retour des britanniques Bolt Thrower (en attendant un nouvel album studio qui se fait désirer depuis presque une décennie, leur dernier disque Those Once Loyal fêtant bientôt son neuvième anniversaire...), ce concert parisien s'annonçait mémorable, et cela bien avant la venue des trois formations mentionnées plus haut. Annoncé complet peu de temps après la mise en vente des places (dès fin juillet), le concert initialement prévu au Divan du Monde fut rapidement déplacé au Trabendo, soit une salle de plus grande capacité ayant l'avantage supplémentaire d'offrir aux retardataires l'opportunité d'acquérir leurs précieux sésames. Une soirée marquée comme il se doit par le sceau du death metal old school, et son lot de trentenaires et autres quadras venus en masse se rappeler au bon souvenir de leurs premiers émois deathmétalliques.

 
Vallenfyre : Greg Mackintosh (à gauche) et Hamish Glencross (à droite)

Live report : Swans - Pharmakon à La Maroquinerie, Paris 28 septembre 2014

Après son passage acoustique en mars dernier à l'église Saint Merry, Michael Gira accompagné cette fois-ci de son groupe les Swans faisait son escale parisienne annuelle à La Maroquinerie pour deux dates dans le cadre de la tournée mondiale en support à la sortie en mai dernier de l'album To Be Kind.

En guise de mise en bouche, Margaret Chardiet alias Pharmakon et son électro industriel avait la charge de faire patienter le public venu en masse. Responsable de deux albums, Abandon en 2013 et Bestial Burden qui devait sortir quinze jours plus tard (soit le 14 octobre 2014), la jeune femme fit étalage durant un court set de trente minutes de son savoir faire bruitiste, avec en sus promenade dans le public micro à la main. Boucles hypnotiques, rythmiques noisy, chant viscéral, la musique de Pharmakon marqua sinon les esprits, du moins donnait suffisamment envie au préposé de découvrir l'univers et les disques de cette new-yorkaise.

 

Carlos Santana & Buddy Miles! Live! - Carlos Santana and Buddy Miles (1972)

Le refrain n'a rien d'original et a déjà été évoqué par le passé ici-même : les albums de rock enregistrés en public sont par nature anecdotiques. L'assertion apparaît de prime abord gratuite, et mériterait un billet complet et justifié. Pourtant force est de constater que contrairement au jazz par exemple, le rock s'est initialement construit en studio, profitant souvent des nouveaux apports et autres avantages technologiques que pouvaient lui apporter ce dernier.

Produits à moindre coût [1], ces disques live sont au mieux le témoignage sonore à un instant « t » d'un artiste, au pire un prétexte contractuel entre l'artiste et son label [2] afin de faire patienter le public avant le prochain album studio, et/ou de profiter commercialement de la popularité dudit artiste pour distribuer une compilation déguisée. Certes, de nombreux contre-exemples tendent à infirmer ces propos (au hasard Live at the Fillmore East de The Allman Brothers Band ou In Case You Didn't Feel Like Showing Up de Ministry), mais avouons tout de même que cet arbre, qui peut prendre la forme d'un plaisir coupable, cache en réalité une forêt pétrifiée. Artistiquement stérile, l'album rock live n'a pas vocation à être synonyme avec prise de risque ou nouveauté. Or si le disque Carlos Santana & Buddy Miles! Live! peut difficilement prétendre à être en premier lieu un incontournable dans la discographie du guitariste moustachu, celui-ci a le mérite d'offrir une facette méconnue et une transition avant sa mue nommée Caravanaserai.