US Go Home - Claire Denis (1994)

Après lui avoir offert une courte apparition dans un de ses précédents moyens métrages Keep It for Yourself (1991), Claire Denis proposa à Vincent Gallo en 1994 un rôle secondaire plus conséquent dans US Go Home produit par la chaîne Arte dans sa collection Tous les garçons et les filles de leur âge [1]. Comme peut le laisser supposer le titre de la collection citée précédemment, l'histoire de ce moyen-métrage cerne les affres de l'adolescence.
 
1965. Martine (Alice Houri) vit avec son frère et sa mère en banlieue non loin de Paris : "pour y aller c'est tout une expédition, alors on n'y va pas". A cet âge où l'idée d'être considérée comme une adulte prévaut, la jeune Martine n'a qu'une idée en tête : perdre sa virginité. Sa mère accepte que cette dernière aille à une soirée à la seule condition que son frère Alain (Grégoire Colin) l'accompagne. D'abord réticent, Alain accepte de servir de caution à Martine et à sa meilleure amie Marlène (Jessica Tharaud), leurs chemins se séparant en cours de route, chacun allant dans des soirées différentes. Déçues par leur soirée initiale (les parents étant présents), les filles, et en particulier Martine, décident de rejoindre Alain à sa soirée adulte : "ici on couche".
 

Depeche Mode ou les mikados multicolores

Il faut admettre qu'en général je ne suis pas du genre à attendre grand chose des nouveaux disques sortis par les groupes qui viennent de fêter leurs 30 ans d'existence (1). Le nouveau Cure, le nouveau U2? Un peu de sérieux. A moins d'avoir oublié tout sens du raisonnable, défendre mordicus des groupes qui ont perdu lentement (mais surement) toute crédibilité au cours de ces 15-20 dernières années (2) relève de la pathologie, tout du moins du sacerdoce voire du sacrifice, à vous faire passer pour la nouvelle Sainte Rita. Concernant Depeche Mode, je dois avouer que depuis la douche froide Exciter (3), je suis loin de jouer les midinettes en attendant le cœur serré les nouveaux râles de Dave Gahan. Dès lors, même si Playing the Angel m'avait réconcilié avec l'ancien groupe de garçons coiffeurs, contrairement à certains admirateurs encore nombreux, j'étais loin de piaffer en attendant la sortie de leur nouvelle offrande au titre faussement arrogant, Sounds of the Universe.

Comme je l'annonçais dans mon introduction et contrairement à ce qu'on serait tenté de penser dans mon entourage, la question de savoir si Depeche était encore capable de sortir un album valable me parait suffisamment louable, qui plus est après trois décennies dans les pattes. Leur avant-dernier album ayant été une bonne surprise, un album qui rassura en grande partie les fans, les qualités de songwriter de Martin Gore étant de retour (4). Néanmoins, ma nature méfiante restait tout de même sur ses gardes concernant le nouveau Sounds of the Universe. Gore pourrait-il maintenir le cap?

Azuma-San!!! (Sono Otoko, Kyobo Ni Tsuki)

Violent Cop, soit ma troisième rencontre cinématographique avec Takeshi Kitano mais chronologiquement sa première réalisation, ce long-métrage étant sorti au Japon il y a tout juste vingt ans. Cela dit, il aura fallu attendre la consécration du metteur en scène nippon lors de la Mostra de Venise en 1997 et son film Hana-Bi, récompensé par un Lion d'Or, pour qu'en Europe, et plus précisément en France, on daigne ENFIN distribuer ses films antérieurs. C'est-à-dire ceux datant d'avant son premier coup de poing cinématographique qui le fit connaitre hors de l'archipel japonais, Sonatine.

Azuma est un policier assez particulier: individualiste, jusqu'au-boutiste. Il use de méthodes peu orthodoxes et se laisse facilement envahir par des accès de rage incontrôlée. Au cours d'une enquête sur la mort d'un dealer sans envergure, Azuma découvre un trafic de drogue orchestré par la pègre dont la source proviendrait directement de la police (1).

C.O.C. : Animosity Against Conformity (1985)

Formé au début des 80's en Caroline du Nord, Corrosion of Conformity n'a pas toujours officié dans un registre metal sudiste. Bien au contraire. En 1983, à l'instar des Suicidal Tendencies ou des Dirty Rotten Imbeciles (D.R.I.), C.O.C. enregistrait son premier album Eye for an Eye avec comme line-up : Eric Eycke au chant, le bassiste Mike Dean, Woody Weatherman à la guitare et Reed Mullin à la batterie. Musicalement, l'album évoquait les débuts de D.R.I, un hardcore agressif conjuguant rapidité avec durée expéditive.

En 1985, le bien nommé Animosity montrait un Corrosion au rang serré, Dean se plaçant derrière le micro pour les vocaux, avec Mullin en appui, Eric Eycke ayant quitté la jeune formation. Désormais en trio, C.O.C. a paradoxalement étoffé sa musique, ou plutôt épaissi celle-ci. La nouvelle scène extrême de la côte ouest ni étant sans nul doute étrangère, Animosity surprend immédiatement par sa nouvelle approche sonique. Dès les premières secondes, l'influence d'un Kill'em All parait ainsi évidente. Or si le morceau d'ouverture Loss For Words rappelle le son abrasif du premier Metallica, C.O.C. restait ancré toutefois dans un hardcore des plus féroces, en somme un des meilleurs représentants du crossover naissant, loin des griefs habituels que laissent poindre ce sous-genre par définition bâtard (soit une formation masquant ses lacunes par un mur de guitares thrashy).

Dünyayı Kurtaran Adam - Çetin Inanç (1982)

Mettons les choses au clair, tout de suite, pourquoi tant d'amour pour le dénommé film Dünyayı Kurtaran Adam, littéralement en anglais The Man Who Saves the World, appelé plus communément Turkish Star Wars ? Avant de développer quelque peu mon propos, la réponse parait limpide, car on a rarement vu un film atteindre un tel niveau de n'importe quoi! Le genre de film où l'on en viendrait à émettre des doutes sur la santé mentale des protagonistes, à croire que l'équipe technique était totalement shootée au rakı, un film qu'on rapprocherait avant tout aux délires d'une bande de gamins de 7 ans fan de science-fiction. Sauf que...

Le scénario, écrit par la star turc Cüneyt Arkın qui s'offre pour l'occasion le premier rôle (on y reviendra car là aussi, il y a matière à discussion... et à critiques élogieusement nanars), recycle grossièrement une histoire à la gloire de la SF naïve post-Star Wars. Deux pilotes de vaisseaux spatiaux après une bataille de stock-shots intergalactiques contre les vils méchants de l'Empire se retrouvent perdus sur une planète (interdite ?) envahie de stock-shots de pyramides de Gizeh. Sur cette planète moyennement hospitalière (au bout de cinq minutes nos deux héros se font tout de même attaqués par des cavaliers squelettes en mousse), Murat et Ali se font capturés et découvrent le triste sort réservé par l'Empereur à la population locale. Mais grâce à leur bravoure, nos pilotes venant d'une autre galaxie terrassent les pleutres aux ordres de l'Empereur et sauvent ainsi cette population asservie. Ce qui n'empêchera pas malheureusement le meurtre d'un enfant par le cousin éloigné de Robby le robot (Forbidden Planet). A noter, on en est pas moins homme, pendant que nos deux mâles se font panser leurs blessures, notre héros Murat (Cüneyt Arkın) tombe sous le charme d'une blonde à très forte... personnalité.

Nu Bop - Matthew Shipp (2002)

Longtemps réduit à la scène norvégienne avec comme figures de proue : Nils Petter Molvær, Bugge Wesseltoft, Eivind Aarset ou Audun Kleive,  le croisement jazz et musiques électroniques a toutefois trouvé d'autres émules au début du millénaire, à l'image du pianiste étasunien Matthew Shipp et son album Nu Bop. Annoncé comme le nouveau Cecil Taylor, du fait de son jeu dense au piano et percussif à ses débuts, le jazzman eut droit à une autre filiation à la sortie de ce Nu Bop en 2002 : Herbie Hancock.

Matthew Shipp décrit Nu Bop par ces mots: “Je sais qu’il existe un nouveau monde à explorer entre le free-jazz et les rythmes programmés qui semblaient deux choses impossibles à associer. Mais il s’agit du même contexte urbain“. Finalement comme ses aînés, Shipp s'inspire des musiques actuelles pour broder autour, tel Miles Davis en son temps. Cela dit, pour en revenir à Mr Hands, Nu Bop par certains aspects rappelle plus l'album expérimental d'Hancock Sextant que son hymne au jazz funk de 1973... car, expérimental, Nu Bop l'est assurément. Et Shipp s'en donne aussi les moyens. Entouré par des musiciens free-jazz ayant souvent joués ensemble, et indissociables de la scène new-yorkaise tels que William Parker à la contrebasse (compagnon de route de Cecil Taylor (finalement on y revient...) mais aussi de Shipp sur des précédents albums) et le souffleur (flûte & saxophone) Daniel Carter. A cela s'ajoute le batteur Guillermo E. Brown et un certain Flam aux synthétiseurs et à la programmation (qu'on retrouvera plus tard comme ingénieur du son pour DJ Spooky).

A la recherche de Fu Manchu

C'est pas pour dire mais s'entendre dire qu'on se complait volontairement dans une attitude snob du fait de son manque d'attrait pour la pop music, ça laisse dubitatif...

Forcément, il est de bon ton et surtout facile de se moquer ou conspuer l'œuvre entière de Coldplay ou la dernière offrande du plus grand groupe du monde... U2 (ce qui n’enlève en rien aux quelques critiques que j’ai pu lire fort constructives… rien à voir avec l’énorme blague publiée par les Inrocks sous la plume du très "objectif" Michka Assayas...). Au passage, y'a pas à dire, qu'ils s'agissent de ces irlandais ou d'un quelconque groupe remplissant les stades, j'adore les superlatifs de ce genre... C'est constructif et ça ne mange pas de pain ma bonne dame. Le genre de formule basique qu'on croirait tout droit sorti d'une chronique musicale d'un journal télévisé franchouille (ou faussement branchouille comme le Grand Journal...). Et qu'on ne me sorte pas encore l'argument post-attardé que tout vient d'un rejet de la musique commerciale (combien de fois j'ai pu l'entendre celle-là:"ah ouais t'aime pas les groupes commerciaux" sic...). Mais toute musique est en soit commerciale, hormis la parenthèse du téléchargement dit illégal, un disque n'est pas gratuit. Qu'un disque se vende à plusieurs millions d'exemplaires ne détermine ni ses qualités (argument souvent sorti par certains pour décrédibiliser les artistes qui vendent peu... un argument qu'on ne doit pas seulement aux fans de Toto ou de Dire Straits pour faire taire leurs contradicteurs, faut-il le rappeler) ni ses défauts ("ouais tu comprends coco, depuis qu'ils ont vendu leur dernier album par palette entière sont devenus des vendus, tu vois..."), au mieux les chiffres de vente donne une impression. Et un exemple qui me vient à l'esprit pour les fans de boursouflure, le groupe The Wallflowers mené par Jakob Dylan (fils de Bob) a vendu plus de disques sur le territoire US que son paternel. Pourtant, en laissant de côté les qualités de Wallflowers, il me semble que l'empreinte laissée par Dylan est d'un tout autre niveau...

Teeth - Mitchell Lichtenstein (2008)

Teeth ou les affres d'une demoiselle qui découvre que son vagin est pourvu de dents aiguisées... un film de propagande prônant les vertus du cunnilingus? Pas seulement.

Dawn O'Keefe est une adolescente américaine somme toute ordinaire... tout du moins si l'on suit l'american way of life prôné par les plus conservateurs étasuniens dirons nous. Dawn est, naturellement pourrait-on dès lors ajouter, jeune militante au club de chasteté de son lycée. Elle n'hésite pas à prendre la parole lors des réunions d'information et ainsi promouvoir le port de l'anneau symbolisant ledit vœu (la tradition de la ceinture, il est vrai, s'est perdue messieurs dames...). Mais la belle jeunesse puritaine peut-elle se suffire d'un tel procédé obsolète quand les sirènes du supposé vice vous titille ? Fort heureusement, dame nature veille...
  

The Paris Concert - John Coltrane (1962)

Des enregistrements publics de John Coltrane, il en existe pléthore, des plus connus comme le fameux Live at Birdland, d'autres plus "accessibles" telle que la compilation regroupant ses concerts au Village Vanguard de 1961, et certains définitivement outer space, pour reprendre une expression chère à Sun Ra, comme le sismique et sonique Olatunji Concert, ou son dernier live enregistré connu. Alors dans quelle catégorie pourrait-on placer ce The Paris Concert?

Premier point à soulever, on ne sait pas grand chose de ce disque public. Certes, il est sorti en novembre 1962, mais de quand date précisément les versions gravées sur ce disque ? Entre 1961 et 1962 nous annonce le livret. Voici pour les maigres précisions. En connaissant l'esprit tatillon du jazz addict, ça commence déjà mal. C'était vite oublié ce que représente ces deux années 1961 et 1962 dans la discographie de John Coltrane.

Above - Mad Season : Seattle Supergroup (1995)

Il est des groupes qu'on connait de nom depuis presque quinze ans et, pour des raisons plus ou moins inavouables, du moins arbitraires, vous les zappez délibérément, en attendant une réhabilitation tardive. Un décalage et une redécouverte qui, dès lors, et contrairement à d'autres trentenaires, n'ouvrent nullement les portes d'une nostalgie musicale, mais au contraire, le sentiment de rendez-vous manqué, pire, de gâchis, qu'il convient de corriger, à l'instar du cas qui nous intéresse ici : Mad Season et leur unique album studio, Above.

Projet regroupant différents membres de la scène de Seattle, Mad Season s'inscrit à la lecture de la liste des protagonistes comme l'exemple type du supergroupe : Layne Staley chanteur d'Alice in Chains, le guitariste Mike McCready de Pearl Jam, le bassiste John Baker Saunders des Walkabouts et enfin deux membres des Screaming Trees, le batteur Barrett Martin et le chanteur Mark Lanegan en guise d'invité vocal. Or, du fait de la présence de Staley et de McCready, leurs deux formations étant au plus fort de leur popularité au mitan des années 90, et compte tenu des anciens dits supergroupes qui ont, dans le meilleur des cas, ressemblé à un pétard mouillé, ou, pire, à une entreprise nauséabonde à but très lucratif, y'avait-il un quelconque intérêt à prêter une oreille même distraite à ce Above en 1995, suspicion qui tendrait à justifier la méfiance adolescente du préposé ?

Rappel des faits. Pendant la finalisation du Vitalogy des (sinistres) Pearl Jam [1], notre joli monde se retrouve au Bad Animals studio de Seattle pour la mise en œuvre de l'album. Premier bon point, la composition et l'enregistrement n'ont guère trainé, comprendre que l'opus est dès lors marqué par l'urgence rock. Second point, interrogatif, cette fois-ci, doit on s'attendre finalement un mix entre AiC et Pearl Jam ?

"Je t'ai manqué?" - "A jamais"

20h30. Samedi 14 mars. J'apprends qu'Alain Bashung a tiré sa révérence. Une fois de plus, le crabe emporte un artiste qui m'est cher.

Le premier réflexe aurait été d'écouter mon disque préféré de ce monsieur, son joyaux noir sorti en 2002, L'Imprudence. Et pourtant, quitte à lui rendre un dernier hommage, une dernière pensée, ne vaut il mieux pas un témoignage public? Je sors alors de mon PC le bootleg de son concert à Lille le 5 avril dernier. Et j'en viens à regretter de ne pas l'avoir vu lors de sa dernière tournée... tandis que j'étais parmi les mangeurs les goudas... Il me restera toujours ce souvenir de janvier (ou février j'ai un doute d'un coup) 2003 lors de son passage à Rouen au Théâtre des Arts.

Comme je le soulignais dans un précédent post, l'oeuvre de Bashung m'a longtemps intrigué, l'homme étant capable d'alterner album difficile, sombre, exigeant avec d'autre plus accessibles, plus à l’écoute du public pour certains. Rare sont les artistes catalogués chanson française qui pouvaient se targuer d'avoir vu Joy Division aux Bains Douches en 1979, de citer les DAF comme référence ou sortir de son chapeau Colin Newman de Wire et les guitaristes Blixa Bargeld, Phil Manzanera ou Marc Ribot comme invités de luxe. Certes, certains de ses albums sont dispensables, d'autres handicapés par une production datée. L'homme s'est longtemps cherché aussi, a mis du temps avant de pouvoir se démarquer des influences anglo-saxonnes, il n'empêche.

Comme c'est souvent le cas, l'annonce de sa disparition comme l'avait déjà fait auparavant celle de sa maladie, provoquera un intérêt morbide pour son dernier album en date, Bleu Pétrole. Album "léger" suivant une fois de plus sa démarche de l'alternance des 80-90's, Bleu Pétrole diamétralement opposé à la noirceur de L'Imprudence? Album plus empreint à la mélancolie finalement, où Bashung retrouve ses anciens réflexes folk et country.

On se souviendra des calambours de Bergman à ses débuts ou de sa poésie abstraite, celle de la période Jean Fauque. Pourtant je retiens en premier les paroles qui ont germé de sa seule collaboration avec Gainsbourg, la chanson J'croise aux hébrides sur Play Blessures, un Bashung qui digère mal le succès populaire signant son arrêt de mort sur l'autel de la célébrité, et ainsi signer le départ d'une oeuvre de plus en plus personnelle: "Je dédie cette angoisse à un chanteur disparu, Mort de soif dans le désert de Gaby, Respectez une minute de silence, Faites comme si j'étais pas arrivé".


Blood Freak - Brad F. Grinter, Steve Hawkes : Par le pouvoir du glouglou ancestral

"Je ne comprends pas vraiment les gens qui s'éclatent à mater des séries Z"... voici des mots qui résonnent encore en moi depuis dimanche dernier. Pourtant ceux qui ont eu la chance de pouvoir visionner le terrible Blood Freak, et dès lors se délecter d'un tel film, savent qu'on trouve rarement ce goût si particulier qui ravit tant le palais fin du cinéphile déviant. Parallèle tout trouvé s'il en est, puisque l'affiche souligne fort justement l'addiction dont est assujetti notre craignos monster, dixit JP Putters : "Only the Blood of Drugs Addicts Can Satisfy its Thirst". Tremblez jeunes gens ! Blood Freak, un film qui vous démontera par A+B que seul l'amour de Dieu est plus fort que la drogue !

Blood Freak, mauvais film sympathique culte outre-Atlantique, est tout droit sorti des cerveaux malades de deux énergumènes, Brad F. Grinter et Steven Hawkes, ce dernier ayant le double emploi d'être le héros de cette dramatique aventure. Mieux, sous ce canevas moralisateur, le film a le mérite, déjà en 1972, de pointer du doigt les méfaits des expérimentations dans l'agriculture, enfin quand ceci sont conjugués avec la consommation de marijuana. Cerise sur le dindon, Blood Freak a la particularité d'avoir la présence à l'écran, durant les « moments clefs », d'un curieux personnage attablé, cigarette au bec, un Vincent Price du pauvre, look 70's (petite mention pour sa chemise) qui lit avec un semblant de conviction quelques phrases dignes du bouquin "La philosophie sous psychotropes pour les nuls". Or, surprise, ce sinistre narrateur omniscient est joué par le deuxième metteur en scène, prestation qui redéfinit la notion même de détachement.

Black Shabbis - Jamie Saft (2009): Jazz yiddish VS metal extrême

Le jazz et le metal, drôle de mélange n'est-ce pas? Surtout quand le dit metal s'acoquine avec des vocaux écorchés ou gutturaux et des guitares sous-accordées. Pourtant, à l'orée des 90's, quelques groupes ont tenté une drôle de chimère, synthétiser la fureur du death metal, avec la virtuosité et un touché proche du jazz-rock. Une démarche en somme qui pourrait faire penser de prime abord avec celle de certains groupes de rock progressif des 70's. Hormis le fait d’être un mariage contre nature, et d’intéresser très peu d'auditeurs, les groupes Cynic, Pestilence et Atheist pour les citer ont/avaient au moins un mérite, celui de ne pas verser dans les travers de leurs aînés des 70's (tout du moins à des niveaux largement inférieurs), à savoir une musique ampoulée au maximum, où le grotesque et la prétention musicale étaient d'usage.

Des chevelus métalleux qui s'intéressent dès lors au jazz peut paraitre étrange... mais que des jazzmen de formation aient la démarche inverse, que dire ? Comme je l'avais écrit lors d'un précédent post, le premier terroriste sonore venant du jazz à avoir eu cette démarche n'est autre que John Zorn avec ses deux fameux projets: Naked City et surtout Painkiller avec au poste de batteur Mick Harris, le premier cogneur de la formation culte de grindcore Napalm Death. Bref qu'un musicien, sideman pour l'Electric Masada du sieur Zorn, décide à son tour de se jeter dans le grand bain du metal extrême... y'a des surprises qui n'en sont plus. Encore que... surprise tout de même car point de trace d'une once de jazz en fait, contrairement à Naked City ou via les improvisations cataclysmiques de Painkiller. Oui mais alors qu'est-ce que ça implique? Roh rien de bien méchant ma bonne dame, juste du metal extrême.

Jamie Saft, multi-instrumentiste, se chargeant à la fois des claviers, de la guitare, de la basse et de quelques vocaux s'est adjoint les services pour l'occasion d'un autre musicien connu pour jouer aux côtés de John Zorn mais aussi pour avoir fait parti d'un des groupes les plus novateurs des 90's, Mr Bungle, à savoir le bassiste Trevor Dunn. Il faut tout de suite avant d'aller plus loin qu'avec un tel duo, on aurait voulu, souhaiter plus de folie... ce ne sera pas le cas, de là à bouder son plaisir? Pas tant que ça, Black Shabbis à travers son Jewish metal nous propose un florilège suffisamment intéressant allant du thrash, au sludge en passant par le doom jusqu'au drone... à défaut de révolution musicale.

En guise d'introduction, dans la grande tradition des albums de metal des 80's, Metallica en tête, Jamie Saft & co nous convient ainsi à une intro à mille lieux des futures ambiances sombres de la dite galette, soit un Black Shabbis-The Trail of Libels tout droit sorti d'un album de... Calexico. Transition toute trouvée s'il en est puisque le morceau suivant Blood nous plonge directement dans un thrash des familles, Slayer en tête pour la rythmique, des vocaux caverneux proches du grec Spiros et des arrangements rappelant les débuts de son groupe Septic Flesh. Serpent Seed, quant à lui ébauche tout de suite l'évolution de Black Shabbis, un disque pied au plancher au démarrage pour ralentir son tempo dès le troisième titre. Serpent Seed ou le mix entre un sludge poisseux, marque de fabrique des rednecks from Louisiana, des arrangements orientaux digne des israéliens d'Orphaned Land et une conclusion chaotique au bon souvenir d'un Zorn.

En citant précédemment un ralentissement de la rythmique, je minimisais à peine l'étendu des dégâts, Der Judenstein (The Jewry Stone) nous plonge directement dans un doom massif de 9 minutes tandis que Kielce et The Ballad of Leo Frank suivent le sillage d'un Earth première époque ou d'un Sunn O))). Et bien que Black Shabbis soit avant tout un album instrumental, où tout du moins les vocaux ont une place mineure, on n'oubliera pas l'un des plats de résistance de l'album, Army Girl morceau digne d'une collaboration avec Mike Patton.

Black Shabbis est un drôle d'album au final. Celui qui ne devrait satisfaire ni les fans de jazz, ni les amateurs de décibels extrêmes, ces derniers risquant de trouver la galette trop dispersée... encore que pour la première catégorie, les habitués aux productions Tzadik ne devraient pas être si déstabilisés que cela (après avoir passé l'épreuve Merzbow, on est en partie vacciné...). Un album qui manque d'originalité mais qui a le mérite de synthétiser agréablement tout un pan de la musique extrême de manière efficace.

Gran Torino/The Wrestler VS Death Wish 3/Rocky

Le préposé est colère. Le docteur est vengeance. Affutons nos couteaux, et préparons nos bavoirs. Ça va trancher. C'est pas pour dire, mais s'il y a bien quelque chose que nous apprécions très moyennement, c'est de nous sentir blouser à la vision d'un film. Un emportement surfait ? Certes. Mais il est toujours bon de sinon remettre en cause les critiques unanimes, du moins d'y mettre de belles et grosses pincettes. Sortons donc l'artillerie, et occupons nous des deux "chefs d'œuvre" étasuniens sortis récemment en France Gran Torino et The Wrestler.
  
Par ordre chronologique, intéressons nous au dernier long métrage de Darren Aronofsky, Lion d'or à la dernière Mostra de Venise (résultat qui pourrait en dire long sur la vigueur depuis quelques années du festival transalpin, mais n'allons pas trop vite...). Après la baudruche emphatique cul cul la praline prénommée The Fontain, le supposé ex-petit génie Aronofsky laisse de côté, momentanément, ses artifices pour nous conter une histoire qui se voudrait ancrée dans le réel. Aronofsky aurait-il revu les chefs d'œuvre du néoréalisme italien ? Qu'on se rassure, Randy "the Ram" n'a pas perdu sa bicyclette, notre has been from the 80's a juste décidé de goûter une dernière fois aux joies des joutes viriles. Alors à qui profite le crime ? Pardon. A qui est destiné un tel produit ?

The Wrestler est un savant mélange de plusieurs recettes du passé. Vous avez aimé les aventures de Rocky Balboa. Les histoires de loser vous font tirer quelques larmes de crocodile. Vous êtes un ancien fan de Hard-FM  (Mötley Crüe, RATT et consorts). Vous aimez le catch. Vous aimez les héros vieillissants. Vous n'aimez pas les années 90. N'en rajoutez plus, ce Lion d'or 2008 est fait pour vous.

Présenté (enfin vendu) comme le énième grand retour de Mickey Rourke, The Wrestler part d'un malentendu. Rourke n'a jamais véritablement arrêté de tourner depuis la fin des 90's, le grand public a juste oublié ou n'a pas eu connaissances de ses rôles dans des productions parfois honteuses (Double Team avec JCVD) ou indépendantes (les excellents Animal Factory de Steve Buscemi ou Buffalo '66 de Vincent Gallo). Pire, l'ancien Johnny Belle gueule n'occupait plus le haut de l'affiche, juste des seconds rôles. Or ce serait oublier la sortie en fanfare de Sin City (voire de Domino) au mitan des années 2000, longs métrages nous faisaient déjà le coup du retour de notre ancien boxeur raté.

Avec un rôle taillé sur mesure, physiquement crédible, Rourke est habité par son personnage. Delà à y trouver une analogie grossière avec sa propre carrière d'acteur... Avec à la clef un rôle à récompenses comme Hollywood les aime. Comme évoqué plus haut, Aronofsky met entre parenthèses ses velléités vaines et colle au mieux sa mise en scène au sujet : sobre et sans artifice. Dommage que ses efforts aillent de pair avec une originalité en berne et une histoire supra prévisible. Bref, hormis quelques agrafes dans le dos, rideau, on ferme !
  


Seconde pseudo-diatribe, le dernier Eastwood et son nouveau chef d'œuvre: Gran Torino. Cette fois-ci, contrairement à The Wrestler, des premières alertes avaient été lancées indiquant l'aspect mineur du dernier Eastwood. Tentons de développer un tant soit peu...

Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée, se retrouve seul avec Daisy, son labrador, depuis le décès de sa femme. Tel le dernier des Mohicans, notre vieil homme blanc taciturne est désormais perdu en plein îlot Hmong. La vie vous réserve de cruelles désillusions, vous combattez les communistes dans les 50's et ces derniers, tout du moins des asiatiques, envahissent votre quartier. Mais papy Walt va prendre sous son aile son jeune voisin Thao. Il faut dire que ce dernier avait tenté de voler la Gran Torino de 1972 de papy Eastwood en guise d'épreuve pour faire partie du gang du quartier. Forcément une telle épreuve crée des liens d'amitié, de respect mutuel entre nos deux protagonistes (?!).

A la question, est-il crédible que notre héros adepte du racisme ordinaire puisse du jour au lendemain virer sa cuti et devenir copain comme cochon avec ses voisins Hmongs ? La réponse est... disons que le fait de vivre seul et d'avoir des voisins, asiatiques ou non, qui vous font la cuisine gratuitement doit sans doute peser lourd dans la balance de ce vieil homme aigri. Enfin il semblerait. Eastwood s'amuse toutefois à caricaturer son habituel personnage de réactionnaire. Admettons que ce racisme ordinaire, est davantage le fruit d'une souffrance, aigreur, solitude (rayez la mention inutile au besoin) que d'une réelle xénophobie, ce qui tendrait à expliquer ce revirement soudain. 

Sans déflorer la fin, quand bien même cette dernière reste prévisible, Gran Torino a la décence de garder un minimum de crédibilité. N'en déplaise aux annonces lues du type "le dernier film de Clint Eastwood contre les gangs". Eastwood, 78 printemps, aurait caché son dessein, et se lance dans un vigilante gériatrique ? Le grand Clint aurait-il attendu cet âge vénérable pour marcher sur les plates bandes de Charles Branson, grand maître parmi les maîtres ? Or, les admirateurs du Justicier de New-York devront se méfier de cette nouvelle publicité mensongère. Gran Torino n'est ni un grand film, ni un digne successeur de la série des Death Wish. Triste.
 

Harvey Milk... du petit lait?

Premier point, quitte à ouvrir de nouveau des portes ouvertes, combien de fois a t'on pu entendre ou lire que Milk était une réalisation de Gus Van Sant. Toujours est-il que le réalisateur est loin d'être un inconnu, un des rares finalement à avoir autant signé de films indépendants qu'hollywoodiens, le tout couronné par une palme d'or avec Elephant, inspiré par la tragédie shoot them up from Columbine. Bref, un Gus Van Sant éclipsé par son acteur principal, rien de neuf sous le soleil pour un film "mainstream" en somme. Ceci dit, on a beau faire son rabat-joie de service sur le fait que toute la communication tourne autour de Sean Penn et de son oscar, voire même trouver pour certains Penn antipathique (pour les plus conservateurs outre-Atlantique), la performance de l'acteur est sans conteste l'un des atouts majeurs de Milk.

Milk, soit le nom d'Harvey Milk, le premier conseiller municipal ouvertement gay élu à une mairie, celle de San Francisco. Le film retrace ainsi les huit dernières années d'Harvey Milk, soit ses dernières années couvrant sa lutte pour les droits des homosexuels, à la fois pour une reconnaissance mais aussi face aux attaques de l'extrême droite chrétienne portée par le sénateur Briggs et sa tête de gondole la chanteuse Anita Bryant.

High Time - MC5 (1971) : Motor City Five is ending

Peut-on réduire la discographie du MC5 à leur premier album, le monumental Kick Out The Jams ? Bien sûr que non vous répond le préposé à la chronique. Certes, résumer leur discographie, réduite à trois albums, est loin d'être une gageure, quand bien même ce premier album a la particularité d'être un disque live, et qui plus est, l'un des meilleurs (sinon le meilleur) album live de l'histoire du rock. Après un Back In The USA qui se faisait le chantre de l'urgence rock'n'roll des 50's, les cinq garçons de Motor City sortaient l'année suivante en 1971, déjà, leur dernier album et injustement mésestimé High Time. Enregistré par un groupe (déjà) quasi-moribond, le disque pourrait précéder la chronique d'une mort annoncée, le MC5 se séparant l'année suivante. Or High Time est leur album le plus riche, le plus aventureux et, paradoxalement, le plus accessible, soit celui qui laisse le plus de regrets.

Premier point, contrairement à l'album précédent, la production de Geoffrey Haslam sur High Time revient à un son plus brut, loin de celui de Back In The USA qui se voulait plus proche du son vintage 50's. Exit la nostalgie des postes AM et retour, donc, à un son plus incisif pour adepte de fureur et de déflagration sonique ? Pas seulement. Mais n'allons pas trop vite.

Bloodrayne - Uwe Boll (2005)

Pour reprendre le titre d'une des chansons les plus célèbres du fameux sétois moustachu, il serait bon de temps à autre de pointer du doigt quelques préjugés qui collent à la peau de certains de nos contemporains. Uwe Boll est-il le plus mauvais réalisateur en circulation, sinon le plus détestable ?

Il faut rappeler pour les moins geeks d'entre vous que ce metteur en scène allemand s'est fait la spécialité de ne tourner pratiquement que des adaptations de jeux vidéos plus ou moins célèbres. Or le résultat étant pudiquement raté à chaque nouvelle fournée, notre bon Uwe, en plus de faire partie désormais des têtes de turc favorites du geek lambda, se voit ainsi traîner cette sale réputation de margoulin cynique juste bon à tourner tout, et n'importe comment ; toute franchise étant pour lui potentiellement intéressante et suffisamment populaire pour ramener du spectateurs naïfs en salle de projection et donc remplir son porte-monnaie. A cela vous pouvez ajouter une attitude, une modestie et un amour des critiques inversement proportionnels au PIB de l'Abkhazie. Quand un réalisateur ancien boxeur de son état en vient à défier physiquement ses contradicteurs autour d'un match de boxe, démontrant par A+B que la meilleure rhétorique est celle du poing dans la gueule, on en viendrait presque à regretter la posture de certains de nos compatriotes qui ont un goût démesuré pour leur propre victimisation (Patrice Leconte dit "l'homme blessé" étant l'un des champions toutes catégories).

American Warrior (American Ninja) - Sam Firstenberg (1985)

Ce n'est sans une certaine émotion que le préposé écrit sa seconde chronique consacrée à une production Cannon. Comment ne pas être en effet débordé d'émotion dès l'instant où vous fixez le sigle animé de la Cannon en préambule de toute bonne production Golan / Globus ? Un gage de qualité ? Une madeleine Proustienne ? Plus que ça à vrai dire. Un film où vous pouvez être certain que les valeurs de l'occident made in USA seront toujours chèrement défendues face à la vile menace terroriste, communiste, islamiste, etc.

Début des années 80, dans le sillage de la Bruceploitation qui connut son apogée lors de la décennie précédente, le film de ninjas a le vent en poupe dans le cinéma bis, après le séminal Enter the Ninja, produit par la Cannon, avec Franco Nero et Shô Kosugi, acteur d'origine japonaise qui tourna plusieurs films, toujours sous le sceau de la société des cousins susnommés, dont Ninja III et l'homonyme American Ninja (à ne pas confondre avec le film chroniqué intitulé pour l'export American Warrior). Or, à l'instar d'un Chuck Norris, maître en karaté customisé santiag et jean moulant, le meilleur moyen pour atteindre les sommets du box office US était de mettre en valeur un héros occidental (la moustache en option, ou l'un des attributs de Chuck N.). Dès lors, il s'agissait de trouver un blondinet suffisamment athlétique pour faire illusion... une star était née : Michael Dudikoff.

Pre-Electric Wizard 1989-1994 : Back to the roots (2006)

Dans la série compilations qui n'intéresseront que les aficionados, après le Muchas Gracias de Kyuss, continuons à creuser le sillon du rock ultra lourd, mais teinté cette fois-ci d'un psychédélisme occulte (de bon aloi), ou Pre-Electric Wizard 1989-1994 des anglais Electric Wizard.

Année 2006, entre deux albums studio, le label Rise Above Records ressort les démos des anciennes formations de Jus Osborn avant la création d'Electric Wizard, à savoir celle d'Eternal, Lucifer's Children de 1993, celle de Thy Grief Eternal, On Blackened Wings de 1992 et enfin celle de Lord of Putrefaction, Wings Over a Black Funeral de 1991. A la différence notable de Lee Dorian et de sa formation Cathedral, Jus Osborn mit plus de temps avant de trouver la formule qui lui siérait, le principal attrait de ladite compilation étant d'offrir une vue de l'évolution de pré-Electric Wizard, de leur début doom à consonance death dans la lignée des rénovateurs nommés Paradise Lost, My Dying Bride et Anathema, à un doom sabbathien comme The Obsessed par exemple.

Le Lac des morts-vivants - J. A. Lazer (1981) : la Wehrmacht prend son bain dans la mare aux canards

Dans la série des films appartenant au patrimoine français du cinéma bis, intéressons nous à une œuvre produite par Marius Lesoeur et sa société Eurociné, le terrible, l'angoissant... Lac des morts vivants.

Comme souvent avec ce genre film, il est bon, en avant propos, de jeter un léger coup d'œil sur l'affiche du Lac des morts vivants. Soit, un verdâtre zombie lubrique au casque non moins luisant examinant avec gourmandise une jolie blonde en bikini qui, contrairement au patronyme de ce long métrage signé par un mystérieux J.A. Lazer, semble plus faire trempette dans une mare crapoteuse que dans un lac. Dont acte.

Le Lac des morts vivants, en plus de se traîner la réputation d'être l'un des plus mauvais films français de tous les temps (on y reviendra...), est aussi et surtout une production Eurociné, compagnie reconnue pour l'anémie abyssale des budgets alloués de ses productions (mais qui ne remet pas en cause l'amour du cinéma de Marius Lesoeur... étonnant, non ?). Remplaçant au pied levé un Jess Franco brouillé (momentanément) avec Eurociné [1], Jean Rollin annulait ses vacances en catastrophe et reprenait la réalisation du bébé. Film de commande, expliquant l'utilisation du pseudonyme J.A. Lazer par Rollin, ce film de zombies vert de gris est par conséquent bien éloigné de sa thématique vampirique. Alors pourquoi devrions-nous perdre notre temps quant au visionnage d'une telle œuvre de basse extraction ? Plusieurs réponses viennent rapidement à l'esprit...

Muchas Gracias Kyuss

En novembre 2000, Elektra Records eu l'idée de sortir un supposé florilège de Kyuss au nom évocateur Muchas Gracias: The Best of Kyuss... supposé car il s'agit surtout plus d'une compilation que d'un greatest hits (notez que la motion hits aurait été amusante, eut égard aux chiffres de vente des précédents albums de nos californiens... encore que 4AD a bien sorti ironiquement une compilation intitulée Hits pour The Birthday Party...). De prime abord, difficile de ne pas froncer les sourcils à l'évocation de la sortie d'un best of... qui plus est lorsque le dit groupe n'a en son actif que quatre LPs. Elektra Records souhaiterait-elle surfer sur le petit buzz qui régnait autour de Kyuss, comme géniteur du style stoner rock?

A vrai dire, même si le premier des capitalistes vous avouera qu'un petit profit reste un profit, les ventes de Muchas Gracias: The Best of Kyuss n'ont pas dû atteindre non plus des sommets... Et pourquoi me direz-vous? On a beau distiller un suspense digne des plus belles productions de la Cannon, il convient d'éclaircir la situation.

Cannibal Holocaust - Ruggero Deodato: Le voyeurisme à la sauce cannibale

Réputé pour être le film le plus censuré de l'histoire, Cannibal Holocaust pourrait se résumer par cette liste : des cannibales, une empalée, des viols, quelques animaux tués, un éjaculateur précoce et une émasculation. Le film s'ouvre par une vidéo nous présentant une équipe de télévision partie faire un documentaire en Amazonie à la recherche de tribus cannibales : Alan Yates le réalisateur, Faye Daniels la scripte et compagne de Yates ainsi que Jack Anders et Mark Tomaso cameramen. Cannibal Holocaust se divise dès lors en deux parties distinctes, la recherche de l'équipe de télévision disparue deux mois plus tôt, et le visionnage du documentaire tourné par Yates and co. Dans un premier temps, nous suivons donc les pérégrinations du professeur Monroe, pistant les traces de l'ancienne équipe en faisant connaissance avec les indiens Yacumo. Puis avec l'aide de ces derniers, Monroe et ses compagnons s'enfoncent encore un peu plus dans l'enfer vert pour rencontrer les fameuses tribus anthropophages, les Yanomamos et les Shamataris. Monroe réussit à gagner la confiance des Yanomamos et récupère les bobines de Yates après avoir découvert, plus tôt, un sanctuaire composé des ossements de l'ancienne équipe. De retour à New-York, Monroe est contacté par la société de production qui finançait Yates pour servir de caution à une future émission télévisée, où serait montré un documentaire basé sur les rushs de Yates, et ainsi comprendre ce qui a bien pu arriver aux quatre reporters plein d'avenir. Monroe donne son aval à la seule condition de pouvoir visionner les rushs de l'expédition, voici donc la seconde partie de Cannibal Holocaust.

(No Fun) House

Comme laissait supposer le titre du précédent post, on embraye de nouveau pour un hommage posthume, cette fois ci encore avec un cran de retard. Avant d'apprendre un soir la mort du guitariste des Stooges, Ron Asheton, je m'enorgueillissais d'avoir trouvé numériquement le fameux coffret The Complete Fun House Sessions. Objet de collection (encore que vous allez me dire en format numérique on peut émettre quelques soupçons sur l'aspect collector de la chose...), ce coffret regroupe comme son nom l'indique l'intégralité des sessions d'un des plus fabuleux albums du siècle dernier : Fun House (j'assume de nouveau le superlatif, à la question grotesque : quels sont vos 5 albums fétiches, ce dernier en fait parti, haut la main !).

Avant de commencer à s'intéresser à l'objet du délit, quelques mots sur ce que j'ai pu lire dans les hommages "vibrants" quant à la mort de papy Asheton (ça sera relativement bref (donc pas vraiment en fait...), d'une utilité certes toute relative, mais il est bon de se rappeler qu'un blog reste un billet d'humeur assurément subjectif...). Ainsi lorsqu'on veut rendre hommage à Ron Asheton, il me parait assez difficile de ne retenir que Raw Power comme j'ai pu le voir ici ou là... sachant qu'à cette époque Iggy Pop n'était que le seul maître à bord (les Stooges étant déclarés cliniquement morts pour rappel), ce dernier décida de prendre comme guitariste un certain James Williamson, histoire de remettre la machine en route. Ron et Scott Asheton devaient ainsi prendre le train en marche, leur présence pour l'enregistrement de Raw Power sur les terres de la Perfide Albion sous la férule de David Bowie ne tenant qu'à un fil si l'on en croit les deux frangins...

Fred is dead (in waiting for Ron...)

Décidé à prendre mon temps (si si, je vous assure... à force de réagir en temps réel à l'information et balancer illico des nécros, j'ai l'impression de ressembler de plus en plus à un charognard...), voici plus d'une semaine après son décès, un petit hommage au regretté Freddie Hubbard (me permettant par la même occasion de glisser une petite référence à Curtis Mayfield et son Superfly...), sans doute le dernier des grands trompettistes du siècle dernier.

On a trop souvent à tort de glorifier ou de jouer des superlatifs lorsqu'un artiste vient juste de s'éteindre (qui vous est cher (ou non... mais c'est un autre débat...)). Pourtant Freddie Hubbard n'usurpe pas le superlatif usé plus haut. Difficile de marquer les esprits lorsque vos pairs s'appellent Dizzie Gillespie ou Miles Davis, et pourtant le parcours de Hubbard, même s'il est loin d'être parfait (les 70's et 80's étant inégales...), indique une bonne dose de talent à la vue de ses premières années en tant que sideman.

Cronico Ristretto : Nola - Down (1995)

Formé par une bande d'amis au début des 90’s, si Down à l'origine s'apparente à un side project, force est de constater que celui-ci a dépassé ce simple cadre pour devenir un supergroupe de nos jours. Il suffit pour cela de lire d’un peu plus prêt le CV des musiciens, et on comprends aisément l'enthousiasme à l'annonce de la sortie de leur premier album : le guitariste et le bassiste de Crowbar (Kirk Windstein et Todd Strange), le batteur d'Eyehatgod (Jimmy Bower), le guitariste/chanteur de Corrosion of Conformity Pepper Keenan et enfin le chanteur de Pantera.

Après un contrat signé chez Elektra, Down sort en 1995 son premier album Nola. Titre d’album qui pose clairement l’ambiance musicale proposée par nos cinq rednecks, Nola étant l’abréviation de New Orleans (No) et de Louisiana (La), du metal sudiste à la fois groovy et délicieusement rampant.

Lizard - King Crimson: tout (cra)moisi est le roi

Le disque proposé, et ce qui en découle autour, a rappelé au préposé que, parfois, les artistes ont honte de leurs productions passées. A titre d'exemple, bon nombre de groupes issus des 60’s et 70’s se sont vautrés, avec des fortunes diverses, dans le stupre aseptisé des 80’s. Non contant de nous rappeler au bon souvenir du bontempi et du délicieux son de la caisse claire, les plus chanceux firent au moins sonner le tiroir-caisse (ce qui a ses avantages, avouons-le), alors que pour d’autres, les 80’s allaient au contraire ressembler à un très long passage à vide (has been, vous avez dit has been ?), en attendant une éventuelle rédemption au cours des 90’s. Toutefois admettons que si certains, en cédant aux sirènes d’une production caricaturale symptomatique des 80’s (de la new-wave fadasse au grotesque hard FM), se sont plantés sur les deux tableaux, les 80’s n'ont pas, à elles seules, le monopole de la pantalonnade. Elles n’ont en rien gâchées ou perverties dans l’ensemble la plupart des disques de ces vieilles gloires dont le premier responsable est en premier lieu l’artiste [1]. En somme, deux décennies après, si le résultat ressemble dans la majeure partie des cas à un vomitif puissant ou à une mauvaise blague, certains artistes pourront toujours se remémorer la larme à l’œil (et le nez pincé en option) de l’excellente affaire commerciale effectuée quelques années plus tôt. Mais, comme écrit plus haut, les 80’s n’ont pas l’apanage du retournement de veste.

Descendre - Terje Rypdal (1980)

L’une des constantes qu’on retrouve souvent parmi les amateurs de musique, c’est cet orgueil qu’ont certaines personnes envers la supposée ignorance artistique de leur interlocuteur. Il y a quelques années, lors d’une brève concernant Lisa Gerrard dans un magazine musical, le chroniqueur critiquait Michael Mann d’avoir utilisé quelques chansons de la diva pour l’une de ses bandes originales (celle de The Insider), et par extension les personnes qui découvriraient la diva grâce à la dite BO. Primo, je n’ose imaginer la tête du pisse-froid quand il a découvert la participation de Gerrard à Gladiator. Deuxio, Mann avait déjà repris deux chansons de la dame pour son précédent film, Heat, (chansons issues de The Mirror Pool). Tertio, cette petite anecdote me permet surtout de souligner une fois encore le savoir-faire de sieur Mann en matière de score. Mann proposa ainsi également deux titres composés par le guitariste norvégien Terje Rypdal, Last Night et Mystery Man sur la bande originale de son film de 1995. Or, n’en déplaise à certains (suivez mon regard), ce choix m’a permis de découvrir un guitariste méconnu (pour celui qui n’écoutait principalement que du rock), le catalogue ECM m’étant totalement étranger à cette époque.

Comment définir le style de Terje Rypdal ? Premier indice, je vous ai indiqué qu’il était signé chez ECM. De manière caricaturale, ou en usant de quelques raccourcis faciles, le style Rypdalien se rapproche de celui de son compatriote Garbarek, à savoir un savant mélange entre le jazz et une musique minimaliste (les mauvaises langues pourront taxer cette musique de new-age). Autre point commun, les deux messieurs ont collaboré à leurs débuts. Je ne saurais vous conseiller l'écoute d'Afric Pepperbird de Jan Garbarek avec Terje comme sideman pour vous convaincre de leurs jeunes années teintées de free jazz. Différence notable, cependant, le guitariste Rydpal y incorpore des influences rock (peu surprenant compte de la génération du garçon), tandis que Garbarek est plus sensible aux musiques du monde.

Paid In Full: Eric B. Is President

Duo gagnant, duo marquant, l'un des premiers duos MC/DJ qui marqua le hip-hop, lors du fameux Golden Age : Erik B. & Rakim.

Deux ans après s'être formé (Rakim répondant à une annonce du DJ Eric B. qui recherchait un MC pour accompagner ses beats, scratches et autres breaks), le duo sort en 1987 le très influent Paid In Full. En prime d'avoir fourni quatre singles pour la postérité : Eric B. Is President, I Ain't No Joke, I Know You Got Soul et Move the Crowd, l'album souligne avant tout la science de ses deux interprètes, le flow unique de Rakim et les beats d'Eric B.

A ce sujet, vingt ans après, on retient encore le flow lent et cool de sieur Rakim, à mille lieux des prestations fougueuses et virulentes des MCs de l'époque, tels Chuck D. ou KRS-One. Influencé par le jazz et grand admirateur de John Coltrane (qui lui en voudra ?), certains allèrent jusqu'à comparer Rakim à Thelonious Monk, ces derniers se faisant un malin plaisir d'ignorer la règle de la mesure et de prôner une rythmique plus libre en somme. Contrairement aux autres, il fut aussi l'un des premiers à écrire ses paroles, ne se contentant pas de "simples" improvisations, lui donnant suffisamment de recul pour y inclure une nouvelle approche du travail sur les rimes.

Finalement, le seul aspect où la patine du temps a fait son oeuvre provient de la production d'Eric B. On y retrouve en effet le son typique des productions des 80's (ce qui en soit n'est pas franchement un défaut pour du hip-hop). Eric B, derrière ses platines, joue son rôle de chef d'orchestre, rendant populaire et permettant l'essor du sampling. En jetant un œil sur wikipedia, vous serez surpris par le nombre de samples utilisés par ce DJ pour chaque titre (jusqu'à placer trois instrumentaux sur cet album dont le très dispensable Chinese Arithmetic...)

Au final Paid in Full reste un des albums les plus influents du hip-hop.

Nocturama - Nick Cave and the Bad Seeds (2003)

En 2003 sort le nouvel opus du King of Crows, Nocturama, album qui divisa la critique. Cette dernière était globalement unanime pour le noter  comme un disque plus ou moins raté, symbole d'un artiste en bout de course. Pourtant à défaut de vouloir le défendre bec et ongle, il faut reconnaitre qu'il est certes loin d'être une réussite, mais davantage le résultat d'un processus commencé quelques années plus tôt (à force de tirer sur la corde, on épuise le filon et on s'autocaricature, non ?).

Même si les albums précédents de Nick Cave avaient déjà montré la voie, parmi la discographie du ténébreux australien, il y a eu un avant et un après The Boatman's Call. Cave s'y présentait définitivement comme le dark crooner des 90's. Position que Cave remis justement en cause lors de la sortie du récent Dig, Lazarus, Dig!!!, ce choix artistique lui apparaissant finalement plus ou moins judicieux avec le recul. De quoi alimenter les arguments des personnes fatiguées par cette nouvelle posture de nouveau Leonard Cohen ? Avouons, du moins le préposé, malgré toutes les qualités de The Boatman's Call et de sa redite No More Shall We Part, leur durée pouvait laissé quelque peu dubitatif (l'album de 2001 apportant peu).

En février 2003 arrive donc Nocturama. Premier point, la pochette va à l'encontre du titre de l'album. Adieu les thèmes lugubres chers à son auditoire? Pas totalement, il suffit d'écouter justement la première chanson (Wonderful Life), ou de lire les titres de certaines chansons (She Passed by My Window par exemple). Pourtant dès l'écoute de ce préambule, quelque chose marque l'oreille. Cet album se veut plus lumineux que ces prédécesseurs, moins chargé (certains diront plus pop...), du moins plus épuré dans ses parties acoustiques, et plus empreint de sérénité (comme celle du mourant qui sait désormais sa fin prochaine ?). Les titres Wonderful Life, There is a Town et She Passed by My Window (avec une mention spéciale pour le violon de Warren Elis) apparaissent comme des réussites. Les chansons acoustiques restantes sont d'ailleurs loin d'être mauvaises (disons plaisantes voire simplement bonnes comme Right Out of Your Hand), mais souffre plutôt du syndrome de « l'anecdotisme » (et pourtant l'introduction de Still in Love augurait du meilleur...).

L'autre point à relever est le réveil de la bête qui était en sommeil depuis quelques temps chez notre australien. Si la charge se fait crescendo, avec pour commencer le boiteux Bring It On, la première véritable salve débute avec Dead Man in My Bed, annonçant le dantesque Babe, I'm on Fire et son orgue Hammond fou. Pendant un quart d'heure Cave se lance tel un prédicateur fanatique les yeux révulsés dans un maelstrom répétitif se rappelant au bon souvenir de ses plus vieux admirateurs. Une chose est sûre, ce morceau final annonce que Cave n'est pas mort et qu'il faudra compter sur lui pour le prochain disque.

A l'heure du bilan, Nocturama ne peut pas être considéré comme une réussite mais eut au moins le mérite à Nick Cave de régler ses comptes. Une transition, un passage obligé pour mieux renaître sur son prochain disque (le double Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus sortant tout juste une année après ledit disque). A noter qu'il s'agit du dernier disque de Blixa Bargeld avec les Bads Seeds, ce dernier préférant se consacrer à son groupe Einstürzende Neubauten.




Samsara - Yakuza (2006) : Zen fuckin' attitude

Comme son nom l’indique, Yakuza nous vient de Chicago. Pouf pouf. A l’origine trio hardcore, la formation va, au gré du temps, en plus d’étoffer le nombre de ses musiciens, ouvrir un peu plus son éventail d’influences et tourner parallèlement avec quelques « poids lourds » de la musique extrême (au sens large) : Opeth, The Dillinger Escape Plan ou Mastodon.

Quand bien même les groupes cités précédemment n’ont sur le papier que peu de points communs, le groupe a su tirer parti de ces diverses expériences, et prendre certains traits de caractère propre à ces formations, en premier lieu, l’ouverture. Ce qui frappe à l’écoute de leur troisième album, Samsara, est justement cette propension à digérer toutes sortes influences, parfois contradictoires, qui vont du hardcore, au jazz, du progressif au grindcore. A ce titre, la chanson qui introduit cet album, Cancer Industry, offre un rapide aperçu de l'appétence du groupe. En trois minutes montre en main, nous dégustons une rythmique tribale, accompagnée par un saxophone en guise d’introduction, des riffs cataclysmiques bien cassants aux structures déconstruites, un chant hurlé, et enfin une dernière partie proche d’un grindcore des familles. Ce qui pouvait ressembler à une entreprise indigeste, maladroite ou tout simplement ratée, se voit rayé d’un seul trait dès ce premier jet concluant. Dont acte.

The Addiction - Abel Ferrara (1995) : This Vampire Wanna Get High

Quand le réalisateur et le scénariste de King of New-York ou de Ms. 45 décidèrent de revisiter le mythe du vampire au mitan des années 90, pouvait-on décemment s'attendre à un résultat autre qu'iconoclaste ? En connaissant un tant soit peu la filmographie du marginal (mais ô combien sympathique et déjanté) Abel Ferrara, la réponse parait des plus évidentes. Ni tueur sanguinaire, ni personnage romantique atteint d'une terrible malédiction, Abel Ferrara et Nicholas St John livraient avec The Addiction une version moderne, urbaine et riche de références philosophiques et théologiques du vampirisme. Dont acte.
 
En faisant table rase du passé, à savoir rayer les différents aspects « folkloriques » qui définissent le vampire, le duo Ferrara/St John inscrit son récit au plus près de la réalité. Sans déflorer l'intrigue, l'un des points les plus originaux survient dès le début du film, lorsque l'héroïne, l'étudiante Kathy Conklin (Lilly Taylor), croise le chemin d'une dame vampire (Annabella Sciorra). Cette dernière lui laisse le choix d'accepter, ou non, la morsure qui fera d'elle un futur membre du club privé des croqueurs de jugulaires. De cette proposition, le film ouvre la voie à divers questionnements, la place libre arbitre ou celle du déterminisme, sans oublier le rapport à la religion, ou l'un des thèmes récurrents de la filmographie du cinéaste new-yorkais.
 

South of Heaven - Slayer (1988) : Au Sud, rien de nouveau ?

1986, le jeune thrash metal étasunien accouche de trois monstres, Peace Sells… But Who’s Buying de Megadeth, Master of Puppets de Metallica et enfin celui qui nous intéresse le terrible Reign in Blood de Slayer [1]. Album culte, Reign in Blood s'inscrit comme un des rares albums de metal de cette décennie, tous genres confondus, ayant su éviter autant les outrages du temps que les fautes de goût.

Deux ans après ce coup de tonnerre, Araya, Hanneman, King et Lombardo revenaient avec le dénommé South of Heaven. Première remarque, Larry Carroll signait de nouveau la pochette (comme celle du prochain disque, Seasons In The Abyss, clôturant ainsi la trilogie). Deux choix s'offraient à Slayer lors de l'enregistrement de l'attendu successeur de Reign in Blood : la redite ou aller de l'avant. Loin de répondre par la facilité, qui voudrait proposer un disque encore plus rapide ou heavy (gimmick délicieux que la plupart des groupes de metal nous servent en interview à chaque fois avant la sortie d'un nouvel album), les quatre californiens choisirent une autre alternative, la contre allée : ralentir le tempo (une première pour le groupe), y incorporer quelques (vicieuses) mélodies (Tom Araya se mettant à véritablement chanter sur quelques chansons - sacrilège) et, mieux, amplifier les atmosphères malsaines.

Cookin': Miles le cuistot

Un leader charismatique, une formation légendaire, un disque qui ouvre une quadrilogie historique : Cookin' du Miles Davis quintet.

Détail amusant, tout du moins révélateur et intéressant, quand Miles Davis signa pour l’un des plus gros labels US de l’époque à savoir la Columbia Records au milieu des 50’s, ce dernier devait par obligation pas moins de quatre albums à la maison de disque Prestige. En attendant de recevoir les émoluments de Columbia (costume ultra chic, voiture de luxe italienne et tutti quanti), notre Prince of Darkness s’attèle à enregistrer de suite quatre disques. Anecdote qui rappelle les mésaventures du Clash de Joe Strummer. Pour rappel, l’histoire voudrait (gardons le conditionnel, nous ne voudrions pas recevoir l’opprobre de la part d’un gardien du Temple punk) que le Clash ait enregistré le gargantuesque (et indigeste ?) triple album Sandinista ! en espérant pouvoir se dégager du contrat qui les rattachait à l’époque à CBS. Mais l'histoire aura retenu qu'un triple album ne vaut pas trois albums, ils leur restaient dès lors encore deux albums à produire. Fin de l'aparté.

Ce qui sur le papier aurait pu passer pour une gageure ou pire un projet rimant avec dilettantisme, va au final devenir l’un des actes fondateurs d’une des plus belles et influentes formations jazz de l’histoire. Miles Davis après avoir été l’instigateur du cool jazz, du hard bop, trouve enfin la formule magique, à savoir une formation stable, quatre musiciens exceptionnels (John Coltrane au saxophone, Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie), un quintet dont la cohésion étonne encore cinquante ans après. Un quintet si marquant que ce dernier fut considérer comme LE premier quintet de Miles Davis (en attendant LE second quintet de Miles dans les 60’s avec la jeune garde Tony Williams, Herbie Hancock et consorts), faisant fi des anciennes formations du trompettiste.

Parallèlement aux sessions d’enregistrement pour Columbia qui donneront le classique ‘Round About Midnight, Miles et son quintet graveront en deux séances marathons (comme il est usage de les définir) le 11 mai et le 26 octobre 1956 suffisamment de « matériels » pour quatre albums : Cookin’, Relaxin’, Steamin’ et Workin’. Quatre LP qui furent enregistrés dans les conditions du live, où divers standards croisent des compositions écrites par des actuels ou passés sidemen de Miles.

Cookin’ ouvre ainsi donc le bal en étant le premier à paraître (à noter que cet album n’est pas le premier gravé par ce quintet mais le second, le premier étant The New Miles Davis Quintet). Au menu, Miles et son quintet nous proposent en hors d’œuvre la relecture du standard d’Hart et Rodgers, My Funny Valentine, repris quelques années plus tôt par Chet Baker en 1952. De prime abord, si l’envie grotesque vous poussait à vouloir comparer ces deux versions, hormis le fait que celle de Chet était chantée, il convient avant tout de souligner que les reprises de ces deux messieurs sont différentes et difficilement comparables. Leur approche musicale est diamétralement opposée, Miles Davis reprenant ce standard sous l’angle du hard bop, où le dialogue trompette/piano tient une place primordiale. Blues by Five contrairement au titre précédent permet de mettre en lumière la dualité entre Miles Davis et son nouveau souffleur John Coltrane (ce dernier ne jouant pas sur My Funny Valentine). Autre point important à signaler de nouveau, la session fut enregistrée dans les conditions du direct, ne manque en effet que le public (rien ne vous interdit de ne pas applaudir entre deux solos). La chaleur se dégageant de ce disque ne trahit aucunement l’ambiance embrumée d’un club de jazz. Quant à la cohésion des membres, elle est parfaite. Airegin (anagramme de Nigeria) met en exergue la fougue du jeune Coltrane, confirmant le potentiel entre aperçu précédemment. Composé à l’origine par l’ancien souffleur de Miles, Sonny Rollins, Airegin prend la forme d'une évidente « passation de pouvoir ». Cookin’ se clôt par l’un des classiques du swing, la suite Tune Up/When Lights Are Low, avec mention particulière pour les duos Davis/Coltrane et Davis/Garland.

Au final, un album important dans l’histoire du jazz tant par la qualité des improvisations que par la présence de ce All Star band.